‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 59 sur 101 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Atterrage à la c6te d'Afrique. — Village d'Onarcheikh. r- Baocs da Dueoué'die et hauts fonds voisins. — Aririvée à Moguedchou. — Le brick reprend la mer. — Incidents de notre séjour à Moguedchou. — Départ pour Meurka sur un bateau arabe. — Séjour k Meurka. — Description du port et de la Tille. — Histoire , commerce, industrie ; cours de la rivière Denoq, en arrière de Meurka.

Ce fut de Sainte-Marie, où j'avais reçu les derniers ordres du commandant , que je fis route pour la côte d'Afrique. Parti de cette île le 5 janvier 1848, je naviguai de ma- DJère à passer au vent des Seychelles, afin d'atterrir aisément au nord d'Ouarcheikh avec la mousson de nord-est , alors établie dans ces parages. Nous, coupâmes l'équateur le 1 7, par 58° 42' de longitude est , et, à peine entrés dans l'hémisphère nord, nous ressentîmes une jolie brise de nordnord-est, qui hala successivement le nord-est et l' est-nordest à mesure que nous approchions du coqtinent. Le 25 au matin, nous eûmes connaissance de celui-ci par les 3'*30' de latitude nord. A cette époque, la mousson étant dans toute sa force , les mouillages des Bénadir sont mauvais et les communications avec la terre trè»-souvent impraticables. Pour éluder ces difficultés et aborder plus commodément aui lieux que je voulais visiter, je résolus d'employer un bateau du pays. J'espérais en trouver un, soit sous voiles, en

me tenant à faible distance du rivage, soit à Moguedchou, m. 8

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où, à la faveur d'une embellie, j'irais jeter l'ancre pendant quelques heures* Ayant le projet de débarquer encore dans ce port, j'arrêtai la composition du personnel qui m'y accompagnerait, et l'on prépara des vivres et les bagages.

Le brick, sous pettté vôiltifdj dèftbendit la côte au sud de notre point d'atterrage. Dans l'après-midi, nous joigfltdik^â taafk foatMiii Msfttit méiâe routo^ et j'eui un ioâtint la pensée qu'il pôurràit^éirvir à là réalisation de mes projets ; ntais , l'ayant hélé» f appris qu'il se rendait a Zanzibar et ((tie rifitention é« son nftiïOâah était de ne relâcher qu'à Lâmou. Mes offres pour le décider à entrer à Môguedchou étant restées sans succès, nous continuâmes d'avancer dans lé sild. Lé 2i, au Jôtif, nous fËConnÛtiies le palmier dô M'fôuti, et, dans là matinée, nous'' eûmes des fbnds sur le bafiô d'Ouàrcheikh. L'eiistence de ce banc, entré lequel et le rivage nous avions passé à noitre première station, avait été fortuitement découverte par le DueûuMiô {iendant que fêtais k Guèlédî ; toutefois, préoccupé de se tenir toujours à pôirtéé dé CômtÉUniquer avec moi , rôfBcier commandant â' était borùé à prendre les relèvements nécessaires pour le fétrouver, si je jugeais utile d'en levet le plan, et c'était, en efrèt, dans ce but que J'avais voulu commencer notre seconde tournée paf la tècoûhaissauce de cette localité. Toute l'aprèsmidi du â4, uôus sondâmes le banc et serrâmes le vent au sdf , lôuvoyaut péUdant la nuit pour nous mettre en position d'^achevér ce travail le leudemain ; cependant, quoique nous eussions poussé nos bordées jusqu'à une dizaine de lieues au large, afin d'avoir un courant moins fort, uous ne pûmes tious maintenir au nord d'Ouarcheikh , et, quaud nous ralltàmes ta terre le matin, nous nous troùtâmes à douze

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ou quinze milles sous te vent de ce pmnt. Le temps était alors assei beau >- la brise iMtiiable, et, ces cifcofistadces devant fadlita* le débarquement à Moguedchou , je me Mcidai à faire route vers ce port. D'ailleurs, ayant déjà pris connaissance du banc» je ne voyais ni danger ni difficulté à ce que ie brick y retournét sans moi , sous la conduite de mon second. Nous laissâmes tomber l'ancre à deut heures un quart de l'après-midi. Le personnel et les bagages de nôtre petite expédition fiirent transportés à terre par la chaloupe et le grand canot, et quatre heures plus tard le Ùucouedic ^it de nouveau sous voiles.

Mon lieutenant, M. Grasset, se dirigea vers Ouarcheikh pour lever le plan du havre, ainsi que celui du banc. Ce travail terminé, il avait ordre de revenir devant Moguedctou, d'où, si aucun signal ne lui indiquait ma présence, il me considérerait comme parti pour Meurka , et manOBUvrerait de manière à m'y rejoindre le 15 févrkr au matin. Enfin, si là encore il ne voyait pas de signal , il se resdrait au mouillage de Braoïia» où il était possible que j'allasse avant la date indiquée. Ces instructions furent ponctuellement exécutées, et le navire me rejoignit à Meurka. Pour en finir au sujet d'Ouarcheikh, voici les quelques détails recueillis pendant les courtes stations que nous y avona faites.

Le 50 janvier, daaa la matinée, le brick ayant mouillé devant ce point, les embarcations qui devaient servir aux travaux hydrographiques furent expédiées à terre. Ce mouvement inspire, sans doute, des craintes eux habitao(s> qui, par mesure de précaution, évacuèrent tout d'abord leur village, sauf à s'informer ensuite des motifs d'une visite si extraordinaire pour des individus qui n'avaient iauiais vu uu

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Européen. A cet effet, ils dépêchèrent à la plage trois des leurs, et furent bientôt rassurés par l'attitude toute pacifique de nos hommes. En écriyant ce récit, je me demande comment et en quelle langue les deui partie^ réussirent à s'entendre, car, M. Yignard étant avec moi à Moguedchou, il ne restait sur le nayire personne qui parlât l'arabe ou le soumali. Toujours est-il que, grâce surtout à la prudence des officiers commandant les embarcations, le bon accord s'établit promptement. Ces braves gens d'Ouarcheikh rentrèrent dans leurs foyers et traitèrent nos matelots comme de vieux amis ; outre de copieuses libations de lait de chamelle que firent ceux-ci pendant leur séjour à terre, on leur procura, pour 6 piastres, deux bœufs qui furent transportés à bord, à la grande satisfaction de l'équipage.

Le petit havre d'Ouarcheikh (1) est formé par une anse devant laquelle se projette , selon une direction ouest-sudouest, un banc de roches partant de sa pointe est. A l'extrémité de ce banc s'élève un îlot qui, vu du large, a la forme d'un trapèze régulier. Cette même extrémité est entourée d'un haut fond se prolongeant à un quart de mille environ dans le sud ; ce haut fond a, sur son accore de l'ouest, 4 à 6 mètres d'eau, et laisse entre lui et un autre banc qui borde le côté ouest de l'anse un chenal ou boyau à l'entrée duquel on a un fond de 9 mètres, diminuant régulièrement jusqu'au rivage. C'est dans la partie de ce boyau, abritée par le banc de roches, que s'amarrent les bateaux en relâche à Ouarcheikh ; elle pourrait en contenir une dizaine.

(1) Voir, ponr les détails qui suivent, le croquis donné au premier to- ) 102-103, et left plancbes 36 tt 37 d« l'àlbam.

lame, pages

Ils ne font, d'ordinaire, cette relâche qae poor chercher un refuge contre une forte l>rise ou y stationner quand ils passent devant ce point trop tard pour atteindre une destination voisine avant la nuit ; elle n'est, d'ailleurs, praticable que durant la mousson de nord-est.

Les traditions disent qu'il y a eu à Ouarcbeikh une ville bâtie en pierre, et l'on remarque, en effet, sur l'tlot et sur la pointe, des débris de constructions en maçonnerie ; mais, à, en juger par leur peu d'étendue, elle devait être fort petîte : toutefois, comme le sol environnant est partout recouvert de sables amoncelés, il serait possible que d'autres ruines y fussent enfouies. II est très-probable, du reste, que ce qui ^rait aujourd'hui un îlot était jadis un prolongement de la presqu'île, et que le banc de roches à fleur d'eau qui les réunit encore par leurs bases s'élevait alors bien au-dessus du niveau de la mer, ainsi que l'indique un pan resté debout, quoique singulièrement miné par les vagues, et qui ne saurait tarder désormais de crouler sous leur choc incessant. Sur la pointe existe, au milieu des ruines, une pyramide en pierres simplement juxtaposées; une pyramide semblable se trouve sur le sommet de l'tlot. Elles ont, sans doute, été érigées par les navigateurs arabes, comme moyen de reconnaître le port et de se^ diriger dans le chenal.

Le village d'Ouarcheikh est placé à moins d'un mille à l'ouest du bassin et très-près du rivage; il est situé par 2» 19' 40" de latitude nord et 43" 33' 4" de longitude est. Il se compose de vingt-trois misérables huttes faites de branchages et de bruyères, et recouvertes de peaux de bœufs : elles sont occupées par des familles d'une tribu des Abgal , qui tous reconnaissent pour chef suprême un cheikh nommé

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Imam Aloulé, résidant «yrâinairemeot Boa loin d'OU)ia. Le chef d'Ouareheikh s'appelait Àli-Youceuf. .• v k>'. ;jî v

Les habitants sont vêtus comme ceux de Hhafoufi, si ce n'est que le costume des femmes paraU se borner à la jupe et au plastron en cuir, sans aucun vêtement d'étoffe, luxe qu'elles n'ont sans doute pas le moyen de se donner. Un fait digne d'être noté, c'est qu'il y a, dans ce pauvre village, une école d'enfants; et deux ou trois livres manuscrits, des Corans probablement, furent remarqués dans la case du chef. Les gens d'Ouareheikh possèdent des troupeaux de bœufs , de chameaux et de menu bétail ; mais les environs du village étant dépourvus de toute végétation, ces troupeaux sont tenus à plusieurs milles vers le nord-est , dans des plaines éloignées du bord de la mer.

Outre ces animaux, on peut se procurer parfois, à Ouarchcikh) des peaux, une petite quantité de gomme, de myrrhe et quelques morceaux d'ambre gris, objets que les indigènes échangent, avec les bateaux en relèche dans le port, pour des dattes et des étoffes grossières.

On nous a dit qu'il y avait une oudehha d'Ouareheikh à i'Onébi-Denoq. A; un mille du rivage s'élève une rangée de collines de sable blanc, ayant de 400 è i50 mètres de hauteur et entièrement dénuées de végétation : au pied de ces collines il existe un puits dont l'eau est saumâtre.

En toute saison, on pourrait mouiller devant Ouarcbeikh ; mais, dès que la brise fraîchit, la mer y devient très-grosse : nous y cassâmes un de nos rouleaux de chaîne à notre premier appareillage. Le meilleur endroit pour jeter l'ancre est par 25 mètres de fond, la plus haute pyramide restant entre le nord et le nord j nord-ouest du compas; on est ainsi à

huit cents mètres (ieMAblnre») du bi«ti Jm^p \m pi^ rappnMliét»

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A UD mille et demi dans le sad-est du havre |^ )f^ biM dent \^ pm^im a été il4t9fmi9ée, Ç4imm il m'm^^ motionné s«r «uc0ne cArt9iiiottci lui wi9m domii 1(9 RfNii du brick' : on n'y a pas trouvé moins de 6 QvilfW 4'fiV 4ftn< les pins hÊSÊf» mers ; main, sur on «utre btiltMapiint k la c6ta fit 9itiié<|iBi le sudHHieit du précédent, pipM «4m(ii plQ8i«tHK s^odflsentFe 5 et ^ mètres, è «a miU« «t d«mi du rivafe

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Lorsque» veilnt du nord^e^on vent pre«dm l9 «HPoM^ lage, «m peut pi^r entre le prevôer bane # li i6ta ; an contraire» ai on arrivait du iin4^u4st» il ne lHidiy»t pai ranger la tiÉre à m^s de deux mill«9. Iw^'è œ^u'on relevât ao nord la pyramide de l'îlot ; en ae dirigeant alori sur celles! > on «mait de$ fonds convenables pour atteindre le mouillagf* liïill,.

Sur tout l'espace compris entre M'routi et Qu«rnbeiU>. on a des fonds de 30 à 30 mètres, à trois et quatre milles de terre.

A si^ milles et demi dans le sud-sud-ouest j ^œ&t do port, il eiisteun banc sur lequel nous avon$ eu une aende de i3'',5 en le traversant ; il s^end, parallèlement à la e^te, sur un mille de longueur et un demi-mille de largeur. Sa position a été ûtée par 2° 14' 50" de latitude nord et 43" ^' de longitude est. Enfin, dans le nord-nord-ouest de celui-ci et à demi-mille de terre, nous avons vu un autre baut fond où la mer brisait ; il a paru avoir ucrmille et demi d'étendue parallèlement au rivage. En dedans de ces deux bancs, la c6te est bordée d'un récif commençant à la poipte ouest de

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— isola baie d'Osarcbeikh^ et qui, eomme je rai4%«e^>rar8ait, sauf quelques solutions de contiouité, jusque deviiilMogneddioti^' - L ■ 'W'- 'MS -^''^^ ^^- M ^' '-^^ ^ ^'M -1^^ reprends mainteoant ma relation au moment oà, a?ec tes embarcatiétts du l^|ick , j'aboie pour la seconde fois à cette dernière cité. -- ï^:^'^yé^r&k M- ■ '- ■

' Le personnel que je m^^ais a^int sè"^npl^ èB^I(»e individus : un des oficiers, M. Bridet; le bf^psiste, M^ Bolvin; lefecond docteur, M. Thomas (i); enfin M; T%nird, compagnon indispensable et dévoué de tous mes mouve« ments : un détachànent dl^ sept hommeir y compris le sous-officier Ternet, noes faisait escorte* ^tant entiés dans le port , nous transbordâmes provisoirement nos bagages sur un des bateaux qui y étaient mouillés, poki nous prtenes terre an milieu de la foule que F apparition du brick sur rade et son salut de neuf coups de canon at^ient attirée sur la plage. Nous savions les êtres, et, après avoir di^bai force poignées de main à nos anciennes connaissances, nous accostâmes le gros Sid-Hhadad , qui nous souhaita la bienvenue avec autant de vivacité que le lui permettait son bégayement. Nous le suivîmes à sa maison , où il nous installa sur le même pied qu'à notre premier séjour.

Il va sans dire que nous revîmes les chefs de Chinggâni et de Hhameurouine; nous les retrouvâmes tels qu'ils s'étaient montrés d'abord, l'un empressé et serviable, l'autre nul et insouciant pour ce qui n'entrait pas en son logis sous la forme qui séduisit Danaé.

(1) M. Thomas avait remplacé M. Bertraod, retoorné ea France pour «aaM de maladie.

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Rie9 ,ds JMHTcaa ipwr nous ne s'était passé dans le pays, si ce o'^oif qo» 1^ Soltaii:||rait nommé f oofemeur de MoguQdcboa el des Béoadk na ceriaîB Stombooli^D'Gota'bo, qui s'itait, au reste, établi i Braoua, jsaiis mène visiter les autres ports. J'aurai occasHm de pwfer plas loin de ce personoi^ £o afrlfjui^ à Mogaédchoov jdod prunier soin fut d'éerfere i Youceuf pour lui annoncer mon cetoar et l'informer qoe i'ffais choisi Meurka comme poiiH de départ d'une noavelle excursion snr les bords de l'Ouébi, oùje serais heureux de ie rencontrer; je lui demandais, au cas où il ne youdrait jjias f'y i^eodre, Renvoyer à Meurka quelques hommes <|ui me servissent de |puéf9^et 4'introdpeteurs dans lesTiUage»otij*aaraisÀpasser<yï^- %»^»i

Je m^'ar^Dgeai ensuite avec lè patron d'un bateau qui devait fa^e plusieurs escales sur la c6te, entre Moguedchou et Braoua, pour qu'il nous prit à son bord et conformÂt ses mouvements aux exigences de l'itinéraire que je m'étais tracé, et dont il lui fut donné conDaissance.

t^Iavais calculé que la réponse de Youceuf pouvait me parvenir dans trois jours, et je comptais partir lequatrième. J'utilisai cette attente du mieux possible en complétant la série des renseignements réunis au chapitre XVI. De son côté, M. Boi^ vin parcourait les environs. Chaque jour, le bon et savant naturaliste, que ses commensaux de l'état-major avaient surnommé ie Père la science ^ quittait la case, l'étui de ferblanc en bandoulière, escorté de deux matelots armés et d'un guide soumali; et le soir, en rentrant au logis, l'enthousiaste collectionneur s'extasiait sur les merveilles végétales que lui offrait la flore de cette partie du pays. M. Thomas accompagnait habituellement le naturaliste dans ses

pronieiiaëes, non point ea iri^te, ma^an i^hiiÉedK ft ipéeialité étant d'annrer notre exiftesee. Un joor^ il nous ap* porta une gazdie dont les beasx yeux n'avaient poinl trmivé gréée devant la balle^e son fosil , et nous força d'avMer que ee gibier valait au moiins le cbevi*^l des forêts de Franee. Si cette manfa^it de cultiver la loologie ne faisait pispré^ eisément le compte du moséam de Paris, elle Ciisait fort bien le nôtre. Enfin M. Bridet, jaloux de iMirnir ausâ sa part de butin, ajoutait à notre Album plusieurs jolis dessins. Qnant à moi , j'essayai , p^ varier mes 9CCtt||Btlons , de prendre quelques portraits Aiï daguerréo^pe; hélas! an pas^ sage de la barre, la chaloupe, assaillie par une lame sourde, ayant embarqué un peu d'eau , rinstrninent et tons ses accessoires avaient été mouillés; il paraît que le eoton conserva an peu d'humidité saline qni , sans ternir le brillant des plaques, lorsqu'on s'en servit pour les nettoyer, n'en nuisit pas moins à leur préporation ultérieur»; je n'obtins que des épreuves nuageuses auxquelles je ne me résignai qu'après des essais multipliés; de sorte que toute ma bonne volonté fut, pour cette fois, è peu prés infructueuse. Infructueuse n'est pas le mot; mes essais malheureux eurent, comme on va le voif, un résultat très-positif et que je regrettai vivement. Voici le fait : au nombre de ceux qui posaient était une jeune femme nommée Théri ; elle avait le teint remarquablement clair et pouvait passer pour jolie, à Moguedchou, en vertu du dicton vulgaire sur les borgnes et les aveugles. Elle n'était pas d'origine soumali; ses traits semblaient appartenir à cette classe de métis qui provien' nent du croisement des types arabe et malgache. Sa beauté relative lui avait valu la faveur d'être prise pour concubine

par un riche btèitant. Àneoée dans notre maiBOB» du eoB" sentement de son mattre, grAce è IMot^tentioa de rhoonète Sid-Hhadad, qui» témoin de l'innocence de mei travaai artistiques , s'ingéniait à me trouver des modèles, elle se prêta assez com plaisamment à ce rôle. Après de nombreuses tentatives, où, de part et >d' autre, on apporta une patience digne d'un meilleur sort, nous parvînmes à obtenir une épreuve satisfaisante (I), et nous congédiâmes la dame avec le salaire convenu, aaquel j'ajoutai quelques mouchoirs et ■: de la verroterie. Mais il ne sufGt pas d'être vertueuse, il fout surtout le paraître : quelques gamins (les gamins sou- ^^mal en savent bien long) qai avaient élu domicile devant notre maison incriminèrent la longue station faite chez nous par eette femme, et, à sa sortie, ces mauvais garnements l'assaillirent de quolibets et l'escortèrent jusqu'à sa demeure en l'accablant de huées. Cet âge est sans pitié! Quoique d'un âge très-mûr, le maître de Tbéri ne fut pas moins impitoyable; soit qu'il ne put se figurer que la séance à laquelle sa brune odalisque venait d'assister eût été exclusivement consacrée à prendre le portrait de celle-ci, soit qu'il voulût , comme César, que sa femme ne fût pas même soupçonnée', il lui administra une correction aussi brutale que peu méritée, dont elle dut tirer cette morale : « L'important est moins d'employer bien ou mal les heures hors du logis que de n'en pas rester trop longtemps absente. »

Ce ne fut pas lâle seul incident désagréable de ma journée dagnerrienne. L'entêtement des Soomat à nous honorer de leur compagnie faillit nous attirer une fâcheuse affaire qui

(1) Voir k l'Alboffl, plfloebe 38.

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occasionDa, heureusement, plus de bruit que de mal. Nous étions» comme de coutume, assiégés par les curieux, et le daguerréotype foDctionnait au milieu de nombreux spectateurs, circonstance, soit dit en passant, qui aurait complétement disculpé Tbéri si son jaloux eût cherché à s'éclairer. La séance terminée, nous priâmes la société de se retirer, ce qu'elle fit sans hésitation. Toutefois, un iudividu, qui ne connaissait sans doute pas nos usages, refusa d'obtempérer à notre invitation, prétendant, en sa qualité de chef, ne se retirer que suivant son bon plaisir. C'était un petit cheikh soumali de l'intérieur, un gentillâtre campagnard ; fier comme un roi de basse-cour, il s'était campé devant nous, le poing sur la hanche et la sagaie en main; son regard provocateur et sa lèvre dédaigneuse semblaient nous dire : |

Cette ccwe est à mon gré; M'y voici , j'y resterai.

On employa vainement toutes les formules de la politesse pour le décider à vider les lieux. Le jeune sauvageon, encouragé par une sourde rumeur approbative des Sou mai qui, de l'escalier, étaient témoins de la scène, paraissait avoir pris racine. Sentant que, si je n'agissais avec énergie, nous ne serions plus maitjrés chez nous, j'ordonnai à mes hommes de saisir leurs armes et de jeter à la porte, aussi convenablement que possible, le récalcitrant mal avisé. Le Soumali est, on le sait déjà, fort irascible; quand le nôtre fut dehors, ses plaintes et ses imprécations mirent en émoi ses compatriotes, tous gens des campagnes comme lui, car ceux de la ville ne nous auraient jamais suscité pareilles tracas-

séries. Cette sorte de fermentation se proiongea jusqu'au soir autour de notre maison, et^ lorsque les deux matelots qui montaient la garde la nuit à bord du bateau où était le gros de nos bagages s'acheminèrent yers leur poste, une quarantaine de mécontents les suivirent, poussant des cris menaçants. Nos hommes revinrent alors vers nous, et je fis prendre les armes au reste du détachement pour les escorter au rivage. Sid-Hhadad, aussi inquiet, sans doute, des dommages qu'une collision pouvait causer à sa propriété que des dangers courus par nous, se joignit à notre petite troupe et l'accompagna.En chemin, il déploya toute son éloquence pour calmer les braillards ameutés, qui aboyaient d'autant plus fort qu'ils n'avaient pas le courage de mordre. Les sentinelles furent relevées sans coup férir; seulement une bande des plus enragés stationnèrent quelque temps encore sur la plage, continuant leurs impuissantes vociférations, puis tout rentra dans le silence accoutumé.

Le lendemain, Moumen, qui avait eu connaissance de cette espèce d'émeute, m'envoya dire qu'il se mettait à ma disposition, et que , si j'étais le moins.du monde inquiété, il marcherait avec ses gens sur Chinggâni ; mais je n'eus pas à profiter de ses belliqueuses dispositions, car je ne revis et n'entendis plus ni le coq fanfaron, ni ceux qui l'avaient aidé à faire tant de bruit.

Nous avions à Moguedehou un ennemi plus sérieux que ceux dont je viens de raconter les exploits, c'était le climat. Quoique sur le rivage les brises de la mousson soient assez intenses, la chaleur y est insupportable le jour, surtout en dehors de la ville, où l'on ne trouve pas le moindre ombrage. Pour que M. Boivin et son compagnon, M. Thomas, entre-

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pri8S«ttt, à trarèrs les dunes saMonoeuses qui i^toofcnt Mogueéchou, leurs eoorses jotimaHéres> ii ne fiiifoit rien moins qtie le zèle et le eoarage qu'iiis{>ireât l'amoar de la science et la passion de la chasse. Par contre, les nuits sont relativement d'une f)ratcheur extraordinaire ; c'est, je tsto\s, à ces transitions si marquées qu'il y a lieu d'attribuer les fièrres endémiques qui régnent en décembre et Janvier, et fbnt regarder, par les indigènes, cette partie de la mousson de nord-est comme leur mauvaise saison. Nous subies noas' mêmes sa pernicieuse influence, car trois de nos hommes ressentirent les atteintes de la fièvre. J'éprouvai , dès lors, une impatience plus vive de recevoir là répoasede ïouceuf.

Au jour pté\u, cette réponse m'arriva, apportée par quelques individu!), au nombre desquels étaient plusieurs de ceux qui nous avaient déjà conduits à la rivière; elle me causa ud complet désappointement, bt sultan refusait le rendei^vous proposé et m'engageait à me transporter de nouveau à Guèledi. £n toute autre circonstance, j'aurais accepté cette offre, mais nos moments étaient comptés; je persistai donc à suivre le plan que je m'étais tracé et le & savoir à Youceuf, espérant encore qu'il se déciderait à se rendre aux environs de Meurka.

Libre alors de mes mouvements, je mandai le patron du bateau avec lequel j'avais traité pour notre passage. Le dr^le ne se croyant pas, en sa qualité d'Arabe, obligé d'être 6dète à ses engagements, me déclara que, n'ayant pas reçu tout te grain nécessaire pour compléter son chargemeat , il ne v^alt point partir. Ce fut, entre nous, l'objet d'un long débat. Vains efforts! mes raisonnements et mes re-

prochM m firent (ms plus d'im^enioo tur lui que s'il eàl été de knftfbrè. CottflMiit sortir d'tvûàmtrêsf II ne so troU' H\i plu»> ea ce BAMMiit» dans le port, d'tutre bttetu dont je piisie tte ser?lrv Voyant donc qe'U fallait en venir à com-^ position» j'accordai delii jours à l'eatèté naeodah, lui signi» fiant qu'au bout de ce délai il partirait bon gré» mal gré, et prononçant ces dernières paroles d'un air qui témoignait que ma décision serait^ irrévocable. En effet» renonçant è prolonger une lutte où il ne se sentait pas le plus fort, il se retira Un peu déconcerté de n'avoir pas tout à fait réussi dans ses petits Calculs. « Releub (il a gagné), )» dit-il à un de ses hommes qui l'avait accompagné. Ce mot, prononcé avec l'originale impassibilité de l'Arabe, fut la^eule maai* festation échappée à son désappointement. Pour nous» quand M. Yignard nous en eut eipliqué le sens, nous rîmes beaucoup de cette manière de terminer un débat. Le releub passa dans le^ langage du bord et, lancé avec l'à-propos comique que le besoin de distraction donne aux marins, il a plus d'une fois déridé nos fronts aux heures pénibles qu'engen^ dtent la fatigue et l'ennui.

Le 2 février au matin, nous nous rendîmes à bord du bateau; Il était prêt, et l'on appareilla immédiatement. Ce fut pour nous un petit spectacle gratis qui eut, comme disent les feuilletonistes, un succès de fou rire. L'équipage ne se composait que de quelques individus, mais, au tapage qu'ils feisaient» on eût dit qu'ils étaieot une centaine» et la besogne n'en allait pas mieux pour cela. Parmi eux, «n distinguait un nègre vigoureux et alerte, fdus intelligent ()ûe »es compagnons et paraissant commander les mouvements qtii s'exécutaient, d'ailleurs, avec nn beau désordre;

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le nom de ce personoage élait Sdid. Quant au nacodah, ses talents nautiques égalaient sa loyauté, et il se reposait presque entièremeQt du soin de manœuyrer sa barque sur le bon vouloir et les inspirations de ses hommes. Après tout, Allah et le Prophète n'étaient-its pas là pour la préserver de tout péril? Cette fois, cependant, leur protection- ne fut pas manifeste. Au moment où l'on travaillait à lever l'ancre, le bateau chassa, et les matelots, croyant qu'on était dérapé, hissèrent la voile avec empressement; mais le grappin, qui draguait le fond, s'arrêta dans un pâté de corail, et la barque, rappelée subitement au vent, s'échoua sur le bord du chenal. Ce fut alors un brouhaha à ne plus s'entendre et au milieu duquel personne n'agissait. Le nacodah, plus embarrassé que les autres, criait d'un ton lamentable : «c 0 mon frère Saïd ! vois à nous tirer du péril où nous a jetés la méchanceté du démon! Saïd, ô mon frère Saïdl » Saïd, fier du rôle de sauveur qu'on l'invitait à jouer, prit son élan, plongea coup sur coup vers le grappin et finit par le dégager; puis il alla le mouiller dans un endroit conyenable pour qu'en se halant dessus on se remit à flot. Après diverses manœuvres de ce genre accomplies par Saïd avec la gravité qui sied à l'homme sûr de lui-même et pénétré de son importance , le bateau flotta , sortit de la passe et fit bonne route, à la grande joie du nacodah, qui remercia. avec effusion Mohbammed, sans plus songer au frère Saïd.

On s'étonnera peut-être que, dans cette bagarre, nous fussions restés les bras croisés , jouissant des embarras d<^ ces pauvres diables sans les aider à en sortir; mais telle est, en général, la façon d'agir des marins passagers. La direction à qui est responsable. A4-on un service à nous con-

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fier, uoe foDctioo à nous donner r* bon! Miis voitt, et du cœur à l'oufragel... On Va pas besoin de nous, tant mieux! que la foudre gronde, que la ten^e mugisse, que le navire lutte 6n désespéré contre les vagues et les écueils, ce ne sont pas là DOS afifoires! On n'est pas bien sur le pont, affalonsnous. Bonsoir, capitaine, débrouillei-?ous, et si , par aventure, vous nous noyez cette nuit, ce sera, ma foi, tfint pis pour vous 1... Plaisanterie à part, la vraie cause de notre inaction, c'est qu'il y avait plus à rire qu'à se préoccuper de ce qui se passait ; mais bientôt il en fut autrement. A quatre ou cinq milles du port, on s'aperçut que l'échouage dont nous nous étions amusés n'avait pas eu lieu sans donmiage pour le bateau; quelque couture du fond s'était, sans doute, ouverte, et l'eau montait dans la cale, comme elle monte dans une citerne aux jours de grandes pluies. Ce fut encore à la vigilance de frère Saïd qu'on dut la découverte de cet accident. En l'apprenant, le malheureux nacodah faillit perdre la tète. Quoique peu éloigné du port, il était impossible de regagner en louvoyant l'espace dont 'nous étions sousventé, avec une barque ne pouvant que très-difBdlement naviguer au plus près et contre un courant qui faisait perdre au Ducouidic, tout fin voilier qu'il «st, quinze milles en vingt -quatre heures. Nous nous trouvions donc dans l'obligation de continuer notre route vers Meurka; or, pour cela, il fallait jeter vivement par la fenêtre l'eau qui entrait par la porte, et ce fut la dernière chose dont on s'avisa. Le plus pressé, à ce qu'il parait, était de régler ses comptes avec le ciel , et le nacodah s'y entendait fort bien. « Mohhammed , s'exclama-t-il d'abord, est la plus parfaite des créatures et le prophète par excellence {Sid na Mohhammtd AJAtar-el-

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Àbad OH Khutewn m Nebiin) . » Vérité suffiuiniiieiit oonnoé et acc«ptée pour qu'il fût inutile de h redira. Poi» tidroAt les louanges de Dieu^ aiâaisonnées d'actes de co&trition récités sur le ton du plus aincère repentir. Ces préliminaires aclievés , nous crûmes ^u'on allait s'occuper aveo ardeur des mesures que nécessitait la circonstance,, d'apràs cette maxime, qui devrait être universellemenl 'adoptée : Aidetoi, le ciel t'aidera! Pas du tout! c'était le tour de l'équipage, non de travailler au salut commun , mais de recourir à la prière; le patron les y invita chaleureusement, a Faihha àl-enne^l Invoquez le Prophète, mes enfants! s'é^ criait-il ; invoquez le Prophète, lui seul peut nous secourir 1 1> Et les voix s'unirent dans un rhytbme lent et solennel. Cependant , soit que le Prophète fit la sourde oreille, soit que les oraisons ne fussent pas de bonne qualité, l'eau gagnait toujours : bref! si nous avions persisté dans notre inaction, ta barque et son personnel auraient > sans doute, été gentiment au fond pour la fAus grande gloire d'Allah et de Mohhammed. Enfin chacun se mit à l'œuvre, vidant l'eau au moyen de sacs en peau, et force fut de continuer l'opération pendant toute la traversée. Il n'y eut que le patron et l'homme de barre à s'abstenir de ce travail ; encore le premier n'y restait-il pas absolument étranger. Pour encourager ses homsies et assurer à leurs efforts un résultat favorable, il ne cessait de répéter : Fathha àl-mn^iï auquel le choBur des travailleurs répondait en psalmodiant quelque verset du Coran.

Hélas 1 le dévot nacodah n'était pas au bout de ses peines, et un accident, bien autrement terrible^ survint au moment •ù nous touchions à Meurka. Après «voir rangé le base qui

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abrite le port, il nom fallait lofer peu à peu pour eonlonrDcr sa pointe ouest et donner dans la pas^ ^tfofie ^ai oon4oft an mouiïlage; la saisine supériettte du gotivemail ^ssa, et le bateau, priré totrt à conp de Faétioii de ce régulateur, continua l'olOfée, courabt ainsi droit sur le réoif. G« fat le coup de grék^e pour rififortuné patron ; dans son désespoir, il poussa des cris à glacer d'épourante équipage et pas^ sagers, en y mêlant ses invocations accoutumées. La plvs efficace de toutes était l'appel è Saïd. En effet, celui-ci et quelques matelots, oubliant le Coran et laissant le Prophète à sa béatitude éternelle, se précipitèrent à la mancEmvre. II était temps, car une quarantaine de mètres à peine nous séparaient des brisants. La voile fut lestemerit amenée, le foc traversé, et le bateau, dont l'aire s'était déjà raleutle, ne faisant plus que dériver sous l'influence du vent et du courant qui suit la côte, fut porté en un instant devant l'entrée de la passe que nous enfilâmes en rétablissant la voilure. F autre part, M. Bridet, aidé de quelques-uns de nos hommes, avait réussi k élinguer la tète du gouvernail et à le saisir de telle sorte qu'on put, tant bien que mal y s'en servir et aller mouiller en dedai)s du banc. Alors le frère Saïd, cette providence couleur d'ébène de fatffteme barque où nous avions joué si imprudemment notre existence, Saïd, 8€t&=de ses exploits de la journée, se frotta les mains et rentra dans le calme et la sérénité qui caractérisent le contenu tement dé soi-même. Quant à nous, tout en renda^rt ploine justice à la rapidité et à la précision de sa dernière ma nœuvre, nous nous félicitâmes d'atoir atteint le terme de notre aventureuse traversée, et, suffisamment édifiés sur la

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maDière de naviguer des Arabes, nous jurâmes qu'on ne nous y reprendrait plus. f ;nh

Depuis l'incident que je viens de rapporter, on ne s'était plus occupé de vider l'eau qui nous gagnait sensiblement; aussi le nacodah était-il pressé d'aller chercher à terre du renfort pour suppléer ses matelots fatigués. J'étais impatient moi-même d'opérer notre débarquement, surtout celui des malades ; cependant nous ne pûmes y procéder que partiellement, tant le boat qui fut mis à la mer était de petite dimension . M .Vignard, M . Bridet et nos invalides complétèrent, avec deux rameurs, lepersotinel de l'étroit esquif qui vogua vers le rivage. Je n'avais aucune inquiétude sur l'accueil que recevraient nos campagnons, car notre interprète était déjà connu à Meurka. Aussi mes regards curieui se portaient-ils plutôt sur la ville qui, de la distance où nous en étions, présentait un aspect assez pittoresque. Mais, soudain, mon attention fut attirée, vers le point où le canot s'était dirigé, par la foule que j'y vis accourir : en abordant à la plage, où la mer déferlait avec force, il avait été roulé dans les lames, et nos pauvres gens du Ducouédic prenaient un bain forcé. Les autres m'importaient peu : je pensai, d'ailleurs, que cela leur compterait et au delà pour les cinq ablutions quotidiennes imposées à tout vrai croyant. Cette immersion, quoique de courte durée, arrivait bien à contre-temps pour ceux de nos hommes qui avaient subi les atteintes de la fièvre. Toutefois les soins empressés que leur donnèrent quelques habitants réparèrent le mal autant que possible ; ils furent bientôt installés dans une maison que j'avais chargé M. Yiguard de louer, et là on leur prêta des morceaux d'é-

toffe dont ils se couvrirent pendant qu'on séchait leurs vè tements.

Ce qui rendait le débarquement difficile, c^est qu'ani environs de la pleine mer la lame, n'étant plus arrêtée par le banc qui forme le port, va déferler è la plage avec une violence qui est en raison directe de celle du vent et de la houle du large. Pour éviter un accident semblable à celui dont nous venions d'être témoins, nous fûmes obligés d'attendre des circonstances plus favorables, et ce fut seulement à la nait qu'on nous envoya une embarcation du port, dans laquelle partirent le docteur, deux matelots et quelques bagages. Il était bien tard pour tenter un troisième débarquement, et je jugeai prudent de le remettre au lendemain. Fatale inspiration! Comment n'avais-je pas appris à me méfier de cette sainte barque? La nuit ne nous apporta pas, il est vrai, les émouvantes péripéties de la journée, mais les impressions causées par celle-ci n'avaient été que d'agréables distractions, comparées aui supplices que nous eûmes à endurer. Nous étions blottis sous le rouf ouvert à tout vent qui couronne l'arrière, parmi des sacs de millet délicatement entremêlés de jarres de semen et de sales et puantes guenilles infestées d'insectes de la pire espèce. Ecœurés par les odeurs nauséabondes qui s'exhalaient de ce mélange, torturés par les dégoûtants parasites dont il était peuplé, nous appelions le sommeil pour oublier nos maux ; hélas 1 à peine fermions-nous les yeux, que le bateau venant à présenter le travers à la lame, un affreux coup de roulis nous jetait sur une jarre ou sur quelque chose d'aussi doux à nos reins. Ce n'est pas tout; le renfort de SoUmal amené à bord par le nacodah afin de vider l'eau

d« la «aie se livra jusqu'au matin à ce travail de D^iui'id^s, s'encourageant à l'œuvre par des cris et des chants qui nous tiareot forcément éveillés. Ce fut pour nous une nuit infernale. Que diable, aussi, allions-nous faire dans cette maudite galère?... Dès que l'embarcation qui venait nous chercher arriva le long du bord, nous nous hâtâmes de déguerpir, convaincus désormais qu'il était non moins agréable de passer la nuit à bord d'un bateau arabe que d'y naviguer de jour. r

M. Yignard nous attendait à la plage et nous conduisit à notre demeure; c'était une maison située du côté de la mer et Tune des plus grandes de la ville; elle appartenait au Hbadji-Nour^ qui m'accueillit d'une façon très-^amicale. De la terrasse on dominait le port, et le mât de signaux que nous installâmes devait être parfaitement aperçu du large. On m'avait réservé, dans l'étage qui nous était abandonné, la pièce habitée par la st^ur du propriétaire , et celle-ci opérait son délogement au moment de mon arrivée. La vue de la dame me donna une triste idée de la propreté de sa chambre, et en effet j'y trouvai tout dans un état de saleté aussi blessapt pour le regard que pour l'odorat. Mon premier soin fut donc , après avoir mis à nu les murailles graisseuses et enfumées de ce boudoir encore plein de l'image et du parfum de celle qui l'occupait naguère, de leur donner un lait de chaux , m fût-ce que comme mesure hygiénique ; puis je m'y èmmépji^gÉai avec un kibani pour lit, ma malle pour commode et deux barils pour siège et bureau,

Bien m'en avait pris de faire ces luxueuses dispositioQs, car, dès la nuit suivante, je ressentis les symptômes de la fièvre et, malgré l'insomnie de la veille et les fatigues de la

jour péQ, je ae pua jouir d'un Mutant de fiommeil. Le malaise et l'agitation étaient le prâode d'un violMit aeeès qui me jeta dans un anéantisaement eompiet pendant sli jours, au bout desifuels une eflfirayante dose de sulfate de quinine ma ramit provisoirement sur pied, ressayai alors quelques courtes promenades dans la ville et aux environs ; mais ma faiblesse m'empêcha d'entreprendre une ezeursion à la rivière. Mes compagnons, non moins éprouvés, avaient été, à l'exception du quartier-maftre Hamon , successivement atteints de la fièvre, et ils étaient è peu près aussi impuissants que moi à supporter une longue marche. Je dus donc me contenter de simples renseignements sur ce que nous ne pouvions voir par nous-mêmes. D'ailleurf la maladie ne nous laissa que quelques jours de répit. Je fus de nouveau alité le 13, et lorsque, le 15 au matin, le DueouëdiCt attendu par nous avec une vive impatience, parut en vue du port, nous étions presque tous sur le grabat. Tou^ tefois, malgré les tristes incidents de cette expédition, nous avons réussi » en employant chacun nos bons moments , à recueillir les documents les plus indispensables pour faire connaître Meurka,

J'ai décrit, au chapitre JiXt l'aspect et les points remarquables de la côte jusqu'à Djelleub ; c'est donc de cet endroit que je reprends ma description.

Le rivage, dont la direction générale, de Moguedchou à Gondeurcbeikh,est l'ouest^ud-ouest, et le sud-ouest de Gondeurcheikh à Djelleub, continue , jusqu'à Meurka, de s'infléchir vers le sud. Entre ces deux derniers points, les collines qui s'élèvent au delà de la plage redeviennent arides comme elles le sont en arrière et dans l'est de Moguedchou. La sol

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