EXÉCUTÉ, PAR LE BRICK LE DUCOUKDIC, PENDANT LES AN
nées 1846 , 1847 et 1848 ; elle forme la matière de deux autres volumes.
Enfin un album de plans, de vues de villes, d’armes et d’ustensiles , de portraits d’indigènes pris au daguerréotype, tous colligés dams le cours de la campagne, forme une annexe importante et non sans intérêt, je l’espère, au texte, dont elle était, d’ailleurs, le complément indispensable. Les plans ont été levés par MM. (irasset et Caraguel , alors enseignes, aujourd’hui lieutenants de vaisseau ; c’est ce dernier qui les a dressés , c’est à lui que sont dus aussi la plupart des dessins reproduits dans l’album. D’autres dessins sont l’œuvre de M. Bridet, lieutenant de vaisseau. Les opérations daguerriennes ont été faites , sous ma direction, par le chef de timonerie Vernet.
La deuxième partie étant précédée d'un avantpropos , je n’ai à signaler, dans cette préface , que l’ordre des matières composant le premier volume. J’ai établi dans ces matières cinq divisions qui m’ont paru naturellement indiquées par les diverses dominations politiques ou prééminences commerciales auxquelles la céte orientale d’Afrique a été successivement et plus ou moins assujettie, et j’ai donné à chacune d’elles ou è la période quelle comprend le nom de la nation dont la suprématie était établie sur le pays ou qui y avait des relations exclusives. De là les désignations suivantes :
1* Période anlé-hittorique ( arabe et phénicienne ),
T Période gréco-romaine ,
3° Période musulmane,
4' Période portugaise,
5* Période omânienne,
chacune de ces périodes faisant le sujet d’un livre.
Le premier livre présente une série de considérations générales et de commentaires sur les quelques notions qui nous ont été transmises touchant les navigations et le commerce des Phéniciens, des Hébreux et des Arabes jusqu’à l’époque où la domination grecque s’établit en Égypte dans la personne de Ptolémée Soter. Mon principal but. dans ce livre, est d’établir que les navigateurs arabes ont, les premiers, reconnu et fréquenté la cèle orientale d’Afrique.
Le second constate les progrès de la navigation et du commerce dans la mer Erythrée, et les connaissances géographiques acquises sur le littoral baigné par cette mer. Il embrasse, au point de vue politique et chronologique, l’intervalle de temps pendant lequel régnèrent , en Égypte , les Ptolémées d’abord , puis les Romains jusqu’à l’hégire.
Le troisième traite de l’origine et du développement des colonies fondées par les Arabes musulmans à la côte orientale d’Afrique , c’est-à-dire des petits royaumes ou Etats dont les noms se sont conservés jusqu’à nos jours, et par lesquels la souveraineté des Arabes s'étendit sur tout le littoral : il se termine
à l’époque de l’arrivée des Portugais dans la mer de l’Inde.
Le quatrième est consacré au récit des événements qui amenèrent et suivirent la substitution de la domination des Portugais à celle des Arabes. Il s’arrête au moment où , la puissance des nouveaux conquérants s’affaiblissant dans les Indes , sous les efforts combinés des Hollandais, des Anglais et des nations indigènes, les Arabes d’Omàn ou de Mascate apparaissent sur la scène politique et commencent la lutte qui les rendit maîtres de tous les points de la côte situés au nord du cap Delgado.
Le cinquième, enfin, contient l’historique des actes accomplis dans les établissements d’Afrique par les Arabes d’Omân , qui en sont encore maîtres aujourd’hui. Ce livre débute par un exposé succinct de l’origine et des progrès de la puissance des imams d’Omân.
Les documents qui ont servi à la rédaction de cette première partie ont été extraits d’un très-grand nombre d’ouvrages imprimés ou manuscrits traitant d’histoire ancienne et moderne , de géographie , d’ethnographie, etc., et surtout de relations de voyages, la plupart ne contenant que des notions partielles et fort incomplètes sur les points à éclaircir, et même souvent qu’un fait isolé, sans date précise et perdu au milieu d’un grand nombre d’autres entièrement étrangers à mon sujet.
La collection de ces matériaux a été pour moi d’autant plus longue et difficile, que presque tous les ouvrages où j’avais à les chercher sont écrits en langues étrangères, dont plusieurs me sont inconnues. Aussi une pareille tâche eût-elle été au-dessus de mes . forces, si je n’avais trouvé auprès de quelques érudits un concours aussi bienveillant qu’il m’était indispensable , et pour lequel je suis heureux de proclamer ici toute la reconnaissance que je leur ai déjà exprimée. En première ligne, je dois citer le savant professeur conservateur des manuscrits arabes à la bibliothèque impériale, M. Reinaud : son obligeance à mon égard s'est montrée inépuisable , et j’ai reçu de lui tout à la fois aide, conseils et encouragements.
J’ai beaucoup pris dans ses excellents ouvrages ; il reconnaîtra son bien quand il m'accordera l’honneur de me lire, et je le prie de se rappeler alors qu’on ne peut emprunter qu’aux riches. J’ai agi de même avec M. Quatremère, de qui j’ai adopté et inséré (ce que j’avais de mieux à faire) l’opinion si bien raisonnée sur l’Ophir des Hébreux.
Je n’oublierai pas non plus M. le vicomte de Santarem : son érudition inépuisable en tout ce qui se rattache aux gloires historiques de sa patrie in’a souvent aplani des difficultés, et je remplis un pieux devoir en déposant sur sa tombe ce tribut de ma gratitude.
Je dois aussi de chaleureux remerclments à plu-
sieurs orientalistes distingués, MM. Derembourg, Defrémery, Kazimirski de Biberstein : chacun d’eux m’a donné de nombreuses preuves de bienveillance toute personnelle, et leurs travaux m’ont souvent été fort utiles.
J’ai encore à mentionner l’obligeant concours de tous les conservateurs des bibliothèques publiques dont il m’est arrivé de réclamer les bons offices; mais , par-dessus tous , il me faut nommer M. Landresse , bibliothécaire de l'Institut , si complaisant à mettre à ma disposition les livres du riche dépôt confié à ses soins.
Enfin, parmi les personnes qui m’ont aidé à accomplir ce travail ardu , je dois un souvenir tout particulier à mon excellent ami M. d’Avezac , et j’acquitte ici ma dette avec bonheur : son érudition et ses connaissances bibliographiques m’ont fourni de précieuses indications pour les recherches que j’avais à faire.
Puissent tous ceux è qui je viens de payer mon tribut de reconnaissance ne pas trop regretter, à la lecture de ce volume , le temps que je leur ai dérobé et l’assistance qu’ils m’ont si généreusement prêtée.
El, maintenant, il me reste à remplir une obligation que tout auteur contracte envers le public auquel il s’adresse ; cette obligation , c’est de se demander, dans son for intérieur, non pas si son livre
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est bien fait (l’on n’est jamais tenu qu’à faire ce qu’on peut ), mais s’il était utile et à propos de l’écrire et de le livrer à la publicité.
Eh bien ! ma réponse à cette question est aussi nettement affirmative qu’elle l’était il y a sept ans. Au retour de mon voyage, en 1849, je traçais les lignes suivantes, que je retrouve dans mes notes et que je n’écrirais pas d’une manière bien différente aujourd’hui :
« Le grand courant commercial se dirigeant des « mers de l'Inde et de la Chine vers l’Europe se com- « pose d’un nombre infini d’affluents qui se rappro- « chent et se confondent en suivant une ligne tan- « gente au cap de Bonne-Espérance, d’où elles se por- « tent vers l’Atlantique. Un de ces affluents, le plus « modeste sans doute, mais le plus intéressant pour « la France , puisqu’il compte parmi ses tributaires « l’ile de la Réunion , Sainte-Marie , Nossi-bé et « Maïotte, s’alimente de courants secondaires pre- « nant leur source aux rivages de l’Afrique orien- « taie, de la grande lie de Madagascar et des petits « archipels qui entourent celle-ci comme des satel- « lites.
« Le jour où le génie civilisateur de l’ancien « monde, secouant sa torpeur et reprenant force et « coulage pour les grandes entreprises , aura con- « traint la Méditerranée et l’océan Indien à s’unir « à travers l’isthme de Suez, le grand courant com-
« mercial dont il vient d’être question se détournera « vers le nord pour pénétrer dans la mer Rouge. « Alors tous les affluents qui partent des Iles de Mas- « careigne , de l’île malgache et de toute la partie « de la côte orientale d’Afrique au sud du cap Del- * gado passeront à peu de distance du groupe des « Comores , et pourront faire escale à Maïotte, dont « l’importance sera ainsi considérablement accrue. » Ces appréciations me paraissent maintenant mieux fondées que jamais. La question du percement de l’isthme de Suez , qui , depuis l’époque où le vainqueur des pyramides s’en préoccupa , n’avait été sérieusement agitée que par une école philosophique célèbre, dont quelques membres remplissent, en ce moment , de hautes fonctions dans les régions gouvernementale et industrielle, cette question si importante a été complètement élaborée par des études récentes, et non-seulement elle est résolue scientifiquement, mais encore elle est à la veille d'une solution pratique. Demain , peut-être, la pioche du travailleur entamera le sol des antiques merveilles, le sol classique de l’Égypte, et dans peu d’années, à coup sùr, les deux mers seront unies à jamais à travers les terres sablonneuses de la patrie des Pharaons. Alors ce que j’ai dit et écrit de Maïotte , ce que tous les esprits clairvoyants en ont pensé se réar hsera ; les intérêts de Maïotte et des autres colonies françaises situées duns les mêmes régions ne seront
plus , sans doute , le côté principal de la question ; car celle-ci aura grandi de toute la distance qui sépare un fait de détail d’un fait général , les intérêts d’une nation de ceux du monde entier. Mais la valeur de notre établissement, loin d’en être diminuée, prendra , au contraire , des proportions plus considérables , par suite même de l’accroissement incalculable de vitalité qui se sera produit dans les contrées voisines , c'est-à-dire Madagascar et l’Afrique orientale. La civilisation moderne, héritière de la civilisation gréco-romaine , ne mentira pas à son origine , et , quand elle aura ouvert au commerce européen la voie jadis suivie par les flottes des Ptolémées et des Césars , elle saura se montrer digne de sa devancière et faire de grandes choses dans des régions illustrées par ces grands noms. Ainsi les localités dont ce livre traite fixeront de nouveau , et à un bien plus haut degré qu’autrefois , l’attention qui s’est détournée d’elles , et le livre lui-même aura reconquis cette opportunité qu’il avait perdue et qui semblait devoir lui manquer longtemps.
Un dernier mot , qui renfermera ma plus sérieuse pensée, et qui s’adresse • plus particulièrement aux liommes politiques.
Lorsque, sous les successeurs d’Alexandre et de César, les flottes égyptiennes accomplissaient le périple de la mer Érythréo , elle9 se partageaient , audelà du détroit, en deux groupes : l’un se dirigeait
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vers les rivages de l’Asie méridionale, l’autre s'acheminait le long de la côte orientale d’Afrique. Comme les deux contrées étaient célèbres par leurs richesses, bien connues et fréquentées par les navigateurs) elles excitaient également l’intérét des commerçants de l’époque. De nos jours, si l’on étudie les perspectives ouvertes par la canalisation prochaine de l’isthme de Suez , c’est surtout , c’est presque exclusivement le périple indien qui attire et absorbe l’attention publique ; le périple africain semble iporé, et c’est à peine si, parfois, le nom de l’He Bourbon est prononcé au milieu des prévisions auxquelles cet événement donne naissance. Ici l’enthousiasme de nos compatriotes fait fausse route. Sans doute , le commerce français a, dans l’Indo-Chine et l’Océanie, quelques débouchés assez précieux pour qu’il ait à se féliciter de voir abréger la distance qui l’en sépare ; mais, de ce côté, les intérêts anglais bénéficieront du changement de route, c’est le pavillon anglais qu’on rencontre A chaque pas dans le long parcours d’Adcn aii Japon et A la Nouvelle-Zélande. Au contraire , l'embranchement africain de la grande voie maritime promise à l’Europe peut être dominé par l’intérêt français, non-seulement parce que nous possédons sur cette route Bourbon , Sainte-Marie , Maïotte et .Nossi-bé , mais parce que nous y aurons , quand nous le voudrons, Madagascar, notre Australie A nous, et des comptoirs secondaires échelonnés
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le long des côtes du Zanguebar , du golfe d’Adel et de l’Abyssinie, étudiées avec soin, dans le cours de ces vingt dernières années , par les voyageurs français.
De tout cela , il est vrai , personne ne parle ; la presse , l’opinion , la Bourse sont à mille lieues de cet ordre d’idées ! Mais c'est le devoir des gouvernants, et leur plus beau privilège, de se préoccuper des questions importantes bien avant que le public y songe. Celui-ci , qui n’a pas à s’enquérir des moyens d’exécution , est toujours suffisamment prêt , et les projets les plus grandioses ne le trouvent jamais en arrière ; car les idées s’élaborent en lui par un travail latent dont souvent il n’a pas conscience, et elles éclosent au moment précis, imprévues pour tous, si ce n’est pour les semeurs d’idées, gouvernements et penseurs; elles éclosent, dis-je, toutes faites, toutes formées et bientôt mûres pour la moisson : si l’on veut n’étre pas pris au dépourvu , on doit ne pas attendre môme que le germe se développe au grand jour.
Eh bien ! le moment va venir, et il faut se hâter. Se hâter, en politique, c’est être prêt non pour l’heure, mais avant l’heure; c’est devancer les années, c'est faire en sorte que les plans apparaissent complètement dressés au moment de la mise en œuvre, comme Minerve sortit tout armée du cerveau de Jupiter. N’attendons pas l’avenir au passage , il serait déjà
loin quand nous penserions à le saisir ; pour arriver à temps avec cet infatigable marcheur, il faut se mettre en chemin dès qu’on le voit poindre à l’horizon. Dans peu d’années , à travers l’isthme de Suez ouvert, nos navigateurs entreront d’emblée dans les mers de l’Afrique orientale : il faut leur préparer le terrain et agir de telle sorte qu’ils y trouvent l’influence française solidement assise (1).
Quels magnifiques débouchés pour notre commerce ! quelles opulentes régions ! quels marchés pleins de souvenirs et d’espérances ! Depuis vingt ans , le département de la marine fait les plus constants , les plus louables efforts , mais aussi de douloureux sacrifices , pour développer le commerce et établir quelques comptoirs sur les plages inhospitalières de l’Afrique occidentale; et, pourtant, que sont Saint-Louis, Gorée , les établissements d’Assinie et du Gabon , auprès de ceux que nous possédons déjà et que nous pourrions posséder , plus tard , de l’autre côté du continent? Que sont les objets de traite que le Sénégal nous envoie par l’Atlantique auprès de ceux «pii nous viendront du pays souci ) Il ne faut pas oublier que la mer Rouge a aussi sou Gibraltar, le port d Aden, qui commande le détroit de Bab-el-Mandeb. Or, si cette position, dont l’Angleterre s’est emparée déjà , n'était pas neutralisée par quelque mesure propre à garantir le libre passage du détroit à tous les pavillons, le percement de l'Ile de Snez, au lieu d’ouvrir sut navires de l’Europe une entrée directe dans l’océan Indien, n’aurait fait que reculer jusqu'au fond du golfe Arabique, l’impasse qui ferme la Méditerranée do cété de l'Egypte.
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mali . du Souahhel , si riches en or , en ivoire , en épices, en gommes et résines, en peaux, miel , cire, sésame , en beaux bois , en produits métallurgiques variés, auprès de ceux de la grande île malgache, qui , au besoin, fournirait l’Europe entière de sucre, de riz et de bois d’ébénisterie ? Certes, on ne saurait le nier, il y a entre les deux côtes une immense différence, toute à l'avantage de colle que le percement de l’isthme de Suez va rapprocher de nos ports de 2,000 lieues environ, etqu’il mettra ainsià 1 ,600 lieues de Marseille , trajet égal à celui qu’il faut effectuer pour se rendre du môme port h notre établissement du Gabon.
Qu’on y réfléchisse ! Demain , peut-être , la paix sera faite en Europe, et ces immenses armements que le gouvernement français a préparés pour les besoins de la guerre se trouveront sans destination : enverra-t-on pourrir dans les arsenaux ces magnifiques navires à voiles et à vapeur? La France renoncera-t-elle en un instant au prestige que lui donne, depuis deux ans, le développement de puissance maritime dont elle a oflert au monde le spectacle inattendu? 11 n’est pas permis de le supposer : on ne se découronne pas si bénévolement du jour au lendemain, et la France est une nation qui s’habitue vite à tous les genres de grandeur. Elle continuera donc d’entretenir une flotte nombreuse , et , comme un tel déploiement de forces non utilisées serait pué-
ril , elle se servira de ses vaisseaux pour accroître son influence dans les parages où son commerce a besoin de s’étendre. Alors quel champ plus vaste et plus fécond pourrait-on ouvrir à l’activité de sa marine que celui dont je viens de parler et que dans ce livre j’essaye de faire connaître?
Lorieut, le 6 février 1H56.