CHAPITRE XVni
Djéfiret. — Danana. — GondearelieiUi. — Djdleab. — Henrlia. — Si- >
taatiOD politique de cette. rille. —,D^[>art de la c6te d^AQriqae. — &elAche aux Seychelles. — Arrivée à Bourbon. — Ajouroemeut de la mission.'— Départ pour Malotte. — Expédition du brick le Voltigeur h la cdte d'Afrique. — Mort de M. Moquant, à Zaniibar. — Le Dneonidic se rend dans cette localité. , ,
^ ' . - Ul- >!-.;■ ^ ■. . î !-"<!■ ^ ■ ; .•
A onze heures et demie» nous levâmes l'ancre. Mon intention en me dirigeant vers Meurka était de reconnaître, chemin faisant, les points habités de la côte : on gourerna donc pour longer cette dernière à petite distance.
A douze ou treize milles dans le sud 61** ouest de Hhameuronine, nous nous trouvâmes par le travers d'une anse sur les bords de laquelle gisent les restes de l'ancienne Djéziret. Devant le village est un îlot de couleur ûoire où l'on aperçoit un monument funéraire en ruines appelé Cheikh- Hhacen-Bourali, du nom d'un saint marabout qui y fut in- ,
humé. Ce lieu est vénéré par les indigènes; ils vont y faire des prières et des offrandes. Djéziret est, ainsi que Moguedchou, un mélange de débris d'édifices ou de ibaisens en pierres et de cases soumal d'apparence à peu près^iamblable à celles de Hhafoun , mais de forme ph» cooiqiib. Cet ensemble bizarre est d'un aspect fort misérable, que lea massifs de verdure et les quelques palmiers dont le tableau est m. 5
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parsemé rendent néanmoins assez pittoresque (1). La population est composée presque exclusivement de Soumal , et n'atteint pas un millier d'âmes. Djéziret, comme toutes les villes jadis fondées par des colons arabes, sur celte partie de côte, tomba aux mains des Soumal lorsque les peuplades de l'intérieur envahirent le littoral, et, plus encore que celles de ces villes auxquelles leurs relations commerciales censerv^Fent quelqw impArimce, «Hé a «^ les conséquences désastreuses ée cette infasion. Son flMmillage, complètement ouvert aux vents des deux œpussojQS , n'est que raMmeot visité, méoie par ies plut petits bateaux. Le peu d'échanges que ce point avait continué de faire avec Tintérieur est devenu de plus en plus insignifiant, à cause des coiliMOUs Créquentetf soulevées par les prétentions et Touceuf imr les Bénodir. £^ un mot, une relftche à D|éiiret ne «aiwtU 4tre d'aucun iatérèt pour nos caboteurs ée Maïotte, et moins eacofe pour nos navires.
Far le travers 4e iiette localité, on a de@ foade et S2 mètres, sable, à m 46mi-n»ille de terre; à trois quarts de mille , 4e Sli à 36 mètres , sable gris et roche, et de 30 è 35 mètres, Aable roMge et roche, à un miUe ; à un mille et deoN, oo v^'i^ pa$ de fgiids à 40 mètres. La position du village a été déteriM»«« ainsi qu'il suit ; latitude nord^ l** 56' 50"; JoQgitude est. 49* 54'. Après être restés «• panne près 4'iiA« heure \mr iestoh^erfations, nous oo^tiniilmes de longer la o^^
A qnaUvmiUiefi au fklÂ, on aperçoit une mosquée et quel- ^oes Umhawftx en ruines; celle-là est eonnae sous le nom d'AD«4l«Uia; <eMie est siluée sur un gr^nd rocher noir et
(t) Yoir rAU>affi, plaodie 27.
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escarpé ^ai se termioe en promoolojfe 4v e^ 4e la mer ; c'est eocore uf lien visité par les pieux mugulmaos. M position» déterminée À l'aide de nelè^eineBto, «st de i* $6' ^ latitpde nord , iBt 4^** 48' 4C l09gilade est.
A quatre aûUos plus loiu est DnoAna (ou Iteiiaoé), composé de caB^rruç^, sauf vm «0U19 maiflon , qui est eo pierres, I^ liUoriU compris entre ce villAge et Djéziret «st parsemé de ruines qui léuM^igneut conbieo il fut peu^ autrefois, Ou m'a encore «cité, ciwniue points remarquables, Ël-Hhamba 6t Shipualo ; ]e premier, peu distant d« Djéziret, est inhabité , mais 09 f trouve uoe cantiiipe de puifs. J? n'ai pu rien savoir de son pass^ ni de son origine. jS^oualo est situé entre Apu-MeVka et Panana ; on y ?ait Aussi quel' ques puits et des cases. La cÀte, au sud de Dj^iret^ présente à peu près les mêmes particularité qu'au nord de ce point : des d^^ de sable rouge k peine voilées par de maigres broussailles. La fUer y bnse partout, je rivage étant défendu par un récif qui le prolonge presque parallèlement. Danana est situé par 1" 55' 54" latitude nord et 42" 44' longitude est. Il n'offre rien de remarquable , et il pourrait même n'être pas aperçu de trois à quatre milles au large, étant placé à peu près à mi-côte et masqué, dans certaines directions , par des bouquets d'arbustes qui , à partir de cet endroit, sont jpl us massés et plus élevés qu^ dans Test. Sa population compte, m'a-t-on dit, de i>^00 à 1 ,500 âmes. Nous avons vu, dans les enviroi^s, de nw^reux troupeaux qui nous ont sentie se diriger vers une aiguade existant sur le rivage à un demi-mille dans l'ouest dw village.
A trois milles de Danana se trouive Gondeuxçb^l^, localité d'une nooins cbétive apparence que 1^ présentes « eX
devant laquelle nous mtmes en panne. Elle se présente sous l'aspect de deux groupes, séparés par^n vallon bien boisé où s'élève une mosquée paraissant en assez bon état. Celui de l'est, de fondation évidemment plus récente que l'autre, est le plus étendu ; il en est distant d'environ un mille, et bâti sur une éminence de forme oblongue tapissée d'une verdure qui n'existe sur aucune autre partie de cette côte : quelques bouquets d'arbres se montrent aussi entre les maisons et les cases. Le groupe de l'ouest, qui comprend la vieille ville, renferme plus de constructions en pierres, se ressentant, d'ailleurs, de leur/éntiquité.
En face de ce dernier groupe est un tlot ou plateau de roche garni de murailles et qu'on prendrait, de loin, pour une fortification ; ce sont les restes de maisons abandonnées depuis longtemps. L'îlot est séf^ré du rivage par un chenal de quelques centaines de mètres conservant, m'a-t-on dit , un peu plus d'un mètre d'eau à mer basse. Les habitants de l'ancienne Gondeurcheikh , lorsque leur ville était menacée ou attaquée par les peuplades de l'intérieur, cherchaient un refuge sur cet îlot; mais il a été déserté H y a bien des années, et les Soumal se gardent d'y aborder, car il passe pour être hanté par les mauvais djinns. D'après les renseignements pris sur les lieux, la population totale de Gondeurcheikh serait d'environ i^SOO âmes.
La chaîne dé récifs dont j'ai déjà parlé forme, devant l'anse où est située Gondeurcheikh, une barre en dedans de laquelle des bateaux peuvent mouiller; ce petit havre n'est qu'accidentellement visité par les commerçants arabes, et Ton n'y voit guère que les rares caboteurs des localités voisines. Â un demi-mille de terre , nous avons eu 68 mè-
trcs, food de roche molle. Nos observations placeraient Gondeurcheikh pac T 55' 57" de latitude nord et par 49*42' de longitude est. Cette ville n'a, pour les naTigatenrs, d'autre intérêt que celui d'un point de reconnaissance utile pour se diriger soit vers Moguedchon, à vingt-quatre milles dans rouest-4ud-ouest de laquelle elle gtt, soit Ters Menrka, S^iin'i en est à dix -sept milles dans le ind 35* ouest. Âui indications déjà données sur son aspect particulier, j'ajonterai que la partie du littoral environnant est meublée d'une bien plus abondante végétation que les points qui précèdent ou qui suivent, et peut être signalée comme une riante oasis sur cette côte aride et sablonneuse (I).
A trois milles de Gondeurcheikh , toujours en venant du nord, on arrive à Djelleub (ou Djellip) (2), autre ville en pierres dont la plupart des maisons sont en ruine. Elle est située sur une pointe de roche noire basse, mais très-accore. Quelques descendants de la population primitive ont
(1) Voyez rAlbum, planche 27 bis.
(2) M. Loarer indique, dans son rapport, comme venant après Gondeurcbeikh, un village nommé Coréarai. Je n'en ai point en cannaissauce; mais l'auteur du rapport n'ayant vu cette côte qu'à bord du brick, et par conséquent en même temps que moi, je suis porté k penser que, dans les renseignements recueilliy par lui à Mearka , on lui a désigné sous ce nom l'une des deux parties de Gondeurcbeikh, qu'il aura prise pour ud nouveau centre de population. Gondeurcbeikh est le nom de la ville ancienne et n'est pas, d'ailleurs, un mot soamal : il est donc probable que le village qui s'est élevé plus tard sur ses mines a dû recevoir un nom différent; mais je ne puis dire si c'est Ooréarai : je ne retrouve ce nom ni dans mes notes ni dans celles de M. Yif oard , sans l'intermédiaire de qui , cependant, M. Loarer ne pouvait s'entretenir avec les individus qui nous renseignaient. L'eùstrace d'un village dit Coréarai, en dehors de ceux que j'ai désignés, me semble donc au moins douteuse. Horsbwrg cite , comme placé entre Djelleub et Danana , une vilfe nommée Horéaly; et il ne parle pas de Gondeorcheikh. Or jo
coBtinué d'y résidef , mais la presque totalité des habitants sont SDunaii Les cases où ils logent tiennent é la fols, par leur fofitie, de celles de Hhafotin et dé celles de Goèledi ; elles sont groupées au sod de Ja vieille ville, parmi les débris de laquelle on en remarque aussi plusieurs. Cette localité peut compter 4,500 individus ; elle est riche en troupeaux, et les nombreux sentiers que l'ceil sait à partir du rivage jusqu'au sommet des collines indiquent que Djel* leub a d'activés communications avec l'intérieur. Du côté de l'extérieur, elle n'est pas plus favorisée que les villes précédentes.
Après avoir fait des sondes devant ce point sans trouver fond à 75 mètres, è un demi-mille du rivage, nous mîmes en panne pour prendre des relèvements , ainsi que le croquis du village (1). D'après nos calculs, Djelletib serait située par V 52' latitude nord et 42* Aff 47" longitude est. .
Sur la partie de côte comprise entre Mognedcbou et Meurka, la déclinaison de l'aiguille a été trouvée de 8° 20 et quelques minutes nord-ouest.
II était près de six heures quand nous eûmes terminé nos observations devant Djelleub, et une distance de neuf à dix
soupçonne fort VHeréaiy d'Horabwrg d'être le Cktréarûi de M. Loarér; l'no de ces messieurs, et peat-ètre les deut, ayant mal rendu le véritable nom soumali en figitrittt sa pi'ODOocidtioB^ Eofin , dans an article du Penny-Cyelopadia sur le Zauguebar « Djelleub n'est pas nommée parmi les villes des Bënsdir ; mais en sa place est mentimnée une ville appelée, par Tauteur de l'article, Hcwaly. Quoique ces deui dernières assertions n'aiest pas été produites par des témoins ooutaires, j'ai cru devoir m'en expliquer, afin (Ju'od ne prenne mon silence ni pour une inad- Tertaoce ni pour une adkésion.
(1) Voir à l'Album, planche 27.
milles ROI» sépariiH «neore de Meork*. N« pooMiit j arriver le soir roème» )e fis «ernsr le VMl ttv«c rinieiitkm d« maocBQVfcr pendant ta fioit, pour neufl tenir M pMHiûn de rallier ce port le knderaalti matiii ) teiitetoii des eiroo»stances Imprévues m'oblifèreot à tnodifler tMn pla&. Nout avions tons, mes eenpagnons et mol, ping eo melM Maftert de notre e^oorsioD à Goèledi , et peur moit compte j'en ^titt revenu daiia un état de malaiic qoe J'attribuai d'tlMtd aoi fatigues de la route. Mais j'étais atteint plus grcrvemeot f|iie je ne le pensais, et je n'avais pu qu'à grand peine raiter sur le pont, pour donner la route et diriger leii obeervatiofit durant raprès-midi que flous venions de peaser iooi voiles. Le soir, les symptômes d'une affeetion sérieuse se dédarèrent , augmentèrent d^intensité la nuit, et me forcèrent, le lendemain, à garder le lit. Néanmoins, comptant qu'un peu de repos me mettrait bientôt sur pied, je fis courir des bordées à petite dislance de la côte, pour être è portée de mouiller dès que ma santé sm'ait améliorée. Il n^en fut pas comme je l'avais espénré; la maladie s'aggrava, et, après avoir attendu quatre jours sans voir cesser l'impuissanee à laquelle j'étais réduit, ne voulant pourtant pas abandonner la place , je chargeai mon lieutenant de conduire le navire à IMeurka. On se dirigea donc vers ce point ; mais , arrivé devant le récif qui forme le port, cet officier, ne trouvant point de fond au-dessous de 46 à 50 mètres, à deui encablures des brisants, et ne jugeant pas le mouillage sûr dans de telles conditions, m'en ût prévenir. Obligé de m'en rapporter au jugement de celui qui commandait à ma place, et qui méritait, d'ailleurs, une entière confiance, j'ordonnai de regagner le large.
Le havre avait par^ très-petit et la passe étroite 'r noos n'avions ni plan ni pilote ; il eût donc été fort impnident de s'y aventurer avant de l'avoir sondé. Me flattant toujours de reprendre bientôt mes travaux , je me décidai à envoyer à terre deux officiers et un élève pour lever ie plan du port; N. Vignard et SidrQoulIatin devaient les y accompagner, pour faciliter leurs relations avec les habitants ;^enfin M . Loarer, en se joignant à ces messieurs, pouvait, de son côté, utiliser pour sa mission les quelques jours qu'il y passerait. Je complais réparer ainsi en partie la perte de temps è laquelle ma position me condamnait.
Les dispositions convenables pour l'exécution de ce plan furent prises dans l'après-midi, et le 21 au matin, le brick ayant de nouveau mis en panne devant Meurka , les personnes que je viens d'indiquer se rendirent à terre; elles gardèrent le canot qui les portait pour servir aux opérations hydrographiques. Du 21 au 25 le Ducouèdic manœuvra aux environs de manière à pouvoir, à l'aide de signaux convenus, communiquer avec la petite expédition, et le 25, dans la matinée, ces messieurs revinrent à bord.
A ce moment, quelque pénible qu'il me fût de renoncer au projet de pousser les travaux jusqu'à la fin d'avril, j'étais résigné à quitter la côte d'Afrique. Je souffrais d'autant plus de cette interruption de l'exploration, que l'état où se trouvait accidentellement le pays le rendait plus intéressant encore à étudier; mais la maladie dont j'étais atteint avait pris un caractère si inquiétant aux yeux du chirurgien-major, qu'après quelques insinuations, tout d'abord repoussées par moi , il s'était vu obligé de me déclarer que ma position exigeait un prompt retour à Bourbon Outre certaines rai-
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«ons données par M. Loher, et qui faisaient honneur à sa p
modestie, j'étais, disatt-il , asseï gravement malade poitr que ma convalescence fût longue et difficile, dans le cas où mon rétablissement ne serait pas impossible sur les lieui ; ce que je pouvais espérer de plus favorable était donc de me remettre sur pied dans un mois, c'est-à-dire à l'époque où, ayant épuisé presque tous mes vivres, je serais forcé de m'éloigner. Réfléchissant alors que, forcé de perd^ ce temps pour le travail , il valait mieux l'emplo^jer à la traversée de retour, arriver un mois plus tôt à Bourbon, et en repartir aussi plus tôt, je trouvai avantage, tout intérêt personnel écarté, à partir de suite; en conséquence, nous nous dirigeâmes vers Bourbon dans la soirée du 25. ' ^
Avant de poursuivre, j'ai à donner quelques détails sur la situation de Meurka et sur ce qui s'y était passé pendant que mes officiers y avaient séjourné; ces détails sont ei- .
traits du rapport que me remit M . Vignard. ^ -
La petite troupe envoyée en reconnaissance à terre, le 21 mars, débarqua au milieu d'une population assez nombreuse, qui la conduisit à la maison d'un employé de Syed Saïd, où le chef de la ville, nommé Mahhmoud et se gratifiant du titre de Sultan , l'attendait avec plusieurs autres personnages marquants. Les- nouveaux venus furent reçus avec empressement, et on les accabla de questions sur leurs intentions et le but de leur voyage. Notre interprète expliqua la nature toute pacifique de la mission dont ses compagnons et lui étaient chargés ; cette déclaration satisfit vi«i:iblement ses interlocuteurs. Il paraît que, à la vue du Ducouèdicy les habitants, qui avaient eu connaissance de mon excursion à Guèledi et de mes relations avec la famille de "You-
ceuf , s'étaieal imaginé ^ue nous avions des projets hostiles, et les diverses apparitions do brick ddvant Msdrka n'avaient fait que confirmer et augmenter leurs craintes. Quand l'interprète les eut compiétement rassurés à cet égard, il prit des informations pour se procurai un ioge* ment, et on lui en offrit un dans la matoon même où il avait été conduit. ^ : .j ^r ^ ^ '^
Mais, au moment où nos officiers s'y installaient» un in> cident surgit, qui aurait pu avoir dés snites fiàcbeoses. Sid> QouUatin, resté seul dans la chambre voisine, avait 4té reconnu par des Soumal, et, comme on n'ignorait pas ses relations avec le sultan des Guébroun , ils lui sopposèrent de mauvais desseins , et ils l'entourèrent en témoignant des dispositions menaçantes. M. Yignard interpella aussitôt le sultan et les chefs de la ville encore présents, et leur exposa que Sid-Qoullatin était, en cette circonstance, employé par le gouvernement français, et, par conséquent « sous sa protection; qu'il débarquait à Meurka pour notre service, et nullement pour celui de Youceuf; enfin qu'il demeurerait avec nous et s'occuperait exclusivement de nos affaires : tant qu'il se tiendra dans ces limites, ajouta-t-il, toute injure qui lui serait faite serait considérée comme une insulte aux Français eux-mêmes et à leur gouvernement, et vengée comme telle. Les assistants se rendirent à ces observations, et Sid-Qoullatin, entièrement rassuré, parut soulagé d'un poids énorme. Mais sa ^curité à cet égard ne fut pas de longue durée; le lendemain au soir, il se présenta a M. Yignard, et, après quelques doléances sur sa fausse position au milieu d'une ville ennemie, dans une saison où il y a peu U'arrivéts cl de départs, il lui dit avoir trouvé une oc-
en proMer. Ces messieun, pensant, avec raiMO, que sa ptésence pouvait devenir un embarrat, f autorisèrent à partir, et l'interprète kii donea même, pour Yooeeuf , une lettre où il exposait les motifs qui me forçaient à manquer au rendez-vous que ce cbetkh m'avait donnée . ^ ' ^ii> m>'
Si l'on n'« pas oublié ce qui est raconté au chapitre précédent et ce que contenait la dernière missive que m'avait adressée le sultan des Guébroun, on comprendra qu'il dût régner à Meurka Une certaine agitation, fin effet, nous r avions laissé s' apprêtant à attaquer la ville et rassemblant des troupds à Da6t pour cette expédition. Des deui cMés, on se préparait donc à combattre. La 23, arrivèrent dans le port cinq bateaux portant le HhaHii-4li et une troupe de soldats qu'il amenait au secours de Meurka. 4'ai déjà parlé de ce personnage «omme étant l'on des chefs les plus influents dans la partie sud du pays des Medjenrtlne (1). Quant aux hostilités imminentes entre les Biémal et leur adversaire, voici ce qui y avait donné lieu et comment le Hbadji-Ali s'y trouvait mêlé.
Le sultan de Bardéré, le Hhadji-Abaïlé^ descendant d'Abikeur, fils d'Aden, fils de Dourré, appartenait à ta tribu des Garra; ceux-ci étaient unis, j)ar des liens de perenté, aux fiiémal, qui, outre une partie de Meurka, occupaient le lltloral voisin. A titre de parents, ces derniers furent sollicités d'entrer dans une alliance ofTensive avec le sultan de Bardéré, au moment où Youceuf venait de se m^re en campagne Contre loi, et de faire une diversion en allant attaquer Benguéda, village dépendant de Guèledi. Ils y con-
(1) Voirxbap. xnt, p. 505.
sentirent et forent battus à deux reprises différentes; .mais Youceuf, occupé alors au sac de Bardéré, ne put les poursuivre et se réserva de punir plus tard ses agresseurs. Depuis cette époque, qui datait de quatre ans (je veux parler de l'expédition à laquelle il se préparait lors de la visite du lieutenant Christopher ) , depuis cette époque, dis-je, les hostilités n'avaient pas cessé sur les frontières, et la latte avait été encore envenimée par un nouvel incident. Quinze à dix-huit mois auparavant, le Hhadji-Ali , ayant été à Zanzibar demander à Syed Saïd l'antoris^tion de fonder une colonie à MoDgguia, pays peu distant de Meurka, il l'obtint ; mais, quand il s'y présenta, Touceuf lui signiâa que, ce territoire lui appartenant, il n'entendait, en aucune façon, le voir s'y établir. Entravé ainsi dans ses projets, le concessionnaire répondit par une lettre grossièrement injurieuse, où il menaçait, en outre, de revenir bientôt, avec des forces suffisantes, se joindre aux Biémal (1), et châtier son adversaire comme il le méritait.
A la lecture de la lettre du Hhadji-Âli, la colère de Touceuf n'eut plus de bornes, et il jura de se venger. Dès lors, des préparatifs de guerre furent faits de part et d'aJitre. Ali, malgré toutes ses menaces, n'était parvenu à réunir que cent à cent cinquante hommes, dont quatorze armés de fusils, dix d'arcs et de flèches, et le reste, de sagaies. Il est vrai qu'il avait encore quatre canons qui devaient être portés
(1) On a TQ ci-devant, chapitre n, page 400, que rétablissement des Biémal , sur la côte des Bénadir, était dû à l'émigration de quelques familles des Sonmal du nord ; de là résultait , entre le Hhadji-Ali et ces Biémal , une communauté d'origine, qui explique, outre leur haine commune contre Youceuf, la meoace faite par Ali de M joindre aux Biémal-
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à dos de chameaa ; mais il était probable que cette artillerie | « ^
ne lui serait paftd'uo grand secours; '^^ "* ^ i!«^t
La confiance dans le sbccès n'en paraissait pas moins régner à Meurka; les Bimal comptaient sur leur unité et parlaient avec dédain des troupes de Youceuf, qui traînait à sa suite un ramassis de gens pris dans toutes les tribut. Qu'importait leur défaite précédente! ils ne s'en croyaient j
pas moins sûrs de la victoire ; car ils allaient, cette fois, cora- '■ |
battre près de leurs foyers, d'où sortiraient incessamment ;|,
de nouveaux soldats pour remplacer, sur le champ de ba- ;•
taille , ceui qui succomberaient. En attendant , ils firent beaucoup d'instances auprès de notre interprète, afin d'obtenir de la poudre; le sultan, le conseil des ^notables, Aii même vinrent lui en demander à quelque prirque ce fût, disant que leur salut en dépendait , et qu'aucQn sacrifice ne leur coûterait pour en avoir. M. Vignard répoiidit, à ces |
sollicitations, qu'il n'était pas libre de les satisfaire; mais qu'ils pouvaieut eui-mèmès se trans(>orter à bord du Ducouedic, et présenter leur supplique au commandant; ils ne jugèrent pas à propos de faire cette démarche, en quoi ils eurent parfaitement raison.
Pendant tout le temps de leur séjour à Meurka, nos I
officiers vécurent dans les meilleurs rapports avec le sultan et les principaux chefs. Un mouton et deux vaches leur furent offerts de manière à rendre un refus impossible. Us eurent bien à se plaindre un peu de la curiosité impor- !
tune et du sans^ène des Soumal ; mais, grâce à l'intervention de leurs protecteurs officiels, la chose devint de jour en jouf plus supportable, ^t chacun eut toute facilité pour se livrer aux travaux dont il était chargé.
Daos les cooversaiioBS que M. Tignard eut aveé le sultan et les notables de Meurks , il ieqr parla beaueoup des relations commerciales %m^ les nafiras français pourfalent, dans UD avenir prochain, entretenir av^ cette villf , et il obtint d'etu des eogagenieJ9fs écrits par lesquels ils se portaient garants des bons procédés que las habitaots auraient toujours pour ceux de nos^natiooaux qui viendraient y eoramercer. r . ■
Voici la traduction de c^ écrits :
« Au nom de Dieu cîément et Biiâéricordieux,
« Le saniedi du mois de rebiâ-el^kheur, des personnes « du gouvernemeat frappais sont descendues (à Meurka). « Leurs intentions étaient de yoir la ?ille et de se lier avec' « ses habitanta par un pacte (4' amitié). Nous n'avons rien « vu de mal de leur part. Sachez cela.
« Ensuite, nous avons fait avçc eux uja pacte » mt nous « sommes convenus que, s'il venait des Français dans la ville « de Meurka , ils seraient nos amis et traités comme tels; « qu'en un mot, tant que nou3 serions vivants, et même « après notre mort, ils géraient reçvis avec honneur. Sachez « cela.
« Ce papier a été écrit 4e la main même du sultan Mahh- « moud , fils du sultan Hboucen , fils du sultan Soddiq , le « Soumali-Biémali. »
« Au nom du Dieu clément et miséricordieux.
a Le mardi du mois de rebiâ second, les cheikhs de « Meurka ont pris rengageisent , avec le gouvernement « français , de faire subsister entre eux l'amitié et les <( bonnes relations, et que tous les Français qui viendraient a (ici) pour faire le commerce seraient Gonsi4érés, par eux,
^i\}j 'pL>,«'i>£tJ&ûi!i^f-I».î±3.in
« comaw leurs compatriotes, et qu'ils tes al4eraièiit «n leur « faMant honneiir et amitié. Voilà ce^i s'eM passé «ttne e«i . « U» (^lukhs présents étaient Sid-flhaeen, le cheikh Àbou- « l»èker«beB^Ahhœed, le cheikii MahbK>EcUliii-be«>Ibrahira, (( et le cheikh Abdallah-ben-liohhammed-ben'Aiiiai.
a Ab 1265, ^: ■■; ;-::.'■ -.■.:.. . ;^iK 'ih ■>' ■.
« Ce papier a été écrit par le «uHao Mafethmoud^ben- (( Hhoucen-ben-Soddiq, de Tateu des cheikhs, n
Le 24, les travaux hydrographiques étant terminés, et MM. Loarer et Yignard ayant recueilli ce qu'ils pouvaient obtenir de renseignements, on avait arrêté ie retour à bord pour le lendenoai* au matin. On régla dose le prit du logement, ce qui ne fut pas sans difficu^, ^àce à l'avarice de l'hôte. On ^rit ensuite à Mahhmoad des cadeaux, consi»* tant en «ine vingtaine de mouchoirs, quelques verroteries, des chaînes et colliers, etc.; puis, sur sa demande, on lui remit dix piastres destinées à èlrp partagéns entre les notables 4ui Bvainai donné les vndMS. De ces deux bétes l'une allait mourir quand on l'avait «aenée; on ia fit tuer pour en distrftHier la chair atn pauvres de la vilie ; l'autre, gardée iusqn'au départ, fut abattue et emportée à bord.
Au départ, œs messieurs furent accompagnés à la plage par le sultan, qui leur avait constamment tenu fidèle compagnie, et, après des adieux pleins de cordialité, ih s'embarquèrent.
La route à suivre pour retourner à Bourbon devant me conduire près des îles Seychelies, je voulus profiter de cette ciroonstence pour y relAcber quelques fours, relâche d'osé uf^ente nécessité, d'atlifiiirs. En effi^t, nous afioot à èerd dix4niit cas de maladies granes ; certains médicamentaindis-
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pensables manquaient ou allaient manquer; M. Leber, toujours plus souffrant malgré les soins reçus à Bombiqr, privé,
en outre, de l'aide de soa second, voyait son état en^irer sous l'influence de fatigues incessant; enfin les vivres frais et les conserves pour les malades étaient épuisés. Notre traversée de Meurka aux Seycbelles fut très-longue , par suite des circonstances météorologiques et nautiques dans lesquelles elle s'effectua. C'était à peu près l'époque du renversement de la mousson, et, dès que nous eûmes atteint la limite rapprochée où la terre. d'Afrique cesse d'avoir une action déterminante sur les vents, nous n'éprouvâmes plus que des brises très-faibles et très-variable, interrompues par de longs temps de calme. Les courants furent, de même, très-variables en force comme en direction. Mais, cette traversée n'ayant présenté aucun incident notable, et ne pouvant avoir d'intérêt que pour les manns qui auraient à effectuer le trajet entre les fiénadir et Bourbon , je me borne à donner dans le tableau ci-après (pages 82 et 83] un extrait du journal de notre navigation.
Le 11, à quatre heures du soir, nous approchions de Taccore ouest du banc des Seychelles, et on commença à sonder de demi-heure en demi-heure, filant 80 mètres de ligne. A cinq heures trente minutes, nous eûmes un premier fond à 55 mètres, sable et corail. On sonda ensuite tous les quarts d'heure, et, de cinq heures trente-cinq minutes à sept heures, les fonds diminuèrent régulièrement jusqu'à 17 mètres : nous étions alors sur la partie la plus élevée de i'accore, car, à dater de ce moment, le fond augmenta graduellement jusqu'à 64 mètres; après quoi, n'ayant plus de haut fond à craindre sar notre route, on cessa de
sonder. La brise continuant de souffler du sud-est à Testsud-esty c'est-à-dire dans une direction contraire à celle que nous avions à suivre» nous n'atteignimes que le 13, vers neuf heures du soir, le mouillage de Mahé, l'ile principale du groupe, et la seule où j'eusse quelque chance de me procurer les approvisionnements dont f avais besoin.
Mon espoir ne fut pas trompé, et bientôt TabcDdance des vivres frais et l'influence de l'atotosphère si salubre des Seychelles apportèrent du soulagement aux malades. Je reçus personnellement, dans la maison de M. le fouverneur Miliùs, l'hospitalité cordiale et les soins délicats qu'il a prodigués à tous les commandants de la station qui ont visité le port Victoria : pendant mon s^ur, je fus comblé par cette excellente famille, si estimable à tous égards , de ces attentions pleines de sollicitude qu'on ne rencontre ordinairement que chez les siens.
Je donne ici le tableau des observations nautiques et mér téorologiques faites dans le cours de ma traversée des Bénadir aux Seychelles :
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S. S. E. — Fai-
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S. S. E. — Jolie brise. —
Calme R NE. TT. Faible.
Jolie brise.,... . •,.<
E. — Faible. — E. N. E. —
E. S. B. -TT JoUa ftfiee...
E.— E. S. E. — Faible, iné
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E. S. E. — Jolie l^rise. — B. TT^ Faible . . . . ^ I
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E. — Jolie brise. — S. S. £. Goarert ; h grains i -!^ 8, ^ F«ibl4v • . ■( . < » • I?lW»
^'^^ ^' ~ * ~ Bea«i;couTert;pr4ge.
E. S. E. — Faible ; canne. Orage ; beau ; coa-
— 0. N. 0.— Jolie brise, vert ; gra4)9;j|B)f^<^
O. S. O. — E. — E. N. E.— !»--__ Ei.:ui« p^iljig l Nuageux. Faible
E. — S. É. — N. — Faible; calme
N.E. — N.N.E.— Faible; calme
N.— N.O.— N.N.E.— Faible
s. o. — s. — Jolie brise. — Faible
^" ~ Fr lîT^.*!.*" ^:!^.: ^ ^*" ' ^^^^ ' p*"^«-
N. — Faible. — 6. S. 6. — „., . „,„ Calme. - S. - Faible. . ^«"^ î ^'"«e.
S. S. E. — E. — Faible ; iné- Beau ; courert ; gai grains.
E. S. E. ~ Tahable ; jolie Beau ; nuageux ; h brise } grains.
Id.
Beau.
Id.
Beau.
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eeetigrade.
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