IV INTRODUCTION
Bourdonnais et luî. Il n'y a pas trois ans, la Finance, qui venait de célébrer le centenaire de la mort de d'Estaing, a fêté la mémoire du fondateur de Québec : mais on peut craindre qu'elle n'ait mesuré son mérite à l'étendue du domaine qu'il lui donna jadis, tout comme elle ne semble peser la gloire de Dupleix qu'avec l'immense regret qu'elle a gardé de la perte de l'Inde.
A nous Mauriciens, qui avons gardé à la France une affection que nul ne peut trouver irraisonnée ni déloyale, il a été particulièrement pénible de voir dans quel glacial silence a passé sur la terre française, au commencement de cette année, la date qui, à vingt lustres d'intervalle, rappelait pour la deuxième fois la naissance de La Bourdonnais. D'autant plus
que deux ans auparavant le centenaire de Dupleix avait été salué avec un enthousiasme et un éclat dignes de ce gi-and homme.
Craignait-on que la gloire de La Bourdonnais ne portât ombrage à celle de Dupleix ? Ou bien était-ce parce que celuici avait perdu l'Inde, un empire, tandis que l'autre n'avait même pas perdu l'île de France, un petit rocher placé entre deux déserts, le continent africain et les mers australes ? Ou bien, était-ce encore parce que le regret est plus cuisant pour un peuple comme la France d'avoir perdu l'Inde au profit de rAiigleten^e, son étemelle rivale, que ne fut son orgueil de la conquête de ce petit joyau qu'est l'île de France et, dans la suite, son dépit de l'avoir perdue, cette fois par sa propre faute ? Je ne sais. Toujours est-il que, pour être juste, pour être seulement juste, il ne fallait que comparer entre eux le génie de La Bourdonnais et le génie de Dupleix ; et il eût suffi, évidemment, d'une simple comparaison de l'œuvre de La Bourdonnais avec celle de Champlain, ou avec la carrière de d'Estaing, pour ne se point décider à fêter le souvenir de ces dçriîiers tout en gardant le silence sur la mémoire de l'autre.