LETTRE DU CLERGE DE FRANGE AU PAPE
— De la Borey. — Armand Bazin de BesonSy agent général du Clergé. — Desmaretz, agent général du Clergé.
A Sa Sainteté
1682, 6 mai. — Paris.
Cette lettre débute par un éloge du Pape et du Roi dont on s'efforce d'établir « la conformité de vœux et d'intentions. » Gomment se fait-il que ce prince se trouve attaqué par la Cour de Rome au moment même où il foudroie les ennemis de l'Eglise romaine ? Suit l'énumération des griefs : lois fondamentales de l'Etat ébranlées, privilèges des provinces et des diocèses violés, renversement de la juridiction épiscopale.
La lettre rappelle l'objet de la réunion de l'Assemblée Générale de l'Eglise Gallicane, ses droits et ses prérogatives jusqu'ici maintenus et auxquels le Souverain Pontife ne voudra pas porter atteinte.
{Coll. des procès-verbaux des Assemblés Gén. du Clergé, t. V, p. 244 des
pièces just.)
Très saint Père,
SI les Evêques, nos Prédécesseurs, ont donné autrefois tant de marques de leur respect envers le saint-Siège Apostolique, nous ne croirions pas leur avoir légitimement succédé, si nous ne les imitions dans le zèle qui est héréditaire à toute la Nation, et si nous ne donnions à toute la terre des preuves solemnelles de la très profonde vénération que nous avons pour votre Sainteté. Il est vrai que ce n'est pas seulement à cause qu'elle est élevée au degré le plus haut et le plus éminent de toute TEglise, mais parce que nous sommes encore persuadés que sa piété n'est pas moins étendue que sa puissance, et que sa Religion est aussi sublime que sa dignité. Car enfin lorsque nous sommes à rendre à la Chaire de saint Pierre l'obéissance que nous lui
devons, et qu'en même temps nous nous représentons toutes les éclatantes vertus dont votre Sainteté est couronnée, cette exacte sévérité dans les mœurs, cette noble passion d'étendre les bornes de Tempire de Jésus-Christ, cette ferme résolution de ne rien relâcher de la pratique de Tancienne discipline, cette sollicitude perpétuelle de toutes les Eglises du monde et ce dessein formé de ne jamais rien accorder aux intérêts de la chair et du sang, il ne nous est pas possible de nous défendre d'y admirer tout à la fois et le faîte de la gloire dans les honneurs, et le comble de la perfection dans les vertus. Il n'est pas imaginable combien de rares qualités et tant d'autres mérites extraordinaires, qui marquent le caractère de votre Sainteté, firent concevoir à toute l'Eglise de vastes espérances du bonheur de ce Pontificat. Chacun dès-lors fit retentir l'Univers des éloges d'un si grand Pape, et chacun se persuada que sous Innocent XI, l'Eglise alloit rentrer dans toutes les Provinces qiie l'hérésie avoit enlevées du temps de nos Pères, et que par de célèbres conquêtes la Foi Catholique alloit se remettre en possession de tous les pays qu'elle avoit perdus par les erreurs ou par les guerres. Tels étoient les sentiments dont se flattoit tout le monde Chrétien; et cette opinion s'étoit d'autant plus fortifiée dans ce Royaume, que chacun savoit que Louis le Grand étoit dans une parfoite conformité de vœux et d'intentions avec votre Sainteté : ce Prince qui , seul entre tous les Princes Chrétiens , est capable de réduire l'impiété sous le joug et de soumettre l'hérésie domptée à l'autorité de l'Eglise Romaine, tant il est redoutable par sa puissance et incomparable par sa Religion.
En effet, il n'y a personne, T. S. P., qui ne doive se promettre de tels prodiges du zèle de ce Monarque invincible qui n'a déjà pas moins rempli le nom de Grand par ses vertus que par ses armes. Sa piété, au-dedans de la France, a déjà étouffé, accablé et écrasé toutes les têtes de l'hydre, c'est-à-dire toutes les forces de l'hérésie, sous le poids de la multitude de ses Edits ; son zèle au dehors a porté, il y a déjà plusieurs années, sur les ailes de la Victoire, la Foi