Documents réunis par le Comité du bicentenaire de La Bourdonnais, 11 février 1899
La coutume, empruntée à TEg-lise, de célébrer le centenaire de la naissance ou de la mort d'un homme célèbre, n'existait pas il y a cent ans. C'est évidemment pour cette raison que nos pères n'ont point songé à fêter le premier centenaire de Malié de La Bourdonnais, le fondateur de l'île de France. La génération présente ne pouvait laisser passer le retour de cette date illustre du 11 février sans Tacclamer d'un cri de reconnaissance.
Nous regrettons tous que cette commémoration n'ait pas pu se faire à la date même qui asseyait deux siècles révolus au berceau de ce grand homme : l'épidémie de peste, qui a éclaté ici en janvier, est venue contrarier nos projets. Au reste, nous sommes habitués à de pareils contretemps. Nos pères ne les ont guère connus. Les modestes fêtes de bientôt rappelleront qu'il y a juste quarante ans, la population mauincienne dévoilait la statue de bronze élevée par son amour à la mémoire de La Bourdonnais. Au pied du socle, nous allons, cette fois, river une plaque de marbre où il sera inscrit que le deuxième centenaire de la naissance de La Bourdonnais a été fêté par les fils de ceux qui élevèrent la statue. En même temps, nous aurons mis dans la circulation ce petit livre qui a sa place marquée dans nos bibliothèques publiques et privées, et oii sont brièvement consignés les faits extraordinaires qu'a accomplis La Bourdonnais, avec quelquesunes des opinions formulées par de bons juges sur la carrière da ce marin célèbre, et divers documents qui aideront l'historien dans sa tâche, ou l'étudiant mauiicien dans ses i^cherches à travers des annales qui ne sont pas sans gloire.
C'est la première fois, semble-t-il, qu'on réunit en un volume les faits principaux de la vie de La Bourdonnais et
ir INTRODUCTION
les documents ayant trait à son passage parmi nous, tes 235 pages qui suivent n'ont nécessairement pas suffi à conter cette existence quasi merveilleuse ; il nous aurait fallu un millier de pages en texte compact pour tout dire, pour tout colliger, et sans doute même notre ferveur, à défaut de notre goût, eût facilement excédé ce nombre de pages. A propos du bi-centenaire, nous avons pensé qu'il suffirait de publier un livre de modeste étendue, et qui donnât l'envie de mieux connaître l'homme à plusieurs génies, si je puis ainsi dire, qui a laissé dans cette île des traces ineffaçables.
Le seul morceau inédit qui se rencontrera ici, c'est un long chapitre d'un livi'e sur l'Ile de France, par M. Saint- Elme Leduc. Cet ouvrage, encore manuscrit, se trouve à Paris, dans la Bibliothèque Mazarine. Le fragment a été copié pour nous par les soins de notre ancien gouverneur Sir Hubert Jerningham, qui s'est toujours intéressé à notre histoire coloniale, particulièrement à la longue et brillante période de l'occupation française. Le travail de M. Leduc, sans être un modèle de narration ou de critique historique, a le mérite de réunir en peu de pages ce qui, tout d'abord, nous intéressse le plus dans la carrière de La Bourdonnais ; il y joint aussi celui d'être bien renseigné et de contenir quelques faits qu'on ne trouve pas dans les biographies locales.
Désireux de mettre ce petit ouvrage à la portée de ceux qui aiment vraiment notre histoire— et je crois que leur nombre s'est rapidement accru depuis quelque temps,— le comité du bicentenaire en fixe le prix à une roupie et cinquante centièmes ; malheureusement, il ne lui a pas été possible d'en faire un tirage nombreux : il a dû se contenter de six cents exemplaires.
Tel qu'il esi, ce mince volume sera le bienvenu auprès de ceux des nôtres qui, quelles que soient leurs opinions politiques ou autres, font la part juste, la voulant large, aux hommes qui,
dans le passé, ont trayaillé, avec les idées et les moyens de lew
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slècle,â nous cvêev une patrie où la gloire fut d'aboi'cl assez liante pour que la tradition restât brillante et fût plus facilement suivie à travers la nuit des temps. La figure de La Bourdonnais domine chez nous toutes les autres, et notre pays peut se flatter, comme quelques-uns des plus illustres, d'avoir vu des l'origine un vrai grand homme présider à ses destinées.
En notre temps de colonisation effrénée, où de grandes nations européennes, oubliant trop les petites îles et les territoires modestes qui virent leurs premiers essais de colonisation, ont lutté d'efforts et de vitesse pour s'approprier, à l'exclusion l'une de l'autre, des portions plus ou moins étendues du continent noir ; où elles cherchent à obtenir en Extrême Orient, comme sur le continent africain, des territoires plus vastes que la France ou que l'Allemagne, on songe bien peu à ces colonies premières qui se sont faites timidement, presque obscurément, dont la destinée a grandi avec la même lenteur qu'au premier jour les cimes de leurs montagnes surgirent de la brume aux yeux des marins qui montaient les lourdes caravelles. Ainsi la France, pour ne parler que d'elle, se soucie médiocrement d'avoir perdu l'ile de France ; sans doute parce qu'elle garde plus cuisant le regret de s'être laissé enlever le Canada. C'est là d'ailleurs un sentiment qui s'explique bien. Les " quelques arpents de neige," dont riait si légèrement Voltaire, sont devenus un domaine d'une étendue et d'une richesse telles que son peuple est presque aujourd'hui une nation. Auprès de ce Canada dont les régions habitables sont presque huit fois plus grandes que la France, Maurice n'est qu'un point. Ce n'est que trop vrai. Ce qui l'est également, c'est que Champlain, à tout considérer, est moins complet, pour mieux dire, moins génial que La Bourdonnais. Il était déjà injuste de ne se souvenir que de Dupleix, le seul grand rival qu'ait eu La Bourdonnais ; il devient cruel de ne songer qu'à Champlain quand on pouvait se diiepenser de choisir entre La