‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 74 sur 101 · V:'- 'WJ · texte numérisé non relu

V:'- 'WJ

-rv*-'^*'-' >'s';5>^ï!^!^T^-T:

râbles que l'extériear. Les mosquées sont petites et n'ont rien au dehors qui les distingue des autres bétimenls. Les puits creusés dans la ville ne fournissent pas-île bonne eau ; les habitants aisés envoient prendre cdle qu'ils consomment à des puits situés dans la campagnei^i ^î» nio^.M ta ë^riéfn

J'ai déjà mentionné le mur d'enceinte, haut de 3 à 4 mètres, dont Gavana est entourée du c6té de ia terre; il avait été construit par les Portugais pour séparer leur quartier de celui des indigènes qu'ils appelaient la ville noire. Sous les gouvernements d'Âhhmed-ben-Mohhammed et -de son successeur Abdaliah-ben-Ahhmed, cette muraille a été restaurée et développée sur tout le pourtour de la ville, excepté en face de la forteresse; de plus, qu^ques-uns de ses saillants ont été bastionnés par des massifs de forme circulaire, dépassant un peu la crête du mur ; enfin une porte y a été ménagée à l'endroit d'où part le sentier qui mène au port de Kilindini. ^ - , i-i '^iii d '>'■ nnù

ie viens de dire que la partie de la ville située en face de la citadelle était restée ouverte ; c'est là que se trouve ie cimetière des M'zara, le seul lieu pittoresque qu'elle renferme. Derrière les ruines ^d' une mosquée qui a pu être antérieurement une église catholique, sous les verts et frais ombrages d'un petit bois d'atti^s, de citronniers et d'orangers, gisent les dépouilles mortelles des membres de cette tribu. Les tombes sont en maçonnerie, de structures variées et portant épitaphes; plusieurs de celles-ci sont fort curieuses par leur style empreint au plus haut degré de feirveur et d'exaltation religieuse; à l'appendice de la première partie, j'en ai donné quelques-unes, qui, se rapportant aux individus ayant exercé le gouvernement, offraient de l'intérêt au

■w?5«5Binî'5ip-îTBa5s>??«T^^ •■

point de vue historique et chronologique. Nous avons été frappés de la multiplicité des variantes sur un sujet aussi uniforme. Outre celles que M. Vignard a copiées, il m'en a lu un grand nombre, et il n'y en avait pas deux qui fussent rédigées dans les mêmes termes. L'une des tombes, remarquable par ses dimensions et sa forme qui affectait celle d'une maisonnette, contenait les restes d'une femme. Je m'en 6s traduire l'épitaphe et j'en conclus que les femmes, quoique maintenues parmi les musulmans dans une infériorité sociale presque dégradante, n'en pouvaient pas moins obtenir, dans une autre vie, les faveurs r^ervées aux hommes vertueux, et mériter, comme eux, le paradis. Voici cette épitaphe : ; .

« Tl n'y a de Dieu qu'Allah, et Mohhammed est son pro- ( phète. Qu'il le couvre de bénédictions et le sauve. Louange '( à Dieu dont il n'y a que le royaume qui dure, qui est le « seul être qui survive. Tout périt, sauf lui; il a In puis- « sance, et c'est vers lui que vous relournerei. Il n'y a de « force et de puissance qu'en Dieu, grand et magnifique.

« Ceci est le tombeau de la défunte mère Khouiça-bent- « Abdallah-ben-Naceur-ben-Abdallah-ben-Mohhammed-el- « M'zourouï. Que Dieu lui fasse miséricorde, ainsi qu'il le <( fait pour les gens vertueux^ et qu'il la fasse habiter dans « le paradis, avec les meilleurs (fué l'on a remarqués.

(( Elle est morte en DieU, dans la dixième nuit d'el-qaâda, (( de l'an 1214 de l'hégire. »

Sjous une sorte de hangar (1) recouvert en feuilles de cocotiers, sont rangées les tombes des gouverneurs m'zara,

,1) Voyez plauche 47 de l'Album.

à partir de Mohhammed-ben-Osman ; une seule y manque, celle d'Ali-ben-Osman, qui mourut dans une expédition contre Zanzibar et fut inhumé en cette île ; mais les sépultures (les derniers décédés à Mombase se ressentent naturellement des embarras et des perplexités qui assaillirent, cette famille, durant son opiniâtre résistance aux attaques réitérées de Syed Said ; elles sont restées inachevées et sans épitaphes.

. A l'une de mes visites à ce cimetière, j' aperçus un pauvre esclave noir, à peine v^tu, courbé sous le poids des années, qui, s' approchant successivement de chacune des tombes du hangar, y posait les mains en marmottant quelques prières; puis il s'agenouilla comme pour une plus longue station : il était alors devant les restes de son ancien maître, le gouverneur Ahhmed-ben-Mohhammed, mort depuis trente-quatre ans, et au tombeau duquel il venait ainsi tous les jours faire la prière du dhc^or (celle d'une heure après midi). Piélé touchante, dont ^ ne peut être témoin sans émotion, surtout dans une cité à^demi-sauvage I Hélas! ce ne sont pas ceux que les grands ont comblés de faveurs qu'on retrouve agenouillés près de leur cercueil, mais bien quelque pauvre diable dont ils ont reçu, avec indifférence, les soins, pendant leur vie.

A peu de distance des murailles de Gavana commence la vieille ville dite Hhara-el-Quédima. Les maisons, plus misérables encore- que celles de la première, y sont répandues, sur un espace de 600 mètres de longueur, en groupes isolés, au milieu de champs cultivés et de jardins. Les ruines nombreuses qu'on y voit mêlées permettent de penser qu'elle a dû être autrefois plus considérable et mieux bâtie. Aujoiir-

d'bui il n'y existe d'autre objet digne de remarque qne le tombeau de Cbeikh-ben-Ahhmed-ben-Cheikh-el-Melindi , l'un des descendants des anciens rois de Melinde. On se rappelle que les trois derniers de ces souverains établirent à Mombase leur résidence après l'expulsion des cheikhs chiraziens qui y avaient régné précédemment. Quoique déchue de la souveraineté, cette famille n'en garda pas moins son prestige aux yeux de la population souahhéli, et l'on retrouve souvent le nom de ses membres dans la chronique de l'île ; ce fut un d'entre eux, Ahhmed-bcn-Cheikh, fils du personnage dont je viens de signaler le tombeau, qui remplit le dernier les fonctions de vi/ir sous les M'zara. Je vais dire succinctement ce qu'était leur gouvernement.

Bien que le pouvoir fût héréditaire dans la famille des M'zara, la transmission en ligne directe n'était pas considérée comme obligatoire par les Souahhéli, qui sont plusieurs fois interv^iras pour faire nommer le frère et non le fils du décédé, quand ce fils n'était pas un homme fait et expérimenté. Les rapports du chef suprême avec les douze tribus n'avaient pas lieu par l'intermédiaire de leurs cheikhs, mais par celui d'un fonctionnaire qu'elles élisaient en commun et qui prenait le titre de vizir; il siégeait à gauche du gouverneur dans les cérémonies, réceptions, etc. Il y avait aussi un chef de guerre désigné sous le nom d'émir et qui pouvait réunir sous ses ordres i ,500 indigènes armés.

Aucune marque distinctive n'était exclusivement réservée au gouverneur, si ce n'est qu'il portait toujours le turban blanc. Ses revenus consistaient en un impôt en millet, fixé, pour chaque propriétaire, d'après le nombre de ses esclaves,

à raison de 42 kila par tête (1). Pemba en payait un en riz, semen et bétail. Le gouverneur jouissait, en outre, d'un droit de corvée sur les daô appartenant au port, c'est-àdire qu'ayant à faire porter, sur un point quelconque, des marchandises, des ordres, etc., il pouvait requérir, à tour de rôle, chaque propriétaire de bateau d'en mettre un tout armé à sa disposition et le charger jusqu'à concurrence de la moitié du fret, sans être astreint, envers le corvéable, à d'autre obligation que de nourrir l'équipage pendant le voyage. De même, si l'un de ses agents sur la côte avait à lui faire quelque envoi, tout nacodah était obligé d'en eflFectuer le transport gratis. Enfin le gouverneur avait un droit sur la pêche et un droit de préachat sur l'ivoire apporté de l'intérieur.^ Ce dernier privilège s'était étendu du temps de Salem à son frère M'bareuk.

Depuis que Said a pris Morabase, voici par quel mécanisme son autorité s'exerce sur les indigènes. Parmi les cheikhs des diverses tribus, Saïd en désigne un pour les Oua-M'vila, un pour les Oua-Kilindini , auxquels il adjoint celui des Arabes, et c'est avec ces trois personnes seulement qu'il entrelient des rapports directs. Quand elles reçoivent des réclamations de la part d'une tribu (ce qui a lieu par l'intermédiaire spécial du cheikh de celle-ci), elles les transmettent au djémadar, si elles le croient compétent; sinon elles en écrivent au Sultan. Elles font, en outre, an-

(1) D'après une autre version, la base de l'impôt serait la suivante : chaque m'Jia , c'est-à-dire une surface de terrain cultivé longue de 810 pas et large de 200, doit payer 1 kikanda de la substance récoltée; le kikanda est d'environ 45 kila.

nuellement un voyage à Zanzibar pour lui présenter leurs observations ou Jes suppliques dont on les a chargées el prendre ses ordres. A l'époque de mon séjour à Morabase, ces trois cheikhs étaient celui des Tanggana, celui des Oua-M'touapa et celui des Arabes. Ils sont payés par Syed Saïd à raison de 100 piastres par an, au lieu de 150 qu'ils touchaient précédemment , et l'on pensait qu'une nouvelle réduction allait être opérée (1).

Il n'y a dans l'île qu'un cadi chargé de rendre la justice; toutefois, pour ce qui concerne les actes de l'état civil, les tribus oua-kilindini, oua-m'vita et arabe ont chacune le leur.

Les droits de douane forment les seuls revenus que le Sultan tire de Mombase. Il a le droit d'y lever des troupes et il en a déjà usé; dans ce cas, c'est lui qui fournit aux recrues les armes et les munitions.

J'ai dit, d'autre part, que le pouvoir exécutif était confié actuellement à un commandant militaire et à un gouverneur. Après la soumission de l'île, ce fut d'abord un seul individu appelé Ali-ben-Mansour qui cumula ces deux emplois; mais les chefs indigènes, espérant que, si ce poste devenait vacant, Saïd le donnerait à l'un d'eux, tirent révo-

(1) Voici l'origme de citte iudeiuuité : lorsque le Sultan thoisil cob chefs pour intermédiaires eutrc lui et la populatiou, comme il ne leur Jvait pas alloué d'honoraires, ils demandèrent que leurs opérations commerciales fussent affranchies des droits de douane ; mais la douane de Mombase ajant été déjà comprise dans le bail du fermier général , Saïd icur accorda , comme cquiyakut, une somme de 800 piastres par au h lépartir entre eux. Puis, sous divers préteiles, tutrc autres rassassinal ^na banian dont on ne voulut pas livrer l'auteur, cette somme fut suc ' eïsivewcnt réduite jusqu'à iim piastres.

îTjSÏSiW^^J?

— 26^ — quer le titulaire; toutefois Ils Rirent trompés dans leur attente. Un Arabe de Mascate, de la famille des Aboii-Saïdl, nommé Ali-ben-Naceur, fut désigné pour gouverneur civil. Tant qu'Ai ibea-Mansour resta en fonctions, les chefs de la garnison furent les Béloutchis Tanggui et Tchaho. Après sa révocation , il y eut entre eux rivalité au sujet du commandement de la citadelle; le premier l'emporta et Tchaho fut rappelé. Ali-ben-Naceur, quitta deux fois son poste pour aller en ambassade en Angleterre, et fut, pendant ces absences, remplacé par son neveu Mohhammedben-Sîf.

On se demande si la substitution de l'autorité de Syed Saïd à celle des M'zara a été avantageuse aux indigènes : sans doute elle a pu d'abord leur paraître telle, puisqu'elle mit fin à un état de guerre toujours nuisible aux intérêts du moment et qui menaçait, en se prolongeant, d'épuiser les ressources du pays. Mais les droits de douane décrétés depuis par le Sultan , et la liberté de commercer dans l'île et ses dépendances accordée aux banians et à d'autres étrangers, constituent, au détriment des chefs souahhéli et des commerçants indigènes, des charges beaucoup plus pesantes que n'étaient les corvées et impôts établis au profit du gouvernement des M'zara. Au reste, soit pour cette raison, soit par suite de l'instabilité des sentiments populaires, et retour à des idées plus équitables envers des chefs qui avaient longtemps exercé le pouvoir d'une manière utile et glorieuse, un grand nombre de Souahhéli, même parmi ceux qui trahirent les M'zara, les regrettent aujourd'hui. Ils se plaisent à louer la sagesse et la force herculéenne du gouverneur Ahhmed-bcn-Mohhammed, qui sut maintenir l'or-

dre et la paii par ses prudentes négociations et qui , sous les murailles de Lâmou» donnait ses robustes épaules pour échelle aux assaillants; ils vantent le caractère chevaleresque (i) et la générosité d'Abdallah, fils et successeui d'Ahhmed, qui, tous les ans, réunissait les jeunes enfants pauvres de la ville pour les faire circoncire, payant de ses deniers les frais de la fête; enfin ils parlent avec enthousiasme de la valeur bouillante de M'bareuk, dont les actes Courageux, durant la lutte contre Saïd, oiît été le sujet de plusieurs chants populaires. Mais ces regrets, ces retours de sympathie sont sans péril et n'inspirent aucune crainte à Syed Saïd, puisque la plupart des hommes énergiques de cette tribu, capables de tenter un retour de fortune, ont péri misérablement dans les prisons et dans l'exil ; il n'^( resté dans l'île que des vieillards, des enfants, des femmes et des individus sans influence, sans force, sans initiative. Ceux qui purent sauver leur liberté par la fuite se réunirent, après les premiers moments de terreur passés, les uns à Takaonggo, les autres à Gassi. Ces derniers interceptèrent bientôt les communications par terre entre Mombase et les villes du sud; ils s'avancèrent même jusqu'à Tangat,

\1) Voici, entre autres, un des faits qu'oa lui attribue : pendaut un ïiege de Lâmou conduit par sou père, Abdallah reçut, d'une aucieuop amie qui habitait la ville assiégée, un billet contenant ces mots : « On dit qu'il y a sous nos murs un individu du nom d'Abdallah; mais, s; c'était celui que j'aime, il ne resterait pas si près de moi sans venir me demander rbospilaiilc. » La nuit suivante, Abdallah, bien arme, se dirigea vers la ville, s'y introduisit et y donna, sans doute, des preuves suffisantes de sa vaillance. Puis il revint au camp accompagné d*u» esclave, qu'il chargea, 4)our le gouverneur, de la missive suivante : « Je viens de passer la nuit dans Lâmou, et avant peu j'y coucherai avec loui? me* soldats. »

^"wn^^

où ils pillèrent les magasins des banians, et, bien qu'à diverses reprises des troupes expédiées de Zanzibar aient tenté de les expulser de leur retraite, ils ont réussi à s'y maintenir. Ils y sont au nombre de trois cents, avec cinq cents esclaves, et ils cultivent un peu de grain et de manioc pour leur subsistance. Ces individus, de sang très-mêlé et les moins riches de la tribu, ne sont guère considérés par ses autres membres. Ils entretiennent des relations amicales avec les Oua-Digo, auxquels ils ont prêté secours contre les Oua-Céguéyo, et ils continuent d'inquiéter les courriers de Mombase. C'est, dit-on, une sœur de M'bareuk, douée d'un caractère très-énergique, qui exerce de fait l'autorité à Gassi par l'entraînement q^u'elle excite chez les esclaves : elle se nomme Rhoça-benti-Ahhmed. Ce point est devenu un refuge assuré pour les esclaves qui s'enfuient de M'vita; jls onl formé en arrière de la côte un nouvel établissement nommé Mouaçagniombé.

Les M'zara de T^kaonggo sont demeurés plus tranquilles et soumis en apparence à Saïd. Avant la reddition déOnilive de Mombase, Racheud-ben-Salem-ben-Abdallah s'en était retiré pour s'installer dans une maison de campagne, près de Takaonggo ; eu égard à l'influence dont ce vieillard avait toujours joui parmi les M'zara, sa résidence devint un point de ralliement pour plusieurs d't^ntre eux. A peine y étaient-ils établis, que le chef d'une population galla, habitant à peu de distance dans l'intérieur, avait voulu leur im poser tribut; mais Racheud avait repoussé si énergiquemenl cette prétention, que les agresseurs jugèrent prudent de se faire ses amis. Aujourd'hui celte colonie a pour chef Khamis-ben-Rachcud et compte environ 700 âmes, nombre qui

F.i^7fm^^--'-'rf^^^-

se trouve doublé par celui des esclaves répartis dans les campagnes. Elle possède deui héden et un bettil qui transportent le millet et autres grains qu'elle produit à M'kellé et Chehbeur. Elle fait aussi un peu de commerce avec les Galla; les échanges s'opèrent annuellement en un lieu voisin de Takaonggo; ceux-ci y apportent de l'ivoire, des bœufs, (les moutons et des cabris, en échange de quoi ils reçoivent du fer ordinairement travaillé en bachots, des cotonnades (les Bénadir, un peu de coton rouge et du plomb dont ils font des bracelets. Les colons ont découvert, il y a deux ou trois ans, un amas de copal qu'ils extraient et vendent soit à leurs anciens compatriotes, soit à des bateaux en relâche à Kilifi. Takaonggo est soumis au système de douane établi par le sultan Saïd. Revenons maintenant à Mombase.

L'industrie manufacturière est nulle dans cette île. Les productions agricoles sont insigniOantes; on n'y récolte qu'une très-faible quantité de millet et de maïs, outre quelques légumes et fruits. La plus grande partie des subsistances nécessaires à la population sont tirées de ses dépendances sur la terre ferme et des pays oua-nika. Elles consistent en haricots, giraumonts, pois, ambrevades, bananes, oignons en abondance, cocos, patates, manioc, arachides, beaucoup de mais, du millet, un peu de riz et de sésame. De plus, les champignons pullulent aux environs; les Oua- Chenggamoué et les Oua-Kilindini en mangent considérablement et connaissent un remède contre les effets de l'espèce vénéneuse. C'est également de chez les Oua-Nika et des pays contigus du côté de l'intérieur, qu'elle reçoit les objets dont s'alimente son commerce maritime.

Les principaux de ces articles sont l'ivoire, le copal, le

tnoutama, des peaux et des cornes de rhinocéros, et parfois des dents d'hippopotame. L'ivoire provient des pays de Tchaga et de Kamba. Quelques négociants envoient^ des caravanes à l'intérieur pour en traiter; mais il est presque tout apporté par les indigènes eux-mêmes dans lès villages ouanika du littoral.

Au dire du banian de la douane, le rapport d'échange serait de 5 piastres de marchandises (valeur de l'Inde ou de Zanzibar) pour 7 piastres d'ivoire, c'est-à-dire qu'il y aurait pour l'acheteur un gain de 40 pour 100 (1). L'ivoire, en arrivant, est déposé à la douane, où il est pesé, poinçonné et où l'on prélève le droit selon la qualité. /

Un navire européen touchant à Mombas^our y prendre de l'ivoire payerait la frazela de 35 à 38 piastres, en thalaris ou en piastres à colonnes (un payement par lettre de change ne serait pas accepté). C'est au mois de juillet que l'ivoire se trouve le plus abondamment dans ce port et les villages environnants. On en peut amasser alors environ 300 frazela dans trois semaines. Il en passe annuellement de

(1) Voici quelques détails sur le voyage d'une caravaue à Tchaga. Elle se composait de 70 personnes, dont 50 Oua-Nika et 20 habitants de Mombase. A Taïta, 22 autres individus se joignirent à elle, les uns engagés, les autres espérant l'être en route, par suite de la maladie ou de la mort de quelques porteurs. La caravane rapporta environ 40 frazela d'ivoire. L'un des c befs, qui avait pour sa part 60 piastres de marchandises et 18 porteurs, a eu 7 frazela, gui ont été vendues 187 piastres. Il a payé 21 piastres de droits, 90 piastres pour frais de porteurs ; il a doue eu 8 piastres de bénéfice net : l'opération a été très-mauvaise, le voyage ayant duré quatre mois. Le premier qu'il avait effectué dans le même pays lui avait donne un énorme bénéfice, environ 700 pour 100 ; mais la concurrence a fait tomber à 100 pour 100 les meilleures opérations de ce genre. Aujourd'hui 40 pour 100 et mémo 25 pour 100 sont considérés comme des résultats satisfaisants.

2,300 à 2,600 frazela sur le marché, qui sont expédiées dans l'Inde. Trois bateaux sufBsent au commerce avec cette contrée : deux d'entre eux, portant ensemble environ 300kandi et appartenant à des négociants du Reutch et de Bombay, vont à la côte de l'Inde, au commencement de la mousson du sud-ouest. A la fin de cette mousson, un daô, dont le propriétaire est Syed Khaled, le fils du Sultan, et jaugeant 400 kandis, passe à Mombase et prend ce qui reste d'ivoire et autres marchandises, pour les déposer aux mêmes lieux. Le prix du fret sjjt ce dernier est de 5 piastres par kandi.

La gomme copal qu'on achète aux Oua-Nika est de moins bonne qualité que celle de Zanzibar : la frazela de la gomme en sorte équivaut à 2 piastres et 2 piastres et demie de marchandises ; celle qui est mondée, à 4 piastres. Elle paie iO pour 100 de droit ad valorem; à Mombase même un étranger payerait la belle qualité mondée de 5 piastres à 5 piastres et demie.

Le moutama s'exporte, pour la côte d'Arabie, en quantité de 200 à 400 kandis, selon le plus ou moins d'abondance de la récolte. On en obtient, sur le marché, de 20 à 36 kila, mais le plus ordinairement 24 kila pour une piastre. Enfin on envoie aussi, dans l'Inde, des peaux et des cornes de rhinocéros.

On trouverait dans l'île, à très-bas prix, de graijdesquantites de maïs, qui n'ont pas de débouchés et qu'ion importerait avec avantage à Maiolte, pour la nourriture des travailleurs.

Mombase reçoit des esclaves de Mongalou, de Kiloua et aussi de Zanzibar. On les échange avec les Oua-Nika, contre des bœufs qui servent ensuite à acheter de l'ivoire aux Oua-

rr;-^

Kamba : on a deux ou trois, parfois quatre, de ces animaux pour un esclave. Ces esclaves doivent être jeunes, oar ils sont employés à l'agriculture. Les Oua-Nika eux-mêmes vendent quelquefois des individus de leur tribu ; toutefois ce n'est qu'en exécution de jugements prononcés contre ceux-ci ou dans des circonstances exceptionnelles : ainsi, durant la famine qui affligea le pays, en l'année 1840, ils vendirent grand nombre des leurs, la traite se faisant alors plus librement. Le droit d'entrée sur les esclaves oua-nika et sur ceux qui arrivent par voie maritime est d'une demi-piastre par tête; pour ceux qui sont amenés de l'intérieur, il est de deux piastres. Il n'y a pas de droits à la sortie; au reste, les esclaves sont ici plutôt un objet d'importation que d'exportation .

Les autres articles introduits annuellement à Mombase sont les verroteries envoyées directement d'Europe, ou par Bombay, du coton américain, du coton anglais, du laiton et du cuivre rouge en fil. Le laiton est apporté de l'Inde et d'Europe en morceaux d'une brasse pour la première provenance , de six brasses pour la seconde. La frazela de celui-ci se vend 40 piastres, à un quart de piastre près; celui de l'Inde est vendu 8 piastres et demie. On peut en placer un millier de frazela de chaque, espèce.

Outre les trois navires étrangers, dont j'ai déjà parlé précédemment, comme prenant part au commerce de cette île, ({uelques grands bateaux appartenant à des négociants du pays contribuent au mouvement maritime; en voici l'énumération :

£?'?'^^*^^?P3«^^Ay^.?^''ï* ■ ^T

Page 1