CHAPITRE XIII
Suite des détails ethnographiques sur les Soumal-Medjeortine. — Dernières obserYations concernaot Hhafoan.
De toutes les nations soiimal il n'est que celle des Medjeurtine cbez qui le titre de Sultan soit doùné au cher su prème (!}, et, quoique depuis un temps bien éloigné il ne s'en soit pas trouvé un dont le pouvoir ait été reconnu dans toutes les parties du pays, ce titre n'en a pas moins été conservé et transmis, en ligne directe, dans la branche aînée de la famille souveraine. Cette transmission s'opère héréditairement , à l'exclusion des femmes qui n'exercent jamais l'autorité, ne jouissant pas des privilèges politiques. Ce ii'esl pas l'ainé de tous les fils du Sultan qui hérite, mais bien le plus âgé d'entre les garçons premiers-nés de ses diverses femmes. Aucun des enfants de l'épouse qui a d'abord engendré une fille ne peut prétendre à la souveraineté. La même règle est suivie pour la transmission du titre de dhef de tribu. Si la branche régnante vient à s'épuiser, le peuple s'assemble pour choisir un sultan parmi les membres des branches collatérales.
Le Sultan est majeur à dix-huit ans ; mais, dans la pra-
(1) Chez les autres ce titre est, aioai qu'on le verra plus loin, remplacé par celui de Guerâd ou par celui d'Ougass,
tique, cette limite n'est pas absolue; la minorité cesse plus tôt si le jeune prince montre une maturité d'esprit précoce ou beaucoup d'aptitude au gouvernement. ^
Les sultans medjeurtine se marient rarement avec des femmes de leur nation. Ils prennent, de préférence, leurs épouses dans les familles souveraines des Guarsanguéli et des Loulbahanté. La somme Qu'ils allouent au père de chacune peut aller de 300 à 1,000 piastres. Dès que le Sultan est arrivé à l'âge viril, il est absolument obligé de prendre les quatre femmes légitimes accordées par la loi à tout musulman. Si l'une d'elles est reconnue stérile, il la répudie et la remplace aussitôt. Dans certains cas, une latitude encore plus grande lui est laissée, particulièrement lorsqu'il a perdu enfants dans un combat; alors le nombre de ses épouses n'est plus limité que par lui seul.
Son privilège le plus important consiste dans la levée d'un impôt sur les propriétés territoriales et sur les troupeaux. Les membres de sa famille participent à ce privilège, en recevant une part des droits perçus sur le territoire dont la propriété leur a été concédée en apanage.
Le sultan actuel des Medjeurtine se nomme Mahmoud. Voici, d'après ce qui m'a été dit, quelle serait sa généalogie, en remontante à Medjeurtine, souche de la population qui porte son nom : Mahmoud, fils de Youceuf, fils d'Osman, fils de Mahmoud, fils de Youceuf, fils d'Ali, fils de M'hhammed , fils de Mahmoud, fils de Youceuf, fils d'Ali, fils d'Omar, fils de Mahmoud, fils de Youceuf, fils d'Osman, fils de Mahmoud, fils de Séliman, fils de M'hhammed, fils d'Ibrahim , fils de Djébraël, fils d'Oumednebi, fils de Talakherr, fils d'Ouelad-Djébeur, fils de Noiaïs, fils d'Aouah, fils de Med-
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jeurtine; depuis celui-ci, jusqu'au souverain qui règne aujourd'hui, vingt-trois générations se seraient donc sac> cédé. •' '''*'^'- ■^''''^" ^ '-s'-^-^ ;- -^ ■ ■ .>-.'v-'H't .■^'- - ^
Le partage du territoire entre certains membres de 1« famille souveraine , partage nécessité, sans doute, par l'eitensiofl graduelle de ce territoire, remonterait, d'après la tradition, à l'époque de la mort du sultan Mahmoud, fils de Séliman, le dixième chef après Medjeurtine. Il le fit luimême entre ses trois fils les plus âgés, Osman , Eysa et Omar. A Osman revint la partie nord du pays, comprenant tout le littoral de Bendeur-Zyada jusqu'à Ras-Hhafoun, d'autres disent jusqu'à Ras*Màabeur. Omar eut le territoire compris entre leOuedi-Nougal et le pays des Meurrihhân' ; et Eysa, la zone intermédiaire. *
C'est dans la descendance d'Osman que se sont transmises la dignité et l'autorité de Sultan. Le troisième prédécesseur du souverain actuel mourut il y a environ trente ans. l\ avait eu, de six femmes légitimes, dix-sept fils, dont douze existaient au moment de sa mort. A l'imitation d'un de ses ancêtres, il fit six parts du pays qu'il gouvernait, et il en donna une à chaque groupe de fils nés de la même femme; cependant il enjoignit à tous de reconnaître l'autorité de l'un d'eux, nommé Osman, qui, à ses yeux, méritait le mieux le titre de Sultan. Osman établit sa résidence à Bendeur-M'raïa, où il fit bâtir plusieurs maisons en pierre, et se livra à des spéculations qui contribuèrent beaucoup à développer le mouvement commercial de ce port. Son fils et successeur, Youceuf, ne gouverna que deux ans. Ce règne, fut tout d'abord troublé par des querelles qu'il eut avec des membres de sa famille, et à la suite desquelles un
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jodividti de la triim 4le8 Ali-Séiiraan» babitafit Beadeur- ILkour, l'assassifia iraUreusemeni. Youœuf laissait, eu mouraDt, plusieurs fils, dont aucun^ n'était apte à régner d'après k loi aouauM; mais l'une de fe» Icmmeiétaii enceinte ^'un premier eniuit, et^ coBiffie il pouvait être du sexe mascultii, la succes3iMi resta vacaote jusqu'à sa délivrance, qai eut lieu Qn 1643. Le nouveau-né fut ub i^rçon, et on le proclMsa béritiet' légitime du pouvoir, sous le fiom de Makmoud» En attendant sa majorité, un conseU composé de tous les chefs de tribu est diargé du gouvernement. Le membre le plus influent de ce cooseil , et qui dirige réelleHient les affaires, est un oncle du jeune Sultan, nommé Meur-beo«Osman. Il le doit à l'affectiou qu'il inspire à la population, et surtout à son mariage avec la v^uve de son frère ïouceuf , mère du jeune Maiunoud. Nour^ben-Osman a trois frères utérins iHbeùrsi , Gheurmarkia et Son^n'teurh. On prête à Hheursi, le plus âgé, un caractère brutal et sanguinaire ; on ne dit ri^ de ses cadets. Nour-beo-Osman a eu deux enfants de la veuve de Youceuf ; il est heureux peut-être, pour le jeune Sultan, que l'ainé soit une fille. Cette circonstance, cependant, ne le met pas à l'abri de tout danger de ce côté, car, depuis ce mariage, Nour-ben- Osman a épousé d'autres femmes, dont l'une lui a donné des fils, et l'ambition paternelle pourrait bien l'amener à frustrer son pupille de la souveraineté. Toutefois rien ne dénote encore qu'il nourrisse un pareil projet; il s'efforce, au contraire, de maintenir les droits de ce dernier au prix même d'inimitiés profondes de la part des nombreux enfants d'Osman.
Quoi qu'il en soit, son autorité n'est positivement rc-
— us -^ confiue que dans {«partie nord du ptys des M0djeurtioe, c'est-à-dire «dans la portion «pu écbut aiitreftMsà Osman. Les popuiatioafl répandues dans le «nd de ftts-Màabeur, composées des tritas dont ie gonvemeaieiit fiit «oofié aux deux ailles fils de Mahmoud, Ëyaa et Onar, «nt coalintié à être gouvernées |»ar Jeors descendants, et le sultan des Medjeurtine n'exerce sur ce territoire qu'une sorte de suprématie politique plus nominale ^e réelle, ti ne s'y trouve pas, d'ailleurs, de pepalations sédentaires, mais seulement des groupes de ^steurs , fui se transporteet tantôt sur un point, tantôt sur un autre, selon les besoins de Jeurs troupeaux. On cite, comme ayant le plusd'autortté oud'ânfloencc parmi ces peuplades, les cbels Ël-Hha^ii-Àli et £1-Hhadji- Youceuf, qui jouÎBsent, chei les Souraal , d'une ^ande réputation (|e sagesse et d'instruction. Le premier a pour résidence habituelle un village voisin de Ras-Af 4aheur, faisant partie du territoire de la tribu dite Eysa-Mahmoud; celle du second est près d'un point de la côte nommé GuerAad. Tous les deux font de fréquents voyages à l'intérieur pour se mettre en rapport avec les diverses tribus, leur donuer des conseils et }uger leurs difiérends. Us ne bereeiit même pas, dit-on, ces excursions au pays des Medjeurttne, ils pénètrent dans celui des Lonibabauté et des Oiiarsaoguéli, où ils sont également pns pour arbitres.
Le jeune sultau Mabbmoud-ben-¥ouceuf a, jusqu'i présent, résidé à l'intérieur; mais le souverain ikoitse rendre à la côte deux fois par an ponr la perception des impôts. .
Ces impôts sont de diverses sortes; ils portent principalement sur les propriétés territoriales et sur les troupeaux. L'impôt territorial est d'un vii^tième de la récolte. Il est
payé en nature et assez ordinairement sur les lieux où les produits sont portés et vendus pour l'exportation. Dans le cas où un terrain a été loué pour une récolte, iB propriétaire et le locataire payent en commun l'impôt. Pour les chameaux, le taux de l'impôt est également d*un yingtième du nombre qu'on possède; il est du dixième sur les chè-
vres.
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Il y a encore une sorte de taxe personnelle prélevée dans chaque tribu , et dont le chef tient compte au Sultan, qui lui en abandonne un tiers. Enfin des droits de douane sur les exportations et importations complètent le système fiscal établi chez les Medjeurtine. Le droit d'exportation est prélevé sur les gommes, l'encens, la myrrhe et le semen ; il est d'un quart de piastre par hahar, ou 150 kilogrammes. Quelques autres articles, tels que le miel, l'ambre, etc., quoique figurant dans les exportations du pays, ne sont soumis à aucun droit; cette exemption est toute simple quant à l'ambre, ce que les habitants en recueillent devant être remis au Sultan , qui seul a la faculté d'en faire le commerce. Le droit sur les importations est de 5 pour iOO, ad valorem, dans tous les ports et sur tous les articles importés ; il est perçu, an nom da Sultan, par le chef de la ville, au débarquement des marchandises : la valeur de celles-ci est estimée arbitrairement par les anciens. On conçoit ce qu'il peut en résulter d'exactions à l'égard des commerçants et d'infidélités dans les comptes rendus au souverain; toutefois, chaque chef se trouvant, par suite de l'organisation politique et de l'absence de toute centralisation administrative, personnellement intéressée développer le ibouvement d'échange de la ville où il commande, les commerçants ont, dans
cet intérèl, une iorte de garantie contre les ineonvénients du système : de trop grandes exigences manifestées dans l'un des ports en éloigneraient bientôt les importateurs, et le ch^de ce port perdrait de cette façon, outre les quelques cadeaux qu'il reçoit à l'embarquement d'articles non taxés, la part qui lui revient sur les droits d'importation. Cette part est égale au tiers de ia recette, un autre tiers appartenant au Sultan, et le dernier aux membres de sa fomilie.
Il a été dit déjà que les principales industries iigricoles soDt exercées par les Bédouins, et consistent dans la cueillette des gommes, l'élève du bétail et la chasse. .
Les produits végétaux du pays proviennent tous de plantes qui y croissent spontanément. Les principaux, et ceux dont on tire le plus d'avantages pour le commerce, sorit le» gommes arabiques, l'encens, la myrrhe, et une autre gomme-ré sine nommée hâdi ou. khaheug-hâdi, ayant à peu près l'aspect du bdellium. Vers la fin de février et au commencement de mars, les Bédouins visitent les arbres qui fournissent ces gommes et résines ; ils pratiquent sur chacun d'eux une profonde incision et rabattent jusqu'à environ quinze centimètres au-dessous d'elle une étroite bande d'écorce. Les arbres restent ainsi pendant un mois, après lequel on refait , à la même place, une nouvelle et plus profonde incision , répétée une troisième fois quand un égal laps de temps s'est écoulé. La sève coule abondamment et, au bout d'une trentaine de jours, l'arbre est considéré comme ayant donné tout ce qu'il est possible d'en obtenir sans trop le fatiguer. Pour la gomme arabique, on se borne à une seule incision, qui se fait dans le courant de juillet ; un mois plus tard, on commence la récolte. Les gommes-résines exsu-
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dêm ayant acquis ose safBsante eonsisttttcer tes flancs des mentagnes se couvrent de groupes d'homne» et jeones gens (fui , munis de paniers « enlèvent leg larges et transparents globules arrêtés au tronc par la bande d'écorce ou tombés à terre. On place ces derniers à part comme produits de (qualité hilérieure. La euoiilette se recommence de quinze en quinze jours, et ta récolte en devient pfais c<Hisidérable à mesure qne la saison avance; elle se prolonge jusqu'au milieu de septembre, où les premières ploies obtient d'y
mettrefin. ■;■'-' -- 'l r --n ■:.rj:r\-74^i ■'■
La gomme et l'encens, encore moi» au moment où on les cueille, durcissent promptemeot. La flamme produite par la combustion de l'encens est claire et brillante; les naturels se servent de torches faites de cette résine pour éclairer leurs demeures. , -^f;*?;-;^;'.,
Il y a trois sortes de gommes que j'avais crues d'abord n'être que trois qualités du même produit; mais on m'a assuré que chacune d'elles est extraite d'arbres d'e^èces différentes. Les Arabes les confondent sous le nom de sofMutTf et les Souroal , qui ont cependant ausa un nom générique, kabkOf pour désignei% la gomme , les distûiguenl par des noms particuliers : hemkokeubt qourat et adad. La gomme hankokeub ressemble à la belle gomme du Sénégal; on en récolte, disent les indigos, des morceaux aussi gros que des noix de coco. La gomme qoura a une teinte rougeâtre plus ou moins foncée; on fait souvent un choix des morceaux de cette nuance que l'on mêle frauduleusement à rbankokeub. La gomme adad, beaucoup moins transparente et plus molle que les précédentes, est de couleur noirâtre.
L'enoens {héio) est dedeax sorta» provenaat aossi d'ar* bres diiéreiito* lâles soat distioga^ par 1» ^ualificalioite de nteyH et de bédauù L'encens meyti est partout le plus ettimé. Il arrÎTe étendant, en certaines aDnéeft,^ele bédoui, étant en grasde denaaiky obtient dans les ports uo prix supérieur à celai de l'autre. Cliacu^de cea Vtfiétéaiesu^ divise en première et seconde qualités, aelon la grosseur des larmes, leur blaocheuf et leur pureté. Le» arbres à eocess croissent spoirtaiiéiBeqt sur le» Hmcs des monlagnea et jusque dans leurs parties les plus rocailleuses et ks plus éénuées de terre végétale. . * , .««^vm- > j
Le territoire des Mec^urtine produit peu de myrrhe (tiia^ mel). Elle y est apportée des pays de Loulbahanté et de Meurrihhàn'. La gomme hàdi mentionnée ei-dessua vient exclusivement de ces deux pays.
On m'a parlé encore de plusieurs plantes servant pour la teinture ou pour des préparatious pharmaceutiques ; ce sont : • , , ~ .,
Le haouïr,: dont les feuilles fournissent par rinfusion une matière colorante avec laquelle on peut teindre en toutes les nuances, du bleu-gris au noir : on exporte de ces feuilles en sacs à la cète souahhéli. .i'
L'a«<aw2 , dont Técorce^ desséchée, pilée et macérée dans l'eau froide, donne mk& liqueur rougeâtre servant à imprégner les peaux en guise de tannage.
Le gueubjfutbout , utilisé en infusion pour le traitement de certaines maladies des bestiaux.
Enfin , d«i deux autres arbres croissant surtout daas le pays des Ouarsai^uéli, on extrait uo suc vénéi^x employé dans la composition avec laquelle on empoiaoBue les flè-
ches. Le bois de ces arbres est exporté, dans tout le pays souraal, en fagots de petites bûchettes; j'en ai eu, à Moguedchou , des morceaui entre les mains , nuis ils, étaient dégarnis d'écorce, et tellement secs et fractionnés^ qu'il a été impossible de reconnaître à quelle famille botanique appartiennent les arbres qui les avaient'fournis^ ^.-wvm:-
Les animaux domestiques qu'on trouve chez les Medjeurtlne sont le chameau {guel)^ le cheval (fereus), Vàneidemxr)y le mulet {bereul)y le bœuf [dibi), le mouton (ùuère), la chèvre (no).
Les chameaux sont innombrables dans le pays, et ils constituent l'élément essentiel de la richesse des Bédouins. On les entretient à l'état de troupeaux plutôt qu'o^ ne les utilise isolément pour le transport des fardeaux. J'ai déjà dit que leur chair est celle que les Soumal apprécient le plus, et j'ai parlé du parti qu'ils tirent du lait des chamelles. Les chefs et les riches particuliers en possèdent une grande quantité; quelques-uns en ont jusqu'à mille, que, sous la surveillance de l'une de leurs femmes, assistée de serviteurs, ils parquent en différents pâturages, souvent distants l'un de l'autre de plusieurs journées de marche. Dans l'intérieur, comme évaluation de richesse entre Bédouins, on estime chaque tète de chameau à deux ou trois piastres ; mais dans les ports un chameau ordinaire vaut de dix à quinze piastres, un bon chameau de quinze à vingt; une chamelle de vingt à vingt-cinq, et de vingt-cinq à trente, si elle est pleine. *
Les chevaux sont aussi très- nombreux et ont un prix de beaucoup supérieur à celui des chameaux. Un bon cheval s'échange fréquemment pour cent cinquante piastres en mar-
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cbandises. à la côte, QQ cheval médiocre se paye de viogt à cinquante piasires; une jumeiit {gaigno)^ ledoidde. ils^ot cepeDdaot: de petile taiUe, et n'oot, dî daQs l'-allure ni par les qualités, aueuue analogie avec la race arabe. Leurs maîtres, d'aiUeurs, les traitent fort brutalement^ et le peu de grâce que la nature a donnée à leurs formes disparaît dès qu^onl^ met en service. On les emploie uniquement comme monture popr les voyages, la guerre ou la chasse. La plupart des Bédouins les ipontent à poil ; les autres se servent de selles confectionnées dans le pays, à peu près sur le modèle de la selle arabe; ils font également usa^e du' pesant mors arabe, elle manient avec tant de rudesse, qu'à chaque temps d'arrêt on voit la bouche du pauvre animal se .reipplir de sang.
Les ânes, aussi très-nombreux, sont de petite taille et utilisés comme bétes de somme. Le prix d'un âne est de huit à dix piastres ; celui d'une ânesse est un peu plus élevé.
Les mules et les mulets n'ont rien de remarquable, si ce n'^st qu'ils sont de petite espèce, de même que les deirx animaux qui les produisent. Us transportent selon le besoin les bagages ou les femmes dans les déplacements de tribu et dans les voyages. Leur prix est à peu près le même que celui de l'âne. T- ' • ' ^ -v ; !;'.>^r» v
Les bœufs sont de 1! espèce commune à l'Europe et au nord de l'Afrique; la chair en est bonne. Je ne puis dire quel en est le prix à l'intérieur; mais, à Hhafoun, nous payions un boeuf de cinq à six piastres. Au reste, il ne s'en trouvait pas sur la presqu'île : à notre demande, on allait en chercher à une ou plusieurs journées de marche à l'intérieur ; ii est donc probable qu'on nous demandait le double de ce - II. 29
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qo'IlB talent dans le pays. Ils né figurent «BcanemMity é'w'lleors, dans les ezfoitatidiM. Les ^m des aiinnai loés sont consem^ en sec $ on se eontente, ^o«r «cia^ de les 4tc^re «u soleil ; filées ati sol par des pieni. Le Mt foomï pir tes vacbes i^'gom^ est prïncipefenent employé k feire lesenen.
Les Iroupewax de moutor» et de diêfvr^ «ont tpès-tiombreuï. La «Ikair des moutot» est des plus suoculetites^d'un goèt parfiiît. Ils ont le corps asseï éétètoppé, lBais4es jambes rni peu cotfftes, et pf ésentent tette partieuterité, que thez tous la tête et le cou sont noks, le teste du corps ^ant entièrement Wanc. On dirait, à roir un troupeau de moutons scnmalv que cette couleur uniforme du pelagie teor«i lélé donnée artificreHement. La chair des caèrîs est aussi Cort bonne, ce qui tient surtout au soin qu'ont les naturels découper tous les mftles-quMls destinent à ïa confsommation.
Les Soun»al ne tondenft pas leurs troupeaux ; ils ne tirent parti de ta laine qu'en la laissant adhérente è la peau, dont ils se font ainsi des ?ètement8p4us convenables ponif la mauv«we saison. • -s
Les -divers animaux dont il vient d'être question sont souvent décimés par des épizooties; or, excepta pour la gale, les Soumal n'ont aucune toéthode -de traitement : ils , se contentent d'isoler la bête malade. Dans ^ cas délaie, les soféts sAté^nts sont lavés avec une infesion de gueubguefoout, r.un des arbustes dont j'ai parlé phig Inut, et les boutons sont «nmite Immeclés d'huile de requin.
d'ai déjà paité, à propos de M'raïah, des essaims d'abelMes safuvages [chmni) qui se font des ruches naturelles dans les excavations "des montagnes, et du soin avec lequel lenr miel est recueilli par les Bédouins. Ils en consomment
une pur^ie et port^oi k reste à I9 côfc^, dans 4e9 pois smn^ IMtes il i3ew i9« k aennep est eooserTé, el ^' ^Rlieiinent de 1» è âO^HffW* ta cire n'est pas utilisée. « i , iiv:,{ ' ,
lies ftnimaaf sauvjigies qu'os m'a déiMgni^ connue existant dans lé peys sont le lion ( lebahh), le tigre {^bebtl) , le léopard {hmrmad) » i'-éléphunt (mf^rou^) , le rhinocéros (ûuiieid) , l'b^ne ((M^), leeliacal, la gH&eHe{^o)» et plasjeors autres espèces d'a^lepes , Je cerf, le singe [dayair), le renard, |e è1aineau7 le porciépic (djddetUm) , l'aiitruelie (gori(Â); la gira^fe iguért) ne se troqre <]ue étiez les I^onli>ahantïé, les Meurrièhàn' et les Ougadine- Pai^nû ces animanx, les MedieortiAe f^fm^^U pour les détruire p le lion, le tigre et le léopard p Quand un carnassier vi^nt coder aux envirens des §ti£riet {{), réarme est donnée; tous tes hommes partent à «cheval, et traquent l'eRnemi, qui fait ordinairemenit payer &à vie en griffant terrihiement quelques-uns des plus hardis assaillants. Parfois les Soumal de l'intérieur apportent, dans les ports, des plnmes d'autruche ou des dents d'élépba4U; ; leurs habitudes vagabondes les poussent i faire les plus l^ngs voyages pour veiB4re une très-nMpime q^antitté de ces obj«ts; mais, en général » les Medjeurtine ne tuent , pour tirer parti de sa dépouille et de sarchair, laiiu^un des ^nigiiwxque «ous «^ons cibés, «ilœpté :l:a gaaeUe , do,nt la oha^sre se pratique â'mnd manière qui ne manque pas d'originalité, comme on va h vom*.
Deux on trois individus se réuinisseBt à cet effet ; le plus habi;ie à tii^ de l'are .étaDt ibioiti dans quelque épais buisson v<oÂsin des retraites de ces animaux , ses eompaginons,
(1) Ce mot, emprunté i la laogae arabe, sert, à désigner, chez les Soamal,«a lieu où cABipe uoe tiiba de pasteurs.
montés sur des chameaax, battent le terrai" eDrironnant; dès qu'ils aperçoirent une proie, ils manorayrênt de façon à se placer au vent de la bète et à la mettre ^tre eux et rindivtdu embusqué. La gazelle, fuyant Fodeur du chameau, tend, si les chaleurs la dirigent bien , à se rapprocher du lien de Tembuscade à mesure que ceux-ci s'avancent. Quand elle est arrivée à portée du trait, le tireur Ini décoche, en pleine poitrine, une flèche empoisonnée, qui l'abat et la tue masque instantanément. ■ ' "^ n ■ r
Le poison Iptiaftato) avec lequel les Soumal rendent mortelles les blessures de leurs flèches est de deux sortes : l'un, assez actif pour donner la mort sur-le-champ, est employé contre les animaui féroces et dans les guerres acharnées ; l'autre, plus faible, sert à là chasse que je viens de décrire ; et dans ce dernier cas, pour manger l'anhual tué, ils ne prennent d'autre précaution que d'exciser la partie touchée par le fer. Lorsque, dans une guerre, un des combattants a élé blessé par une flèche garnie du poison le plus actif, on ne se contente pas d'enlever avec le couteau les chairs qui environnent la blessure, on les cautérise, le plus vite possible, avec le feu. Telle est la cause des cicatrices profondes et des traces de brûlure qu'on voit fréquemment sur le corps des Soumal. Malgré tout ce qu'on m'en a raconté, je ne suis pas convaincu des effets terribles que les naturels attribuent à ce poison, car ayant voulu, un jour, en faire l'épreuve sur un malheureux volatile, je n'arrivai à d'autre résultat que de réduire la victime de ma curiosité à traîner piteusement la patte, traversée par une de ces flèches, pendant le temps au delà duquel je crus inutile de prolonger son supplice. Peutêtre, ainsi que me le dirent les naturels, le poison était-il
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trop vieui ou àvait-il été altéré par l'air 9aliD de hi mer. Toutefois il est à remarquer que la partie du fer sur laquelle on l'applique est toujours minutieusement recouverte 4'uhe bande de peau roulée et fixéeè la hampe.rË«iit i>
Ce poison s'obtient par la simple décoction du bois de l'un des arbres vénéneuî dont j'ai déjà parlée Dès que rébullition commence à concentrer le liquide, il se forme, à sa surface, une écume noirâtre que Ton recueille soigneusement. Huit ou neuf heures de cuisson donnent un résidu noir et pâteux, qui devient assez compacte en se refroidissant. L'eau employée doit être complètement douce. La moindre quantité de sel neutraliserait, assbre-t-on, les principes toïiques. " - ' ' " ' • - >^ ^k ^ *
D'après ce qu'on a lu du genre de vie des Somnal, on devine qu'ils ne s'occupent, pour ainsi dire, d'aucune Industrie manuelle. Il y a cependant quelques ouvriers for gérons, dont l'outillage ne comprend qu'une petite enclume, un marteau et une lime. Le feu est attisé au moyen d'un soufflet formé de deux outres. Les outils et le fer mis en œuvre sont apportés de l'Inde. Les objets fabriqués sont des fers de sagaies et de flèches, des poignards et de petits bachots qu'ils nomment meçar. D'autres individus exercent une industrie qur tient à la fois de celle du cordonnier et de celle du sellier; ils font des sandales, des selles et des talismans. Les peaux des animaux du pays, grossièrement préparées et tannées, fourbissent la matière nécessaire à la confection de la plupart de ces objets; pour ceux qui demandent plus de soin et de fini, on tire les cuirs de Massouah. ' '^'r
Dans un pays dont les habitants ont des besoins très-li-
— 45* — mités et où ehaque indiridu tr<Nive autour de loi et dans sa propre activité de qno'i fes satisfaite, le oottitierée ititétieut est presque nul i anssi > chez les Soolnal , ne coifsisi#^t-tl que dans l'échange d'one faible (|uanfité de produits naturels récoltés par les Bédouins contre quelques denrées ou articles apportés, de l'extérieur, aux habitants du littoral : souvent même ce traGc s'opère directement eatre le» Bédouins et les commerçants étrangers, qui sont^ le plusordinair^oaent, des banians et des bheunouds. Geux-ci abordent ^tms les divers ports de ta côte à la fin de la mousson de bord-est; lears pacotilles se composent de dattes, de riz, d'tin assortiment d'étoffes de coton américain assez grossier dit khami, de coton indien khami-el-indi ou âpuarUt de cotonnades^ de Surate, de paquets de tabac également de Surate, et d'un peu de fer. Chacun d'eux établit use espèce de boutique, où se rendent les Bédouins qui, à cette époque, arrivent de l'intérieur. ^^: ; ;
Ces marchands, étant en petit nombre dans un même port et s'y trouvant les seuls détenteurs des articles exotiques, accaparent la plus grande partie du commerce et ont, à vrai dire, la faculté de fixer les conditions de l'échange. Les quelques trafiquants soumal que la nature de leui^ spéculations porte à concourir, arec ces étrangers, à l'achat des gommes, ne sauraient l'emporter sur eux, puisqu'ils n'achètent que de seconde main les marchandises demaïKiées à l'intérieur. If résulte de cette situation respective qtte les transactions ont toujours lieu au grand préjudice des Bédouins, qui vendent leurs produits bien au-dessous de la valeur réelle, et surtout de la valeur vénale que ces produits acquièrent dès qu'ils ont passé aux mains des ache-
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