CHAPITRE XII
.Détails etbDographiqiios sur les Soamal-Medjeurtiue.
D'après les infonnations prises à Hhafoun au sujet de la langue du pays , j'avais pensé que tous les Soamal avaient UD idiome commun ; mais, depuis, je me suis aperçu qu'il n'en est pas absolument ainsi. Quoique tout, fasse supposer qu'ils ont eu une langue mère, de laquelle se sont formés les dialectes actuellement employés par les diverses peuplades , je puis affirmer que ces dialectes présentent entre eux d'assez grandes dissemblances et que ce n'est pas seulement par la désinence des mots qu'ils diffèrent, mais encore par les mots eux-mêmes. Telles expressions usitées dans les provinces du nord-est , chez les Medjeurtine, par exemple, sont inconnues chez les Soumal du sud; et des différences aussi tranchées paraissent exister entre les dialectes des populations de l'ouest et de celles du nord-est , quoique les unes et les autres appartiennent à la famille des Soumal- Adji. Cela vient très-probablement d'emprunts faits par chacune de ces populations aux idiomes de celles de leurs voisines, avec qui elles ont eu le plus de contact et de relations. Ainsi les habitants des provinces maritimes, en adoptant la religion, les mœurs et une partie des coutumes de l'Arabie, ont dû introduire dans leur dialecte bon nombre
de locutions ou vocables arabes. Ceux des provinces de l'ouest et du sud-ouest ont dû faire des emprunts analogues aux Dankali et aux Galla; enfin les Soumal du sud se sont, sans doute, approprié quelque chose de l'idiome du Souahhel. Toujours est-il qu'en comparant les mots qui m'ont été donnés à Hhafoun à ceux qu'ont présentés d'autres voyageurs, comme spécimen de la langue soumali (i), j'ai trouvé des dissemblances qu'on ne saurait expliquer seulement par les imperfections inévitables d'une prononciation figurée.
Les mots dont se compose le petit vocabulaire donné à l'appendice de la IP partie ont été recueillis à Hhafoun et dans les ports soumal du sud désignés sous le nom général de Benadir. Ils sont, sauf quelques rares exceptions, en ysage dans les deux pays. L'interprète de la mission, M. Yignard, les a écrits d'abord en caractères arabe», discutant leur orthographe avec le vieux Salem, qui nous servait, comme on sait, de factotum; la prononciation figurée en a été déduite ensuite d'après les règles que nous avons suivies pour l'orthographe de tous les noms indigènes, arabes, soumal et souahhéli.
Je n'ai pu savoir s'il existe, dans le pays, des maladies endémiques, mais je pense qu'à certaines époques de l'année les fréquentes et subites variations de la température doivent amener des fièvres intermittentes à Hhafoun comme sur plusieurs autres points du littoral que nous avons visi-
(1) Voyez Transaclions of the Bombay geographical Society, from september 1841, la may 1844; rapport du capitaine Tb. Snaee, déjà cité.
Voyez aussi Remarks on the North-Easl coasl of Africa and the various Iribes by which il is inhabiled, by lieutenant C. P. Rigby, etc. March, 1843 (même publication, page 69).
tés plus tard. Il en est, vraisembiablemeot, de même pour les a£fections pulmonaires. La variole y apparaît quelquefois el fait de grands ravages, surtout chez les enfants. Les Soumal ne connaissent pas la vaccine; et, quand l'épidémie dont il s'agit a fait irruption parmi eux, voici le seul mqyen curalif qu'ils emploient : le malade est enfermé dans un endroit chaud, à l'abri de l'air extérieur et de l'humidité; lorsque les boutons commencent à blanchir, on les perce pour évacuer la matière purulente, puis on les éponge avec de la cendre retenue dans un linge. La cendre à laquelle on attribue le plus d'efficacité est celle du gommier. Quelquefois, avant de pratiquer l'incision des boutons, on soumet le malade à une fumigation de bouse de vache qu'on brûle dans un trou au-dessus duquel le patient est tenu entouré de couvertures, ainsi que nous le faisons pour les bains de vapeur. Quand les boutons sont secs, on lave le corps du convalescent avec une infusion de hhaouir, plante que je crois être l'indigotier. J'ignore jusqu'à quel point ce traitement est couronné de succès.
La religion des^edjeurline, comme celle de tous les Soumal, est le mahométisme, dont on attribue, nous l'avons déjà dit, la propagation dans le pays à cet Adji auquel les tribus soumal du nord font remonter leur origine. L'exercice de cette religion se borne, pour eux, à quelques pratiques extérieures, telles que les ablutions et les prières à des heures déterminées. Ils ont également adopté une partie des mœurs et des principales coutumes musulmanes , comme l'abstinence de certaines viandes et des liqueurs fortes, la circoncision, la polygamie, etc. Mais, soit par indolence, soit par attachement aux mœurs des ancêtres, ils ont conservé toutes
les anciennes coutumes qui ne choquaient pas trop oiirertement les principes nouveaux. Ce n'est même que bien longtemps après lenr apparente adhésion à l'islamisme qu'ils se sont soumis aux prescriptions du Coran. Ainsi , au début, un très-petit nombre de convertis faisaient hi prière, aucun ne jeûnait; la circoncision, au lieu d'être pratiquée, comme aujourd'hui, à sept ans, l'était à un âge plus avancé, que réglait seul le caprice de l'individu ou celui de ses parents. Puis quelques soumal, plus enthousiastes, entreprirent le pèlerinage de la Mekke ; d'autres, dans un but de commerce, visitèrent les côtes de l'Arabie.; revenus en Afrique, les uns et les autres instruisirent leurs compatriotes, et, eu égard à leur supériorité acquise dans la connaissance des lois et des principes de la religion, furent choisis de préférence, par eux, pour exercer les fonctions de cadi. Ce progrès, extrêmement lent, de l'islamisme dans le pays soumali a dû naturellement se produire d'abord sur le littoral ; aussi les habitants de la zone maritime sont-ils plus fidèles observateurs des préceptes religieux que ceux de l'intérieur, et, par suite encore, plus fanatiques et plus intolérants que ces derniers. Une différence non moins sensible se manifeste entre eux en ce qui concerne les habitudes de la vie.
Les Soumal de l'intérieur, appelés Bédouins, forment une population de pasteurs se déplaçant et choisissant, selon les saisons, les lieux qui leur offrent les meilleurs pâturages ou ceux qui sont à proximité des montagnes où se fait la cueillette des gommes. Cette cueillette et l'élève des bestiaux absorbent presque exclusivement leur activité et sont, avec la chasse, leurs seules industries. Ils se nourrissent de lait et de viandes. A hi chair des moutons et des cabris ils pré-
fèrent de beaucoup celle du chameau et surtout celle des gazelles. La viande de bœuf est la moins estimée par eux. Le lait de chamelle est celui qu'ils boivent le plus volontiers ; du lait des vaches et des chèvres {leben) ils font du seroen. Ce n'est guère que lorsqu'ils se rendent à la côte, ou une assez grande quantité de riz, de millet et de dattes est apportée de l'Inde et de l'Arabie, qu'ils ont à leur disposition d'autres aliments. Quelques-uns achètent alors une petite provision de ces denrées et la réservent jusqu'à la saison sèche pendant laquelle les troupeaux leur fournissent moins de lait. C'est aussi seulement dans ces voyages qu'ils font usage de café, par cette raison, disent-ils, que, s'ils en prenaient l'habitude, ils n'auraient plus, revenus dans leurs montagnes, le moyen de la satisfaire.
La sobriété, ordinaire aux Soumal, disparaît quand^un repas leur est offert; en pareil cas, ils absorbent énormément de viande, de riz et de semen , se dédommageant, autant qu'ils peuvent, de leur maigre chère accoutumée. Ils ont encore une autre occasion de se réconforter gratis , c'est lorsqu'ils vendent une tète de bétail à un voyageur; si l'animal doit servir immédiatement à la nourriture de ce dernier, le vendeur se croit en droit d'en réclamer une part. Ils sont, du reste, civils à l'igard des étrangers, qu'ils abordent toujours , comme ils le font entre eux, par le salut : selamou alikoum. Pourvu qu'on évite d'exciter leur défiance, très-active en ce qui concerne l'indépendance de leur territoire, ils se montrent, en général, hospitaliers. Mais leurs misérables huttes sont si dépourvues de confort, que l'hospitalité accordée par eux n'est pas d'une grande ressource.
Les habitant» des côtes, en contact fréquent avec les commerçants arabes, semblent avoir pris ce qu'il y a de vicieux dans le caractère de ceux-ci : ils sont avares à l'etcès , et pleins de mauvaise foi; leur grande affaire est d'obtenir au' plus bas prix possible les gommes et antres articles que les Bédouins , plus industrieux , leur apportent des montagnes, et de les revendre aux Arabes et aux Indiens qui, à des époques périodiques , abordent aux divers ports de la côte. Quelques-uns s'emploient comme courtiers, dans l'intérieur, y colportant à dos de chameaux les marchandises qu'on leur a confiées et en échange desquelles ils doivent fournir à leurs commettants une quantité déterminée de gommes. Il en est qui vont eux-mêmes trafiquer des produits du pays dans certains marchés de la mer Rouge, où ils se rendent sur des bateaux appartenant à eux ou à quelqu'un de leurs compatriotes, mais ayant un équipage arabe. Enfin plusieurs se livrent à la petite pèche. Quoique les habitants des ports soient, en général, plus riches que les Bédouins, leur nourriture n'en est guère plus recherchée. Un peu de pain grossier , du millet et des dattes en font les frais. Dans la mousson de nord-est , où l'abondance des pâturages accroît la production du lait, ils l'ajoutent à leur consommation. Un plat de riz mangalore est pour eux un mets de luxe, ^ une pièce de requin salé est chose de trop de valeur pour faire partie de leur nourriture ordinaire. Ce n'est que rarement, et .en l'honneur d'un convive, que la chair de bétail figure à leur repas, et, dans ce cas, s'ils égorgent un mouton, c'est qu'ils supposent que l'hôte qu'ils reçoivent sera assez généreux pour reconnaître ce sacrifice par (II) cadeau équivalent.
Ils ne fument jamais, mais beaucoup d'entre eux mâchent du tabac en feuille, y mêlant un peu de cendre de bois pour en augmenter le piquant. j' .
Chez les Soumal, tout le travail repose sur la femme : la garde et l'éducation des enfants , l'entretien du ménage , la préparation des aliments, la coupe du bois, l'approvisionnement de l'eau et jusqu'à la construction de la case sont de son ressort. Les hommes ne se réservent que la guerre , la criasse, la récolte des gommes, la clMure des parcs à bestiaux et la garde des chameauxi qui est souvent un poste très-dangereux.
Le mariage peut se contracter dès l'ége de <]uinze ans pour les garçons et de treize ans pour les filles. Cette union se formte en toute liberté dé la part des deux intéressé, pourvu qu'ils ne soient pas de la même famille, ni , autant que possible, de la même tribu. Il y a cependant une exception à la règle qui défend le mariage entre parents : à la mort du mari, la veuve, si elle a un beau-frère, est épousée par lui, et cet usage est tellement considéré comme une obligation impérieuse, que quelques-uns, pour y satisfaire, répudient, au besoin, une de leurs femmes légitimes, le nombre de celles-ci ne pouvant s'élever au-dessus de quatre, d'après la loi musulmane. - .
Lorsque la jeune fille est demandée à son péve, soit par le prétendant, soit par un ami délégué à cet effet, les deux parties conviennent, tout d'abord, de la quantité d'argent qui sera donnée au père, puis de la dot qui devra être reconnue à la femme par le futur. Le chitlre en est fixé selon la condition des deux familles. La somme allouée au père s'élève fréquemment à cent cinquante piasires; elle lui est
payée avant la consommation du mariage, partie eo argent, partie en autres valeurs; elle peut atteindre le chiffre de mille piastres lorsque le prétendant est le sultan ou un membre de sa famille. Quant à la dot, qui est toujours moindre que la somme comptée au père, elle demeure la propriété de la femme et n'est payée qu'après lé mariage, en tout ou en partie , selon la demande de celle-ci ; elle en dispose à son gré , mais elle est obligée de la restituer en cas de divorce provoqué par sa volonté ou par sa mauvaise conduite. L'apport personnel de l'épouse se compose de nattes pour la cabane, du lit et de quelques ustensiles de ménage que je décrirai plus loin. La parure de noce, consistant en quelques grains de verroterie, est un don des amies de la mariée. Le mariage est, autant que possible, sanctionné par le cadi, mais, en son absence, toute personne qui sait lire le Coran peut le remplacer. Quelquefois, obéissant à sa timidité, la fiancée se fait représenter à la cérémonie par un frère ou un proche parent; lorsqu'il ne s'agit pas d'un premier mariage, elle y assiste en personne.
Le divorce est commun : il n'entraîne de scandale ou de déshonneur, pour la femme , que quand il a été provoqué par son inconduite; on la plaint, on l'estime, au contraire, quand cette mesure n'a eu d'autre cause que le caprice ou des torts graves de son mari à son égard. Pour rendre le divorce valable, il suffit que la déclaration en soit faite trois fois avec serment, en présence de deux témoins.: trois mois après , la femme est libre de prendre un nouvel époux.
Le mari a le droit de tuer sa femme adultère, et cette manière de venger son honneur est considérée comme la seule digne des gens de condition. La femme adultère qui échappe
à la mort est répudiée et chassée honteusement de la tribu ; son complice est patii d'une amende.
Une fille ne peut accorder ses Taveurs à un homme qu'à peine de renoncer à tout jamais au titre d'épouse légitime et d'être réduite à continuer des liaison» considérées comme d^honnétes. ; .;; n . : , --^ .
Les Soumet ne sont ni assez rigoureux musulmans ni assez jaloux pour défendre à leurs femmes de se montrer à visage découvert ; cependant les maris n'en sont pas moins chatouilleux sur le chapitre de la fidélité conjugale. Si vous adressez une proposition galante à l'une d'elles, personne n'en sera choqué; si elle se prête à vos désirs, on ne s'en prendra pas à vous; mais si vous portez la main sur elle, si vous paraissez vouloir forcer sa volonté, le fait est considéré comme très-grave et peut C4>àter la vie. Pour donner un exemple de la susceptibilité des Soumal sur ce point, je vais raconter un incident qui eut lieu pendant notre séjour à Hhafbun.
A notre arrivée dans cette localité, j'avais, ainsi que je l'ai dit, fait procéder à la levée du plan de la presqu'île et de ses deux baies. Les travaux étant répartis entre les officiers du bord, l'un d'eux, en parcourant le pays, fit, à quelque distance du village, la rencontre d'une jeune fille qui gardait des chèvres. Comme il avait cheminé, depuis le matin, sous la brûlante ardeur du soleil , à travers les ravins escarpés de Hhafoun, où, dans cette saison, l'on ne trouve pas le moindre filet d'eau, il souffrait d'une soif trèsvive, sans espoir de l'apaiser avant son retour au rivage. Il éprouva donc une grande joie à la vue de la bergère soumali, et ne doutapt pas qu'à sa demande elle ne con-
sentit à faire couler généreusement l6 tait de ses càèrres, il essaya de lui indiquer le besoin qu'il en ^rouTail. Au lieu de paroles, qui eussent été inintelligibles pour elle, il employa des signes qui ne furent, à ce qu'il parait, pas mieux compris; car aussitôt la noire Estelle des coteaux de Hhafoun s'enfuit avec épouvante, comme si elle se croyait menacée de quelque violence. Le pauvre officier, aussi surpris que désappointé de cette fuite soudaine, continua tristeBient sa route, ne soupçonnant pas qu'il venait de se rendre coupable d'une grave infraction aux lois de la pudeur. Telle fut pourtant, on va le voir, Taccusation portée contre lui , et ce fut natnrellement à moi qu'on recourut pour obtenir la réparation d'un si monstrueux outrage.
Le soir, en descendant à terre, je remarquai , en avant du village, un groupe fort animé, duquel se détachèrent quelques individus qui s'avancèrent vers moi, précédés de Djiouled. Celui-ci, s' adressant à l'interprète dont j'étais accompagné, lui raconta, d'un air profondément indigné ^i'accident dont on vient de lire les détails, affirmant que l'officier était coupable d'une tentative de séduction, et demandant justice contre lui. Il termina en insinuant qu'un pareil acte était, dans le pays, puni d'une forte amende, à défaut de sanglante réparation.
Quoique doutant fort de la véracité du narrateur, je crus devoir prendre la chose en sérieuse considération. Je promis donc une enquête sévère, après laquelle je ferais droit, s'il y avait lieu, à la réclamation.
£n rentrant à bord, je m'informai quel pouvait être l'auteur de l'action incriminée, et j'obtins bientôt, sur cette aventure, tous les éclaircissements désirables. Il devint
ak)rs évident» pour ifoi, que le coupable était ^us à plaindre qu'à blâmer. Comment donc iln acte aussi Mmple a?âit-il pu provoquer une aussi ^rave accusation? Je ne me l^etpliquai point d'abord, et je soupçonnai nos hôtes d'avoir dénaturé les faits dans l'intention de m'eitorqver qnelque argent. Mais, lorsque j'eus acquis une connaisMnce plus^xacte des mœurs et des habitudes du pays, je com|iri8 qu'il y avait eu un prétexte suffisant fourni par l'inculpé à^ses accusateurs. En effet, le signe dont l'officier s'était servi , fort innocemment, pour exprimer le besoin de se désaltérer, a, chez les Soumal, un tout autre sens que chez nons, et passe, aux yeux d'une femme, pour la manifestation d'un désir plus qu'indiscret. Au reste, l'affaire s'arrangea d'une façon très-pacifique, après explications réciproques, j'en fus quitte pour l'ordre du jour suivant :
« Le pays où nous sommes est habité par des populations (( dont les mœurs ont plus ou moins de conformité avec celles (( des Arabes, particulièrement en ce qui concerne les rap- (( ports entre les sexes. J'invite MM. les officiers à être ex- « trèmement circonspects dans leur manière d'être envers « les femmes. 11 importe que, partout où nous passerons , (( nos actes soient empreints d'un esprit de justice et d'un (( respect pour les usages établis, qui donnent une haute « idée de notre caractère et de notre moralité. Tout ce qui (( s'écarterait ^e cette ligne de conduite serait une faute « sérieuse, pouvant non-seulement nous créer des embar- (( ras et nuire à l'accomplissement de notre mission, mais « encore aliéner pour longtemps, à nos nationaux, l'affec- (( tion et la confiance des indigènes. » .
Hélas! en rédigeant cet ordre du jour, le commandant
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du J[>t«coti«<lic avait compté sans le caprice diaboliqne des femmes de HhafooD, et l'on y{| voir comment ces ^mes firenthoDoenr à sa candide crédulité. Le si^et est sqidireax, je ne me le dissimule pas; pourtant je ne saurais me dispenser de le traiter sans laisser incomplète cette étude des mqwis souiçal. Ce n'est pas dans le plus ou moins de rigidité de son code, mais bien dans l'exactitude avec laquelle il en pratique les règles que consiste la moralité d'un peuple : pour qu'on juge de celle des Soumal en connaissance de cause, je dois donc, après avoir exposé leurs principes, dire de quelle manière ils s'y conforment. Chez eux, comme dans tous les pays orientaux, les hommes ont eu soin, il est vrai , de se rendre la vertu facile : si elle l'est moins pour les femmes, à qui faut-il s'en prendre, à la législation humaine ou à la nature? Mais cette relation n'est point un traité de philosophie morale, voici mon anecdote :
A petite distance du village se trouvait, on se le rappelle, un puits que nous avions restauré pour notre usage; afin de ne pas gêner les habitants et d'avoir de l'eau plus propre, nous faisions la provision du brick pendant la nuit seulement ; une vingtaine de barriques vides étaient déposées à la plage le soir, puis roulées au puits, où quatre hommes restaient à terre pour les remplir. Ces hommes étaient relevés de quart en quart, et, à quatre heures du matin, la chaloupe allait embarquer les pièces pleines et les transportait à bord. L'équipage de cette chaloupe se composait de quatorze gaillards aux épaules carrées, qui ne devaient guère aimer l'eau claire ; cependant ils mettaient un empressement extraordinaire à exécuter quotidien neoM&t teài; corvée et semblaient s'y rendre comme à une partie deiilaisir.
Le» choses se passaient aiosi depuis plusieurs joues, quand le lieutenant s'aperçut que presque tous les chaloupiers n'avaient plus de cravates rouges ; bientôt lés cravates de soie noire disparurent é^lement. En même temps» cravates de coton rouge et.cravates de soie noire étaient fort désirées des femmes du village, où un de nous ne faisait pas une emplette sans qu'on lui demandât «n payement le morceau d'étoflfe qu'il portait au cou. On eût dit qu'il s'agissait, pour ces dames, de se donner le collier de Vénus.
Il y avait dans cette singulière coïncidence un indice qui ne pouvait échapper à la sagacité proverbiale du capitaine d'armes, l'ofBcier marinier particulièrement chargé de la police intérieure du bâtiment : une fois sur la voie , il voulut connaître la vérité to^j^ entière : le patron appelé fut sommé de s'eipliquer sur la disparition des cravates, et l'on apprit que le puits était devenu un antre de perdition I Tous les matins, à l'aube, une bande de villageoises qui avaient sans doute l'habitude d'y venir pour pratiquer leurs ablations en profitaient pour y faire le mouchoir, non à la parisienne, mais à l'orientale.
Mes illusions sur la moralité des femmes soumal ne résistèrent pas , on le comprend , à une pareille épreuve
Mais qui se flattera de pénétrer les replis du cœur féminin ? Peut-être les habitantes de Hhafoun n'avaient-elles acheté, au prix de leur vertu, ces colifichets que pour se rendre plus belles aux yeux de leurs époux et leur inspirer ainsi une
plus vive tendresse 1 Je livre cette réflexion aux paora-
listes, et reprends mon récit.
Il a été dit plus haut que la femme soumali devait apporter à la communauté le mobilier de la case et les ustensiles
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de ménage. Voici de quels objets tdit cela se conpoee habituellement : -' ,, " V'- **i*«^|fc*::>« -tK
Un lit [hibctni) : c'est le meuble «pie j'ai déjà signalé comme étant en usage à Zanzibar ; sealeroent, chez les Seumal, la pean debœuf est souvent remplacée par un simpie filet en tresse , de la même paille que celle des nattea r et
dont le nom soomali est 4ott. V ; " ■ ^^^-
Des nattes (hogueul) très -grossières employées pour
sièges, tapisserie et eleison de séparation à l'intérieur de la
case. .-...-. .:,.:. ,:. r. ■. i.
Des vases {hano ) destinés à recevoir le lait et le senen ; quoique faits de paille cordonnée, le tissu en est assea fin et assez serré pour qu'ils puissent garder les liquides. Ils acquièrent, d'ailteurs, une imperméabilité complète au moyen de la graisse dont on les enduit en les soumettant à l'action du feu , mais ils contractent par là une odeur de suif et de fumée qui se communique au lait. La forme en est élégante ; le col et la base sont garnis de franges de cuir entremêlées de cauris enfilés , et dont plusieurs rangées ornent aussi la surface du vase. Ceai qui contiennent ie semen sont d'une plus grande capacité et ressemblent à ^eu près à nos dMoes-jeannes.
Un on plusieurs sacs (sofettd) en nattes, recouverts de peau et rappelant le havre-sac, servent à ramasser les effets : ces sacs sont également ornés, à l'extérieur, de dessins en cauris; nn cofi're en boisf^n'dotiM), grossièrement façonné, est quelquefois consacré au même usage.
Enfin une ou plusieurs bouteilles {obbo} faites de l'écorce tressée d'une racine nommée r*gaigue. Le Soumali en voyage est toujours muni d' «le dé ces bouteilles; il y
— 4»5 — conserve reau ponrles «blutions, qui doivent toujours précéder It prière (1)/
> Lonkfu'tin enfant natt, iè|)èrë fuî donne lin nom et, pendant les sept jours qui suivent l'accouchement , ta mère garde ta case en s* abstenant de toute communication avec les personnes du dehors; c'est elle qui nourrit le nouveau* né; elle te porte partout sur son dos en Vj soutenant au moyen de ta pièce d'étoffe qui fait partie de son vêtement ; elle ne te qnitte pas même pendant te travail. Quand il peut marcher, il r6de autour de la case sous les yeux vigilants de sa- mère, avec laquelle il reste jusqu'à l'âge dé puberté, et parfbt» jusqu'au moment où il se marie; la surveillance et tes soins exercés exckisivement par la mère sont des conséquences naturelles de ta polygamie. L'éducation, nulle pour le plus grand nombre des enfants, consiste, pour les autres, à apprendre par cœur des versets du Coran et les mots arabes les ptos usuels. Bien peu savent écrire, et je crois que les individus dont l'éducation a été poussée aussi loin ne se rencontrent guèire que dans les familles du Sultan et de riches marchands. La réponse à la lettre que j'avais adressée au premier, réponse qui a dû être écrite par lui ou par quelqu'un des lettrés de son entourage, donnerait une assez triste idée de leur sâvôir-faire sous le rapport de l'orthographe comme sous celui de la calligraphie ; elle était presque indéchiffrable et le sens à peine compréhensible. Au surplus, de tous les individus qui formaient la population de Hhafoun, ou qui s'y sont présentés pendant notre séjour dans la baie, un seul savait lire.
(1) Les dessins de ces divers ustensiles sont reproduits à Itf-plancbe 50 de l'Album.
Ce que je viens de dire de l'éducalron ne s'ap(tMque qu'aux habitants des côtes, car dans le haut pays, où la population est isolée de tout contact avec les Arabes, on n'enseigne autre chose aui enfants que le tir de l'arc, l'équitation et les soins qu'exige la conservation des troupeaux. . . .' ■; . ■;. .. , ,,f,.,^^,: ,-..^^,^,,,, .,
Le respect des enfants pour leurs parents semble être un sentiment inconnu aux Soumal; du moins ne se manifeste-t-il par aucun acte extérieur, même de simple condescendance. La crainte seule porte à l'obéissance ces petits êtres, et, devenus grands, ils s'empressent de secouer la domination paternelle. Ils n'entretiennent alors avec leur père et leur mère d'autres rapports que ceux qui existent entre les membres de la tribu. À l'occasion de leurs fréquents voyages, ils se séparent et se retrouvent avec une égale indifférence. ...
Quand un individu rend visite à un ami d'une tribu voisine, il est bien accueilli et fêté pendant tout le temps qu'il Teste chez son hôte. A son départ, il reçoit un présent dont la valeur est proportionnée au rang qu'il occupe et au cas qu'on fait de lui.
Quoique le Sultan soit de droit,, selon la coutume musulmane, maître de tout le sol , la propriété territof iale existe chez les Soumal , car le droit du Sultan n'y a plus d'effet dès qu'une propriété individuelle a été constituée par occupation des lieux; celle-ci s'acquiert par achat ou par donation et, en outre, se transmet par héritage. Dans les héritages, les femmes n'ont que la moitié de la part des hommes.
Les terres se louent, et souvent pour une simple récolte; par exemple, il arrive que le propriétaire d'un ter-
rain où croissent les gommiers et les ariïres à encens, se trouvant momentanément empêché d'en diriger l'exploitation, le loue pour une saison, à raison d'une somme convenue, et qui doit être payée, quel que soit, d'ailleurs , le produit de la récolte. ' . - ; ;
Chaque tribu a son cadi , chargé de l'administration de la justice et de l'application des lois aux affaires civiles et criminelles , sauf pour les causes" réservées au souverain ou aux membres de sa famille, ayant tous droit de justice suprême dans leur tribu. Les deux seules formes de pénalité sont l'amende et la peine de mort. Cette dernière est presque inusitée chez les Medjeurtlne; le meurtre même, qui y est, d'ailleurs, assez rare, n'est, le plus ordinairement, puni que d'une amende , qu'on appelle le prix du sang : cela a lieu, surtout, si le meurtrier n'a pas été l'agresseur, et alors l'amende est de cent chamelles avec leurs petits, ou bien d'une sommé d'argent correspondante, chaque animal étant évalué à une piastre. Les querelles sanglantes sont peu fréquentes; un individu lésé par un autre préfère, à la vengeance qu'il pourrait tirer personnellement de son adversaire, la condamnation de celui-ci à une amende. Des débats très-animés n'en préludent pas moins à l'action de la loi. Les parties adverses s'injurient, se menacent, les couteaux sont dégainés, les sagaies brandies et, à voir tous ces éclats de colère, un étranger ne douterait pas, un seul instant, qu'une lutte ne s'ensuive; mais les anciens et les amis des deux parties s'entremettent à temps pour éviter qu'elles en viennent aux mains; ils leur enlèvent leurs armes,^et les plus furieux même n'opposent à ce désarmement qu'une feinte résistance.
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Au reste» les Medjeurtioe se vantent de leur caractère pacifique, et il l'est en efi^, car les lattes incessantes lie tribu à tribu , qui semblent être l'état habituel de quelques autres nations soumal, n'existent point parn^i eux. Les guerres qu'ils ont avec leurs voisins ne sont pas sérieuses et coûtent peu de sang. L'unité de religion, la similitude de nKeurs et de langage, les alliances établies en grand nombre entre les individus de peuplades di^rentes, expliquent ce peu d' acharnement entre les parties belligérantes. . , , ,^ ,
L'esclavage n'étant pas admis de Soumalà Soumal, et les conflits n'ayant que des causes accidefitelles, on ne cherche pas à faire de prisonniers. S'il reste des combattants entre les mains de l'ennemi, ce sont presque toujours ceux que leurs blessures ont empêchés de quitter le champ de bataille. Le blessé, restéainsi au pouvoir des vainqueurs, trouve toujours dans leurs rangs quelque parent ou ami qui le réclame, le soigne et facilite son retour parmi les siens, quand la guerre est terminée.
Les armes font partie intégrante du costume soumali ; mais il n'existe pas, dans le pays, de force militaire organisée. Les chefs et le Sultan lui-même n'ont d'autre escorte que les hommes de leur tribu.