HEURES
du soir.
Moyennes pour les 21 jours .
Maximum .
Minimum .
Le baromètre a marqué, en moyenne, 0m,755.
Mombase est, depuis longtemps, considérée comme le chef-lieu du littoral compris entre les rivières Panggani et Kilifî. Après avoir été le siège du gouvernement des M’zara, dont l’autorité était reconnue sur tout ce territoire, elle est devenue la résidence du gouverneur nommé par Syed Saïd , et qui , directement ou par intermédiaire, exerce son pouvoir entre les mêmes limites territoriales.
La population de l’île Mombase, non compris la garnison, ne s’élève pas, aujourd’hui, à plus de 2,500 à 5,000 âmes. Elle en comptait, il y a une vingtaine d’années, à peu près
5,000; mais l’état de guerre continuel où se trouvait le pays fit que bon nombre de familles se retirèrent à Pemba et autres lieux : en outre, lorsque Syed Saïd s’empara de l’île, la tribu des M’zara fut contrainte de s’expatrier, et ce mouvement, auquel prirent part tous leurs esclaves, diminua encore le nombre des habitants d’environ 1,500 âmes. Depuis la paix, beaucoup des premiers émigrés sont rentrés, et de plus les naissances surpassent, m’a-t-on dit, les décès. J’ai déjà eu occasion de faire remarquer qu’il n’existe, d’ailleurs, aucun document officiel propre à fournir des données, même approximatives, sur la population d’une ville ou d’un territoire dans ces contrées. Les Arabes prétendent que dénombrer la population , c’est, en quelque sorte, suspecter la sagesse divine et attirer sur celle-là les maladies et autres calamités.
Mombase ne peut que gagner à être plus peuplée, car le chiffre de ses habitants n’est point en rapport avec le territoire de l’île et de ses dépendances, et l’abondance des ressources, relativement à la consommation, maintient, parmi eux, une oisiveté et une insouciance que remplacerait bientôt une industrieuse activité, si les besoins étaient moins facilement satisfaits. Mais le souverain, pas plus que l’autorité locale, ne se préoccupe de pareilles questions.
Le pays n’a pas toujours été épargné par les épidémies. La peste qui ravagea la côte des Bénadir, en l’année 1855, fit aussi des victimes à Mombase. La petite vérole y apparaît souvent, et le plus ordinairement pendant la mousson de nord-est. Plusieurs fois elle y a sévi d’une manière cruelle, et les habitants parlent encore avec terreur de la mortalité qu’elle causa en 125i et 1248 de l’hégire (1818-19 et 1852
de J. C.). Dans ces désastreuses circonstances, chez les Souahhéli, de môme que dans tous les pays musulmans, le fatalisme, dont leur croyance religieuse est empreinte, détourne des soins et des mesures propres à diminuer les progrès du fléau ou à en prévenir le retour. Les maladies externes que j’ai signalées à Zanzibar se rencontrent également à Mombase; quant aux fièvres et aux affections dyssentériques qui sont le véritable danger de cette côte pour les Européens, elles semblent y être moins à craindre : en effet, aucun de ceux d’entre nous qui ont passé des nuits en ville n’est tombé malade. Mais il paraît en être autrement pour la grande terre, surtout aux environs des rivières, puisque beaucoup des hommes qui armaient les embarcations envoyées en reconnaissance au fond des bras de mer ont été atteints de fièvres pernicieuses.
La population, ai-je dit, est d’environ 5,000 âmes; elle est composée de Souahhéli et d’esclaves, et d’environ 220 à 250 Arabes (40 familles). Les Souahhéli, qui sont en grande majorité, comprennent deux groupes principaux, bien distincts par l’origine, et que de longs dissentiments politiques ont maintenus dans un état de rivalité et de défiance mutuelles. L’un a pris son nom de l’île même où il s’est développé, et les individus qui en font partie sont appelés Oua-M’vita; ceux de l’autre groupe, dont l’établissement sur 1 île est beaucoup plus récent, portent le nom d’Oua- Kilindini ; chacun d’eux compte plusieurs tribus. Ainsi, dans le dernier, il y a, outre les Kilindini proprement dits, les Chenggamoué et les Tanggana; dans le premier, sont réunies aux Oua-M’vita huit tribus, savoir : les Oua-M’toupa, les Oua-Kilifi, les Oua-Melindé, les Oua-Ouzi qui, trop peu
nombreux aujourd’hui pour former une tribu à part, sont confondus avec les Oua-Djonvou , habitants de Djonvou , village voisin et dépendant de Mombase; puis encore les Oua-Chaka (1), les Oua-Palta, les Oua-Pazza et les Oua- Gougna (2).
La plupart de ces tribus, dont les noms indiquent la provenance, sont réduites maintenant à quelques familles, et, comme les cadres vides d’une armée détruite, elles ne représentent guère que nominalement des tribus autrefois puissantes. Aussi les Cua-M’vita, malgré leurs neuf tribus, sont-ils de beaucoup moins nombreux que les Ona-Kil i ndini, qui n’en comptent que trois.
Il n’y a d’étrangers résidant à Mombase qu’une cinquantaine d’indiens banians et hénoud. D’autres stationnent temporairement, pour affaires de commerce; il en est de môme de quelques Arabes. La présence de ces étrangers n’est pas avantageuse aux indigènes, parce qu’ayant, depuis l’établissement du pouvoir de Sved Saïd, la facilité de se transporter sur les marchés où s’opèrent les échanges avec les peuplades de l’intérieur, ils enlèvent aux négociants souahhéli le bénéfice qu’ils tiraient du courtage auquel ils s’employaient.
(1) Chaka, le Jaca des auteurs portugais, était une ville située au sud de la rivière Ouzi, entre l’embouchure de ceile-ei et Melinde. Elle a été depuis longtemps abandonnée.
(2) Ou désigue ainsi les restes d’une population provenant du croisement de Souahhéli , d’Arabes et de Soumal qui habitaient d’abord la côte située eu arrière des îles Dundas, depuis Kouï-âma jusque devant Patla. Les Galla les ont poussés de plus en plus vers cette dernière, habitée actuellement, ainsi que le territoire qui en dépend, par la majeure partie de cette tribu. Les Arabes les appellent Badjouyna ou Badjouue, par corruption.
Il n’a été question, jusqu’ici, que de la population de l’île Mombase; celle de ses dépendances, composée des mêmes tribus, peut s’élever à 6,000 individus, les esclaves y figurant pour les trois quarts. Elle est répartie inégalement dans les villages dont les noms suivent. Au nord de la rivière M’touapa : Takaongo, Mikin’douni, Kourouïtou, Kin’ouni. Kidzipoua, Chimolatéhoua. Au sud de cette rivière : M’gim’ré, Kinougnouna, Kidon’tani, Moikironggué, Mahangoudja, Djonvou, Kipétaouço, N’garé, Djim’bo, M’tongoné. Le premier de ces villages est peuplé presque entièrement de M’zara ; Kourouïtou est partagé à peu près également entre les Oua-Kilindini et les Oua-M’vita. Ceux-ci dominent, quand ils ne les occupent pas exclusivement, dans les sept énumérés ensuite ; les quatre derniers appartiennent aux Oua-Kilindini. Djonvou est le plus important de tous sous le rapport de la population, et pourtant elle ne dépasse pas 500 âmes. Le territoire où sont dispersés ces villages est occupé, en outre, par des familles alliées depuis longtemps aux tribus souahhéli et sur lesquelles les chefs de celles-ci exercent comme une espèce de souveraineté ou de patronage. Un exposé succinct des traditions sur l’origine des unes et des autres fera mieux comprendre cette situation.
On ne sait rien de précis quant à l’époque où les colons qui ont fondé la ville de Mombase abordèrent dans l’île. Ils vinrent, dit-on, de Chiraz sous la conduite d’un cheikh dont le nom est oublié, et, trouvant le pays inhabité, ils s’y installèrent. Plus tard, des gens de Palta, Lâmou, Pazza, Ouzi, Melinde, etc., s’établirent à M’vita. Ainsi se trouvèrent formées les diverses tribus qui composent aujourd’hui sa popu-
lation et qui se rallièrent naturellement aux Oua-M’vita proprement dits, lorsque ces derniers eurent des différends avec leurs voisins.
Les traditions des Oua-Kilindini donnent une origine particulière à chacune des trois tribus .qu’ils comprennent, les Oua-Kilindini, les Oua-Chenggamoué et les Tanggana. Elles disent que les premiers sont originaires de Kilin’di, d’où ils vinrent à Hhafoun ; ils descendirent au sud jusqu’au Voumbo (le Djoub) qu’ils traversèrent en se rendant à Chounggouaïa (1). Ils partirent de ce pays, emmenant des indigènes dits Oua-Cégueyo, et arrivèrent à Kirâo, situé à l’intérieur dans l’ouestde Melinde. Ils quittèrent ensuite Kirâo, accompagné d’un certain nombre de familles descendant des Oua-Cégueyo et qui vivaient auprès d’eux dans une sorte de servage ; quelques-unes, détachées sur divers endroits aux approches du littoral, élevèrent successivement des villages qui se développèrent peu à peu. Il paraît que, dans le principe, les habitants de chacun de ces villages furent désignés par le nom du fondateur, précédé du mol M’kina (famille). Ainsi, d’après la tradition, un individu nommé Mouan’vouna fonda un village dit Mouélé ouam’bonddoni , et devint la souche des M’kina-Vouna autour desquels se groupèrent les Oua- T’chimba; un autre, appelé Mouan’gola, fonda Djombo et donna naissance aux M’kina-IN’gola ; un troisième, nommé Mouat’chandé, bâtit M’rima et fut la souche de la tribu des M’kina-T’chandé, et de même pour tous. Ces désignations primitives ont été abandonnées, mais la plupart des villages élevés par les immigrants sont encore occupés par les des-
(1) Ce territoire est situé, m’a-t-on dit, à une vingtaine de milles daus le nord-ouest de Patta.
rendants des individus venus de Kirâo avec les Oua-Kilindi ni . Quanta ceux-ci, qui avaient continuédeformer le groupe le plus important et de conserver la direction du mouvement d’expansion, après avoir stationné sur plusieurs points, Magogoni, Tombé, Gambani etOukounda, quittant une place lorsque l’un d’entre eux en signalait une meilleure, ils s’établirent à l’endroit appelé plus tard Pamouhambo, où ils bâtirent une ville en pierres qu’ils nommèrent kilindini. Située sur un promontoire dominant le bras de mer qui ceint l’île de Mombase à l’ouest, elle était entourée d’une muraille dont les ruines indiquent quelle circonscrivait un espace assez étendu. L’un des puits de la ville existe encore.
Les Oua-Kilindini , ainsi placés, se trouvèrent presque en contact avec la population de M’vita, et purent prendre part à ses relations extérieures. Dès leur arrivée à Qukounda, le cheikh des Oua-M’vita avait même envoyé vers eux pour les engager à passer sur l’île; mais ils avaient refusé, voulant, sans doute, conserver leur indépendance. L’occupation de Mombase par les Portugais paraît être contemporaine de l’établissement des Oua-Kilindini dans les environs; elle dut avoir lieu peu après l’immigration de ces derniers, si toutefois, comme ils le disent, elle ne l’a pas précédée, car, dans la tradition relative à l’origine des villages circonvoisins, il est mentionné, au sujet de M’taoué et de Derouma, que « leurs habitants étaient tous esclaves d’un Portugais nommé Miguel, à l’exception de quelques-uns dits Oua-Tchombo. »
Quoi qu’il en soit, divers événements modifièrent bientôt
la situation des Oua-Kilindini, à l’égard des Oua-M’vita.
Plusieurs autres émigrations de l’intérieur vers le littoral avaient eu lieu postérieurement à celle dont j’ai parlé. L’une d’elles fut l’origine de la tribu des Oua-Ombé, qui s’établit à l’ouest des précédents; puis vint, d’un territoire voisin de celui des Oua-Kouavi (une autre version dit de Chounggouaïa), un nouveau groupe, fuyant devant les Oua-Galla; les fugitifs, s’étant avancés dans le sud jusqu’à un endroit nommé depuis Chakalam’gui , virent beaucoup de champignons, dont ils mangèrent; parmi ces champignons il y en avait de vénéneux, et les individus qui en avaient mangé moururent; les survivants se rapprochèrent de la côte et formèrent, dans le voisinage de Mombase, un village appelé Chenggamoué, d’où ils sont dits Oua-Chenggamoué. D’un autre côté, des gens partis de Chiraz avaient fondé un village sur M’vita et donné naissance aux Oua-Kitoué ; un minaret subsiste encore au milieu des ruines d’une mosquée, à l’endroit indiqué comme ayant été occupé par cette colonie. La base du minaret recouvre un caveau où l’on prétend qu’a été inhumé le premier cheikh de la tribu. Les Oua-Kitoué, s’étant brouillés avec les Oua-M’vita, passèrent de l’île sur la grande terre ; ils s’y établirent et furent en peu de temps incorporés aux Oua-Chenggamoué, dont le chef, Mouedjouma Ouan’goci, les avait bien accueillis.
Enfin il arriva successivement par mer deux familles, l’une de M’touapa, l’autre de Molé, village situé à quelque distance dans les terres, en arrière de Kanémaï. Le chef de la première était de la tribu de M’baré-ia-Mouïndjaka et s’appelait Moïn’dadi. Moigni-Molé, chef de la seconde, était de la tribu de M’baré-ia-Molé. Ces individus débarquèrent à M ’bétani, puis, s’étant liés avec les chefs de Kilindini, ils en
obtinrent les territoires fie Tchimba et de Longgo peuplés par leurs serviteurs ou vassaux ; ils se joignirent ensuite aux Oua-Ombé avec lesquels ils Curent depuis confondus sous le nom de Tanggana.
En ce temps-là les Oua-Galla étaient très-nombreux dans les environs et s’avançaient souvent jusqu’aux villages des trois colonies, exerçant des hostilités et des déprédations. Les habitants se réunirent pour aviser aux moyens de conjurer le danger commun , et voulant s’assurer, au besoin, un refuge contre l’ennemi, ils fondèrent sur M’vita une ville qui reçut le nom de la tribu principale, c’est-à-dire celui de Kilindini. Les Portugais étaient alors maîtres de Mombase, et la ville ne fut construite qu’après une négociation avec eux.
La migration des populations de l’intérieur vers le littoral se continua, sans doute, sous l’inlluence des mêmes causes qui avaient provoqué celle des Oua-Chenggamoué, et, à diverses époques, des groupes, partis de Kirâo et d’Angomba, vinrent se joindre aux précédents. En arrivant dans le pays, ils devaient nécessairement accepter le patronage des Souahhéli qui leur étaient supérieurs en nombre et en intelligence, et, tant que ceux-ci furent maîtres du littoral, ce patronage dut être une suzeraineté réelle. Quand, plus tard, une autre autorité domina à Mombase, ils devinrent les intermédiaires naturels entre les représentants de l’autorité nouvelle et les populations qui relevaient d’eux depuis longtemps. De là cette espèce de suprématie, ou plutôt d’influence exercée, encore aujourd’hui, par les cheikhs souahhéli dans tels ou tels des villages environnants. Les habita nts de ces derniers, outre leur nom particulier, sont désignés, en général, par
le nom d’Oua-Nika (1), quoique certains d’entre eux le soient plus particulièrement par celui d’Oua-Üigo.
Les principaux villages habités par les Oua-Nika proprement dits sont, en partant du nord, Kaouina, Tchiogni, Guériama, Kambé, Ribé, Rabaye, M’tangoné, M’tongoué, M’tchiokara, Derouma, Chimba, M’réra, Bembo, M’taoué. Les villages oua-digo sont : Pahmouhambo, M’bétani, Tihoui, Yitoumdouni, Oukounda, Diani, Ouaha, Djifité, Magogoni, Djombo. Voici comment la suzeraineté en est répartie çntre les chefs souahhéli : Guériama ressort du cheikh des Oua-M’vita; Tchiogni, de celui des Oua-M’touapa; Kaouma, Kambé, Ribé, de celui des Oua-Kilifi; Rabaye, de celui des Oua-Djonvou et des Melindé ; tous les autres dépendent des cheikhs oua-kilindini. Ces villages et beaucoup d’autres, formés seulement de quelques cases, sont disséminés sur le territoire compris, du nord au sud , entre la rivière Kiliti et Ouacine exclusivement, et s’étendent, de l’est à l’ouest, jusqu’à deux petites journées de marche de la côte.
Sous le gouvernement des M’zara, ce territoire pouvait être considéré comme une dépendance médiate de Mombase; les Oua-Nika prenaient môme part, moyennant quelques faibles cadeaux en étoffe, aux guerres offensives faites par le gouverneur de cette île. Les M’zara avaient su inspirer à ces populations une crainte qui les maintenait dans l’obéissance : possédant une force armée relativement considérable, ils sévissaient avec énergie contre elles au moindre méfait qu’elles commettaient à l’égard d’un Souahhéli. Depuis que Syed Saïd s’est rendu maître de la place, celte suzeraineté
i^l) l\ika signifie terrain inculte, broussaille.
du gouvernement de Mombase sur les Oua-Nika, quoique toujours exercée par l’intermédiaire des cheikhs souahhéli, ne l’est plus aussi facilement ; les chefs oua-nika ne tiennent compte des ordres qui leur sont transmis au nom du gouverneur que si cela leur convient, et ne se rendent jamais à son appel sans avoir, avant tout, reçu la coutume d’une pièce de toile valant environ 2 piastres.
Des Oua-Nika m’ont raconté que leurs pères étaient venus de pays nommés Kiréo et Angomba, situés, autant qu’il est permis de s’en rapporter à des assertions vagues et peu raisonnées, l’un dans l’ouest-nord-oucst de Melinde, et Angomba dans le nord-ouest deTaïta. Des hostilités continuelles de la part des Oua-Galla les forçant à émigrer, ils se rapprochèrent du littoral. Arrivés devant M’vila, ils trouvèrent beaucoup de ruines en pierres et d’autres vestiges d’habitations qu’on leur dit avoir été élevées, puis abandonnées par les Kilindini. D’après cela, on pourrait conclure que le mouvement de la population oua-nika a été bien postérieur à celui de ces derniers; mais les individus qui me donnaient ces détails parlaient, sans doute, des plus récentes émigrations oua-nika, car des Oua-Kilindini m’ont affirmé que leurs ancêtres avaient emmené de Kirào une population différente de la leur, population inférieure et vassale, dont les Üua-Nika d’aujourd’hui descendent, fait consigné dans une tradition écrite.
Quoi qu’il en soit, le territoire des Oua-Nika est borné, dans le sud-ouest, par celui des M’sambaah ou M’sambara; à l’ouest et. à l’ouest-nord-ouest, il est séparé des Oua-Taïla par trois journées de pays inculte et inhabité; Kaouma, sa dernière ville dans le nord-ouest, est peu éloignée du pays
g a lia; cet endroit est, dit-on, à neuf heures de marche de Takaonggo.
Il n’est pas de type particulier à telle ou telle des diverses tribus que nous venons de nommer. Il y a eu entre elles des croisements si multipliés que leurs caractères physiques respectifs se trouvent confondus dans la génération actuelle, présentant, pour ainsi dire, autant de variétés que d’individus. Parmi les Oua-M’vita, les Oua-Patta et les Oua-Pazza m’ont paru se rapprocher le plus du type arabe. Parmi les Qua-Kilindini, ceux qui portent ce nom sont les plus noirs et m’ont semblé tenir davantage de l’Africain, ce qu’expliquerait, d’ailleurs, leur migration à travers les populations de l’Afrique, depuis Hhafoun jusqu’ «à M’vita, trajet qu’ils n’ont probablement pas accompli sans de longues et fréquentes stations au milieu d’elles; tandis que les types des Oua-Chenggamoué et des Tanggana ont été, au contraire, améliorés par l’élément chirazzien qu’ils se sont incorporé. C’est surtout entre les chefs et les membres des principales familles de chacune des tribus que cette différence est marquée : ceux des Oua-Kilindini ont le teint noir légèrement nuancé de brun, le nez petit, presque droit, avec les narines un peu larges, les lèvres proéminentes et fortes, le bas du visage saillant, la barbe rare, les cheveux crépus. Dans les Oua-Chenggamoué, ces caractères ne sont pas aussi tranchés; ils sont moins noirs que beaucoup d’Arabes. Les Tanggana se rapprochent encore davantage du type supérieur.
H est difficile de se former une opinion sur les trails des femmes, les Souahhéli maintenant rigoureusement, à l’égard des leurs, les prescriptions du Coran Cependant, à la faveur
de certaines circonstances qu’avait fait naître ma position d’étranger, j’ai pu en apercevoir quelques-unes, et même augmenter ma collection des portraits de deux d’entre elles (1). Autant qu’il est permis d’en juger par un petit nombre d’observations, elles ne sont ni gracieuses ni jolies; elles ont le teint plus clair que celui des hommes, sans doute parce qu’ici elles ne sont pas exposées, comme eux, aux ardeurs du soleil. Les dames de Mombase paraissent avoir beaucoup de coquetterie et mettent un soin particulier à leur coiffure quelles échafaudent à l’aide de grands peignes droits en corne fabriqués dans le pays; mais leurs efforts pour se rendre belles demeurent, à mon avis, sans succès ; elles ont presque toutes la bouche affreusement gâtée par l’usage du bétel. Bref, ce qu’on peut trouver de mieux en elles, c’est, parfois, de la physionomie et le piquant que lui donne le désir de plaire. Quant aux formes du corps, elles sont complètement négligées et, en outre, cachées par les vêtements.
Les filles sont nubiles à treize ou quatorze ans. Les femmes accouchent facilement; cette opération est aidée par des matrones qui en font métier.
Au reste, en ce qui regarde les relations des sexes, les mœurs, les usages, les habitudes, la nourriture, le costume, je n’ai rien à signaler chez les habitants de Mombase qui n’ait été dit pour les Souahhéli de Zanzibar, et je renvoie, en conséquence, aux chapitres consacrés à cette dernière île. J’ai cru seulement remarquer, au sujet des prescriptions du Coran, sur la tenue des femmes et leur claustra-
1) Voir l'Album, planche i(î.
tion, plus de laisser-aller à Mombase que dans la capitale du Souahhel. Elles s’enveloppent moins scrupuleusement, quittent leurs voiles sans trop de peine et circulent au dehors avec assez de liberté. Cela s’explique par l’infériorité numérique des Arabes dans la population. A l’intérieur des maisons, elles restent le visage découvert, même en présence d’étrangers. Quant à la pureté des mœurs, de crainte de passer pour dénigreur acharné du beau sexe, je me bornerai à reproduire l’opinion d’un homme du pays. Abdallahben-Ali, insidieusement questionné sur la vie secrète des Mombasiennes , m’apprit, avec une insouciance vraiment philosophique, car il ne fit pas exception en faveur de son épouse, que toutes les femmes de M’vita dont les maris étaient en affaire de commerce à Djonvou , Rabaye ou ailleurs sortaient à la cinquième heure (1) (onze heures du soir), pour chercher fortune.
Ma position chez ma grosse hôtesse me donna la facilité d’être tour à tour spectateur visible et invisible d’une noce qui avait lieu dans une maison voisine. Sur la proposition qui nous en fut faite, on vint nous chercher pour nous conduire chez la mariée, où, comme on l’a vu au chapitre sur Zanzibar à propos des mariages souahhéli, se passe le premier acte de la cérémonie. Nous fûmes introduits d’abord dans une pièce où se trouvaient les parentes et amies vêtues de leurs plus riches costumes; on avait, sans doute, abaissé tous les voiles à notre arrivée, car nous n’aperçûmes de visages découverts que ceux des esclaves, encore étaient-ils bariolés de lignes transversales jaunes, rouges, blanches, etc.
(I) Ou sait que le jour arabe tommeuce au coucher (lu soleil
Ces principales aclrices de la fête avaient la tête ornée de plumes et de brins de feuillage; elles criaient et gambadaient, mêlant à leurs chants quelques phrases élogieuses pour la mariée, que les autres femmes, massées autour de la salle, répétaient en chœur avec des voix peu harmonieuses. Pour des yeux européens, c’était une affreuse mascarade, et les bruits discordants qui résonnaient de tous côtés n’étaient pas moins désagréables que les costumes. Nous passâmes dans une seconde pièce ornée de tentures et probablement réservée aux grands parents ; les allures étaient ici beaucoup plus calmes; nous approchions évidemment du sanctuaire. En effet, nous apprîmes que la mariée était dans une pièce contiguë, attendant qu’on lui amenât son époux; inutile de dire que nous n’y pénétrâmes pas. Après avoir vu ce qu’il nous était permis de voir, nous nous retirâmes, et, en résumant mes impressions, j’eus besoin, pour ne pas trouver ces gens-là stupides, de me rappeler que les fêtes nuptiales civilisées ont bien aussi leur ennui et leurs ridicules. Quelques heures après, j’assistais, du haut de ma terrasse, au festin qui se donnait dans la cour de la maison où nous avions été introduits. Cette fois encore, la réunion était exclusivement féminine, et, comme ces dames pensaient être à l’abri de tout regard indiscret, elles étaient sans voile et parfaitement à leur aise. J eus donc le loisir de promener mon binocle de l’une à l’autre, et, dussé-je encourir le dédain de nos Parisiennes, j’avouerai que ce ne fut pas sans une certaine émotion. Qu’aurait-ce été si l’on m’eût dit
que, la nuit suivante, je recevrais la visite de plusieurs d’entre elles? Or voici ce qui se passa :
Ayant projeté pour le lendemain une excursion matinale
ilans l’île, je m’étais décidé à passer la nuit à terre. Vers onze heures, je reposais tranquillement sur mon kibani, rêvant dans ce demi-sommeil favorable aux hallucinations, lorsque je crus entendre la porte de ma chambre s’ouvrir : soudain un faible rayon de lumière y pénètre à travers la porte entrebâillée, et me montre une ombre s’y glissant, regardant autour d’elle comme pour chercher quelqu’un. A la manière dont sont drapés ses vêtements, je devine que je n’ai point affaire au sexe fort. Qui a pitié de ma solitude? Une houri de l’autre monde ou une houri souahhéli?Si c’était la vieille négresse de Lâmou, qui, je me le rappelle maintenant, m’a parfois manifesté des dispositions trop hospitalières? Un frisson de terreur me parcourt les membres. Si c’était même ma joyeuse et trop respectable hôtesse? Mais je suis promptement rassuré en voyant une autre ombre entrer derrière la première, puis une troisième, une quatrième, etc., j’en compte huit ou neuf.
Que vouliez-vous qu’il fît contre neuf? .
Dissimuler était tout ce qu’il y avait de possible ; je dissimulai donc, me contentant de suivre des yeux le noir essaim de mes nocturnes visiteuses. Elles parcoururent ma chambre, examinant chaque objet et se faisant, à voix basse, part de leurs observations. Je compris aussitôt que ma personne n’était pas en cause et que la curiosité seule les amenait chez moi. Je me crus, dès lors, obligé de leur en faire les honneurs, et, grâce au pantalon mauresque qui remplaçait draps et couvertures quand je couchais hors du brick, je n’eus qu’à ouvrir mes rideaux pour me montrer à elles sans craindre d’offenser la pudeur. A ma vue, ce fut un cri
général de surprise mêlée d’efTroi. Je voulus en vain rassurer ces vierges tremblantes; elles s’enfuirent si précipitamment, que je n’en pus même retenir une pour la convaincre de la courtoisie de mes intentions. J’appris le lendemain que la fille de la maison, étant de la noce et me croyant à bord, avait invité quelques-unes de ses amies à visiter la chambre du M’zongou.
Le but de l’excursion matinale en vue de laquelle j’étais resté à terre, la veille, était l’exploration de la citadelle et de la partie sud-est de l’ île. La première est située à 1,200 mètres au-dessus de l’entrée du port nord-est, à l’extrémité sud de la ville. Elle a été bâtie sur une éminence rocheuse entaillée de manière non-seulement à servir de fondation, mais à former aussi la partie inférieure des murailles. Cet ouvrage est un carré bastionné d’environ 110 mètres du côté extérieur et dont les quatre saillants correspondent à peu près aux points cardinaux. Le front qui fait face à l’ ouest-sud-ouest a seul été tracé selon les règles de l’art, c’est-à-dire de façon à ne présenter aucun angle mort. Dans le but, sans doute, de se ménager plus d’espace au dedans et pour diminuer les chances de destruction des saillants en ne les rendant pas trop aigus, on a conservé au tracé des trois autres fronts une direction presque exactement parallèle aux côtés du carré; puis, afin d’obvier au défaut de tlanquement résultant de ce tracé vicieux, les ingénieurs ont construit, aux angles d’épaule et aux saillants, des demitours rondes.
Le front est-nord-est, qui commande à la fois l’entrée du port, le mouillage devant la ville et la rive opposée sur la terre ferme, présente encore une disposition plus singu-
lièrc : pour mieux découvrir les points à battre et s’assurer un plus grand développement de feux, on n’a plus observé sur ce front la forme bastionnée; ainsi les flancs et la courtine y occupent, par rapport à la ligne fictive qui joint les deux angles d’épaule, une disposition symétrique à celle qu’on leur eut donnée dans un tracé régulier, de façon que la courtine, au lieu d’être rentrante, est saillante. Au pied de celle-ci se trouve une sortie protégée par une sorte de tambour crénelé ou place d’armes, dont le côté parallèle «à la courtine a été percé de quelques embrasures à canons pour former une petite batterie de côte; mais, par suite de la déclivité du terrain, cette place d’armes est complètement à découvert des feux qui seraient dirigés contre elle par des navires ou bateaux mouillés dans le port. Enfin une porte, ménagée à l’un de ses angles, établit une communication entre elle et une batterie rasante parallèle élevée sur le rivage même : la citadelle présente donc, sur ce front, trois étages de feux. Le front d’artillerie du nord-nord-ouest protège la ville dite Gavana, et les deux autres défendent les abords de la citadelle du côté de la campagne.
La hauteur de l’escarpe est de 17 mètres environ, y compris le fossé, qui a une profondeur de 4 à 5 mètres et une largeur égale, entourant les trois côtés de la citadelle qui battent sur l’île. A la partie de la contrescarpe située audessous du saillant du bastion nord, on a entaillé le terrain de manière à prolonger le fossé jusqu’au rivage, et la trouée provenant de cette opération a été barrée par un mur dans lequel on a pratiqué une baie de porte cintrée. Un pont jeté sur le fossé mène à la porte de service qui est ouverte dans le flanc gauche du bastion du nord.
Construite en 1594 par les Portugais, cette citadelle fut restaurée en 1655, et, sauf les effets du temps sur les parties maçonnées, son enceinte est restée depuis telle qu’elle était à cette époque; on en peut juger par la description qu’en a donnée Rezende, dans la dernière année que nous venons de citer. On lit encore aux angles des bastions de l’ouest et du sud, encadrés dans des écussons sculptés sur la pierre même, les noms qui les désignent : Balvarte San-Phelippe sur celui de l’ouest, Balvarte Alberto sur celui du sud. Celui du nord était, d’après Rezende, appelé San-Mathias, c’està-dire placé sous la protection du saint patron du vice-roi Mathias d’Albuquerque, sous le gouvernement de qui la forteresse avait été construite. Mais cette désignation ainsi que celle du bastion sud-est ayant dû être inscrites sur le front de la citadelle, partie la plus exposée au feu de l’ennemi, ont été sans doute effacées par le choc des projectiles, et l’on n’a pas pris soin de les rétablir en réparant les brèches. Au reste, beaucoup de parties de cette façade ont été, depuis le départ des Portugais, restaurées par les Arabes; toutefois la plupart des nouvelles brèches faites dans les diverses attaques de Syed Saïd contre la place, alors au pouvoir des M’zara, sont restées ouvertes; en plusieurs endroits les murs de revêtement, profondément lézardés, laissent passer des troncs d’arbustes à travers leurs crevasses; les embrasures sont presque partout démantelées, et les pièces des batteries hautes et basses, rongées par la rouille ou renversées de leurs affûts vermoulus, si bien que les moins endommagées ne seraient pas capables de supporter un feu d’une heure.
Pour remettre la citadelle en un état de défense respectable, il y aurait autant à faire à l’intérieur qu’aux murailles. La distribution des lieux est en rapport avec l’ignorance des Arabes dans l’art militaire; on y trouve çà et là des amas de cases couvertes en paille qu’on incendierait avec la plus grande facilité. Les constructions portugaises ont été détruites, excepté les galeries ménagées dans l’épaisseur de la muraille du bastion San-Mathias, servant actuellement de magasins à poudre, à boulets et autres, destinés à recevoir un approvisionnement en grains pour quinze ou dix-huit mois, approvisionnement qui doit se renouveler annuellement. La citerne est hors de service ; mais il y a un puits dont l’eau est potable et suffirait, en cas de siège, aux besoins de la garnison . Celle-ci , composée de Béloutchis et de Hhadeurmi, compte, m’a-t-on dit, 200 hommes; le djémadar Tanggui prétendait en avoir 400, mais, comme il touche tous les mois, par l’intermédiaire du fermier des douanes, de 7 à 800 piastres pour sa solde et celle de la garnison et que chaque homme reçoit de 2 piastres et demie à o piastres par mois, il est évident qu’il n’est payé que pour un effectif de 250 hommes au plus. Les Béloutchis sont en majorité; on sait la préférence de Saïd pour cette milice étrangère qui contribua si puissamment à le faire arriver au pouvoir. A l’époque ou ce prince prit possession de la citadelle de Mombase, il ordonna qu’une garnison de 500 hommes y fût placée; elle a été diminuée, à mesure que l’autorité du Sultan s’affermissait. Elle fournit de 15 à 20 hommes au gouverneur pour assurer l’exécution de ses ordres; le reste habite le fort et ne découche jamais sans la permission du commandant. De
onze heures du matin à une heure, on ferme la citadelle pour la sieste et la prière, et, du coucher au lever du soleil , il n’y a pas de communication entre elle et la ville.
A une centaine de mètres de la forteresse, s’élèvent les premières maisons de la cité, qui se développe le long de la mer sur un espace d’à peu près 550 mètres; il couvre une surface de 12 hectares et demi ou 125,000 mètres carrés.
Le débarcadère ordinaire est situé aux deux tiers environ de la longueur de la ville, à partir de la citadelle. C’est un escalier de sept à huit degrés creusé dans la falaise rocheuse dont le rivage est bordé; il a été exécuté, m’a-t-on dit, par les soins de l’officier anglais qui résidait à Mombase durant le protectorat (1). Quoique la petite jetée à laquelle aboutit cet escalier soit aujourd’hui presque entièrement démolie, c’est encore l’endroit où le débarquement est le moins incommode.
Une partie de la ville est composée d’îlots de maisons en pierres à un étage et à terrasse, et l’autre de véritables masures n’ayant qu’un rez-de-chaussée et une toiture en paille comme celles qui existent à Zanzibar. A part une longue rue menant de la citadelle à la porte de l’ouest ou de M’koupa, ces groupes de maisons sont très-irrégulièrement séparés par d’étroites ruelles dont la direction change incessamment, véritable labyrinthe où un étranger ne pourrait se diriger sans guide. Gavana ne possède pas un seul édifice méritant d’être cité. D’après ce que j’ai vu dans les maisons où j’ai pénétré, et c’étaient pourtant celles des notabilités, l’intérieur et le mobilier des habitations sont aussi misé-
(1) Voir Irc partie, livre v, page 578 et suivantes.
râbles que l’extérieur. Les mosquées sont petites et n’ont rien au dehors qui les distingue des autres bâtiments. Les puits creusés dans la ville ne fournissent pas de bonne eau ; les habitants aisés envoient prendre celle qu’ils consomment à des puits situés dans la campagne.
J’ai déjà mentionné le mur d’enceinte, haut de 5 à 4 mètres, dont Gavana est entourée du côté de la terre; il avait été construit par les Portugais pour séparer leur quartier de celui des indigènes qu’ils appelaient la ville noire. Sous les gouvernements d’Ahhmed-ben-Mohhammed et de son successeur Abdallah-ben-Ahhmed, cette muraille a été restaurée et développée sur tout le pourtour de la ville, excepté en face de la forteresse; de plus, quelques-uns de ses saillants ont été bastionnés par des massifs de forme circulaire, dépassant un peu la crête du mur; enfin une porte y a été ménagée à l’endroit d’où part le sentier qui mène au port de Kilindini.
Je viens de dire que la partie de la ville située en face de la citadelle était restée ouverte ; c’est là que se trouve le cimetière des M’zara, le seul lieu pittoresque qu’elle renferme. Derrière les ruines ^d’une mosquée qui a pu être antérieurement une église catholique, sous les verts et frais ombrages d’un petit bois d’attiers, de citronniers et d’orangers, gisent les dépouilles mortelles des membres de cette tribu. Les tombes sont en maçonnerie, de structures variées et portant épitaphes ; plusieurs de celles-ci sont fort curieuses par leur style empreint au plus haut degré de ferveur et d’exaltation religieuse; à l’appendice de la première partie, j’en ai donné quelques-unes, qui, se rapportant aux individus ayant exercé le gouvernement, offraient de l’intérêt au
point de vue historique et chronologique. Nous avons été frappés de la multiplicité des variantes sur un sujet aussi uniforme. Outre celles que M. Vignnrd a copiées, il m’en a lu un grand nombre, et il n’y en avait pas deux qui fussent rédigées dans les mômes termes. L’une des tombes, remarquable par ses dimensions et sa forme qui affectait celle d’une maisonnette, contenait les restes d’une femme. Je m’en fis traduire l’épitaphe et j’en conclus que les femmes, quoique maintenues parmi les musulmans dans une infériorité sociale presque dégradante. n’en pouvaient pas moins obtenir, dans une autre vie, les faveurs réservées aux hommes vertueux, et mériter, comme eux, le paradis. Voici cette épitaphe :
« Il n’y a de Dieu qu’ Allah, et Mohhammed est son pro- « phète. Qu’il le couvre de bénédictions et le sauve. Louange « à Dieu dont il n’y a que le royaume qui dure, qui est le « seul être qui survive. Tout périt, sauf lui; il a la puis- « sance, et c’est vers lui que vous retournerez. Il n’y a de « force et de puissance qu’en Dieu, grand et magnifique.
« Ceci est le tombeau de la défunte mère Khouiça-bent- « Abdallah-ben-Naceur-ben -Abdallah-ben -Mohhammed -el- « M’zourouï. Que Dieu lui fasse miséricorde, ainsi qu’il le k fait pour les gens vertueux et qu’il la fasse habiter dans « le paradis, avec les meilleurs que l’on a remarqués.
« Elle est morte en Dieu, dans la dixième nuit d’el-qaada, « de l’an 1214 de l’hégire. »
Sons une sorte de hangar (1) recouvert en feuilles de cocotiers, sont rangées les tombes des gouverneurs m’zara,
(1) Voyez planche 47 de l’Album.
Ml.
à partir de Mohhammed-ben-Osman ; une seule y manque, celle d’Ali-ben-Osman, qui mourut dans une expédition contre Zanzibar et fut inhumé en cette île; mais les sépultures des derniers décédés à Mombase se ressentent naturellement des embarras et des perplexités qui assaillirent cette famille, durant son opiniâtre résistance aux attaques réitérées de Sved Saïd ; elles sont restées inachevées et sans épitaphes.
A l’une de mes visites à ce cimetière, j’ aperçus un pauvre esclave noir, à peine vêtu, courbé sous le poids des années, qui, s’approchant successivement de chacune des tombes du hangar, y posait les mains en marmottant quelques prières ; puis il s’agenouilla comme pour une plus longue station : il était alors devant les restes de son ancien maître, le gouverneur Ahhmed-ben-Mohhammed, mort depuis trente-quatre ans, et au tombeau duquel il venait ainsi tous les jours faire la prière du dhohor (celle d’une heure après midi). Piété touchante, dont on ne peut être témoin sans émotion, surtout dans une cité à demi-sauvage! Hélas! ce ne sont pas ceux que les grands ont comblés de faveurs qu’on retrouve agenouillés près de leur cercueil, mais bien quelque pauvre diable dont ils ont reçu, avec indifférence, les soins, pendant leur vie.
A peu de distance des murailles de Gavana commence la vieille ville dite Hhara-el-Quédima. Les maisons, plus misérables encore que celles de la première, y sont répandues, sur un espace de 600 mètres de longueur, en groupes isolés, au milieu de champs cultivés et de jardins. Les ruines nombreuses qu’on y voit mêlées permettent de penser qu’elle a du être autrefois plus considérable et mieux bâtie. Aujour-
d’hui il n’y existe d’autre objet digne de remarque que le tombeau de Cheikh-ben-Ahhmed-ben-Cheikh-el-Melindi , l’un des descendants des anciens rois de Melinde. On se rappelle que les trois derniers de ces souverains établirent à Mombase leur résidence après l’expulsion des cheikhs chiraziens qui y avaient régné précédemment. Quoique déchue de la souveraineté, cette famille n’en garda pas moins son prestige aux yeux de la population souahhéli, et l’on retrouve souvent le nom de ses membres dans la chronique de l’île ; ce fut un d’entre eux, Ahhmed-ben-Cheikh, fils du personnage dont je viens de signaler le tombeau, qui remplit le dernier les fonctions de vizir sous les M’zara. Je vais dire succinctement ce qu’était leur gouvernement.
Bien que le pouvoir fût héréditaire dans la famille des M’zara, la transmission en ligne directe n’était pas considérée comme obligatoire par les Souahhéli, qui sont plusieurs fois intervenus pour faire nommer le frère et non le fils du décédé, quand ce fils n’était pas un homme fait et expérimenté. Les rapports du chef suprême avec les douze tribus n’avaient pas lieu par l’intermédiaire de leurs cheikhs, mais par celui d’un fonctionnaire qu’elles élisaient en commun et qui prenait le titre de vizir; il siégeait à gauche du gouverneur dans les cérémonies, réceptions, etc. Il y avait aussi un chef de guerre désigné sous le nom d’émir et qui pouvait réunir sous ses ordres 1,500 indigènes armés.
Aucune marque distinctive n’était exclusivement réservée au gouverneur, si ce n’est qu’il portait toujours le turban blanc. Ses revenus consistaient en un impôt en millet, fixé, pour chaque propriétaire, d’après le nombre de ses esclaves,
à raison de 12 ki Sa par tète (1). Pemba en payait un en riz, semen et bêlai i . Le gouverneur jouissait, en outre, d’un droit de corvée sur les dao appartenant au port, c’est-àdire qu’ayant à faire porter, sur un point quelconque, des marchandises, des ordres, etc., il pouvait requérir, à tour de rôle, chaque propriétaire de bateau d’en mettre un tout armé à sa disposition et le charger jusqu’à concurrence de la moitié du fret, sans être astreint, envers le corvéable, à d’autre obligation que de nourrir l’équipage pendant, le voyage. De même, si l'un de ses agents sur la côte avait à lui faire quelque envoi, tout nacodah était obligé d’en effectuer le transport gratis. Enfin le gouverneur avait un droit sur la pèche et un droit de préachat sur l’ivoire apporté de l’intérieur. Ce dernier privilège s’était étendu du temps de Salem à son frère M’bareuk.
Depuis que Saïd a pris Mombase, voici par quel mécanisme son autorité s’exerce sur les indigènes. Parmi les cheikhs des diverses tribus, Saïd en désigne un pour les Oua-M’vita, un pour les Oua-Kilindini , auxquels il adjoint celui des Arabes, et c’est avec ces trois personnes seulement qu’il entretient des rapports directs. Quand elles reçoivent des réclamations de la part d’une tribu (ce qui a lieu par l’intermédiaire spécial du cheikh de celle-ci), elles les transmettent au djémadar, si elles le croient compétent; sinon elles en écrivent au Sultan. Elles font, en outre, an-
(1) D’après une autre version, la base de l’impôt serait la suivante : chaque m’üa, c’est-à-dire une surface de terrain cultivé, longue de stO pas et large de 200, doit payer 1 kikanda de la substance récoltée; le kikanda est d’environ 45 kila.
nuellemenl un voyage à Zanzibar pour lui présenter leurs observations ou les suppliques dont on les a chargées et prendre ses ordres. A l’époque de mon séjour à Mombase, ces trois cheikhs étaient celui des Tanggana, celui des Oua-M’touapa et celui des Arabes. Ils sont payés par Syed Saïd à raison de 100 piastres par an, au lieu de 150 qu’ils touchaient précédemment, et l’on pensait qu’une nouvelle réduction allait être opérée (1).
Il n’y a dans l’ile qu’un cadi chargé de rendre la justice; toutefois, pour ce qui concerne les actes de l’état civil, les tribus oua-kil i ndini , oua-m’vita et arabe ont chacune le leur.
Les droits de douane forment les seuls revenus que le Sultan tire de Mombase. 11 a le droit d’y lever des troupes et il en a déjà usé; dans ce cas, c’est lui qui fournit aux recrues les armes et les munitions.
J’ai dit, d’autre part, que le pouvoir exécutif était conlié actuellement à un commandant militaire et à un gouverneur. Après la soumission de l’ile, ce fut d’abord un seul individu appelé Ali-ben-Mansour qui cumula ces deux emplois; mais les chefs indigènes, espérant que, si ce poste devenait vacant, Saïd le donnerait à l’un d’eux, firent révo-
( 1 ) Voici l'origine de ci Ile iudemuité : lorsque le Sultan choisit ces chefs pour intermédiaires entre lui et la population, comme il ne leur avait pas alloué d'houoraircs, iis demandèrent que leurs operations commerciales fussent affranchies des droits de douane ; mais la douane de Mombase ayant été déjà comprise dans le bail du fermier général, Saïd leur accorda, comme équivalent, une somme de 80U piastres par au a répartir entre eux. fuis, sous divers prétextes, entre .autres l’assassinat d'un banian dont on ne voulut pas livrer l’auteur, celte somme fut successivement réduite jusqu’à 300 piastres.
quer le titulaire; toutefois ils furent trompés dans leur attente. Un Arabe de Mascate, de la famille des Abou-Saïdi, nommé Ali-ben-Naceur, fut désigné pour gouverneur civil. Tant qu’Ali-ben-Mansour resta en fonctions, les chefs de la garnison furent les Béloutchis Tanggui et Tchaho. Après sa révocation , il y eut entre eux rivalité au sujet du commandement de la citadelle ; le premier l’emporta et Tchaho fut rappelé. Ali-ben-Naceur quitta deux fois son poste pour aller en ambassade en Angleterre, et fut, pendant ces absences, remplacé par son neveu Mohhammedben-Sîf.
On se demande si la substitution de l’autorité de Syed Saïd à celle des M’zara a été avantageuse aux indigènes : sans doute elle a pu d’abord leur paraître telle, puisqu’elle mit fin à un état de guerre toujours nuisible aux intérêts du moment et qui menaçait, en se prolongeant, d’épuiser les ressources du pays. Mais les droits de douane décrétés depuis par le Sultan, et la liberté de commercer dans l’ île et ses dépendances accordée aux banians et à d’autres étrangers, constituent, au détriment des chefs souahhéli et des commerçants indigènes, des charges beaucoup plus pesantes que n’étaient les corvées et impôts établis au profit du gouvernement des M’zara. Au reste, soit pour cette raison, soit par suite de l’instabilité des sentiments populaires, et retour à des idées plus équitables envers des chefs qui avaient longtemps exercé le pouvoir d’une manière utile et glorieuse, un grand nombre de Souahhéli, môme parmi. ceux qui trahirent les M’zara, les regrettent aujourd’hui. Ils se plaisent à louer la sagesse et la force herculéenne du gouverneur Ahhmed-bcn-Mohhammcd, qui sut maintenir l’or
dre et la paix par ses prudentes négociations et qui , sous les murailles de Lâmou, donnait ses robustes épaules pour échelle aux assaillants ; ils vantent le caractère chevaleresque (1) et la générosité d’Abdallah, fils et successeui d’Ahhmed, qui, tous les ans, réunissait les jeunes enfants pauvres de la ville pour les faire circoncire, payant de ses deniers les frais de la fête; enfin ils parlent avec enthousiasme de la valeur bouillante de M’bareuk, dont les actes courageux, durant la lutte contre Said, ont été le sujet de plusieurs chants populaires. Mais ces regrets, ces retours de sympathie sont sans péril et n’inspirent aucune crainte à Syed Said, puisque la plupart des hommes énergiques de cette tribu, capables de tenter un retour de fortune, ont péri misérablement dans les prisons et dans l’exil; il n’est resté dans l’ île que des vieillards, des enfants, des femmes et des individus sans influence, sans force, sans initiative. Ceux qui purent sauver leur liberté par la fuite se réunirent, après les premiers moments de terreur passés, les uns à Takaonggo, les autres à Gassi. Ces derniers interceptèrent bientôt les communications par terre entre Mombase et les villes du sud; ils s’avancèrent même jusqu’à Tangat,
(1) Voici, entre autres, un des faits qu'on lui attribue : pendant un siège de Làmou conduit par sou père, Abdallah reçut, d’une ancienne amie qui habitait la ville assiégée, un billet contenant ces mots : « On dit qu’il y a sous nos murs un individu du nom d’Abdallah; mais, si c’était celui que j’aime, il ne resterait pas si près de moi sans venir me demander l’hospitalité. » La nuit suivante, Abdallah, bien armé, se dirigea vers la ville, s’y introduisit et y donna, sans doute, des preuves suffisantes de sa vaillance. Puis il reviut au camp accompagné d’un esclave, qu'il chargea, pour le gouverneur, de la missive suivante : « Je viens de [tasser la nuit dans Lâmou, et avant peu j’y coucherai avec tous mes soldats. »
où ils pillèrent les magasins des banians, et, bien qu’à diverses reprises des troupes expédiées de Zanzibar aient tenté de les expulser de leur retraite, ils ont réussi à s’y maintenir, ils y sont au nombre de trois cents, avec cinq cents esclaves, et ils cultivent un peu de grain et de manioc pour leur subsistance. Ces individus, de sang très-mèlé et les moins riches de la tribu, ne sont guère considérés par ses autres membres. Us entretiennent des relations amicales avec les Oua-Digo, auxquels iis ont prêté secours contre les Oua-Céguéyo, et ils continuent d’inquiéter les courriers de Mombase. C’est, dit-on, une sœur de M’bareuk, douée d’un caractère très-énergique, qui exerce de fait l’autorité à Rassi par l’entraînement qu’elle excite chez les esclaves : elle se nomme Khoça-benti-Ahhmed. Ce point est devenu un refuge assuré pour les esclaves qui s’enfuient de M’vita; ils ont formé en arrière de la côte un nouvel établissement nommé Mouaçagniombé.
Les M’zara de Takaonggo sont demeurés plus tranquilles et soumis en apparence à Saïd. Avant la reddition définitive de Mombase, Racheud-ben-Salem-ben-Abdallah s’en était retiré pour s’installer dans une maison de campagne, près de Takaonggo ; eu égard à l’influence dont ce vieillard avait toujours joui parmi les M’zara, sa résidence devint un point de ralliement pour plusieurs d’entre eux. A peine y étaient-ils établis, que le chef d’une population galla, habitant à peu de distance dans î’ intérieur, avait voulu leur im poser tribut; mais Raeheud avait repoussé si énergiquement celte prétention, que les agresseurs jugèrent prudent de se faire scs amis. Aujourd’hui cette colonie a pour chef Khamis-ben-Rachcud et compte environ 700 âmes, nombre qui
se trouve doublé par celui des esclaves répartis dans les campagnes. Elle possède deux béden et un bettil qui transportent le millet et autres grains quelle produit à M’kellé et Chehheur. Elle fait aussi un peu de commerce avec les dalla; les échanges s’opèrent annuellement en un lieu voisin deTakaonggo; ceux-ci y apportent de l’ivoire, des bœufs, des moutons et des cabris, en échange de quoi ils reçoivent du fer ordinairement travaillé en hachots, des cotonnades des Bénadir, un peu de coton rouge et du plomb dont ils font des bracelets. Les colons ont découvert, il y a deux ou trois ans, un amas de copal qu’ils extraient et vendent soit à leurs anciens compatriotes, soit à des bateaux en relâche à Ivilifi. Takaonggo est soumis au système de douane établi par le sultan Sa id . Revenons maintenant à Mombase.
L’industrie manufacturière est nulle dans cette île. Les productions agricoles sont insignifiantes; on n’y récolte qu’une très-faible quantité de millet et de maïs, outre quelques légumes et fruits. La plus grande partie des subsistances nécessaires à la population sont tirées de ses dépendances sur la terre ferme et des pays oua-nika. Elles consistent en haricots, giraumonls, pois, ambrevades, bananes, oignons en abondance, cocos, patates, manioc, arachides, beaucoup de maïs, du millet, un peu de riz et de sésame. L)e plus, les champignons pullulent aux environs; les Oua- Chenggamoué et les Oua-Kilindini en mangent considérablement et connaissent un remède contre les effets de l’espèce vénéneuse. C’est également de chez les Oua-Nika et des pays contigus du coté de l’intérieur, qu elle reçoit les objets dont s’alimente son commerce maritime.
Les principaux de ces articles sont l’ivoire, le copal, le
moutama, des peaux et des cornes de rhinocéros, et parfois des dents d’hippopotame. L’ivoire provient des pays de Tchaga et de Kamba. Quelques négociants envoient des caravanes à l’intérieur pour en traiter ; mais il est presque tout apporté par les indigènes eux-mêmes dans les villages ouanika du littoral.
Au dire du banian de la douane, le rapport d’échange serait de 5 piastres de marchandises (valeur de l’Inde ou de Zanzibar) pour 7 piastres d’ivoire, c’est-à-dire qu’il y aurait pour l’acheteur un gain de 40 pour 100 (1). L’ivoire, en arrivant, est déposé à la douane, où il est pesé, poinçonné et où l’on prélève le droit selon la qualité.
Un navire européen touchant à Mombase pour y prendre de l’ivoire payerait la frazela de 55 à 38 piastres, en thalaris ou en piastres à colonnes (un payement par lettre de change ne serait pas accepté). C’est au mois de juillet que l’ivoire se trouve le plus abondamment dans ce port et les villages environnants. On en peut amasser alors environ 500 frazela dans trois semaines. Il en passe annuellement de
(1) Voici quelques détails sur le voyage d’une caravauc à Tchaga. Elle se composait de 70 personnes, dont 50 Oua-Nika et 20 habitants de Mombase. A Taïta, 22 autres iudividus se joignirent à elle, les uns engagés, les autres espéraut l’être en route, par suite de la maladie ou de la mort de quelques porteurs. La caravane rapporta environ 40 frazela d’ivoire. L'un deschefs, qui avait pour sa part 60 piastresde marchaudiseset 18porteurs, a eu 7 frazela, qui ont été vendues 187 piastres. Il a payé 21 piastres de droits, 90 piastres pour frais de porteurs; il a donc eu 8 piastres de bénéfice net : l'opération a été très-mauvaise, le voyage ayant duré quatre mois. Le premier qu’il avait effectué dans le même pays lui avait donné un énorme bénéfice, environ 700 pour 100 ; mais la concurrence a fait tomber à 100 pour 100 les meilleures opérations de ce genre. Aujourd’hui 40 pour 100 et même 25 pour 100 sont considérés comme des résultats satisfaisants.
2,300 à 2,600 frazela sur le marché, qui sont expédiées dans l’Inde. Trois bateaux suffisent au commerce avec cette contrée : deux d’entre eux, portant ensemble environ 300kandi et appartenant à des négociants du Keutch et de Bombay, vont à la côte de l’Inde, au commencement de la mousson du sud-ouest. A la fin de cette mousson, un daô, dont le propriétaire est Syed Khaled, le fils du Sultan, et jaugeant 400 kandis, passe à Mombase et prend ce qui reste d’ivoire et autres marchandises, pour les déposer aux mômes lieux. Le prix du fret sur ce dernier est de 5 piastres par kandi.
La gomme copal qu’on achète aux Oua-Nika est de moins bonne qualité que celle de Zanzibar : la frazela de la gomme en sorte équivaut à 2 piastres et 2 piastres et demie de marchandises ; celle qui est mondée, à 4 piastres. Elle paie 10 pour 100 de droit ad valorem ; è Mombase même un étranger payerait la belle qualité mondée de 5 piastres à 5 piastres et demie.
Le moutama s’exporte, pour la côte d’Arabie, en quantité de 200 à 400 kandis, selon le plus ou moins d’abondance de la récolte. On en obtient, sur le marché, de 20 à 36 kila, mais le plus ordinairement 24 kila pour une piastre. Enfin on envoie aussi, dans l’Inde, des peaux et des cornes de rhinocéros.
On trouverait dans l’île, à très-bas prix, de grandes quantités de maïs, qui n’ont pas de débouchés et qu’on importerait avec avantage à Maïotte, pour la nourriture des travailleurs.
Mombase reçoit des esclaves de Mongalou, de Kiloua et aussi de Zanzibar. On les échange avec les Oua-Nika, contre des bœufs qui servent ensuite à acheter de l’ivoire aux Oua-
Kamba : on a deux ou trois, parfois quatre, de ces animaux pour un esclave. Ces esclaves doivent être jeunes, car ils sont employés à l’agriculture. Les Oua-Nika eux-mêmes vendent quelquefois des individus de leur tribu; toutefois ce n’est qu’en exécution de jugements prononcés contre ceux-ci ou dans des circonstances exceptionnelles : ainsi, durant la famine qui affligea le pays, en l’année 1840, ils vendirent grand nombre des leurs, la traite se faisant alors plus librement. Le droit d’entrée sur les esclaves oua-nika et sur ceux qui arrivent par voie maritime est d’une demi-piastre par tête; pour ceux qui sont amenés de l’intérieur, il est de deux piastres. 11 n’y a pas de droits à la sortie; au reste, les esclaves sont ici plutôt un objet d’importation que d’exportation .
Les antres articles introduits annuellement à Mombase sont les verroteries envoyées directement d’Europe, ou par Bombay, du coton américain, du coton anglais, du laiton et du cuivre rouge eu fil. Le laiton est apporté de l’Inde et d’Europe en morceaux d’une brasse pour la première provenance, de six brasses pour la seconde. La frazela de celui-ci se vend 10 piastres, à un quart de piastre près; celui de l’Inde est vendu 8 piastres et demie. On peut en placer un millier de frazela de chaque espèce.
Outre les trois na\ires étrangers, dont j’ai déjà parlé précédemment, comme prenant part au commerce de cette île, quelques grands bateaux appartenant à des négociants du pays contribuent au mouvement maritime; en voici l’énumération :