‹ Documents sur l'art d'imprimer à l'aide de planches en bois, de planches en pierre et de types mobiles, inventé en Chine, bien longtemps avant que l'Europe en fît usage. Extraits des livres chinoisChapitre 3 sur 3 · DE J. C · texte numérisé non relu

DE J. C

On lit dans le Mong-khi-pi-tân, Mémoires de Tchinkouo , qui fut reçu docteur en 1 o56 de notre ère ( liv. XVIII, fol. 8; Bibliothèque royale , fonds de Fourmont n° 3o4, vol. 2 4) :

(( On imprimait avec des planches de bois gravées, à une époque où la dynastie des Thcing (fondée en 6 1 8) iVavait pas encore jeté de Féclat. (Allusion à l'emploi des planches stéréotypes en bois, sous la dynatie précédente.) Depuis que Fong-ing-ouctng eut commencé à imprimer les cinq Kings (livres canoniques ) , l'usage s'établit de publier, par le même procédé, tous les livres de lois et les ouvrages historiques.

(( Dans la période King-li ( entre î o4 1 et 10/19 de J. C.) , un homme du peuple (un forgeron , —— même

ouvrage , liv. XIX, fol. 1 h) nommé Pi-ching, inventa une autre manière d’imprimer avec des planches appelées ho-pan ou planches ( formées de types) mobiles. (Cette expression s'emploie encore aujourd’hui pour désigner les planches de l’imprimerie impériale qui se trouve à Péking , dans le palais Wouinc)-tien. ) En voici la description :

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all prenait une pâte de terre fine et glutineuse, en formait des plaques régulières, minces comme les pièces de monnaie appelées T sien , et y gravait les caractères (les plus usités).

((Pour chaque caractère , il faisait an cachet (un type); puis il faisait cuire au feu ces cachets (ces types) pour les durcir.

ail plaçait d’abord, sur une table, une planche en fer, et l’enduisait d’un mastic (très-fusible) composé de résine, de cire et de chaux.

a Quand il voulait imprimer, il prenait un cadre en fer (divisé intérieurement et dans le sens perpendiculaire par des filets de même métal , — on sait cjue le chinois s’écrit de haut en bas), l’appliquait sur la planche de fer, et y rangeait les types en les serrant étroitement les uns contre les autres. Chaque cadre rempli (de types ainsi assemblés) formait une planche.

«Il prenait cette planche, l’approchait du feu pour faire fondre un peu le mastic; puis il appuyait fortement sur la composition une planche de bois bien plane (c’est ce que nous appelons an taqaoir), et, par ce moyen, les types (s’enfonçant dans le mastic) devenaient égaux et unis comme une meule en pierre.

«S’il se fut agi d’imprimer seulement deux ou trois exemplaires d’un même ouvrage , cette méthode n’eût été ni commode, ni expéditive; mais lorsqu’on voulait tirer des dizaines, des centaines et des milliers d’exemplaires, l’impression s’opérait avec

une vitesse prodigieuse. D’ordinaire, on se servait de deux planches en fer (et de deux cadres ou formes). Pendant qu’on imprimait avec l’une des deux planches, l’autre se trouvait déjà garnie de sa composition. L’impression de celle-ci étant achevée, l’autre, qui était déjà prête, la remplaçait de suite. On faisait alterner ainsi l’usage de ces deux planches, et l’impression de chaque feuille de texte s’effectuait en un clin d’œil h

«Pour chaque caractère, on avait toujours plusieurs types semblables, et jusqu’à vingt épreuves (vingt types répétés) des signes (les plus fréquents

tels que) in j°ü> Z tchi, ye, etc. ahn de reproduire les mots qui pouvaient se trouver plusieurs fois dans la même planche. Lorsqu’on ne se servait pas de ces doubles, on les conservait enveloppés dans du papier.

« Les caractères étaient classés par ordre tonique , et tous ceux de chaque ton étaient disposés dans des casiers particuliers. S’il se rencontrait, par hasard, un caractère rare qui n’eût pas été préparé d’avance, on le gravait de suite, on le faisait cuire avec un feu de paille , et l’on pouvait s’en servir à la minute.

a La raison qui empêcha l’inventeur de faire usage de types en bois, c’est que le tissu du bois est tantôt

1 Les Chinois n’impriment que deux pages à la fois, sur un seul côté du papier, qu’ils plient, en deux avant le brochage, La partie blanche qui se trouve entre les deux pages, porte ordinairement le titre de l’ouvrage, le numéro et la section du livre, et, plus bas, le chiffre de la page double.

poreux, tantôt serre, et qu’une fois imprégnés d’eau, iis auraient été inégaux, et que, de plus, ils se seraient agglutinés au mastic de manière à ne pouvoir plus être enlevés (pour servir à une nouvelle composition). Il valait donc beaucoup mieux faire usage de types en pâte de terre cuite. Lorsqu’on avait achevé le tirage d’une planche, on la chauffait de nouveau pour faire fondre le mastic , et l’on balayait avec la main les types, qui se détachaient d’eux-mêmes sans garder la plus légère particule de mastic ou de saleté.

u Quand Pi-chiiig fut mort, ses compagnons héritèrent de ses types, et les conservent encore précieusement. »

On voit, par ce dernier passage, que l’inventeur des types mobiles en Chine n’eut pas d’abord de successeur, et que l’on continua à imprimer, comme auparavant, avec des planches de bois gravées.

Ce retour bien naturel à l’ancien mode d’imprimef* ne tenait certainement pas à l’imperfection du procédé de Pi- chin g , mais à la nature de la langue chinoise, qui, étant dépourvue d’un alphabet formé d’un petit nombre de signes, avec lequel on pût composer toute sorte de livres , mettait l’imprimeur dans la nécessité de graver plusieurs fois autant de types qu’il y a de mots différents, et d’avoir ( suivant la division des sons en cent six classes ) cent six casiers distincts , renfermant chacun un nombre énorme de types plusieurs fois répétés, dont la recherche, la composition , et la distribution après le tirage, devaient exiger un temps considé-

rable. Il était clone plus aisé et plus expéditif d’écrire ou faire écrire, comme aujourd’hui, le texte qu’on voulait imprimer, de coller ce texte sur une planche en hois , et d’en faire évider au burin les parties blanches. Depuis cette époque , jusqu’à nos jours, les imprimeurs chinois ont continué à imprimer avec des planches en bois, ou avec des planches stéréotypes de cuivre, gravées en relief. Mais , sous le règne de l’empereur Khang-hi, qui monta sur le trône en î 662 , des missionnaires européens, qui jouissaient d’un grand crédit auprès de ce monarque, le décidèrent à faire graver deux cent cinquante mille types mobiles en cuivre, qui servirent à imprimer une collection d’ouvrages anciens , qui forme six mille volumes in-4°, et dont la Bibliothèque royale de Paris possède plusieurs parties considérables (¥ Histoire de la musique, en soixante livres; Y Histoire de la langue chinoise et des écritures des différents siècles , en quatre-vingts livres , et Y Histoire des peuples étrangers connus des Chinois , en soixante et quinze livres). Cette édition peut rivaliser, pour l’élégance des formes et la beauté de l’impression, avec les plus beaux ouvrages publiés en Europe. Quelques années après , on commit la faute de faire fondre et de détruire ces deux cent cinquante mille caractères en cuivre. Ce fait regrettable nous est fourni parla préface d’un petit ouvrage sur l’agriculture ( T san-sang-tsi-yao ), imprimé plus tard , par le même procédé , dans l’établissement typographique du palais impérial appelé PVouing-tien, dont nous allons parler avec quelque détail.

11 existe, dans le palais impérial de Pé-iîing , un édifice appel épf^ou-ing-tien, où I on imprime, chaque année, un grand nombre d’ouvrages avec des types mobiles obtenus, comme en Europe, à l’aide de poinçons gravés et de matrices.

La Bibliothèque royale de Paris possède plusieurs éditions d une finesse et d’une beauté admi- #

râbles, qui portent le cachet de cette imprimerie, dont les types mobiles ont reçu de l’empereur le

nom élégant de tsiu-tchïn , , c’est-à-dire perles

assemblées.

Le rapport officiel qui précède une de ces éditions nous apprend un fait très -intéressant, dont l’observation pourra peut-être donner lieu, en Europe, à des expériences et à des résultats d'une sérieuse importance. Nos poinçons en acier et nos matrices en cuivre entraînent de grandes dépenses, et sont exposés à se détériorer rapidement par l’oxydation. Les Chinois ont paré à ce double inconvénient en gravant leurs poinçons en bois dur et d’un grain fin (ce qui coûte, pour chaque type, de 5 à io centimes), et en s’en servant pour frapper des matrices dans une sorte de pâte de porcelaine qu’on fait cuire au four, et ou l’on fond les caractères, destinés à imprimer, avec un alliage de plomb et de zinc, et quelquefois avec de l’argent. Reste à savoir comment l’on peut réussir h justifier (comme l’on dit en termes de fondeur) des matrices d’une telle matière. Il est permis de penser que la jastifi-

cation de ces matrices ne laisse rien à désirer, car les résultats typographiques que nous avons sous les yeux (par exemple, l’édition en petit texte du Chouï-king-tchoa , ou Livre des Rivières , avec un Commentaire, qui a été communiquée à M. Arago, par l’auteur de la présente Notice), sont de nature à satisfaire les juges les plus compétents et les plus difficiles.

Je ne terminerai pas cet article sans exposer les motifs qui décidèrent l’empereur Khien-long à fonder, en 1776, l’imprimerie en types mobiles du palais LVou-ing-tien. Ce monarque éclairé ayant rendu un décret, en 1770, pour faire graver sur bois et imprimer aux frais de l’état dix mille quatre cent douze des ouvrages les plus importants de la littérature chinoise , un membre du ministère des finances, nommé Kin-kien, considérant qu’il faudrait un nombre énorme de planches pour imprimer cette vaste collection de livres , et que les frais de gravure seraient immenses , proposa à l’empereur d’adopter le système d’impression en types mobiles, et lui soumit les modèles de ces types, disposés sur seize planches et accompagnés de tous les renseignements nécessaires pour la gravure des poinçons en bois, la frappe des matrices, la fonte et la composition.

L’empereur approuva ce projet par un décret spécial , et ordonna d’imprimer, suivant le plan de Kin-kien, ces dix mille quatre cent douze ouvrages, dont le catalogue descriptif et raisonné, publié par

ordre impérial, forme cent vingt volumes in-8°. Ce précieux ouvrage existe à la Bibliothèque royale de Paris, et nous y avons puisé (livre XCÏI, fol. 5o) les détails qui précèdent.

Dans ces derniers temps, l’imprimerie en types mobiles appelés paï-tseu (ou caractères composés), a fait des progrès sensibles en Chine , et l’on finira peut-être, dans un avenir prochain, par renoncer à l’usage des planches de bois gravées. Nous possédons à Paris plusieurs grands ouvrages publiés d’après ce procédé, par exemple : un Traité sur l’art militaire (fJou-thsien-heou-pien) en 2 1\ vol.; un Dictionnaire tonique des noms de villes ( Li-iaï-ti-li-yun-pien ) , en 16 vol. in-4°; une Description géographique du globe, d’après les auteurs chinois et européens (Haïhoué-thou-tchi) , en 20 vol. in- 4°, etc. Ces éditions, il est vrai, sont loin d’avoir la même pureté que celles qui sortent des presses impériales , mais elles sont fort nettes et beaucoup plus correctes que celles qui proviennent de planches en bois, les auteurs ouïes éditeurs chinois ayant maintenant, comme nous, l’habitude de revoir les épreuves du texte jusqu’à ce qu’il leur paraisse tout à fait exempt de fautes typographiques.

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