‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 84 sur 101 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Le Dueouidie est rappelé en France. — Dernière aj^parition k Zannbar. — NoaTelIes locales. — Troubles i Patta. — Défaite et mort de Toneenf. — CoDclnsions,

A partir du moment où le Ducouèdic se rendit à Maïotte, sa mission spéciale fut suspendue définitivement. En raison des ordres divers que je reçus du chef de la division navale , le brick dut concourir au service de la station jusqu'en octobre 1848. A cette époque, la corvette de charge VOise amena de Toulon le nouveau commandant de la division, M. le capitaine de vaisseau Febvrier Despointes. II était chargé de nous renvoyer en France. Le département de la marine avait , sans doute , pris cette mesure , en considération du temps écoulé depuis notre départ de France, et des fatigues et maladies dont nous avions eu à souffrir. Ainsi notre œuvre allait rester inachevée par suite des délais que l'emploi trop fréquent du brick à un service en dehors de sa mission spéciale avait incessamment amenés à l'exécution de celle-ci.

En effet, d'après le programme qui en avait été dressé, l'exploration devait exiger au moins vingt-huit mois de travail. Les circonstances que j'ai indiquées ne me permirent d'y consacrer que quatorze mois, dan^lesquels je comprends les pertes de temps occasionnées parHes voyages de ravitail-

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lement et les intervalles de repos nécessités par l'état sani- ,taire de l'équipage.

Une mission du genre de celle que nous avions à remplir ne saurait subir ces alternatives; elle demande, principalement, à être remplie sans interruptions. Il est à souhaiter que l'of- ^ficier qui la commande n*en Sort pas détourné par les obligations d'une position dépendante ; il faut qu'on lui laisse une grande latitude pour ses mouvements et ses moyens d'action ; qu'il ait, en un mot, liberté de nlànoeiivre pleine ûi entière.

On a vu que, si tel était à peu près le SfihS de mes premières instructions, le Ducoué'dic^ faisant partie de la station navale de Bourbon, fut cependant requis, à diverses reprises, pour le service de cette station. C'est ainsi que, en dépit du bon vouloir et des efforts de chacun, le but que le gouvernement s'était proposé, en ordonnant l'exploration dont je viens de rendre compte, n'a pas été entièrement atteint. Puisse cette expérience n'être pas perdue pour l'avenir, afin que les sacriGces de toute nature, qu'entraînent de pareilles expéditions, produisent les fruits que l'on doit en attendre l

Parmi ces sacrifices, celui de la vie des hommes est, sans contredit, le plus à regretter. Seize individus ont succombé dans le cours de l'exploration, et, pour combler les vides que faisaient incessamment les décès et le renvoi en France des malades, pour maintenir l'équipage au chiffre de cent vingt-deux à cent vingt- huit, il n'a pas fallu moinif de deux cent trente-six hommes. Mais, si officiers et marins sont toujours prêts à se dévouer aux intérêts et à la gloire du pays, encore faut-il que leur mort ne soit pas stérile et que le succès complet de la mission qui leur est confiée soit,

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— 1443 ^ pour ceux qui survivent, ia récompense de leurs trtfauz.

Si les pages de ce livre ne retraçaient la part honorable prise, par chacun , à l'œuvre coiDmune, le triste bilan que je viens de dresser témoignerait suffisamment des misères de toutes sortes et des fatigués endurées. J« ne saurais donc placer, dans un endroit plus convenable, l'expression de ma reconnaissance et de mon «time pour ceux qui m'ont assisté dans cette campagne. Malgré les rigueurs d'un climat insalubre , les difficultés sans nombre qui entravaient nos recherches, les maladies qui éclaircissaient nos rangs et marquaient d'un signe funèbre chaque pas fait dans la route tracée, j'ai toujours rencontré chez les officiers u^ 'èle intelligent, une activité infatigable; chez les matelots, une résignation et une constance inaltérables. Honneur à ceux qui ont succombé, dans cette pénible épreuve, loin de la patrie et de leurs affections , et que ceux qui ont revu la France trouvent dans ce livre, qui leur appartient autatit qu'à moi , puisqu'il est le fruijt de nos labeurs communs, la seule rémunération digne d'eux, la consécration de leur dévouement.

Avant de quitter la station , le Ducouedic eut à faire, à Zanzibar, une nouvelle apparition. Ce voyage avait pour but d'informer officiellement le Sultan de la révolution politique effectuée en France au mois de mai 1848, et d'assurer à ce prince que le gouvernement de la République entendait conserver avec lui des relations bienveillantes et amicales, en restant fidèle aux stipulations du traité déjà conclu.

Parti de Saint-Denis le 18 octobre 4848, le brick toucha à Maïotte, selon les instructions que j'avais reçues, et mouilla, le 6 au soir, devant Zanzibar. Le lendemain était l'anniversaire d'une grande fête pour les mut«ulmant, la fête

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du Pèlerinage, et je dus, en conséquenee, remetlre au jour suivant ma visite à Son Altesse. Le Ducoué'dic prit ostensiblement part à la solennité, en pavoisant ^n tète de mât et en tirant, comme la frégate amirale le Chah-Àlleumf une salve de trois coups de canon. ~ " ^

Le 8, au matin, ma visite eut lieu, et je m'acquittai, atiprès de Syed Saïd, de la mission dont j'avais été chargé par le commandant en chef.

J'appris, pendant mon séjour sur rade, une nouvelle importante et qui se rapportait à des prévisions déjà manifestées dans le cours de l'exploration : c'était l'armement des navires du Sultan, la frégate la Caroline et la corvette l'Artémisey destinés à des expéditions commerciales, le premier pour la France, le second pour l'Angleterre.

J'eus aussi connaissance de changements opérés dans certaines localités dont j'ai parlé, et susceptibles d'en modiûer la situation. J'ai raconté, dans un des chapitres précédents, les insurrections de Patta à l'instigation de Bouana-Mataka, les tentatives faites par Saïd pour y rétablir son autorité , les suites qu'elles avaient eues, enfin la soumission, au moins nominale, qu'il avait obtenue plus tard des chefs et de la population de cette île. Mais, depuis notre dernière relâche à Zanzibar, Bouana-Mataka étant mort , cet événement avait suscité de nouveaux troubles; la population de Patta s'était , comme par le passé, divisée en deux partis : l'un, ayant à sa tête Mohhammed-ben-Cheikh et les fils de Bouana-Mataka, dominait à Sihouï et s'était déclaré indé pendant du Sultan ; l'autre, resté sous son obéissance, occupait Pazza et avait pour chef Foumou-Bakari, l'ancien rival de Mohhammed-ben-Cheikh. Il était naturellement appuyé

par Ali-ben-Naceur, gouverneur envoyé précédemment dans l'île par Syed Saïd, et qui tenait le fort de Pazza avec vingtcinq soldats.

D'après les renseignements les plus récents» la 'défection commençait à se mettre dans le parti de Mohhammed-ben- Cheikh, trahi, depuis peu, par les gens d'Quzi. Pour paralyser le résultat des menées de ce dernier à LAmou et pour en décider la population à faire cause commune avec ses partisans, le Sultan y avait expédié un. nouveau gouverneur, Âli-ben-Sif , avec trente soldats.

Mais un événement plus sérieux que les troubles de Patta, et pouvant avoir une influence marquée sur la situation des Bénadir, venait de se produire aux environs de Meurka. Une lettre adressée de Braoua, à Syed Séliman, par un certain Stambouli-ben-Kombo, contenait sur ce fait les détails suivants : Youceuf avait rassemblé un grand nombre de soldats à Golouïne, dans l'intention de livrer bataille aux Biémal. Le 19 de djoumad-et-tsani (11 mai 1848), il marcha à . la poursuite de ses adversaires, et, le lendemain à midi , la rencontre eut lieu près de Djelleub. La troupe du sultan des Guébroun fut mise en déroute, et Youceuf ainsi que son frère Mouça périrent dans la mêlée. La lutte fut très-meurtrière. Le fils de Bouana-Malaka assistait à ce combat, dans les rangs des Guébroun^ et avait eu quelques hommes tués. Ibrahim était résolu à continuer la guerre^ et l'on pensait que les hostilités reprendraient en choual (juillet).

D'après ce que j'ai dit précédemment, Ibrahim est parfaitement capable de rétablir les affaires de sa tribu et de maintenir l'ét^tjde choses créé dans le pays par son frère Youceuf : je né vois donc, dans la mort de celui-ci, rien qu>

soit de nnture à modifier les considérations générales que j'âl exposées fhi stijel des Bénadlr.

Ma mission officielle étant accomplie, nous quittâmes Zanzibar. Après une écarte relAche dans les baies de Diégo- Soarès et de Rigny (côte nord-est de Madagascar), nous revîmes à Bourbon. Le 20 janvier, nous appareillioDS pour la France, et le 25 a?ril , nous mouillions en rade de Lorient.

Qu'oit me permette, en terminant, de résumer les impressions qu'ont laissées dans mon esprit les études faites, les choses vues et les renseignements recueillis de toutes parts. Je puis, d'ailleurs, les exprimer en deoï mots : l'Afrîque orientale est pour la science.et pour le commerce un champ vaste et neuf, abandonné, au nord comme au sud, h des possesseurs inintelligent!? et débiles.

J'ai dit, à la fin de la première partie, quel pitoyable r6le avaient rempli et continuaient de remplir dans le Mozambique les descendants dégénérés de Vasco da Gama et du grand Aibuquerque. Celui que joue au nord du cap Delgado le souverain musulman qui trône à Zannbar n'est ni plus digne ni plus acceptable dans ses fins. Les possessions africaines de Syed Saïd ne représentent qu'une longue barrière élevée entre les indigènes et les comn»crçants de tons pays, barrière où producteurs et cansonimafeors viennent forcément payer leur tribut à sa douane. Ce n'est pas là un gouvernement , c'est fine exploitation parasite qui rançonne chacun, sans profiter à personne qu'à elle-même.

Quel est l'avenir de cette ombre de puissance? Le souffle capricieux des événements en décidera. Qu'Allah rappelle à lui le vieux Sultan, que les guerres de succession que j'ai

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fait pressciBtir éclatent dans ses domaines , alors It France, l'Angleterre et l'Amérique du Nord, an lieu d'être arrêtées, comme elles le' sont aujourd'hui, par le respect qu'on accorde à tout ordre établi, quel qu'il soit, seront, en face de l'anarchie, autorisées à intervenir pour sauv^^rder leurs intérêts, en même temps que l'humanité leur en fera un devoir. Cette intervention pourra se produire de deux manières : par la guerre et la conquête, ou par le protectorat et riuitiatipn. A ceux qui dirigent les mouvements |/olitiques, de comprendre et de choisir.

La mission providentielle des grandes nations n'est-elie pas de prévoir et de préparer, d'un commun accord , une solution à tous les grands problèmes qui se posent dans le monde, et notamment à celui qui a pour but la civilisation des territoires livrés encore à l'état sauvage ou à la barbarie? Qu'il nous soit donc permis d'espérer que les puissances maritimes, dont je parlais tout à l'heure, ne souffriront pas longtemps que cette vaste côte africaine reste perdue en des mains impuissantes et égoïstes, et que bientôt, par la persuasion ou par la Ibrce intelligente, elles renverseront le double obstacle interposé entre leur bienfaisante influence et cette partie de l'Afrique, c'est-à-dire l'immobilisme musulman et le marasme portugais. Coloniser, comme gouverner, est une fonction d'utilité générale, et non une sinécure ni un monopole. Que les colonisations ne soient donc plus dévolues, en tant qu'action dirigeante, à qui ne peut plus ou ne veut plus faire acte de virilité. ^

Mais, pour nous e« tenir à ce qui regarde particulièrement l'Afrique, déjà vigoureusement entamée au nord, au sud et à l'ouest par l'Angleterre et la France, disons, pour ter-

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miner, qu'elle laissera pénétrer le secret de ses régions intérieures et ouvrira un champ inépuisable aui spéeulations scientifiques et commerciales à la fois , le jour où ces nations attaqueront sérieusement le mystérieux continent par son large flanc oriental. x

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Depuis mon dernier départ de Zanzibar, ii s'est passé dans les possessions de Syed Saïd plusieurs faits importants que je crois devoir exposer sommairement, afin de mettre ce travail en harmonie avec l'état des choses au moment où la rédaction en a été terminée (septembre 4855). ^" *

Au point de vue commercial , le mécanisme de f échange et le régime fiscal , que j'ai décrits, n'ont subi aucune modification; mais nos négociants ont notablement accru leurs opérations avec Zanzibar : on a déjà vu, dans mie même année, quinze navires employés par les armateurs de Marseille à ces expéditions. L'arrivée de la frégate arabe la Caroline dans ce port, et les renseignements fournis à nos chambres de commerce par les documents recueillis pendant l'exploration du Ducouëdic, ont dû contribuer à ce résultat ; mais les idées tant spéculatives que pratiques exposées dans mon rapport commercial sont loin d'avoir été mises complètement à profit.

Comme établissement agricole, Maïotte a progressé; toutefois sa production n'a pas atteint le développement dont elle est susceptible : de plus, les colons qui y sont établis ne se sont, jusqu'ici, proposé pour but que l'exploitation du sol ; ils n'ont encore rien tenté pour entretenir, avec la côte voisine, ce cabotage actif qui doit en accumuler les produits sur

notre marché. Nous l'avons démontré cependant, la substitution de Maïotte à Zanzibar comme entrepôt du commerce de l'Afrique orientale est le seul moyen de faire une concurrence victorieuse aux Anglais et aux Américains, comme de soutenir celle des nuffrfs (|vi S^ultan pour l'importation des produits de cette région dans nos ports.

Au point de vue politique, les événements accomplis sont d'une Miture bien ^ius grave. Ûmx d'entré eux, parlicolièreroent, dirainuepont, sansdeute, tes difBctiltés ^i doivent sorgir à la mort de Syed Saïd, des prétentions rivales de ses enfanta. Le premier de ces faits dans l'ordre chronologique est la mort de son Gàs aîné, Syed Hilal. Voici les détails qui loe sont parvenus k oe ^jet :

jusqu'au commeoc^mept de i950, la situation de Syed mial à l'égard 4e son père ne s'était aucuoement améliorée, et Je (palheureux jeune bDi9iap<> vivait d«UBSi uq état voisin de la misère. N'ayant plus 4'espoir de r^^^oer le Sultan à de çi^^illeyrs sentiments,^ jugeant qu^ sa préseoce auprès de lui 06 pouvait être qu'un, ^ujet d'irritation et un motif de pi^rsécuti(^ns nouvelles, il avait soUicité e^ obtenu 1a permiâsiou d'aller r^idér à Lâmou. A son arrivée daufi cette localité, W U}i l'o^^t de manifestatipns toutes sympathiques de la part des, l^i^itant^. Hui| jours «préis,. ces derniers, réunis à ceux de Patta, Sihoui et Pazza, juraient, sur le Koran, d'associer lfii^j;s ÏBtérêts 9ux siens, e( 4e se vouée au redressement des ifljj^^Mç^ 4^At il était victimeK he piteixiiei; ^te résultant dq ces q^a^il^^tattQD^ fut i'expulsîQo d^ 1^ petite garnisofl du foft 46 Umou» qu'on remplaça par des hommes siir^. On l^re^i^pya ai Zan^i bardai nsi <|iAe le colle<;t€uc déûdoiuaiies, 4lM«M (m. m p^rmXis^iè m^ 4!«rqpQrter les< Cbnds pro-

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véhàni àeï recéiles opérées dans l'année courante. Hilal adressa alors àir gouverneur Syêd Séliman une leltre qu'il savait bien devoir être mise sous les yeux de Saîd. Après y avoir décliné ïoui pâ'riî pris a'hostilité contre son père , il demandait h rentrer dans ses bonnes grâces et à être traité par lui comme ses autres fr^es ; enfin il était prêt, disait-il ,

à retourner auprès de lui moyennant la médiation du consul de France ou de celui d'Angleterre. Cette démarche n'eut pas le résultat qu'il en attendait; les consuls ne voulurent pas intervenir dans une aflaire de iamiile sans j être invités par le Sultah ; et celui-ci , de plus eh plus irrité par ce qui s'était passé à Lâmou, et qu'il considérait, à juste litre, comme un acte de rébellion, ne songea qu'à prendre des mesurer énergiques pour châtier Hilal et ses partisans. Hésitant à se mettre en lutte ouverte avec son p^ré, Hilal partit avec l'intention de se rendre à la Mekke; nàais s'étant

arrêté à Âden, il y Tut atteîni d'une maladie de langueur

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causée, dit-on, par le chagrin, et y mourut le 10 juin 1851.

L'autre fait à meniiohtier est la mort de uhamoud-bcn- *li'ran, le chef de Solihar dont il a été question, à diverses reprises, dans le cours de notre relation. Voici les particularités qu'on m'a rapportées au sujet de cette mort :

Depuis plusieurs années, des troubles favorisés par le sejour prolongé dé ^yed Saïd à Zanzibar s'étaient produits en Oman. Dans le nord de ce pays, une partie des populations avaietît élu un imam à Heustak. D après ce que j'ai entendu dire pendant mon séjour à fa cÔte, cette élection, qui aurait éu lieu en 1847, se serait portée sur flhamolidbên-Arrari, qui, lors dé la révolte contre Saïd, en 1850, avait ofcl^gé ce prince à (è maintenir en possession des villes

dont il s'était emparé, et entre autres de Reustak, résidence ordinaire des imams. Cette nomination n'avait pas été sanctionnée par le chérif de la Mekke. On attribuait la non-adhésion de ce grand dignitaire aux démarches de Saïd auprès de lui. Les deux adversaires ne pouvaient cependant pas donner cours à leurs sentiments hostiles, car le résident anglais à Bouchire était intervenu dans le débat et avait amené la conclusion d'un pacte par lequel, dans le cas de nouveaux différends, les chefs de Sohhar et de Masçate devaient avoir recours à sa médiation. Malgré cet accommodement, une haine non moins vive avait continué d'exister entre eux, et bientôt Tsouéni , qui, en l'absence de Saïd, dirigeait les affaires à Mascate, résolut d'en unir avec Hhamoud, en l'attirant dans un guetapens.

Les incursions des Ouahhaby, qui menaçaient égalcmerit les domaines des deux rivaux, lui fournirent l'occasion d'exécuter son projet. Au commencement de 1850, Tsouéni proposa donc à son parent de se liguer avec lui contre le danger commun, et lui donna rendez-vous à Chinas pour convenir des mesures à prendre en pareil cas. II s'y rendit par mer et fil mouiller son navire dans la baie la plus voi* sine de la ville, tandis qu'avec une imprudente confiance Hhamoud y arrivait par terre, accompagné seulement de quelques cavaliers. L'entrevue ayant eu lieu, les deux princes se séparèrent; mais, à peine Hhamoud était-il sorti de Chinas, que son escorte fut attaquée et mise en déroute par les gens de Tsouéni, placés en embuscade sur le chemin; luimême fut pris, garrotté et conduit à bord du bâtiment sur lequel son ennemi retournait à Mascate. Rendu dans ce port, il fut enfermé dans une prison, oii on le trouva mort

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vingt jours après. La rumeur publique accusa tsouéni de ravoir fait assassiner, et sa conduite précédente ne justifie que trop l'accusation. Quoi qu'il en soit, celui-ci voulut mettre à profit l'odieuse trahison dont il s'était rendu coupable. Croyant avoir jeté l'épouvante dans la population de Sohhar, il marcha contre cette ville et somma la garnison de la citadelle de se rendre ; mais, à la nouvelle de la mort de Hhamoud, son frère Qis-beniz'ran avait réuni ses forces; il attaqua les troupes dé Tsouéni , et les mit en fuite. Une nouvelle expédition, composée en grande partie de Bédouins, fut envoyée contre Qis, sans plus de succès. Ce dernier prit alors l'offensive, s'empara de Chinas et de trois autres places au sud, et s'approcha de Mascate au point que ses habitants ne pouvaient plus communiquer av€c la campagne, si ce n'est dans un rayon moindre que deux journées de marche,

A la nouvelle de ces troubles, le colonel Herniel , résident anglais à^Bouchire, se transporta sur les lieux avec deux bâtiments de guerre de hakcompagnie, le brick Tigris et le bateau à vapeur de 450 chevaux Auckland. Cette intervention eut pour résultat le consentement des deux parties à une trêve qui devait se prolonger jusqu'à l'arrivée du Sultan qu'on avait averti de ce qui se passait. Celui-ci, parti de Zanzibar avec la frégate le Chah-Alleum et deux corvettes, mouilla à Mascate dans le cours du mois d'avril 1851, et put s'y convaincre de la gravité de la situation qu'avait créée la conduite de son fils. Il ne fallut rien moins, en effet, pour pacifier celte partie de ses États, que le déploiement de toutes ses forces de terre et de mer, d'énormes sacrifices pécuniaires, beaucoup de condescendance de sa

part , et p^r-dessos tout la pressiop. pni|saptç <jl^ ^K^^ ^^'^ glais, qui , dans cette circonstance encore., lui çrè^rei^ un grand et salutaire concours.

Cette affaire terminée, Saïd retourna en Afrique; mais» sur sa route, il toucha à LâmoU; où il rétablit son autorité, puis à Mombase et à Panggani, recevant partout i'boi3image de vassalité des différents chefs de trjbusL^u littoral. Il mouilla à Zanzibar le 15 janvier 1853.

P. S. Ce volume était sous presse lorsque, dans les premiers jours de mars , on a appris, en France, la mort de Syed Saïd. Cet événement a passé presque inaperçu ; c'est à peine si quelques journaux l'ont annoncé dans leurs colonnes, et encore le peu qu'ils en ont dit était-il entaché d'erreurs d'autant plus blâmsrbles qu'elles pouvaient être facilement évitées. £n, effet, depuis plus de deux mois, le second volume des Documents sur l'Afriq^i^e orientale était livré au public; l'auteur avait fait remettre un exemplaire de son ouvrage à bon nombre de journalistes, et même des plus sérieux, qui, nous les en remercions, ont bien voulu en rendre un compte favorable. Deux chapitres y sont exclusivement consacrés à un résumé de la vie privée., et politique du prince dont la presse avait à faire connaître la mort; en les parcourant, les rédacteurs chargés, dans chaque feuille, du bulletin nécrologique eussent traité le sujet e^ professa. Le Siècle, par exemple, aurpit pu y apprendra le nom, qu'il semble ignorer, de l'ile de Zanzibar. Le Centre algérien, alors à la veille de se transformer en Centre africain, y voyant que le Sultan possédait une (repaie du nom

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— 4>Sd — àe VieMHt^i i'êftt pat eonda que oe Be^hn*' élaifr aogins de ce qn'itYa^elait edraiàel» petnei4r'AD9lbteiV6;.&itirifc 9s&s\ le cas^pmir YAisiimkàée'iiatiotùi^^^ ia cohni(ptf lester^ rears contenues! donv rarticle fiinlaltnjtNi imblié par elle, en 1849, à'Farmée, à Fa#i9,,dti HiiaApi-^en^iofaev MMoyé de Syei Snïé. Gomment' une feuilie qui" a^ait nafroé à» tk merteilleuse» choses de ce piiace et< det seeÉtatar n\»4««He pm accor(té au tvépas de> son ^éros rhoniinageide quelque^ phrases de condoléance? 0» reDd>ordiÉairsment>juiiioe ««il grands après leur moHI, etic'étftit bien I&'roo*dt«qae!la prasw sgit ainsi àl'égafd^de S^^dtSaiidy dont elle<avMl laissé ifii»rer l'existence.

Quoi qu'il ensoit, voici ce qui nous^est^parvemi stH-l'évé» nement en^ qu^lion. Sy^d' Saïd^ était parti;, dans les premiers jours^ d'octobre 1856^ de JMaseate, où les hostilités commencées par les AngiliRis contfe la Perse lui avaient fait juger sa pr^ence utile ; il retonmait- à Zanzibar sur l' une de se» frégates, /a FtdoWa^ quendr la mort est ^'enue inopinément le frappa. A peine la nouvelle a-t^le été coonue clans riloy qu'on parti s'est' formé en faveur de Sj^d Madjeud ou Medjjdf l'un de&^fils du Sultan, et le jeune prince y a été nommé successeur de son père au détriment de ses frères aînés. Cette élection nous a surpris; elle est entièrement en désaccord avec ift*' préFiilrtohsV ao^^i attendrons-nous de nouveaux et plus amples détails pour la regarder comme déOnitive. Si les renseignements recueillis dans nos études et nos rooherchec cur Syed Saïd et sa f<i mille (1) sont exacts, après la mort de Syed Hilal, dont

(1) Voyez le tableau Dynastie des Aboa-Saïd, à l'appendice de la I" partie.

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nous avons donné connaissance ci-dessas, restaient, c(»Bm« prétendants plus légitimes que Madjeud à la succession dé Saîd, Kbaled, Tsouéni, Mohhammed et Teurki. Nous ne savons rien des deux derniers, qui devaient être fort jeunes en 1848; mais, si le caractère faible et indolent du premier rend croyable un désistement facile de sa part, nous ne pouvons admettre que Tsouéni se soit résigné à une solution non moins contraire à ses droits qu'à son ambition bien connue. Nous ignorons encore ce qui s'est passé à Mascate lorsqu'on y a appris la fin du Sultan; mais nous sommes convaincu que l'élection de Syed Madjeud n'y sera pas conOrmée, si tant est même qu'on s'en préoccupe. Que nos lecteurs ne se pressent donc pas de considérer comme erronées les opinions émises dans le cours de notre notice, quant aiix suites probables de la mort de Syed Saïd. Au reste , nous n'avons pas eu la prétention de deviner l'avenir; nous avons seulement la conscience d'avoir étudié avec soin les faits qui s'étaient passés jusqu'au joij^r où nous avons écrit, et d'en avoir tiré des conséquences rationnelles; mais nous ne saurions être responsable des modifications apportées par des événements ultérieurs dans les éléments d'après lesquels nous avons raisonné.

Lorient, le 2 juin 1857.

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