Le âcir la Place d'Armes sera illuminée
MAfiÉ m l^ BOURDONNAIS 17S
14. Un feu d'artifice sera tiré le même soir au Cliamp-de-Mars, à liuit heures et demie.
15. Le lendemain une représentation extraordinaire aura lieu au Théâtre de Port-Louis. Le prix des places sera augmenté pour cette occasion seulement, et le produit de la soirée sera partagé entre la Direction et la Caisse de Bienfaisance de Port-Louis»
16. Il sera sollicité du Gouvernement local, un jour de congé général pour le jour de l'inauguration et deux jours de congé pour la jeunesse des écoles.
17. Tous les Membres du Conseil Municipal et du Comité La Bourdonnais seront les Commissaires de la fête. Ils porteront un signe distinctif aux couleurs de La Bourdonnais.
P. N. Charon,
Maire de Port-Louis,
G. Feopier, Président de l'ancien Comité La Bourdonnais.
N. B. — Il y aura aux trois portes d'entrée une quête au profit des pauvres de la Caisse de Bienfaisance.
Compte-rendu
Mercredi, 31 Août 1859.
L'iuauguration de la Statue de La Bourdonnais a eu lieu hier.
Dès le matin la ville, et particulièrement la Plaça
176 MAHIÉ DE LA BOïïRDONNÂTS
d'Armes avaient un air de fête. Des banderollea et des oriflammes se déployaient à la brise le long de l'avenue qui mène des qnais à FHôtel du Gouvernement, tous les bâtiments de la ra-le s'étaient pavoises, et des flots de curieux se succédaient aux abords de l'euceinte réservée pour surveiller les apprêts de la cérémonie.
A une heure et demie, un coup de canon tiré de la Citadelle a anuoncé que la fête allait commencer. La foule était déjà compacte, mais grâce aux mesures intelligentes qui avaient été prises pour éviter tout désordre, les invités pouvaient se rendre à leurs places sans avoir, comme c'est trop souvent le cas dans de pareilles circonstances, à se frayer un passage à la force des poignets.
Jusqu'à deux heures, les spectateurs n'ont cessé d'arriver à flots. Les autorités venaient prendre place dans la loge du Maire, en face de l'avenue ; les membres du Comité La Bourdonnais, ceux du Conseil municipal, ceux du Conseil législatif, ceux du Clergé, TEvêque catholique et l'Evêque protestant, les magistrats, le Procureur- Général, le Général et son Etat-Major, le Consul de France et les officiers français se trouvant à Maurice dans le moment sont arrivés ; un piquet d'honneur est venu se ranger en face de la loge. Pendant ce temps, les spectateurs se succédaient sans cesse et se casaient de leur mieux sur les gradins placés autour de l'enceinte.
La Place d'Armes présentait en ce moment un magnifique coup-d'œil. Au milieu de l'enceinte, la statue, enveloppée dans son voile fleurdelisé ; en face, la loge du Maire oii les uniformes se mêlaient aux habits noirs et aux fraîches toilettes des dames ; tout autour, une tente
SOUS laquelle sont placés des bancs occupés par les spectateurs ; vers la gauche, et en avant des gradins, une tente destinée aux musiciens et aux artistes qui vont chanter la cantate; derrière la statue, vis-à-vis la loge du Maire, une haie de soldats, Parme au bras ; autour de la statue, des hommes qui circulent, regardant et causant ; à l'extrémité de l'enceinte, une petite loge, occupée par les photographes; en dehors de Ten ceinte, sur les toits des maisons voisines, sur les arbres, sur les mâts des vaisseaux à l'ancre, une foule immense ; partout des , têtes qui se penchent curieusement, partout des visages rayonnants et partout l'empreinte de cette vague émotion qui précède les cérémonies auxquelles on n'est pas accoutumé.
A deux heures Son Excellence arrive avec Madame Stevenson ; la foule les accueille debout, pendant que le God Save se fait entendre. Quelques minutes après, le canon gronde. A un signal, le voile qui enveloppe la Statue tombe, les soldats portent les armes, et la musique militaire joue l'air français : Partant pour la Syrie, et Mahé de La Bourdonnais apparaît debout sur son piédestal, tenant de la main gauche des plans déroulés, sur lesquels se lit le nom de l'Ile de France, les désignant de la main droite, et la face tournée vers ce port qu'il a créé, où des milliers de bâtiments se pressent aujourd'hui, oîi flottent les couleurs de tous les peuples.
L'émotion a été profonde et la foule s'est levée comme mue par un ressort, pour coutempler les traits du grand homme qui a fondé cette colonie.
Le Gouverneur s'est levé alors et a félicité le Maire d'avoir pu attacher son nom à un événement qui doit
178 MAHB DE LA B0UED0NNÂI8$
occuper une place spéciale dans les annales mauriciennes* Les paroles du Gouverneur, écoutées dans un silence respectueux, ont provoqué de vifs applaudissements. Puis, M. Fropier, Président du Comité La Bourdonnais, a fourni un discours que nous regrettons de ne pouvoir reproduire aujourd'hui.
Ce discours remarquable, qu'une partie de l'Assemblée n'a malheureusement pas pu entendre à cause de l'éloignement où elle se trouvait, a été accueilli par des applaudissements prolongés et le Maire a pris la parole pour exprimer chaleureusement sa joie d'avoir pu présider cette belle cérémonie et contribuer pour une part quelconque au témoignage de reconnaissance que les Mauriciens donnent au fondateur de leur florissante colonie.
Les discours achevés, les artistes ont entonné la Cantate dont les paroles sont, on le sait, dues à M. Jérémie Basset et la musique à M. Emmanuel, chef d'orchestre de notre théâtre, M. L'Hoste, M. Lucien, Mme Petit, ont chanté avec beaucoup de goût et, bien qu'on fût en plein air, ont su faire ressortir les passages saillants de la jolie composition de M. Emmanuel. On a remarqué la vigueur des morceaux d'ensemble.
Après la Cantate qui a été écoutée avec un plaisir
non dissimulé, une procession de jeunes filles, bannière
en tête, a fait le tour du monument et jeté des fleurs au pied de la Statue.
A quatre heures cette cérémonie, unique jusqu'à présent dans nos annales, et qui fait honneur à ceux qui ont eu à y jouer un rôle, qui fait honneur au Maire de
MAHB DE LA BOUEDOlÏNAlà 179
Port-Louis qui a déployé pour l'organiser une activité et un zèle dont on ne saurait trop le féliciter, — à quatre heures, disons-nous, cette imposante cérémonie était terminée, et la foule s'écoulait émue, et heureuse de cet acte de tardive mais éclatante réparation.
C'est le 15 Août 1753 que la grande âme de La Bourdonnais a quitté cette terre où elle a eu tant à souffrir de l'ingratitude des hommes. Sa mémoire aussi devait en souffrir, car ce n'est que le 30 Août 1859, 106 ans après sa mort, que les Mauriciens lui ont érigé un monument. Mais il serait injuste de dire que son nom avait été complètement oublié à Maurice ; La Bourdonnais avait laissé après lui des traces durables de son passage, et le public lettré savait quels services il avait rendus à cette Colonie ; plusieurs plumes créoles lui ont, à diverses reprises payé le tribut de leur admiration. L'érection d'un monument cependant avait toujours été différée et c'esfc à M. Higginson, gouverneur anglais, qu'est due ^'initiative du mouvement dont la cérémonie d'hier est la dernière manifestation; c'est à M. Stevenson gouverneur anglais, à qui il a été donné de rendre le premier hommage à l'image de La Bourdonnais. L'Angleterre, a toujours su rendre justice à ce grand homme ; captif à Londres, elle l'entourait des égards et du respect dus au courage malheureux et lui permettait de rentrer dans sa patrie sur parole. Aujourd'hui que son drapeau flotte sur l'ancienne Ile de France, elle vient avec un noble libéralisme reconnaître au pied de la Statue de ce grand homme de guerre, de ce grand marin, de ce grand colonisateur, les vertus dont il a fait p:euvo pendant sa courte mais glorieuse carrière.
C'est par des actes semblables que le Gouvernement de Sa Majesté se créera des titres durables à l'attachement des Mauriciens, et M. Stevenson doit être heureux d'avoir eu à jouer, comme Gouverneur, un rôle dans la cérémonie que nous venons de décrire.
Discours du Gouverneur Stevenson.
Mr. Mayor of Port-Louis,
Mr. Président of the La Bourdonnais Committee.
I congratulate the people of Mauritius on the arrivai of this auspicious day, on which tardy justice is at last to be done to the memory of the Great La Bourdonnais.
More than one hundred years hâve now rolled by since the earthly career of that distinguished man was brought to an unhappy close ; and yet, from that time to this, no attempt has been made in this island, — the scène of his greatest services,— to erect a monument to bis memory, or to perpetuate the celebrity of his works !
It is true that the ancient capital, Mahébourg, is still distinguished by his name ! It is true that an insignificant Street near this immédiate spot is likewise so distinguished ! It is true that the principal island of the Seychelles, a thousand miles distant frora hence, is equally so honored !
But ail thèse memorials could not supply the great colonial want. A monument was still needéd, worthy of the man whose image stands unveiled before us.
MÀHÉ DE Li BOURBONNAIS 181
Althougli no sucTi monument as this bas yet found place in th.e Colony, La Bourdonnais bas never ceased to be remembered hère. His name is engraved on the heart of every créole of Mauritius, Monumentum me perennius,
The annals of bistory furnish many remarkable instances of tbe neglected memorials of great men, whose deeds bave only been commemorated — at a distance of many years after tbey bave apparently been forgotten. Great beroes — Great naval and military commanders— Great legislators — Great statesmen — Great pbilantbropists bave ail been allowed to remain in apparent oblivion for âges, and after a lapse of many years, (as in tbis instance, after a lapse of one entire century,) something bas animated tbe people to erect a monumental tropby, dedicated to tbe memory of tbeir departed wortb.
Wby, it may be asked, is this sudden reaction sbewn ? Is it tbat tbe merits of tbe dead bave been unappreciated in tbe interval ? — Is it tbat ail recollection of tbeir possessor bas been lost ? Not so ! Tbe reason is tbis : — People bave taken a retrospect of tbe past. Tbey bave contrasted tbose wbo bave foUowed in tbe same career "witb bim wbo so gloriously preceded. Tbey bave seen ail tbeir deficiencies, and tbey bave believed, what bistory bas asserted, tbat since the days of La Bourdonnais— (wbetber tbey look at bis successors under Frencb autbority, or whetber tbey regard tbem under Eoglisb rule)— tbey bave bad no Governor, occupying the place of La Bourdonnais, wbo bas been La Bourdonnais^ equal ?
Wbile, therefore, this monument of that distinguished
Î82 mAhb de la bôttrûonnais
man affords a mémorial of fche past, ifc furnîsliea afc the same time a monitor and au example for the future, — a monitor by whicli ail "Rulers of this Colony may be reminded of their duty, — An example which ail will do well to follow ! and we dedicate this monument to tbe double purpoise wbicb it is thus intended to serve.
Great men to wbatsoever country tbey belong, are tbe common property of ail Nations — tbeir virtues and tbeir works are equally admired by ail. In erecting a monument in tbis Britisb Colony of Mauritius to the memory of La Bourdonnais, we prove tbat we can appreciate the merits of public men, irrespectively of ail considérations of Nationality ; and I claim, on behalf of thepeople of Mauritius, to stand pre-eminently conspicuous in doing homage to the man whose name is dear to ail Mauritians.
It is not the first time in this Colony tliat we bave been proud to do justice to men of other nations who bave diatinguished themselves in this place. There is an instance in the monument of Malartic, whose balf-finished mémorial was not long since completed and publicly inaugurated in this Town. I rejoice to think that we can always be animated with the same high feeling ; and
I am glad to learn that some of our neighbours, from the Sister Isle, who bave lately erected a similar testimonial to La Bourdonnais, and whose country is favoured by bis celebrity, bave honoured us with their présence to witness this popular démonstration,
I desiro not to become a chronicler of the life and
MAHE DE LA BOTOBONNAIS 18B
times of La Bourdonnais. Biographers and ïïistorians hâve aiready done that, and tliere is no créole of Mauritius who is not familiar witli every leading incident in the administration of the mucli loved Governor of tlieir Colony. There are éloquent men who will presently follow me in their addresses, who will fill up every blank which I shall purposely leave untouched, and I wish to give them ample scope for the exercise of their pleasing duty by trespassing no more on the privilège which I relinquish to them. But, while I speak o£- La Bourdonnais, and his great public works, I caonot avoid a passing expression of regret that the reward which was regarded as the proper recompense for his services, was •—not a Peerage and a Pension — but — a Prison !
Yes, the page of ïïistory is blotted with that recorded fact. For three entire years was La Bourdonnais immured in the dungeous of the Bastille. Released from that imprisonment, and exonerated from ail crime of which he had been accused, he dragged eut the misérable remuant of his existence a poverty stricken and a broken hearted man.
We now see before us the figure of him who may justly be styled the *' Founder of this Colony and the Founder of this City.'^ We hâve hailed the présence of his eflâgy with the same earnest enthusiasm with which we should hâve greeted his personal return. We hâve offered him a sainte suited to his former distinguished rank. And in honor of theevent which we are celebrating, and in compliment to the brave nation whose subject he was, as well as to his fellow countrymen who hâve honoured this
184 MAHE DE LA BOtTUDOîmAtS
Inauguration with their présence, we hâve recel ved him with the melody of the national air of France.
The work is now complète !
I hope that so long as the monument endures, ao long as its history is recorded, so long as its subject is remembered, it will always be regarded by the successors of La Bourdonnais as an admonition to them to imitate his example and to emulate his character. I hope that the silent monitor will act "with equal effect upon ail.
Whether they be Governors in the administration of their higher function, whether they be Mayors and Chief Magistrates in the exercise of their civil duties, whether they be public men in the performance of their officiai services, or whether they be private individuals in the pursuit of their social avocations, and I hope it will always be borne in mind that when great public services are expected from men in high authority, they can only be satisfactorily accomplished by the aid of ail who should be co-adjutors in the work, and that those coadjutors are not confined to officiai persons alone, but include ail classes and members of Society.
Aûd, more than ail, let it be remembered that when men hâve signalized themselves above their fellow-men, in whatsoever country they may hâve been engaged, or to whatsoever Nationality they may belong, their successes are not so much attributable to their own works and merits, as they are due to that divine assistance from which ail power is derived^ and to the Giver of which ail prâise is due.
HAHÉ DE Ik BOUEDONNAIS 1.85
[Traduction] i
Monsieui^ le Maii^e de Port Louis,
Monsieur le Président du Comité La Bourdonnais,
Je félicite le peuple mauricien de la venue de ce jour heureux où une justice tardive est enfin rendue à la mémoire du grand La Boui^donnais.
Plus de cent ans se sont écoulés depuis que la carrière terrestre de cet homme distingué s'est terminée d'une manière malheureuse ; et cependant depuis cette époque aucune tentative n'avait été faite dans cette île — théâtre de ses plus grands services — pour élever un monument à sa mémoii'e, ou pour perpétuer la célébrité de ses œuvres !
Il est vrai que déjà Mahéboui'g, rancienne capitale, porte son nom (1). Il est vi^ai qu'une rue insignifiante non loin d'ici le porte encore. (2) Il est vrai que la principale île des Seychelles distantes d'un millier de milles d'ici partage également cet honneur ! Mais tous ces hommages rendus à sa mémoire ne sufiisaient pas à combler l'importante lacune qui existait dans cette colonie. L'homme dont l'image se dresse dévoilée devant nous, attendait toujours un monument digne de lui.
(1) Nous devons signaler ici la confusion que l'on fait généralement au sujet de cette ancienne capitale. Elle ne se trouvait pas à Maliébourg, mais à l'endroit appelé le Vieux Grand Port^ là-même où les Hollandais avaient fondé leur principal établissement. Mahéboiirg ne fut fondé qu'en 1805. Il fut jugé nécessaire dans cette année d'abandoiuie l'ancienne capitale dont on voit encore les ruines aujourd'hui. Elle était exposée à toutes les fureurs des ouragans, la chaleur y avait augmenté en raison du voisinage d'un nouveau fort, l'eau était devenue rare, la communication avec les autres chefs-lieux était difficile, la côte n'était accessible qu'à de petites embarcations ; de plus cet ancien établissement n'était composé que de vieux bâtiments totalement délabrés, placés sans ordre et presque tous à renouveler. Pour toutes ces raisons le général Decaen décida par l'arrêté du 15 Pluviôse An 14 (1805) d'abandonner le Vieux Grand Port et de fonder le Bourg-Mahé à la Pointe de la colonie.
(2) Cette rue porte le nom de La Bourdonnais depuis près d'un siècle et demi. Sous la Révolution, lorsque le Conseil Général de la Commune de la ville de Port Louis décida le 6 Mars 1793 de changer ^es 7ioms de différents princes et personnes qui ont commandé dans Vancien Régime que portaient certaines rues de la ville, seuls les noms de La Bourdonnais, Poivre et SufFreu furent couservési
Bien que nul monument semblable à celui-ci n'ait encore trouvé place dans la colonie, on n'y a jamais cessé de se souvenir de La Bourdonnais. Son nom est gravé dans le cœur de tous les créoles de Maurice. Monunientimi sere jperennius.
Les annales de l'Histoire fournissent beaucoup d'exemples remarquables de grands hommes dont la mémoire a été négligée et dont on ne s'est souvenu des œuvres qu'après bien des années, alors qu'ils semblaient avoir été oubliés. De grands héros, de grands chefs d'escadre et d'armée, de grands législateurs, de grands hommes d'état, de grands philantropes ont été laissés longtemps dans un oubli apparent puis après un laps de longues années — après tout un siècle, comme tel ejSt aujourd'hui le cas — la nation décide soudainement d'élever à la mémoire de leurs grands hommes un trophée sous forme de monument. Mais pourquoi, dii^a-t-on, cette réaction soudaine ? Les mérites des morts n'ont-ils pas été appréciés dans l'intervalle ? Avait-on perdu tout souvenir de ceux qui les possédaient ? Nullement ! La raison, la voici : On a remonté vers le passé, on a comparé celui dont la carrière fut si glorieuse, à ceux qui l'ont suivi, on s'est rendu compte de ce qui manquait à ces derniers, et on a eu foi dans l'histoire qui affirmait, que depuis le temps de La Bourdonnais, ni sous le Grouvemement Français, ni sous la domination Anglaise, aucun Grouverneur ayant occupé ce poste ne l'a égalé.
Ainsi le monument de cet homme distingué, tout en nous rappelant le passé, nous donne en même temps un avertissement et un exemple pour l'avenir — avertissement grâce auquel tous les Gouverneurs de cette Colonie se rappelleront leur devoir — exemple que tous feront bien de suivre ! et nous consacrons ce monument au double but qu'il doit ainsi remplir.
A quelque pays qu'appartiennent les grands hommes ils sont la propriété commune de toutes les nations. Leurs vertus et leurs œuvres sont également admirées de tous. En élevant à Maurice, colonie anglaise, un monument à la mémoire de La Bourdonnais, nous prouvons que nous savons apprécier les mérites des hommes publics, sans tenir compte de leur nationalité, et en ma qualité de Grouvemeur je revendique au nom de la population de cette île, l'honneur de rendre ouvertement hommage à l'homme dont le nom est cher à tout Mauricien.
Ce n'est pas la première fois que dans cette Colonie nous sommes fiers de rendre justice à des hommes d'une autre
MAHé Dïî LA BOUËDONNAIS 187
nationalité qni se sont distingués dans le poste de Gouvemenr. Le tombeau de Malartic dont le monument à moitié achevé, ne fut élevé et inauguré publiquement dans cette ville que depuis peu, en est un exemple. (1) Je me réjouis de penser que nous pouvons toujours être animés du même sentiment élevé, et je suis heureux d'apprendre que quelques-uns de nos voisins de l'Ile Sœur qui vient d'élever un semblable monument à La Bourdonnais et qui partage sa célébrité, nous ont honorés de leur présence pour assister à cette démonstration populaire.
Je ne désii'e pas raconter la vie et l'époque de La Bourdonnais. Des biographes et des historiens l'ont déjà fait, et il n'y a pas un créole de Maurice qui ne connaisse le? principaux incidents de l'administration du Grouverneur bien aimé de leur
(1) Anne Joseph Hippolyte Maures Comte de Malartic, né à Mon» tauban le 3 Juillet 1730, fut nommé Gouverneur-Général des établissements Français à l'Est du Cap de Bonne-Espérance le 30 Décembre 1791. Il arriva dans la Colonie le 16 Juin 1792 accompagné des Commissaires civils Lescalier, Le Boucher, Tirol et Dumorier que la France déléguait ici afin d'y maintenir l'ordre et la tranquillité publics, et de veiller à l'exécution des décrets de l'Assemblée Nationale. Sa conduite le 22 Juin 1796, lors du renvoi des Agents du Directoire Baco et Burnel lui valut le titre de '* Père de la Colonie ; " et plus tard, ses vertus, son dévouement au bien public au milieu des troubles de la Révolution, celui de '* Conservateur des îles de France et de Bourbon." Conservateur de l'œuvre de La Bourdonnais^ il partage avec celui-ci la reconnaissance des habitants ; leurs deux noms leur sont également chers. A sa mort survenue le 9 Thermidor An 8 (28 Juillet ISOOj l'Assemblée Coloniale arrêta qu'il lui serait élevé un tombeau au Champ-de-Mars, et adopta le projet de l'architecte Gastambide, Il consistait en une colonne surmontée d'une urne, élevée sur un tombeau figurant une urne antique de forme carrée. Le monument devait occuper le milieu d'une île artificielle dont les rives seraient plantées de cyprès. Les eaux du Pouce devaient alimenter la pièce d'eau. Deux pavillons élevés dans les bosquets de bois noirs voisins devaient servir de logements à quatre invalides, gardes d'honneur du tombeau, chargés en môme temps de son entretien. Après être resté près d'un mois dans l'Église, le corps du général fut déposé provisoirement dans un caveau creusé dans la partie orientale du Charap-de-Mars. Le soubassement et le caveau du tombeau étant achevés, on l'y transféra, en grande pompe, le 28 juillet 1801^ jour anniversaire de sa mort, la colonne n'avait atteint que quelques pieds de hauteur, lorsqu'on
organisa
dames de Maurice un " fancy fair ",— bazar de charité — dont le produit fut affecté à l'achèvement du monument. Le projet orignal fut modifié, et l'obélisque substituée à la colonne. Abiittue par le cyclone du 29* avril 1892, elle fut remontée par les soins de la Municipalité,
Colonie. Les liommes éloquents qui me succéderont "bientôt combleront, dans leurs discours, les lacunes que j'ai laissées à leui' intention, et je veux leur donner une grande latitude dans Taccomplissement de ce devoir agréable en n'empiétant pas davantage sur le privilège que je leur abandonne. Mais tandis que je parle de La Bourdonnais et de ses grands travaux publics, je ne puis m'empêclier d'exprimer le profond sentiment de regret que j'éprouve en songeant que la récompense de ses services a été, non la Pairie et une Pension, mais — une Prison.
Oui le feuillet de l'histoire est entaclié de ce fait reconnu. Pendant trois années entières La Bourdonnais fut enfermé dans les donjons de la Bastille. Mis en liberté et reconnu innocent de tous les crimes dont il était accusé, il traîna misérablement le reste de son existence dans la pau\i*eté, le cœur brisé.
Nous voyons maintenant devant nous l'image de celui qui peut à juste titre être appelé le " Fondateur de cette colonie, le Fondateur de cette ville." Nous avons acclamé sa statue avec le même enthousiasme ardent que nous aurions montré pour accueillir son retour en personne. Nous lui avons offert un salut en rapport avec son ancien rang distingué. En l'honneur de Tévènement que nous célébrons, par courtoisie envers la valeureuse nation dont il fut le sujet, et envers ses compatriotes qui ont honoré cette inauguration de leur présence, nous l'avons salué des accords de l'hymne national de France.
L'œuvre est aujourd'hui complète !
Aussi longtemps j'espère, que durera ce monument, aussi longtemps que l'on conservera son histoire, aussi longtemps que l'on se rappellera son but, il sera toujours considéré par les successeurs de La Bourdonnais comme un avertissement qui leur est donné d'imiter son exemple, d'égaler ses vertus. J'espère que ce muet avertissement agira également sur tous : Gouverneurs occupant la fonction la plus haute. Maires et premiers Magistrats remplissant des devoirs civiques, hommes publics dans l'exercice de leurs fonctions officielles, hommes privés dans l'accomplissement de leurs devoirs sociaux ; j'espère que tous se rappelleront toujours que si l'on attend des hommes investis d'une haute autorité de gTands services publics, ceuxci ne peuvent être accomplis d'une manière satisfaisante qu'avec le •con<x)urs de tous ceux qui doivent en être les
co-adjuteiirs, et que ces co-adjuteurs ne doivent pas se limiter aux officiels seulement, mais compremient toutes les classes et tous les membres de la société.
Souvenons-nous encore que, si des hommes s'élèvent audessus de leurs concitoyens, dans quelque pays qu'ils se trouvent, ou à quelque nationalité qu'ils appartiennent, leurs succès ne doivent pas tant être attribués à leurs propres travaux et à leurs propres mérites, qu'à cette assistance divine de qui émane tout pouvoir, et à la Providence à qui toute louange est due.
Discours de M. Fropier.
Messieurs,
*' C'est un beau spectacle que ^inauguration d'un
monument élevé à la gloire d'un homme grand par le génie, grand par le caractère, et qui consacre ses droits à l'immortalité. C'est un plus beau spectacle que celui de tout un peuple uni dans une même pensée pour payer, à un siècle de distance, à la mémoire de cet homme illustre, un tardif mais éclatant tribut de reconnaissance pour d'immenses et impérissables bienfaits. C'est un spectacle plus grand encore, plus noble, plus émouvant, que celui que nous avons maintenant sous les yeux et dans lequel nous prenons tous une part plus ou moins directe, mais certainement bien vive et bien enthousiaste.
" Ce ne sont pas seulement, Messieurs, les enfanta de la France que nous voyons groupés au pied de cette magnifique statue, pour acclamer les hommages d'un autre enfant de la France qui fut une des gloires de sa patrie; ce ne sont pas seulement les descendants des
190 MAHÉ DE LA BOtlRDONNAIS
colons de l'ancienne Ile-de-France qui viennent témoigner leur reconnaissance à l'illustre et glorieux fondateur de cette colonie, dont il fut le bienfaiteur ; ce sont les habitants de la Maurice Anglaise, ce sont leurs frères de la fière et libre Angleterre qui viennent porter leur part d'hommage et d'admiration au guerrier célèbre, au marin habile, loyal et vaillant, qui combattit Tétendard d'Albion dans ces parages lointains, et qui balança un moment la fortune de ses armes et de sa domination dans son naissant empire des Indes. C'est là le trait le plus saillant de cette fête, c'est là le trait caractéristique de notre époque chrétienne et humanitaire, et ce sera Téternel honneur de ce 19ème siècle, d'avoir su, malgré l'égoïste satisfaction de ses besoins matériels, au milieu de ses immenses progrès, de ses gigantesques agitations, de ses éblouissantes et utiles découvertes, d'avoir su poser la base de la fraternité des peuples et imprimer un sublime élan à leur marche simultanée vers la perfectibilité humaine.
'' La présence du représentant de l'Angleterre revêtu dans ces contrées lointaines de la confiance de notre gracieuse souveraine ; la présence de ces Consuls de peuples amis ; ce Consul de France surtout, à la tête des marins de son pays, les compatriotes de La Bourdonnais ; ces bannières de tant de peuples divers qui flottent sur nos têtes; ces uniformes glorieux de peuples frères qui furent jadis rivaux ; ces fanfares de victoire, célébrant aujourd'hui les bienfaits de la paix; ces populations diverses descendues de tous les points de cette lie et appartenant à tous les points du globe ; ces habitants de la colonie voisine, notre sœur par l'origine, et qui le sera toujours
par la communauté des sentiments et de Paffectioa ; ces femmes dans tout l^éclat de leur beauté et de leurs parures ; ces députations de nos écoles ; ces jeunes filleâ parées comme aux jours de solennités religieuses pour répandre Fencens des fleurs aux pieds du héros ; tout ne parle-t-il pas fortement à votre imagination ; tout ne vous dit-il pas que nous appartenons à une grande époque, et que sur ce rocher perdu au milieu de Tocéan, nous célébrons une des grandes fêtes de la civilisation.
'' C'est une fête véritablement civilisatrice, en effet. Messieurs, que celle qui rend un juste hommage à la mémoire d'un bienfaiteur des peuples, car en même temps qu'elle donne un nouvel exemple de cette reconnaissance qui honore autant les nations que les individus isolés, elle offre un nouvel encouragement à ces natures d'élite qui, au prix même de leur tranquilité, de leur liberté, de leur existence, se consacrent avec ardeur au bonheur de leurs semblables, et qui ne peuvent attendre leur reconnaissance que de la postérité,
'' Mahé de La Bourdonnais, ai- je besoin de le dire en ce jour, fut un de ces hommes, au cœur grand, à l'esprit élevé, qui deviennent les amants de la gloire et les amis de l'humanité.
" Une voix éloquente et plus digne que la mienne vient de vous dire ses vertus, ses services, ses droits à votre reconnaissant souvenir, la voix de notre Gouverneur respecté vient de se faire entendre à vous ; d'autres réveilleront encore de nouveaux échos en vos cœurs. Ma tâche est plus modeste ; et si je vous rappelle, on passant, quelques traita de cette vie célèbre et si bien remplie, c'est que le
aajet entraîne chacun de nous en présence de cette statae, à mêler son éloge si modeste, si humble qu'il soit, au concert de louanges qui s'élève en Phonneur du héros,
" Ma tâche est de vous dire la part prise à l'œuvre que nous complétons aujourd'hui, par le Comité La Bourdonnais qui s'est formé en 1853, et dont j'ai toujours eu l'honneur d'être le Président depuis sa formation. Il m'est doux de m'acquitter de ce devoir et de vous exprimer, au moment du succès, les sentiments qui ont animé les promoteurs de ce grand acte de réparation nationale, et, je puis le dire, la population toute entière de cette Ile. Je voudrais pouvoir emprunter, pour répondre dignement à ce que m'impose ce devoir, les accents de ceux qui, en 1853, vous convièrent avec moi à élever une statue à La Bourdonnais. Mais hélas 1 dans ce court espace de temps, la mort a aussi, elle, accompli son œuvre, et de ces voix éloquentes et respectées qui se faisaient alors les organes de la reconnaissance publique, il en est beaucoup qui se sont éteintes dans le silence de la tombe. 11 en est cependant encore, une surtout qui, bien mieux que la mienne saurait retrouver le chemin de votre cœur. Mais elle est du petit nombre de celles dont l'on ne saurait surprendre les secrets ni imiter les accents. Les Prosper D'Épinay, les Louis Léchelle, les West, les Piston, d'autres encore ont payé leur tribut à la nature ; et si nous ne sommes pas appelés à leur élever un de ces monuments de marbre ou de bronze dont le plus digne d'entre eux a déjà été honoré du reste, nous sommes sûrs du moins, que leur mémoire, à des degrés différents sans doute, vivra longtemps dans les cœurs des colons de Maurice,
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^' Il ne faudrait pas croire en effet; qna les cœurs des enfants de cette Ile, soient accessibles au vice deTfradantde l'ingratitucie et que l'acte que nous accoînplissoas aujourd'hui soib le premiertéinoignage de notre sympathie envers La Bourdonnais.
'^ Son nom donné à une do nos vi'les^à une de nos plus importantes dépendances, à une de nos rues principales ; son nom que retiendra, j'en suis convaincu, cette place que nous emplissons en ce moment, de notre foule émue^ son nom le prouverait assez. Je suis heureux d'ailleurs de pouvoir rappeler que notre Assemblée Coloniale, de glorieuse niémoire, votait à l'unanimité eu l'an 7 de la République Française, alors que les finances de la Colonie étaient dans la plus gra-nde pénurie, une pension viagère à Madame la marquise de Montlezun Pardiac, fille de Mahé de La Bourdonnais, comme un témoignage public de la reconnaissance des colons pour son père, et de la vénération qu'ils ont pour son nom. Nos frères de Bourbon en firent autant de leur côté.
On le voit donc, le souvenir de La Bourdonnais a toujours été vivant dans la mémoire drs colons, et cette sainte pensée se faisait jour pour la millième fois vers la fin de 1852, quand un charmant petit journal do cette époque, s'inspirant des sentiments d'une gracieuse créole, réclamait de nouveau un monument apparent et durable de notre affection pour La Bourdonnais. Peut-être que cette noble idée était destinée cette fois encore à se perdre au milieu du bruit, des préoccupations et des exigences des affaires, à s'éteindre impuissante et découragée, si Maurice n'avait alors été administrée par un homme libre de préjugés,
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éclairé et bon. Sir James Iliggiuson, qui savait combien ses bienveillantes intentions étaient sûres de rencontrer dans nos cœurs amis un écho toujours sympathique, m'écrivit une de ces lettres, qui restent comme le cachet d'une âûQe grande et honnête, pour faire un appel chaleureux à tous nos bons instincts. Honoré de cette patriotique communication, je me hâtai de convoquer le meeting public qui, en janvier 1853, décida d'élever à La Bourdonnais la statue que nous avons maintenant devant nous.
^' Cette réunion, la plus nombreuse peut-être et en tous les cas, la plus remarquable de celles tenues depuis bien longtemps à Maurice, par le rang, le caractère et le talent des hommes distingués qui y figurèrent, ouvrit immédiatement une souscription à la tête de laquelle le Gouverneur s'inscrivit pour une magnifique contribution qu'il augmenta encore plus tard. Il est doux de constater ici que Sir James Hii^ï-ginson, qui a ainsi véritablement pris rinitiative du monument La Bourdonnais, a toujours été depuis le fervent soutien de ce projet. Le meeting constitua ensuite un Comité nombreux dont bien des membres siègent aujourd'hui dans cette enceinte, heureux et fiers d'avoir mené à fin avec la co-opération franche et empressée de la Corporation Municipale, la mission qui leur avait été confiée, et d'avuir doté la ville du Port-Louis d'une œuvre d'art remarquable qui est eu même temps le premier monument de ce genre qu'elle possède. Monument fécond pour l'avenir, enseignement éloquent et constant pour les générations de cette île,
comme pour les hommes appelés à diriger leurs destinées.
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ainsi que l'observait tout à l'heure notre Grouverneur libéral ; image durable quoique bien limitée de cette âme immortelle qui confond le matérialisme et arrête les instincts grossiers de l'égoïsme. Le culte des grands hommes, en apprenant à tous, le prix que la postérité attache au talent, à la vertu, au dévouement, rend l'homme meilleur, et le soutient dans les défaillances de
sa nature 1
" On pourrait s'étonner ailleurs qu'à Maurice que, même à la distance oii nous sommes des grands centres d'oii rayonne la lumière des beaux arts et de la civilisation, il nous ait fallu six ans pour mener notre entreprise à bien, quand nos voisins delà Réunion, entrés après nous dans le même ordre d'idées, ont inauguré depuis trois ans déjà la statue du fondateur commun de nos deux colonies ? Mais pour vous, Messieurs, qui savez par quelles épreuves nous avons passé depuis cette époque, qui savez la différence qui existe entre la constitution et les habitudes de nos deux îles, cet éfconnement ne peut exister et n*a pas besoin d'explication. Toutefois, disons qu'un sous-comité de colons Mauriciens fut chargé de choisir à Paris un des nombreux artistes de mérite qui sont la gloire de la statuaire, pour lui confier la reproduction en bronze des traits de La Bourdonnais. M. Liénard père que l'on voit mêlé à tout ce qui peut être utile à son pays et qui a pris un si vif intérêt à cette oeuvre, MM. Aubin et Husson, nos intelligents compatriotes, et le docteur Ulcoq si bien connu de vous tous et qai partagea longtemps les peines de ses collègues, que nous remercions comme lui, tous nos amis, dis- je, séduits d'abord par la belle exécution de la statue qui orne aujourd'hui la ville de St. Denis et qui
figurait alors à ^exposition Universelle de Paris, songèrent un moment à demandera son auteur M. Hochet, un second exemplaire de ce beau morceau plastique ; mais désireux d^avoir bientôt pour Maurice une œuvre entièrement originale, et voulant s'adresser à un statuaire dont la réputation a depuis longtemps grandi, ils confièrent à M, Dumont, membre de l'Institut de France, cet important travail. Vous pouvez juger maintenant, Messieurs, si leur choix a été heureux et, si notre jugement vient confirmer celui des hommes de goût et de talent qui ont vu, comme M, Dumont lui-même dans la statue La Konrdonnais, le chef-d'œuvre de M. Dumont, il me sera bien agréable de transmettre l'expression de votre approbation à cet éminent artiste et à ceux de nos trois compatriotes qui nous ont assuré sa co-opération. Et comment douter de votre approbation à la vue de ces traits où respirent à la fois la confiance du génie sûr de ses forces, la douceur infcelligenta d'un chef paternel.
*' Mais je dois, dès à présent, vous faire remarquer que cette noble émulation qui anime toujours les véritables amants de l'art, et que le désir particulier, en Cdtte circonstance, de reproduire à l'étranger les traits d'un illustre compatriote, ont réduit le prix do cette belle statue à ceux qu'exigeaient strictement les frais matériels et la valeur intrinsèque du métal, aussi nous a-t-il été possible sur les six mille piastres de souscriptions recueillies pour cette œuvre, par les soins do plusieurs membres du Comité et particulièrement par deux de nos anciens Maires, MM. Léchelle et Pipon, d'en remettre encore une somme assez forte à la Corporation Municipale qui a si généreusement pris à sa charge, les dépenses considérables du
piédestal, de la mise en place efc de la belle fête qui nous réunit en ce jour. Aussi qu'il me soit permis. Messieurs, de témoigner à chacun des membres de cette Corporation, les remercîments des souscripteurs et du pays tout entier, et de les faire agréer eu particulier à M. le Maire du Port Louis.
" Est-il nécessaire, Messieurs, dans un pays tout plein de la pensée de La Bourdonnais, et à une époque où Pattenfcion s'est réveillée plus grande que jamais sur son nom, ses actes, ses bienfaits, de rappeler même succinctement ce que fut ce grand homme ? Il semble que l*usage nous en fasse une loi si impérieuse en pareille circonstance qu'elle est comme une part, même de Thommage que nous désirons lui rendre. Je serai bref toutefois, et pour abréger cette tâche difficile et ménager votre attention, je prendrai la liberté de vous lire l'extrait d'une lettre que j'adressais, il y a trois ans au Gouverneur de la Réunion, cet homme distingué que vous avez tous connu ici, alors qu'il nous conviait à une fête semblable à St. Denis.
'^ Mais avant de m'acquitter de la promesse que je contractai presque à cette époque, il n'est peut-être pas hors de propos de chercher à fixer les esprits sur l'orthographe même de ce nom célèbre dont l'épellation des lettres finales a été récemment mise en doute. Je suis convaincu pour ma part que ce doute ne peut pas exister et que nous devons continuer à terminer le nom de La Bourdonnais par une S comme nous l'avons fait jusqu'ici.
*^ Les jouinaux viennent de reproduire des recherches qui me semblent des preuves plus que suffisantes à cet égard. Je me bornerai donc à rappeler-^que son petit
fils, le célèbre joueur d'échecs, n'a jamais écrit différemment son nom, et que la biographie qu'il a laissée de son graud père est d'accord sur ce point avec presque toutes les autres, avec celles surtout écrites par ses compatriotes Malouins, Serol des Forges, Cunat et autres. Il n'y a donc aucun motif, même pour les amis du doute, de changer une orthographe consacrée par le temps et par la gloire.
" Ajouterai-je que parmi les actes de notre Etat Civil qui reproduisent cette orthographe, il en est un qui montre particulièrement le respect de La Bourdonnais pour les coutumes de l'Eglise ; c'est le baptume ou bénédiction de la cloche dont il fut le parrain à Port Louis. (1 ) Cet esprit religieux dont il donna tant de preuves
(1) Voici l'acte qui en fut dressé ainsi que celui de la bénédiction de la seconde Cloche de la même église dont la marraine fut Madame de La Bourdonnais :
Le onzième jour du mois de Mars 1738, je soussigné, prêtre de la Congo° de la Mission, Curé de la paroisse de St. Louis, au Port-Louis de risle de France, ai béni une Cloche pour la dite paroisse, elle a été nommée " Françoise ", le parrain a été Mr. Mahé de La Bourdonnay, Gouverneur des Islesde France et de Bourbon et la marraine Dame Michelle Duhamel épouse de Mr. St. Martin, Directeur Général de la Compagnie dans cette Ile. — (Signé) Duhamel St. Martin, Mahé de La Bourdonnais, Laval Giblot, Damont, Mallet, Molère, St. Martin,