‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 14 sur 101 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

PERIODE OIUAIVIEIVIVE.

Les Arabes d'Oman substitueDt leur domination à celle des Portugais sur la côte comprise entre les caps Delgado et Guardafui.

Le pays d'Oman est cette partie n5rd-est de l'Arabie dont le littoral , baigné par les eauï de l'océan Indien, est corppris entre l'île Mocira et le cap M'cendera. On peut lui assigner des limites dififérentes du côté de l'intérieur, selon qu'on envisage la contrée sous les divers rapports de la géologie, de l'ethnologie ou de la politique. A ce dernier point de vue, et c'est celui sous lequel nous avons à nous en occuper plus spécialement, ces limites paraissent avoir varié sous l'influence des événements politiques et religieux qui s'y sont produits depuis l'époque de l'établissement en ce pays des Arabes de la tribu d'Azd, jusqu'à celle où nous sommes arrivé à la fin du livre précédent. Au reste , nous ne prétendons pas écrire ici l'histoire de l'Oman; notre tâche doit se borner à signaler l'origine et à esquisser à grands traits le développement de cette puissance nouvelle, en face de laquelle les Portugais se trouvèrent à l'époque 'le leur décadence, et qui contribua à faire cesser leur do-

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mination dans une partie de la côte orientale d'Afrique.

Les plus anciennes notions qu'on possède sur ce pays sont dues à Pline le naturaliste; elles ne présentent qu'une description succincte des principaux points du littoral, et, si les indications que l'auteur donne relativement à certaines localités permettent de rapporter celles-ci à des points connus depuis sous d'autres noms (1), il ne.s'y trouve, du moins, aucun détail ayant trait au sujet historique que nous avons à élucider. <

La géographie de Ptolemée et le Périple de la mer Erythrée sont encore moins explicites ^, et les historiens des

U) Voyez Historical geography in Arabia, par le révérend Charles Forster, vol. II, section iv, page 227 et suivantes.

(2) Tout ce que nous pouvons tirer de ceà^deux documents, c'est qu'à l'époque où ils furent écrits le nom d'Oman (*) était déjà applique à la partie orientale de l'Arabie Heureuse, el que plusieurs points de son littoral étaient fréquentés par les navigateurs'gréco-égyptiens. Il parait même que les Romains y auraient eu des établissements : on pourrait, entre autres faits à l'appui de cette opinion , rappeler qu'en 1601, les Portugais trouvèrent enterrées, dans la citadelle de Sohhar, des monnaies frappées sous le règne de Tibère, en quantité telle ( dit l'écrivain qui rapporte le fait), qu'on ne pouvait douter qu'il n'y eût eiisté une colonie de Romains (**).

Quant aux assimilations qui ont été proposées par certains commentateurs entre les points mentionnés dans Ptolemée et le Périple, et diverses localités connues aujourd'hui, telles que Keulhàt, Mascate, Sohhar, elles nous paraissent complètement arbitraires, et quelquefois même en désaccord avec les indications positives des deux auteurs grecs. Au surplus, il n'entre pas dans le plan de ce livre d'établir une discussion à ce sujet, puisque nous ne nous occupons de l'Oman qu'en ce qui rattache politiquement ce pays à la côte orientale d'Afrique.

[') Dant une chronique arabe composée par le cheikh Abou-Soleiman-Mohhammed-ben-Amirben-Rachid-el-Maouli , et dont le manuscrit se trouvait à Zanzibar, nous avons lu que le nom d Oman était primitivement celui d'une vallée située dans le pays dont il s'agit, et que les Pei- Mns l'avaient ensuite appliqué au pavs tout entier.

(*') \ ove» le paragraphe relatif a Sohhar dans le traité de Barreto de Kricnde, manuscrit \">r t\i(,i\» déjà cite.

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premiers siècles de notre ère ne nous apprennerfl rien de l'Oman, si ce n'est la prospérité commerciale de la ville de Sohhar, qui en était alors le marché le plus important et qui servait de point de relâche aux bâtiments naviguant dans le golfe. ÎI faut arriver aux écrits des géographes et des chroniqueurs arabes pour avoir quelques renseignements sur l'ethnologie et l'état politique de ce pays.

D'après les chroniques arabesy la population de l'Oman, d'abord composée de tribus descendantes d'Adnan , descendant lui-même d'Ismaël, se recrtita, plus tard, d'Arabes de la tribu d'Azd, issue de Kahtan ou Jectan, quand l'annonce de la rupture prochaine de la digue de Mareb porta les habitants de ce pays à éraigrer en diverses parties de l'Arabie, pour échapper au danger dont ils se croyaient menacés. A l'arrivée des Azdites, l'Oman était sous la dépendance du roi des Perses et gouverné, au nom de ce souverain, par un satrape qui refusa aux émigrés la permission de s'y établir. Malek-ben-Fehm (ou Fahm), qui les conduisait, attaqué par l'armée de ce gouverneur, la défit et parvint à affermir son autorité dans le pays, après en avoir expulsé les troupes persanes qui le gardaient. Il y accueillit ensuite d'autres tribus arabes, et il paraît même que quelques populations d! origine persane continuèrent d'y résider sous la domination des Azdiles, ou qu'elles y fondèrent, plus tard, de nouveaux établissements (1).

(1) On lit, daus ÏUisloire des rois de Perse, par Nibki-befl-Massoud (manuscrit persan, q° 61), que << Scbabour, fils de Narsi, à la £uite de s;i victoire sur les Arabes, assigna la province de Babhrin et le Teama pour résidence aux enfants de Taleb, et ordonna aai tribus de Kaïs et de Thémim de s'établir sur les côtes d'Oman e« de Yémeu, et de s'y

Le règne des descendants de Malek-ben-Fehm ne fut pas d'aussi longue durée dans l'Oman que dans l'Irak; peu de temps après sa mort , le gouvernement échut à la famille d'El-Djelindi, fils d'El-Moustenir, à laquelle les Sassanides, devenus maîtres de la Perse, imposèrent une sorte de vassalité. Ceux-ci entretenaient sur le littoral quatre mille cavaliers et un gouverneur , pendant que les montagnes et les plaines de l'intérieur étaient au pouvoir des Azdites. Cet état de choses dura jusqu'à l'adhésion des habitants de rOmén à l'islamisme, c'est-à-dire jusqu'aux premières années de l'hégire (4).

transporter avec leurs bagages et leurs troupeaux. » (Voyez la Notice de M. de Sacy, au tome II des iSolices el extraits des manuscrits de la hibliothèque du roi.)

(1) Les détails que nous donnons ici relativement à la situation politique de rOmân depuis l'immigration des Azdites jusqu'à l'hégire sont eitraits du Kilab- Ansa't-el-Arab (livre des généalogies des Arabes), folio 412 à 438, manuscrit dont l'auteur est le savant cheikh Selma-beu- Moslem-el-Antabi-es-Sohhari (de Sohhar), qui a écrit aussi un livre intitulé El-Zia ( la lumière ). Nous nous sommes procuré un exemplaire de ce manuscrit à Zanzibar ; M. Kazimirsky de Bibcrstein a bien voulu nous en faire l'analyse et nous donner en même temps la traduction de certains fragments de cet ouvrage qui se rapportent au sujet que nous traitons. Gomme ce manuscrit ne se trouve pas dans la collection de la bibliothèque nationale et que nous le croyons fort rare, nous insérons ici un résumé sommaire de ce qui a trait à cette phase de l'histoire de rOmân.

« Dispersion des Azdites lors de l'inondatioji des digues (*) (folio 412). — Ils se rendirent d'abord à la Mekke, où les uns restèrent, tandis que les autres allèrent dans l'Oman. Ce pays n'a été appelé ainsi que depuis qu'une partie d'émigrants azdites s'y furent établis ; ils lui donnèrent ce nom en souvenir des localités appelées Oman dans le Mareb, qu'ils avaient quittées lors de l'inondation des digues (folio 413). — Ma-

("1 L'époqnf de la rupture de» digues est rapportée p«r M.. ?{oèl Desverger» lui dernièrf- IDB*M du i" nède de notre ère on aux premièrn anocei du lecond.

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Plus tard, à la suite de la scission opérée dans le khalifat par l'usurpation de Moawiah au préjudice d'Ali, quelques anciens partisans de ce dernier, mécontents de la faiblesse qu'il avait montrée en cette circonstance, abandonnèrent sa cause. Ne voulant pas, néanmoins, reconnaître le khalife choisi par leurs adversaires, qu'ils regardaient comme re-

lok-ben-Fehm se rendit dans TOmân avec une partie de la tribu de Kodaa; ils y trouvèrent les Perses obéissant alors à Dara (Darius), fils de Dara, fils de Behmen, fils d'Isfendiar. Un satrape gouvernait le pays au nom du roi de Perse. Malek-ben-Fehm lui envoya des messagers pour lui demander la permission de s'établir dans une partie de l'Oman; en attendant la réponse, il campa à Eldjouf-el-Feledj, lieu nommé depuis El-Feledj ou Feledj-Malek. Le satrape résidait à Sohhar. Après avoir refusé d'accueillir les Azdites, il se prépara à les repousser; il marcha contre eux à la tête de trente à quarante mille cavaliers : il avait des éléphants dans son camp. .Après quatre jours de combats acharnés, les Perses se retirèrent à Sohhar, et ofiFrirent la paix aux Azdites, à condition que ceux-ci occuperaiont les plaines, et les Perses Sohhar, ses environs et le littoral. Un armistice fut conclu ; le I satrape en profita pour demander des secours au roi de Perse. Les renforts étant arrivés, les Azdites furent attaqués à l'improviste. Malek se prépara aussitôt à la guerre , combattit les Perses et les chassa de l'Oman ( folio 425 ). Ici l'auteur cite divers poëmes arabes sur la conquête de l'Oman par les Azdites. Malek-ben-Fehm s'établit dans ce pays, et accueillit d'autres tribus arabes ifolio 430). Malek-ben-Fehm fut tué par son fils Sélima ; alors celui-ci s'expatria et se rendit dam le Fars et dans \f Kerman. Les fils de Malek étaient Hénat, Maan, Sélima; — Djodhaïma, régnant à Hira; — Thalaba, régnant à Tenoukh; — enfin Fecahid.

« Sélima conquit le Kerman ( folio 433 et suivants ). Son frère Hénat l'assista dans son entreprise en lui envoyant trois mille cavaliers azdites. Sélima avait dix fils : après sa mort, la discorde éclata entre ses enfants. Les Persans du Kerman et du Fars en profitèrent pour mettre fin à la domination des Arabes. Les Azdites se répandirent dans le Kernian, le Fars i, folio 438 ', et les îles du Fars; une partie des Azdites se rf-ndit dans les montagnes d'Oman. On compte parmi les descendants de Sélima les Arabes qui habitent les montagnes de Kafes dans le Kernnn, les habitants d'El-Kerd , les Benou-Bélal , la famille d'El-Djelendi. tils de Kerker. Ce dernier est le jirand-père d'Es-SalGFah. Parmi les des-

belles et coupables envers Dieu, ils se séparèrent également du parti de Moawiah, et formèrent une secte à laquelle on donna le nom de Khouaridj ou Khouaredjites (ceux qui sortent de la vraie voie).

Le premier soin des sectaires avait été de se donner un chef de leur choix, se fondant sur ce qu'Ali avait periiu son

ceDdaots de Sélima, on compte encore les rois qui ont régnée Hern jusqu'à ce jour. Il y a beaucoup de descendants de Sélima dans le Fars et dans le Kermaa, tandis qu'il y en a fort peu dans l'Oman (folio 438).

u Les Benoa-Samit , descendants de Sélima, habitent en grand nombre les montagnes de Maugal (folio 439). On reprend, folio 448, le récit de l'histoire de l'Oman. Depuis que Malek-ben-Fabm s'empara de rOmâo, ce pays ne retourna plus sous la domination des Perses. .4près lui , le royaume de l'Oman échut à la famille d'£l-Djelendi , ûls d'£l-Moufiteuir. Le Fars passa sous la domination des Sassanides ; entre ceux-ci et la famille d'El-Djelendi , il y eut trêve dans l'Oman; mais il y avait, dans ce pays, pendant la trêve, quatre mille cavaliers perses avec leurs chefs ei leur gouverneur, et, tandis que le littoral appartenait aux Perses, les montagnes et les plaines étaient au pouvoir des Azdites, et même, lorsque le roi de Perse voulait exiler quelqu'un de son royaume, il l'envoyait dans rOmàn. Ceci dura jusqu'à la propagation de l'islam dans l'Omâu. A ce sujet, l'auteur cite une lettre de Mahomet adressée à Djeifer-el- Abd, fils d'El-Djelendi (folio 450). » ^ V^

11 ne nous a point échappé que la version de l'auteur du Kilab-Ansab-el-Arab , relativement au nôle qu'elle prête à Malek-ben-Fehm, est en désaccord avec la version de Massoudi , ainsi qu'avec l'opinion de nos auteurs modernes, sur ce même Malek, considéré par eui comme le fondateur du royaume de Hira. Mais, ces derniers auteurs confessani que les débuis de celle monarchie ont laissé bien peu de traces dans les tradilions parvenues jusqu'à eux, nous avous cru devoir ne pas dédaigner une indication nouvelle, surtout quand celle-ci était présentée par un habitant de l'Oman, mieux à portée, par cela même, que Massoudi et autres auteurs arabes de recueillir les traditions de sou pays , d'ailleurs fort négligé dans les ouvrages anciens qui traitent de TArabie.

Les hommes compétents jugeront du crédit qu'il faut donner aux a^sertioQS de notre auteur.

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droit à cet office en permettant que la contestation suscittk; par la révolte de Moawiah fût décidée par le jugement des liommes au lieu de l'être par celui de Dieu ou de l'imam, son représentant. Ils s'étaient réunis alors aux environs de Koufa, et, en excitant autour d'eux la défection, ils travaillaient à miner le pouvoir qu'Ali conservait encore dans la Mésopotamie et la Perse ; mais, attaqués par ce khalife à la tète d'un corps de troupes considérable , ils furent mis en déroute à Nharouan, sur les bords du Tigre. Du petit nombre de ceux qui échappèrent à cette défaite , deux allèrent rhercher un refuge dans l'Qmân.

Les principes des Khouaridj, dont l'esprit était tout à fait en harmonie avec le caractère indépendant des Arabes, furent facilement acceptés par les habitants de l'Oman, et le schisme s'organisa sans entraves et se maintint paisiblement jusqu'au khalifat d'Abd-el-Melik (i). Sous le règne de ce prince, le fameux llhadjadj , devenu gouverneur de l'Irak, envoya des forces en Oman pour y faire reconnaître l'autorité du khalife : deux frères, Seliman et Saïd, de la descendance de Djelendi, y exerçaient alors le pouvoir. Ils battirent, dans toutes les rencontres, les troupes d'Hhadjadj, qui se vit contraint de demander des renforts au khalife. Une armée nombreuse lui ayant été envoyée, if finit, grâce à ce secours, par triompher de ses adversaires, et força Seliman et Saïd de s'expatrier avec leurs familles. Dès ce moment, le gouverneur de l'Irak eut sous sa dépendance le pays conquis et en nomma le chef. Quelques années après, le khalife Se-

(l) Les détails qui suivent sont extraits de la chronique du cheikh ibou-Soleiman-Mohhatumed , déjà citée à la note 2 de la page 474.

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liman-ben-Abd-el-Melik rendit aui habitants le droit d'élire leur souverain ; toatefois an délégué du gouverneur de l'Irak continua d'y résider, dans le bot de surveiller la gestion du souverain élu : il en fiit ainsi jusqu'au khalifat d'Aboui- Abbas-es-Saffah. • '

A cette époque, de grands désordres se produisirent en Oman; d'abord des sectaires, désignés sous le nom d'Ibadhi (1), attaquèrent le représentant du khalife, le défirent et lui substituèrent un des leurs , nommé Djelen'di-ben-Meçaoud , qui fut tué, deux ans après, à la suite d'une invasion de l'Oman par les Djebaber (2), el la guerre désola le pays jusqu'à l'avéneraent de l'imam

(i) U s'agit ici des partisans de l'hérésie prêchée par Abdallah-beu- Ibadhi, de la famille de Sarib, issue de Temim. Le Hhadji-Khalfao dit, dans son Djihan-lSuma , que ce fut sous le règne de Merwan , dernier khalife des Ommiades, c'est-à-dire entre l'an 127 et l'an 132 de l'hégire (744 et 749 de J. C), que cet Abdallah parut, et qu'il fut vaincu et mis à mort. Mais il se trompe lorsqu'il fixe l'apparition des Ibadhi en Oman à l'année 674 de l'hégire, à moins, toutefois, que les mots à Oman, employés par lui, signifient seulement la ville ainsi nommée, cl non le pays tout entier, ce qui ferait disparaître la contradiction que nous venons de signaler entre son assertion et celle de ^'auteur de la chronique. On comprendrait, en effet, que les principes des Ibadhi . d'abord acceptés par les anciens dissidents ( les Khouaridj ou Chera) établis à Nazoua, et s'étaot entés sur ceux de ces derniers, ne se soient répandus que plus tard dans les villes du littoral. (Voyez la partie Asie de l'ouvrage cité, traduction manuscrite d'Armain, au paragraphe qui traite du pays d'Oman.) — Niebuhr, en signalant cette secte comme la plus importante de l'Oman , donne à ses adhérents le nom de Beïasi , et Abadbi. Nous avons toujours entendu les indigènes se servir du mol Ibadhi.

(2) La forme de ce nom est douteuse; peut-être s'agit-il des Bcu- Djebre ou plutôt Beni-Djcrbé, qui sont signalés, bien postérieurement, il est vrai, comme faisant presque chaque anuée, à l'époque des iccoltes, une invasion dans TOmâu pour en piller les campagnes.

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RëzaD, qui, à ce titre, exerça le pou¥Oir pendant environ quinze ans, et mourut l'an S07 de Fhégire(822de J. C.)-

A partir de cette époque, les imams se succédèrent régulièrement pendant un espace d'enviroD soixante-dix ans. Mais, au commencement du règne du khalife £l-Motadhed, Azzan-ben-Temin el Mekhezoumi étant imam, des troubles graves vinrent agiter l' Oman, des partis nombreux s'y disputèrent l'autorité, et leurs luttes semblaient interminables. Deux de ses habitants, dont la tradition a conservé les noms, Mohhammed-ben-Qâcem et Béchir-ben el Men'deur, se rendirent auprès du gouverneur du Bahharin', Mohhammed-ben-Mour, pour solliciter son intervention et lui offrir le pouvoir. Ce dernier voulût, avant tout, s'assurer l'agrément du khalife; on se rendit à Bagdad pour l'obtenir, et, cette démarche ayant eu un plein succès, Mohhammed-ben-Nour envahit l'Oman à la tête de vingt-huit mille hommes (l). A son approcJhe, la terreur s'empara des habitants; les uns prirent la fuite, le plus grand nombre se soumit. Azzan-ben-Temin, qui résidait à Nazoua, vit ses parti-

(1) Ce fait se trouve mentioDoé dans le traité da cheikh Abou-Ishak el Estakhry; il y est dit que, sous le khalifat d'El-Motadhed, une querelle s'étaut élevée entre les sectaires de la tribu des Beai-Sama el Louy, l'une des plus puissantes du pays, le cheikh de cette tribu, Mohammedben-el-Qacem es Sami, se rendit auprès du khalife et réclanu sa puissante intervention; celle-ci amena la soumission de rOmàn au khaliiat, en témoignage de quoi la khotba fut dite dans les mosquées pour le khalife. El Estakhry ajoute que le schisme n'en persista pas moins et que les sectaires se retirèrent dans une partie de leur territoire nommée Nezoua ( Nazoua ), où ils étaient encore , avec leur imam et leurs trésors, à l'époque où l'auteur écrivait. (Voyez le traité d'El Estakhry, folio 7, verso, édition du docteur J. A. Moeller, sous le titre LUm" climatum.) — D'après M. Reinaud , El Estakhry voyageait vers l'an 340 de l'hégire (951-52 J. C).

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SAdS l'abtatidonner peu I peu à mesure que rennemi s'avéA^ çait vers cette tille ; il voulut chercher un autre asile avec une poignée d'hemmes qui lui restaient, mais atteint par les soldats de Mohhammed^ il périt dans un combat inégal. Les Ib&dhi, dans la t)er8onne de leurs imams, avaient gouverhé cfent soixante- trois ans.

Mohhammfed-ben-îfour, proclamé Souverain, s'établit à Nazoutti Tbuiefois, Il ne jouit pas en paix du pouvoir Kionquis par lui; il eut biehlÔt à combattre des révoltes sérieuses, qui lui firttt^ prendi^ en haine ses nouveaux sujets. Dans son eittspération, il Ravagea le pays, commit des cruautés sans ttbmbrè, 'et ^e décida enfin à rentrer dans le Bahhâfin', laissant le gouvernement de l'Oman à Ahhmed-beh-Hilal (î). Ceiill-ci jt'envei'sé peu après par une insurtedion victorieuse, ei5t ^fwWii- suecesseui- ÎWohhammed-ben-el-flassen.

Tcî Comrhehça, pour l'Oman, une nouvelle période d'indépendance, qui Se prolongea jusqu'à l'invasion de son territb-lre par lés CahAathes (2). Cette invasioli ne fut pas de iong'àe dur^e , et , lorsque les envahisseurs eurent été chas

(1") On K\\., dans le Mûroùàj-'ed-Dzehtb, tnmvtSfieit 598, folio 45, « qu'en l'année 304 de l'bégire, lorsqtre Massoudi arriva à Solibar, capitale dé rOmAn, l'émir de ce pays était Ahbmed-ben-Htlal. » C'est sans doate te même persômiage meirtionné é»ûs la chroniqtK à laquelle noui> empruntons ces détails.

<2) La secte des Garmatbes eut pour fondateur un -certaio Handa» , fils d'El'Ascbatb, surnommé Carmath. Elle acquit une grande puissance, et, pendant plus d'au siècle, ensanglanta l'Arabie, la Syrfe, l'Egypte, eu défHt des efforts faits par les derniers kbalrfes diassides p<»r arrêter ie» progrès de ces sectaires. Nous ignorons l'époque précise à laqueMe ceut-ci cnvhhircbt l'Oman ; inais, d'après la place qu'occupe celle invasion dans la série des faits énumérés par la cbroaique, ce dot être dans les dernières années du ni» siècle de l'bégire ( premidres années du X' siècle de J. C).

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ses, Mohhammed-ben-Izid el Kendi fut appelé à l'imamat. , Cependant la série des imams ne tarda pas à être encore une fois interrompue; des troupes envoyées de Bagdad s'emparèrent de nouveau de l'Oman et mirent en fuite Mohhammed-ben-Izid ; le khalife donna alors le gouvernement à El- Hhakem-ben el Mâala. Enfin , à la mort de ce dernier, les Arabes d'Oman reconquirent le privilège d'élire leur chef, et nommèrent Saïd-ben-Abdallah-ben-Mohhammed. L'auteur de la chronique ignorait la date à laquelle cet imam fut élu ; mais il donne celle de sa mort, qui eut lieu en l'année 328 de l'hégire (939-40 de J. C). Après Saïd-ben -Abdallah, les imams se succédèrent jusqu'en 557 (1161 de J. C).

L'auteur du document arabe auquel nous devons les renseignements précédents pense qu'à partir de celte époque il y eut un interrègne jusqu'en l'année 809 (1406-07 de J. C). Selon lui, pendant cette longue période, l'Oman eut à souffrir des malheurs tels qu'il n'en avait jamais éprouvé ; mais il n'entre dans aucun détail à ce sujet , et les seuls faits dont il fasse mention sont les suivants :

1" En 660(1261-62 de J. C), l'émir d'Hormouz, Mahraoud-ben-Ahhmed el Rousi, vint débarquer à KeulhÂt avec des troupes nombreuses, et somma les chefs de l'Oman de lui payer un tribut (1); ce pays avait alors pour sultans Abou-el-M'salli-ben-Nebehan' et son frère Omar.

2» En 674 (1773-76 de J. C), le raïs de Chiraz, Fekeur- Eddin-Ahhmed-ben-ed-Daya, envahit l'Oman, s'empara de Nazoua et séjourna qiTatre mois dans le pays. Une tentative infructueuse fut faite par lui contre Behia. La mort du rais

(1) Nous aurons occasion de rerenir bieotôt sur cette «xpédition do sultao d'Hormoux contre l'OmAa.

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vJDt bientôt délivrer le pays du joug de ses envahisseurs. Ces événements se passèrent sous le règne du sultan Omarben-Nebehan' .

5° Enfin, en 675 (1776-77 de J. C), les enfants du raïs envahirent de nouveau l'OmÀn, qui avait alors pour sultan Hîlal-ben-Ooiar-ben-Nebehan' (1) : celui-ci finit par triompher de ses ennemis, dont les premières opérations avaient été désastreuses pour le pays.

'Quand nous avons parlé ci -dessus d'un interrègne, il ne s'agissait, bien entendu, que de l'absence d'une autorité spirituelle : l'auteur de la chronique a écrit la chronologie des imams d'Oman, et non l'histoire de ce pays, el cela explique le silence presque complet qu'il garde sur les événements arrivés dans l'intervalle de l'année 557 de l'hégire à l'année 809. Mais, en dehors des imams, l'autorité purement temporelle était exercée, dans l'Oman, par d'autres chefs, délégués du khalife ou de quelqu'un de ses représentants. Seulement il arrivait, à certaines époques, que le schisme, toujours vivant à l'intérieur, reprenait plus d'empire, et que les sectaires parvenaient à imposer leur propre chef à une plus grande partie du pays. Quant aux villes maritimes, et surtout à celles dont le mouvement commercial mettait incessamment les habitants en contact avec les partisans des sectes orthodoxes, leurs populations durent perdre peu à peu de leur ferveur dissidente , contenues qu'elles étaient, sans doute, d'abord par la surveillance plus facile que l'émir du khalife pouvait y exercer, puis par les

(1) Cette famille des Nebehân' parait avoir joué un rôle important dans l'histoire de l'OmAn; nous retrouverons, dAus le récit d'Ibo-Bathouta, UD Nebehao' sultaa de Nazoua.

immigrations de Schiites, de Sunnites et de Métaoualis qui s'y incorporèrent à diverses époques. Mais, pour avoir quelques notions sur ces villes, dont l'auteur de la chronique ne cite pas même les noms, il nous a fallu recourir aui géographes et voyageurs arabes, et voici le résumé des renseignements que nous avons puisés dans leurs écrits :

Au commencement ilu iv* siècle de l'hégire, Massoudi et Abou-Zéid nous représentent Sohhar c(»nme la capitale [i] de l'Oman, et Mascate comme un lieu où les navigateurs venant du golfe s'arrêtaient, dans leur route vers l'Inde, pour y prendre de l'eau et du bétail (2). A l'époque où écrivaient ces deux auteurs, Mascate n'avait doiic pas encore une population notable ; Massoudi , en effet , ne la désigne que comme un village.

Dans un passage du traité d'El-Estakhry, auquel nous avons déjà emprunté quelques renseignements sur l'état religieux de l'Oman, l'auteur dit aussi que Sohhar en était la capitale, et la plus peuplée, la plus riche et la plus commerçante non-seulement des villes de cette contrée, mais de toutes les villes musulmanes situées sur la mer de Perse (3). Avec Edrisi , nous commençons à acquérir quelques connaissances de l'intérieur du pays, outre ce qu'il ajoute au petit nombre de celles que nous possédions sur le littoral. Il signale d'abord, le long de ce dernier, les deux villes mail) Nous ne peusoDS pas qu'il faille doQQcr au mot capitale un autr'^ sens que celui de ville principale du pays au point de rue commercial , car nous ne savons rien qui puisse mériter ce titre à Sohhar, au point de vue politique.

(2) Voyez Relation des voyages arabes el persans, Discours préliminaire, page 80, et Chaîne des chroniques, page 15. \3; Voyei le traité déjà cite , folio 7, yerso.

ritiroes de Soûr et de Keulhât (1), petites, mais ayant beaucoup d'habitants; puis le bourg de Damar (2)» renommé par la beauté des perles qu'on y pêche; enfin les villes de Mascate et de Sohhar, l'une et l'autre bien peuplées. Toutefois, selon l'auteur, cette dernière avait déjà perdu de son ancienne prospérité et de son impottance commerciale. Édrisi impute ce résultat aux déprédations exercées par la marine d'un certain gouverneur de Keich (l'île de Kechm) contre les navires qui commerçaient dans le golfe Persique; ce qui, dit-il, avait contraint ces derniers à se détourner de la voie d'Oman et à se porter sur Aden (3). Il parait, cependant, que l'activité de Mascate s'était accrue; car, sans cela, comment cet ancien village fût-il devenu une ville bien peuplée, telle que la représente Edrisi. Il est même probable que les faits rapportés par ce géographe n'étaient pas la seule cause de la décadence de Sohhar, à laquelle les commodités et les avantages propres au port de Mascate avaient du contribuer aussi.

Quant à l'intérieur du pays, voici ce qu'en dit Édrisi : « Vis-à-vis de Sohhar, à une distance de deux journées

(1) C'est la ville nommée Calayat par les auteurs portugais; Joâo de Barros la rapporte à la Melacum de Ptolémée, mais il n'y aurait, ce aous semble, pas moins de raisons d'identifier celle-ci avec Soûr, ville très-ancienne et qu'en suppose avoir été occupée par les Syriens. Quoi qu'il en soit, l'existence de Keulhât au commencement di^ xi* siècle nous est signalée positivement par la chronique des rois d'Hormouz, dont Texeira a donné une version portugaise. (Voyez Histoire des rois de Perse, par Texeira.)

(2) Probablement Bendeur-Daghmar, petit port près et au sud-est d^ Keriat.

(3) Voyez Géographie d' Édrisi, traduction de M. Jaubert, page 151 et suivantes.

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