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« par terre, sont les deux villes S'al et O'fra. Elles sont « l'une et l'autre peu considérables, mais bien peuplées et « entourées de champs cultivés et de palmiers. La contrée « dont elles dépendent s'appelle Nazoua. A une demi-joiir- (( née de ces villes est celle de Mandj , qui est de peu d'îm- « portance et située au pied de la montagne de Charam, (( où sont les sources de la rivière El-Fah. Cette rivière est a considérable; ses bords sont couverts de champs cultivés « et de villages jusqu'à la mer, où elle se jette auprès de (( Djolfara (Djiilfar). Beaucoup des habitants d'Omén Hont u des dissidents (chera), dont la plupart vivent aujourd'hui K réunis dans un pays nommé Bechroun, à l'ouest d'Omén, « sur une montagne où sont leurs villages fortifiés , et qui (( leur appartient. Bechroun est situé au bas de cette mon-
ce tagne (1) »
Ici nous Fetrouvons la trace de ces sectaires dont ii a déjà été fait mention, et nous les voyons, au commencement du xii" siècle de notre ère, établis au centre du payi, ayant
t ^ Après l'analyse faite par nous, au livre III, de la description de la côte orientale d'Afrique coutenue dans le traité d'Edrisi , on ne peut c*aU«n4r« a trouver beaucoup d'exactitude dans ses donnces géographiques sur TOmiu , surtout quant aux distances. Pour ce qui est des noms de lieux mentionues au passade reproduit ci-dessus, d'après la traduction de M. Jatibert , nons les soupçoQDOos d'être entachés, au moins, de c^s erreurs de cop<fi4«> qui lie sont que trop communes dans les manuscrits dont le traducteur a fait usage. Ainsi cette rivière El-Fah, aux bords couverts de champs cultivés et de villages, oous semble ne pouvoir être que k Sib, doot le lit est côtoyé par la route qui mène à Nazoua. La ville déâiguée sous le oooi de Mandj ou Maindj est peut-être Minna, nom qui lui-même doit être une rectification du mot Manna, donné par Joào de Barras à une villo voi^w de !\azotia,ct dont il sera fait mention ci-après. Au reste, pour la lopograpëi* du pays d'Oman, voyez la carte amieï^e à laTclatwtKjup le lieutenant Wellsted a faite de sou voyage en Arabie. [TraveU m Arahia. London, 1838.)
leurs villages fortifiés sur une montagne aux environs d'une localité nommée Nazoua (qui nous est bien connue), voisine elle-même de la ville de Mandj.
Ce qu'Edrisi a écrit touchant la décadence de Sohhar était, à ce qu'il paraît, au moins exagéré; car, un siècle environ après lui , Yacout signalait encore cette ville comme la plus importante du pays. « Sohhar est , dit-il , la Kasba (ville principale) de l'Oman du côté des montagnes, comme Touam est la Rasba du côté de la mer (1). C'est une ville riche et pleine de ressources; ses maisons sont bâties en briques et en bois de tek. »
Dans le dictionnaire du même auteur, on trouve au mot Nézoua : « C'est une montagne de l'Oman. Aucune tribu de cette localité n'a de station considérable sur le bord de la mer : on désigne leur réunion par le nom de leur district. Elles sont Ibadhi. »
Au temps d'Yacout , quelques-unes des villes de la côte d'Oman étaient, d'après la chronique des rois d'Hormouz, déjà dépendantes de ce royaume. Il y est dit que la fondation de celui-ci est due à un prince régnant en Arabie, et qui , inquiété par un de ses voisins afec lequel il était en guerre, alla s'établir dans le Moguestan , où son fils Mohhammed , surnommé Derem-Kou, fonda la ville d'Hormouz. Le port de Kalayat (Keulhât), sur la côte d'Oman, avait été le point de départ des émigrants : ceux-ci, selon le chroniqueur, s'étaient assuré la possession de cette ville, pour s'en ser-
vi) On ne sait à quel point de la côte peut se rapporter ce nom de Touam, employé dans plusieurs ouvrages arabes pour désigner un lieu éridemment voisin de Sohhar. M. de Hammer pense qu'il s'applique à la partie de la ville de Sohhar qui est tournée vers la mer.
vir comme d'un lieu de retraite en cas de besoin (4). La date de cette émigration n'est point indiquée; mais, par une supputation de la durée approximative de chacun des règnes antérieurs à celui de Rokn'-Ouddin-Mahmoud, qui (ommença en l'an 641 de l'hégire, on peut admettre qu'elle eut lieu vers l'année 450 de la même ère, 6n du xi* siècle (le l'ère chrétienne.
Les conquêtes de plusieurs des successeurs de Mohhammed agrandirent le territoire de cette principauté : ainsi fut constitué le royaume d'Hormouz, dont les dépendances s'étendirent jusqu'à Zafar (2), sous le règne de Rokn'-Ouddin-Mahmoud (5). Il est probable que c'est de ce règne,
(1) A la fin du iiii" siècle de notre ère, Marco Polo signale Calalù ( Keulhât) comme servant à la fois de refuge et de point d'agression au Mélic de Cormose (Hormouz) contre les exigences do soudan du Kerman. le Mélic de Cormose, dit-il , se retire alors à Calatû, d'où il intercepte la navigation du golfe; de telle sorte que le Soudan du Kerman, auquel cela cause un grand dommage, fait la paix avec le Mélic d»* Cormose. (Voyez Voyage de Marco Polo, chap. cxcvi , édition de la Société de géographie de Paris.')
(2) Sans doute Zafar a été mis ici pour Dhofar ou Djulfar. D'après Amyn-Ahmed-Râzy, il faudrait dire Djulfar. Nous lisons, en effet, dans son traité intitulé Hefl-lclym, le passage suivant, que l'auteur a lui-même extrait du Madjma-oul-Ansab ■■ « Ce fut ainsi qu'en l'an 647 il (Roka'- Ouddin-Mahmoud ) se rendit maître, sans opposition, d'Hormouz, et anuexa ensuite Kis (Kechme), Bahren et Djulfar à ses États. » (Voyez Hefl- Irlym, manuscrit persan de la bibliothèque nationale. Fonds Bruyes, n' 17, folio 21, verso.)
(3) D'après la concordance des dates et l'analogie des noms, ce souverain est, sans nul doute, celui dont nous avons parlé précédemment, d'après la chronique du cheikh Âbou'I-Soleyman-Mohhammed , comme ayant fait, dans l'année 660, une expédition en Oman pour imposer un tribut à ses habitants. Les détails qui y sont donnés concernant cette expédition justifient ce qui rst dit des conquêU's de Rokn'-Ouddin-Mahmoud, dans le Madjma-oul-Ansab, et font présumer en quelles circonstances les villes maritimes de l'Oman auraient passé sous la dépendance
compris entre les années 641 et 676 (4) de l'hégire (424i
du sultau d'Hormouz. Voici à peu près comment s'exprime l'auteur de la chronique en question :
« L'émir d'Hormouz, qui s'appelait Mahmoud-beD-Âhhmed-el-Koasi fit '< une expédition contre la ville de Keulhât. Or, à cette époque, celui qui " avait le pouvoir dans l'Oman était Abou'l-M'salli-Kahlan-ben-Nebehân", « ainsi que son frère Omar-ben-Nebehân'. En arrivant à Keulhât, Mah- « moud fit appeler Abou'l-M'salli, et, lui déclarant qu'il imposait un tri- « but aux habitants de l'Oman, il le somma d'en assurer la perception. « Le sultan allégua que sou pouvoir en Oman ne s'étendait qu'à une •« bien petite province. Mahmoud lui répondit : Prends de mes soldats « tant que tu en voudras, et réduis par la force ceux d'entre les gens de « rOmân qui te résisteraient. Abou'l-M'salli répliqua que ceux-ci étaient « trop pauvres et ne pouvaient payer le tribut. Mahmoud, irrité, agit do « ruse, et, ayant invité les émirs ou notables du pays à se rendre au- « près de lui, il leur remit des vêtements d'honneur et d'autres cadeaux; <i puis il obtint d'eux la promesse de l'aider contre les gens de l'Oman <• et de raccompagner dans l'expédition qu'jl allait faire. 11 se rendit en- '< suite, par mer, à Dbofar, où il fit mettre à mort ua grand nombre « d'individus et s'empara de richesses considérables. Il retourna" alors « en Oman en suivant la route de la terre ferme y mais les vivres et l'eau '< commencèrent bientôt à lui manquer, et la soif et la faim tuèrent « 5,000 hoDunes de ses troupes, outre ceux qui périrent en combattant. !t Ceci se passa eu Fan 660. »
Le mot Dbofar employé ici justifie la première assertion émise par nous à la note de la page 489, savoir , que le nom de Zafar, écrit dans la chronique des sultans d'Hormouz, l'avait été pour celui de Djulfar. H n'est point admissible que Mahmoud, ayant à faire une expédition en Omâu, accompagné des notables de ce pays, se soit reodu à Zafar on Dhafar, sur la côle sud de l'Arabie, et soitf revenu sur ses pas par terre, en traversant nu ei^pace de 200 lieues environ; tandis que le double mouveineut par terre et par mer s'explique fort bien lorsqu'il s'agit de Djulfar ou de Dofar, situés l'un près du cap M'cendem, et l'autre dans le domaine de Sir ou Scr, limitrophe d'un des quatre grands districts {') dont la réunion a formé ce qu'on appelle aujourd'hui l'Oman.
(1; Cette date et la durée de (reute-ciuq ans que nous assignons au
(') Ce n'est que par suite des événements politiques survenus dans l'Arabie durant les ilniv ilerniers siècles q«e le nom d'Oman a été déiinitivemcnt employé pour désigner tout le pays .)<■ notre temps encore , les indigènes D'a|>pliquent ce nom d'Oman qu'a sa {xrtie centrale ; le reslr •"^t divisé en trois autres districts, nommes par eux Djailan. Patbna ri DViorrah. fVoyrz T'r.ïi'^'-' m Ârabia^ P^ge Î70 et suiv."^
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et 1277 de J. C), que date l'annexion de toutes les villes maritimes d'Oman au royaume d'Hormouz, dont elles faisaient encore partie lors de l'arrivée des Portugais.
A peu près à l'époque où fut opérée l'annexion dont nous venons de parler, la ville de Keulbât, la plus ancienne dépendance d'Hormouz, nous est représentée, par Ibn^Sayd , comme la ville capitale de l'Oman. Voici ce que nous lisons dans la partie de son traité relative à l'Oman :
« Keulhât, sise au commencement de l'Oman, et capi- « taie actuelle de ce pays, est eu latitude sur la limite « nord du premier climat, etc. » Puis encore : « Entre « Keulhât , capitale actuelle de l'Oman et Sohhar, se « trouve Maskat , port situé sur uia grand golfe de la mer « de Perse. » Quant à Sohhar, « c'est, dit-il, l'ancienne « ville appelée Oman (i) ; entre elle et les sables mobiles (( (le désert) est la montagne de iSizoua, qui se prolonge (( du sud au nord ; elle est habitée par les Khouaredjites (2),
règne de Mabmoad oe sont pas d'accord avec la version du Madjma-oul- Ansab, reproduite par Âmyo-AhAied-Razf. D'après cette dernière, Mahmoud aurait régné pendant trente ans seulement et serait mort en Taunée 685 de l'hégire ; mais nous préférons nous en rapporter à la chronique des sultans d'Hormouz, écrite, od le sait, par Vun d'eux.
U) Peut-être Ibn-Sayd, qui cite quelquefois Ptolémée dans 'Ses écrits, fait-il allusion ici à VOmmanum emporium de ce géogra])be; mais nous De pensons pas qu'il veuille parler de la ville appelée OmAn par quelques auteurs musulmans, qui , tous, représentent Sohhar pt OmÂn commr deux cités différentes et contemporaines.
(.2) La dénomination de Khouaredjites employée par Ibn-Sayd n'implique pas contradiction avec la qualité d'Ibadhi , attribuc-e par Yacout ei par la chronique du cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed aux habitaut^ de Nizoua ou Nazoua. Le premier auteur constate simplement, par l'eiipression dont il se sert , leur état de dissidence. Les autres caractérisent cette dissidence en indiquant qu'ils étaient de la secte d'Ibadhi.
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« qui en ont fait leur chef-lieu et l'ont nommée Nizoua (1). » Moins d'un siècle après Ibn-Sayd, Aboulféda, dans sa géographie, cite Sohhar et la représente comme une petite ville en ruine, celle d'Oman étant seule en prospérité. Au sujet de celte dernière, il reproduit le passage suivant^ emprunté au traité intitulé Azizi, écrit à la fin du iv" siècle de l'hégire ou du x' (2) de notre ère,
« Oman est une jolie petite ville, avec un port où abonc( dent les navires du Sind, de j'Inde, de la Chine et du « pays de Zanguebar. Auparavant, la capitale était Soh- « har ; on ne trouvait pas de plus belle ville sur le golfe « Persique. » ^
C'est tout ce qu Aboulféda nous apprend concernant les villes de l'Oman ; il ne cite même pas-Mascat (3). Mais nous
(i; Manuscrit de la bibliothèque impériale (n" 1,095, supplément arabe, folios 23, verso, et 37).
(2) Voyez, pour cet ouvrage et son auteur, Y Introduction à la géographie (V Aboulféda, page 42.
(3) Dans sa traduction de la géographie d'Aboulféda, page 136, M. Reinaud, à propos du passage ci-dessus reproduit, émet la pensée que le géographe arabe désignait sous le noifi d'jOmân la ville de Mascate.
Nous lisons, en outre, dans le Djihan-JSuma (partie Asie, traduction d'Armaiu, déjà citée), au sujet de la ville d'Omâu :
" L'Oman propre est une ville fortifiée située au bord de la mer et an- <' près de laquelle il coule plusieurs sources. Il y a auprès d'Oman une « mouiague; la rivière ( peut-être les eaux ) d'Omâu vient de cette mon « tagne. Cette ville a beaucoup de plantations de dattiers et de jardins. « et toutes sortes de fruits y sont à bon marché; le pays prodoit, d'ail- « leurs, du froment, de l'orge, du riz et du millet. La rivière (peut-être « l'eau) qui passe à Omâu y a été conduite par un mage fort riche qui '( portait le nom d'Eboul-Feredz, et qui a fait bàtir dans la ville d'OmâD << de grands khans (édifices publics où logent les étrangers) pour les mar <' chauds. On dit que le prince d'Oman retire des fermes de cette ville « SO,UOO sequins par an. 11 aborde dans son port beaucoup de bâtiments « de la Chine, des Iodes, du Zanguebar et d'autres endroits, etc "
^ ï'fl
voici enfin en présence de documents positifs recueillis de visu par celui qui les a puWiés.
En l'an 781 de l'hégife (4330 de .1. C), Ibn-Bathoiita aborda à Reulhât ; on lit, dans sa relation , que cette ville
Quiconque a vu Mascate, sa situation, son aiguade, y a trouvé réaliser presque tous les détails de cette description, et, pour notre compte, oou^ n'Wsiterions pas à identifier avec "Mascate l'Omfto de ÏAxizi et du Djihan- :^uma, s'il n'était fait dans ce dernieMraité, outre la description que noua avons reproduite, une mention diSlinc^e de Mesket (Maskat). Rappelons , toutefois, que le texte imprimé (") du Pjihan-Kuma , traduit par Armain, a été augmenté, par l'éditeur, de plusieurs indicatioDs empruu tées aui écrits européens; et dès lors on pourrait penser que, la ville d'Oman ayant été seule mentionnée dans la rédaction primitive de Hhadji- Khalfa, Ibrahim-Effendi , en éditant l'ouvrage, a compris, dans ce qu'il y iutercalait, une description de Maskat, alors plus counue sous ce nom que sous celui d'Oman, sans avoir conscience du double emploi qu'il faisait ainsi d'une même ville eu laissant figurer au teite imprimé ce qui était dit de celle d'Oman dans le traité original. II est certain, du moins, qu'une partie de ce qu'on lit, au sujet de Mascate, dans ce texte (la reprise de cette ville sur les Portugais par les Arabes) n'a pu eii&ter dans le manuscrit de Hbadji-Khalfa; composé dix ans avant l'accomplissement du fait dont il est question.
L'argument à tirer de ce que le Djihan-yuma signale Oman et Mascate comme deux lieux différents étant ainsi aonihilé, toutes les proba bilités nous semblent en faveur de l'opinion de M. Reinaud; car Oman ftait, d'après les descriptions de plusieurs auteurs, une ville maritime importante : ces descriptions, par tous leurs détails, désignent la ville et le port de Mascate, et non Sohhar, puisque les mêmes auteurs font de celte dernière une mention spéciale et distincte. Remarquons, de plus, que ÏAzizi remonte à la fin du i* siècle , c'est-à-dire entte l'époque de Massoudi et celle d'Édrisi, qui , tous les deux, ont cité Maskat, sans parler d'Oman. Or, au temps de Massoudi , Maskat ou Mesket n'était, comme l'indique son nom, qu'un village à aiguade où les bateaux s'arrêtaient pour faire de l'eau et des provisions fraîches. Bientôt cette localité, preuant de l'importance par le grand nombre de bateaux qui y relâchaient,
(*) Le Vjihan-Niima, c'e&t-à-dire le tableau ou It miroir du monde, e>t ub traite de géographie divisé en deux parties. Il a été composé, en 1648, par el Hhadji-Moustapha-Klialifeh uu n-n»l£a. La première |>artie de ce manuscrit , conleTiaDt la description de l'Asie, a été imprime . , <^u 1733. à Constantinople. par le» soin> d'Ibrabiia-EHTeBdi , qtii v a fait piiuieurs addit)on>
avait une mosquée richement ornée à l'intérieur, et que la plupart de ses habitants étaient schismatiques (1), mais qu'ils ne manifestaient pas ouvertement leurs croyances, parce qu'ils dépendaient du sultan d'Hormouz , qui était sunnite.
De Reulhât, le voyageur s'avança à six ou sept journées dans l'intérieur, pour visiter le pays d'Oman, dans lequel, pour lui, cette ville n'était pas comprise (2). Voici comment il s'exprime en racontant cette excursion :
« Elle est située au pied d'une montagne; des canaux « l'entourent, ainsi que des vergers, et elle possède de « beaux marchés et des mosquées magnifiques et propres. (( Ses habitants ont coutume de prendre leurs repas dans « les cours des mosquées, chacun d'eux apportant ce qu'il (( possède; ils mangent ainsi tous ensemble, et les voya- « geurs sont admis à leur festin. Ils sont forts et braves. « toujours en guerre entre eux. Ils sont de la secte ibadhite « et font quatre fois la prière du vendredi , à midi. Après « cela, l'Imam lit des versets du Coran et débite un dis-
deyiot aae rille qui, probablement, reçut d'abord le Dom d'Oman; mai^ celui.de Maskat, sous lequel la localité avait été d'abord connue, ne cou tinua pas moins de la désigner, «t, comme il était plus familier que l'autre aux navi^teiirs, le nom d'Oman cessa bientôt d'être usité. Aussi Yoyond-nons Édrisi ,^ Yacout et Ibn-Sayd n'en pas faire mention et citrr seulement Maskat. Que plus tard, l'ancien nom d'Oman ait été employi par Aboulféda et Bhadji-Khalfa, cela n'a rien d'étonnant, puisque leurs traités de géographie ne sont que des compilations d'ouvrages déjà vieux de deui et trois siècles pour Aboulféda, et de cinq à sii siècles pour Hhadji-Kbalfa.
(1) Le voyageur ne dit pas de quelle Secte ils faisaient partie, mais Tauteur du Marasid-el-l Itilàa s'exprime ainsi au sujet de Keulbât
« Cité d'Oman sur le bord de la mer; elle est bien habitée etpopu
« leuse; tous les habitants sont schismatiques de la secte d'Ibadhi... " Les sectaires dont parle Ibn-Bathouta étaient donc des Ibadbi.
(2) Voyez, page 490, ce qui est dit au renvoi (").
">' im-mw^f'v-
« cours à l'instar du prône , dans lesquels il fait d« t<eux « pour Abou-BecT et Omar, et passe sous silence 'Olhman « et 'Aly. Quand ces gens veulent parler de ce dernier, ifs « emploient comme métonymie le mot homme, et ils di- (( sent : « On raconte au sujet de Ihomme. » Oo bien : « L'homme dit. » Ils font des vœux pour le scélérat , le « maudit Ibn-Moldjam (1), et i'af^lent « le pieux ser?i- « teur de Dieu, le vainqueur de la sédition. » Leurs fem- « mes sont très-corrompues, et ils n'en éprouvent aucune (( jalousie et ne blâment point leut^ondfiite.
« DU «CLTAN D'OMAN.
« Son sultan est un Arabe de la trifew d'Azd, fils^'Al- « gbaouth, et qui est connu so«s le nom d'Abefi-Mohem- « med, fils de Nebhâo. Chez ces peuples, Abou-Motwmraed « est une dénomination usitée pour tous les suHans qui « gouvernent l'Oman , comme celle d'atèbec est enaployée « pour les rois des Loùr. H a l'habitude de s'asseoir, peur « donner ses audiences, dans un endroit situé hors de «on « palais ; il n'a ni chambellan ni vizir, el tout individu , « soit étranger ou autre, est libre de l'approcher. Ce snttan « honore son hôte suivant la coutume des Arabes ; il lui « assigne le repas de l'hospitalité et Itii fait des présents (' proportionnés à son rang
« Parmi les villes de l'Oman est celle de Zaky (*) ; je ne H l'ai point visitée , mais l'on m'a assuré que c'est tme » grande cité. Il renferme aussi AIkouriyyât (**), Chaba,
[i) Ibn-Batbuuta fait ici allusiou au meurtrier d'Ali , le -khouaridj Abderrhaman-ben-Moldjem.
i*') Zehki.
[") Oaériat.
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« Galba (*), Khaour-Fouccân (**) et Souhâr (***). Ce sont (( toutes des villes bien pourvues de canaux, de jardins et « de palmiers. La plus grande partie du pays d'Oman est a placée sous le gouvernement d'Hormouz (i). »
D'après les renseignements fournis par Ibn-Bathouta , voici donc quel était, au commencement du xiv** siècle, l'état de l'Oman. Au point de vue religieux, la plus grande partie des habitants de l'intérieur professaient le schisme ibadhite, qui comptait de nombreux prosélytes, même dans les villes dépendantes du royaume d'Hormouz. Sa population préludait ainsi, par la liberté de conscience, à l'indépendance tiationale. Au poiiîl de vue politique , toute la zone maritime reconnaissait encore l'autorité du sultan d'Hormouz, et l'intérieur, ou plutôt l'Oman proprement dit , ayant pour capitale Nazoua, était gouverné par un chef dont le titre, Abou-Mohhammed, semblait attribuer à celui qui le portait la qualité de descendant du Prophète. Son autorité, d'après ce que raconte Ibn-Bathouta du titulaire alors en fonction, s'exerçait sous une forme libérale et patriarcale à la fois. Enfin le caractère belliqueux et intrépide des habitants du pays suscitait et entretenait parmi eux de^; luttes intestines ; mais on comprend qu'un chef habile poovait, en substituant à l'antagonisme de tribu 'à tribu le sen timent de la nationalité, trouver dans ces instincts guerriers un puissant moyen d'action en cas de lutte contre l'étranger.
oeui
(•) Quelba.
[") Kour-Fekan.
^"") Sobbar.
[i) Voyez la iraducUoD d'Iba-Batboula, par MM. de Frémery et Sadgui
tti.
La relation d'Ibn-BalhuiiUi est le plus récent des oi>vrages arabes connus qui nous ait fourni des renseignements sur l'Oman (1). Or un intervalle de près de deux siè des sépare l'époque où elle fut écrite de celle à laquelle se passèrent les événements dont les historiens portugais nous ont transmis le récit. :.
Les seules données que nous possédions sur celle longiu^ période sont contenues dans la chronique du cheikh Àbou- Soleyman-Mohhamraed ; encore ne sont-elles pas de natur<î à nous intéresser ni à nous éclairer beaucoup. La série des imams, commencée en l'année 809, avec l'avènement do >lalek-ben el Hhouari, parait n'avoir plus subi d'interruption ; mais'il y eut, dans l'étendue du pouvoir de ces digni-
(1) Nous avons eu, il est vrai, à notre disposition la partie Asie du Djihan-Xuma, traduction d'Armaiu déjà citée; mais cet ouvrage, bien qu'ii ait été composé vers 1648, c'esl-à-dirc plus de trois siècles après le voyaj;.' «l'Ibu-Bathouta, ne contient pas le moindre détail propre à nous éclairer sur l'histoire de TOmàn pendant cette longue suite d'années. Ou n'y trouve même aucune indication de la dépendance en laquelle, prfes d'un iiiècle et demi avant qu'il fût écrit, toutes les villes maritimes de ce pays I laieut tombées à l'égard des Portugais. Le nom de ces conquérants (dmeu\, dont l'arrivée dans les mers de l'Inde avait, entre autres évéueincnts bien plus sérit-ux , ebaiigé la situation politique de tout^ les villo dout parle l'auteur, n'est cité qu'une fois au sujet de Mascate ; encore, l'onime nous en avons fait précédemment la remarque, cette mention de la rq)rrse de MasT\ate sur les Portugais par les Arabes n'a-t-clle été introduite dans le texte que plus tard, sans doute, par l'éditeur du Djihun-Xuma.
^ous avons aussi consulté sans plus de fruit la relatiou du voyage qu'Abd-el-Razzak lit d'Hormouz dans l'Inde, en l'année 845 de l'hégire, et qui lui donna l'occasioa de toucher à Mascate et de séjourner à Keriat et à Kculhât. L'auteur ne dit rien de l'état politique ni de rOmàn eu général , ni des points du littoral visités par lui ; il ne parle que de l'insalubrité de ce dernier et des maladies qu'il y contracta. (Voyez la traduction de cette relation, par M. Quatremèrc; Police des manuscrils du roi, tome XIV ) 1. 32
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laires et le degré d'influence dont ils disposaient, de fié quentes variations, occasionnées soit par l'esprit versatile des populations, soit par l'ambition plus ou moins envahissante des sultans ou émirs qui gouvernaient les principaux districts et les villes les plus considérables.
Un des résultats de cette instabilité des hommes et des choses, qui fait le fond de l'histoire de l'Oman et que nous verrons s'accroître sans cesse, fut la translatiôqidu siège de l'imamat de Nazoua à Behia, translation qui diit avoir lieu sous le règne de l'imam Mohhammed-ben-Ismaïl, élu l'an 90() de l'hégire (1500-01 J. C), etmortl'an 942 (1555-36 J. C ) En effet, la chronique nous apprend que Beurkat, son fils et son successeur, fut, en 965 (1557-58 J. C), chassé de Behia par Mohhammed-ben-Hllal el Djeberi, mais que, trois ans après, dans le cours de l'année 968 (1560-61 J. C), ce dernier fut assiégé dans cette ville par le même Beurkat, el contraint de la quitter à son tour.
Peu de temps auparavant , en 964, le sultan très-puissant Soultan'-ben-el-Mohassen-ben-Selyman-bcn-Ncbebilinl avait pris possession de Nazoua : c'était un membre de celle même famille qui fournit tant de chefs à l'Oman, et, entre autres, le sultan régnant lors du voyage d'Ibn-Balhouta, ainsi que nous l'avons déjà vu. Selon la chronique, les fils et petlts-fils de ce sultan lui succédèrent dans l'exercice du pouvoir, et étendirent leur autorité sur toutes les parties de l'Oman, jusqu'en l'année 1024 de l'hégire (1615 J. C), époque à laquelle Selyman-ben-el-M'doffeur-ben-Soultan', après de longues luttes avec l'émir de Samaïl Amir-ben-llhamir, perdit à la fois ses Etats et la vie, laissant l'OmAn en proie à l'anarchie et aux dissensions.
Au reste, notre intention n'est pas de nous eng«^ dans les détails du récit confus , souvent indtiffl^réhèn^ble, {presque toujours Sàos intérêt, que présente la dh^MM^iue du cheikh Abou-Soleyman-llohhamDted. 8i nous afùnS sIgftMllé quelques dates et le nom de quelques souverains » c'est ^u'a\i règne d'un de ceux-ci, l'imam Môhhatmned-'benoI^PilMiii , correspond l'arrivée des Portugais sur les 06(4» de TOméh, et de plus, l'époque du changeBient de résidence des ioMAis, de Nazoua à Behla, circonstance qui concorde, eomtt^ ftous le verrons bientôt, avec certaines indications données pèr Joâo de Barros.
Lorsque, en 1507, la flottille portugaise^ conduite par Affonso d'Àlbuquerque, parut dans les e»u% du golfe Pefsique, toùttes les villes maritimes de l'Oman dépendcitnt encore du sultan d'Hormouz ; les plos Importâmes Centre elles étaient occupées par des garnisons que ce souverain y entretenait, et administrées par des goavemetrrs de son choix. On sait comment le grand capitaine s'emptffa successivenient des villes de Keulhât, Kertat , Mas^^te, S6hhar et Khour^Fekan' ; on sait aussi qoe celles de ces villes qui ne forent pas incendiées durent se reconnaître vassffles du roi de Portu^l et s'engager à lui pa^er tribnt coramt elles lelfaisaient aupairavant au saMart d'Bofteotfz. Huif ans plus tard, l'île du iRème nom, siège d» gouvernement de ce prince, tomba définitivement au pouvoir des Portugais, et le sultan Touran-Cbah^< qui régnait alors, devenait levasse! du roi Dom Enunanuel ; toutei^ ses possessions d'Om;An furent, par suite, placées sous la direction plus ou moins immédiate du vice- roi de l'Inde et comprises dans la capitainerie d'Mormouz.
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Barros (i) nous représente l'intérieur de l'OmAn comme éUint, à cette époque, dans une situation politique à peu près semblable à celle où l'avait vu Ibn-Bathouta plus d'un siècle et demi auparavant. Le pays paraissait tranquille, et l'imam, que Barros appelle l'imam de Behla, y exerçait une autorité incontestée. Cet imam, qui était, comme il a été dit, Mohhammed-ben-Ismaïl , avait réussi, sans doute, à apaiser les rivalités et la turbulence habituelles aux gens de l'OmâD, puisque la durée attribuée par la chronique à son règne (de 906 à 942 de l'hégire) explique le calme et la prospérité constatés par l'historien portugais. D'après celui-ci, l'imam n'était pas seulement chargé de la direction spirituelle que sa dignité lui conférait sur tous les fidèles; on en appelait aussi à sa juridiction pour les débats et les contestations qui s'élevaient dans le pays; enfin une dîme y était prélevée à son bénéfice sur tous les produits agricoles et industriels , «c voire même sur les joyaux que les maris donnaient chaque année à leurs femmes (2). » Au reste, l'apaisement momentané des luttes politiques n'entraînait pas l'extinction de l'esprit de secte : celui-ci, toujours très-vivace parmi le^ populations, s'exaltait encore aux discussions des lettrés, si nombreux, dit Barros, qu'il semblait que Mahomet y eût rassemblé toute son école.
Les plus importantes cités de la contrée étaient : Manà (Minna), Nazoua, Bayla (Behla), ayant des dépendances dont plusieurs, telles que Zekki, comptaient jusqu'à dix mille âmes de population. Ces cités , qui jadis avaient cha
il) Voyez la IL* décade de l'Asie, par Joâo de Barros, liy. m, cbap. u. {t) EipressioDS textuelles de l'auteur. (Yoy. loc. cit.)
cime un sultan , s'étaient , au dire de Barros , affranchies de cette autorité, et se gouvernant depuis en forme de républiques , constituaient une sorte de fédération pour se protéger mutuellement contre les agressions de leurs rapaces voisins du désert, les Bengèbres (sans doute pour Beni-Djerbé ). Cette dernière peuplade, aloiS la plus puissante de l'Arabie, et qui possédait un territoire de près de 500 lieues de circonférence, inquiétait d'&bord les populations de rOmân par les razzias qu'elle y taisait chaque année, à l'époque de la maturité des dattes et des autres produits de la terre ; mais l'imam avait mis le pays à l'abri de ces dévastations en payant sur son revenu des dîmes un tribut annuel aux Beni-Djerbé.
Enfin, entre le territoire central où se groupaient les villes confédérées et le littoral dont les villes étaient encore dépendantes d'Hormouz, se trouvaient d'autres populations arabes commandées par des cheikhs à peu près indépendants et ne reconnaissant ni l'autorité de l'imam ni celle du souverain d'Hormouz. Aussi étaient-elles toujours en hostilité avec les corps de troupes persans que ce dernier souverain entretenait dans les villes du littoral , sans l'être tou- /--tefbis avec les résidents arabes, parmi lesquels ellefe comptaient de nombreux parents ou amis, moins disposés, par conséquent, à soutenir les Persans qu'à se tourner contre eux. Ce fut par suite de cet antagonisme latent entre le:» garnisons et les habitants des villes maritimes de l'Oman , que les Portugais purent facilement rentrer en possession de celles-ci, lors de l'insurrection générale qui éclata contre eux, en 1522, dans toutes les parties de l'ancien royaume d Hormouz. On lit, en effet, dans Barros, que, pour la re-
— 502 ^ prise (Je Sobhar, Doro (.uia^e Meneaés, chargé de la réduire, recourut à l'ijiterventioD de deui( chefs arabes qui campaient dans le voi^oage de cette place. L'un d'eu^ , nommé Soûltan'Mas90udi > disposait d'une force de deui mille hommes de pied et deu)( cent cinquante eavalieh ; Vautre, un eopttaim du grand Bengèhre nommé Hhocen-ben-8aïd , marchait à la tête de quatre mille homm^fi de pied et troîti cents cavaliers; et la conGance des Portugais dans l'inimitié de ces cheikhs contre les Pers^ps d'Hornaouz était telle, que Dom Luis, après s'être emparé de la forteresse de Sohbar, y laissa pour gittazil et capitaine oe Hhoeen-ben-Saïd , qui CQBS«ntait è la tenir pour le roi de Portugal (i>.
Nous n'entreprendrons pas le détail des faits mentionnés par Bdurriiâ comme aj^ant eu lieu, dorant le cours de la domii^io&des Portugais sur les villes du littoral de l 'Oman, jusqu'à l'époque où l'île d'Hormouz leur fut enlevée par les P^rss^s, assiisiés de quelqo^ vaisseaux anglais : ces faits sont, d'ailleurs, de peu d'intérêt pour le sujet que nous traitom. fi^eulhât, Mascate, Sohhar paraissent être tes seules de ces ptaices ou lea Portugais aient établi des agents chargés des intérêts de leur commerce et de la reeettedes douanes, et, politiquement parlant, ces places n'etir^at pour eux , jusqu'au commencement du xvii* siècle, qu'une tmpottance toute secoAdaire. Ils n'en occupaient aucune militairement, sauf iMascate; e( cellerci même ae fut dotée de sérieux Hioyens de défense qu'après avoir été deux fois, en i552 et 1584, momentanément prise, puis saccagée par leaâottilles turques de Piri Reis et de l'émir Ali-Bey. En iS88 seulement,
(1) Voyeï la III* décade de VAsie, liv. vu, ckap. t.
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le vice^rôi Manoel de Souza Coutinho y 61 élever te forteresse qu'on voit encore de nos jours.
Lorsqu'ils sei virent chassés d'Hornioiiï , ce boaleVard tfe leur puissance dans le golfe Persii|Ue) les Portngiiia conCen'trèrent à Mascate tous les moyens d'action qu'ils entrete^ naient auparavant dans le premier établisseiient. MaiS) pour s' assurer la conservation de cette place, qui tirait de la campagne environnante tous ses moyem àt suisittanoa, il ne suffisait pas d'en augnrater lea fortifitation», il ne suf^ Ssait pas mémo de lui assurer des conlriiunicatiofis constantes avec les forces maritimes que le gouverneur de iatm maintenait dans le golfe, il fallait encore, et surtovt, con« server des relations (f amitié durable avec les gens de l'iR^ térieuf^ pour le cas où la mousson régnante rendrait k» arrivages de l'Inde impossibles ou trop difficiles. Dm» le but de remplir les deux premières conditions , toutes les places quelque peu importantes du littOTsl situées entre Raa^eU Hhad et Ras-M'cendem forent enlevéeii, de^ré o»ée force, à leurs chefs indigènes, et reçurent chacune une petite 9»rnison protégée par quelques ouvrages de défeitee. Ce ftit a^insi que les Portugais occupèrent successivement, dès cette époque, les places de Keriat, Meutrah, Sibo, Berurta, Kel'ba, Khour-Fekan', Liëiddi», Dibbu, UanAx) et Mocambin : la forteresse de Soh^a^ était déjà entris leurs mains ilepuN 4646 (i). Mais, pour s'assurer, du eêHé de la îerf^ ferme, des moyetis de ravitaillement , des amitiés sincère», voire même de simples garanties de paii, il fallait We*
1,1) Voyez Faria y Souza, Asia portuguesa, tome III, part. III, cbap. ii , l't le Diario portuguese , tome I", mois de mars. L'auteur de ce dernier ouvri^ iD(tiqu« l« 16 isar» codnae d«te de l>véB«0)«ot dottt i( s'i^.
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autre chose que le bon vouloir des conquérants et même que l'esprit de conduite, qu'ils étaient d'ailleurs loin de posséder : le temps et les événements avaient amené, dans la situation politique de l'intérieur de l'Oman, des changements graves contre lesquels ne pouvaient rien désormais ni les sages et prudentes combinaisons de la diplomatie, ni la force matérielle dont s'appuyait la domination portugaise sur le littoral. La chronique du cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed va nous édifier complètement à ce sujet.
La mort de Selyman, le dernier des sultans nebehân', avait, nous l'avons dit, livré l'Oman à toutes les agitations, à tous les désastres qu'engendre l'absence d'un pouvoir unitaire et fort dans un pays de quasi-féodalité , où chaque chef de province est assez ambitieux pour trouhier l'Etat, mais pas assez puissant pour imposer son autorité à ses rivaux. Les principaux personnages figurant en Oman pendant l'interrègne qui suivit la chute du sultan de Nazoua étaient Amir-ben-Uamir, à Samaïl ; Sîf-beu-Mohhammed el Henaouï, à Behla; Malek-ben-Abou'1-Arab, le Yârebite, dans le Reustak, et ËUHaïour, dans le Dahhara- Aucun de ces hommes n'avait le génie et la force qui sauvent un pays; tous avaient les passions qui le perdent. Les désordres et l'anarchie résultant de œt éta^ de. choses durèrent près de dix années, de 1024 (1615 J. C.) à 1034 (1624- 25 J. C), menaçant d'anéantir les bons effets qu'avaient déjà produits les longs règnes des imams Mohhammed-ben- Ismail et Beurkat, son fils, qui s'étaioit maintenus pendant une soixantaine d'années, et celui de Soultan'-ben-el-Mohassen et de ses successeurs, restés maîtres du pouvoir temporel durant le même laps de temps. Mais laissons parler le
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cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed, qui fait un tableau saisissant de cette époque critique dans l'histoire de sa patrie :
(( Les choses en furent là jusqu'au moment où pa-
(t rut l'imam Naçeur-ben-Meurched, le Yârebite, qui fit la c( conquête de tout l'Oman. En eflfet, toutes les contrées se (( soumirent à lui, et il réprima le crime et les inimitiés» « l'infidélité et les excès, et fit régner la justice et la vraie (( foi. Il rendit à chacun son dû et pratiqua la bienfaisance « jusqu'à ce qu'il plut à Dieu de le recueillir dans le séjour
(( des bienheureux Nous allons raconter l'apparilion de
c( cet imam.
(( Lorsque les habitants de l'Oman dépassèrent, à l'égard c( les uns des autres, toute mesure en fait de violences et (( de pillage , lorsqu'ils furent devenus , les uns pour les (( autres, comme des loups, lorsqu'ils eurent abandonné (( leurs cœurs impétueux aux mauvaises passions, aux pence chants violents , aux désirs sans bornes, se dépouillant c( de toute bienveillance et ne cherchant que leurs plaisirs, u Dieu leur retira sa faveur jusqu'au moment où il vint K enfin à leur aide par l'imam fort et l'homme illustre, Na- (( ceur-ben-Meurched. A l'époque de son apparition , il y « avait une grande diversité d'opinion et une scission pro- « fonde entre les gens du Reustâk; leur sultan était Malek- « ben-Abou'I-Arab, le Yârebite; les hommes dévoués à la (c science demandèrent aux hommes connus par leur foi ( orthodoxe leur avis en matière de religion, et les prièrent a de désigner un imam capable d'ordonner le bien et de ( défendre le mal {*). Ceux-ci jetaient partout leurs regards
* 1 Paroles sacramentelles qui s'appliquent h l'exercice de l'autorité suprême spirituelle chez les luusulmaus.
« et réfléchissaient dans le fond de leur pensée pour titra- « ver celui qui pourrait être propre à ce poste
« Tous furent enfin d'avis qu'il fallait élever Naceur-ben- « Meurched au rang d'imam. Ils allèrent donc te trouver K pour lui eî primer leur demande à ce sujet et les vcBui K qu'ils faisaient de le voir se charger de l'autorité destinée « à commander le bien et à défendre le mal. Il se rendit k « leurs désirs, et tous s'engagèrent à le reconnaître désor- « mais pour imam. Ceci se passait en l'année 1054 (4624-25 « J. C). »
A peine investi de cette dignité suprême, Naceur-ben- Meurched, que des hommes considérables du pays assistent de leurs personnes et de leurs biens, attaque dans la forteresse de Reustâk ses cousins, qui s'y étaient installés depuis la mort récente de Malek-ben-Abou'I-Arab, leur gra né-père, et les en chasse. Puis il marche sur Nakhel, où s'est enfermé son oncle Soultan'-ben-Abou'l-Arab, et s'en empare. De tous cartes, on vîent vers le nouvel élu : les gens de Nazoua, ceux de Samaïl accourent lui offrir le pouvoir. En vain les anciens agitateurs du pays, et parmi eux El-Haïour et le sultan de Behla, Sîf-ben-Mohhamraed et Henaouï, «e liguent contre lui : partout il combat avec énergie et avec bonheur, partout il trouve des auxiliaires dans les populations que le désordre avait lassées , que son esprit de justice et de modération , joint à la vigueur de son gouverrrement , rallie à sa cause victorieuse.
Ainsi, au bout de peu d'années, l'Oman presque tout entier était soumis à l'autorité spirituelle et teraporette de l'imam Naceur-ben-Meurched.
En face de cette puissance si rapiéeitïeiH et si forte-
— serment constituée, «yant pour point d'appui ane nation habiluée, par le travail des siècles, à regarda: rimimat comme le symbole de son indépendance politique et religieuse , et pour moteur un homme qui fut , dans sa sphère , un grand homme, en face de cette puissance, disons-nous, allait se trouver la domination portugaise, ébranlée, dans la mer d'Oman, par la perte d'Hormeux, battue en brèche, dans toute l'étendue de l'océan Indien, par des adversaires ncnnbreux. Les succès du chah de Perse contre l'ennemi commun et r affaiblissement croissant de celui-ci étaiwit des enseignements trop positifs et des circonslanceB trop favorable» pour ne pas stimuler l'ambition de Naceor-ben-Metirched. [/imam sentait bien que, dans l'intérêt de son pouvoir et du pays qu'il venait de sauver par son énergie, il importait d'étendre ses domaines jusqu'à leur limite naturelle; cette limite était, du c6té du nord, le rivage du golfe Persique, par lequel seulement l'intérieur du pays pouvait s'ouvrir des communications faciles au dehors. Il n'en eât pas fMlu davantage pour que \e chef de l'Oroâu fàt IrrésistrWement entraîné à agir de ce côté; à plus forte raison def»k4l en être ainsi alors que les vaincus d'Hormonz représentaient l'obstacle contre lequel il devait employer ses moyens d'actiop. Dans cette situation menaça nie, si les Portugais avaient su jadis attacher à leur cause par uf>e commuwauié d'intérêts et Ifl mansuétude de leur domination les popcriation» arabes occupant la- zone intermédiaire et les environs de leurs établissements, ils auraient pu s'en foire d'utiles auxiliaires; mais, entravées dans leur comioerce et leurs haèitndes par l'avidité des capitaines et des fiacteurs portugBis , ou le régime fiscal auquel elles étaient assujetties, froissées
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dans leurs sentiments religieux par le contact de ces chrétiens non moins fanatiques qu'elles-mêmes, ces populations devaient, autant que celles de l'intérieur, souhaiter de se voir délivrer d'étrangers monopoleurs et infidèles. Au moment où la lutte s'engagerait entre l'imam d'Oman et les Portugais, elles ne pouvaient donc manquer de prendre parti pour le premier, fût-ce au pnx du sacrifice d'une indépendance territoriale rendue, d'ailleurs, à peu près illusoire par la présence des seconds sur le littoral. Du reste, à l'époque où les Portugais prenaient, pour s'y maintenir, toutes les mesures que nous avons énumérées, la soumission de la plupart des chefs de ces tribus était déjà acquise à rimam : les cheikhs des environs de Mascate conservaient presque seuls des rapports de bonne intelligence avec les Portugais ; encore n'en agissaient-ils, sans doute, ainsi que par le désir de ne pas perdre leurs quiazes, c'està-dire la portion du revenu des douanes de ce port qu'ils recevaient, chaque année, en vertu du traité par lequel eux ou leurs prédécesseurs avaient autrefois abandonné la place aux Portugais.
Voici donc quelle était, vers l'année 1630, la situation des deux adversaires en présence :
Là, une population nombreuse et aguerrie, dont les habitudes belliqueuses, ne trouvant plus, comme autrefois, un aliment dans les guerres civiles, devaient, avec d'autant plus d'ardeur, se donner carrière contre des étrangers, que des raisons de toute sorte les portaient à combattre sans merci. A la tête de cette population, un homme hardi, entreprenant, entouré du prestige qu'engendrent la gloire acquise et la sainteté de la vie privée, un souverain ab-
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solu, parhnt au nom du Prophète et disposant de toutes les forces et de toutes les ressources du pays : sectaire enthousiaste qui, s'intitulant restaurateur de la loi de Mahomet, allait , selon les préceptes de cette loi , proclamer la guerre sainte et courir sus aux chrétiens.
Ici , quelques centaines de Portugais, répartis en garnisons isolées, toujours trop faibles pour prendre l'offensive, et obligés, par suite, de rester enfermés dans leurs murailles, où, s'ils n'étaient pas secourus et ravitaillés à propos, le manque de vivres et munitions les mettrait bientôt dans l'impossibilité de tenir. Or, à cette époque, les embarras de la guerre que le gouvernement de Goa avait à soutenir contre les Hollandais et les Anglais, absorbaient tous les moyens d'action de la vice-royauté.
L'issue de la lutte qui allait éclater entre les Arabes d'Oman et les Portugais ne pouvait donc être que fatale à ceux-ci. Il nous reste à en signaler les principaux événements jusqu'au moment où, l'intervention de l'imam d'Oman venant à se produire dans les possessions portugaises de l'Afrique orientale, nous reprendrons le cours de l'exposé historique relatif à Cette contrée, que nous avons suspendu à la fin du livre précédent.^
Nous ignorons la date précise à laquelle Naceur-ben- Meurched engagea les hostilités contre les Portugais. Aucun des documents que nous avons pu consulter ne nous a fourni beaucoup de détails sur cette lutte. Les renseignements donHés par Rezende se bornent à peu près aux suivants :
Le siège du gouvernement de l'imam était toujours à Mzoua (Nazoïia), l'une des plus grandes cités de toute l'Arabie. Ce prince disposait de quatorze à quinze mille bons
fusils arabes, et mettait en campagne, quand Ie8 circonstances l'exigeaient, un bien plus grand nombre d'hommes, qui, à défaut de fusils, ceignaient une épée droite, courte, mais large, et se servaient de javelots et autres armes en usage dans la cavalerie. II avait peu de celle-ci, mais boQ nombre de gens montés sur des chameaux, qui, pour l'agio lité et l'aptitude à supporter la fatigue et les privations, ne se prêtaient pas moins à la guerre que les chevaux. Les rapports de cet imam avec les Portugais étaient très-varûibles, tantôt pacifiques, tantôt hostiles, selon sa convenance et les moyens de résistance qu'ils pouvaient lui opposer; souvent même, dit Rezende, feignant de vouloir négocier el proclamant son assentiment à la paix , il usait de trahison pour leur enlever des places (1).
Que cette dernière assertion de Thistorien portugais soil fondée ou non, toujours est-il que Maceur-ben-Meurched dirigea, à plusieurs reprisés, des agressions sérieuses contre les établissements des chrétiens : nous avons lu, dans ud manoscrit arabe, sorte de rectteil d'éphémérides , conservé par un des anciens cheikhs de Mombase, que, vers la fin de m'hharem de l'an 1045 de l'hégire (fin de juillet 1653 de J. C), sous le règne de cet imam, les musulman» assiégeant Sohhar livrèrent, dans les environs de cette ville, un combat aux Portugais.
Ouant à la chronique du cheikh Aboii-Soleyman-Mohharomed, voici les détails que nous y avons trouvés :
(( L'Imam équipa une armée et en donna le comman- (( dentent au cheikh Masoud-ben-Ramadhan, à qui il ur-
( 1 ) Voyes le nautiscrit déjà cité , $ Mawâte.
^ï*iJ?r*^7'??!r'^p!''^?<^;
« donna de se diriger vers Mascnte ; celui-ci se mil en (( marche et alteignil Meutrah, où la lutte s'engagea entre « les musulmans et les idolâtres (chrétiens); mais Dieu se- (i. courut les mumilmans, qui mirent en ruine, à Mascate, c( des tours élevées et des édifices superbes (*) ; les idolâc( très, ayant eu un grand nombre des leurs tués dans celte (( circonstance, demandèrent la paix. Elle leur fut accor- <( dée, moyennant la restitution des biens qu'ils avaient
<( entre les mains et qui appartenaient à Sifde Sobhar
(( Ils se soumirent à cette condition... »
Il résulte d'un autre passage de la chronique que Tlmam iiyant envoyé contre Djulfar, « qui est la même chose que « Sîr, » une armée commandée par Ali-ben-Alihmed, celui-ci s'en empara, malgré la résistance combinée des Persans qui occupaient la ville, et^es Portugais, dont les navires canonnaient les assiégeants.
La chronique fait ensuite mention du combat livré près lie Sohhar en 1045, et que nous avons rapporté ci-dessus < omme puisé à une autre source.
Plus loin, le chroniqueur s'exprime ainsi :
« L'Imam équipa une armée contre Sour, assiégea cette « place, et la prit : une partie de l'armée marcha alors <( contre Keriat, où il y avait une forteresse appartenant <( aux chrétiens; les musulnoans la prirent, puis s'empa « rèrent de tout le pays de l'OmAn, à l'exception de Soh- M har et de Mascate. »
[') Nous pensons que l'auleur d? la chronique commet ici une erreur ; il ne peut s'agir que d'un château dominant la baie de Meutrah rt destine à proléger celle Ville. On ne comprendrait pas comment les leurs et édifices de Mascalc eussent pu iMre endommagé» à l'issue d'une lulte eiiïagée près de Meutrali.
La chronique termine le récit du règne de Naceur-ben- Meurched comme il suit :
« Il ne restait plus dans l'Oman qu'une troupe de chré- « tiens retranchés dans les murailles de Mascate. Mais, dea puis que la guerre leur fut déclarçe, ijs devinrent très- (( taibles , leur puissance baissa , le^rs auxiliaires furent K dispersés; la mort, tant naturelle que par les armes, en « détruisit le plus grand nombre (*). IMeu fortifia l'Iman),
(*) Les combats des imams d'Omâa contre les Portugais ont été celé brés dans des poésies arabes composées sous forme épislolaire et simulant une correspondance entre les chefs des deux parties adverses. Nous avons eu entre les mains quelques-unes et ces poésies, et nous inséroiih ici deux d'entre elles comme spécimen, et comme pouvant donner une idée de l'exaltation qui animait les Arabes. La traduction en a été faite par M. Vignard. l,
Lettre des chrétiens.
Au nom de Dieu clément et miséricordieux.
[Hs : 0 Dieul lu as crée le ciel et la terre ; lu connais les actions cachées et celles qui sont faites au grand jour. Cest toi qui fait jus lice entre les esclaves pour les fautes qu'ils ont commises. (Tiré du Coran.)
Sacbezvquc nous sommes les légions de Dieu, créées dans sa colère et envoyée», pour leur châtiment, à tous ceux qui se sont attiré son rcsbeutiment. Aucune plainte ne peut nous attendrir, aucun pleur ue peut nous faire faire grâce. Dieu a enlevé la miséricorde de nos cœurs. Malheur ! cent fois malheur à quiconque ne suivra pas lios ordres; car c'est nous qui avons saccagé les villes, en avons fait périr les habitants H avons rempli la terre de désordres. Nos cœurs sont comme des montagnes, et nos bataillons plus nombreux que des- grains de sable. Les po- )>ulatioos sont tombées en notre pouvoir, et nous avons taillé en pièces les armées. Si vous acceptez nos avis et que vous vouliez ce que nous voulons, vous aurez ce que nous aurons et paf'tagerez notre sort; mais, si vous refusez et êtes d'un avis contraire, si voas voulez nous défier et nous désobéir, ne vous en prenez qu'à vous-mêmes, et le blâme retombera sur vous. Or, les citadelles ne nous repoussent pas, et les armées devant nous ne peuvent plus avancer. Vos imprécations et vos vœux contre nous n'auront pas plus d'effet et ne sei'ont pas entendus, car vous
(( et tous les hommes de bien furent satisfaits de lui et se « reposaient de tout sur son autorité. Sa mort eut lieu le « vendredi li du mois de rebi second de l'année 1059 de « l'hégire (23 avril 1649). »
Les chroniques arabes disent que Naceur-ben -Meurched n'eut d'autre enfant qu'une Glle, et lui donnent pour suc-
avez mangé des nourritures défendues et avez laissé de côté toutes les règles de la religion. Mais aujourd'hui a sonné l'heure du châtiment; r( covez donc l'annonce de la honte et de rabaissement dans lesquels vous allez tomber. Oui, c'est aujourd'hui le jour du grand châtiment. Si ce que nous vous ordonnons de faire vous platt, sachez que nous somme» iufidèles, et que nous vous considérons comme des êtres vils. Ce qui vou^ semble être beaucoup nous parait peu de chose, et ce que vous élevez au suprême degré est chez nous quelque chose de bas. Nous avons pris la peine de vous expliquer ces choses et de vous envoyer les perles de cet écrit ; mais répondez vite, avant que les événements prennent leur cours, car alors il n'y aurait plus d'espoir pour vous, et les trompettes de la mort et de la ruine sonneraient sur vos têtes. Les voyez-vous faire le moindre mouvement, ou les en tende z-vous pousser le moindre soufflet (Coran.)
Réponse.
Au nom de Dieu clément et miséricordieui.
Dis : 0 Dieu, tu possèdes la souveraine puissance, et tu la donnes et la retires à qui tu veux. Tu élèves ou abaisses les hommes à ton grt. l>ans la main est le bien, et tu peux tout. (Coran.)
Puis nous avons lu celte lettre, qui a été préparée près de très-haute et noble personne, et très-redoutable fléau, qui atteste tout d'abord que Dieu a enlevé la miséricorde et la pitié de vos cœurs. Certes, c'est là un (le vos plus grands vices et une des plus vilaines choses entre celles par lesquelles vous vous dépeignez. En dernier lieu, vous dites : ^ous sommes inBdèles. Que la malédiction de Dieu soit sur les infidèles ! Les geus faits pour aller à la tête de tous ne doivent même pas penser à fuir. Nous sommes les vrais croyants; aucun vice ne nous tache, aucune faute ne peut s'introduire en nous. C'est pour nous et sur nous que le Corau a été envoyé; il nous couvre d'une miséricorde qui ne doit pas tinir; nous sommes pleins de sa grâce et de ses bons effets en général , et particu • lièrement protégés par sa splendeur; il nous couvre comme d'une cui- I. 33
ce$seurSouHan'-ben-Sif-ben-Malek(l), son cousin germain.
Le nouvel imam, continuant le système de politique militante inauguré par son prédécesseur, poussa avec autant de vigueur que de succès les hostilités contre les Portugais.
Voici comment s'exprime, à ce sujet, le cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed.
« Il était zélé pour la cause de Dieu, et ne lui 6t pas dé- « faut ; il conijimença la guerre contre ce qui restait encore c( de chrétiens à Mascate, et marcha contre eux en pertt sonne. Dieu Le secourut dans cette entreprise, et il vain- « quit les chrétiens, et il fit la conquête de Mascate (2). Il
rasse. Certes, c'est pour vous que le feu de l'enfer a été créé, et pour vos peaux qu'il pétille éteruellemeut. Tous ajoutez : Nos cœurs sont comme des montagnes et nos bataillons plus nombreux que les grains de sable. Le boucher s'est-il jamais enquis du nombre des brebis? Un peu de feu ne suflit-il pas pour allumer un grand bûcher? Les cieux se sont-ils entr'ouverts, ou bien, prodige des prodiges, les boucs font-ils fuir les lions, les hyènes chassent-elles, dans leurs courses, les rois des carnassiers, le lâche imprime-t-il la terreur au brave? Nos chevaux sont marins et terrestres; notre conseil est sage et élevé. Si nous vous tuons, ce seî<a bonne marchandise (pour l'enfer); si vous nous tuez, sachez qu'entre nous et le paradis il n'y a qu'une heure. Certes, ne croyei jamais que ceux qui sont tues pour la cause de Dieu soient réellement morts ; bien au contraire, ils sont pleins de leur maître, comblés de biens. (Coran.) Dites à celui qui a écrit votre lettre avec soin et en a paré les phriases avec minutie, que nous l'avons lue et qu'elle nous a produit l'effet du son aigre et strident d'une porte qui crie sur ses gonds ou du bourdonBemeut d'une mouche. Nous lui écrirons bientôt ce qu'il devrait dire, en lui faisant , en même temps , tenir une correction. Vous demandez une chose tellement forte, que les cieux sont sur le point de s'entr'ouvrir et d'abîmer la terre, et les montagnes de descendre de leurs faites élevés.
(1) C'est sans doute celui que Niebuhr, en parlant des imams de la famille El-râreby, mentionne sous le nom de Soultan'-beu-Malek-ben- Beul-Arrab-ben-Soultan'; mais, dans la généalogie ascendante qu'il produit , il aura omis un degré.
(2\ D'après les renseignements qui uqus ont été donnés par les Arabes
K ne cessa pas de les combattre par terre et par mer ; il « conquit la majeure partie de leur pays, détruisit un a grand ncmibre de leurs navires, et s'empara d'une grande « partie de leurs biens ; il bâtit la forteresse qui est dans (( Nazoua du produit du butin pris sur rennemi. » Après avoir expulsé les Portugais de Mascate (!), leur
de Zaozib&r, la prise de Mascate devrait être attùbaée à l'iiBfaiB ^f-be«- Soultau'-beo-Sif , fils de celui qui omis occupe. Sur ce point, cas renseigneiBeutâ sont d'accord avec le lieuteuaut Wellsted et le sarani Ritief . (Voyez Travels in Arabia, tome I*% page 392, et VArttbie de Ritter, S Omàa.) MaiSf d'an autre c6té, Niebuhr confirme Tassertion du cbeikb Abou-SoleymaD-Mohbammed en rq>résentaDt $oultaD'-(beQ-Stf)-bea-Malek comme maître du littoral de l'OmAu, de Ras-el-Hhad à D)ul{iar. N«us acceptons de préférence la version admise -par ces deux dernières autorités. D'ailleurs, Wellsted et Ritter donnent pour date à la prise de Mascate l'année 1658, et on verra plus loin que le rè^e de Soultan'-ben-Stf a duré jusqu'au commencement de 1668.
Niebubr attribue aussi à Soultan'-ben-Malek la prise du port de Kong et des îles de Kecbm' et de Babharin'; mais nos documents n'en font pa» moutiou, et Wellsted attribue ces faits à Sif-bcn*Soultan'.
[\) Cette prise de Mascate est racontée par divers auteurs avec des circonstances différentes.
Selon le voyageur Delloo, qui passa eu ce port dans Tanoée 1672, les Portugais auraient perdu Mascate « par l'avarice d'un ^urerueur, qui vendait à un prix excessif aux Arabes l«s provisions qu'il avait., dantl'espérance qu'il lui en viendrait de nouvelles. Mais, avant cela, il fut asi'\é%é par le roi du pays, qui eu^>orta la place et contraifnit les Portufaib de se rendre à discrétion ; depuis ce temps-là^ ils ont toujours contiaut la guerre sans pouvoir recouvrer ce qu'ils avaient perdu. » (Voyei Vo^a§e de Deilon aux Indes orientales, tome II , pages 78 et 79. )
La version d'Hamilton est beaucoup plus détaillée c( surtout plus vraisemblable ; en voici la traduction :
« Vers le milieu du xvii° siècle, le roi de la proviocr, étant alors eu guerre avec les Persans, rassembla une armée de quarante mille iMmmns dans le but d'opérer une descente sur la côte de Perse, et réunit un nombre suffisant de barques, nommées trankies, pour le transport de cette artnée, qui campait à peu de distance de Maskate : la flottille était mouillée daus la petite baie de Meutrab. Le roi envoya au gouverneur portugais uu
dernière possession sur le territoire d'Oman, Souilan'-ben- Sîf créa une flotte pour mettre le littoral à l'abrî de leurs agressions, et ne tarda pas à prendre l'ofifensive contre leurs établissements de l'Inde et de la côte d'Afrique. C'est ainsi qu'il porta la désolation dans Bombay, et -que, sollicité par une démarche que firent auprès de lui les ha|)itants de Mom-
message poli , dans lequel il lai expriiuait le désir de pouvoir s'approvisionner sur son marché. Le gouverneur y répondit par l'envoi au sultan arabe d'une pièce de porc, en lui faisant dire que, s'il manquait de cette sorte de provision, il pourrait la lui fournir. A cette réponse inconvenante et injurieuse à l'égard d'un musulman, le sultan, quoique profondément OUtragi', semblait vouloir cacher son ressea|iment et en ajourner l'effet jusqu'au retour de son expédition de Perse. Mais l'armée, irritée, demandait une vengeance immédiate, et la femme du sultan, qui était de la famille des Séids (tribu de la descendance de Mahomet par Fatima, sa 611e, et Ali , son apôtre), reprochant à son mari de tolérer un si grossier affront, jura, par le Prophète, qu'elle ne sortirait pas de la tente OÙ elle était, que Maskate n'eût été enlevée aux Portugais. L'armée applaudit à cette déclaration et menaça de se révolter si on ne la conduisait immédiatement à l'assaut des murailles. Le sultan, voyant à regret, car le jour était déjà avancé, qu'il lui serait impossible d'arrêter la fougue des soldats, ordonna l'attaque de la ville. Les assaillants ne reculèrent pas devant la canonnade et la fusillade parties des forts portugais, et, sans s»lais;er intimider par le grand nombre de leurs morts, ils se firent de ces corps manimés un moyen d'escalader les murs. Vers le coucher du soleil, ils forcèrent deux des portes de la ville et poursuivirent les assiégés si rudement, que pas un n'échappa, malgré la vitesse que ces derniers mirent à s'enfuir vers le grand fort où se tenait le gouverneur. Dans 1 impossibilité d'emporter cet ouvrage, les Arabes «n firent le blocus. Us avaient perdu dans l'attaque de la ville quatre ou cinq mille de leurs meilleurs soldats ; mais les Portugais étaient réduits, dans les forts qu il» conservaient, à soixante ou soixante-dix personnes. Ceux d'entre eux qui occupaient les petits forts se rendirent par manque de provisions et df munitions. Ils furent tous passés au fil de l'épée, sauf quelques-uns qui , pour sauver leur vie, abjurèrent la foi chrétienne. Les Portugais du grand fort tinrent pendant environ six mois ; mais, ayant perdu l'espoir d'être secourus, ils résolurent de se renctfe; ce que voyant, le gouverneur, qui avait été par sa folle jactance la cause de cette calamité, se précipita du
base pour lui demander de les délivrer du joug des Portugais, il entreprit le siège de cette ville (1).
Il importe de fixer la date de ce dernier événement , car il est le chaînon qui doit souder à la partie achevée de notre récit historique celui des événements qui se passèrent ultérieurement à la côte orientale. Le silence que garde à ce sujet la chronique de Mombase est fâcheux, mais n'est pas irréparable : en effet, dans la relation d'un voyage exécuté, en 1665 (1074-75 hégire), par le Père Manoel Godinho, qui se rendait de l'Inde en Portugal en passant par le golfe Persique , l'auteur, après avoir rappelé la prise de
haut de la tour dans la mer, daas uq endroit où, les eaux étant trèsbasses, il se brisa sur les rochers. La garnison, forcée de se rendre à discrétion, fut massacrée, à l'exception d'un petit nombre d'individus, qui embrassèrent Tislamisme. » i Voyez Hamilton's new accounl of Ihe Easl Indies, etc.; 2 vol. in-8°. London, 1727.) i
Enfin voici ce qu'on trouve dans le t«xte imprimé du Djihan-y'uma, publié Tan 1733, et dans lequel, on le sait, des additions ont été faites au traité original :
« Les Portugais s'étaient ci-devant emparés de cette forteresse (Mascate) ; mais, vers l'an 1070 de l'hégire (1659 de J. C), un fakir, avec sou monde, la reprit sur eux, fit esclaves tous les Portugais qui y étaient, et > empara de tous leurs bâtiments. Depuis ce temps, le prince de Meskei ost toujours en guerre avec les Portugais. » (Voyez le Djihan-yuma , partie Asie, § Oman, traduction française d'Armain.)
(1) La chronique du cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed ne fait aucune mention de l'expédition de Mombase.
La chronique de Mombase, déjà citée plusieurs fois dans le livre précèdent, rapporte que, lorsque les habitants de cette ville allèrent en Oman réclamer l'assistance de l'imam de ce pays pour se délivrer du joug des Portugais, cet imam était SouUan'-ben-Sif; qu'il rassembla des troupes pour faire la guerre aux Portugais, et qu'il la continua pendant Liuq ans, après lesquels il parvint à les chasser de la forteresse, ou il laissa pour gouverneur Mohhammed-ben-M'bareuk. L'indication est pri - I ise quant au nom de l'imam ; malheureusement elle n'est accompagnée d'aucune date relative à cet événement.
Mascate par l'imam d'Oman, ajoute : « £t, non content de (( nous avoir expulsés de ses terres, il osa nous venir cheru cher sur les nôtres, assiégeanl Momhase, désolant Bombay « et s' emparant , au moyen de sa flotte, d'autant de naTires « portugais que cell&<;i en rencontrait en mer, etc. » La prise de iMascate par les Arabes a donc précédé le siège de Mom base par ces mêmes Arabes, et le premier événement ayant eu lieu en 1658 (4068-69 hégire), selon Reynal, Wellsled et Ritter, en 4659 (4069-70 hégire), d'après X^Djikan- Numa, le second, c'est-à-dire le siège de Mombase, a dû se passer entre l'année 4658 et l'année 4663 (4074-75 hé gire). En conséquence, nous croyons ne pas être loin de la vérité en adoptant l'année 4660 (4074 hégire) pour l'affaire de Mombase.
Ainsi donc, vers celte époque à peu près, Soultan'-ben- 8if, second imam de la famille des Yâreby, cécîant aux prières des députés mombasiens (4), envoya une flotte devant leur ville, pour en entreprendre le siège. Toutefois, ce ne fut qu'après cinq années d'efforts, qu'il réussit à faire évacuer la citadelle par les Portugais; dès qu'il en eut pris possession, il la fit restaurer et approvisionner, et y plaça pour gouverneur Mohhammed-ben-M'bareuk. Cette première occupation ne fut pas de longue durée; bientôt les Portugais revinrent en force, assiégèrent à leur tour la forteresse, défendue par la garnison arabe, et parvinrent de nouveau à s'en rendre maîtres. Ils remirent ainsi sous le joug la population de Mombase et du territoire dépendant de cette cité. Alors, au lieu de profiter des enseignements du passé,
(1) Voir la cbroDiquc de Mombase, à l'appendice, pièce n* 2.
ils redoublèrent de violence envers les vaincus et livrèrent à la mort un grand nombre des principaux iialiitantftde la ville rebelle, pour la punir d'avoir sollicité l'appui de rimam. Cette sanglante réaction, {oin de raffermir leur autorité, ne pouvait que la rendre plus précaire, en préparant de terribles représailles ; mais, exaspérés par les nombreux échecs qu'ils essuyaient, voyant l'édifice de leur domination s'écrouler de toutes parts sous les coups de nombreux ennemis , ne trouvant dans les populations jadis soumises que haine et révolte, ils s'acharnaient avec la férocité du désespoir contre celles qu'ils maintenaient encore sous le joug, se flattant, vain espoir I d'imposer par la terreur une soumission que ne commandaient plus , comme autrefois , la supériorité de leur courage et la magie de leurs éclatantes victoires] Cependant leur aveugle et cruelle conduite a Nombase 6'eut pas immédiatement pour effet d'y rappeler les forces de l'Imam.
Soultan'-beU'Sîf n^rut vers l'année 4079 de l'hégire (1668-69 de J. C), laissant deux fiU, Belâreub et Sif : le premier lui succéda.
Sous le règne de Belâreub, en 1670 (1080-84 de l'hégire), les Arabes de Mascate firent une descente dans i'ile de Diou et en pillèrent la ville portugaise. Mais cette expédition n'amena aucun résultat plus important : le gouver^ neur de la citadelle, dans laquelle une partie de ia population s'était retirée, ayant promis de rendre libres tous les esclaves qui voudraient se joindre à la garnison pour combattre l'ennemi, réunit autour de lui environ quatre mille hommes, avec lesquels il tomba sur les assaillants et les chassa de la ville, sans néanmoins jcmpècher ceux-ci
d'emmener bon nombre de prisonniers des deux sexes (4).
Mais l'imam Belâreub se trouva bientôt empêché de suivre, à l'eitérieur, le cours de ses expéditions : des dissentiments surgirent entre lui et son frère Sîf , et la guerre civile troubla de nouveau l'Oman. Malgré l'appui que lui prêtèrent bon nombre de personnages distingués par leur piété, leur savoir et leur position sociale, Belâreub vit sa cause abandonnée peu à peu par la plus grande partie des gens du pays; les habitants de Nazoua lui refusèrent l'entrée de leur ville, et il se trouva réduit, après (jle nombreui combats, à n'avoir plus pour lui que le bour^ où il s'était réfugié. Sur ces entrefaites, Sîf, ayant été élevé à l'imamat, vint assiéger son frère dans son dernier asile. Belâreub mou rut pe^jant le siège, et Sîf se trouva dès lors, de droit comme il rétait déjà de fait , maître du rang suprême.
Toutes les traditions ont reconnu le caractère belliqueux du nouvel imam : pendant tout son règne, il se distingua par ses entreprises guerrières. En 4694 (1105-06 hégire), une expédition semblable à celle de Diou fut dirigée par ses ordres contre Daman et contre l'île Salsette. Ici les Arabes d'Oman commirertt de grandes déprédations, pillèrent et incendièrent les églises, massacrèrent les prêtres et emmenèrent avec eux environ mille quatre cents prisonniers (2).
Du reste, Sîf ne s'en prenait pas seulement aux Portugais : l'année suivante , s'étant brouillé avec le rajah du Carnatic, il envoya une flotte, de Mascate, devant Barsalore
1,1) Voyez //amtMon'4 new accounl of the Easl indies, etc.; ouvrage cité précédenimeDl.
i'2) Voyez même ouvrage que ci-dessus.
et Mangïilore ; des débarquements ayant été alternativement opérés dans ces deux villes, elles furent pillées et incendiées (i). •
Les succès obtenus par Sîf-ben-Soultan', les soins et l'activité que réclamait la conservation de ses conquêtes, l'auraient peut-être empêché de renouveler l'agression faite par son père contre les établissements portugais de la côte d'A- Irique; mais les représentants du gouvernement portugais à Mombase semblaient avoir pris à tâche de se rendre odieux aux habitants de cette localité et de les pousser h la révolte par le désespoir. L'oppression , toujours aussi sliipide que cruelle!^ qui pesait sur ces malheureux les décida encore une fois à faire appel à l'intervention de l'imam il'Omân. Ce nouvel appel fut d'autant mieux accueilli par Sîf, que son père lui avait laissé de ce côté une revanche à prendre contre les Portugais : il se mit en mesure de l'obtenir décisive.
Les dispositions des populations de la côte devaient partout seconder ses efforts et lui préparer les voies pour le succès de ses armes. Déjà quelques-unes d'entre elles s'étaient soustraites d'elles-mêmes à un joug détesté (!2). Ce fut naliirellement contre la citadelle de Mombase que Sîf-bcii- Soultan' dirigea d'abord ses forces, et cette place tomba en son pouvoir le 9" jour de djoiAnadi second de l'an 4110 <le l'hégire (le jeudi 14 décembre de l'an 1G98) (5). L'Imam
1) Voyez l'ouvrage d'Haniiltou déjà cite.
(2) On lit, daos la relatioa d'Uamiltoii , qu'en 16U2 les ports et 1<marché de Patta élaieot fef mes à tous les commerçants étrangers, y cumpn-j leS" Portugais : on n'y admettait que les Arabes.
;{) Nous avons trouvé cette date dans un chaut guerrier fait en Ihon-'' 'Kiir des e\pioits dr rimàiii Sîf , et dont le manuscrit eUit entre les mains
im
fit occuper la citadelle et y laissa un gouverneur. Maître de ce point principal , 1) descendit la câte et sa souveraineté fut reconnue à Zanzibar et à Kiloua. D'après des traditions locales, il se serait même présenté devant la citadelle de Mozambique et eu aurait eutrepris le siège; mais il renonça, disent-elles, à son entreprise, à cause de l'épouvante jetée au milieu de ses t^oldats par l'explosion d'une mine que firent habilement jouer les assiégés. Nous n'avons trouvé aucun document authentique propre à nous éclairer &ur la vérité de ces traditions.
Le succès définitivement obtenu à Mombase par les Arabes avait été le signal du massacre ou de l'expulsion des Portugais, non-seulement de toutes les dépendances de celte ville, mais encore des divers points de la côte où il on existait à cette époque, et, pour se mettre à l'abri des représailles que pouvait attirer sur elles leur rébellion, les populations indigènes s'empressèrent de reconnaître la suzeraineté protectrice de l'Imam. Ce fut ainsi que tout le littoral au nord du cap Delgado cessa de faire partie des possessions portugaises de l'Afrique orientale. La cité de Mo-
d'uo Arabe de Mascate. Toutefois, uo autre documeot, au moiùs aussi positif, Dous porterait à U croire ioeiactc : dans une iostructioa sur la route d'Europe aux Indes, faisaul partie d'une collection communiquée par la Compagnie des Indes au dépôt -des cartes et plans de la marine, oo trouve, au sujet de Mombase, le passage suivant : € C'est la meilleure relâche, etc ; mais les Arabes s'en sont emparés sur les Portugais. L'an 1696, nous sortîmes de Goa et fîmes route avec les vaisseaux de guerre portugais qui allaient secourir la place, ea compagnie desquels nous coDtiouâmes jusqu'à la câte déserte de l'Étbiopie: nous la cdtof âmes jusqu'aux îles de Brava, eu iutentiou de les aider, et, eommie ils mettaient trop de temps, nous le» quitUmes pour tenir en Europe. Ils arrivèrent à Mombase, qui ét«it prise. » *
guedchou elie-méme, qui était toujour^rattée indépeadante, se serait, à cette époque, reconnue, selon le dire des Arabes, vassale du chef de l'Oman.
En devenant sujettes d'un nouveau maître, les populations africaines conservèrent cet état mixte d'indépendance et de vassalité dans lequel elles avaient vécu sous l'autorité portugaise, comme nous l'avons exposé à la fio du livre précédent. L'autorité immédiate de l'imam Sîf-ben- Soultan' ne s'exerça même alors qu'à Mombase, dont il fit restaurer la citadelle, où il mit une garnison et plaça un gouverneur de son choix. Les guerres que lui et ses successeurs eurent à soutenir ou à diriger contre leurs voisins dans le golfe Persique et contre les Portugais, les troubles intérieurs, qui survinrent plus tard en Oman, rendirent pendant longtemps la souveraineté des imams purement nominale dans leurs nouvelles possessions et n'y rétablirent pas le calme et la prospérité qui semblaient devoir résulter, pour elles, d'une domination plus appropriée à la\ religion, aux moeurs et aux habitudes commerciales des populations. De graves et fréquents désordres s'y produisirent et agitèrent longtemps celles-ci; mais nous les mentionnerons à mesure que se dérouleront les événements dont l'Oman et ses dépendances furent le théâtre.
Sous le règne de Sîf , malgré les guerres nombreuses qu'il eut à soutenir, l'Oman fut très-florissant au double point de vue de la production et du commerce. Cet imam possédait perjsonnellement des capitaux énormes ; sa marine militaire, dit le cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed, comptant de vingtquatre a vingt-huit navires et portait quatre-vingts canons.
D'après les chroniques arabes, la mort de Sîf-ben-Sojil-
tan'-ben-Sîf-ben-Malek eut lieu à Reuslak,'Ie jeudi 2 (1) de ramazan H23, c'est-à dire le mardi 44 octobre 1711. Il eut pour successeur son flls Soultan', cinquième imam de la famille des Yâreby.
« Celui-ci, dit, dans sa chronique, l'auteur que nous « venons de nommer, tint une conduite droite et fit aux « ennemis une guerre suivie sur terre et sur mer; il com- « battit les Persans sur plusieurs points, et les chassa de « leurs possessions et de leurs demeures dans le Bahharin', « dans les îles de Kechm', de Lark et d'Hormouz. »
Kn effet, l'état où se trouvait alors la Perse ne permettait pas au Chah de protéger efficacement ses dépendances maritimes. L'empire d'Abbas-le-Grand n'avait pas conservé longtemps l'éclat qu'il devait à ce prince. L'incapacité ou la faiblesse de ses successeurs, hommes cruels et débauchés, presque toujours abrutis par l'ivrognerie, causa une décadence rapide, et l'esprit de révolte, excité par les exactions et la tyrannie des grands et des eunuques, se glissa peu à pcMi dans les diverses provinces. Au commencement du xviii' siè de, sous le faible Hussey n, les Afghans donnèrent l'exemplo de r insurrection, qui fut bientôt suivi par les Abdollis Hérals, les Tartares Lzbeks et les Tartares Lesgiens. Il en résulta de longues guerres qui amenèrent successivement le renversement de la dynastie des sophis par les usurpateurs afghans, les invasions des Turcs, pui^ le rétablissement de la dynastie légitime dans la personne du fils de Ilusseyn, Tahmas; enfin, l'expulsion des Afghans par Nadir-Kouli-kan. Celui-ci ne tarda pas, à son tour, à supplanter le jeune roi
(1) Dans la nuit de voudredi , selou le cheikh Abou-Soleymau-Mohhararaed.
Abbas ïll , et il monta sur le trône des chahs de Perse dans l'année 1736, en attendant qu'une révolution nouvelle fit tomber de sa tête la couronne usurpée.
Au milieu de toutes ces vicissitudes politiques et militaires, l'Oman était devenu pour la Perse un ennemi dangereux et difficile à vaincre. Aussi voyons-nous, dans le récit du cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed, Soultan'-ben- Sîf mettre à profit, pour ses agressions, les embarras de ce dernier royaume, et, par d'audacieux coups de main, faire passer de l'autorité des sophis sous la sienne les principales îles du golfe Persique. Plusieurs de ces faits se trouvent, d'ailleurs, en partie, confirmés par Hamilton.
« Au commencement du xviii* siècle, dit cet écrivain, )^ par conséquent sous le règne de Soultan'-ben Sîf , « ils c( (les Arabes de Mascate) s'emparèrent des îles Bahharin ; (( mais les pêcheurs de perles ayant abandonné ces îles, et « les Arabes voyant que, privés, par là, des bénéfices qu'ils « en espéraient, leur possession coûterait plus qu'elle ne « leur rapporterait, ils l'abandonnèrent et les pêcheurs y « retournèrent. » •
On lit dan^ un autre passage de la relation d'IIamilton : I «Vers 1719, » dernière année du règne de Soultan -ben- Sîf, « les Arabes de "ilascale vinrent avec deux flottes devanl . c( Hormouz, y débarquèrent cinq à six mille hommes et as- « siégèrent le château ; mais, après trois mois d'opérations, K ne pouvant réussir à s'en emparer, ils se retirèrent (1). »
(1) NMri>ahr dit que, sous le règne de l'imam Soultan'-ben-Sif, Nadir- Chah envoya une armée du côté de Djulfar, pour pénétrer eu Oman, telle agression, qui somblerail avoir pu être nalurellemeul amenée en représailles des hostilités commises par les Arabes de Mascate contre les
Au surplus, le degréde puissance matérielle aïKjuel étaient parrenus les imams d'Oman devait être considérable, si l'on en juge par les forces maritimes que possédait Soultan'-ben- Sîf : en voici un aperçu que nous empruntons encore au même auteur.
« En 1715 (1127-28 hégire) , dit Hamilton, la flotte de « Mascate comptait un vaisseau de 74 canons, deux de 60 <i et UQ de 50 ; dix-huit navires de 52 à 12 et quelques « tranquies de 8 à 4 pièees d'artillerie, avec lesquels les « Arabes de Mascate répandaient la terreur sur toutes les (( c6les, du cap Comorin à la mer Rouge. »
Mais tous ces armements et toutes ces expéditions militaires coûtèrent beaucoup à l'Oman ; la chronique du cheikh Abou-Soleyman-Mohbammed le constate en ces termes :
« Il (Soultan'-l)en-Sîf) dépensa non-seulement tout
(( l'argent qu'il avait hérité de son père, mais encore il c( en emprunta beaucoup aui mosquées et aux Ouakfsy — «( c'étaient des milliers et des iaks, — sans que personne fît c( la moindre démonstration pour s'y opposer. On se taisait, (( sans doute, par suite de la crainte et du respect que son (( père avait su inspirer aux habitants de l'Oman. i>
Ce prince mourut le mercredi 6 du mois de djoumadi se-
possessious de ce priuce, n'est pas meotiuuDéç daus les documents arabes que nous posstfdous. De plus, il est permis delpenser que fiièbahr a fait ici uQe coufusiou de règiif s , etr, dans une uote relative à cette prétendue invasion et à la déroute des Persans qui en aurait été la suite, il exprime la pensée que ces événements sont vraisemblablement ceux qui se trouvent racontés par Otter, dans son Voyage en Turquie. Or Otter, qui était dans le golCe Persique lorsque eureut lieu ceux dout ii donne K' récit , dit qu'ils se passèrent dans l'année 1742 (,1155^6 hégire), à la suite de la déposition de l'iiuam Stf-ben-Soultan', c'esl-à-dire, comme ou va le voir, viugt^ois ans après la mort de celui qui nous occupe.
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coud de l'an 1431 de l'hégire (20 avril 1719, J. C). dans le château fort d'EI-Khourram qu'il avait fait bâtir pour y transférer sa résidence du Reustak. ,
Soultan'-ben-Sif laissait un fils en bas âge nommé Stf. L'extrême jeunesse de cet enfant parut, aux yeux d'une grande partie des habitants de l'Oman, rendre impossible son élévation immédiate à l'imamat. Le cadi suprême, les ulémas et beaucoup d'autres personnages marquants se rassemblèrent alors secrètement à Reustak et élurent imam Mehena-ben-Soultan'-ben-Madjed-ben-M'bareuk , beau frère de Soultan'-ben-Stf. Mais le jeune fils de ce dernier comptait quelques partisans dévoués , et ceux-ci conspirèrent le renversement de Mehena , qui cependant gouvernait l'Oman avec sagesse. Pcwir arriver à leur but, ils suscitèrent contre lui Yâreub-ben-Belâreub, cousin germain (lu dernier imam, qui parvint, après plusieurs combats heureux , et grâce, sans doute, au prestige de sa naissance , à gagner à sa cause les partisans de Mehena. Celui-ci, se voyant ainsi abandonné, demanda Y aman. En retour de sa soumission on lui prom^ la vie sauve ; néanmoins , dès qu'il eut quitté sa retraite, il fut saisi, garrotté et mis à mort. Il n'avait régné que pendant une année.
Yâreub-ben-Belâreub demeura donc en possession du pouvoir; il était censé exercer la régence pendant la minorité de Sîf : à ce titre seulement toutes les villes fortes comme la population des campagnes reconnurent son autorité, en l'année 4133 (4720-4724, J. C). Toutefois, l'année suivante, ayant fait amende honorable entre les mains du cadi suprême, il fut nommé imam et il s'établit h Nazoua.
Cependant il existait toujours à Reusjtak, en faveur de
Sîf-ben-Soultan', un parti puissant, qui, mécontent de l'avénenipnt d'Yâreub, prit pour chef Belâreub-ben-Naceur, oncle maternel du jeune prince, et leva l'étendard de la révolte. Le cadi fut tué et mis en croix , Yâreub contramt de se démettre du pouvoir, et Sîf-ben-Soultan' proclamé imam, sous la régence de Belâreub-ben-Naceur, dont l'autorité fut acceptée.
Des difficultés s'élevèrent bientôt entre Belâreub et plusieurs tribus, qui lui opposèrent Mohhammed-ben-Naceurben-Ameur ; celui-ci sut attirer adroitement dans son parti Yâreub-ben-Belâreub ; la guerre s'alluma et, après quelques sanglantes rencontres, Mohhammed , ayant forcé Belâreubben-Naceur à abdiquer, se fit reconnaître partout comme sultan exerçant l'autorité au nom de Sîf-ben-Soultan'.
Mohhammed-ben-Naceur, connaissant l^s empathies de la population pour Sîf , proclapaait hautement que ce jeune prince était le seul imam d'Oman ; mais il aspirait secrètement à l'imamat, et en l'année 4137 (1 724-25 J. C), il parvint à se taire conférer cette dignité dans une assemblée générale des notables et des chefs de tribus. Il resta possesseur dece titre jnsqu'à sa mort, qui eut lieu à Sohhar. Sîf-ben- Soultan' fut alors solennellement proclamé imam, le vendredi premier de chûaban de l'arinée H 40 (12 mars 1728, J. C. . 11 eut d'abonJ à lutter contre un compétiteur nonimé Belàreub-ben-Hamyro, qui, ayant quelques tribus pour lui, réussit à s'établir à Nazoua. Sîf appela à son aide les sultans du Mekram, et obtint d'eux , comme renfort, un corps de sol dats beloutchis; mais, dans la première affaire à laquelle ces troupes auxiliaires prirent part,^les furent vaincues et perdirent leurs chefs. Sîl recourut alors aux Feisans : ceux-ci
envoyèrent à son secours une arraée nombreuse, qui débarqua à Khour Fekan' le 14 du mois de deul-hhidja de l'année i149 (16avriU737J.C.)etallacaraperàSir,où$îf-ben-Soullan', parti de Mascate, se rendit aussitôt. Une rencontre eut lieu, à rendroitnoraméFeldj-el-Semini,entrerarmée persane et celle deBelâreub : cette dernière fut défaite et dispersée. Les Persans, vainqueurs, voulurent agir en maîtres; leurs exigences devinrent grandes, et Sîf fut obligé de les combattre : toutefois, une réconciliation ne larda pas à s'effectuer entre eux. Pendant ce temps-là, Belâreub avait réussi à se maintenir à Nazoua et à s'emparer de Behia; mais, des renfort'* étant arrivés aux Persans, ceux-ci marchèrent contre ces deux villes et parvinrent à en chasser Belâreub, qui fut ré voqué dans le cours de l'année il 51 (1738 J. C). Les gens de l'Oman confirmèrent Sîf dans la dignité d'imam.
Ce fut, probablement, pendant les luttes intestines dont nous venons de faire icr récit abrégé que les possessions d Afrique, abandonnées" à leurs seules ressources et subis- >anl peut-être le contre-coup de ce qui se passait en Oman, retombèrent momentanément au pouvoir des Portugais. Nous avons dit plus haut que Mombase avait été le seul point de cette côte que l'Imam eût fait occuper militairement et où il exerçât son autorité par la présence d'un gouverneur de son choix. Plusieurs individus envoyés d'Oman s y étaient succédé à ce titre, mais les seuls noms qui nous »oient connus sont ceux de Sîf-ben-Saïd et de Naceur-ben- Abdallah, qui était en fonction quand se passèrent les faits (|ue nous allons raconter.
V la suite de mécontentements inspirés à la garnison par
•e dernier, les soldats résolurent de le déposer. Ils se saisil. 34
1^ ■ ^^w- ;- ■■ .•«^-- - '- --"«• --T«.^.>5n(.ii.-' - -- — wi,»wi. ^^^^^^^appippiiiiipi
rent de lui , le mirent en prison et élurent à sa place Sécé Ron'bé, leur commandant. Les habitants de Mombase, instruits de la révolte qui venait d'éclater, protestèrent et refusèrent de reconnaître le nouveau gouverneur. Leurs chefs souahhéli , indignés de cette usurpation ^ ne voulant pas être à la merci d'un homme dont l'autorité était illégitime, le sommèrent d'abandonner la citadelle» ce à quoi,lui et ses soldats se refusèrent; dès lors, les hostilités comi^cèrent entre la garnison du fort et les habitants de Mombase. Les choses en étaient là lorsque les Portugais parurent devaDt cette place. C'était, sans doute, la flotte de Louis Mellode Sampayo, capitaine général qui , en 1728, au dire des historiens de cette nation (i), rétablit l'autorité du roi de Portugal sur toute la côte de Patta à Kiloua.
Comme, d'après la chronique de Mombase, ce fut dans les circonstances que nous venons de rapporter que les Portugais se rendirent, pour la dernière fois, maîtres de la forteresse, et que les événements qui amenèrent cette reprise de possession se trouvent coïncider, dans ladite chronique, avec l'apparition des navires portug^ devant Patta, nous sommes autorisé à admettre un rapport synchronique entre ces événements et le fait général consigné dans le Diarxo portuguese. ^'ous assignerons donc pour date aux particularités locales dont nous avons commencé et dont nous allons poursuivre l'exposé succinct celle de 1728. Voici maintenant, suivant la chronique indigène, comment les Portugais furent amenés devant Mombase : f
Ln habitant de Patta nommé Ahhmed-ben-Koubaï, ayant
i 1) Voir \p Diario portuguese, tome I*', mois (k mars.
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eu des différends avec le stiltan de cette ville, qui était alor^ Bouaoa-Tamou-M'Roubou (i ) , résolut , pour en tirer vengeance, d'aller solliciter l'aide des Portngais. Il se rendit à Mozambique, ^, faisant entrevoir aux autorités de cette place la possibilité de s'emparer fadtement de Patta au moyen des inteliigeocea qu'il y avait, il ol>tint d'elles un armemeiit de quatre bâtiments avec lesquels il se présenta devant Ttie pour faire la gverreéà son adversaire. Intimidé par cette démonstration, la sultan jugea plus sage d'entrer en arrangement que de soutenir la guerre. Les onvertores qu'il 0t dans ce sens à Koubaï furent accueillies par ce dernier, et , (ju moment qu'ils se furent réconciliés, les deux Arabo!( ne soDgèreat plus qu'à débarrasser leur paysdes Portugais. Dans ce but, ils firent connaître à ceux ci que les habitants de Mombase, se trouvant en état d'hostilité avec la garnison de la forteresse, ils les engageaient à profiter de cette circonstance pour reprendre cette place ; ils joignirent , sans doute, à ces suggestions des promesses d' ol>éissaoce, promesses dont les Arabes sont toujours prodigues en présence de la force ; enfin ils offrirent aux Portugais de leur servir d'auxiliaires dans cette expédition. Soixante-dix bateaux monté;* par les gens de Patta furent donc réunis aux quatre navires portugais , et ces forces combinées se portèrent devant la ville qu'elles se proposaient d'attaquer. La flottille mouilla dans le bras de mer du Sud, en face du village occopé par la tribu des Kilen'dini, du c6té de l'tle opposé à celui que corn-
mande la citadelle. Les alliés entrèrent en pourparlers avec les habitants et se présentèrent à eux comme étant venus pour
il) Bouana est un mot souahbéli qui équivaut, comme moiçni, k mnuiewr, U iieur.
les aider à chasser Sécé Hora'bé de la forteresse. Celui-ci, ne pouvant espérer de résister aux efforts des coalisés, se rendit bientôt sans combattre, et les Portugais se retrouvèrent ainsi maîtres de cet ancien boulevard de leur puissance. Tels sont, d'après la tradition indigène, les faits que les historiens portugais ont qualifiés pompeusement de reprise de possession de toute la côte.
Quoi qu'il en soit, les Portugais ne jouirent pas longtemps de leurs succès; les mauvais traitements qu'ils firent subir à la population de Mombase, n'épargnant même pas à ses cheikhs et aux personnes du rang le plus élevé l'humiliation d'un travail forcé, ravivèrent l'esprit de révolte parmi les habitants de cette malheureuse cité. En conséquence, ils firent porter à l'imam d'Oman et leurs plaintes et le vœu qu'ils formaient d'être délivrés de la présence des chrétiens. Mais les retards de l'aller et du retour ne convenaient pas à l'impatience des Mombasiens, et, ne voulant pas rester inactifs en attendant le résultat de letirs démarches, ils répandirent dans la garnison le bruit de la prochaine apparition d'une flotte envoyée par Tlmani con^e Mombase. Au moyen d'un stratagème, et sous prétexte d'as surer la subsistance de la garnison pendant le siège dont ils la disaient menacée, ils se firent livrer tout le riz en paille et le mais qu'il y avait dans les magasins, s' engageant à les préparer pour la consommation. Puis, profitant d'un jour de fête où la plui grande partie de la garnison, sortie de la forteresse, s'était rendue aux églises, ils se soulevèrent et massacrèrent ou firent prisonniers les Portugais qni se trouvaient dans la ville. Le petit nombre de ceux qui étaient restés dans le fort, dépourvus de provisions, furent
bientôt réduits à capituler, à la seule condition qui leur fut accordée d'avoir la vie sauve et la liberté de retourner à Mozambique. En 1824, les habitants de Mombase signalaient encore avec orgueil à l'attention des étrangers une large masse de maçonnerie, tombeau où avaient été déposés les cadavres de ceux de leurs ancêtres qui étaient morts en délivrant une dernière fois le pays du joug des Portugais (1).
A la suite de ces événements, les Mombasiens, restés maîtres de la citadelle , y mirent pour garnison un homme de chaque tribu; puis ils envoyèrent une députation à l'Imam [)Our lui demander protection et lui faire hommage d'obéissance. Cette députation comprenait un chefde chacune des tribus composant la population de l'île, et un délégué de chacun des villages de Ouanika. Enfin les populations de Ouacine, de Tangate et de M'tangata, villes maritimes dépendantes de Mombase et situées au sud de c^ point, étaient également représentées.
L'Imam expédia à Mombase trois navires avec des troupes qui, à leur arrivée, prirent possession de la forteresse sous l'autorité de Mohhammed-ben-Saïd el Maamiri, gouverneur nommé par l'Imam. Une petite garnison fut également placée à Zanzibar. Quant aux autres villes et îles adjacentes, elles rentrèrent sans doute, à l'égard du souverain d'Oman, ilans un état de vassalité analogue à celui qu'elles avaient précédemment accepté. (j^
Au reste, nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement sur les événements arrivés dans ces localités depuis la première intervention dos imams d'Oman dans les
Il Voyage to the Shores of Africa by captain Boleler. Tome H, chap. 1", page 20.
affaires de ia côte orientale d'Afrique, ni même sur leg faits qui s'y pasfièrent après ceux que nous venons de raconter ; nous pouvons seulement en signaler quelques-uns relatifs à Patta.
Lorsque cette ville avait reconnu, pour la première fois, la suzeraineté de l'imam d'Oman, c'est-à-dire sons le règne de Sîf-ben-Soultan'-ben-Sîf-ben'Malek, le sultan indigène se nommait, dit-on, Bouana ou Foumo Chah*Ati (4). L'Imam y avait placé alors pour gouverneur un Arabe de la tribu des Nebehan', qui s'était allié, par mariage, à la famille du sultan, et dont un fils, issu de cette alliance, succéda plus tard à Chah-Ali, sous le nom de Bouana Tamo. C'est lui qui était sultan de Patta lorrque, en 1728, les Portugais reprirent momentanément possession de cette place avant de se rendre devant Mombase. A Bouana Tanoo succéda son fils Foumo Bakari , sous le gouvernement duquel , par des causes que nous ignorons , la sultanie de Patta comptait pour dépendances les villes de Lâmou , de Mandra , l'île de Pemba et tout le littoral compris entre la rivière de Kilifi et l'embouchure du Djoub. Nous retrouverons bientôt ce personnage exerçant le pouvoir à Patta et mêlé aux événements que nous avons à décrire.
En ce qui concerne Mombase, après la dernière expulsion des Portugais, nous ne connaissons plus d'autres faits relatifs à cette ville et ayant eu lieu sous le règne de Sîfben-Soultan' que le suivant : en 1755 (1148 hégire), cet imam remplaça dans le gouvernement de Mombase Moh-
,1) Ici OD retrouve, comme nous l'ayons aunoucé à la note 2 de la page 456, le titre de Foumo appliqué à leurs chefs par les habitaats dp Patta.
hammed'ben-S§ïd par Saléh-ben-Saïd el Hhadeurmi , cpii , lui même, fut, en 1739 (4152 hégire), remplacé par Mohhammed-ben-Osmao el N'zouroui.
En Oman, le règne de Stf-ben-SouItan' n'avait pas répondu aux espérances de ses partisans, et sa condaite faisait de nombreux mécontents : la popularité qui l'aTait d'abord soutenu sa retira de lui; ses désordres, poussés jusqu'à la violation de certaines prescriptions du Coran , ceux qu'il laissait commettre à ses favoris et à ses s<^dat9, irritèrent même à un tel point la plus grande partie de ses sujets, qu'ils résolurent de le déposer. Ils élurent à sa place un de ses parents, nommé Soultan'-ben-iMeurched-ben-Djadi (i). D après Otter, cette révolution aurait eu lieu en 1 742 (1 154- 55 hégire), le 10 du mois de deul-hhidja 1154, selon le cheikh Âbou-Soleyman-Mohhammed. Elle occasionna natureliemeot des troubles, qu'une autre invasion de l'Omâri par les Persans vint encore compliquer.
Le nouvel imam , acclamé dans presque tmit le pays , s'était emparé, en peu de temps, des quelques villes qui tenaient pour son rival , et avait réduit ce dernier à se réfugier dans Mascate avec ses partisans. Stf , ayant dans ce porl quelques vaisseaux de guerre et des soldats dévoués dans la ville et les forts, parvint à s'y maintenir malgré les tentatives faites par Soultan'-ben-Meurched pour s'en rendre maître. Mais ce dernier, s'étant établi à Meutrah, prit de telles mesures pour attirer le commerce sur ce point, que les navires et les marchands y abordèrent de préférence. Sîf, privé ainsi des ressources qu'il aurait pu attendre île la
1) L» mère de Soultan'-ben-Meurched était fllle du premier Stf-beo-
Soultau'.
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possession de Mascate, se décida à recourir à l'assistance des Persans.
Dans cette même année, en achetant, bon gré mal gré. quelques navires aux Européens qui commerçaient dansJo golfe, et en y joignant ceux qu'il avait fait construire à Surate, Nadir-Chah était parvenu à rassembler une flotte dont il avait donné le commandement à Taki-Khan. Lorsqu'il prit la mer, l'amiral persan avait sans doute pour mission de donner suite aux projets de vengeance que Nadir-Chah nourrissait contre les Houles (1), et au mois de juin 1742 il avait débarqué six mille hommes à Djulfar. Ce fut là, d'après Otter, que Sîf , ayant laissé bonne garde dans le fort de Mascate, se rendit pour s'entendre avec les Persans. Il se fil débarquer au port de Khour-Fekan', d'où il se transporta, par terre, à Djulfar. La négociation qui suivit eut pour résultat un traité par lequel Sîf s'engageait à reconnaître la suzeraineté de Nadir-Chah, qui , de son côté, devait employer ses forces à rétablir le prince arabe dans la dignité d'imam. Les opérations de l'armée persane furent dès lors de concert avec ce dernier, "dirigées dans ce but. Mais la conduite de Sîf acheva de lui aliéner l'esprit de ses sujets; un grand nombre de ses partisans même l'abandonnèrenl en le voyant confondre sa cause avec celle des ennemis (In pays, et se rallièrent au nouvel imam. Les Persans perdirent ainsi les ressources et les auxiliaires sur lesquels il> avaient compté pour s'emparer des principales places de l'Oman, et échouèrent dans leur première tentative sur Soh-
^I) Les Houles étaient une tribu d'Arabes établie sur les deux càle^ du détroit, et qui, à la fin de 1740, s'était révoltée contre l'autorité dr >adir-Chah.
har et Mascate. Au commencement de 1745, le général persan Kieib-Aii Khan, à la tête de six mille soldats, avait mis le siège ds^^nt la première de ces places: mais la vigoureuse résistance d'Ahhmed-ben-Said, qui en était gouverneur, le contraignit à le lever. A Mascate, les Persans n'eurent pas plus de succès : après être entrés dans cette ville presque abandonnée de ses habitants, et dont les forts seuls restaient au pouvoir des partisans de Sîf, ils en turent chassés par Soullan'-ben-Meurched , qui , de Meulrah, où il s'ét.iit retiré à l'approche de l'ennemi , tomba sur eiix à l'improyiste et les surprit en désordre dans la ville.
A quelque temps de là, la flotte persane, commandée par Taki-Khan,se présentadevant Mascate. Sîf-ben-Soultan, dont elle servait en apparence la cause, accompagnait I amiral et facilita la remise de la ville entre les mains de ses alliés ; mais il refusa de leur livrer ies forts; ceux-ci continuèrent à être occupés par les troupes et les chefs dévoués à qui il en avait rontié la garde. L'amir^ persan, ne voulant pas éveiller les soupçons de Sîf sur les projets de son maître, ne s'opposa pas à cette mesure; mais il se promit d'obtenir par la ruse ce qu'il ne croyait pas pouvoir exiger encore, t'.onnaissant le goût exagéré liu prince pour les liqueurs fortes, il l'invita à un dîner à bord de son vaisseau . et, profitant àe l'ivresse dans laquelle Sîf se trouva plongé à la tin de ce repas, pour lui dérober une bague sur laquelle était gravé le sceau officiel, il apposa ce sceau au bus d'une lettre écrite au nom du Prince, et par laquelle celui-ci enjoignait aux trois commandants des forts d'en donner l'entrée aux troupes persanes. La perfitiie de Taki-khan eut un plein succès; il se trouva
ainsi maître de la ville et des forts, et Sîf, quand il eut rc-
-•-i.M.' ': 'i^ïT^' vyw.'t'y*
couvre l'usage de sa raison, s'aperçut, mais trop tard, du piège dans lequel ii était tombé. Il ne lui restait plus, dès lors, d'autre parti que «le s'abandonner aux volontés de Taki-Khan et de suivre les Persans dans leurs opérations. Soultan'-ben-Meurched s'était retiré vers Sohbar, où il espérait, avec l'assistance d'Ahhmed-ben-Saïd, qui avait déjà vaillamment défendu cette place, faire tête à l'enncnai. Les Persans l'y suivirent bientôt et renouvelèrent leur attaque sur la ville; alors les assiégés firent une sortie désespérée, et Soultan'-ben-Meurched, qui conibattait au premier rang , ayant vu tomber^près de lui plusieurs de ses proches parents, devint si furieut^ qu'il se jeta aveuglément dans la mêlée, où il fut frappé d'un coup mortel. Peu après, Sîf-ben-Soultan', qui avait abandonné les Persans et s'était retiré à Reustak, mourut du chagrin d'avoir fait, par sa conduite, son propre malheur et celui de son pays.
Après la mort de ces deux rivaux, un parent de Soultan'ben-Meurched, nommé Belâreub-ben-Hamyro, ancien compétiteur de Sît-ben-Soultan', prit le titre d'imam et fut acclamé par une partie de la population ; mais dans la chronique du cheikh Abou-Soleyman-Mohhammed il n'est pas mention de ce fait, et l'auteur désigne Soultan'-ben Meurched comme le dernier imam de la dynastie des Yâreby.
Le reste de ia population se partagea en deux fractions, (]ui se placèrent l'une sous l'autorité de Mattar, le cheikh du domaine de Sèr, et l'autre sous un chef parent de la famille de Soultan'-ben-Meurched : cette division des forces du pays favorisa encore la marche des envahisseurs. Cependant la mort du dernier imam devant Sohhar ne leur avait pas livré cette place. Ahhmed-ben-Saïd en avait si bien di-
rigé ta dérense, qu'il s'y était maintenu pendant huit mois et avait amené les Persans à lui offrir une capitulatiou aux termes de laquelle il resterait en possession du gouverne- . ment de cette ville, à la condition de reconnaître l'autorité de Nadir-Chah et de lui payer le tribut. Il se conduisit même si habilement, que Taki-Khan lui donna, en outre, le gouvernement de Beurka. î/amiral persan, après avoir pris des mesures relatives à l'administration du pays conquis, et particulièrement pour la conservation de Mascate, dans les torts de laquelle il laissa une garnison et un gouverneur de sa nation, partit avec sa flotte pour retourner en Perse (1). Les faits que nous venons de raconter durent se passer dans le cours de l'année 4745, et peut-ôtre, dans le coramencemfent de 4744.
Ahhmed-ben-Saïd mit à protit le départ de Taki-Khan. Il s'abstint, sous prétexte d'impossibilité, d'envoyer aux commandants persans de Mascate le subside qu'il devait payer, de telle sorte que l'argent manquant à ces derniers, ils virent peu à peu diminuer leurs troupes. Alors Ahhmed les engagea à se rendre à Beurka, où il résidait, a8n de s'entendre avec lui sur- les moyens de se procurer de l'argent. Les chefs persans s'y transportèrent, accompagnés de quel-
\li Daus soD récit des faits t>urvenui> à cette époque eu Ouiâir, Olter parle dlin combat aayal engagé à la hauteur de Sevadi , entre la flotte persane et les forces combinées des Houles et des Meskiétins. En celle rencontre, le cheikh Cbahin', qui commandait les dernières, aurait en> levé trois vaisseaux aux Persans et poursuivi le reste. Si cet événement eut lieu en effet, il est vraisemblable que ce dut être au moment où la (lotte de Taki'Khau opérait son retour, car on ne comprendrait pas comment, s'il avait eu lieu au début de cette opération, les Persans auraieui pu, après un" pareille déf illf, poursuivre leur;» airr^'ssior>s sur le terriioif de rOmân.
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ques soldats , et l'entrevue eut lieu d'abord en rase campagne. Mais Ahhraed ayant su , dans ce premier entretien, inspirer toute contiance à ses interlocuteurs, ceux-ci se laissèrent attirer, avec leur escorte, à l'intérieur de la ville, et acct;ptèrent un dîner que le gouverneur leur offrit dans le fort. Là ils furent arrêtés, et l'on eut ensuite facilement raison de leurs soldats disséminés dans la ville. Après ce coup hardi, Ahhmed-ben-Said envoya sommer les troupes
i restées dans les forts de Mascate de les évacuer, ajoutant a
î' cette injonction l'appât d'une somme d'argent pour qui-
conque se rendrait de bonne volonté, et, pour ceux qui résisteraient, la menace d'être traités en prisonniers de guerre. La condition de ces hommes étant très misérable, presque tous choisirent le premier parti. Ahhmed-ben-Saïd en fil mourir quelques-uns, laissa les autres libres de retourner en Perse, et il se trouva, dès lors, maître de tout le pays entre Sohhar et Mascate. Ainsi favorisé par la fortune, il aspira au pouvoir suprême et à la dignité d'imam, quoique Belàreub-ben-Uamyro eût déjà pris ce titre et lût considère comme tel dans une partie de l'Omâm. Pour y arriver, il eut recours à l'intluence du chef des cadis, dont il parvint à se concilier l'alLection et qu'il g^agna à ses intérêts. Ce
\ chef, dans le but de favoriser le dessein d'Ahhmed, convo(|ua
'^ ' une grande assemblée à laquelle il soumit cette question :
i " « L'homme qui a délivré sa patrie n'est-il pas le plus digne
de la gouverner? » La réponse de l'assemblée, au sein de laquelle on s était, sans doute, assuré des adhérents, fut altîrmative. Celui qui l'avait réunie prononça alors un long discours dans lequel, après avoir fait un éloge pompeux des \erlus et de la valeur d'Ahhmed, et des services rendus à
son pays par son client, il proclama Ahhmed-ben-Saïd imam d'Oman, et lui baisa la main pour lui rendre hommage. La nouvelle de cette élection se répandit aussitôt dans la ville, que les crieurs publics parcoururent, annonçant au bruit du ' tambour qu'Ahhm©d-ben-Said-ben-Ahhmed-ben-AbdaIlahben-Mohhammed-ben-M'bareuk el bou-Saïdi était nommé imam d'Omâra, et que chacun eût à le reconnaître en cette qualité.
Dès que Belâreub-ben-Hamyro fut informé de ce qui s'était passé, il marcha contreson rival : celui-ci, n' ayant pasde forces autour de lui et trouvant ses communications coupées avec Mascale, se jeta dans Afi , petite citadelle bâtie sur une montagne et dans laquelle il avait enfermé ses trésors. Belâreub, qui était à la tète de cinq à six mille hommes, prit ses dispositions pour l'y bloquer, et c'en était fait d'Ahhmed s'il n'était parvenu à s'échapper. Mais, à la faveur d'un déguisement et suivi seulement de deux de ses serviteurs , il réussit à gagner la campagne et arriva bientôt à Sohhar, qui n'est qu'à une journée d'Afi. Dans cette ville qu'il avait gouvernée pendant longtemps et où il avait su faire aimer son autorité, il put rassembler quelques centaines d'hommes et il se porta immédiatement à la rencontre de son ennemi, qui le supposait encore bloqué dans Afi . Belâreub avait établi son camp dans ^es vallons formés par la montagne d'Afi et les montagnes voisines. Ahhmed-ben-Saïd distribua sa troupe de manière à en fermer les défilés, à l'entrée de chacun desquels il plaça des détachements avec quelques trompettes, qui i^vaient ordre de sonner au signal ^u'en donnerait le corps principal, dont il s'était réservé le commandement; il espérait ainsi tromper son ennemi sur le nombre d'hommes avec
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s. i fi. t
lesquels il allait l'altaquer. Ayant pris toutes ses mesures, Abhined , engageant le combat , fit entendre le signal convenu, qui fut aussitôt répété sur tous les points occupés par ses soldats. Ceux de Belâreub, se croyant entourés d'ennemis nombreux, se débandèrent pour chercher leur salut dans la fuite; lui-même, marchant vers l'un des défilés, se trouva en présence d'Hilal , fils d'Ahhmed, qui , l'ayant reconnu, le tua et lui trancha la tête, qu'il ]:k)rta aussitôt en triomphe à son père. La mort de Belâreub acheva la déroute de son armée et jeta le découragement parmi ses partisans. Le nouveau succès et la réputation d' Ahbmed augmentèrent , au contraire, le nombre des siens, et il ne lui fut pas difficile de réduire à néant les efforts tentés par quelques-uns des membres de la famille des Yâreby pour lui disputer le pouvoir. Ce fut en vain qu'un fils de Soultan'-ben-Meurched voulut faire valoir ses droits au titre d'imam; il dut se contenter de la possession de la ville de Nakhel et du territoire dépendant qu'il obtint, pour lui et sa famille, de la générosité d'Ahhmed. D'autres membres de la dynastie déchue, Belâreub-ben -Soûl tan' et deux fils de Sîf-ben-Soultan' , se trouvèrent aussi réduits, par l'élection d'Ahhmed, à la seule considération que pouvait leur donner leur fortune particulière. Enfin le nouvel imam, par son alliance avec une fille de Sif-ben-Soultan', ujouta encore au prestige de l'élévation qu'il devait à ses mérites celui qui s'attachait ù la famille des imams Yâreby. L'élection d'Ahhmed dut avoir lieu à la Un de 1744.
La disgrâce de Taki-khan, qui, peu après son retour en Perse, avait excité une révolte contre Nadir-Chah, les embarras qui assaillirent ce monarque dans les trois dernières
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aDDées de son règne, ôtèrent à Ahhmed tout souci de ce côté, et lui permirent d'affermir en Oman le pouvoir que lui avaient acquis son courage et ses talents. Un de ses premiers soins fut de le faire reconnaître dans les dépendances africaines de l'imamat.
Nous avons dit, plus haut, que Mohhammed'ben-Osman avait été envoyé, en 1759, par l'iinam Stf-ben-Soultan , pour prendre le gouvernement de Mombase. Son arrivée mit fin aux troubla et aux luttes de parti causés, dans cette localité, par l'imprudente conduite de son prédécesseur. Depuis lors, il y exerça son autorité sans conteste, aimé et respecté des chefs, einsi que de la population. Mais, quand il reçut la nouvelle de l'élection du dernier imam, il se laissa imprudemment emporter à des récriminations et à des menaces, disant qu'Ahhmed-ben-Saïd n'était pas de la famille héréditaire, qu'il n'était que son égal, qu'il n'avait pas plus de droit sur l'Oman que sur Mombase; qu'enGn, puisque l'ancien gouverneur de Sohhar avait usurpé la souveraineté de l'Oman, lui, gouverneur de Mombase, pouvait , à aussi juste titre, se déclarer souverain de cette Ile.
Aussitôt que ces paroles parvinrent aux oreilles de l'Imam, celui-ci résolut de vaincre à tout prix une résistance qui menaçait son autorité naissante. Il envoya donc à Mombase, sous la conduite d'un certain Sîf-ben-Kheleuf, six autres hommes dont le dévouement lui était assuré. Les agents du sinistre projet d'Ahbmed , arrivés auprès du malheureux gouverneur, se servirent, pour accomplir leur mission, d'une ruse infâme. Us se présentèrent comme des ennemis de l'Imam, qui avaient fui l'Oman en révoltés, et s'étaient dirigés vers l'Afrique, afin d'offrir leurs services à Mc^ammed et de le
soutenir dans la lutte qu'il allait entreprendre contre l'usurpateur. Pour mieux endormir sa défiance, ils se dirent pauvres et lui demandèrent quelques ^secours en argent pour se rendre à Kiloua et sur d'autres points de la côle d'Afrique, où ils espéraient trouver des auxiliaires. Le gouverneur, abusé, accéda à cette demande, et ils firent ostensiblement des préparatifs de voyage.
La veille de leur prétendu départ, ils se rendirent à la citadelle sous le prétexte de prendre congé de Mohhammed. (^elui-ci, ne soupçonnant pas le péril dont il était menacé, les reçut seul dans sa demeure; au milieu de l'entretien, l'un d'eux, donnaïUtle signal, le frappa d'un bras mal assuré, et le blessa seulement. Le courageux M'zourouï, saisissant son couteau , s'élança contre son agresseur, et le tua ; mais les autres conjurés se jetèrent sur lui , le désarmèrent et le firent tomber sous leurs coups. Au moment où il expirait, son frère Ali-ben-Osman arrivait à la porte de la citadelle et allait, sans doute, subir le même sort ; mais, ayant rencontré une des femmes de Mohhammed qui fuyait emportant le jeune fils de la victime, il fut informé, par elle, de ce qui venait de se passer, et, prenant l'enfant dans ses bras, il courut vers la ville et se réfugia dans l'une des anciennes églises portugaises, dite Gumza M'dogo (Gueriza, corruption du mol portugais Igreja), et qui servait alors de demeure à un commerçant anglais.
Le meurtre de iMohhammed étant ainsi accompli, Sîf-beii- Kheleuf, secondé par ses compagnons, s'empara du commandement et fit jeter en pri/on ceux des principaux membres de la tribu du gouverneur dont il put se saisir : il mit aussi tout en œuvre pour s'emparer dAli, et , dans l'espoir de
l'attirer, il lui envoya même dire qu'il était appelé par son frère mourant. Malgré la juste défiance que lui inspirait l'as- 1
sassin, Ali» rassuré, d'ailleurs, par les promessesde l'Anglais, qui lui garantissait la vie sauve et la liberté, Ali céda à des r^
sollicitations plusieurs fois renouvelées, et se rendit dans la forteresse, où il fut aussitôt emprisonné. L'Anglais protesta vivement contre la mauvtiise foi du nouveau gouverneur et réclama l'élargissement d'Ali; mais ce fut en vain. A la fin, voyant l'inutilité de ses réclamations, il eut recours, pour délivrer son protégé, à de plus puissants auxiliaires. Il se mit en rapport avec les chefs de Kilen'dini et des tribus ouanika qui n'avaient point approuvé la conduite de Sif-ben-Kheleuf etqui regrettaient le gouvernement de Mohhammed. Il leur rappela que c'était à la suite des démarches faites par eui auprès de l'imam Sîf que Mohhammed et Ali, son frère, avaient été envoyés à Mombase, et, que par là, ils savaient établi entre eux et les chefs m'zara une solidarité qui ne leur permettait pas de rester insouciants ou inactifs en pr^encede l'assassinat de l' un et de l'emprisonnement de l'autre. Il ranima l'esprit d'animosité et d'antagonisme qui avait existé de tout temps entre les Ouam' vita (1) et les Ouakilen'diui (2),
(1) Les Ouam'yita ou les hommes de M'vita (nom iodigèoe de l'Ile de Mombase) étaient la population de la ville mème^ Cette population comprenait, outre les Ouam' vita proprement dits, descendants des premier» colons qui s'y établirent, huit autres tribus , débris des populatious de colonies arabes voisines abandonnées ou détruites pendant la dMuination portugaise.
(2) Les Ouakilen'diui ou les hommes de Kilen'dini étaient une population d'origine africaine, dont les premiers groupes venus de l'intérieur s'étaient établis et développés dans plusieurs villages sur le côté sud du bassin de Mombase. Elle s'était ensuite recrutée de quelques familles de colons arabes arrivées postérieurement à l'établissement des Schiraxieus ;
et fît si bien, qu'il décida ces derniers à prendre parti pour Ali. Bientôt, à l'aide d'intelligences établies entre eux et les soldats de l'ancienne garnison restés dans le fort avec les gens du nouveau gouverneur, ils préparèrent révision du prisonnier, qui s'échappa, en effet, et se retira chez les Ouanika , au village de M'rera. Là, grâce aux bons olfices de l'Anglais, qui mit à son service les ressources doni la présence d'un de ses navires dans le port lui permettait de disposer, Ali put organiser ses moyens de vengeance. Les Ouakiiefi'dini et les Ouanika lui fournirent une force suffisante pour attaquer la citadelle, dont il s'empara malgré la résistance de Sîf-ben-Khçleuf et de ses gens. Tous ceux-ci furent tués dans la lutte, et leur chef, forcé de se rendre et pris vivant, fut décapité en représailles du meurtre commis sur la personne de Mohhammed. Une fois maître de la place, Ali, nommé gouverneur par la population, abandonna à ceiJe-<ci les richesses qui se trouvaient dans l'enceinte fortifiée , ne se réservant que les armes et les munitions de guerre. Ënfia, pour consolider son autorité et intéresser les habitants de l'île à la maintenir, il leur concéda, ainsi qu'aux Ouanika, plusieurs privilèges dont ils n'avaient pas encore joui sous ses prédécesseurs.
Les événements que nous venons de raconter durent se passer dans le cours des années 1745 et 1746(1) : Mom-
eafia «De partie de cette p«iniktioB méiMtgée^ ayast passé de la terre ferme sar File arec rassentiment des Portugais qui domiaaieot alors à Moiat>aâe, j arait fondé, dans la partie sud, la ville d« Kilea'diiii.
(1) Ci>s deux termes extrènies boqs parAisseot iadiqiués à la fois par relation d'AhhaiedobeB-Saïd , ea Ûnàa, et par l'épitaplte placée sur if tombaav de Mobbammed-ben-Osmaa , épitaplte dout nous doonous 1' traductiiMi à rappcodice , pièce u* é.
base, par l'élection d'Ali- ben-Osman, fut soustraite, au moins pour un temps assez long, à la domination de l'imam d'Orne.
A l'époque de l'avéneraentd'Ahhmed-ben-Saïd, Patta avait pour sultan Foum Bakari, fils de Bouana Tamo» et mentionné précédemment : les indigèçes , ne foulant pas reconnaître Taotorité du nouvel imam et craignant que l'Influence des Arabes établis ^|s l'île n'aidât celui-ci à s'en emparer, tuèrent une partie de ses gens et expulsèrent le reste. La femille des Nebehan' même se trouva comprise dans cette eiéeation, à l'exception des enfants, qu'on épargna, et que nous verrons plus tard recouvrer leur droit de succession. Foumo Bakari fut alors remplacé dans le gouvernement par un individu nommé Bouana M'Kouhou, surnommé Melani-Gniombé, qui dut bient^H le céder à une fille de B<Miana Tamo nommée Mouana Mimi (4), ou plutôt à un chef nommé Foum' Omar, exerçant l'autorité au nom de cette femme, à titre de vizir, et qui maintenait l'indépendance de Patta à l'égard de l'imam d'Oman.
Ahhmed-I»en-Saïd fut plus heureux en quelques autres points de la côte qui n'avaient pas les mêmes moyens que Mombaseet Patta de résister aux injonctions venues de Mascate. L'île Zanzibar reçut une garnison et fut placée sous l'autorité d'un gouverneur nommé Abdallah-ben-fîjaad , de la famille des AboH-Saïdi. Le sultan de Kiloua reconnut, au moins nominalement, la suzeraineté de l'Imam. Enfin le cheikh de Me«rka envoya , à Mascate, deux des principaux habitants de sa ville en srgne d'hommage et d'obéissance.
(1) Mouana a, devant les noms do femme, le même rôle que Botuina (JertBt un aèiB d'heamtc.
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— 5^8 — Quant à Moguedchou, Braoua, Lâmou, de même que toutes les dépendances de Mombase qui s'étendaient alors, au sud, jusqu'à Qouavi , elles s'abstinrent de reconnaîtrejlbhroedben-Saïd comme leur souverain. Toutefois cette détermination de leur part ne constitua pas, pour elles, un état d'hostilité à l'égard de l'Oman, et leurs anciennes relations commerciales avec ce pays, de même qu'avec l'Inde et la mer Rouge, restèrent à peu près ce qu'elles étaient auparavant. \
Mais quelques-unes de ces populations, en devenant maîtresses d'elles-mêmes, perdirent de leur tranquillité intérieure par suite des rivalités qui s'élevèrent bientôt d'état à état et qui , en l'absence d'un pouvoir médiateur, devaient nécessairement amener d'incessantes collisioBS. Peu de temps après l'élection d'Ali-ben-Osman au gouvernement de Mombase, la guerre éclata entre cette ville et celle de Patta au sujet de l'île de Pemba, que nous avons vue précédemment figurer au nombre des dépendances de cette dernière. Les habitants de Pemba , mécontents de l'administration de Foum' Omar, vizir de leur suzeraine Mouana Mimi , offrirent au gouverneur de Mombase de se placer sous sa souveraineté. Ali-ben -Osman acquiesça à cette proposition et dirigea vers Pemba une petite expédition qui , de concert avec les gens du pays, chassa les agents et les soldats de Foum' Omar, et y établit pour gouverneur un oncle maternel d'Ali, nommé Khamis-ben-Ali.
Les Ouam'vita n'avaient vu qu'à regret l'avènement d'Aliben-Osmau, et ils se trouvaient lésés dans leurs intérêts par les privilèges accordés aux Ouakilen'dini et aux Ouanika; la bonne intelligence (jui avait régné entre cesdeux populations
et l'ex-gouverneitr Mohhammed , la prédilection évidente qu'elles inspiraient à son frère Ali, reconnaissant de l'appui qu'il en avait reçu, avaient convaincu les Ouam'vita que, tant que celte famille conserverait le gouvernement , ils ne pouvaient espérer de recouvrer leurs anciennes prérogatives. Ils cherchèrent donc, à l'occasion de la prise de Pemba, à exploiter le mécontentement du vizir de Patta. Quelques-uns d'entre eux se retidirent, à cet effet, auprès de Foum' Omar et lui offrirent le concours de leur tribu pour l'aider à tirer vengeance de la perte qu'Ali lui avait fait subir. Une flottille armée partit bientôt de Patta et vint mouiller dans le bras de mer du Sud, en face de Kilen'dini, qui fut atta quée , prise et incendiée. Ses habitants se réfugièrent à l'abri des murailles de l'ancienne ville portugaise, désignée par les indigènes sous le nom de Garana( abréviation corrompue du mot portugais governo, et indiquant, dans leur pensée, le lieu, la ville où siégeait le gouvernement). Là , les Ouakilen'dini se trouvaient protégés par la citadelle; mais les gens de Patta, secrètement appuyés par les Ouam vita, entrèrent, sans opposition, dans la ville dite Hharael-Quedima, ancienne ville de Mombase (la ville noire des cartes portugaises). Alors on entra en pourparlers aver Ali, el, soit qu'ils fussent satisfaits des explications données par le gouverneur, soit qu'ils eussent été gagnés, comme on l'a dit, par des présents, les assaillants, au bout de trois jours. se rembarquèrent et retournèrent à Patta.
Après avoir consacré quelques années à affermir son pouvoir à Mombase et sur d'autres localités qui en dépendaient , Ali-bén-Osraan entreprit une expédition contre Zanzibar dans le double but d'annexer à ses possessions cette île iflipoi-
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tante et de se venger ainsi d'Ahbmed-ben-Saïd, dont elle s'était reconnue vassale. La position de Pemba, dépendance de Morobase, dans le voisinage de Zanzibar, facilitait encore l'exécution de ce projet; les préparatifs en furent faits avec le concours de Messaoud-ben^Naceur , cousin germain d'Ali, et nommé» quelque temps avant, par lui, au gouvernement de Pemba, en remplacement de Khamis^ben-Ali décédé. Les forces réunies de Mombase et de Pemba que dirigeait , en personne , Ali-ben-Osman assisté de Kheleuf-ben- Qodib, son neveu, et de Messaoud, arrivèrent bientôt devant Zanzibar; le débarquement ayant eii lieu, les assaillants parvinrent, en peu de temps, à se rendre maîtres de la plus grande partie de la ville, ne laissant à ses défenseurs que le fort où ils s'étaient retirés et le quartier environnant. La tentative d'Ali eût été, sans doute, couronnée d'un plein succès; car la ville, ainsi attaquée à l'iroproviste dans une saison où la mousson régnante s'opposait à l'envoi de secours de Mascate, serait inévitablement tombée en son pouvoir. Mais l'ambition de Messaoud vint donner à l'entreprise une issue fatale pour Ali. Ce dernier n'ayant pas d'enfants et le pouvoir devant, à sa mort, échoir à son plus proche parent, Messaoud , celui-ci voulut en hâter le moment : dans ce but, il poursuivit Kheleuf-ben-CMib de suggestions perfides, exagérant à ses yeux quelques torts que son oncle avait eus récemment envers lui, et le décida à poignarder secrètement Ali-ben-Osman, qui mourut ainsi assassiné après huit ans de gouvernement, c'est-à-dire en 17h3. Cet événement mit le trouble et la division dans le personnelle l'expédition. Kheleuf, justement soupçonné d'avoir commis le crime, fut sommé de s'en eipliquer devant les autres chefs, et, au
milieu du conseil tenu à cet effet, le meurtrier fut tué sur place \ par un chef de la tribu des Ouacegueyo, ami d'Ali. Messel'oud ramena la flottille à Mombase, où, le pouvoir lui ayant été offert, il feignit, pendant quelque temps, de ie refuser, sous prétexte que son piarent Âbdallah-ben-Zaheur, qui était son aîné, y avait plus de droits que lui. Mab ce dernier n'ayant pas voulu s'en charger, Messaoud céda facilement à de nouvelles instances et fut nommé ouali (gouverneur).
Pendant son gouvernement, des querelles intestines iur> venues à Patta amenèrent un nouveau conflit entre la population de cette île et celle de Mombase. La mésintelligence s'était mise entre Mouana Mimi et son vizir Foum' Omar, qui , dit-on, avait manifesté la prétention de l'épouser et de s'assurer, par cette alliance, une autorité plus légitime que celle qu'il exerçait de fait. Mouana Mimi , voulant l'éjoigoer, l'envoya faire la guerre à Braoua, daus le but apparent de terminer une contestation qui existait depuis quelque temps entre les cheikhs de cette ville et les sultans de Palta au sujet de la souveraineté du Djoub. Foum' Alote, frère cadet de Mouana Mimi, avait pris le gouvernement en l'absence de Foum' Omar; lorsque ce dernier revint de Braoua, il voulut ressaisir le pouvoir ; mais, son remplaçant ne se souciant pas de le céder, une lutte se prépara entre les deux rivaux. L'intervention de Messaoud ayuntété réclamée par 1 un et l'autre prétendant, le gouverneur de Mombase Ht partir (les troupes pour Patta, sous le commandement d'Ahhmedben-Mohhammed. Cette intervention s'exerça définiliveraenl en faveur de Foum' Alote, mais ne suftit pas, à ce qu'il paraît, à le faire promptement triompher de son ailverî>aire.
En effet, après cinq ans de luttes, Foum' Omar, qu'on avait attiré à Mombase pour l'y retenir prisonnier, ayant échappé k ce guet-apens, était revenu à Patta et allait peut-être l'emporter sur son compétiteur lorsqu'il fut assassiné. Foum' Alote fut alors nommé sultan, à la condition, toutefois, de> reconnaître la suzeraineté du gouverneur de Mombase, qui installa, comme son représentant, près du nouvel élu, Abdallah-ben-Messaoud el Bouhourt. Cet Abdallah fut remplacé dans la suite par Kheleuf-ben-Naceur; mais ce dernier ne remplit pas longtemps ses hautes fonctions. Voici, en effet, ce qui arriva :
Le sultan Foum' Alote avait un frère nommé Foum' Amadi, qui ne mentait pas à son origine et qui méritait, à tous égards, de figurer dans cette interminable lignée d'ambitieux assassins. Il convoitait le pouvoir de son frère, tin même tempS^ qu'il formait le projet (dont il prétendait peutêtre se faire une excuse ) de soustraire Patta à l'autorité de Mombase. Il avait pour partisans les Badjougne ou Ouagougne : on appelait ainsi les habitants de Pazza, une des villes de l'île. Ces Badjougne se révoltèrent, et Kheleuf et Foum' Alote, s'étant portés à la rencontre des insurgés, périrent fort à propos dans la mêlée. Foum' Amadi gagna, à cet événement, le double honneur d'être élu sultan et de rendre à Patta son indépendance. Le sultan de Mombase ne tira vengeance de cette rupture et du meurtre de son agent qu'en faisant assassiner celui du sultan de Patta à Pemba, et qui s'appelait Badi-Séliman ; l'avènement de Foum' Amadi avait eu lieu dans les derniers jours de 1774, et la mort de Messaoud , qui n' en fut séparée que de quelques mois, prévint, sans doute, de plus sérieuses hostilités entre les deux cités.
Abdallah-ben-Mohhammed succéda à Messaoud , et pendant son règne, qui dura sept ans,i il ne se passa aucun fait remarquable. L'épitaphe inscrite sur son tombeau, qui existe encore à Mombase(l), porte qu'il mourut le mercredi 12 du mois de m'hharrem de l'an 1497 de l'hégire (18 décembre 1782).
Le choix du successeur à donner à Abdallah fut l'oocasion de quelques débals parmi les M'zara (2), tribu au sein de laquelle figuraient trois familles principales, celle d'Ali et de Qodib , celle d'Abdallah-ben-Zaheur et celle de Messaoud , qui, toutes, avaient vu tour à tq^ir leur chef au pouvoir. Les partisans de la première voulaient élire Ahhmed-ben-Mohhammed , frère du dernier gouverneur et neveu d'Ali-ben-Osman ; les partisans de la seconde lui opposaient Salem-ben-Abdallah ; enfin ceuï de la troisième préféraient à l'un et à l'autre Abdallah-ben-Messaoud. Ces divers partis réussirent cependant à s'entendre au moyen d' une transaction par laquelle Ahhraed-ben-Mohhammed eut le gouvernement suprême avec la moitié des revenus, l'autre moitié devant être partagée entre ses deux compétiteurs , dont l'un, Abdallah, aurait, en outre, le gouvernement de Pemba, et Salem celui de Gueriama. Mais ce pacte, d'abord consenti par les intéressés, fut bientôt rompu par les deux adversaires d'Ahhmed, qui tentèrent de le déposséder violemment du pouvoir, et furent sur le point de s'emparer de la citadelle. Cependant les gens d'Ahhmed firent bonne conienance et parvinrent à repousser les assaillants, dont les
1) Voir, à l'appendice, la pièce n° 4.
(2) M'zara, pluriel de M'zouroui , nom de la tribu dans laquelle filaient pris les gouverneurs do Mombase.
chefs s'enfuirent à Zanzibar, où ils firent les préparatifs d'une I contre-expédition sur Pemba. Ahhmed , informé de leur pro-
jet, envoya aussitôt son cousin Séliman-ben-Ali avec quelques forces , pour prendre possession du gonvernement de cette île. Toutefois ce n'était pus réellement sur ce point que les révoltés comptaient diriger leur agression; ils n'en avaient fait répandre le bruit que pour masquer leur véritable intention, qui était d'attaquer Mombase, et ils étaient déjà en route vers cette île au moment où Séliman-ben-Ali s'avançait, de son c6té, sur Pemba. Les bateaux qui l'y portaient avec ses gens, contrariés par la mousson de sudouest, avançaient péniblement à la perche, côtoyant de trèsprès le rivage, et étaient arrivés par le traTers de Gassi : le besoin de renouveler leur provision d'eau les ayant obligés d'aborder en cet endroit, quelques hommes débarquée à cel effet se trouvèrent inopinément en présence de la troupe des révoltés, qui, se rendant, par terre, à Mombase, suivaient également la côte; un petit engagement eut lieu, et Séliman, averti de ce qui se passait, se hâta deretourner à Mombase prévenir Ahhmed de Ifif prochaine arrivée de ses ennemis. Ceux-ci, ayant continué leur route, arrivèrent aussitôt que lui et se portèrent sur Kilen'dini , dont ils s'emparèrent, après en avoir tué le commandant, ^àcem-ben- Djemmaâ el Maâmiri. Cependant assaillis bientôt eux-mêmes par les troupes d' Ahhmed, ils turent défaits et forcés de se retirer sur la grande terre, à Guerriama et à M'taoué; mais les Ouanika habitant ces deux villages ne leur donnèrent pas asile et ils massacrèrent leurs principaux chefs, notamment Abdallah et Salem, dont ils envoyèrent les têtes au gouverneur. La mort de ces deux personnages fit cesser les eni-
barras que leur caractère turbuieot et leurs ambitieuses préteDtiOQ.s avaient commencé de créer à Ahhmed dans l'exercice de son gouvernement ; mais de graves évéoeoieots arrivés à Mascate vers la même époque vinrent lui susciter de nouveaux ennemis et des périls plus grands, qui remirent en question son pouvoir et l'indépendance de Morobase.
Pendant que les faits que nous venons de raconter se passaient à la côte, orientale d'Afrique, Ahhmed-ben-Said s'était abstenu d'y intervenir. Les soins que nécessitait la consolidation de la dynastie nouvelle, les difficultés que pouvait amener pour lui la lutte de l'Angleterre et de la France, dont les navires avaient des rencontres sanglantes jusque dans le port de Mascate (4) ; enfin ses démêlés avec Kérim-Khan, régent de Perse , qui , pour arriver en Oman , avait attaqué Bassora (2) et forcé l'Imam d'accourir à la défense de cette ville; toutes ces préoccupations, disons-nous, avaient rendu la présence d'Ahhmed nécessaire dans le golfe Persique et détourné son attention de toute autre affaire moins sérieuse ou d'un intérêt moins direct. Il s'était donc contenté d'exploiter commercialement les points du littoral africain ayant reconnu sa souveraineté, c'est-à-dire d'y expédier chaque année trois ou quatre navires, qui ramenaient à Mascate les esclaves, l'or, l'ivoire, enfin tous les produits de la côte affluant alors sur les riches marchés de Kiloua et de Zanzibar. Ouanl aux autres places réfractaires à son autorité, quoi-
[l) Voyez l'Affaire du comte (tEstaing, à la II* partie, chap. m.
(21 On trouve des détails iutéressants , au sujet des affaires de Bassora et de la part qu'y prit l'imam de Mascate, dans uoe correspondaix-e ^e M. Rousseau, alors ageut consulaire de France à Bagdad, correspoudaiice qui se trouve aui archives de» affaires étraDgèrea.
que des relations existassent toujours entre elles et ses sujets d'Oman , il était resté, sous le rapport politique, complètement inactif à leur égard.
Cette inaction de l'Imam dura jusqu'à sa mort, qui eut lieu à la fin de 1783 ou au commencement de 4784 (H98 de l'hégire), c'est-à-dire un an environ après l'élection d'Âhh med-ben-Mohhammed au gouvernement de Mombase. Mais la situation changea peu de temps après l'avènement du suc cesseurd'Ahhmed-ben-Saïd,qui futSaïd-ben-Ahhmed, l'aîné de ses fils. Sîf-ben-Ahhmed , frère cadet du nouvel imam, convoitait le pouvoir : voyant qu'il ne pourrait, en Oman, le disputer avec succès, il réunit ses partisans sur quelques navires, et partit avec eux pour la côte d'Afrique, dans le but de soumettre à ses lois Zanzibar et les anciennes dépendances de l'Oman sur celte côte (4).
Arrivé devant Zanzibar dans les premiers mois de 1784 (4 498 hégire), il somma le gouverneur de l'île, Khellanben-Ahhmed , de lui remettre la place et de reconnaître son autorité. Ce gouverneur s'y étant refusé, Sîf débarqua avec ses gens et s'établit dans la partie de la ville la plus éloignée du fort , où Rhelfan s'était retiré avec la garnison et d'où il protégeait l'autre partie de la ville, dont les habitants étaient restés fidèles à l'îmam. Au bout de quelque temps, de nombreuses défections éclaircirent les rangs des assiégés et grossirent la troupe de Sîf, qui parvint dès lors à investir complètement le fort. Il allait infailliblement s'en rendre maître, lorsqu'une flotte expédiée de Mascate, sous
(i) Pour l'intelligence de tous les événements de famille mentionnes dans la suite de ce récit, nous engageons le lecteur à consulter le tableau généalogique, pièce n" 5 de l'appendice.
le commandement d'Ahhmed, fils de l'Imam, arriva à Zanzibar dans les derniers mois de la même ann^, et y changea la face des choses. Soultan', autre frère de Said que celui-ci avait chargé d'accompagner son neveu, eut une entrevue avec Sif. 11 le convainquit aisément de l'inutilité d'une tentative de résii$tance, et, l'ayant décidé à quitter Zanzibar, il favorisa son évasion. Sîf se retira alors a Lâmou, où il mourut peu après.
L'eipédition envoyée par Said à la côte d'Afrique n'avait pas seulement pour but de faire avorter le projet de son trère, révolté contre lui, elle devait aussi servir à replacer sous sa souveraineté les points de cette côte, dont les chefs indigènes s'étaient déclarés indépendants de l'imamat lors de ravéoement d'Ahhmed-ben-Said, son père. A cet eflFet, quand il eut raffermi l'autorité de Said à Zanzibar, Ahhmed se présenta avec un seul bateau devant Mombase, où il débarqua le 9 de rebi-ei-aouel 1199 (^janvier 1785). Il descendit à terre sans se faire annoncer, voulant garder l'incognito, afin de sonder les dispositions des habitants à l'égard du gouverneur. Mais un des Arabes de la ville, qui l'avait vu en Oman, le reconnut, et répandit aussitôt la nouvelle de l'arrivée du fils de l'Imam. Alors le gouverneur, suivi de ses principaux officiers, se porta à sa rencontre pour lui faire honneur, le reçut avec tous les égards dus à son rang et l'amena en grande cérémonie dans sa maison. Là, après quelques compliments échangés, Ahhmed, s' étant levé tiu milieu de l'assemblée et s'adressant à son hôte, lui demanda, d'un ton qui ne semblait pas admettre le doute. à qui appartenait la ville. î/air d'autorité et d'énergique résolution empreint sur les traits et dans la contenance
111^ "TT" ~ y - - . '-.- -- ^-^^ .-3^.:.
d'Abhmed, qui, disent les Arabes, ressemMflit en ce moment à un lion, imposa tellement au vieux et prudent gonverneur, qu'il répondit aussitôt è son interlocuteur que la ville était à l'Imam. Ahhmed ne se contenta pas de cette réponse verbale , que les Arabes ont, d'ailleurs, l'habitude de prodiguer, en forme de politesse, à tout étranger qui se présente chez eux ; il demanda que la déclaration fût faite par écrit et signée du gouverneor lui-même. Ce dernier crwt devoir encore condescendre à cette demande, malgré l'avis opposé de quelques-uns de ses parents. Mais ce qui donne à penser que le vieux M'zouroui , en cédant aux premières exigences, avait agi avec plus de pefifique que de désintéressement, (fest qu'on ne voulut pas laisser le fils de l'Imam visiter la citadelle. Qnol^il en soit, Ahbmedbeo-Sâikt quitta llorob«»e, emportant avec lui l'acte qui constatait l'apparente soumission du gouverneur, et décidé à la rendre ensuite plus effective, si la conduite de cehii-ci l'exi^ geait.
Il parait que la sHuation des affaires, à Patta, était, lors de l'expédition dont nous venons de parier, favorable au^x vues de l'Imam, car, dans le détail des opérations de la flotte et des actes de son chef, no«s n'avons jamais entendn faire mention d'aucune mesure prise à l'égard de cette île. ÎHotts troirvoDS, de plus, daos nos documents, qu'en l'année U90de l'hégire {1776-77 J. C.) , c'est-à-dire environ deux ans après l'élection de Foum' Amadi à la sultanie de Palta, cette île et ses dépendances avaient été anienées à reconnaître la sonveraineté de l'Imara par les suggestions d'uo certain Naceur-ben-Mohhammed , de là famille des Abou-Saïd, que le chef de l'Chnân y avait envoyé dans ce but.
Enfin quelques passages d'un rapport de M. Saulnier de iMondevit, commaridaBt la corvette du roi la Prévo^ncCy et qui, 60 I7S6, visita les principaux points du Zanguebar, nous periBetteot de constater que , sur toute la cAte comprise entre Mombase et le cap Delgado, l'autorité de i'Imam n'était niée dans aucune localité importante (1).
La suzeraineté de Saïd ainsi rétablie dans toute la partie de la côte orientaie d'Afrique jadis soumise aui inams de la dynastie des Yèreby, les choses restèrent en cet état pendant tout le temps qu'il conserva le pouvoir en Oman. Cependant, par son caractère doux et pacifique, et son esprit profondément religieux , ce prince était plus apte à la direction des affaires spiritudres qu'au gouvernement d'ua pays souvent agité sok par l'esprit turbulent des populations, soit par les rivalités et les prétentions qui s'élevaient si fréquemment parmi les membres de la finûlle souveraine. Tant que son fils vécut, celui-ci, doué d'autant de sagesse que de fermeté, sut , il est vrai, faire respecter, parmi les populations de l'Oman, l'autorité de l'Imam. Mais qudqiKs années après l'expédition racontée ci-dessus, Ahhmedbeo d imam Saïd aourut, et les feriaents de désordre, jusqu'alors contenus par son administration énergique et habile, se ravivèrent à la faveur de la confusion et du relâchement qui se produisirent dans l'exercice du gouverne- Hient, lorsque son père s'en trouva seul chargé. Soultanben-Ahhmed, le plus entreprenant et le plus ambilieux d'entre les frères de Saïd, profita des troubles qui s'élevèrent
A) Voir le rapport de M. Sauluier de Mondevit, iiesteiiast de nn- »eau, inséré au tome VI des XouaeUes annales eu voffmffti , «mis le
et dont il avait été le plus actif instigateur. Entraîné par son caractère remuant et belliqueux, Soultan' avait, dès son enfance, quille la maison paternelle pour aller vivre parmi des tribus de Bédouins où il s'était fait bientôt un parti assez puissant pour tenter une usurpation même du vivant de son père. Les circonstances dont nous venons de parler favorisèrent la réalisation de ses désirs, et vers 179j (1205-06 hégire) (i) il parvint, à la tète de ses Bédouins, malgré la résistance de l'Imam qu'appuyaient ses autres frères, à s'emparer de tout le littoral et notamment du port de Mascate. Il laissa à Said le titre d'imam et la résidence de Reustak avec le territoire qui en dépendait, et ses deux frères, Qis et Mohhammed, conservèrent, le premier, le gouvernement de Sohhar, le second , celui' de Souïgh, qui leur avaient été donnés par leur père : ainsi Soultan' eut tous les pouvoirs que donnait l'imamat, sans être revêtu de cette dignité, et. même après la mort du titulaire, qui eut lieu en 1215 de l'hégire (1802 ou 1805), il sembla dédaigner de se la faire conférer, soit que l'élection au rang d'imam entraînât, quant à la conduite du dignitaire, certaines restrictions auxquelles il ne voulait pas se soumettre, soit qu'il comprit toute la vanité d'un titre qui ne lui avait pas été nécessaire
titre : Observations sur la côte du Zanguebar ; voyez aussi, au dépôt de» cartes et plans de la marine, le mémoire qu'après son exploration, le même officier rédigea sur la nécessité de fonder un él(iblissement à yiongalo.
(1) Cette date, résultant des documents que nous possédons, est confirmée par le capitaine Dubois. On trouve, eu«ffet, dans le récit de son voyage un passage ainsi conçu : « Mascate est actuellement (1793) gou- M vernée par le sultan frère de l'Imam. Il parvint, il y a deux ans, a u chasser son frère du gouvernement. » (Voyage du capitaine Dubois, Annales de Malte-Brun, t. II, pages 64-63.)
jusqu'alors pour exercer dans toute sa plénitude l'autorité souveraine.
Peu de temps après son usurpation , Soultan' occupa les îles de Kechm' et d'Hormouz, et par le fait de cette prise de possession il se substitua au cheikh qu'il en dépouillait dans le fermage de Bendeur-Abbas et dépendances que la Perse louait depuis longtemps à ce cheikh et à ses prédécesseurs.
Quelques années plus tard, en 1800 (1S15 hégir«), il se rendit maître des îles Bahharin', qui étaient au pouvoir de la tribu arabe des Attouby. Durant le siècle qui venait de s'écouler, tous les bateaux du golfe commer'çant avec les côtes de l'Inde, de l'Arabie ou de l'Afrique payaient à l'imam d'Oman un impôt, qu'ils devaient acquitter en passant devant Mascate pour rentrer dans le golfe : les Attouby s'y étant refusés, Soultan' envoya contre eux une expédition qui les chassa de Bahharin', où il mit alors pour gouverneur son fils Salem ; mais cette conquête lui échappa au bout de deux ans, et les erabarras que lui donnaient, à cette époque, les succès croissants de la secte des Ouahabites et les projets hostiles de leur chef Souhoud contre l'Oman , empêchèrent Soultan' de rétablir son autorité dans ces îles. Sa position devint même très-critique en cette circonstance : menacé dans ses propres États , il dut employer, pour les mettre à l'abri de l'invasion de son puissant ennemi , toutes ses forces de terre, en même temps que sa flotte avait à protéger son commerce contre les agressions des hardis pirates de Djulfar et de Ras-el-Khima, appelés les Djouassim, qui, ayant adopté les principes de la nouvelle secte, étaient devenus les alliés de Souhoud. Après avoir vainement essayé, par quelques concessions, de contenter l'ambition de ce dernier, Soultan avait fait alliance I.^ 36
avec ie pacha de Bagdad , dont le territoire était aussi menacé par les Ouahabites. Le concours qu'il attendait de son allié pour agir contre l'eDDemi commun ne s'^Bfôctuant pas assez tôt au gré de ses désirs, il youlut juger, par lui-même, de la réalité et de l'importance des préparatifs qu'on lui annonçait comme étant faits dans ce but , et fit yoile atec une flotte de 15 navires de guerre vers Bassora , au commencement de la lune de rejeb 1219 (octobre 1804). Arrivé devant ce port, il y reconnut, avec autant d'irritation que de regrets, la vanité des promesses dont on l'avait leurré : aucun mouvement de troupes n'était préparé. Alors, déçu dans ses espérances, Soultan' prit le parti de ramener sa flotte à Mas-
cate , menaçant de se joindre à Souboud pour se venger de l'inaction du pacha.
La flotte étant parvenue aux environs du détroit, Soultan' en laissa le commandement à son lieutenant et s'embarqua, avec quelques individus de sa suite, sur un bàtimrat léger, pour se rendre à/ile de Kecbm' , d'autres disent à Beodeur- Abbass. Chemin faisant et le soir même, le bateau qu'il montait fut rencontré, dans les parages de Bassidou, par cinq bateaux des Djouassim; une lutte acharnée s'en^gea, et Soultan' y fut tué d'un coup de feu. Cet événement eut lieu ie 14^ jour de chàaban de l'an 1219 de l'hégire (18 novembre 1804).
Soultan' laissait deux enfants encore adolescents : l'aîné, Syed Salem, était d'un naturel doux et peu ambitieux; le cadet, Syed Saïd, né en Tan 1204 (1789-1790), et qui entrait ainsi dans sa seizième année, annonçait déjà le caractère entreprenant et énergique de son père, et ne semblait pas disposé à permettre jamais qu'on le frustrât de son hé-
ritage. Cependant Qis-ben el imam Ahhnied « frère aîné de SouIUn', dont il n'avait toléré f usurpation que par impossibilité de lutter emtre lui , crut le moment favorable pour ressaisir le pouvoir, auquel son droit de primogéniture aurait dû l'appeler à la mort de l'imam Saïd. Prétextant, d^ailleurs, la grande jeunesse des deux princes et leur incapacité, au nH>io6 momentanée, à gérer les affaires du pays , il marcha sur Mascate, devenue, sous le dernier règne, le siège du gouvernement. Mais, d'un autre côté, se présentait un troisième compétiteur : c'était Bedeur, fils de Stf , mort, on se le rappelle, à Lâmoa après son échauffourée dans les possessions africaines de l'imamat. Bedeur avait été, de même que Qis, quoiqu'à un moindre degré, lésé par l'usurpation de Soultan', puisque /son père était l'aîné de celui-ci : il pouvait donc» au nom du même principe, contester aux enfants de Soultan' leur droit de successioD. Au moment où Bedeur apprit la mort de son oncle, il vivait retiré auprès des Ouahabites, dont il avait accepté les principes religieux. Dans le but de kire valoir ses prétentions, aussi légitimes à l'égard des enfants de Soultan' qu'elles l'étaient peu à l'égard de Qis, le frère aîné de son père, il revint aussitôt en Oman , emmenant avec lui des troupes que Soufaoud lui'avait confiées. Instruit de ce fait, Saïd écrivitTounédiateaient à son cousin pour l'engager à se s^arer des Ouahabites, lui promettant de partager avec lui les prérogatives du rang suprême, et de le traiter comme son aîné et son supérieur. Bedeur pensa sans doute avoir facilement raison de ses deux jeunes parents, el se décida, en conséquence, à répondre à l'appe) de Saïd : il renvoya les soldats ouahabites qui l'accompagnaient et se rendit à fiiascate. Là une alliance fut
coDclue entre lui et ses cousins , et leurs partisans réunis l'emportèrent sur ceux de Qis, lequel se vit contraint de s'en tenir encore une fois à son gouvernement de Sohhar. L'expérience et la maturité de Bedeur, son titre d'oncle maternel de Saïd, l'un des deux jeunes princes^ lui acquirent bientôt une influence marquée dans la direction des affaires publiques, influence qui augmenta naturellement le nombre de ses partisans personnels. Fort de la situation que les circonstances et ses intrigues lui avaient faite, il songea à en profiter, et ne tarda pas, en effet, à manifester par tous ses actes l'intention qu'il avait de supplanter ses deux cousins.
Ainsi il les amena tous les deux à quitter, la capitale, en faisant accepter à Salem le gouvernement de Monsanah, situé près de Mascale, et à Saïd le gouvernement de Beurka. Par cet arrangement, qui satisfaisait, au moins momentanément, r amour-propre du premier et l'ambition de l'autre, il aurait, pendant quelques années peut-être, conservé sa position ; mais des périls plus pressants allaient surgir pour lui du côté de l'extérieur ; une invasion des Ouahabites devait porter un coup terrible à la stabilité de son pouvoir naissant. En effet, la mort de Soultan', dont le courage et l'activité mettaient seuls obstacle , depuis plusieurs années, au progrès des Ouahabites en Oman, avait inspiré à Souhoud l'espoir qu'en facilitant l'arrivée de Bedeur au pouvoir il lui ferait accepter sa suzeraineté. Voyant que celui-ci s'occupait exclusivement de ses intérêts, il fit entrer dans le pays des forces considérables. Bedeur, dont la bravoure était éprouvée, marcha à leur rencontre avec toutes les troupes qu'il avait de disponibles , et s'efforça d'arrêter la marche des envahisseurs; cependant, accablé par la supériorité nu-
mérique de ceux-ci , et réduit à s'avouer que l'unique moyen d'éviter une complète déchéance était de traiter avec Souhoud , il accepta les conditions imposées par ce dernier. La soumission de Bedeur au chef des Ouahabites , toute forcée qu'elle fût, n'en était pas moins ignominieuse et lui nuisit beaucoup dans l'esprit de ses sujets. Ce traité portait en substance : que Syed Bedeur conserverait la souveraineté de l'Oman sans y être désormais inquiété, mais qu'il enverrait, chaque année, à Déraïeh un tribut de 50,000 piastres; qu'un agent de Souhoud résiderait à Mascate, et veillerait à ce que les habitants de cette ville observassent rigoureusement le rite et les cérémonies de la religion d'Abd-el- Ouahab ; qu'un corps de quatre cents cavaliers ouahabites, chargé de prévenir les infractions au traité, occuperait le voisinage de Beurka; enfin que Bedeur, en qualité de vassal et de néophyte de la foi nouvelle , se conformerait , en toutes choses, aux ordres de Souhoud, et l'assisterait toutes les fois qu'il serait requis de le faire. Quelque amertume que dût ressentir Bedeur en se voyant soumis à tant d'humiliations, il y trouvait comme compensation l'avantage d'avoir obtenu, par ce traité, la reconnaissance de son titre de sultan et de chef de la famille souveraine, et il espérait, dès lors, que la puissante protection de Souhoud le mettrait à l'abri de prétentions ou réclamations qui pourraient surgir ultérieurement de la part de ses cousins. Mais cette situation, dans laquelle il croyait trouver des garanties solides, ne servit à retarder sa chute que de quelques mois, si tant est que celle-ci ne fut pas accélérée par l'impopularité que lui attira son abaissement. Plusieurs mesures adoptées par lui à la suite de ce traité, et particuliè-
rement ie licenciement du corps de troupes qui ayait formé la garde personnelle de Soultan', et qui était tirè»-attaché à ses fils, déterminèrent ces soldats, tous Belout'cbis natifs du Mek|ran et du Sind, à servir les projets de Saïd, lequel, de son côté, conspirait déjà contre l'usurpateur. Le résultat dé l'accord qui s'établit entre cette force armée et le jeune prince 'j
ne se fit pas longtemps attendre : des intrigues ourdies par ce dernier avec autant de résolution que d'habileté amenèrent Bedeur à une imprudente démarche, à la suite lie laquelle il fut assassiné. C'était le 15' jour du mois de djoumadi premier 1221 (51 juillet 1806). Quarante jours après, Syed Saïd , quoique plus jeune que son frère, fut, du consentement de ce dernier, proclamé sultan le premier de redjeub 1221 (14 septembre 1806). Les détails relatifs à ces deux événements et aux principaux actes du gouvernement de Saïd , qui exerce encore aujourd'hui le pouvoir en Oonân, trouveront leur place dans un chapitre spécial de la relation (1); mais il était nécessaire de les mentionner ici pour l'intelligence des faits qui terminent notre résumé de l'histoire politique de l'Afrique orientale.
Cette succession plus ou moins révolutionnaire de plusieurs des enfants d'Àhhmed au gouvernement de l'Oman, et les troubles qu'elle produisit dans ce pays, ne paraissent pas avoir eu leur contre-coup dans les États africains dépendants de l'inaamat. Pour ceux qui avaient accepté volontairement la suzeraineté de l'Imam, comme pour ceux à qui elle avait été imposée, la soumission était devenue d'autant plus facile que les préoccupations des divers souverains
(1) Voyei 11* partie, chapitre m.
qui araient tour à tour gouverné la métropole et les difficultés de leur situation personnelle rendaient leur autorité peu active à l'égard de ces possessions éloignée». Au moment de l'élection de Saïd-ben-Soultao', aucun chtDge' ment politique n'était survenu à Patta, Mombase, Zaniibsr, KilQua, depuis l'eipédition faite, par Ahhmed'ben-Said , peu après l'avènement de son père à l'imamat. Mombase était toujours gouvernée par le cheikh Ahhmed-ben*Mohhammed, et Foum' Amadi avait conservé son autorité dans la sultanie de Patta. Ces deux chefs reconnurent le nouvel élu de l'Oman, et le gouverneur de Afombase suivit, à l'égard de Saïd , la conduite prudente qu'il avait tenue vis4-vi8 de ses prédécesseurs. Mais la mort de Foum' Amadi , qui eut lieu le 1 7 de deul-qÀada i221 (28 janvier 1807), vint encore une fois troubler les bonnes relations d'abord entre Patta et Mombase, et par suite entre cette dernière cité et le souverain d'Oman.
Quand il s'agit d'élire un successeur à Foum' Amadi , la population de Pktta et de ses dépendances se divisa en deui partis : l'un appuyait les prétentions de Foum' Alole, fils du sultan défunt, et l'autre voulait élire un certain Ouizir, gendre du même sultan, et fils du Foum' Alote dont nous avons mentionné précédemment l'assassinat par Foum Amadi. Les deux partis ne pouvant s'entendre, l'intervention de Mombase fut réclamée, et s'exerça d'abord sous la forme d'une simple médiation : trois individus, successivement envoyés par le cheikh de Mombase , en furent les agents. Mais les négociations n'ayant pas suffi pour mettre d'accord les deux adversaires, Ahhraed-ben-Mohhamraed se décida à trancher le différend par une intervention armée
en faveur de Ouizir, et se rendit lai-mème à Patta à la tète de l'expédition. Il réussit, après quelques escarmouches, à faire triompher son client, qui fut élu sous le nom de sultan Ahhmed, et auprès duquel dut résider, comme agent du gouvernement de Mombase, un certain Ali-ben-Âbdallah, en témoignage de la vassalité consentie, à l'égard de ce gouvernement, par le nouveau sultan de Patta.
A la suite de sa défaite , Foum' Alote , emmené à Mombase et jeté dans une prison, y fut, dit-on, étranglé quelque temps après. Ses partisans s'étaient retirés à Lâmou, dont ils avaient décidé la population à ne pas reconnaître l'autorité du nouveau chef de Patta. Lâmou devint, à cette occasion, le théâtre d'une lutte à laquelle le cheikh de Mombase prit personnellement une part active. Il marcha contre la ville, et , n'ayant pu s'en emparer dans une première attaque, il en fit le siège. Une seconde attaque tentée par lui sembla d'ébord être plus heureuse. Il était arrivé avec ses troupes au pied des murailles, dont l'une des portes était déjà brisée, lorsque les habitants firent une vigoureuse sortie, forcèrent les assiégeants à s'enfuir, et, les poursuivant jusque sur le rivage , en tuèrent bon nombre et obligèrent le reste à s'embarquer. Ahhmed-ben-Mohhammed, vaincu, retourna à Mombase. Ces derniers événements occupèrent l'intervalle compris entre la fin de 4221 et celle de 12*25 (de 1807 à 1811). I
Pour se mettre à l'abri de nouvelles tentatives de la port des Mombasiens contre leur ville, les habitants de Lâmou réclamèrent la protection de Syed Saïd , et l'un d'eux , nommé Abd-er-Rahman-ben-Nour-eddin , se rendit , à cet effet, à Mascate. Le sultan consentit à envoyer un gouverneu r
à Lémou, et choisit Kheleuf-ben-Naceur. Celui-ci, aussitAt arrivé, fit, par ordre de son maître, travailler à l'érection (l'un fort, pour assurer la défense de la ville. Il fut remplacé bientôt par un certain Aross-ben-Kélébi , qui , lui-même , dut céder ce poste à Mohhammed-ben-Naceur el Bou-Saïdi , sous le gouvernement duquel le fort fut terminé.
Environ trois ans après l'échec subi par lui devant Lémou, le gouverneur de Mombase, Ahhmed-ben-Mohhammed-ben-Osman, mourut. L'épitaphe inscrite sur son tombeau [\) indique qu'il mourut dans la nuit du vendredi, 25* jour de rebi second, l'an i229 de l'hégire (le jeudi 14avriH8i4).
Son fils Abdallah lui succéda : quoique d'un âge déjà assez avancé, il était encore d'un caractère énergique et d'une grande bravoure ; il passait même pour le plus vaillant guerrier de la famille et le plus capable de soutenir la prépondérance de Mombase. Dès son avènement au pouvoir, il manifesta l'intention de se rendre indépendant de Mascate. Au lieu d'envoyer, ainsi que l'avait fait chaque année son prédécesseur, des présents au sultan, Abdallah s'en abstint, et, à la réclamation qui lui fut adressée à ce sujet au nom de Syed Saïd, il répondit par l'envoi d'un deraï (espèce de cotte de mailles )^(2), d'un kibaba (petite mesure de capacité), d'un peu de poudre et de quelques balles. Syed Saïd n'accepta pas tout d'abord le défi que cachait ce singulier cadeau; mais il se promit, sans doute, de tirer vengeance de l'insulte, dès qu'une occasion favorable s'offrirait. Abdal-
\\) Voir l'appendice, pièce n» 4.
' (2) Cette cotte de mailles n'entrait pas dans l'armure des gurrrifrs du pays ; file avait été donnée à son père par un étranger.
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iah ne se fit pas illusion sur le silence et l'inaction du sultan, et, prévoyant qu'il aurait bientôt une lutte à soutenir contre ce prince, il eut l'idée de s'assurer la protection du gouvernement anglo-indien : dans ce but, il se décida à faire un voyage à Bombay. Peu de jours après son départ, une voie d'eau qui se déclara dans son bâtiment le fit relâcher à Meurka, dont les habitants s'étaient précédemment montrés animés de sentiments peu bienveillants à l'égard du gouvernement de Mombase : en cette circonstance, une rixe s'étant engagée entre eux et les gens d'Abdallah, ceux-ci envahirent la ville et la mirent à sac. Arrivé enfin à Bombay, Abdallah y fut bien accueilli par le gouverneur, et il paraît que, depuis cette démarche, des relations continué^ rent d'exister entre celte présidence et le gouvernement de Mombase.
La conduite habile d'Abdallah, la position hardie prise, aussitôt après son élection, à l'égard de Syed Saïd, le châtiment récemment infligé par lui aux habitants de Meurka,
avaient donné dans toutes Jes villes de la côte une haute
idée de sa puissance ,. et semblaient le désigner pour être l'arbitre naturel des dissensions qui s'élevaient si fréquemment parmi leurs habitants. C'est ainsi qu'il fut appelé à intervenir au sujet d'un difiTérend survenu entre les diverses tribus composant la population de Braoua. Les troubles de cette ville avaient eu pour origine une cause assez minime : l'imam de la grande mosquée dite Djemmâa étant mort, chacune des deux tribus chérifs (1), Bidda et Hhattémia, prétendait à l'honneur de nommer un de ses mem-
(1) Oo désigne par le nom de chérifs tous les descendants des premiers colons arabei qui fiondèreot la \ille de Braoua.
bres à cette dignité» et, les tribus soumal prenant parti pour Tune ou pour l'autre, la population se trouva ainsi divisée en deux camps. Le cheikh des Hhattémia, le Hbadji I^ouffaï , se rendit alors à Mombase et pria Abdallah de se déclarer et d'agir en faveur de son parti , lui offrant de placer la ville sous sa suzeraineté. La démarche de ce cheikh eut alors pour seul résultat de grossir son parti de quelques hommes de renfort fournis par le gouverneur de Mombase, mais elle donna , plus tard^ à l'un des successeurs d'Abdallah un prétexte pour revendiquer la souveraineté dé Braoua. Pendant que se passaient les événements que nous venons de mentionner, un nouveau changement s'opéra dans le
gouvernement de Patla. Le plus jeune des fils de Foum' Amadi, Bouana Cheikh, qui était allé à Mascate, lors du triomphe de Ouizir ou Sultan Ahhmed, afin de réclamer contre ce dernier l'intervention de Syed Said, revint à Patla avec quelques soldats que ce dernier lui avait donnés pour appuyer ses prétentions. Ces soldats étaient sous le commandement d'Abd-el-Adi , qui, dès son arrivée, attaqua Sultan Ahhmed , le farça à se retirer sur la grande terre, et fit élire, dans l'île dont il s'était emparé, Bouana Cheikh comme sultan de Patta, sous l'autorité souveraine de Syed Saïd. Le ■0*
jeune sultan s'appela depuis Foum' Alote-es-serir (le petit, le jeune, pour le distinguer de son frère aîné, qui portait le même nom). Mais, à la mort de Sultan Ahhmed, survenue peu après , un de ses parents fit la guerre èrFoum' Alote , qui eut recours, ainsi que l'avaient fait tant de fois ses prédécesseurs, à l'intervention de Mombase : die lui fut ac- (^ordée par A bdallah-ben Ahhmed, de qui il dut reconnaitrc ia suzeraineté.
Foum' Alote-es-serir vécut peu, et sa mort souleva de nouvelles contestations entre son fils Bouana Korobo-ben- Cheikh et le même Ouizir, contre lequel Foum' Alote-esserir avait déjà eu à lutter. L'appui du gouverneur de Mombase fut continué au fils aux mêmes conditions qu'il avait été donné au pèr€, et Bouana Kombo réussit à être élu; mais la protection dont il était l'objet causa bientôt sa chute. Les partisans de son adversaire en appelèrent au sultan d'Oman. Ce prince, de plus en plus irrité contre la ville de Mombase , mécontent de l'influence toujours croissante qu'elle avait acquise depuis qu'Abdallah en était devenu le chef, se décida à entrer en hostilité contre lui à propos de Patta, où le concours de l'un des partis en lutte lui permettait de compter sur un succès qu'il n'eût pas espéré obtenir en agissant directement à Mombase. Syed Saïd envoya donc à Bouana Kombo l'ordre de quitter le gouvernement de Patta, écrivant en même temps à Abdallah pour qu'il eût à retirer ses troupes de cette île, dont le territoire ne lui appartenait pas : cette double injonction étant restée sans effet , il expédia alors contre Patta , au commencement de l'année 1258 (fin de i822), une flottille sous le commandement de l'émir Hhamraad-ben-Ahhmed el bou-Saïdi. Dan^ sa route, la flottille mouilla devant Braoua pour y faire de l'eau, et, soit que l'émir en eût reçu l'ordre de son maître, soit de son propre mouvement, et sûr que ce dernier lui saurait gré d'avoir ajouté cette ville à ses possessions, il fit débarquer des troupes et somma les habitants de reconnaître l'autorité de Saïd. Le vieux cheikh des Hhattémia, le même Hhadji Bouffai qui , quelques années auparavant . s'était repdu à Mombase pour offrir au gouverneur Abdal-
lah la suzeraineté de Braoua, conseilla prudemment à la population de ne pas exposer la ville à être saccagée par les troupes de l'émir et de se résigner à la soumission qu'il réclamait. Un acte , par lequel elle reconnaissait la souveraineté du sultan de Mascate, fut rédigé et signé des cheikhs (le Braoua. Ils firent, en outre, un présent en ivoire et en semen au chef de l'expédition, qui poursuivit sa route vers Patta. A l'arrivée de Hhammad , les troupes que Mombase entretenait sur cette île, et qui étaient destinées, avec le parti de Foum' Alole, à la défendre contre l'expédition envoyée de Mascate, se trouvaient commandées par M'bareuk, frère d'Abdallah, qui fil d'abord éprouver un échec aux troupes de Hhammad. Mais les munitions et les vivres vinrent à lui manquer; en effet, ces derniers lui étaient fournis par Pemba, et les munitions par Mombase : or la mousson de nord-est qui régnait alors rendait très-difficiles les communications ^ntre ces points et Palta. D'autre part, Hhammad le pressait d'opérer sa retraite, afin d'empêcher une nouvelle effusion de sang : à l'appui de ses instances, il faisait valoir que la plus grande partie des habitants de Palta avaient, de leur propre mouvement, appelé l'autorité de Syed Saïd, et qu'en soutenant la cause du sultan révolté il soutenait une cause injuste. M'bareuk, voyant qu'il ^tait dans l'impossibilité de continuer la lutte, feignit de se rendre aux représentations de Hhammad, et, profitant de la voie qui lui était off'erte pour se retirer sans que son adversaire eût connaissance du dénûment et de la situation difficile dans lesquels il se trouvait, il retourna à Mombase, La prise des trois villes de Patta, Sihoui et Pazza mirent Hhammad en possession de l'île, et il y fit reconnaître pour
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chef, sous l'autorité de son maître, ce parent ou (ils de Ouizir, en faveur de qui Syed Saïd était intervenu. Le nouveau chef de Patta prit le nom de Sultan Ahbmed-esserir.
I^ succès obtenu par Hhammad à Patta ne produisit pas tout de suite «ne grande impression à Mombase; mais le cheikh de cette ville se trouva bientôt atteint lui-même dans ses propres intérêts. Le gouverneur de Zanzibar pour Syed Saïd, Mohhammed-ben-Naceur, informé de la présence et des succès de l'émir Hhammad à Patta, et comptant, an besoin, sur l'appui de ses troupes, prépara une expédition conlre Pemba, la plus importante dépendance de Mombase.- Il profita, pour l'y conduire, de l'absence du gouverneur de celte île, qui faisait chaque année un voyage à Mombase, et il parvint à prendre possession de Pemba presque sans coup férir. Dès qu'il eut connaissance du coup de main que venaient d'opérer les gens de Zanzibar, Abdallah-benÂhhmed fit partir des troupes dirigées par M'bareuk et trois autres de ses frères pour reprendre Pemba. Les bateaux qui les portaient abordèrent à Sizini, dans le nord de l'île, où ils furent laissés au mouillage sous la garde de quelques hommes seulement, et M'bareuk s'avança avec sa troupe contre les points occupés par l'ennemi. Pendant qu'on guerroyait des deux côtés, un grand boutre armé de Zanzibar arriva à Sizini et s'empara des bateaux-transports de l'expédition; les gens de Mombase, n'ayant pas eu l'avantage dans la lutte qu'ils avaient engagée, et trouvant leur retraite coupée, furent obligés de subir les conditions du vainqueur. M'bareuk
n'obtint la liberté de ses gens et leur transport à la grande terre qu'en sigtiant un acte qui stipulait l'abandon de Pemba
— ST5 — au sultaD de Mascate. Un individu nommé Naceur-ben- Seliman el Meskeri , éleré et enrichi par les bienfaits des M'zara, et qui, oubliant toute gratitude, avait contribué, par ses intelligences avec le chef de Zanzibar, à leur faire perdre cette île, fut, en récompense de sa défection, investi du gouvernement de Pemba , devenue dès lors dépendante de celui de Zanzibar.
^ M'bareuk et ses gens , transportés à Fon'zi , point de la côte situé entre Ouacine et Tchalè, étaient rétournés par terre à Mombase. Ëo apprenant ce nouvel échec, Abdallah, malade depuis quelque temps déjà , entra dans un accès de colère qui aggrava son état ; il reprocha amèrement à ses frères leur faiblesse en cette circonstance, et les humilia tellement, qu'ils résolurent de retourner à Pemba pour tenter de prendre une revanche de la défaite qu'ils avaient essuyée. Les bateaux manquant à Mombase, ils se rendirent , par terre, à M'tangata, petit port de la c6te en face de Pemba, et où se trouvaient plusieurs boutres sur lesquels ils pouvaient compter pour leur transport sur l'île : s'y étant embarqués, ils franchirent le canal pendant la nuit, abordèrent à Pemba et combattirent plusieurs jours avec acharnement. Mais, dans i'intervalle qui s'était écoulé entre cette attaque et leur précédente retraite , une partie des forces placées sous le combiandement de Hhammad avait, en prévi-
•Ire
sion d'une seconde tentative des gens de Mombase contre Pemba, rallié cette île pour renforcer la garnison que \e gouverneur de Zanzibar y avait laissée. D'ailleurs, l'arrivée de troupes envoyées de l'OmÂn était imminente; M'bareuk et ses frères, voyant leurs efforts inutiles contre celles qui s'y trouvaient déjà, se retirèrent encore une fois sans avoir
mimm
atteint le hut qu'ils s'étaient proposé. Ils ne rentrèrent à Mombase que pour assister aux derniers moments de leur aîné, qui succombait peut-être plus encore au chagrin causé par ses derniers revers qu'aux ravages de la maladie. L'épitapbe inscfite sur son tombeau (1) porte qu'fil mourut le dimanche 12 du mois de ramazan l'an 12^ (le lundi 12 mai 1823).
A la moft d'Abdallah, le gouvernement devait régulière ment passer à son frère Salem, l'aîné des autres enfants d'Ahhmedj. Mais l'un d'eux, M'bareuk, contesta à Salem son droil 4e succession; une guerre civile allait infailliblement résiiUer de ces prétentions opposées; et, dans la situation oii se trouvait Mombase, menacée d'une agression prochaine; de la part de Saïd, ces luttes intestines eussent été plus que jamais funestes au pays. Voyant que ni l'un ni l'autrq des deux frères ne voulait céder, les membres influents de la famille des M 'zara s'entendirent pour nom mer provisoirement gouverneur Séliman-ben-Ali, ex-gouverneur de Pemba et oncle des deux prétendants. Cette transaction maintint l'ordre et la tranquillité dans le pays.
Mais Séliman, alors fort âgé et naturellement peu énergique, n'était pas J homme capable de rétablir la suprématie politique longtemps exercée par Mombase sur les autres petits Etats de la côte, ni surtout de s'opposer aux projets d'envahissement que Saïd méditait. Après avoir fait successivement reconnaître son autorité à Patta, Lâmou, Braoua, et imposé a Pemba sa domination immédiate, le sultan arabe ne pouvait manquer d'agir bientôt contre Mombase elle
(1) Voir à l'appendice, la pièce u« 4.
même, dont l'imporlance militaire lui faisait convoiter la possession. Déjà on y avait appris que Saïd, voulant effectuer le blocus de cette île, armait une flottille à Mascale, et que des ordres étaient donnés dans tous les ports soumis au sultan, afin qu'on s'abstînt d'en expédier des bateaux pour Mombase. Les entraves qui allaient être ainsi apportées au commerce de cette ville devaient augmenter encore l'état de souffrance et d'appauvrissement qui était résulté pour elle de la perte de Pemba, dont le sol fertile fournissait à la fois, au gouvernement, son plus important revenu, et à la population une grande partie de ses moyens d'alimentation. La place était, à la vérité, capable de résister aux attaques de Saïd; mais la supériorité des forces maritimes de ce prince lui assurerait au moins la possibilité d'en maintenir indéfiniment le blocus, et ce blocus entraînerait la ruine complète de Mombase. Ce fut sous la pénible impression produite par l'éventualité d'un tel désastre que Séliman, de concert avec les principaux habitants« résolut de se mettre sous la protection des Anglais, et de faire appel aux navires qui , sous les ordres du capitaine Owen, travai4aient , à cette époque, à l'hydrographie de la côte. Que cet appel eût été ou non effectué par les Mombasiens, toujours est-il que l'un de ces navires, le brick 5arracoutaj commandé par le capitaine Vidal, mouilla dans le port le 3 décembre 1823. Le lendemain, M'bareuk se rendit à bord avec une suite nombreuse; au nom du cheikh, son oncle, et de la population de Mombase, il demanda au capitaine l'autorisation d'arborer le pavillon anglais sur le fort et,de placer la ville et son territoire sous la protection de
Sa Majesté Britannique. D'après les détails qu'on trouve à L 37
ce sujet dans les relations d'Owen et de Botler, le capitaine Vidal n'aurait pas accepté la proposition du cheikh de Mombase, et il se serait seulement chargé de la transmettre soit à ses chefs directs, soit aux autorités du Cap, de Bombay ou de l'île Maurice; mais ce qui suivit permet de penser que, si cet officier refusa, ce fut en des termes qui laissaient aux habitants la faculté de l'initiative. Quoiqu'il en soit, le brick anglais quitta Mombase le 7 décembre, et bientôt la flottille de Mascate, dont la prochaine arrivée avait été annoncée et que commandait Abdallah-ben-Séliem, parut devant la ville. Deux grands beurrhela de guerre jetèrent l'anicre dans la passe et y établirent le blocus. Ce fut peut-être à l'apparition de cette flottille qde les habitants de Mombase arborèrent le pavillon anglais sur la citadelle : il y flottait quand, le 7 février 1824, le capitaine Owen, montant la frégate Leven , arriva dans le port. Immédiatement , et sans tenir compte de l'état de blocus constaté par la présence de la flottille arabe, cet officier entra en communication avec les autorités de la ville, et, le lendemain, on passa, sons réserve d'acceptation par te gouvernement de la métropole, une convention stipulant que le port de Mombase et ses dépendances (l'île Pemba et le littoral compris entre Melinde et la rivière Panggani)^étaient placés sous le protectorat de l'Angleterre aux conditions ci-après , savoir :
Que l'Angleterre ferait rentrer le gouverneur de Mombase dans ses anciennes possessions ;
Que la souveraineté intérieure dudit État continuerait d'être exercée par le chef des M'zara et de se transmettre dans sa famille;
Qu'un agent du gouvernement prolecteur ^c^iderait auprès de cè^chef ; j — r"
Que les droits de douane seraient partagés, par moitié,
entre les deux parties contractantes ;
Que le commerce avec rtiitéri«urserait pernitsaux Anglais ;
Enfin que k traite des esclaves était désormais abolie è Mombase (1).
11 paraît, d'ailleurs, que le conimandaot de la division du blocus, au lieu ée protester contre pette irrégulière intervention dtt capitaine Owen , se rendit à son bord , et lui déclara qu'il était prêt à lui obéir en toutes choses, ajoutant que tdle était la volonté de Syed Saïd : aussi, dès que la convention fut réglée, les navires du sultan allèrent mouiller dans le port, et des relations amicales s'établirent entre leurs équipages et les habitants.
L'un des articles du traité stipulait , on l'a vu, que l'état de Momba^ serait remis en possession de ses anciennes dépendances, et, comme première conséquence de cet engagement, Owen consentit à embarquer sur sa frégate M'ba-
reuk et cinipwnte de ses hommes, pour les déposer à Pemba .
(i) D'après certaines versions, l'établissement jda pretpotorat «nglai^ à Mombase n'aurait pas été aussi forluitemeat amené que nous venons de le dire. On nous a assuré, en effet, qu'à la suite d'ouvertures faites en ce sens au gouverneur de Bombay par Seliman-ben-ATi , et même par son prédécesseur, le gouverneur de cette présidence avait pris des dispositions en conséquence; que le capitaine Owen, arrivant de Mozambique à Boqibay au mois de novembre précédent, avait reçu les instructions Déoessaires^ qu'ea passant peu après à Mascate, il s'était entretenu de TafEaire avec le sultan intéresssé, afin de juger, sans doute, de ses dispositions et de la validité de ses prétentions; enfin que l'établissement du protectorat anglais à Mombase n'était que le résistât tout naturel de ces précédents. A
fi 1 r
580 — i Après avoir laissé à Mombase le lieutenant Reitz, du Le-
ven, un midshipman , un caporal de marines dfestrné à former des soldats indigènes, et trois matelots, la frégate fit route, le 15 février, pour Pemba, et mouilla, le 15, devant ' l'un des villages de la côte ouest de cette île, où M'bareuk et
ses gens furent descendus à terre ; puis le capitaine anglais se transporta à Zanzibar, ayant l'intention de déterminer le I gouverneur de cette île, Saïd-ben-Mohhammed el Akhabiri,
j à se désister volontairement de la possession de Pemba. Mais
cette démarche ne réussit pas ; Saïd-ben-Mohhammed déclara I . nettement qu'une pareille cession ne pouvait être faite que
par le sultan son maître, et invita le capitaine à s'adresser à ce dernier.
Au départ du Leven, qui, dans sa nouvelle tournée, devait toucher à Maurice, M'bareuk s'^rembarqua pour se \^ rendre auprès du gouverneur de cette colonie, et l'inté-
resser sans doute à la ratification du traité conclu entre le chef de sa famille et le capitaine de la frégate. A son arrivée à Maurice, il y fut reçu avec les honneurs militaires et présenté au gouverneur L. F. Cole. Mais il n'obtint pas de lui la ratification qu'il désirait, ce fonctionnaire ayant cru lui- I j même devoir en référer à Londres; néanmoins le prince
\ m'zouroui, en retournant dans son pays, emporta l'espoir que
f la convention serait approuvée par le gouvernement anglais.
Telle était aussi, à ce qu'il paraît, la conviction du capitaine Owen, car, peu après la rentrée de M'bareuk à Mom- I base (dans les premiers jours de novembre 1824), le Leven
reparut dans ce port. Pendant l'absence de ce navire, le lieutenant Reitz, mort en tentant une exploration de la rivière Panggani, avait été remplacé par les soins du com-
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modore Nourse, qui s^'était rendu à Morobase avec la frégate Andromachet dans le but d'y déposer un autre agent, le lieutenant Émery. Celui-ci eut à signaler au capitaine Owen une tentative d'infraction faite à l'article du traité concernant le commerce des esclaves, par le patron d'un bateau arabe. Les esclaves déjà embarqués à bord dudit bateau avaient été saisis par ordre du nouvel agent , et mis à terre sur une propriété dont on avait fait présent aux Anglais après la signature de l'acte relatif au protectorat. Dès que l'arrivée de la frégate fut connue, l^ropriétaire des noirs saisis essaya de les recouvrerirauduleusement, se proposant d'attribuer leur enlèvement à quelques maraudeurs ouanika ; mais il échoua dans son entreprise, et l'un des individus qu'il avait chargés de ce coup de main , ayant été arrêté, fut jugé à bord du Leven et condamné à être déporté auï SeycheHes, sentence qui reçut son exécution. La conduite d'Owen, en cette circonstance, prouverait à elle seule à quel point il prenait le traité au sérieux, et la conviction où il était qu'il serait ratiflé par son gouvernement. Au reste, d'autres faits encore montrent combien il tenait à donner à cet acte son plein et entier effet. En partant de Mombase le 9 décembre, il prit à son bord l'un des chefs m'zara, Racheud-ben-Ahhmed , et sa suite, pour les transporter en plusieurs ports de la côte dont on espérait, sans doute, pousser les chefs à se rallier à la cause de Mombase et à se placer comme ^lle sous la protection des Anglais. Après une courte relâche aux SeycheHes, le Leven vint aborder, à Moguedchou en janvier 1825, et y débarqua le représentant de Mombase. Les dispositions des habitants de cette ville étaient, depuis un an, tout à fait hostiles au sultan de Mascale. Cet esprit d'hos-
tilitc reconnaissait pour cause Tinconcevable conduite d'Abda)lab-ben-Séliem , ce même officier que le snUan avait envoyé à ïa côte d'Afrique, en i82o, pour faire le blocus de Mombase. Dans sa route, Abdallah ayant mouillé devant Moguedchou et mandé à son bord les chefs de la ville, sous le prétexte de leur transmettre des ordres de Syed Saïd, deux des plus marquants s'y rendirent aussitôt avec quelques présents; mais à peine y étaient-ils arrivés qu'Abdal- ! lah , mettant à la voile, faisait route pour Zanzibar, où on
, les jeta en prison pour les contraindre à payer chacun une
rançon de 2,000 piastres.
Toutefois, malgré les justes rancunes que les habitants de Moguedchou conservaient contre le sultan, depuis la violence exercée à leur égard par l'un de ses agents, il paraît qu'ils se montrèrent peu disposés à accueillir les propositions de Racheud-ben-Ahhmed. Le chef de la ville était à quelque distance dans l'intérieur, et la population, plus que jamais défiante, ne permit ni au député de Mombase ni aux officiers du T^even de parcourir la ville. La frégate fît alors ;| route vers Braoua, où les négociations eurent plus de suc-
cès. L'un d°s cheikhs des tribus chérifs, Mohhammed-ben- Abou-Bekr, se fit conduire à bord avec quelques-uns des prin cipaux habitants pour demander un pavillon et placer leur ville sous la protection des Anglais à titre de dépendance de Mombase, ce à quoi le capitaine Owen consentit, à la condition qu'ils renonceraient au commerce des esclaves, Enfin le Leven retourna à Mombase où, pendant son séjour, le capitaine Owen tint plusieurs conseils et prit diverses dispositions législatives concernant le gouvernement des indigènes. Le 2 février de la même année, il quitta définitive-
ment celte localité, promettant aux habitants d'écrire à Saïd pour réclamer de lui qu'il les remit en possession de Pemba. Il fit voile ensuite vers cette île, oii il eut avec Naceur-ben-Séiiman , l'agent du sultan, des conférences sur l'administration et la politique du pays ; enfin il toucha à Zanzibar et prit avec Saïd-ben-Mohhammed el Akhabiri, les arrangements propres à maintenir la paix et le statu quo dans les petits États du littoral jusqu'à ce que l'Angleterre eût fait connaître sa détermination au sujet de ceux de ces États qui avaient réclamé son protectorat. ;
Sous l'heureuse influence de la paix momentanée que lui procurait la protection du pavillon britannique, Mombase avait repris et même développé ses relations commerciales. Mais la sécurité dont elle jouissait du côté de l'extérieur ouvrit bientôt un libre cours aux ambitions personnelles que l'imminence d'une agression de la part du sultan retenait seule. Depuis que M'bareuk était revenu de Maurice, il avait été amené à reconnaître le droit de succession contesté par lui à Salem lors de la mort d'Abdallah, leur frère : cet accord entre les deux prétendants devait, d'après les conditions établies à l'avènement de leur oncle, mettre un terme à l'espèce d'intérim confié à ce dernier. Mais, comme Sélimanben-Ali ne paraissait pas disposé à quitter le pouvoir, et qu'il était à craindre qu'il ne repoussât les justes réclamations de Salem au moment où elles seraient produites publiquement, celui-ci, pour prévenir toute résistance de la part de son oncle, s'entendit avec les autres enfants d' Ahhraed, qui s'emparèrent de la personne de Séliman. On arrêta aussi et l'on conduisit à la citadelle les deux fils et le petit-fils de celui-ci , qu'on supposait capables d'une opposition plus ou moins se-
. tI
rieuse : l'élection de Salem se fit alors sans obstacle. L'agent anglais ne prit , dit-on , aucune part à ce changement de personne dans le gouvernement de Mombase, changement qui lui fut, d'ailleurs, présenté sous un jour tout favorable à Salem, et comme l'exécution d'un engagement pris par Séliman lui-même au moment où il avait été élu.
L'avènement de Salem au pouvoir eut lieu en 4242 (dans le courant de l'année 1826), et, bientôt après, l'Angleterre n'ayant pas ratifié la convention relative à l'établissement de son protectorat à Mombase, le pavillon britannique cessait de flotter sur la citadelle, et les agents anglais quittaient la ville, la laissant livrée à ses seules ressources pour résister aux agressions nouvelles que Syed Saïd allait diriger contre elle. En effet, quand ce prince eut appris que le gouvernement anglais, cédant à ses représentations, n'avait pas adhéré aux arrangements pris par le capitaine Owen et se vit ainsi maître d'agir pour faire reconnaître son autorité à Mombase, il adressa, en i242 (fin de 1826), à Salem, une lettre dans laquelle il lui demandait la remise de la citadelle, lui déclarant qu'un refus serait le signal du renouvellement des hostilités. Le porteur de ce message, qui avait aussi des pouvoirs pour prendre le commandement de la place, fut bien reçu par le gouverneur, mais ne put cependant le décider à obéir a la sommation qu'il était chargé de lui transmettre. Salem protesta de ses dispositions à reconnaître la suzeraineté de Saïd, ajoutant, néanmoins, qu'il ne livrerait pas la citadelle sans y avoir été contraint par la voie des armes. Il s'engagea d'ailleurs, pour témoigner de son désir d'une solution pacifique, d'envoyer bien- .ôt à Mascate un de ses frères et quelque autre de ses pa-
rents donner au sultan les explications que celui-ci pouvait attendre à ce sujet. Cette réponse fut expédiée au commencement de la mousson de sud-ouest de 4242 (mai 4827), et les derniers vents de la même mousson emportèrent , quel- . ques mois après, vers Mascate les envoyés de Salem , Racheud-ben-Ahhmed et Abdallah-ben-Zaheur.
La solution présentée par le cheikh de Mombase ne satisfît pas le sultan ; n'y voyant qu' un moyen dilatoire employé pour gagner du temps, il n'en donna que plus d'activité aux préparatifs de l'expédition qu'il avait projetée. Cette expédition, vraiment formidable relativement aux moyens de résistance de la localité contre laquelle elle était destinée à agir, se composait d'un vaisseau de 74, le Liverpool; d'une frégate de 64, le Chah-AIÎeum; de deux corvettes à batterie barbette, et de six ou sept beurrhela de guerre de 4 à 6 canons ; elle comptait douze cents hommes de débarquement, avec les vivres et les munitions nécessaires. La flotte, commandée pat Saïd lui-même, qui montait le Liverpool, partit de Mascate au commencement de la mousson de nord-est de la même année. Le sultan voulait arriver à l' improviste à Mombase pour surprendre la population, et, pour mieux réaliser ce plan, il avait, dit-on, fait mettre embargo sur tous les bateaux du golfe Persique qui, vers cette époque, se disposaient à partir à la côte d'Afrique, afin que la nouvelle de ses armements n'y parvînt pas avant lui. Il résulta de ces combinaisons que le bateau qui portait les envoyés de Salem rencontra la flottille de Mascate dans les eaux de Socotra , et communiqua avec elle. Racheud-ben-Ahhmed et Abdallah-ben-Zaheur se rendirent alors à bord du vais-
seau amiral , pour informer le sultan de leur mission , puis retournèrent avec l'expédition à Mombase.
La flotte, arrivée devant le port dans les premiers jours de djoumadi second 1245 (premiers jours de janvier 1828), mouilla dans la passe à portée de la seule batterie existant de ce côté et qu'on appelle Séra-Koupa. Said garda près de lui Racheud, celui des deux envoyés qui s'était montré le plus opposé à ses prétentions , fit mettre à terre Abdallah qu'il croyait gagné à sa cause, et dont il avait, dit-on, acheté la défection par un cadeau de 500 piastres. Quoiqu'il eu soit, Abdallah alla trouver le gouverneur Salem et s'efforça, en efi'et, de lui démontrer l'invincible supériorité de son adversaire et la nécessité de se soumettre à lui. Il parcourut ensuite la ville et chercha à décider les principaux habitants à se soumettre, au lieu d'engager une lutte qui, vu la disproportion des forces, ne pouvait avoir que de fâcheux résultats; mais il ne fut pas plus écouté d'un côté que de l'autre et ne réussit à effrayer personne, quoique, pour témoigner de la sincérité de ses appréhensions, il eût ostensiblement fait passer sur la terre ferme sa femme et une partie de sa famille.
Cette première démarche de Syed Saïd fut suivie de l'envoi d'un négociateur, Said-ben-Khelefan, qui entra en pourparlers avec les chefs m'zara ; toutefois, au bout de trois jours, les deux partis n'ayant pu s'entendre pour arriver à une transaction, le sultan prit le parti de commencer les hostilités. La corvette le Moussapha et les beurrhela mirent sous voile et donnèrent dans le port du nord, échangeant quelques coups de canon avec les batteries qui se trouvaient
sur leur passage, pendant que le C^/w/i-^//e»w protégeait leurs mouvements , en dirigeant son feu sur la batterie de Sera • Koupa. Après avoir dépassé la citadelle, la corvette mouilla devant la ville, qu'elle se mit à canonner; de» coups de fusil seulement répondirent d'abord à son artillerie; les habitants travaillaient à élever une batterie en cet endroit pour égaliser la lutte , quand le feu de la corvette fut suspendu par l'arrivée du sultan, qui s'était rendn en canot à bord da Moussapha. Un nouveau parlementaire fut alors expédié par son ordre, pour aller inviter Salem et son frère M'bareuk à venir à bord, afin de s'entendre avec lui. Les M'zara y consentirent, à la condition que deux personnes de la famille du sultan fussent envoyées à terre en otages. Mohhammed-ben-Séliraan et Saïd-ben-Khelefan débarquèrent en cette qualité, et, aussitôt après, Salem et M'bareuk, suivis d'une douzaine de M'zara, se transportèrent à bord du Moussapha. Ils y furent reçus avec beaucoup d'égards par le sultan; puis, après l'échange des compliments d'usage, ils entrèrent en conférence secrète avec lui. A la suite de cet entretien, où les deux parties s'accordèrent, une convention fut arrêtée, et chacune d'elles s'engagea, par serment sur le Coran , à en exécuter les clauses. Ce pacte contenait, assure-t-on, les dispositions suivantes : la citadelle, remise au sultan, recevrait une garnison de cin- (juante hommes, prise dans la tribu des Henaoui (1), amie de celle des M'zara ; toutefois , Salem et les membres de sa famille continueraient d'y demeurer. Les droits de sou-
(1) Les Heuaoui ou Henaouiue sont une des principales familkb de l'Oman, dont les rivalités avec les Raffeuri ou Raffeuriue oui souvent troublé ce pays.
veraineté du sultan sur Mombase étaient reconnus ; néanmoins Salem en conserverait le gouvernement pour lui et ses descendants, sans autre charge ni obligation que celle de partager avec le sultan la recette annuelle des douanes, dont le chef ou collecteur serait nommé par le gouverneur. Cette convention signée, Syed Saïd flt son entrée dans la citadelle le 23 de djoumadi second (11 janvier), et l'acte de prise de possession fut consommé.
A cet effet , un détachement de cinquante hommes, sous le commandement de Saïd-ben-Khelefan, fut introduit dans la citadelle pour en composer la garnison, conformément au traité; toutefois, sur ce point comme sur les autres, Saïd , à peine en possession du fort , chercha , par tous les moyens, à se soustraire aux conditions qu'il avait acceptées. En même temps qu'il travaillait, au moyen de cadeaux, à détacher de la cause des M'zara les principaux habitants de la ville, un certain nombre de nouveaux soldats, sous le prétexte de voir leurs camarades, pénétraient, chaque jour et par son ordre, dans la citadelle, d'où il n'en sortait qu'une partie le soir, de telle sorte qu'après peu de jours il s'y trouva deux cents soldats absolument dévoués à sa personne. Se sentant alors assez fort pour agir en maître, il fit entendre à Salera qu'il eût à cesser d'y demeurer et à s'établir dans la ville, ainsi que tous les membres de sa famille, voilant, d'ailleurs, sous des formes amicales et de prétendus motifs de convenance cette flagrante infraction au pacte qu'il avait juré. Salem et M'bareuk comprirent enfin combien, peu ils devaient compter sur les promesses de Saïd ; mais il ne leur était déjà plus possible de résister à ses exigences; ils se résignèrent donc, remettant à un moment plus favorable et à
la volonté, d'Allah le jour Je la vengeance. Saitl visita la citadelle, y ordonna quelques travaux de réparations, et, après une station de quinze à vingt jours à Mombase, en partit, laissant dans le fort une garnison de trois cent cinquante hommes, composés de Beloutchis, de Zeudgali et d'Arabes ; ces derniers, commandés par Séid-ben^ohhammed-ben-Oulid, les autres par le Zeudgali Tchaho, dès long temps attaché à sa fortune, et qui, sous le titre de djemadar, avait le commandement en chef de la citadelle.
La flotte, moins [e Moussapha, qui avait été dirigé sur Mascate, fit route avec le sultan vers Zanzibar : ce prince se montrait pour la première fois dans cette île depuis son avènement au pouvoir. Il y fut reçu en grande pompe et s'installa à M'tony, où on travaillait déjà à lui construire le palais ou plutôt la demeure qu'il ne cessa d'habiter du jour où il fixa sa résidence à Zanzibar. M'bareuk l'y avait suivi , d'après le désir qu'en avait exprimé Syed Saïd. Outre la satisfaction que la vanité du prince tjrait de ce témoignage public de la soumission des M'zara à(son autorité, il espérait encore, par des conseils répétés, par de bons procédés et par le prestige de grandeur dont il était entouré, éteindre dans leur esprit tout espoir de recouvrer leur indépendance et la possession de Mombase.
Le sultan semblait vouloir prolonger son séjour à Zanzibar. Peut-être forma-t-il alors le projet, réalisé plus tard, de
s'y établir définitivement, car il s'occupa d'y créer de grandes plantations de girofliers, et d'augmenter les propriétés et les habitations qu'il y avait. Mais, environ trois mois après son arrivée dans l'île, il fut arraché à ces paisibles occupations par une nouvelle que le Moussapha lui apporta de Mascate
- 590 ~ Des troubles graves «vaient récemment éclaté en Oman , oi Mascale, menacée par une insurrection victorieuse, réclamait impérieusement sa présence. Celte insurrection avait pour chef Sâhoûd-ben-Ali ben-Sîf , neveu de Bedeur et petitcousin en même temps que gendre de Syed Saïd : nous donnerons les détails qui concernent cette affaire dans un des chapitres de la relation (1).
A la réception de cet avis , Syed Saïd partit immédiatement pour l'Oman avec le Liverpool et deux corvettes : ce prompt retour arrêta les projets ultérieurs de Sâhoûd. En quittant Zanzibar, le sultan avait donné ordre à l'émir Hhani mad-ben-Ahhmed de ramener le reste de la flottille à Mascate : ce dernier devait, en outre, s'arrêter devant Moguedchou, afln d'opérer une démonstation contre cette ville, et de l'obliger à se soumettre comme venait de le faire IWombase. En effet, Hhammad se présenta devant Moguedehou avec trois navires, deux beurrhela et deux bettils, à bord desquels se trouvaient une partie des troupes de l'expédi tion précédente. A son arrivée, il se rendit à terre pour parlementer, dit-on ; mais, voyant la plage couverte d'hommes armés -et manifestant des intentions hostiles, il revint à bord sans avoir communiqué et fit canonner la place. Elle fut alors abandonnée par un grand nombre de ses babitlpts, et Hhammad profita de cette circonstance pour jeter à lerrr trois ou quatre cents hommes, qui, ayant presque sans résistance envahi la ville, la saccagèrent. Après ce coup de main, Hhammad rembarqua son monde et continua sa route vers rOmân. Mais, dans le débarquement qui avait eu lieu, Ab
(1) Voyez II' partie, chap. m.
''^mif"
tlallah-ben-Séliem, fort aimé de Syed Saïd, avait été tué : celte mort, quoiqu'elle ne fût cependant qu'un accident de guerre, pouvait amener sur les habitants des représailles 4erribles; du moins le crurent-ils, et, dans leur effroi , ils se décidèrent à envoyer leur soumission et à demander [aman. \
Revenons maintenant aux affaires de Mombase.
Avant le départ du sultan pour Mascate, le gouverneur de Pemba , Naceur-ben-Séliman , qui avait déjà joué un rôle actif dans la politique locale, était, dit-on, parvenu à lui persuader que les M'zara profiteraient de cette circonstance pour rompre le traité : il espérait ainsi se faire agréer pour remplacer Salem dans le gouvernement de Mombase.
Une autre versi^h attribue à Saïd lui-même l'initiative de ce projet de remplacement, et l'accuse, en outre, d'avoir autorisé Naceur à faire arrêter Salem, M'bareuk et les principaux M'zara , et il faut reconnaître que le peu de scrupule qu'il avait déjà mis à remplir ses engagements envers ceux-ci n'enlève pas à cette version toute vraisemblance. Quoi qu'il en soit, le sultan consentit au moins au changement dont INaceur lui avait donné l'idée, et ce dernier se rendit à Mombase avec l'assentiment de Saïd. Après s'y être entendu avec le commandant de la citadelle, il s'établit dans une maison de la ville, attira chez lui les principaux Souahhéli , leur fit des présents et finit par déclarer que le sultan l'envoyait pour exercer le pouvoir à la place de Salem. >
Informés des propos et des actes de Naceur, Salem et M'bareuk lui firent demander l'ordre écrit que le sultan
avait dû lui remettre en l'envoyant prendre possession du gouvernement de Mombase, contrairement aux stipulations du traité. Naceur déclara que sa figure suffisait pour témoigner de la volonté du sultan , ce à quoi M'bareuk répliqua que la figure de Naceur n'était pas même bonne à représenter le dessous de la sandale de Saïd ; et il fit signifier au prétendant qu'il eût à quitter la place dans les vingt-quatre heures. Naceur, ne se sentant pas assez en force dans la ville pour terminer le débat à son avantage, se retira dans le fort en disant que, puisque Salem ne voulait pas se conformer aux volontés de Syed Saïd, il allait faire tirer sur la ville. Les actes suivirent de près la menace, et la citadelle ouvrit bientôt son feu. Dès lors, Salem, soutenu par les Soualibéli, qu'exaspérait la conduite tenue par les agents du sultan, se crut autorisé à user de représailles; des retranchements en terre et en sable, palissades, furent élevés en face du côté de la citadelle qui battait sur la ville, et, protégés par ces fortifications improvisées, les citadins ripostèrent à coups de fusil au feu des bastions , qui finit par se ralentir : le peu de munitions dont disposaient les assiégés contribua sans doute aussi à ce résultat. Dès lors, le canon du fort ne se fit plus entendre que de loin en loin, et comme pour témoigner de la continuation des hostilités; mais la garnison, s'y trouvant étroitement bloquée et n'ayant dans ses magasins que très -peu de provisions, se voyait déjà menacée de disette. Deux fois le gouverneur de Zanzibar, qui avait eu connaissance de la situation, essaya d'introduire dans la place des vivres et des renforts ; ces tentatives échouèrent, et Naceur, ainsi que les siensy en proie à la famine, furent, dit-on, réduits à manger le cuir de
leurs boucliers et les animaux les plus immondes. Poussés au désespoir par le besoin, quelques hommes de la garnison s'échappèrent du fort en descendant au moyen de cordes dans le fossé , et se rendirent à l'ennemi , auquel ils apprirent l'état de dénûment complet où se trouvaient les assiégés. Les Souahhéli résolurent alors de tenter une escalade de nuit; mais, au début de l'exécution, une des échelles s' étant rompue, cet accident causa parmi les assaillants une émotion un peu bruyante, qui donna l'alerte aux sentinelles des remparts, et, la panique s'emparant des premiers, ils reijoncèrent à leur entreprise. Cependant la garnison fut bientôt réduite à la dernière extrémité , et elle demanda à capituler : des pourparlers eurent lieu et amenèrent une convention aux termes de laquelle chefs et soldats devaient, en évacuant le fort, s'embarquer sur des boutres qui les transporteraient hors du territoire de Mombase. Puis les M'zara, se ravisant, craignirent que Naceur, redevenu libre, ne leur suscitât encore des embarras , et ils exigèrent pour condition de sa mise en liberté le payement d'une forte somme qu'ils savaient n'être pas à la disposition de leur prisonnier. Celui-ci demeura donc entre leurs mains. Les hostilités, commencées, dit-on, le mercredi 5 du mois de deulqâada 1245 (12 mai 1828), peu après le départ du sultan pour Mascate, avaient duré plus de sept mois ; et quand la nouvelle lui en était parvenue, soit que toutes ses forces fussent occupées en Oman et qu'il ne pût les employer ailleurs, soit que le conflit survenu à Mombase ne lui parût pas assez sérieux pour nécessiter des mesures plus énergiques, il s'était contenté d'y expédier l'émir Hhammad-ben-
Ahhmed avec la frégate le Chah-Alleum et quelques soldats. L 3S
Mais, lorsque ces renforts arrivèrent à leur destination, la place était, depuis plusieurs jours , au pouvoir des M'zara , et l'émir repartit aussitôt pour l'Oman.
L'évacuation de la citadelle par les troupes de Saïd rétablit l'ancien état de choses, et cette restauration du gouvernement des M'zara ne donna lieu, pour le moment, à aucune protestation armée de la part de Saïd. Ce prince était, à cette époque, engagé dans une guerre contre Bahharin', et il ajourna les mesures de répression qu'il comptait prendre à l'égard de Mombase. Ce fut deux ans après environ , vers le milieu de d245 (fin de décembre 1829), qu'il se présenta pour la seconde fois devant cette ville avec une flotte composée du Liverpool, des trois corvettes le Soultan' , le Rhamani et le Mentes , et de trois beurrhela , portant ensemble un effectif de quatorze cents hommes de débarquement. Naceur-ben-Séliman , retenu , comme il a été dit, dans Mombase à la suite de la capitulation , y avait été traité en prisonnier sur parole; puis, mis en prison et aux fers après deux tentatives d'évasion ; il y était encore quand parut la flotte du sultan. Alors, prévoyant que l'un des premiers actes de Saïd serait de le réclamer, s'il le savait encore vivant, on le fit étrangler dans sa prison. Conformément à la marche suivie lors de la première expédition, les bâtiments mouillèrent à l'entrée du port, et on échangea des messages par lesquels, avec plus ou moins de raison, chacun des deux adversaires accusait l'autre d'avoir manqué à son engagement : Saïd concluant à ce que la citadelle lui fût de nouveau remise, Salem déclarant que la force seule pourrait le faire céder à cette exigence. Le sultan, dont la colère n'eut plus de bornes quand il apprit le meurtre ré-
cent de son serviteur, fit ses dispositions pour attaquer la place. Deux des corvettes entrèrent dans le port du snd, afin d'agir d'âl)ord sur Kilen'dini, et les trots beurrhel» chargés de troupes, donnant en même temps dans le bras de mer du nord, allèrent mouiller devant Kiçaouéni, pour opérer une diversion contre la ville de Mombase. Les M'zara divisèrent leurs forces de manière à faire face à cette double agression. Celles qui étaient chargées de la défense de Kiçaouéni dirigèrent, à l'abri des broussailles et des arbres qui recouvrent cette pointe, une fusillade tellement vive sur les bateaux dont l'un coulait déjà sous le feu de la citadelle, que leurs équipages, après avoir perdu bon nombre d'hommes sans pouvoir en quelque sorte riposter^ se virent obligés de débarquer sur la grande terre, où les embarcations des navires station naht au mouillage extérieur les recueillirent. Deux beurrhela, restés à flot aux mains des Vlombasiens, furent déchargés de ce qu'ils contenaient et ensuite détruits , afin que Saïd ne pût les reprendre, si la lutte se terminait à son avantage. Du côté de kilen'dini , son attaque n'avait pas eu plus de succès : dans le transport des troupes à la plage, deux embarcations trop chargées coulèrent bas, et beaucoup d'hommes furent noyés; les autres, accueillis, au dél^arquement, par une vive fusillade qui en tua encore une partie, poussèrent jusqu'au village , où quelques canons qu'on y avait mis en batterie et dont ils tentèrent vainement de s'emparer, les arrêtèrent. — Bref, après sept ou huit jours d'escarmouches sans autre résultat décisif que les pertes essuyées par lui , Saïd prit le parti de rentrer dans la voie des négociations. Les deux parlementaires qu'il choisit, à cet effet, Belâreub, cheikh de la
tribu des Màheuli, et Séliman-ben-Jahha, se rendirent auprès de Salem ; ils exprimèrent , au nom de leur maître, un vif regret de la reprise des hostilités : en proie, dirent-ils, au chagrin et au ressentiment que lui avait fait éprouver le meurtre de Maceur, Saïd s'était laissé aller à des actes contraires à ses intentions, d'abord toutes paciGques ; mais ayant reconnu les torts de son serviteur, seule cause des maux que lui , Saïd, déplorait plus que tout autre, il proposait l'oubli du passé et le rétablissement de la paix aux conditions du premier traité. Salem répondit qu'il était disposé à accepter ces conditions, sauf celles qui avaient rapport à la remise de" la citadelle et à son occupation par les troupes de Saïd , se bornant, sur ce point, à des assurances de dévouement el de respect pour le sultan. Saïd comprit qu'il insisterait inutilement; il se borna à réclamer la somme qui lui revenait, u^ pour les années échues, sur la recette des douanes, en vertu
des stipulations dudit traité : le montant en fut débattu et on convint que le payement aurait lieu entre les mains de l'agent du sultan à Bombay, à la fin de la prochaine mousson de sud-ouest. Saïd demanda aussi, en témoignage de cette réconciliation , que des parents de Salem l'accompah guassent à Zanzibar, où il allait se rendre, désir que sa-
I tisfit également le gouverneur en chargeant de cette mission
f ses deux frères Râcheud et Naceur. Ce fut avec ce vain si-
i mulacre d'une soumission qu'en réalité il n'avait pu obte-
nir que le sultan fît triomphalement son entrée à Zanzibar. i Celle fois il y resta un peu plus longtemps, manifestant tou-
jours l'intention d'y établir le siège de son gouvernement; ■ mais il fut, cette fois encore, obligé de retourner à Mascate,
|. où des troubles venaient de se produire à l'instigation de
— 697 ■— Hhamoud-ben-Azeran-ben-Qis, qui , à la mort de son grandpère, avait été dépossédé de son hérittge par Saïd. Profitant de l'absence de celui-ci , il s'était emparé de tout le littoral jusqu'à Beurka , de la ville de Aeustak , et menaçait Mascate. Toutefois un arrangement fait, à son arrivée, avec Hhamoud le laissa bientôt libre de reporter son attention vers les côtes d'Afrique (1).
Lors de sa dernière expédition contre Mombase, Saïd ne s'était sans doute arrêté dans ses exigences à l'égafd des M'zara qu'à cause de son impuissance à obtenir la reddition de la citadelle; mais, dès que la tranquillité fut rétablie à Mascate , il songea de nouveau à s'emparer de cette place , et , manquant une seconde fois à ses engagements, il dénonça le traité et dirigea sur Mombase une de ses corvettes et deux beurrhela pour en faire le blocus pendant toute la mousson de nord-est de 1246-47 (de novembre 1831 à avril 1852); puis, l'année suivante, il s'y rendit lui-même avec quatre corvettes , et plusieurs beurrhela et bettils : cette flottille, ne comptant pas des navires d'un aussi haut rang que celles des deux précédentes expéditions, n'en était que plus propre à opérer dans le port sinueux et resserré où elle était destinée à agir. Les troupes de débarquement n'y étaient, d'ailleurs, pas moins nombreuses, et elles eussent été bien suffisantes si elles avaient eu à leur tête des chefs énergiques et habiles. Elles étaient conduites par l'émir Saïd-ben-M 'sellera; mais l'émir Hhammad-ben-Ahhmed commandait en chef l'expédition , sous l'autorité supérieure de Saïd. Une partie de ses troupes fu-
(1) Voir 1I« partie, chap. m.
rent débarquées sur la terre ferme du côté du nord, et campèrent un peu à l'ouest de Nizingani ; une batterie de quatre canons et d'un mortier y fut établie, et ouvrit son feu à la fois sur la citadelle et sur la ville. Les Mombasiens ne s'effrayèrent pas de cette canonnade; les femmes et les enfants avaient été mis hors de la portée des projectiles de l'ennemi, et l'artillerie du fort» ainsi que quelques pièces transportées sur deux autres points du rivage, répondirent au feu des assiégeants. Les coups, aussi mal dirigés d'un côté que de l'autre, ne produisaient pas grand effet. Ceux de l'ennemi, pointés trop haut, ébrécbaient à peine les créneaux de la citadelle ou passaient par-dessus la ville, et des quelques bombes qui tombèrent dans l'enceinte de celle-ci, la plupart n'éclatèrent pas. Cette canonnade, qui, d'ailleurs, ne fut appuyée par aucune démonstration de la part de Saïd, n'amena point de résultat décisif.
Au bout de quelques jours, cependant, les Mombasiens, enhardis par la mollesse de l'attaque, formèrent le projet de passer sur la grande terre, et, par un vigoureux coup de main , de s'emparer de la batterie arabe. Ayant effectué ce passage pendant la nuit, ils divisèrent leurs forces en deux groupes : l'un, destiné à simuler un mouvement sur le front de l'ennemi , n'avait d'autre but que de l'attirer en dehors de ses retranchements, tandis que l'autre groupe, manœuvrant pour le prendre en flanc, se précipiterait sur les derrières du camp : tous les deux devaient attaquer simultanément, à un signal convenu. L'affaire était conduite par Mohhammed-ben-Ahhmed, réputé le plus brave des M'zara depuis la mort de M'bareuk. Mais la simultanéité d'action dont dépendait le succès n'eut pas lieu. L'une
des deux troupes , s'engageant avec trop^de précipitation, ne fut pas soutenue à temps par l'autre, et trouva ainsi plus de résistance qu'elle n'en attendait. La lutte commencée dans ces conditions devint sanglante et acharnée, et, Mohbammed-ben-Ahhmed y ayant été mortellement blessé, cet accident décida la retraite des Mombasiens, qui abandonnèrent le champ de bataille. Toutefois Saïd ne profita pas de cet avantage; il se borna à continuer de tirer inutilement sur la citadelle et sur la ville; puis, la fin de la mousson approchant, il fit rembarquer son monde et partit pour Zanzibar, et de là pour Mascate, sans avoir obtenu aucun résultat de cette expédition. Ceci se passait dans les mois de ramazan et de choual de l'année IS^S (février et mars 1853). ^
L'année suivante, l'autorité et la puissance du sultan subirent encore un échec à l'occasion de troubles survenus dans l'île de Palla. Les habitants de Sihoui, l'une de^ trois villes de cette île, voulant se soustraire à la dépendance du lultan, avaient mis à leur tête Bouana Ouizir, personnage qu'on a déjà vu figurer comme chef de parti dans les dernières luttes dont Patla avait été le théâtre. Le poste d'une cinquantaine d'hommes entretenus par Saïd dans Patta, joint à la faible population de cette ville, ne suffisant pas pour arrêter les révoltés, Syed Saïd avait envoyé aux gens de Lâmou l'ordre de se réunir à ses partisans pour réduire Sihoui, devant laquelle il se présenta bientôt lui-même. Mais les rebelles avaient, de leur côté, réclamé l'assistance des M'zara, et Salem s'était porté à leur secours avec quelques hommes de Mombase. En arrivant sur les lieux, le sultan trouva donc ses adversaires plus forts qu'il ne lavait prévu. Ne
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comptant pas sur cette complication et pensant qiie sa présence et celle de quelques navires et bateaux qui raccompagnaient suffiraient pour rétablir l'ordre dans l'île, il n'amenait pas de troupes de débarquement. Il ne put donc réduire Sihoui, et il dut se contenter d'adresser à Salem des remontrances sur son intervention dans les affaires de Patta, l'engageant à se retirer et à borner son ambition à la possession de Mombase. Puis il partit ; toutefois, en s'éloignant, le rusé sultan laissa devant Patta deux ou trois de ses bateaux, qui devaient tâcher de s'emparer de Salem lorsqu'il retournerait à Mombase, et, dans le cas où ce dernier prolongerait son séjour à Sihoui , d'aller l'attendre à l'entrée de Mombase même. Ces dispositions n'échappèrent pas à Salem, qui essaya de faire enlever les bateaux par un coup de main que dirigeait son frère, Râcheud-ben-Ahhmed ; mais cette tentative échoua, et Râcheud y perdit la vie. Cependant Salem parvint à sortir de Sihoui à la faveur de la nuit, et, quoique poursuivi par les bateaux de Saïd , put gagner l'embouchure de la rivière de Kilifi, d'où il se rendit par terre à Takaonggo. Là deux boutres envoyés à son secours dès qu'on l'avait su bloqué à Sihoui le rejoignirent, et ils le ramenèrent à Mombase, où il mourut quelques mois après, en m'hharem 1251 (mars ou avril 1835).
Disons maintenant quelle fut l'issue du conflit élevé à Patta : Bouana Ouizir, ayant réussi à chasser de l'île Bouana Cheikh, que l'intervention du chef de l'Oman y avait fait reconnaître pour sultan, se transporta à Mascate, dans l'espoir que ses prétentions seraient confirmées par Syed Said. Celui-ci sembla disposé à les appuyer, et Ouizir revint à Patta suivi d'un agent du prince , Mohhammed-ben-Séliman el
Marouzouki ; mais bientôt Mohhammed , dont la mission était, en apparence, de soutenir le nouveau sultan, travailla, au contraire, à le renverser, ayant sans doute reçu de son maître des instructions dans ce sens. Bref Ouizir mourut assassiné et fut remplacé par Foum' Bakari , fils de Bouana Cheikh.
A Mombase, la succession de Salem avait donné lieu à quelques débats entre les autres enfants d'Àhhmed. Des deux compétiteurs qui pouvaient y prétendre , l'aîné , Rhamis , était le moins en faveur dans l'esprit de la population ; il l'emporta cependant sur son frère Naceur, grâce à l'influence exercée dans le conseil par le vieux Râcheud-ben-Salemben -Abdallah, qui crut voir dans la prise en considération du droit d'aînesse de Khamis plus de garantie de tranquillité pour le pays. Naceur n'en continua pas moins de chercher à se faire un parti, et, servi par le mécontentement général qu'excitaient la conduite et les exactions de Khamis, il ne tarda pas à marcher directement à son but. A cet effet, il rallia les mécontents, leur prodigua les promesses pour les attacher à sa cause et forma avec eux le projet d'arrêter le gouverneur. Le cadi Khelefan-ben-Salem-ben-Qodib parut tremper lui-même dans le complot en se faisant l'instrument indirect de sa réalisation. Il feignit d'être malade, ne doutant pas que Khamis, dont il était le proche parent, ne vînt le visiter. Or ce dernier ne sortait ordinairement du fort que le soir, et Naceur, assisté de quelques-uns des affldés, devait profiter de cette sortie nocturne pour s'emparer de lui ; mais la plupart des personnes qui semblaient agir de concert avec Naceur, en favorisant son avènement, travaillaient, en réalité, pour un autre et ne voulaient pas plus de lui que de Kha-
mis. Leur candidat était Râcheud-ben-Salem-ben-Ahhmèd, qui, instruit de la trame ourdie par son compétiteur, se disposait à la faire tourner à son profit en courant s'enfermer dans la citadelle aussitôt que Khamis en serait sorti, et s'y faisant proclamer Ouali. Cette combinaison ne fut pas de trop pour se débarrasser de Khamis, car, Naceur ne s'étant pas senti le courage de l'arrêter, conformément au plan adopté, celui-ci serait rentré dans le fort, si Râcheud ne s'y était déjà établi. L'élection de Râcheud fut confirmée par la population en ramazan 1252 (décembre 1836). Malheureusement , pendant que toutes ces intrigues étaient mises en jeu, parmi les M'zara, le cheikh des Ouakilen'dini , Maallemben-M'chati, qui avait eu personnellement à se plaindre de khamis, exploitait aussi dans l'intérêt de son propre reissentiment l'aversion que les actes du gouverneur avaient inspirée à tous. Chez beaucoup de Souahhéli , d'ailleurs, le mécontentement s'appliquait à la famille entière des M'zara, dont les luttes incessantes coBtre le sultan de Mascate n'offraient au pays que la perspective de guerres et de misères sans fin. Les désirs de vengeance du vieux cheikh avaient donc élé facilement accueillis par les chefs de cette population, et ceux-ci , après s'être concertés sur les moyens d'en finir avec une domination qui leur était antipathique, décidèrent que quelques-uns des leurs se rendraient immédiatement à Mascate pour engager le sullan à entreprendre une nouvelle attaque contre Mombase, lui promettant le concours de tous les Souahhéli. Deux d'entre eux furent adjoints à Maallem pour remplir éette mission^ et ils partirent en effet ; or, à leur arrivée à Mascate, le sultan faisait déjà de lui-même des préparatifs pour l'expédition qu'ils venaient solliciter, et leur démarche,
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en augmentant sa confiance dans le succès, lui fil encore hâter son départ : il arriva devant Mombase dans le courant du mois où Râcbeud avait été reconnu gouverneur. Il résulta de ces divers incidents que ce dernier était depuis sept jours seulement maître de la forteresse, quand il lui fallut la défendre à la fois contre les forces de Saïd et contre les dispositions hostiles d'une partie de la population souahhéli. Dès que la flotte eut jeté l'ancre, le sultan dépêcha vers Râcheud un parlementaire qu'on renvoya sans l'avoir écouté. A la nuit, le vieux Maallem fut mis à terre pour aller disposer les habitants en faveur du sullan et lui créer des intelligences dans la place. Il débarqua sur le continent en face^de Kilen'dini , dans un village de Ouanika, où vinrent le trouver tous ceux qui avaient conspiré Contre l'autorité des M'zara. L'un de ceux-ci, Naceur, qui conservait ses prétentions, fut bientôt gagné au parti du sultan et amené à une entrevue nocturne avec Saïd : ce prince lui fit, dit-on, entrevoir que leurs intérêts étaient communs, et que le succès de l'un pouvait seul assurer la réalisation du désir de l'autre. Dès^lors, les mouvements de Saïd furent combinés d'après les avis que lui transmettaient tous ceux qui es|jérâient obtenir quelque avantage en serrant sa cause.
De même que dans la dernière expédition, des soldats et de l'artillerie furent établis sur la côte en face de la ville. Un des navires et un bateau portant un autre corps de débarquement entrèrent aussi dans le port du sud , et les hostilités commencèrent. Les troupes débarquées de ce côté se dirigèrent vers Kilen'dini et s'emparèrent, sans grande résistance, de ce village, dont les chefs appartenaient à Saïd. Une partie de ses habitants avaient, à l'approche de l'ennemi,
émigré sur la terre ferme dans les villages Ouanika ; les autres partisans des M'zara étaient rentrés avec eux dans Gavana pour prendre part à la défense de cette ville.
Une fois en possession de Kilen'dini , que ses soldats palissadèrent avec des troncs de cocotiers de manière à en faire une sorte de camp retranché, Saïd fit occuper le petit fort de M'koupa, qui commande la communication entre la partie ouest de l'île et le continent. Au reste, le sultan comptait moins encore sur ses forces pour enlever la place que sur la défection fomentée par ses intrigues dans le parti de ses adversaires. Aussi ne tenta-t-il d'abord aucune attaque sérieuse contre la ville. Les opérations quotidiennes du corps campé à Kilen'dini se bornaient à échanger quelques coups de fusil avec les gens de Gavana^ tandis que des détachements de ce corps se répandaient impunément dans le vieux quartier, dit M'djioua-Kalé ou Ara-el- Kédima, dont les habitants, loin de les repousser, fraternisaient, pour la plupart, avec eux. Après chacune de ces escarmouches, des parlementaires étaient envoyés aux M'zara par le sultan. Mais ces parlementaires ne furent point écoutés tant que Râcheud et les siens purent se faire illusion sur les sentiments de la population de l'île à leur égard; ce fut seulement quand ils s'aperçurent de sa connivence avec l'ennemi, quand ils virent la désertion réduisant, chaque jour, le nombre de leurs partisans et leurs moyens de résistance, qu'ils comprirent l'impossibilité de continuer fructueusement celle-ci. Voulant alors se ménager le pouvoir sous la souveraineté de Saïd, ils consentirent à négocier. Les conditions du nouveau traité ne différèrent de celles du premier que par l'obligation imposée aux gouverneurs
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ra'zara d'abandonner entièrement la citadelle et de résider désormais dans la ville. Ce traité fut conclu au mois de deulqâada de 1252 ( février 1837) .
Le sultan, ayant pris possession de la citadelle, y mit une garnison de cinq cents hommes, Beloutchis et Arabes, sous le commandement d'Ali-ben-Mansour; puis il partit avec sa flottille pour Zanzibar. Les choses se trouvèrent ainsi établies à Mombase, quant aux rapports^de cette ville avec le sultan, telles qu'elles l'avaient été à l'issue de la première expédition.
Quelques mois après, Râcheud-ben-Salem se transporta à Zanzibar pour rendre hommage à Saïd. Il était accompagné de ses parents, Khamis et Naceur, et de quelques autres individus attachés à sa personne. Le sultan aflfecta de les traiter avec beaucoup d'égards et de bienveillance; mais, se défiant toujours de la fidélité des M'zara, il employa toutes sortes de séductions pour décider Râcheud à se désister volontairement desoD gouvernement et à se fixer à Zanzibar. Le gouverneur de cette île, Séliman-ben-Ahhmed, fut chargé d'entretenir Râcheud des désirs du sultan et de ses propositions d'indpmnilé en échange du désistement demandé. On laissait à Râcheud le choix entre ces trois partis : un établissement à Zanzibar avec une somme de 10,000 piastres une fois donnée et une rente viagère annuelle d'environ 300 piastres; ou le gouvernement de Màfiia; ou. enfin; celui de Pemba. Séliman se montra très-pressant : c'était, surtout , au nom des intérêts de Râcheud et par affection pour lui qu'il l'engageait à accepter les offres du sultan; puis, ajoutait-il, ^aïd est un homme puissant, dont les désirs méritent de la déférence, et à qui chacun doit craindre de déplaire. D'au-
très personnes encore parlaient à Râcheud dans le même sens et toujours au nora de son intérêt personnel. Mais ses parents le détournèrent de suivre ces conseils : selon eux, la position qu'on prétendait lui faire était une humiliante déchéance pour lui et les siens, et ils lui répétaient sans cesse qu'il était plus honorable de conserver son titre, fût-ce au prix de la pauvreté. Ces derniers avis prévalurent, Râcheud refusa tout et retourna bientôt à Mombase avec sa suite, dont les personnes marquantes reçurent chacune un présent de Said.
Les chefs souahhéli de Mombase, venu» aussi rendre hommage au sultan, restèrent à Zanzibar après le départ du gouverneur et travaillèrent, dit-on, à augmenter la défiance déjà si vive que Saïd nourrissait à l'égard des M'zara. Ceux d'entre ces chefs surtout qui , dans la dernière lutte, avaient pris parti pour le sultan contre le gouverneur sentaient bien que, tant que les M'zara auraient quelque pouvoir à Mombase , ils n'avaient à espérer ni places, ni avantages, et qu'ils couraient même le risque d être inquiétés dans leurs personnes ou'dans leurs biens. On comprendrait donc que, désirant d'en linir avec cette famille, ils eussent calomnieusement prêté à Kûcheud et aux xM'zara des sentiments hostiles et des intentions de révolte contre le sultan, et qu^en lui présentant ses propres soupçons comme des réalités ils l'eussent poussé i\ prendre une mesure violente. Toujours est-il. que Saïd fil partir pour Mombase, moins de deux mois après que Ràcheuù y était rentré, une corvette portant t«ori fils, Syed kaled , et Séliinan-ben-Ahhmed, chargés l'un et l'autre, par lui, d'arrêter tous les membres de la famille d'Ahhmed-ben-Mohharamed-ben-Osman.
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Arrivés à Mombase, les deux chefs attendirent à bord la visite que, selon l'usage, les diverses autorités locales devaient faire au fils du sultan. Les chefs de la garnison se présentèrent les premiers et reçurent, sans doute, des instructions relatives à ce qui alhiit se passer. Le gouverneur Ràcheud y vint aussi , accompagné de plusieurs membres de sa famille, et tous s'en retournèrent sans avoir été inquiétés et
sans prévoir le sort qu'on leur réservait. Ce fut seulement deux jours plus tard que l'atroce décret de Saïd fut'mis à exécution. ^
Leurs mesures étant prises, Syed Rhaled et Séliman descendirent à terre sur le soir, et s'acheminèrent vers la forteresse. Ce dernier pénétra dans l'intérieur; khaled resta en dehors sous la beurza (1), pour recevoij ses visiteurs. Râcheud, €n ayant été averti , s'y rendit pour lui donner le salut. Après l'échange des compliments d'usage, le prince invita le gouverneur à fejoindre Séliman, qui, disait-il, avait à lui parler d'aCfaires; le malheureux entra sans défiance et fut immédiatement saisi et emprisonné. Le même moyen fut employé à l'égard de plus de vingt autres personnes, qui, par groupes de deux ou trois, allèrent tomber dans le guet-apens qu'on leur avait préparé.
Cette manœuvre, répétée pour tant d'individus qu on ne voyait plus sortir du fort, éveilla des soupçons parmi les assistants ; le bruit de l'arrestation des M'zara circula rapidement dans la ville, et , pendant la nuit , tous ceux qui avaient échappé au piège s'enfuirent sur la grande terre avec leurs
il) Sorte de salle d'aUente extérieure où le gouverneur, quand il habitait la citadelle, donnait ses audiences.
608 — familles, sauvant ainsi leur liberté au prix de tout ce qu'ils possédaient. -
Les individus arrêtés dans la citadelle , au nombre de vingt-cinq à trente, furent transportés à bord de la corvette pour être conduits à Zanzibar. Khaled et Séliman terminèrent leur mission en faisant publier que tous les autres M'zara pouvaient rentrer sans crainte dans la ville; que la volonté de Saïd étant satisfaite par l'arrestation des principaux perturbateurs, chacun devait désormais avoir conCance en ses intentions équitables et clémentes. Les fugitifs, on le comprend, demeurèrent sourds h cet appel. Khaled et Séliman quittèrent alors Mombase, dont le gouvernement fut laissé au commandant de la citadelle.
Après être restés environ un mois à Zanzibar, à bord de la corvette, et avoir en vain demandé d'être soumis à une simple déportation sans captivité, les prisonniers furent dirigés vers Mascate et de là sur Minou et Bender-Abbas, où on les jeta en prison. Tenus aux fers et condamnés aux plus dures privations, beaucoup d'entre eux ont péri , et leur triste agonie n'a pu exciter, nous ne dirons pas les sentiments généreux, mais la compassion du sultan à l'égard de ceux qui ont survécu. Tous sont, probablement, destinés par lui à une horrible fin , en expiation de leur longue et courageuse résistance à sa politique et à son ambition.
Ainsi périt misérablement, plutôt vaincue par ses divisions et ses luttes intestines que par les armes de ses adversaires , cette famille des M'zara qui sut jeter quelque intérêt et un certain lustre sur l'histoire de Ta cité longtemps gouvernée par elle. Avec sa domination finit l'indépendance de la province de Mombase, sur laquelle, depuis un
siècle, la souveraineté des imams n'avait été qu'illusoire; et, du jour où celte ville avec sa forteresse fut aux mains de Saïd, la domination de ce prince s'étendit sans conteste sur toute la côte au nord du cap Delgado. Depuis ce temps-là jusqu'au moment où nous écrivons, Saï(i a régné paisiblement sur ses possessions africaines, sans voir se produire contre lui autre chose que de rares et impuissantes protestations.
Dans ce dernier livre, nous ne nous sommes plus occupé de la partie de côte située au sud des États du sultan de Mascate,et restée aux mains débiles des Portugais. Si quelque intérêt pouvait s'attacher à l'histoire d'une longue agonie sans gloire, et si , d'ailleurs, tout ce qui se rapporte au Mozambique n'était bien connu ou aisé à connaître pour tous, nous aurions suivi de chute en chute celte lamentable décadence et montré jusqu'où peut tomber un peuple, quelque grande qu'ait été son élévation. Et pourtant, le riche et fertile Mozambique, ce magnifique débris d'un empire colossal miné par l'orgueil et l'avarice, avait de si grands éléments de prospérité, qu'il eût peut-être, si quelque vitalité eût réellement persisté dans la nation portugaise, suffi à lui seul pour la consoler de ses nombreux revers. Mais, ébranlé déjà par les causes générales qui avaient ruiné de fond en comble l'Asie portugaise, l'Étal de Mozambique reçut le coup mortel le jour où il fut envahi par le honteux fléau de la traite des nègres. Ce déplorable trafic entraîna loin du travail industriel et de la culture-des terres un peuple déjà trop enclin aux gains faciles et qui, devant l'or convoité, ne s'inquiétait ni de la pureté des sources où il le puisait, ni des périls cachés sous la satisfaction de son
aveugle cupidité. Dès lors, malgré quelques tentatives faites à diverses reprises par le gouvernement central pour développer la richesse agricole de cette colonie, elle n'a plus été qu'un vaste comptoir de marchandise humaine, dont l'activité s'est trouvée réduite aux plus insignifiantes proportions dans ces dernières années, par suite d'une répression plus énergique de la traite.
Aujourd'hui le Mozambique n'est plus qu'un vestige d'État, une sorte de cadavre poussière conservant sa forme grâce à l'immobilité du milieu où il se trouve, et n'attendant plus, pour se dissoudre, qu'un doigt qui veuille le toucher. Et ce qu'il y a de profondément triste dans la Situation de cette misérable colonie, c'est qu'après l'avoir comparée aux possessions du sultan de Mâscate, on ne sait trop qui porte plus bas son drapeau , du prince musulman et barbare, ou du représentant de l'Europe chrétienne et civilisée.
Qu'adviendra-t-il de ces deux dominations qui se partagent la vaste étendue de côtes que l'Afrique déploie en regard de la mer des Indes? Le Portugal , voyant le Mozambique devenu un sujet de pitié ou de scandale pour les puissances maritimes dont le souffle du progrès epfle les voiles, fera-t-il un effort héroïque pour saflQver d'une ruine complète, ou, mieux, pour rappeler à la vie une colonie renfermant tant de germes de force et de richesse, dotée par la nature de tout ce qui pourrait la rendre florissante, et qui , d'ailleurs, est aujourd'hui la plus importante de ses rares possessions d'outre-mer? Ne serait-ce pas trop lui demander, et le tronc conserve-t-il assez de sève encore pour que ses branches rabougries puissent porter de tels fruits? Un
avenir prochain nous l'apprendra. Disons seulement , en passant, qu'il existe dans le Mozambique une cause d'annihilation prochaine pour la souveraineté portugaise : c'est la prééminlence, non apparente peut-être, mais réelle, de la population maure , couvant de l'œil ses don^inateurs aux abois, semblable aux vautours qui planent silencieusement au-dessus d'un animal blessé, et n'attendent , pour se précipiter sur leur proie, que le moment où ils seront protégés par la solitude et le silence ; car ce ne sont pas les derniers efforts de la victime qu'ils redoutent, mais la lutte avec d'avides compétiteurs. Les Maures n'ont pas perdu le souvenir dé leur antique suprématie ; le sentiment de leur force et le spectacle de leurs vainqueurs agonisants leur en font désirer et entrevoir le retour. Le Mozambique appartiendra aux Maures le jour où ceux-ci pourront espérer qu' aucune puissance civilisée n'interviendra dans la lutte. Quant aux États africains du sultan de Mascate, nous exposerons ailleurs nos idées sur leur situation actuelle et Favenir qu'il est possible de prévoir ou de souhaiter pour eux.
Nous avons maintenant accompli , selon la mesure de no« facultés, la tâche que nous nous étions imposée dans cette première partie de notre ouvrage. Un pareil travail a pu nous paraître long et ardu, mais nous avons tenu à l'achever parce que nous ne le croyons ni hors de propos ni dépourvu d'intérêt. L'histoire d'une contrée qui , au milieu des bruits vagues et incertains de son premier âge, a pu entendre murmurer les noms de Tyr et de Salomon ; qui a été associée aux grands mouvements de conquête et de civilisation résumés par les noms d'Alexandre et des Césars ; qui a ressenti le contre-coup de l'ébranlement donné au monde par
ravénement de Mahomet; qui a eu son Yasco da Gama comme l'Amérique son Christophe Colomb ; qui a vu le flot de ses mers rougi par les luttes gigantesques de l'Orient et de l'Occident; que les enfants du Christ et ceux du Prophète se sont longtemps disputée; l'histoire d'une contrée, enfln, qui , bien que jetée aux extrémités du monde, loin du centre de l'activité humaine, s'est trouvée en rapport avec toutes les grandes nations et mêlée à tous les grands événements, valait la peine qu'on essayât de l'écrire, et mérite, nous le pensons, d'être lue. Que d'autres plus habiles viennent maintenant mettre sur cette ébauche des couleurs dignes du sujet; l'œuvre, dans des conditions plus parfaites, eût été au-dessus de nos forces : c'était assez pour nous de rassembler , de coordonner des notions historiques qui , disséminées jusqu'ici dans un grand nombre d'ouvrages où les érudits seuls peuvent songer à les chercher, restaient, à cause de cet état de dispersion, à peu près inutiles pour faire connaître l'Afrique orientale.