‹ Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté (volume 3)Chapitre 30 sur 83 · PROTESTATION DE L'ASSEMBLEE DU CLERGE · texte numérisé non relu

PROTESTATION DE L'ASSEMBLEE DU CLERGE

teur en théologie, doyen de Bourges, promoteur de l'Assemblée générale, se présente au domicile du sieur Laury, protonotaire apostolique et auditeur de la nonciature de Rome eft France. Il était accompagné de M® Etienne Gousse, notaire apostolique, et de deux appariteurs de Tofficialité de Paris.

Laury refuse d'écouter ou de recevoir la Protestation, alléguant; 1** que Tacte est contraire au respect dû au Saint-Siège et aux Papes; 2** que les ministres des Princes ne reçoivent pas de pareilles significations dans leur maison.

Le promoteur parvient néanmoins à accomplir sa mission en glissant Tacte sur la table, et il en laisse la signification aux mains d'un domestique.

Par cet acte, l'Assemblée du Clergé proteste contre les brefs de la cour de Rome; elle en appelle au Pape mieux informé et déclare maintenir, en dépit de toutes ces entreprises, les Canons de l'Eglise universelle, les coutumes, droits et usages de l'Eglise Gallicane.

{Coll. de8 procèê-uerbaux des Assemblées Gén. du Clerffé, t. V, p. 240 des

pièces just.)

L'Eglise Gallicane se gouverne par ses propres Loix, elle en garde inviolablement les usages ; et comme les Évoques des Gaules, nos prédécesseurs, ont été assez fermes pour empêcher qu'aucune Puissance Ecclésiastique n'y apportât par ses définitions la moindre altération, les Souverains Pontifes ont été assez justes pour les honorer de leur approbation et de leurs éloges. Cependant peu s'en faut que nous ne voyions aujourd'hui renverser les mêmes fondements que la Religion de nos Pères et le zèle de l'antiquité avoient rendus inébranlables. Car enfin chacun sait, et on ne peut en parler sans une extrême douleur, que ces années dernières, certains Brefs de la cour de Rome * se répandirent en France dans toutes les Provinces et les Villes, par lesquels on viole ouvertement les droits les plus anciens de l'Église Gallicane, et les coutumes les mieux établies de rÉtat. On n'a qu'à les lire pour apprendre qu'à Rome on entreprend de connoître des affaires du Royaume et des

1. Voir les brefs d'Innocent XI et notamment ceux qui sont ënumérés plus loin.

Mbktiom. ^ Rapports du Clergé avec la Royauté, 4

Eglises de France, au préjudice de nos libertés ; que Ton y prononce contre nous des jugements sans nous entendre ; que Ton y a foulé aux pieds notre Jurisdiction Épiscopale contre les Canons, et que, malgré nos usages, on y a levé le glaive de l'excommunication sur Tun des plus illustres Métropolitains de TÉglise Gallicane ^

Le Clergé de France est pénétré sensiblement, et se plaint de ce que, par ces Brefs, et par tout ce qui s'en est ensuivi, la liberté des Eglises a été asservie, les formes de la discipline Ecclésiastique renversées, Thonneur de FÉpiscopat avili, et les bornes sacrées que la main de nos ancêtres avoit été si longtemps à poser, arrachées en un moment. Aussi, pour ne point manquer à son devoir, et afin qu'on ne puisse un jour l'accuser d'avoir abandonné lâchement ses propres intérêts, et oublié volontairement la cause de rÉpiscopat et la liberté des Eglises, il a résolu de protester contre, par acte public et solemnel, et de se décharger du blâme d'un honteux silence, afin de pourvoir, suivant l'exemple de ses devanciers, à ce que les droits et les coutumes de l'Eglise Gallicane ne reçoivent par là aucune atteinte. Résolution que le Clergé prend avec d'autant plus de sagesse, qu'il est persuadé que le Souverain Pontife Innocent XI, dont les mœurs ont tant de rapport avec la vie des premiers siècles de l'Eglise, el dont l'exactitude est si sévère quand il s'agit de la discipline Ecclésiastique, ne souffrira point que Ton préjudicie aux Décrets des Papes, ses Prédécesseurs, qui se faisoient gloire de révoquer tout ce qui avoit été surpris a Rome contre les franchises des Provinces, ne voulant pas qu'on violât leurs privilèges qu'il faut religieusement conserver.

C'est pourquoi le même clergé de France, après avoir déclaré qu'il a été attaché de tout temps, et le sera toujours par les liens d'un profond respect et d'une entière obéissance à la Chaire de S. Pierre, dans laquelle il reconnoît l'excellence de la primauté, a résolu de protester, comme

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