‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 55 sur 101 · SS · texte numérisé non relu

SS

deaux, les files de dt&meaut chéminint è travei^ehamps ou passant les gaés, saiyiset harcelés par des cob^doctears arméi d'ftn épieu tsàmee et allongé ; pnis , au milieu d^ .groupes de cases dorées psr le soleil^ des ihassifs de irerdure où se jouent enemuUHHded'oisieaux a«ix couleurs brMam tes, et dent quelques-uns suspendent leurs nids à reitrémité des branches qui surploiBèent ie fleuve; celui-d «nfin, au lit encaissé , au cours sinueux^ aux rives escarpées «t bordées d'un liséré d'épais tol^rs, roulant ses eaux bourbeuses , sans cesse agitées par le piétinemMt des hommes et des animaux qui le traversent : tout cela formait un tableau aussi riant qu'arrimé, et où régnait une hurmonie parfaite entre la scène et les acteurs (1).

Le Soumali de Guèledi est gai, pétulant, mais doux, naïf et d'homeur facile ; les femmes se montrent à visage découvert , et le chant et la danse sont un armuseroent habituel que les deux sexes goûtent, le soir, en<x)mmun, malgré les prescriptions sévères du Coran. IVansgression heureuse à laquelle ce peuple doit peut-être la douceur remarquable de ses mœurs.

Soit idée naturelle des convenances et respect de la liberté d' autrui, soit obéissance aux ordres de leurs chefs, les habitants de Guèledi , curieux comme j'ai dit qu'ils étaient, ne nous ont pourtant jamais excédés de leurs importnnités ; jamais ils n'ont dépassé les limites que nous leur posions; encore moins oift-ils envahi notre demeure, ainsi qu'avaient fait ceux de Mogoedchou, qui prenaient nos chambres Id 'assaut; au contraire, ils ont, «ans exception, observé scrupu-

(1 ) Voyei planche 26 de l'Album.

léuîïèWenl à ii^ve égard Ici réglée de l'hosi^îUîHléj él he taous oWt, fen éràlètttie ôlcfcaSîèln , 'jfjotir^vis dé 'é^WïdéS ittlétiBSséiei. ï)à 'fefj^te, lé *lôl , cûlti>ë ia^éc ^in, foitt-nH *toijlemeht à Mirs bèSoîfii pHttbi^x, ^t ils îtagttïénïéttt léttr bicfn-être en édiàhgWd^t lè Sûflierflu deè t^oHes tontit '^ prèdUits

ia 'ciittipb^né rt'ésl|)îiS boisée "éottitoe le soWt les borés de la ViVièréi oh y htrache feS arbres systétoatkfùéitiénl , pour laisser aui «àïtài-és u^les ttfàt l'espace ^po^ble. Celles^i s'éte'rïdéfrt ?e loftg dé l'Oiiébi , à irtie dfi deux Menés de chéf^ne cAté dé son]it, et ont po^ir prifiérpal objet ta pirodi/ctioh 'dfà ttiillét ôti doui'bia, qifi fourtiit de\ii[ récoltes par an, avec peu ou point é'ékil^râffs, sans assofeniéfits niétnploi &é la charrtie. La première de Ces Técoltes est farte en Février, la seconde en septembre ; la plante met 'de qoatre mois à ^atre mois et demi pour se développer et mûrir. La préparation du sol est à la fois simple et ingénieuse : le cbafmp à ensemencer est divisé en carrés d'on nnèfre^t de«i de côté, au moyen de remblais réguliers de dit h 4ottie centimèftres de hatrteifr, qui lui donnent l'aspect d*nn échiquier. Cette dîsposîtidn a pour bot d'arrêter f «an des ^plates et de l'empêdier d'entraîner les terres kJrSqne le sol est€n pente, ^n pratique ensuite, dans les carrés, ô l'aide d'une proche étroite, dés trous peu profonds, espacés de quinze centimètres et bien alités, où la stemence eit déposée, pnis

recouverte. Lorsqne la récolte ést enlevée, on se bâte de préparer de nouvean le terrain, d'arracher lesviefltes tiges,

de gratter ah peu la terté, de reconstruire les riembl&ig, et l'on ^me % temps p€^ profiter dés ploïc^ cftA ontlfeu à la findeTMVei^age.

]«'îgHssf-fR?i:

Outre le millet, on cultive le maïs et le sésame, mais en très-petite quantité. Le sol, d'ailleiurs, se prêterait à merveille à une plus grande variété de cultures; ainsi l'indigo, le coton, la canne à sucre ne pourraient manquer d'y prospérer. Pourquoi les indigènes ne les essayent-ils pas? « Si <i notre pays produisait tant de choses, répondent- ils, les a Arabes nous le prendraient! » Est-ce là le véritable motif de leur inaction, ou bien ne Caut-il pas plutôt l'attribuer à cet esprit de routine, qui est le défaut d^ cultivateurs de tous les pays, et qu'on a tant de peine à déraciner même au sein des contrées les plus civilisées? Le fait est que ces populations de l'intérieur du pays soumali ne me semblent avoir rien à craindre de la part des Arabes.

Les travaux des champs sont exécutés par des esclaves, la plupart importés de Zanzibar;. traités fort doucement, ils font, pour ainsi dire, partie de la famille. On trouve aussi, dans le pays , quelques esclaves galla ; mais ce ne sont que des enfants et des femmes , les prisonniers mâles étant ordinairement mis à mort.

La fertilité de cette partie du territoire des Rahhan'ouine est du0 surtout à la présence du cours d'eau qui le traverse ; tous les environs de celui-ci sont recouverts de terres d'alluvion qu'il y a déposées. Durant la saison pluvieuse, les eaux en sont profondes et rapides, et débordent dans beaucoup d'endroits. Quand les pluies ont cessé et que la rivière a pris son niveau naturel , elle a généralement peu de profondeur, et le lit où elle coule est guéable sur divers points, à petite distance de la ville. Pendant que nous étions là (du 8 au 14 mars), sa largeur, devant le village, était de trente mètres, et la vitesse du courant de deux nœuds à

■ ri ■ f

l'heure; à une demi -lieue au-dessus , la largeur n'était plus que de vingt mètres, et la vitesse du courant d'un nœud. Les eaux étaient basses. . - ^ h .

Les bords de TOuébi sont habités par de nombreux hippopotames ; on les y rencontre souvent à moins de deux milles du village. La nuit , ils errent dans la campagne , et les indigènes se plaignent des^ dégâts commis sur leurs plantations par ces fourrageurs nocturnes. Nous ne pouvions décemment quitter le pajs sans rendre visite aux habitants du fleuve dont nous étions venus reconnaître le cours; Ibrahim nous ménagea plusieurs entrevues avec ses voisins amphibies, sous prétexte de chasse; mais nos excursions cynégétiques n'eurent aucun résultat. Postés, aux premiers rayons du jour, sur les grands arbres qui bordent la rivière , nous vîmes qûèl^es-uns de ces animaux nageant à sa surface; on les salua dé nombreux coups de fusil, et ce fut tout : nous aurions pu donner à notre chasse à l'hippopotame le titre de la pièce de Shakspeare « Much ado about nothing^ — beaucoup de bruit pour rien. » Nos armes et nos projectiles étaient, d'ailleurs, insuffisants pour percer le cuir épais de ces pachydermes aquatiques. Quand je dis nos armes, c'est une façon de parler, car la seule dont , pour mon compte, je fusse muni dans ces pronnenades, que je n'ose plus nommer des chassés, n'avait pour but que de me protéger contre les rayons du soleil : c'était un prosaïque parasol. Une seule fois cependant (une fois n'est pas coutume], la balle de l'un de nous atteignit et blessa un de ces monstres assez grièvement pour qu'il rougit de son sang les eaux de la rivière; mais nous n'y gagnâmes que de voir quelques cabrioles assez drolatiques, et d'entendre les mugissements navrants du

■•"-J^CV- -^>r-

^ ao —

{ViUTFe hUsfii^s si mècharoimapt trqubl^ ^m s^s.^bai^, |)nçore Qçli(^ twgiédie fliW«m«-t-^He, paç une péripétie imprévue, de se dénouer aux dépenf é^ potr&trQp heureux çonip^gnoa ; ^ ^e\ , Bfi\m^ «'^a»^ » ayeq n^e |ptrépjidité int^m^pestivf^A él^qçé 4^ bau( <ie Iî) (terge au bord (^^ l'eau pour suJvfQ 4e gibier < €^\ «tvait l'impolitesse de s'eqfuir sjàv^ altendfe un sô^nd pfpjectile;, Va^ùpf^nl se retourna d'un air furieui, e( pous vSo^p^ je ipEidn^ent où le chasseur allait être chassé à son tour. Hei^reu^ment il n'eu fut rien; tou- ^fois je dois dire, en n9^rrs|t0U|r gdèle et impartial , que, s'il y eut, dans cette circonstance, 4e nouveaux cr|s et de nouvelles ganabades» j)s n^ furent pas le fai| de rt^jppqpotame firquebusé. '

Les autres aniipanx ^ai|v^ges qyi se rencontrent dans le voisinage sont plusieurs espèces (j'^ntilopes, le rhinocéros, l'autruche, le chat-tigre ; je ne prétends pas, d'ailleurs, énupiérer ici tous ceux qui parcourent les fofêts au delà des terrains cultivés. Un sujet d'observation beaucoup plus Important, c'est le grand nonibre d'animaux domestiques que possèdent les Soum^l de Guèle(|i : d'innombrables troupeaux de chameaux, de bcpufs, d'ânes, de pioutpns et de cabris couvrent les bords de la rivière; c'est, après ^e millet, la principale richesse du pays. La volaille y est aussi en abondance; mais le poisson, j'ai tout lieu de le croire, manque dans les eaux de l'Ouébi; nous n'avons pij joous en procurer qu'une fois, et j'ai pensé qu'il était détruit par les caïmans qui peuplent la rivière.

Le millet est la production spéciale de la Ipcalité; outre qu'il en alimente la population et celle de Moguedchou, on (sp e:^porte considérablement; il est expédié à ce dernier

poït daos desi sa<s (}e cuir, sur l« 4as des cba^ea^u, qui foûUe^^flt eq dii heures. «^ . . ^ ,,.„. ;u^^ii^= * -

Les ««très productÂeos agricoles , la iQais« Içft dlirr, les selhoi^ et le sésame, sont lelatiTeiweQt ^ès-ijiiuineft; le» récoites ne vont guère au delà des besoÎDs de iit cpusomwa'^ tioQ kkcaje et de celle (ie Moguedcbou.

On recueille une assie^ grande quantité de miel À Guèledi. Les indigènes façonnent leurs rncbes avec de& morçeaus ^ bois cylindriques longs d'un vètre a i"]^) qu'ils creusent et dont ils ieriBeQt les deux extrémités, m ménageant à l'une d'elles une iietUe ouverture. Ces ruche», où l'on dépose un peu de miel commet appÀt, mal suspendues à de fortes branches d'arbre au bord ée la rivière; on les y ahan^ donne sans plus de soins jusqu'à la fin de la saison des pluies, époque à laquelle on récolte le miel. Les Sounal en sont très-friands; ils le maAgent avec une partie de la cire, et ne tirent, d'ailleurs, de celle-ci aucune utilité. Il en est autrement du suif, dont ils usent énormément pour apprêter leurs mets; néanmoins les animaux dont ils l'eKiraient, y compris les chameaux , sont tellement nombreux , que la localit^en fournit encore, annuellement, à Noguedchou, deux cents frai(ela. Ce suif est très-beau» et se vend de 1 1/2 à 2 piastres la frazela. La qualité inférieure est enaployée pour l'éclairage. - -

On fait aussi du beurre en abondance, surtout dans la saison des pluies. Ce beurre ebt converti en semen, et on en fournit, chaque année, a Moguedchou, de trois à quatre ceots frazela , qui se vendent au prix moyen de 2 piastres l'une. j .

Les chameaux de Guèledi son^ beaux et par&itement

nourris ; on ne les excède pas de travail , d'où il résulte qu'ils conservent une bonne apparence : leur charge ordinaire est de dix frazela. Le prix d'un bon diameau est de 4 à 6 piastres; il y en a de chétifs à 2 piastres; les plus grands se vendent 10 à 12 piastres. On en mange beaucoup sur les lieux et dans les villes de la côte; ceux qu'on destine à la boucherie ne travaillent pas et sont soigneusement engraissés; ils se vendent 8 à 10 piastres; mais le suif qu'on en retiré couvre presque le prix d'achat dje l'animal.

Les ânes, quoique de petite taille, sont bien proportionnés et très-vigoureux. Ils portent de quatre à cinq frazela, et, avec cette charge, suivent facilement le pas des chameaux. Ils ne se vendent pas plus de 4 piastres.

Les bœufs s'y distinguent par la taille et l'embonpoint autant que par la beauté des formes; cependant leur viande est moins recherchée des indigènes que celle du chameau.

Les moutons et les cabris, aussi remarquables que les bœufs par leurs proportions et l'excellence de leur chair, sont, comparativement, encore plus nombreux. La consommation locale en est très-forte, mais l'exportation en a été, jusqu'à présent, restreinte aiix seuls besoins des équipages des bateaux qui relâchent à Moguedchou. Inutile de dire qu'avec tant de bétail, Guèledi pourrait fournir au commerce une très-grande quantité de cuirs ne laissant rien à désirer sous le rapport de la qualité et des dimensions.

Telles sont les productions notables de ce territoire favorisé. Ses habitants ont tout lieu d'être satisfaits de leur sort, car cette abondance de denrées agricoles et de bétail leur assure une existence facile. Bien nourris et n'accomplissant aucun travail trop pénible, ils devaient avoir en partage la

vigueur 4u corps : ils sont forts en effet, et d'une haute stature; peu sujets aux maladies, ils virent vieux et sans infirmités. Quant à la couleur de l'épiderme et aux traits du visage, le Soumali du nord l'emporte sur celui de Guèledi . qui est plus noir et accuse davantage le type africain par la grosseur des lèvres et l'épatement du nez. Dans quelques familles principales seulement, on voit la peau tirant sur le rougeâtre, le nez saillant et s'àpprochant de la courbe aquiline. Ibrahim et Mouça .présentent à un degré marqué ces caractères. ,

Je n'ai à signaler, dans les usages p^u-ticuliers de ce peuple, rien qui ne l'ait été déjà à propos de Moguedchou et de Hhafoun, si ce n'est l'habitude qu'ont les hommes d'emporter avec eux, quand ils se mettent en route, un ustensile d'une invention fort originale et dont on ne saurait, tout d'abord, deviner l'emploi : c'est un morceau de bois taillé en forme de croissant, ayant l'ouverture nécessaire pour emboîter la nuque, et qui est monté sur un pied à large base et long de douze à quinze centimètres. Co petit meuble, dont le nom indigène m'échappe, et que nous avons nommé supjibrt de tèle, est destiné à servir d'^oreiller. Il ne serait sans doute pas du goût d'M^n sybarite, mais il a, pour le Soumali, l'avantage de préserver le volumineux édifice de sa chevelure^raissée, des souillures qu'elle contracterait, si la tète reposait directement sur le sol.

A ce que j'ai dit du naturel bon, facile et enclin à la gaîté de cette population, j'ajouterai qu'elle passe pour brave à la guerre, et qu'elle a su, dans ces derniers temps, se faire craindre et respecter des tribus voisines. L'armement des guerriers est le même que dans le nord ; mais, s'ils voyum. 3

- il4 -

gMit oûittii é^ eum^gfne, Hê )^ jofgïientuAi«Cè)ebérss6t)}^e H'êfta. le HUMII^ drèliler ({Éë f« Viéftë d«!léerli<è et là ^foyUh)ti Se t«4>à(i , Mllë^bliet- rffiérftèble bttmk à âèMs (4), <}&{ >^tiibl« étr« la tà\mïi mê ^lid moh du Soutneili Ae fautes leà tititit^s.

Lès haMUitiU de &uèledi, dont le tctrïtoire èontteât quiAM Vi9l*|^ ifènl ék la trflMk «iite des Gûébmilâ ; j'Igtiore à if»è1 eftiffl*e ftit»»Ce li po^làtloù toteie , tnais §'é««4t]e à efiTfroti 6,000 âtnes cdHe àes trois villag«s igrotipés sut- le point de la rivière où nous étions arrêtés. Leur ttiêf (^t ce Yotio6tiM>eft^)Hfihbtii<duâ, que j'ai déjà introduit dans tnon nétiit. Il ti'a reçu de «eâ aïeut que le titre ô^ th^h des Guébrouti, et doit è son babfleté et à seo énergie Tmito rM qu'il exerce sot la plus grande partie 'du prayi sittié «rire TOuéW et le Dfoub. Les premiéfs VëttSeigbettients doftttés sur te chef I^At été par le lieutetiawt iJMâtôpher après sot) et€tttsk>it à Gcrèledi en 4845. Vdièi le pointait que cet officier en Iface : « C'est tm botfiibe de haute taille, d'une « pbyMcJiÉôttie IWWffigetrte, âgé d'ettviron quëf&rtte-clnq « afts, têtu seuî^meat d'une longue étd^ blanche jetée « rtégW^mttient autour de son corps, et ramenée sut la « tète et les épàUléS de tûaulêre à l'euvelopper depuis la « cf^èvllle du pîed jtfsqU^afU soUiittet'de la tête. Il portait des tt iatHfalêS, et tehâît à la waid une petfte Iftoce et l'éter- « nelle brosse à dettts... Il avaît la tête rasée et le hè% du « 'visaiçe coutert d'<ine barbe rare, les moustaches, l'impé-

(1) G^CBt la nèBM dont j'ti f>tt\é è ^ri^H» des Sôuinal di OèM c« dont le nom est» poar eui« Iriki. Chez ceax da sud , oa dit iudifleremmeut Iriki oa M'towik ; cependant cette dernière expression est plus particulier «tti Sottâkliéli.

(( riale, tous les poiis.^enfih, qui croissent sur les joues

K ôyâiîtété soigoeusement armchés U k deux frèi^ :

« l'an dirige les batailles et joint à ce talei^t celui de l'in- « trigue; l'autre n'est remarquable «foe par son engowe- « ment pour les Européens... Lé cbef et «es deut frères « ont une taille de 6 pieds et plus (*)/, fis sont bien faits ; « ils ont des tet aquiffns, de belles fèvres, ttrefa les dievenx « crépus. »

k ces détafls,tje joindrai m docuÉient que fai reoaeitli moi-même, c'est la généalogie du personnage dont il s'agit :

Youceiïf , flls de

Nahbifioud, fiisde

Adira, fils de

Alem , "fils de

Ouéra,etede

Ahhmed , fils de

Mobbammed , fils de

DJaîUa , fils de

Ibrahim, fiisde

Hhotissein * fils de

Kala , fils de

Mélila, fiisde

Aînadouagi , fils de

Guébroun.

Quant aux frères de Youceuf, que je n'ai pas bien reconnus dans les portraits tracés par le lieutenant Christopher, Toici mes propres remarques : Ibrahim, l'atné, avait.

( * ) Il s'agit, biea enteodu, de pieds anglais, ce qui rMuit, pour nou^, la taille indiquée or^desMis à edriron 5 pkils 6 poaoes.

quand je l'ai vu, quarante-trois ou quarante-quatre ans. (Test un homme de 5 pieds 6 pouces environ. Ses membres sont grêles eu égard à sa taille, cependant ils paraissent nerveux et bien musclés. Il avait la tète rasée , et C0nservait, à la pointe du menton, le peu de barbe demi-laineuse que la nature donne aux Soumal. J'ai déjà dit qu'il a le nez aquilin ; son teint est d'un noir grisâtre; ses lèvres ne sont ni minces, ainsi que le prétend Christopher, ni grosses, comme chez la plupart des races africaines, mais 0e moyenne épaisseur ; ses yeux sont petits pour des yeux de Soumali. Ibrahim semblait être l'homme de gouvernement et de conception. Dans son profil sec et saillant, on devinait l'esprit d'intrigue et de ruse.

Mouça est d'une taille colossale et bien proportionnée ; son teint est plus rouge et son profil moins aigu , ses yeux plus grands que ceux de son frère, et, de même que lui , il a le nez aquilin ; il avait aussi la tête rasée, mais portait la barbe en collier. C'est, à proprement parler, un joli homme. Sa physionomie est douce, et, quoique ses traits n'annoncent pas l'énergie du soldat, il accompagne ordinairement Youceuf à la guerre. Mouça pouvait avoir trente-huit ans.

A l'époque où le lieutenant Christopher se trouvait à Guèledi , le sultan des Guébroun se disposait à faire la guerre à celui de Barder ou Bardéré , territoire situé sur la rive gauche du Djoub. Ce chef, devenu la terreur des populations environnantes , possédait , dans cette partie du pays, l'influence résultant de la crainte qu'on inspire, moyen de gouvernement qui réussit partout sur ce globe sublunaire.

C'était un enragé puritain, grand réformateur, qui ne voulait pas laisser les Soumal user de tabac, ni permettre à leurs

femmes de ipontrer leurs bras et leur visage, et de se divertir là la danse. Cette intolérance et ce fanatisme, qui plaisaient aux Arabes pur sang, en fort petit nombre henreoseroent dans ces contrées, n'étaient pas du'goût des indigènes, assez sages pour n'accepter le Coran que sous bénéfice d'inventaire, et garder, parmi les vieilles coutumes de leurs pères, celles qui pouvaient les récréer sans porter préjudice k personne. Il s'en était nécessairement suivi des collisions qui avaient amené, dans les destinées du tabàc^t de la danse au sein de ces peuplades, des revirements alternatifs, selon que le sort des armes favorisait tel ou tel parti dans les combats sanglants livrés pour un aussi mince sujet.

Lorsque Youceuf eut établi sa prépondérance sur les tribus voisines de la rive droite de l'Ouébi, et que les progrès de sa puissance s'étendirent dans le sud-ouest, les deui sultans se heurtèrent, et ce fut entre eux, à dater de ce moment, une guerre acharnée. Cavaliers et têtes rondes n'ont déposé les armes que pour reprendre haleine, jusqu'au jour où l'un des partis a été écrasé. Le prix du tournoi n'était pas à dédaigner, car, si les combattants n'avaient en vue les uns que de conserver, les autres que d'imposer leurs coutumes, il ne s'agissait de rien moins pour leurs chefs que de perdre ou de conquérir la souveraineté du vaste quadrilatère compris entre le Djoub et l'Ouébi, la mer et le territoire des Galla. /

Je ne possède pas de détails circonstanciés sur les péripéties de cette lutte ; le début surtout m'«n est inconnu , mais, d'après les renseignements donnés par le lieutenant Christopher, combinés avec ce qu'Ibrahim m'a raconté, en voici les traits les plus saillants :

ïfpjsfw^f^m^ V

Dans \e cour» de l'année 1840, le sultan de Bardéré dirigea coptre Braoua une attaque qw ^at sp pleJA sucée»; uqe troupe de Soumal, ïàeik sup^rieur^ eu Dqml>re aux assaillants» fut défaite sous les murs mèine^ de la ville qu'elle défendait et perdit beaucoup de monde. La population dut se soumettre aux vainqueurs, adopter ou paraître adopter les pratiques de l'orthodoxie musulmane, et payer une contribution de 500 piastres. Les danses furent défendues, les femmes astreintes à se couvrir le visage et à observer la règle du Coran en ce qui a rapport aux relations des sexes ; en6n l'usage du tabac fut prohibé. « Les femmes a portent des voiles et des chemises, et on ne prend de ta-; « bac... qu'en secret, » dit, avec une adorable bonhomie, le lieutenant Christopher. Youceuf, blessé dans son orgueil de souverain, et sans doute aussi dans ses intérêts de sectaire, brûla trois villages occupés par les gens de Bardéré, pour se venger de la défection de Braoua ; puis il marcha sur cette ville dans le dessein d'y rétablir son autorité. Afin de conjurer l'orage qui les menaçait et d'apaiser la colère du sultan des Guébroun, les habitants de Braoua envoyèrent une députation pour lui représenter qu'ils étaient tout disposés à reprendre leurs anciennes coutumes; qu'en les abandonnant momentanément ils avaient cédé à la force, et que c'était à lui, chef puissant , qu'il appartenait de réduire le sultan de Bardéré, seul responsable de leur apparente rébellion. Ils lui otïhirent, en témoignage de soumission, un présent de 200 piastres, auquel étaient joints divers articles venant de l'extérieur ; Youceuf, sensible à ce procédé et sentant, d'ailleurs, ce qu'il y avait de juste dans les observations qui lui étaient adressées, se retira à Guèledi pour y préparer

unç guerre « Qu^rap^po cpjUrç *»n çivaU Ce firt m ©es çQ,^rçfaites ^Wi l« UçHt^qaat C^n^Qpt)^ entiça ^ S9lf(PWK nvec Ycmçeul : «eli^ei lui (jj^mancla de l'QÙiçr à ^lui^fA^re spn adversaire, ce «^ue, qo le cievinp sûs^naeiU, l'ci^eier nn^m. refusai, ^ . ,

Daqs 1^ Iqt^, qu'il avait e#rep|isç, Kouceuf >e trouvait en face 4'Hft eoueipi 4ifÇi!oile à vaijpcriçj car rien ue doHQe des farces auT peuples barbares çQfim^ l^tajoatisme, et surtout le fanatisme collet, motM^V qu'un n^e p^i^ <|ette expression ; \w^ autre sa puissauoe ajCtiuise, l? SU^an des Gué^roun, cbaPiupiaa des v^eille^ cuulun^Qs et r^résentant du principe de liberté aui yeux des SouiïiaU av<(it pour lui toutes Les tribu» (|ui n'étaient pas direç;teinçnt k por^û^ du bras de son terrible autacéoniste. Aussi la, fortune se décla^at elle en sa faveur, et après une série de comba^ acharnés il parvint à çcraser l'ennemi commun.

L'épisode de Braoua raconté ci-dessus prouve que l[puceut étçndaU son pouvoir jusque sur les villes du HUf>ral ; d'autres faits témoiguent dans le môme pe^. On sai( déjà qu'en 184^ il s'était présenté devant Alç^uedçtH)U en qualité de ipédiftçnr dans le conflit, élevé enivre les ^an<i de HhameurouiDe et ceux de Chin^gilui* En 1^4^, Uiristopher étant à Quèledi , Youceuf solliçiU son concours pour apaiser la révolte d'une partie des babitanls 4^ Mugnedchou, lui disant, pour Ty décider : « Cumment ferie^vpus (( mal en agissant ainsi? Cette ville n'est-elle pa^ rpienne, « et n'aveï-vous pas mon autorisation? » ^ 'ignore à quoi aboutit cette velléité de répression-

Enfin, au moment où nous étions près de ses frères, attendant une missive qui nous annonçât le jour el le lien

— Vo —

de notre entre?ue avec lui, Yonceuf était à Dafit, rassemblant des hommes pour une expédition contre MeurkaJ

Le sultan des Gnébroun était alors au faîte de sa puis sance, et j'eusse été beureui de le voir, et de l'eirtendre pour en parler avec plus d'autorité et d'une manière plus précise que je n'ai pu le faire. J'aurais voulu chercher à pénétrer ses projets et sa politique et pressentir son avenir; mais l'espoir que j'en avais conservé fut brusquement déçu par l'arrivée de la lettre suivante :

« Au nom du Dieu clément et miséricordieux.

« Aux honorés, vertueux, purs, resplendissants, bons, « ô vous véritables et purs chrétiens ! Vous, Français, que le « salut soit sur vous et sur ceux qui paraîtront en votre « présence, mille souhaits de longue vie. Salut.

« Ensuite, quant à 6e que j'ai à vous faire savoir, d'à « bord, si vous désirez connaître mon état, il est bon et « tranquille; puis j'ai vu votre honorable missive qui mé- « rite d'être illustrée, et, si vous désirez me voir, j'y con- « sens. Or, dans ce moment, nous arrivons à Benguéda, el « vous, ô Frenggui, Français, allez dans le port de Monguia; a moi je vais aller, s'il plaît à Dieu, à Aianka, vendredi. « Allez d'abord à Meurka, et je vous y enverrai une lettre. « Je vous assure par Dieu que je désire vous voir ; si vous u consentez à cela , et que vous soyez déjà arrivés sur mes « terres, retournez à Hhameur. Voilà ce que j'ai à vous « apprendre. Salut.

« De plus, j'envoie mes enfants Hhacen-ben-Ali et Abou- « bekeur-ben-Abdlzeni ; ils sont porteurs d'une lettre. Al- « lah! Allah (1)1

(1) Allah! Allah! a ici le sens d'une recommandation pressante, appe-

— . ki —

« Elle est sortie (cette lettre) de chez le sultan Yoiiceuf, « fils du sultaaMahhmoud; que Dieu (qu'il soit élevé!) les « sauve de la ruse du temps par la protection du piince des « élus 1 Salut. » ,«

A la réception de cette lettre, je compris que je devais renoncer à l'entrevue tant désirée, qui m'avait déjà conduit à prolonger mon absence trois jours au delà du terme que je m'étais fixé. Il fallut donc songer à partir, et je fis mes préparatifs avec d'autant plus d'empressement que j'avais de sérieuses raisons pour accélérer mon retour. Mais, avant (le raconter la manière dont il s'efllectua, je dirai un mol de Guèledi envisagé sous un point de vue non moins intéressant que celui sous lequel je l'ai montré; je veui parler de sa position à l'endroit où viennent se réunir les diverses lignes commerciales qui, de l'intérieur, convergent vers Moguedchou , et de sa situation sur un cours d'eau sillonnant, à partir de l'Abyssinie méridionale, où il prend sa source, des pays qu*^^il importe d'ouvrir à la civilisation. Toutes les caravanes qui se rendent à Moguedchou, comme relies qui en partent pour aller dans les pays compris entre le Djoub et i'Ouébi-Denoq , traversent ce dernier à Guèledi , et y payent un droit de transit au sultan des Guébroun. Voici les détails qui m'ont été donnés sur les principaux itinéraires rayonnant de cette localité vers l'intérieur ; je décrirai ensuite le cours de la rivière tel que j'ai pu me le figurer d'après les renseignements des indigènes.

Il y a d'abord une route conduisant à la fin du territoire des Moubeline, tribu qui habite les deux rives de l'Ouébi. En

laot de bons procédés de ma part envers les deux Soumal qui m'étaieut annoucés.

la suivaiU du sud au nord, on rencootru;, sur la rive droite, les villages de DjeiiiU)!oul, Bellpn, HouJi^n', Bouri, dépendant d^ Youceuf ; puis Icabi , Sou))|(^, Khareurra^ qui ^t à cheval sur la rivière, et Ouellamoï, apparienanl; au territoire des Ellebi dont i^ne p^ite pavlie e^ située sur )2| rive gauche; enfin Bour^ouraTli, 0Q(Qbolé» Dofou, DentQUgass, Aldouck, Guersalé, Allak, Mouraré, village» moiUiteline , tous un peu distants de la rivière.

Pour se rendre au p^ys de CbebeMèh, i} y si devii^ iroutes : la première partie de l'une d'elles est l'itinéraire ((ue je viens de tracer; mais je n'en connais rien au delà; la seconde, s'écartant, à l'ouest, du cours de la rivière, tr^vefse le territoire de Dafit; j'en parlerai ultérieurement.

Une autre route mène à Bardéré; en voici les étapes. Partant de Guèledià une heure de l'après-midi, pn arrive, après six heures de marche, à un endroit inhabité nomipé Kourié, dans le Zeu^jel (fourré, broussailles), à moitié chemin de Dafit. On en part le lendemain de très-bonne heure, et on atteint Douhellé après une heure ou une heure et demie de marche. Douhellé est le premier village du territoire de Dafit ; il est bâti comme ceux de Guèledi. A six ou sept heures de marche au delà, on trouve Ouan'lé, où l'on se repose, car il faut ensuite marcher pendant douze heures pour se rendre à Sahho, dont le territoire est habité par des Bédouins. A cinq heures de là est Bour-Tcheurfolé (la montagne de Tche'urfolé); puis Bour-Heïba (ou Heïbi), quatre heures plus loin. A cinq heures de Bour-Heïba est Kourar, situé près de Bour-Tedjeus et habité par des gens de la tribu des Elléda. A quatre heures de Kourar on trouve Ou^oïa (ou Ouamé), et six heures iîprès Moun'keur, villages peuplés par

les lentar. Sept ou huit heures de marche conduisent à, la montagne de Deïjeub, où il y a une source, et d'où l'on se rend, en douze hçure*, à Hartikan'lé, habité par la IriUtt lies Aïiahé ou Aïlaï. Enfin on rencontre successi\eiBent Erdjeurlé, occupé aussi par les Âïlahé; Moulimad etlrourimet, appartenant à la tribu des Harïen'; Ouegneud, où il y a un puits, Qualeuq, Douroulé, Meurda, Ail-ilam, Ourina et Bardéré, tous centres de population.

Cette route, qu'on dit pénible, n'est pas la phis directe; elle m'a été tracée par un individu faisant partie d'une des expéditions de Youceuf contre Bardéré, et, dans cette circonstance, le chef avait réglé son itinéraire de manière à y comprendre divers villages où il comptait rallierdes partisans . Pour aller de Moguedchou à Bardéré , on préfère suivre le littoral jusqu'à Braoua, et remonter de là vers le nordouest.

On a vu , au commencement de ce chapitre . qu'on se rendait de Moguedchou à Ganané ou Lock sur le Djouh , en traversant le pays des Rahhan'ouine : Guèiedi est la première étape de cette route. On m'a fourni, pour la parcourir, deux itinéraires, dont l'un n'indique que les principaux lieux de station, et l'autre tous ceux par lesquels on pusse. il ne m'a pas échappé qu'ils présentent quelques conlradiclions quant à leur ordre d'énuméralion; mais, ne possédant aucun moyen de contrôle, je les reproduis tels qu'on me les a dictés, comme pouvant servir d'éléments aux informalions à prendre par un voyageur qui voudrait se diriger vers Ganâné.

ôïï^i *p,"ï;-V^ ---J^

t*' ItlBératre de Mesaedehen ii I<*eli (t).

Guèledi *.

Dafit *.

Douddemaye *.

Demeurlé.

Tir.

Saha.

Goulo.

Tcheurfolé.

Bour-Heïbi,

Bour-Tedjeus.

Bour-Heukkaba.

Beïdaba. '' Arrémodo.

Moiilimad.

Ouegneud (puits).

Oualeuq *.

Kourit".

Âilbeurdall.

Sobehhan' Allah **.

Douroulé.

Ganâné *.

t* Itinéraire de Hosnedehon à CiaBiné.

(Un piéton seul le parcourrait, m'a-t-on dit, en quinze jours, en passant par les endroits ci-dessous désignés.')

Guèledi *. •

Dafit *.

Douhellé.

Ouérr.

Douddemaye *.

Foullaï.

Korreï.

Dourrih.

Dache.

Raro.

Douïaq.

Ouerfa.

Guèlguelou.

Ouafdaï.

Roblé.

(Mot effacé. j

{[dem.]

Damfeurour.

Ouama ou Ouartié. (Douteux.)

Mékeurr.

Meurli-Khan'lé.

Guèlguel. (Douteux.)

LouggueOT. (Douteux.)

Kourtoum.

Oualeuq.

Orbençéla.

Ouédjeud.

Orriédan.

El-Hhareurr.

El-Ourèb.

Ambia Kamoukah.

Deukhkhalèh. ,

Aïl gouf.

Sobehhàn' Allah **.

Béhocha telen' Talèh.

Kourit **.

Morigalèb.

Lan'tideum.

Lobi Omen.

Akheubka.

Ganàné *.

(1) Un astérisque * indique les noms de lieux qui se rencontrent dans les deux itinéraires ; deux astérisques *" désignent des noms qui s'y rencontrent également, mai» dans ua ordre contradictoire.

Il me reste à décrire le parcours de ce qu'on appelle la route de Zeïla, condoisant d'abord au pays de Chebel-lèh et dont on suit aussi une partie pour se rendre à Alaba, où sont les sources de l'Ouébi. J'en tiens l'itinéraire d'un cheikh dont le frère résidait à Âlaba, et qui avait visité deui fois cet endroit ; il faisait, en outre, fréquemment le voyage de Zeïla. Il faut deux mois, nous disait-il, pour aller de Guèledi à Alaba, et il nous donna les détails suivants :

Partis de Guèledi à la nuit (au nombre de vingt-sept hommes non chargés), et ayant marché constamment pendant douze heures, arrivés à Da6t vers sept heures du matin. Le terrair^, d^abord ferme jusqu'à une heure et demie oDkdei»it heures de la rivière, devient alors sablonneux et couvert de broussailles mêlées de quelques gommiers. On ne trouve d'autre eau que celle des puits, nombreux dans cette localité : ce sont de véritables citernes, creusées à quarante coudées environ, dont trois mètres à peu près dans le roc. Audessus de celui-ci , leurs parois sont garnies de troncs d'arbres échelonnés et jointoyés avec de l'argile de manière à empêcher l'éboulement des terres. Ils ont la forme d'une pyramide quadrangulaire tronquée; très-larges à la base, ils se rétrécissent progressivement, de façon à n'avoir plus qu'une brasse environ à l'ouverture, laquelle est recouverte de branchages. Lorsqu'on pratique ces puits, ce qui a lieu dans la saison sèche, on ne commence à trouver de l'eau qu'en arrivant à la couche de roche; mais, quand viennent les pluies, l'eau s'y rend abondamment et se conserve pendant plus de six mois; les indigènes prétendent que, malgré l'imperfection de la maçonnerie, les terres en absorbent fort peu.

Dafit, comn|e on a pu en juger par les précédents iti

.. ,..., jy.^,jp;^jjj

néfaires , esl un centre où aboUtissekit l^eftaceup de rotftes ; c'est une assez gtahde viHe (4). Le tetrfiiB qtlf en dépend esiiïtrisê. Oh n'y cultive qtiè du doarha. Il s'y trouve nu petit arbuste nomfné aêtokr, -dont l6 fleur donne une teinture ja&nfrwjfrfffi passant au rouge lorsqu'on y tnèle du suc de citron. La prmcipale richesse du pays consiste en troupeaux. Le tètrîtoire de Dafit est pitis étendu, mais moins peuplé que celui de Guèledi; il contient cinq villages. La population est composée de deui tribus, les Ouerf' cl les Erréda.

Le deuxième joiir, quKté Défit à une heure, atteint vers trois heuires la limite ^ terrain cultivé; au soleil couchant, l'on était è Tir, on l'on passa la nnit. Tir est occupé par des nomades, tribu des Querah. Cette localité est séparée de rOnébi par neuf heures de marche.

Le troisième jo«r, partis de Tir au lever du soleil, ar rivés vers une heu^e à Tchearfolé, occupé par la tribu des Ailé ou ETilé. Plusienrs villages sont réunis à cet endroit, ainsi qu'à Guèledi. Il y a des putts^iternes comme ceux de Dafit. Le pays est boisé , et l'on y cultive du dourha. On } voit le pic élevé que j'ai déjà m^etionné dans les précédents itinéraires, Bour-Tcheurfolé. S'ét*nt remis en route a trois heures, arrivés au coucher du soleil à Bour-Heïba, haute montagne séparée de l'Ouébi par quarante>huit hemres de marche ou quatre aouddah. Il faut douze heures pour mon 1er au sommet de Bour-Heïba ; il s'y trouve une caverne

(1) Je D'ai pas besoin de dire que le mot lAlle est employé ici pour indiquer que la populatioa y est relativement oombreuse, et noQ la ua ture ou rimportance des habitations, qui ne sont jamais que des cases comme celles que j'ai décrites.

près de laquelle est uttë soûilce, lieu de pètelrinagë trèsrévéré par les Soumal , parée que l'on y a vu, dit-on, pour la dernière fois, un saint personnage du nom d'Àboul-fcacetù. On s'y rend pour dehiander la protection du saint et la réussite de ce qu'on doit entreprendre; oti y passe la Dtiit eti prières et ablutions. Si le visiteur n'a paà une conscience sans reproche, il est expulsé de la caverne par les esprits gardiens de ce lieu consacré. Avaut l'ascen^on, on fait des offrandes de bestiaux et de chameaux qui sont sacrifiés, et dont la chair est distribuée à la population pauvre du pays. Lés flancs de la montagne soht boisés et peuplés de bètes féroces qui , disetit les naturels, n'attaquent pas les pèlerins. YoUceuT y était ^lé avatrt de commencer la guerre Contre Bardéré.

Le quatrième jour, partis le matin et arrivés le lendemain, à keurralafalé, endroit où il y a un phits et habile par la tribu des Rib, chasseurs d'éléphants, dotit Ils mangent la chair.

Voyagé ensuite durant deux journées à travers un pays peuplé de pasteurs nomades et nommé Ëlali (ou Ail-Ali). Cette population comprend deux tribus, lesOuel-Djaal (amis des chameaux) et les Gogondobé. A^lali on trouve de Veau partout, en creusant à quatre ou cinq mètres; on y Compte un Irôs-grând noiïibre de puits.

D'Elali on va, en deux jours, à Mekana, en passant à travers les Gogondobé. Mekana est composé de deux villages séparés par l'Ouébi; on y cultive le miHn'gado (millet blanc, taâtn abiod des Arabes).

A six heures de marche, en suivant le cours de l'Ouébi, est Mouibeurala, village.

.' .^^'fw'^ï:?^ ^

A deui heures de là Tchimbeurala, village.

A dix heures plus loin Kot-Arra» résideuce du sultan Elmé ou Aimé.

A cinq heures de marche de Kot-Arra est situé Ferâlé, premier village du territoire de Chebel-lèh, et habité par les Odjourane, dont le sultan , nommé Abdi-ben-Aïça , réside à Koubad. Le territoire de Chebel-lèh contient ceniquatorze villages.

A partir de Mekana, les cultures consistent en misin' gado; on a suivi la rive droite de l'Ouébi; on la côtoie encore en partant de Fèrâlé; et, après quatre aoudahh, on entre dans le pays des Ougadine, à un village nommé Beïho

A deux aoudahh de Beïho commence le territoire de Fal, portion de celui des Ougadine que traverse l'Ouébi, sur la rive gauche duquel on passe alors. Le sultan des Ougadine, Mahhmoud-ben-Nour, réside à l'un des villages du Faf, à Faf-el-Kébir.

On s'éloigne ensuite de la rivière durant trois aoudahh, la laissant à gauche pour se rendre à Cheïlaba, où il y a des puits.

A cinq aoudahh plus loin est Dolla ou Dollo, qui a sept puits, où les Bédouins du pays abreuvent leurs troupeaux

A quatre aoudahh de Dolla est Héridikid, où il y a un réservoir naturel conservant l'eau des pluies d'une ani(ée à l'autre.

Trois aoudahh au delà est Melmel ou Molmil, grande montagne au pied de laquelle est un puits.

On fait sept autres aoudahh pour arriver sur le bord d'une rivière appelée Deukhta (Deurhta), qui conflue avec l'Ouébi à un lieu nommé Nokob, bien au sud de la route

et-.

— «9 — dont il s'agit. La Deukhta pread sa source au pied d'une montagne nomméeïKourait, située à l'est de Hhareurr, d'où on peut l'apercevoir, quoiqu'elle en soit distante de deux aoudahh. A l'endroit où l'on a rencontré ce ooiirs d'eao, il sépare le pays des Ougadine de celai des Galia. .^i; .. . -

Ayant traversé la Deuhkta, on la laisse sur sa droite, et, après une oudehha, on arrive à Kotti , village gaHa. Le territoire environnant est très-fertile et cultivé en grains , orge, etc.

Ën6n, à six heures de Kotti est Adâri ou Hbareurr, sur le territoire de ce dernier nom. Adàri est la plus grande ville de tout le pays; elle est bâtie en pierre et entourée de murs ayant tïinq portes gdrdées„par des soldats. La population est musulmane et gouvernée par un sultan nommé Aboubekeur-ben-Afodeul. Le terroir est fertile et bien cultivé; on dit qu'il s'y trouve une mine de fer. De là à Zeïla, on compte dix aoudahh à travers un p^ys parcouru par des Bédouins pillards, très-dangereux, et qui n'ont pas de résidence fixe. i

Il y a à Hhareurr deux ruisseaux qui entourent la ville en se réunissant, l'un vient de l'ouest, l'autre du sud. Durant la saison des pluies, ils coulent vers l'Ouébi ^ s'y déchargent; dans l'autre saison, le courant change, et ils ne communiquent plus avec cette rivière, du moins visiblement. L'endroit de leur confluent à l'Ouébi est un peu au-dessus d'Eïmé ou Imi.

Au sud (au sud-ouest peut-être) de Hhareurr se trouvent

les Babili , tribu galla considérée comme formant la popu- \

lation campagnarde d'Adàri ; ils ont pour voisins les Galla-

ûrgobbo, qui sont aussi sujets du sultan Aboubekeur. .

W,«!S?P«fi? fil

A quatre aoudahh dans l'ouest de Hhareuir^ habite lo triëu des Annyou^ Les Ala sont également une tribu de Oalla étabHe au nord de la isféeédeDie.

Cet itinéraire fiie parait offrir un intérêt marqué pour les géographes, tysâ'^seiileBieDt par les détails qui lui sont propres ei fÉe je crois retetiveneut sutcts, mais eneore à cause des comélMiona qui etiitant entre sa partie la pins rapprochée de rAbyslinie méridionale et la topographie de cette région dressée par des voyageurs modernes. Le cheikh qui me Ta fooriri était Un homme fort iatelligeat, et de bca«'coup de Sens; répobdaat arec poids et mesure à mes questions ^ et n'avançant jamais un fait sans y avoir réfléchi et l'afoir pesé. Ses asdarticms m'ont semblé mériter autant de oonAanee qo'il est permis d'en accorder, «en pareille cireonstance, à un voyageur iqfiii a tu et aussi Men jugé qu'on peut le hke sans le semors 4e la science.

Qaèlqses patticularllés m'ont encore été fMtrnies^ par la même pe^scime, mir Certaines localités voisines de ta route de Guèledi à Zeïla; elles seront, ici, parfaitement à leur place.

Là sonrce de TOuébi de Guèledi est au pied de la montagne Alaba, à un endroit appelé Denoq, dont elle prend le BoiH au débat de son cours (1).

(1) J'ai ééjà t^niié l'nslMse qQ*«Dt les iadigèoes de déagaer les di- Terses parties d'un cours d'eau par le nom du territoire qu'il tra?erse ; c'est ainsi que celui dont il s'agit reçoit successivement les noms d'Ouébi-^ffèledi, Ouâii-Cli^fteMêh, Oaéfci-Imi, etc. Le lieuteoMt Gbristoph«r« auquW on 4at k preuve fionaaisMuoe positive de cette rivière, en arrière des Benadir, a proposé de la nommer Haines'river , en coosidétutidû dèis i^iietà rendus à iïi science géograp1ïSi)ae par le capitaine Haines, 4e VHéian-Nmolf. OoMqoe «tconMiasort Cous les titres de ce

Alaba est s\im (Uns t« fMsys de Bâli , le()uel est cootigu à celui des Girila. Ti^is autres <»ur$ d'eau en sortent 1 4ti côté •

de l'ouest» l'Ouébi^GaoâBék <|ui eourt du oonkoQost an mA- \

est, entre les pays de RabhnQ'oviaa et <le teoune, et vient se jeter dans la m^ à Djonb ouGobouine; du côté 4u aord, la Haouaoh o« Haouaça, q/ai va d«ns ràbywinie ; du cùîé de l'est, enfin, l'Ouengi, qui arrose le pays de Dengttéla (Denajièlé?). D' Alaba à tibareurran compte neuf aoudtbb rers l'est (4). , . . . --

A l'ouest d'un coude que fftit l'Onébi «n peu au^-dessoiK jj

de Nokob, est nue montagne «f^lée Konna : la Fille d' Eïmé 1

y est sitnée; elle est peuplée de musuilmans et d'infidèles, j

les premiers Haouiya et les seconds Gella, fonaant la triiMi dite Douba. Cette ritte est composée de deux parties, dont l'une vers ie sommet de la nonUignt, où se réfugient les habitants pendant in guerre, l'autre au ptcd, où ils résident en^'temps de paix. Dans ses environs, on cultive le millet blanc, et Vùa y importe du tabac et en eaié 4e Htu^earr et »

de fiali. Koima est à cinq (2) aoudabh dans l'est d'Alaba et ^

à neuf dans le sud d'Adâri.

À »i\ beures de marche vers le couchant à'Kvoé est )e tribu des ILaraa'la {ou ILaran'ié)* d<M)t la vilte ou le terffi- ^ 1

savant ofiSciçr à un semjblabie hommage, il m'a paru plus naturel de

garder au cours d'eau eu question le nom qu'il porte à sa source, et ,

je Tai appelé la Denoq.

(1) Cette 4irectioa est évidemmW erronée , car, d'Moe piirt, le tenitoire de Bâli, auquel appartiendrait, au dire du cheikh, la montagne d'Alaba , est placé, par tous les Toymgeurs géographes, bien vu stHl de Rhareorr, et, d'A«tre iwrt, Ja position 4'Alltl>ll«>fteQ&éf 9«r M, 4'Al)««Mf , est de 2 degrés au moins plus sud que Hhareurr.

(2) Il y a indubitablement une erreur ici, et je pense que H. Vignard a compris, oa écrit par iBttivertoûoe, 6 sm l\em de 16. - '

toire se nomme Godobé : ils sont musnlmans, et tirent leur origine des Haouiya. Le^Karan'Ia et les Douba sont presque toujours en gnerre avee les Ougadine, dont ils ne sont séparés que par l'Ouébi. Ëàtre Ëïmé et Âlaba se trouvent les Galla-Arouci, qni se subdivisent en iMendouïa et Sakassé résidant à l'est, et en Garirra et Kotfeurra occupant le côté de l'ouest. * - •

Voici enfin un dernier itinéraire qui m'a été donné par un jeune Soumaii-Adji, le cheikh Hhadji-Aouadh, homme intelligent et ayant fait le voyage d'Adàri. Il s'agit, cette fois, d'un piéton, bon marcheur, ne voulant pas perdre de temps. Ce n'est pas de Guèledi qu'il part, mais de Bengueda, situé également sur l'Ouébi , à une vingtaine de milles dans le sud -ouest de l 'autre localité. Le voyageur atteint en dix heures, y compris quelques haltes, en suivant une directloo nord et nord \ nord-ouest, Dafit, qui nous est maintenant bien connu. ^

De Dafit à Bi^ur-Tcheurfolé, une journée et demie (direction nord-ouest en moyenne). De Bour-Tcbeurfolé à Bour- Tedjeus, six heures de marche dans le nord- nord-ouest. On laisse Bour-Heïba sur la droite et Bour-Tedjéus aussi , mais plus près; on passe par Kourar, d'où l'on voit cette dernière. La montagne uù sont la caverne et le lieu saint dont il a été déjà question est à demi-journée de la précédente, dans une direction variant de l'ouest à l'ouest-nordouest : on la désigne isolément par le nom de Cheikh-Moumen. Bour«Heïba, Bour-Tedjeus et Cbeikh-Moumen sont les trois plus hautes montagnes du pays; pourtant ce ne sont, à proprement parler, que des mornes. Le plus haut des trois est Bour-Heïba ; le moins élevé est Bour-Tedjeus.

it

Pour se rendre chez les Karan'la» on laisse Tedjeus è gauche ou à droite, à volonté. Ce village^est au p^d de la montagne du même nom ; il est^ du côté de Test, distant de Kourar d'une lieue. De Tedjeus on marche enTiroD deai journées vers le nord i puis neuf journées an nord-nordouest pour arriver sur le territoire des Karan'la. Dans ce parcours, on trouve, è une demi-journée de Tedjeos, un terrain rouge; à cinq aoudahh du même point, le village de |i Man'keurr, occupé par des gens de la tribu des Àli ; quatre aoudahh et demie au delà de Man'keurr, Moulmath, village de la tribu des Ségal; puis, une oudehha plus loin, un autre nommé Âcelon'. On ne rencontre pas l'Ouébi avant les Karan'la ; son cours semble avoir une direction nord ^ jusqu'au Chebel-lèh, puis une direction plus ouest ^ partir de ce dernier. D' Acelon', on a douze journées è faire vers le nord pour atteindre Gheikh-Hhoucen ; enfin on va à Adàri en marchant dans le nord-nord-est. Des Karan'la à rOuébi-Ganâné, il y a, selon le Hhadji-Aouadh , huit aoudahh pour un bon marcheur. Le pays est occupé par les Galla- Arouci (1). '

On remarquera que, d'après la fin de cet itinéraire, les Karan'la, et, par suite, la partie de l'Ouébi qui traverse leur territoire, seraient évidemment plus sud et plus ouest que je ne les ai placés sur ma carte, ce qui rapprocherait Kouna d'Alaba; mais, d'autre part, sa distance de Hhareurr s'en '

(1) D'après UD autre renseignement, le pays sitné entre les Karan'la et rOuébi-Ganâné serait occupé par de nombreuses tribus galla, parmi lesquelles on cite les Djeddan, les Rendilé, lés Kouré (qui Tont tout nus), les Amaré, les Kouracha et les Kod'so.

trouverait beaucoup augmenfcée, et ne serait plus en rapport avec celle qu'indique/eotre Nokob et Hbar«iirr» l' itinéraire du Cheikh. Dq reste, sauf qaelqoes petites modifications de détail dans la fermer les itinéraires qui précèdent sont reprodoits tels qu'ils m'ont été dictés : quand on n'a plis soimême le moyen de discerner le vrai du faui , la fidélité la plus scrupuleuse est de rigueur, quelles que soient les con- IradictiODs que présentent les renseignepœnts recueillis. Â ceux qui voudront s'en servir, de les interpréter de la manière qui leur semblera la plus rationnelle» Pour compléter les éléments de c(^te appréciation, il me reste à tracer, d'après les données diverses que j'ai eues à ma disposition, le cours de l'Ouébi dans le sens contraire de celui des itinéraires, c'est-à-dire de sa source jusqu'à l'endroit où il se perd dans les terres.

A la partie sud du plateau de Gouragué , entre son versaut méridional et le pays des Gaila-Arouci , il existe un lieu, nommé Àlaba, qui m'a paru se rapporter, par la position où le place M. d'Âbadie (1), à celui qui m'a été désigné, sous le même nom, comme le point où l'Ouébi-Denoq prend sa source. J'ai donc cru pouvoir attribuer à cet endroit la latitude et la longitude indiquées par ce voyageur pour i Alaba de sa carte. Sortant de cette montagne, la rivière, traversant de l'ouest à l'est le territoire des Galla- Arouci , passe au sud de Hhareurr à quinze aoudahh de sa source, et au nord de la montagne Kouna; là elle reçoit les eaux de lu Deakhta. Les deux ruisseaux qui entourent

(1) Voyez Bullelin de la Société de géographie, 3" série, tome XII, p. 144, l'esquisse qui accompagne uoe aote sur le haut fleuve Blaac.

'Il

-- 5li —

Adâri conimuoiqoent peutrètr^ iitoo la OeqkbU, ce qui etpliquerait comment, durant la maison sèche, on y nyiHurquQ un courant allant en sens oppo^ à celui qu'ils ont pendant la saison pluvieuse. La Denoq ayant contourné la montagne Kouna en pas^nt à l'est d'Eimé, où elle corameaoe à porter bac ou radeau» revient un peu vert l'ouest, prévue sur le méridien du confluent, laissant les Karan'la %m u rive droite. A quatre ou cinq aoudabh dans le eud-eat des JLaran'la, sur le territoire de Faf, un peu «u^essus de F«f-el- Kébir» il reçoit les eaux du Fafan, qui prend se aowce près de Melmel. A mn confluent, le Fafan forme uee grande mare qu'on appelle Toulhouine (grande boue) ; il ne eouie pas, dit-on, dans la «aÎHon sèche. La Deaoq sépare le Faf d'un territoire dévasté par les guerres, et qui est comme un terrain neutre où se font les échanges entre les Karan'la et I

les Ûugadine. Elle eontinue son cours, suivant à peu près la limite sud du pays de ces derniers, jusqu'à Beïho, à un peu plus de deux aoudahh de Fal'-el-Kébir; puis elle ar- >

rose le territoire de Chebel-lèh et, à quatre aoudaMi de Beïho, arrive à Féràlé, qu'elle laisse sur sa rive droite. £lJe passe ensuite à Kol-Arra, village des Gogondobé à cinq heures de marche du précédent ; à Tchimbeurala , situé à dix heures plus ioin ; à Mouibeurala, deux heures au delà ; i

et, six heures après, à Mekana, où finit le territoire des Gogondobé. y L' Ouébi traverse alors une partie du territoire des ijaouad- , . lé ; celui de ChidJé, qui a une oudehha de parcours, et comprend les tribus Ouellamoïe , Ouakbyou et Barraaïça , celui \ des Moubeline : puis longe le pays des Ellebi , qui-borde sa rive droite, et entre euflo, en se recourbant brusquement

vers ie sud-ouest, sur les terres des Guébrouo, où il arrive à Goèledi. *

J'avais terminé mon travail d'observation et de recherches a Guèiedi ; la seule personne qui aurait pu m'y arriéter encore était décidée à n'y pas venir. D'autre part, les maladies commençaient à mettre aux abois une partie de ma petite troupe. M. Pierre, à qui je dois une jolie vue de Guèiedi, éprouvait depuis deux jours u^e indisposition se manifestant par des nausées et des vomissements ; le chef de timonerie Vernet , frappe d'une insolation suivie de 6èvre intermittente , paraissait assez dangereusement malade ; un Malgache était blessé au pied ; le docteur Bertrand avait un commencement de dyssenterie ; moi-même je me trouvais fort mal à l'aise, par suite d'une affection qui avait résisté aux médicaments trop peu énergiques contenus dans notre petite pharmacie. Je n'induirai pas de ces accidents que le pays est malsain : tout me porte à croire qu'ils avaient pour cause nos marches forcées sur un sol sablonneux et d'une pratique très-pénible ; une nourriture composée exclusivement de viandes et d'œufs; la mauvaise qualité de l'eau; enfin la vie irrégulière et tout à fait en dehors des habitudes du burd que nous menions depuis quelques jours. ^

Quoi qu'il en soit, nous étions assez écloppés pour nous hâter de revenir au bercail , et, le 13, nous achevâmes nos préparatifs de voyage. Sid-Qoullatin fit aussi ses dispositions pour retourner avec nous à Moguedchou. Je ne pouvais que me féliciter d'avoir sa compagnie, car elle m'était toujours fort utile.

l II me restait à acquitter quelques dettes de reconnais- i î

sance envers les personnes qui, dans cette excellente popu- !

iation, s'étaient distinguées par leur empressement à nous être utiles ou agréables. Ibrahim et Mouça , entre autres , reçurent chacun un présent en étoffes, verroterie, etc. , auquel j'ajoutai, pour Ibrahim, une gratification de 20 piastres. Enfin , pour lui laisser un souvenir qui témoignât de sa bonne hospitalité, j'écrivis sur parchemin et déposai entre ses mains, scellé du cachet de la marine, le certificat qui suit : <^

c< Dans une excursion faite à Guèledi par le commandant « du brick de guerre français le Ducoué'dic et quelques- « uns des officiers de ce brick, les chefs Hbadji-Ibrahim et (( Mouça, commandant en cet endroit en l'absence de leur (( frèrç le sultan Youceuf-ben-Mahhmoud, ont accueilli les (( voyageurs avec une cordialité qui ferait honneur à des « hommes civilisés; et, quoique le capitaine Guillain ait « conscience d'avoir généreusement reconnu les attentions « dont ses compagnons et lui ont été l'objet, tous ont déu si ré laisser entre les mains de leurs hôtes ce témoignage « plus durable de leur gratitude. Us emportent le souvenir (( le plus agréable des moments qu'ils ont passés dans cette c( région riante et agreste, au milieu d'une population dont (( le caractère et les usages rappellent la gaieté naïve et la (( douce simplicité des mœurs patriarcales. » . A cinq heures du soir, tout était prêt pour le départ : noire tente repliée, nosiagages allégés de tout ce que nous laissions à Guèledi , avaient été chargés sur les bêtes de somme. Nos moyens de transport se composaient de sept chameaux, sur trois desquels j'avais fait installer, du mieux

possible , de petites cabanes pour coacher les malades hors d'étui de marcher. Nous tenions en réserve, poor ceux qui , plus tard , ne pourraient supporter la fatigue, un surcroît de montures qu'Ibrahim' avait absolument voulu que j'acceptasse : c'étaient deus ènes fort jolis, sans aucun doute, mais non moins indisciplinés. Les animaux placés dans l'ordre de marche, les chameliers en serre^le, l'escorte à son poste, la caravane se mit en mouvenlent vers cinq heures et demie, accompagnée jusqu'au bac par une foule pr^ue aussi compacte que celle qui nous avait accueillis à notre arrivée. La rivière arrêta la plus grande partie des curieux, e^il ne passa avec nous qu'un certain nombre déjeunes hommes et d'enfants; mais ceiie petite troupe restée fidèle, plus fidèle qu'il ne nous eût convenu, trouva un renfort imposant dans les habitants du village de la rive gauche, et notre corlége ne fut ni moins nombreux ni moins bruyant qu'il t'avait été sur la rive droite. Cependant, après un quart d'heure de cette marche triomphale, où nous figurions plutôt en victimes qu'en héros, Ibrahim, qui nous accompagnait et n'était, sens doute, pas moins ennuyé que nous du vacarme assourdissant au milieu duquel nous avancions, fît halte soudainement, et traçant, du manche de sa sagaie , une ligne sur le sol , entre la masse profonde de nos trop joyeux compagnons et nous, il leur adressa à la fois quelques mots d'un ton fort énergique et ce regard olympien qui , de temps immémorial, a semblé dire aux foules aussi bien qu'aux flots de la mer : Vous n'irez pas plus loin! Le flot s'arrêta en efi'et à notre grande satisfaction, et nous pûmes, dès lors, cheminer sans que ses mugisi<iemenls troublassent les mélancoliques pensées qui pré-

— st —

ludent à toute séparation amicale. Au bout d'une heure de marche, Ibi^ahim prit eongé de nous avec les démontra* lions d'un vif regret) et, comme salBt d'adieu, nous déchargeâmes nos armes en son honneur. Vers hait heures, nous arririons sur la limite des terres cultivées, et nous 7 fîmes une courte station pour prendre t^uelques aliments. Entrant ensuite dans le bois, nous commençâmes à piétiner sur le terrain sablonneux qui, sept jours ftoparavant, avait procuré à nos reins et à nos jambes une gymnastique si fatigante. Dès le début de ce pénible exercice, un morne silence régna dans la caravane, et nos idées s'assombrirent comme la nuit qui nous enveloppait. L'air était étouffant , la brise tombant toujours après le coucher du soleil. Dans les endroits où les gommiers, qui s'élevaient des deux côtés du sentier, se rejoignaient en dôme au-dessus de nos têtes, les espèces de cages disposées sur plusieurs de nos chameaux se heurtaient à cet obstacle imprévu, et le choc arrachait à nos malades de sourds gémissements : tout conspirait pour nous attrister. Où étaient les verts ombrages de Guèledi , l'onde fraîche et les gués murmurants de sa rivière, el les

voix joyeuses de ses habitants !

Quand nous eûmes marché un certain temps, reconnaissant in petto la sage prévoyance du bon Ibrahim, nous songeâmes à nous en approprier les bénéfices, c'est-â-dire à utiliser ses deux ânes. Mais déjà l'un de ces animaux , regrettant les gras pâturages de l'Ouébi , ou peu flatté de la compagnie de visages pâles de notre espèce, avait sournoisement tourné bride et repris, sans tambour ni troaipette, le chemin de l'écurie. Il ne restait donc plus qu'une mon> ture à enfourcher à tour de rôle, et noUs étions nombreux.

Si nous accueillîmes cette déception avec un soupir ou un éclat de rire, je ne me le rappelle plus, ce furent peut-être l'un et l'autre; en tout cas, le soupir était sincère et le rire jaune, cela n'est pas douteux. Ce fut pire encore lorsque nous voulûmes monter ce quadrupède honnête, quoique impatient du joug; jamais lui ni ses camarades aux longues oreilles n'avaient passé sous les fourches caudines, oti, pour parler sans métaphore, n'-avaient subi la honte d'être ridiculement pinces entre les jambes d'un homme, et, avant d'en venir là, maître aliboron manifesta, c'est une justice à lui rendre, toute la mauvaise volonté possible. L'âne est un noble animal, sobre, patient, dur à la fatigue, mais il est le père du mulet, et c'est tout dire ; entêté comme un mulet est un dicton qui s'est trompé d'adresse. Après tout, il hait l'esclavage et agit, à l'occasion, de manière qu'on s'en souvienne; semblable à ces rustres de village, excellents domestiques, pleins de qualités solides, servant bien, pourvu qu'ils servent à leur guise et puissent, de temps en^temps, faire sentir au maître les rudes aspérités des petites misères du ménage, pour se venger tant soit peu de la domesticité que le sort leur a imposée. Ainsi fit notre baudet : a peine eûmes-nous dompté sa résistance, qu'il prit à fâche de rappeler au gentleman rider chevauchant sur son échine qu'hommes et bêtes sont solidaires et doivent mettre en commun les peines et les joies. Le sentier, si étroit qu'il fût, était, puisqu'un chameau y passait, sufBsant pour qu'un âne et son cavalier y trottassent sans maléfice, à la condition, toutefois, de se tenir au milieu de la voie; pourtant nous eûmes beau faire et de la bride et des talons, nous ne parvînmes jamais à empêcher la malicieuse bête de hanter le côté du che-

min, et de déchirer impitoyablefflent nos jambes aux épines acérées des broussailles : tout ce que le roussin voulut accorder à nos efforts, ce fut de se porter tantôt à bâbord, tantôt à tribord, nous écorchant alternativement chaque mollet. Alors ce n'étaient plus les gémissements navrants sortis des petites cabanes placées sur les chameaux qui troublaient le silence de la nuit, mais les cris moitié douleur, moitié rires, que notre coursier d'Arcadie arrachait à son cavalier. Ce Turent là les seules distractions de cette longue nuit, et, comme preuve que tout est relatif, je suis forcé d'av0uer qu'elle en fut un peu abrégée.

Au reste, dans ce voyage, où bien des tribulations tétaient mêlées à nos plaisirs, la race des bipèdes devait fournir, comme celle des quadrupèdes, sa part d'incidents tragi-comiques. Notre troupe comptait un chamelier d'une humeur mass^rante, le plus mauvais coucheur des chameliers d'Afrique et "des trois Arabie^, ayant autant d'épines dans le caractère qu'en présjsntaient les buissons contre lesquels l'âne d'Ibrahim frottait ;hos tibias. La fatigue et la chaleur nous accablant, j'ordonnais de temps en temps de petits repos; chaque fois le damné conducteur, sous prétexte que nous causions du désagrément à ses chameaux, maugréait en vrai païen, paraissait m'invectiver et venait jusque sous mon nez agiter ses sagaies. L'âne, du moins, se contentait de nous taquiner sans braire; mais ce Soumali mal embouché faisait un tapage à mettre en fuite toutes ses bètes. Je me contentai d'abord de le pousser par les épaules ; cela ne le corrigea pas,. et plus nous allions, plus il s'agitait, criait et se montrait agressif. Une fois que je le secouai un peu plus rudement , mon rageur s'élança sur moi en brandissant ses

sagaies d'an air furieux; au même instantt trois du qiutre canons de fusil s'abattirent vers sa poitrine. Devant celte sommation «mette, le trop irritable chamelier s'arrêta pétrifié. Pour compléter la leçon » j'arrachai les sagaies de ses mains, et, \ei brisaiil sur mon genou, j'en jetai les morceaux au loin dans te fourré; toute la troupe partit d'un éclat de rire, «t mon récalcitrant, ébahi pt penaud, s'en alla, en grommelant, prendre la queue de la caravane.

Vers deux heures du matin , nous atteignîmes un petit endroit découvert i où la brise, pénétrant en liberté; viol un peu rafraîchir et nos corps et nos pensées. Cette clairière semblait feiite exprès pour une halte. N'étant plus qu'.î deux lieues de Moguedchou, et ne voulant pas y arrivei de nuit , je donnai l'ordre de tont disposer pour un bivouac de deux ou trois heures. On fit accroupir les chameaux, et chacun chercha sur le sable la place 4|ui lui parut la plus propice au repos. J'élus doroioiie auprès d'an tronc d'arbre renversé au milieu de notre campement, et, m'étendant sur une couverture, le front caressé par les souffles balsamiques de la nuit, je fermai les yeux pour appeler le sommeil. Alors ma pensée s'élança vers la patrie, ce doux refuge aux heures d'an»ertume ou de lassitude , et je revis Paris et les lieux habités par des être aimés, et les bienveillants visages des absents. 0 vous, dont l'affection m'est si précieuse, vous à qui m'unit cette amitié virile que a'accorapagnent ni 1^ regrets ni la crainte, voâsdont je ne trace pas le nom dans ces lignes parce (fue vous le deviuerez en les lisant , que faisiez- vous en ce moment où ma rêverie évoquait votre souvenir, en oe moment sorfcout où, dans le songe apporté sur l'aile du sommeil , je voya» votre

riantfantôme, j^entendais votre voix passer dans le vent et me rappeler «t les intiraes causeries du coin du feu 6t les promenades au Saule? Avertie par quelque my^érieiise et sympathique influence, i^ vous disiez-vous pas : Il y a là-bas, par delà les grands océans, un ami qui pense à knoîT;....

A cinq heures nous nous remîmes en marobe, et mm s arrivâmes à Moguedchou vers huit heures du matin. Le brick était sur rade, et ce fut avec une véritable satisâRt^n que nous aperçûmes sa noire silhouette se dessinant entre le double azur du ciel et de la mer : plosieura des nôtres, d'ailleurs, avaient graBd besoin de SMtfs et de re^KW, qu'ils n'eussent pu trouver dans notre logis de ville. A bord, te satisfaction ne fut pas moindre lorsqu'on reconnut notre caravane défilant dans l'un des sentiers qui conduisent à la ville. Notre absence s'était proloBfée quelques jours de plus que le ne l'avais présimi^, et nos compagnons du Ducauidic commençaient à s'inquiéter de ce retard.

Nous retrouvâmes 4e gros Hhadad aussi joyeux qu'étonné sans doute de nous voir revenus d'une eipédition qui lui paraissait si périlleuse; c^endant son inquiétude à notre sujet ne l'avait pas le moins du inonde maigri. Je me hâtai de régler mes comptes avec l'escorte et les ckaneliers, m'effonpent de renvoyer tout ce SMinde, content et satisfait. Mais je ne fus pas peu surpris q«nfid se présenta devant moi... devines qui?... le chamelier diont j'avais cassé ies sagaies; d'un air piteux, il m'en demandait le prix comme pour l'amour de Dieu. Ma foi , avec une irrévérence significative je partis d'un éclat de rire homérique au nez du mauvais plaisant, et je crois même que je lui tournai le dos sans plus ample explication. Combien de fois j'ai regretté depuis

il'

WW^

de n'a?oir fm recueilli , pour le transmettre à la postérité, le nom de cet original, l'un des types les plus curieux que j'aie rencontrés dans mes voyages. ' ■ * -

Mais j'allais oublier un des héros principaux de l'épisode du retour! Tout récit, pour être complet, doit raconter ce qui advient des personnages intéressants qui y ont figuré. J'ai failli manquer à cette règle au préjudice de mon âne, ce dernier souvenir vivant d'Ibrahim et de Guèledi. ~^

Comme je ne pouvais, pour beaucoup de raisons, installer sur le brick un commensal de cette espèce, j'en fis don à Sid-QouUatin, recommandant à celui-ci de lui prodiguer les soins et de veiller attentivement à son éducation, jusqu'alors, hélas, bien négligée! surtout de lui enseigner la manière de cheminer au milieu d'une route en évitant les buissons qui la bordent, pour ménager les jambes des cavaliers sous lesquels, peut-être, il aura, plus tard, ThoilDeur de servir.

Peu après notre arrivée, nos pauvres malades , heureux déjà du repos qui les attendait, furent transportés à bord. Pour moi , je demeurai à terre , afin de régler quelques affaires avant le départ. Tout fut arrangé pour le soir, et le lendemain 15 mars, dans la matinée, ayant pris congé de mes amis de Moguedchou à l'exception de Sid-Qoullatin, que j'emmenais avec moi à Meurka, je rejoignis le Ducouédic, où les dispositions avaient été faites pour mettre à la voile.

Page 1