‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale (volume 3)Chapitre 15 sur 56 · NOMS DU PROPRIÉTAIRE · texte numérisé non relu

NOMS DU PROPRIÉTAIRE

JAUGEAGE EN DJEZELA.

Djémadar Tanggui.

Mohhammed-ben-Khamis (cheikh des Oua-M’vita).

L’un 450, l’autre 200 à 250.

Djabeur-ben- Abdallah (cheikh des Arabes).

L’un 500, l’autre 200.

Khamis-ben-Salem et Mohhammed-beu-Tchâalé.

Ali-ben-Djemmaah.

Le port possède, en outre, cinq bateaux de 50 à 50 djezela et huit ou dix barques côtières.

Je ne me suis pas étendu sur le commerce local autant que j’aurais pu le faire, mais on trouvera quelques autres renseignements dans les itinéraires qui vont suivre et plus encore au chapitre XXIV, spécialement consacré an commerce général de la côte. Je me bornerai à dire, en ce qui concerne les monnaies, qu’il existe une petite pièce en bronze, sans aucun alliage de métaux précieux, et qui n’a jamais eu, d’ailleurs, qu’une valeur fictive et de pure convention. Son diamètre est à peu près celui de nos pièces de 1 franc : elle porte, d’un côté, le nom de Mombase en caractères arabes; de l’autre, le mot monnaie. Elle fut créée sous le gouvernement deSalem-ben-Ahhmed, qui, cà bout de ressources financières dans sa lutte contre Saïd, fit fondre un canon pour fabriquer cette monnaie et la mit en circulation dans le pays, lui donnant une valeur correspondante à celle du kibaba de grain, relativement à la piastre. Dès lors il fit ses payements au moyen de ladite pièce, et par suite l’usage en devint général dans toutes les transactions privées dont le solde avait été effectué auparavant en kibaba de millet.

Depuis la chute du gouvernement des M’zara, cette monnaie de billon n’a plus cours : on ne devra donc pas la recevoir.

J’ai déjà annoncé que deux excursions avaient été faites vers les villages voisins de Mombase. Je vais présenter ici le résumé du rapport qui m’en fut remis par M. Caraguel, l’officier chargé de les exécuter; après quoi, je reproduirai les itinéraires vers l’intérieur dont j’ai obtenu les détails des caravaniers.

EXCURSION A RABAYE.

Parti du bord en canot, on arriva, une heure et demie après, à M’koupa, où, l’embarcation s’étant échouée, on perdit dix minutes pour la remettre à flot. De là on atteignit, en un peu moins d’une heure et demie, le village de Djonvou, et, sans s’y arrêter, on continua vers Rabaye. Au bout d’une heure, n’ayant plus assez d’eau pour remonter la rivière, on laissa le canot à la garde d’une partie de l’équipage. Il avait donc fallu près de quatre heures pour se rendre du mouillage de Kilindini à ce dernier endroit, c’està-dire à un mille et un quart en deçà de Rabaye; mais, favorisé dans ce trajet par le vent et la marée, on pourrait l’accomplir en trois heures au plus.

Guidé par le pilote qui accompagnait l’officier commandant, on marcha pendant une bonne demi-heure pour arriver au grand Rabaye, et, après avoir visité ce point, M. Caraguel et ses compagnons revinrent s’installer pour passer la nuit dans une case située à mi-chemin entre le canot et le village.

Rabaye est O0?' 50” plus nord et 0°4' plus ouest que le fort de Mombase : il se trouve ainsi sur le méridien et un peu au sud du pic marqué sur la carte d’Owen et qui fait partie d’une petite chaîne qu’on aperçoit du mouillage. C’est plutôt un fort qu’un village. On monte d’abord une pente douce pendant un quart d’heure ou vingt minutes, au milieu de grandes herbes et de quelques champs de maïs et de manioc. Les arbres y sont rares, si ce n’est le long des ravines jusqu’au pied de la montagne. Alors on entre tout à coup dans un bois touffu qui en tapisse les flancs et va s’épaississant à mesure qu’on approche du sommet. Le sentier s’encaisse et se continue très-régulièrement, s’élevant, sans sinuosités, à travers le bois et bordé, dans les intervalles des arbres, de pieux hauts et serrés formant palissade. A son extrémité, qui se termine en un cul-de-sac, ont été ménagées deux portes à vingt pas l’une de l’autre et donnant accès sur le plateau où le village est bâti. 11 couvre une surface d’environ un mille de tour et peut contenir quatrevingts cases bâties au milieu des cocotiers dont l’ intérieur de l’enceinte est planté. On s’y rend du côté de l’ouest par un chemin semblable à celui que je viens de décrire, et ces voies sont les seules praticables pour arriver sur la hauteur. Quatre villages, du môme genre que le grand Rabaye, mais plus petits, existent dans les environs, sur d’autres plateaux de cette chaîne. Aucun d’eux n’est constamment habité; ce ne sont que des lieux de réunion, lorsqu’il s’agit de traiter quelque affaire intéressant la tribu, ou de refuge,

quand elle est attaquée. Dans ce dernier cas, dès que l’ennemi parait, les premiers qui l’aperçoivent poussent le cri d’alarme : Kouloulou ! kouloulou! et tous se dirigent pré-

cipilamment vers les villages fortifiés, où ils demeurent tant que dure la razzia.

A part ces circonstances, les Oua-Nika (il ne s’agit ici que de ceux qui occupent les villages de Rabaye) vivent dispersés dans la campagne, chacun cultivant un petit champ de manioc, de maïs ou de millet et possédant quelques cocotiers près de sa demeure. S’enivrant journellement d’eaude-vie de coco, ils sont dans le plus complet abrutissement. Dès dix heures du matin, assis auprès de leurs cases, ils ont déjà absorbé plus d’une calebasse de lait de palme; ils la vident à l’aide d’un tube en bois semblable à une paille, donnant à chaque aspiration les signes d’une excessive sensualité. Ils ont cinq cheikhs, non moins ignorants et abrutis qu’eux, dont l’autorité est presque nulle. Celui du grand Rabaye paraît avoir le premier rang. Ces chefs jugent les contestations et imposent des amendes; ils décident aussi dans les affaires criminelles. Le vol et l’assassinat sont rares ; ce dernier emporte la peine du talion. Le coupable est abandonné aux parents de la victime qui se livrent souvent contre lui à des actes de férocité. L’adultère seul excuse le meurtre, dont l’auteur n’est alors passible que d’une amende. Ces amendes sont, dit-on, employées, en grande partie, en libations d’eau-de-vie de coco, par le juge et les assistants. Un usage cruel existe parmi cette population, c’est de mettre à mort, comme être inutile, tout enfant qui naît difforme et contrefait.

Le grand Rabaye n’a d’intérêt que comme marché. En juillet et août, les Oua-Kamba y viennent avec des dents d’éléphants et de la gomme copal ; les marchands arabes, souahhéli et banians de l’île s’y rendent de leur côté. A

l’arrivée des Oua-Kamba, les Oua-Nika se les partagent pour les loger et héberger, n’exigeant de leurs hôtes d’autre rétribution que d’être employés par ceux-ci comme courtiers. Ils reçoivent plus cérémonieusement les marchands de M’ vita : ils vont au devant d’eux en exécutant une danse guerrière, armés de l’arc et du sabre, et portant, aux chevilles et autour des reins , des guirlandes de certains fruits secs qui , dans leurs mouvements, produisent un son semblable à celui des castagnettes. Ils ont pour instruments une simple calebasse sur laquelle ils frappent comme sur le tam-tam, et un coco vidé et emmanché où ils ont introduit de petites pierres et qu’ils font résonner en l’agitant. Les musiciens chantent sur les airs les plus primitifs les louanges des arrivants. Les danseurs poussent, par intervalles, des cris aigus, qui rendent cette musique encore plus assourdissante. Les nouveaux venus entrent, ainsi accompagnés, dans le village, où ils distribuent quelques coudées d’étoffe ou des mouchoirs, offrent un cadeau au cheikh et, dès ce moment, sont libres de vaquer à leurs affaires.

Le marché de Rabaye est et sera longtemps d’une fréquentation sinon impossible, du moins fort difficile pour les Européens. Il est au pouvoir des Arabes, des Souahhéli et des banians, et tous savent très-bien que, une fois admis à leur faire concurrence, nous en serions vite les maîtres. Deux ou trois années avant notre relâche, deux navires, l’un anglais, l’autre français , s’étant présentés à Mombase à l’époque de la foire de Rabaye, une espèce de conspiration fut tramée pour les empêcher de prendre part aux transactions. Tout M’kamba qui traitait avec un Européen était

mis immédiatement à l’index et menacé, pour l’année sui- III. 18

vante, de ne pas trouver d’acquéreur parmi les indigènes. En outre, on vantait aux Oua-Kamba l’opulence des M’zongou , leur insinuant que ces riches trafiquants achetaient toujours, quel que fût le prix demandé. Par suite de ces machinations, ceux qui en étaient l’objet, trouvant à Rabaye des prix plus élevés qu’à Mombase, se retirèrent sans avoir rien fait. Les échanges achevés, Rabaye redevient désert et ne se repeuple qu’un an après.

Le 24, dans l’après-midi, l’expédition se dirigea vers la mission anglaise établie au petit Rabaye, l’un des cinq villages dont j’ai parlé et qui contient une quarantaine de cases. Il couronne le sommet le plus élevé de la chaîne, dont la hauteur au-dessus du niveau de la mer est de 400 mètres environ; le sentier qui y mène, en partant du gîte qu’avait choisi l’officier, passe près et au sud du grand Rabaye; il est percé à travers les bois sur un terrain extrêmement montueux. Le trajet est d’un mille et demi à un mille trois quarts. De là on relève le fort de Mombase au sud 30° est et le grand Rabaye à l’est 1/4 nord-est du compas. Le thermomètre marquait 25*, 5 centigrades.

Le personnel de la mission, qui appartient à la société dite Chur ch- Mission, se compose de deux Allemands, M. Kraft et M. Rebmann. Celui-ci s’étant mis en route récemment pour le pays de Tchaga, nos voyageurs n’eurent de relations qu’avec M. Kraft.

Les missionnaires furent, au commencement de leur établissement, gênés par le gouverneur de Mombase, et, à son instigation, par les Oua-ISika. Mais l’intervention du consul de Zanzibar, M. Hamerton, coupa court aux difficultés qu’on leur suscitait. Ils ont quelques écoliers, dont trois ou

quatre savent lire et écrire leur propre langue en caractères romains; ils leur enseignent aussi certains arts manuels. Néanmoins, soit par suite de la dispersion des familles ouanika, qui s’oppose à l’assiduité des enfants à l’école, soit manque d’intelligence chez ceux-ci, les résultats obtenus par les courageux missionnaires sont assez médiocres, pour ne pas dire entièrement nuis; ils ne se le dissimulent pas.

A l’ouest des montagnes de Rabaye s’étend une grande plaine verdoyante ; il faut trois journées de marche pour la traverser, et elle est complètement inhabitée. Au delà est une chaîne de montagnes dont les sommets isolés paraissent à l’horizon comme des îlots; leur distance a été estimée à une quinzaine de lieues. Les Galla poussent leurs excursions jusque dans cette plaine.

Le 26, au matin, nos voyageurs quittèrent leur asile et passèrent la rivière pour se rendre à Djonvou, où ils expédièrent le canot. Ils marchèrent dans une direction moyenne sud, sur un terrain généralement inculte et très-inégal; une heure après, ils étaient à environ 1 mille dans l’ouest et en vue de Djonvou. Pour atteindre ce village, on avait à traverser un petit affluent de la rivière, sur la rive droite de laquelle il est situé, et la mer étant alors trop haute pour permettre d’effectuer le passage à l’endroit ordinaire, on eut à faire un long détour afin de trouver un gué praticable : le trajet avait duré deux heures.

Djonvou est habité par des Souahhéli, dont le cheikh exerce, on se le rappelle, une espèce de suzeraineté sur Rabaye; il accueillit parfaitement ces messieurs; ayant été averti, par l’équipage du canot, qu’ils se dirigeaient par terre vers son village, il avait envoyé à leur rencontre quel-

quos individus pour leur indiquer le gué et une pirogue pour les aider à le franchir. On reconnut cette politesse par un petit cadeau. Djonvou est composé d’environ soixante-dix cases; la partie de son périmètre que l’eau n’entoure pas a été autrefois fermée par une palissade actuellement presque détruite. La position du village est bien telle qu’Owen l’a donnée sur sa carte.

Après une station de cinq heures, on se remit en marche, et au bout d’une heure quarante minutes on se rembarquait à M’koupa. Cette dernière partie du chemin fait depuis Rabaye est plus praticable que l’autre et traverse un terrain moins inculte. En résumé, il avait fallu trois heures un quart, en marchant d’un pas rapide, pour achever ce trajet. Des piétons chargés de bagages y emploieraient près de cinq heures.

EXCURSION A DEROUMA.

Une seconde excursion dont le but était, cette fois, de remonter le bras de mer du Sud fut exécutée par le même officier, accompagné de MM. Boivin et Longchamps, élève de première classe. Ces messieurs quittèrent le bord à onze heures. Le canot qui les portait, favorisé par la brise, entra rapidement dans le port de Reitz, passa successivement devant Tchiambani, Tchiogni, Kipétahouço, et, s’engageant dans la petite rivière qui débouche au fond du port, parvint, à trois heures, en un endroit que le guide signala comme le point d’où l’on pouvait avec le plus de facilité se rendre à M’tchiokara. On mouilla l’embarcation et on s’achemina vers ce village, qu’on atteignit après une heure et un quart

de marche. La route avait été, en moyenne, le nord-est est du compas.

M’tchiokara est situé dans un vallon formé par les premières pentes des collines qui de là vont en s’élevant graduellement jusqu’à Rabaye. Ce n’est pas, à proprement parler, un village, mais un ensemble de plusieurs groupes de trois ou quatre cases, espacés de cinq à dix minutes de marche; chaque groupe est entouré de quelques champs de maïs. Le pays a, du reste, un aspect assez agréable, et les habitants paraissent moins abrutis et moins sauvages que ceux des villages de Rabaye. Entre ce dernier et M’tchiokara il existe, presque à fleur de terre, des amas d’une substance métallifère qui semblerait être un antimoniure d’argent, autant qu’il a été permis d’en juger par les échantillons donnés à nos voyageurs; ceux-ci, informés, trop lard, du gisement de ce minerai dans le voisinage, ne visitèrent pas l’endroit où la veine avait été découverte. Je regrettai d’autant plus cette inadvertance que nous quittions Mombase deux jours après. La valeur du minerai et la richesse de la mine restent donc à étudier, et ces recherches pourraient avoir des résultats intéressants.

Au retour de M’tchiokara, l’expédition s’installa, pour la nuit, dans des cases placées à un quart d'heure de la rivière, et, au point du jour, on rallia le canot. Ces messieurs se firent débarquer sur l’autre rive et se mirent en marche vers Derouma, qu’ils atteignirent après avoir fait deux milles dans la direction moyenne de l’ouest-sud-ouest sud du compas. Ils ne rencontrèrent sur la route aucune trace d’habitations ni de cultures. Derouma est comme le grand Rabaye, situé sur une hauteur, enceint d’arbres, sans ce-

pendant servir exclusivement de camp retranché. On y trouva quelques indigènes parmi lesquels était le cheikh. Les trois points dont nous venons de parler fournissent de la volaille, mais point de bétail. La seule particularité qu’offre ce village est celle-ci : vers le centre est une esplanade à peu près carrée, bordée de grands arbres qui forment un toit de verdure; sur chacun de ses côtés était étendu un tronc de cocotier servant de banc : c’est en ce lieu que la population s’assemble pour discuter les questions d’intérêt général. Les cheikhs se réunissent ensuite, pour prendre une décision définitive, dans l’unique pièce d’une case voisine, beaucoup plus élevée, plus vaste et plus propre que les autres.

Nos voyageurs, ayant regagné leur canot à dix heures et demie, s’y embarquèrent pour revenir à bord; une brise debout assez fraîche et des grains de pluie fréquents rendirent le trajet long et pénible. A une heure, on arriva devant Kipétahouço; la situation en est indiquée par un petit nombre de cases sur la carte d’Ovven. Il n’en contient pas plus en réalité, et son aspect misérable, dont on pouvait parfaitement juger de la rivière, fit qu’on ne s’y arrêta pas; mais on débarqua sur le bord opposé pour aller à Tchiogni, village situé en arrière des collines qui dominent le rivage, au fond du port Reilz, et consistant, comme M’tchiokara, en quelques cases dispersées çà et là.

A trois heures le canot abordait en face de N’garé. Ce vil lage est à un quart d’heure de marche de la mer; un sentier bien tracé et en pente douce conduit au sommet des collines; sur le plateau ce sentier serpente quelque temps à travers de grands arbres et s’enfonce enfin dans un fourré

très-épais, mais peu profond, qui entoure N’garé. C’est un village assez joli, composé de cinquante à soixante cases : la haie d’arbustes et de lianes qui l’environne en le fortifiant, les cocotiers s’élevant dans les intervalles des habitations, la propreté régnant autour de celles-ci lui donnent un air joyeux et coquet.

Après une demi-heure passée en conversation avec le cheikh, on regagna le canot, qui, au bout d’une heure et demie, accostait le Ducouedic.

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