CHAPITRE XXV
Trarersée de Mombase à Mafotte. — Rectification de la longitude des tles Aldabra. — Arrirée à Malotte. — Ordre de rallier Boarbon. — Noavelle iaterrnption de la mission. — Arenir de Malotte au poiot dt rue commercial et agricole.
On se rappelle qu'en quittant Mombase le Ducouédic avait fait route pour Maïotte. Notre traversée s'effectua sans aucun incident dont le récit puisse offrir quelque intérêt ; seulement, en passant près des îles Aldabra, nous eûmes l' occasion de reconnaître que ce groupe était marqué, sur les cartes, 18' trop ouest, rtos observations chronométriques (la marche de nos montres ayant été vérifiée, six jours après, à Maïotte) placeraient la pointe occidentale de l'île du nord par 9° 22 15" de latitude sud et 44" 2' o" de longitude est.
Comme les vents régnant à cette époque varient du sudsud-ouest au sud-est, dans l'espace compris entre les Comorres et l'équateur, nous .eûmes à lutter contre la brise et le courant, et ce ne fut que le 19 juin que nous atteignîmes notre destination.
A mon arrivée à Maïotte, je trouvai des ordres qui m'y avaient été adressés par le commandant de la division navale, et qui m'enjoignaient de rallier son guidon aussitôt que j'aurais embarqué les vivres transportés en cette localité pour le Ducouédic.
Il me fallait donc interrompre encore une fois mon exploration dans un moment où ma santé, suffisamment rétablie, m'eût permis de la mener à bonne fin. Nous^avions trouvé dans nos travaux précédents la clef des questions se rattachant à notre mission; il ne nous restait donc plus qu'à parfaire notre œuvre, à jeter sur toutes ses parties un coup (d'ceil plus général, et à recueilUr aiusi Le fruit de nps lofl^
et pénibles efforts. ' /
Enfin, pour me conformer à mes nouvelles instructions,
je me hâtai d'embarquer mes vivres, et le 26, nous mîmes
à la voile pour Bourbon.
En parlant de mes précédentes relâches à Maïotte, je n'ai donné aucun détail sur cette île : tout ce que j'aurais présenté de renseignements historiques et ethnologiques a été publié, par divers auteurs, soit dans V Univers pitloresque, soit dans la Revue coloniale (1). Il en est de même des observations hydrographiques insérées dans celle-ci, travail très- remarquable de M. le capitaine de vaisseau Jehenne. Je me borne donc à rappeler que la cession de Maïotte nous a été faite en dS41 par le chef Sakalave Andrian-Souli, qui en était devenu le souverain, et que le gouvernement français y a fondé un établissement militaire en 1843.
Mais il est un point de vue sous lequel je ne puis m'abstenir d'examiner l'île en question, c'est celui de son avenir commercial et agricole, et de son utilité dans les relations que nos négociants voudraient établir avec la côte orientale d'Afrique.
Ue l'ensemble des renseignements contenus dans le cha-
U) lies d'Afrique, tome IV, III» partie, page 129.
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pitre précédent» ressortent, comme ééductions priocipalM, les proposUioiâ soivantes :
i" Presque tous les points de la côte à I0 souveraineté de laquelle le Sultan de Mascate prétend, et qoi ont une population sédentaire, participent pius ou jftoioi au oomineroe de cette côte; ce sont autant de marchés où neonent s'écban • ger les produits de l'intérieur de l' Afrique contre cem de l'Inde, de la Perse, de l'Arabie» et des divers pays de l'Europe et de l'Amérique.
2** Les principales marchandises qui alimentent ce commerce sont :
Du côté de l'Afrique, T ivoire, les esclaves, le copal, le sésame, le gros et ie petit bétail, les peaux, le suif, le semen, les cornes de rhinocéros, les grains, le miel et la cire, récaille, l'ambre gris, les bailes de coco et de sésame, des gommes et résines; et, comme production particulière de Zanzibar et de Pemba, le girofle;
Du côté de Vextérieury le sucre, le café, les daltes, le coton en laine, les cotons manufacturés, le sel, la verroterie, le fil de laiton et le fil de fer, la poudre de guerre, les armes, la vaisselle, la verrerie, la quincaillerie, les meubles, le tabac, le savon, les soieries, la passementerie, les sirops, fruits confits et liqueurs, et des fournitures de marine.
3° Les Arabes et les Indiens ne sont plus, comme autrefois, seuls ex ploitateurs de tout ce commerce; depuis une quinzaine d'années, dix ou douze navires, sons pavillons américain, anglais et autres, y prennent une part que, d'après leur tonnage total, on peut évaluer au quart environ de celle des Arabes et des Indiens réunis.
4" f.e transport îles objets d'échange des pays de produc-
^"^fw^i
tion aux pays de consommation s'effectue alternativement par terre et par eau, à des époques périodiques absolument dépendantes des mous^sons et autres phénomènes météorologiques propres à ces localités; de telle sorte que Tépoque des transactions les plus importantes s'opérant à la côte avec les peuplades de l'intérieur est soumise à cette même périodicité.
5' Par suite de ces circonstances, les marchandises de l'extérieur, quoique destinées, pour la plupart, à la consommation de l'Afrique, arrivent presque toutes directement à Zanzibar, d'où elles sont ensuite réparties, par le cabotage, sur les divers marchés du littoral , y acquérant naturellement une plus grande valeur vénale à mesure qu'elles passent dans de nouvelles mains.
6° Les produits de l' intérieur et de la zone maritime, principalement l'ivoire, le copal, le sésame, les peaux et la cire, sont aussi , avant d'être livrés à la consommation extérieure, transportés à peu près en totalité à Zanzibar, où les frais résultant de ce déplacement, joints aux droits assez élevés qu'elles y payent à l'entrée, augmentent leur prix nécessaire.
Bref, il a été clairement démontré que les articles d'importation ayant à Zanzibar une valeur moindre qu'à la côte d'Afrique, en même temps que Ceux d'exportation n'y sont achetés qu'à un prix plus élevé, il y aurait un double avantage, pour les étrangers , à aller sur le continent traiter directement avec les indigènes. Ce serait le seul moyen de dégrever l'échange des charges que font peser sur lui le courtage souahhéli et la concentration préalable, à Zanzibar, des marchandises offertes et demandées de part et d'autre.
Or ces relations directes avec les peuplades de l'intérieur, ou même arec' les habitants de la côte, n'ont pu s'établir jusqu'à présent : je l'ai dit ailleurs, il faut en chercher les raisons dans la dissémination des populations indigènes, la difficulté de comoHiniquer avec elles, l'absence de grands centres de production et de consommation, des mesures fiscales préventives , enfin dans les obstacles matériels que la c6te présente à la navigation pour des bâtiments d'un fort tonnage. Zanzibar est encore l'unique marché où les navires étrangers aient la facilité de placer une cargaison et de ti^ouver un chargement de retour ; partout ailleurs, le commerce se réduit à une espèce de troque qu'entreprennent exclusivement des caboteurs et des traitants établis sur les lieux : les Arabes et les banians, ceux-là par conformité de religion et de moeurs avec les populations du littoral , les uns et les autres par la faculté qu'ils ont d'en être compris, et par leurs longues et anciennes relations avec elles, ont seuls réalisé ces rapports directs. Les Américains et les Anglais l'ont vainement tenté, quoiqu'ils eussent des établissements à Zanzibar. Les premiers l'ont essayé avec les navires qui desservaient la ligne commerciale de Zanzibar à l'Amérique; ils y ont renoncé, en raison de la lenteur et
des difficultés de ce mode d^opération, qui, avec un grand bâtiment et tout bien calculé, faisait monter le prix des objets ainsi obtenus à peu près à celui auquel on. se les procure à Zanzibar.
Les Anglais, de leur côté, n'ont surmonté aucun des obstacles que nous avons signalés; c'est à peine s'ils diminuaient, eu égard au tonnage de leurs navires, de moitié plus faible que celui des Américains, les frais résultant de
l'emploi des grands bàtûneots à une semblable opération . 11$ s'adjoignirent deux buleaux du pays armés pv des indigènes, et furent trompés et volés. On comprend, du reste, qu'il est impossible d'avoir des garanties réelles de la pro* bité de pareils agents. Remarquons aussi que les Anglais et les Américains se sont bornés à traiter avec les gens de la côte. Leurs opérations demeuraient donc soumises aux charges résultant du courtage souafahéli, et pouvaient même, par quelque subterfuge analogue à celui dont le Sultan a depuis ordonné l'emploi à l'égard des exportateurs étrangers (1), rester grevées des droits qu'auraient payés les marchandises traitées à leur introduction à Zanzibar sous pavillon arabe. Quelles que soient les causes du peu de succès de ces tentatives, toujours est-il que les expériences précédentes sont assez concluantes pour détourner nos commerçants de les renouvelerdansdes conditions semblables. Les résultatsobtenus par les deux peuples cités plus haut dans leurs transactions ultérieures, sur le seul marché de Zanzibar, ne soQt guère propres à encourager nos négociants à suivre cette voie. Nous savons, en effet, que les Américains, qui paraissent les avoir le plus sagement conduites, les ont restreintes dans ces dernières années; quant aux Anglais, deux liquidations successives de comptoirs qu'ils y avaient établis prouvent assez qu'il ne leur a pas semblé avantageux de persévérer dans celte entreprise. Et pourtant, comme on vient de le voir, les uns et les autres ont mis en œuvre tous les moyens dont ils disposaient; ils ont embrassé dans leurs spéculations les pays environnants : leurs navires fai-
(1) Voir, pour l'explication de cette mesure, le chapitre précédent, page 395.
salent eseafce à Madagascar et sur quelques points écs pof« sessions portugatàes, puis, ii l'occasion, un voyage Mitera média ire à Moka, Mascate ou Bombay. "
Tous ces moyens d'action déployés, cette combinaison de mouvements qui eût dû amener d'eicellents résultais avec des conditions moins défavorables, ont échoué devant les difficultés que nous avons énumérées plus haut, i ^
Donc, si nous n'avions par-devers nous quelques moyens de prévenir ces inconvénients , de vaincre ces obstacles ; si notre commerce n'avait d'autre base, pour ses opérations, que l'île de Zanzibar, dont les Américains et les Anglais ont, faute de mieux, fait le centre des leurs, il est évident que son action se bornerait à l'expédition annuelle de trois ou quatre cargaisons, dont le placement me paraîtrait fort chanceux en l'absence d'un comptoir; or l'établissement (le celui-ci ne saurait être justifié par des expéditions aussi limitées.
D'ailleurs, les ports de Madagascar seraient-ils ouverts à nos navires? le commerce avec les possessions portugaises nous serait-il rendu licite par un traité qui nous en donnât l'entrée, comme aux Anglais? des relations avec l'Inde anglaise nous seraient-elles possibles au même titre qu'à ces derniers? aurions-nous, comme les Américains, un article d'échange aussi recherché dans ces pays que leur coton dit khami? réunirions-nous, enfin, tous ces avantages, et aucun d'eux ne nous est acquis aujourd'hui , nos négociants, qu'on accuse, à bon droit, d'être peu entreprenants, routiniers et méticuleux, ne prétendraient certes pas réussir là où les Anglais et les Américains ont échoué. Il n'est pas inutile de remarquer, en outre, que si, aux termes
du traité, le Sultan venait à entrer en concurrence avec nos spéculateurs, en envoyant des expéditions commerciales dans nos ports (i), fcomme il l'a fait dans ceux d'Amérique et d'Angleterre, cette concurrence arabe serait d'autant plus redoutable que les articles africains à exporter coûtent au Sultan bien moins cher qu'aux étrangers qui les achètent à Zanzibar. > " >
On le voit, je ne dissin»ile nullement les difOcultés de la situation, je cherche à les faire toucher du doigt et à mettre au grand jour la presque impossibilité qu'il y aurait à mener à bonne fin des opérations entreprises dans les mêmes conditions. Ces conditions peuvent être changées : nous possédons une colonie parfaitement située pour devenir l'entrepôt de tous les produits offerts et demandés non-seulement par l'Afrique orientale, mais par Madagascar, l'Arabie, la Perse et l'Inde; sa population indigène et son industrie maritime nous assurent un cabotage et des relations faciles avec la côte et l'intérieur, moyens identiques à ceux des Arabes, des banians et des Souahhéli; enfin, grâce aux circonstances particulières au milieu desquelles ces ressources seront mises en jeu, nos opérations seront affranchies de cette complication d'intérêts, de cette multiplicité de charges qui rendent le prix des articles africains si élevé sur le marché de Zanzibar. C'est dans les éléments de succès que nous offre ce point convenablement approprié au but
(1) Depuis qae ceci a été écrit , cette hypothèse s'est réalisée : on sait qu'en 18 i 9 le Sultan a expédié à Marseille sa frégate la Caroline, armée commercialement, et que, à dater de cette époque, de semblables expéditions ont été renouTelées plusieurs fois et semblent deroir se contiouer régulièrement.
qu'il s'agit d'atteindre, que nous trouveroes la solution des dllBcultés que j'ai signalées; cette colonie est Maïotte.
Un coup d'œil jeté sur la carte suffit pour comprendre tous les avantages de la position géographique de cette île, et combien elle se prête déjà , sous ce point de vue, au r61e que je viens de lui assigner.
Également à portée de la côte d'Afrique et de Madagascar, elle peut prendre part, à la fois, au mouvement commercial . de celle-ci et à celui des parties voisines du continent; elle semble providentiellement destinée à devenir un grand bazar, réunissant, pour en préparer l'exportation au loin, tous les produits disséminés dans ces contrées, et recevant de l'extérieur les marchandises demandées par les mêmes pays pour en opérer la répartition selon les besoins de chacun d'eux. Située sur la l*oute la plus directe du Cap à la mer Rouge, au golfe Persi^ue et aux côtes occidentales de riade, Maïotte servira d'escale et de lieu de ravitallement aux navires qui suivront cette voie, pour l'aller comme pour le retour, selon la mousson régnante, et sera choisie d'autant plus volontiers par eux dans ce but, qu'elle leur offrira souvent l'occasion de nouvelles affaires. Maïotte est la seule des Comorres qui présente ces avantages ; car, quoique placées dans une position analogue à la sienne, Ânjouan, la grande Comorre et Mohëii ne possèdent pas, comme elle, le magnifique bassin qui permet d'en tirer parti.
Ces quatre iles ont été peuplées par des familles émigrées de l'Arabie, de la Perse et, peut-être, par quelques autres venues des colonies arabes et persanes antérieurement fondées à la côte d'Afrique. Leurs habitants ont donc entretenu des relations continues, non-seulement avec ces éernières et
]é9 pays vofsiâi, ma)» eocore dvec le» côtes de TÀfabie, patrie de leur» ftfieétres «t berceau de leurs croyances religieuses. Depuis une cîm^tiantaitie d'années, Maïottè, eônif»# les autres Coffiorres, a vu diminuer sa population à la suite des inirasions qu'y flrcftt, à diverses reprises, au commencement de ce siècle, les hardis et belliqueux insulaires de Madagascar; des dîsseflstons Intestines et tes guerres que tes îles se sont faife<t y ont aussi contribué; toutefois la population d'origine arabe et souahhéli y est encore plus que suffisante pour assurer ï Maïotte dés rapports faciles avec f» côte d'Afrique. Il n'y a pas à en etéepter celle de Moz8mbi4ti6, car on y trouve un plus ou moins grand nombre de familles de religion musulmane descendant de ces Maures qui occupaient \ei royaumes de Sofala et de Mozambique à l'arrivée des Portugais.
Outre le lien moral qu'établissent entre les habitants de Maïotte et ceux des pays dont 11 s'agit la communauté de religion et de mceurs, il est une autre circonstance qui leur permet de donner k ce lien toutes ses conséquences politiques. La langue des Comorres n'est pas absolument la même que celle du Souahhel « mais elle coiflent, ainsi que cette dernière et les divers idiomes usités à la côte, beaucoup de mots arabes. Ces insulaires ont eu et auront toujours, pour s'approprier ces idiomes» une facilité que dével^^e et utilise pour eux la pratique des voyages.
Là ne se bornent pos, d'ailleurs, les moyens de relations que Maïotte possèide avec les contrées roisines. On n'a pas oublié ( f ) que les Antaiaot's de Moudjangaie (côte ouest
(t) y«ir, pouf les éréDetneots kistorifDœ aiaq«eis il est faiS«ll«sioB
— fcl5 — de MadagliÀiel^'y» (tui ofit été et sont eo^re les courtiert de tout le coamefce de cette partie de Ulei ont ea pour origine des famille» étnigrées des colonies arabes de la c^e d'Afri^ que ; que Môt^djangaie a été pendMit longtemps l'entrepôt du commerce de Madagascar, et que ses relations s'éten^ daient aux Comorres , au Mozambique, au Sooahhel , aui côtes de TArai^ie et même à différents endroits de la cMe occidentale de l'Inde. On sait encore qu'après la prise de cette ville par Radama, suivie de l'etpiYlsiOA d'Andrian- Souif de ses États dé Booéni^eeoxdes Antalaot's, et c'était le plus grand nomt^'e, qui ayaient pu abandonoer Moudjangaie durent, à la suite de quelques vaines teotatires pour fonder un nouvel établissement dans le nord-^mest , émigrer partie à Maïotte , partie aux îles de Mozambique et de Zanzt« bar. Enfin, comme une antre cause d'affinité et de rapports entre la population de Maïotte et celle de Madagascar, je rappellerai que depuis i829 les persécutions sanguinaires exercées contre les membres de la famille de Haéama par le gouvernemrat de Ranavalou, et la tyranoique oppression qu'il fait peser sur les peuplades malgaches soumises au joug des llovas^ ont produit un mouveateot d'émigration de tous les points de la grande ile vers ses voisines. La po» pnlatton de Maiotte, particulièrement, s'est accrue d' un nombre assez considérable de ces émigrés pour que, de réfugiés qu'ils y étaient d'abord , ils aient pu en disputer la possession aux indigènes et en contester la souveraineté àisoo légitime sultan. Le pavillon de la France arboré sur Màiiotte
ci-après, Documents tur Vhittoire, la géographie et le commerce de la partie octidêntalê à* Madagascar.
a mis fin à ces conflits : l' administration équitable et éclai> rée de nos agents a établi l'ordre et la paix entre ces éléments divers, mais non hétérogènes; elle en réalisera bientôt la fusion et l'harmonie par une direction intelligente des intérêts de chacun , et habile à faire fructifier tous les germes de prospérité et de richesse réunis sur ce point. Dans cette confiance, bon nombre de familles que les troubles antérieurs avaient éloignées de Maïotte y étaient déjà rentrées en 1846; d'autres, originaires du fiouahhel ou der îles dépendantes du sultan S&ïd, étaient venues aussi chercher, sous le nouveau gouvernement établi a Maïotte, plus de sécurité pour leurs personnes et leurs biens qu'elles n'en trouvaient sous l'autorité despotique et trop souvent spoliatrice de leur chef naturel.
L'émancipation des esclaves, réalisée en 1847 dans notre récente colonie, a subitement arrêté ce mouvement d'immigi^tion ; il reprendra dès que ces populations auront pu se convaincre, par les résultats de cette transformation, que le service personnel et le travail ne sont pas solidaires de l'esclavage. On a pu bien constater, au sein du comité chargé de mettre à exécution le décret d'émancipation, que la crainte qu'il n'en fût pas ainsi était, pour le plus grand nombre des propriétaires d'esclaves, le seul motif de leur répugnance à accepter cette rénovation. D'ailleurT il n'y a chez les musulmans ni ces préjugés de caste et de couleur, ni ce sentiment exagéré de la supériorilé de race dont sont imprégnés, chez des nations cependant beaucoup plus civilisées, l'esprit et le cœur du propriétaire d'esclaves. Dès que ceux-ci ont prononcé, même sans la comprendre, la profession de foi musulmane : « Il n'y a de Dieu que Dieu et Ma-
■yf^P^'T^w^w^'*^^^^^^'^!^-
hoà^estsoD prophète, i» dès qu'ils sontndevenus croyants, ils font, potur^ainsi dire, partie de la famille de leur mattre, et la religion ret^mmaude à tout fidèle, comme œuvre de piété, leur affranchissement. Il résulte de cet ensemble de faits et d'idées que le mahométan s'habitue à regarder l' esclavage comme une sorte d'apprentissage, une initiation à la vie sociale et religieuse, et non comme un ilotisme basé sur l'infériorité de race; aussi n'y a-t-il rien d'exagéré à croire qu'une fois rassurés contre la perturbation apportée dans les conditions économiques de la société, qu'une fois édifiés surla possibilité d'obtenir de bons effets de l'émancipation, les ilrabes et les Souahhéli disposés à venir s'établir à Maïotte n'en seront plus détournés par l'état de choses que nous avons créé dans celte île.
Le ralentissement signalé plus haut dans l'immigration de nouvelles familles en notre établissement a été plus que compensé par un autre fait qu'y a produit également la libération des esclaves. Parmi eux se trouvaient des individus appartenant aui diverses peuplades de l'Afrique et qui pourront, à un moment donné, servir de guides, d'interprètes et d'intermédiaires plus propres que tous autres à diriger et à faire accueillir amicalement les caravanes que des négociants de Maïotte jugeraient convenable d'envoyer à l'intérieur du continent. Demeurés esclaves, on les eût difficilement utilisés de cette manière; mais leur mise en liberté et le bien-être qu'ils en peuvent tirer, en les attachant au pays, constituent désormais des garanties suffisantes pour qu'on les emploie, au, besoin, dans ce but. Voici, d'après le recensement de 1846, comment était composée, à cette époque, la population de Maïotte, et le chiffre des groupes
— ils —
de afférentes nationalités qu'elle eomptenait : Malgaches, 404 ; An^» ou ABtalaok's, 802 ; Mahori ou autocèthones, 44^; Hakûoa, 843; Makondi. 5iSr HfozawMquâS (1), 373} SaA:al&ves, 740; goudUiéii, 5â; A^jouqnBaii, ^i; M«lbé(ie«$, 14 ; Adzouzoiii(M:i#gè»es de la grande Comorre)^ Wi. Voyoi» maintenadit s» le» i4>4itudes nalureUet» elk l'industrie balwUieU^de tout ou fHkiUe de cette pc^olation sont t«Ue» que bous devions espérer d'y trouver les agents et les moyens nécessaires pour entretenir les relations dont il s'agitii Ce (p'on connaît de l'IMstoire de&Coinofres montre que, depuis te coliO^isation de ces lies par les Arabes^ eUes oot entretenu un caJiotage plus ou moins actif entre elles et avec la c^d'Afri^ue^ e| qu'Avjouan particulièrement, dont le sultan exerçait naguère sur rarchipel une autorité suifis^if^, possédait une petite flottille.
I^ colonie antaJaote de M^udjangaie, dont un certain nombre d'anciens habitants figurent ^ns la population de Maïolte, était essentiellement mari^m« et commerciale. Aux familles de cette caste, déjà éts^lies sur ce dernier point, se joindraient encore, si un commerce actif les y attirait, de celles qui sont venues se fiier à Nossi'bé à partir de l'époque OÙ nous avons pris possessioa de cette île [2j. Four constater l'aptitude des Sakalav«& quant à la navigation du cabotage, il Mpl^i^ de rappeler la situation de leur pays originaire sur le littoral occidental de Madagascar et leurs expéditions contre l^es Comorres pQussées plusieurs fois jusq.u;à la côte
(1) BtÉ#ee greape, nnsi'^tte dans le» dtnt précédeoi», se fr<my«â( des iadividus d'auh-es peapUdes situées ea arrière de celles qui sontmeotioDoées, telles que les Gua-Maneadé, les Oua-Iâo, les Oua-M'yita.
{i) Le chiffre de^ Autalaot's résidant h Nossi-bé était, en 1845, 44 U1&.
mTViiK^^ti-'JWS^r^i^-'^'S
(i'Afrkfiie; 1^ détails (ionnés précédemment oat suraboadammenl démoBtré qu'au Hième point de vue J^S^^uai^héli DesoBtpas ififërieurs aui Sekalaves.
Le génie commercial d€S Arabes est connu depuis les temps les plus Feeâtés, et en peut dire que, dwi toutes les populations bâtardes issues de leur croisement avec les indigènes de l'Afrique, chaque individu est une incarnation (le l'esprit de négoce. L'amour du lucre est leur passion dominante; le trafic, leur industrie de prédilection, l'élément essentiel de leur activité. Supposer quelques familles d'Arabes et d'Antalaot's réunies sur un coin de terre baignée par l'Océan et offrant quelques moyens d' échanges, faites qu'elles y trouvent une sécurité suffisante pour les personnes et les propriétés : vous verrez le groupe naissant tourner son attention et ses efforts vers le commerce maritime , et la petite colonie, incessamment développée, acquerra bientôt toute l'importance que comporte la localité. Ainsi se sont élevées ces villes maures de la côte d'Afrique d6^t l'état prospère et florissant étonna les compagnons de Vasco da Gama; ainsi fut créé Moudjandgaie. Et plus récemment n'a-t-on pas vu un fait analogue, quant au début, se produire au village d'Amban'ronggo ou Ambancroun à Nossi-bé, dont une partie des habitants sont déjà en relations régulières d'affaires avec les subrécargues et capitaines de.s navires américains qui fréquentent ces parages, aussi bien qu'avec divers ports de la côte ouest de Madagascar, du Souahhel et même de l'Inde.
Si nous examinons maintenant ce qui s'est produit à Maïotte depuis notre prise de possession de celte île, nous
troaVerons encore ane preuve de la disposition naturelle de ces populations à trafiquer partout et toujours. • ^
Il résulte du relevé des mou?ements de la navigation et du commerce au port de Dzaoudzi r^
4'Que, du 4 "juillet 1847 au l" juillet 1848, quatre-vingtsept bateaux indigènes, jaugeant ensemble 1,946 tonneaux, sont entrés à Maïottë et qu'il en est sorti soixante-dix ;
2* Que les importations faites par ces bateaux représentaient une valeur de 252,008 francs, et leurs exportations une valeur de 15,914 fr. 50 c, presque tous ces navires étant partis sur lest ; ^
5" Que les pays avec lesquels cet établissement a été mis ainsi en relations sont Zanzibar, les Comorres, Nossi-bé et la côte ouest de Madagascar ;
4** Que, parmi les bateaux qui ont pris part à ce double mouvement, vingt-sept appartenaient à Zanzibar, dix-sept à Maïotte, onze à Comorre, dix à Mohéli, neuf à Ânjouan et trois à Nossi-bé.
Ces résultats, bien que très-mînimes, ne contredisent pas l'assertion que j'ai émise sur le génie commercial des Arabes, ni celle de la possibilité d'un grand mouvement commercial à Maïotte.
Jusqu'à présent celte île ne s'est pas ressentie des nouvelles conditions dans lesquelles sa prise de possession par la France l'a placée, ni des facilités commerciales résultant, pour elle, de cette adoption. Tl est facile de s'en rendre compte. En effet, son rôle futur devant consister presque exclusivement à mettre en présence les produits de l'Afrique orientale, de Madagascar et de l'Inde occidentale, et les ob-
jets à la cooYenançe de ces contrées que les pays plus ou moins lointains i)Dt à offrir en échange, ce marché ne pourra entrer en activité dans ce sens qu'après y avoir été sollicité par des demandes faites de part et d'autre. Or il n'y a eu encore rien de tenté pour y déterminer une accumulation des premiers produits; les quelques navires français que les besoins de l'établissement et ceux de la société des Comorres y ont appelés avaient des instructions pour se diriger vers des points plus éloignés aussitôt que leur déchargement était effectué : on ne se préoccupait» en aucune façon, de leur préparer, sur les lieux ou dans les environs, une cargaison de retour. F^es navires américains ont plusieurs fois louché à Maiotte pour y déposer, outre des vivres propres à la consommation de la population européenne, quelques marchandises destinées à celle de la population indigène et au commerce de la côte , mais sans chercher, plus que les nôtres, à s'y faire apporter les articles qu'ils trouvent à Zanzibar. D'ailleurs, ainsi qu'on le verra bientôt, cette affluence de produits de l'Afrique sur le marché de notre établissement demande, pour s'effectuer, un ensemble de maures, un concours d'efforts que ne sauraient réaliser quelques individus isolés, eussent-ils l'intelligence complète de ce nouveau mécanisme. Bref, il résulte de tout cela que Mjiïotte n'a pu avoir, jusqu'à présent, que les relations commerciales toutes spéciales auxquelles donnent lieu sa production et sa consommation. Or il suffit de se rappeler ce que nous avons dit de son étendue, de sa population et de l'état précaire dans lequel elle est encore, pour comprendre que, n'ayant que ces deux éléments, son commerce est forcément , aujourd'hui , très-restreint. Le personnel que le gouvernement
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4e la métropole y «ntretiest et les travaui qu'on y exécute par son ordre déterminent, en partie, la consommation, sans nécessité d'une production correspondante.
Pour terminer cette digression et revenir à mon sujet, je ferai remarquer que les spéculations dont j'ai donné plus haut une idée gériérale ont été entreprises, pour la plupart, sous uii pa?illon moins favorisé que le nôtre dans les États du Sultan, sans conibinaison appropriée aux besoins de l'extérieur, c'est-à-dire sans intelligence des voies nouvelles ouvertes au commerce général des contrées voisines par la création d'un port franc à Maïotte devenue colonie française, sans capitaux suffisants, sans ensemble, sans mot d'ordre, sans direction, sans autre mobile enfin que cet amour du lucre, cet esprit mercantile dont je ne fais, pour le moment, que constater l'existence dans la population de l'île, sauf à indiquer plus loin le rôle utile qu'on leur assignera. ' ' ■ ■ -^ •■ •
Quant aux moyens matériels ou instruments nécessaires pour Agir sur une plus grande échelle, les uns (les bateaux) y existent en partie déjà et sont en puissance de s'y riévelopper rapidement, ainsi que dans les environs ; les antres (les objets d'échange) y sont, je l'ai dit plus haut, actuellement insuffisants; ils doivent principalement venir du dehors, quoique la production et la consommation partfculières de Maïotte et des Comorres soient en demeure d'y fournir aussi bientôt en de certaines limites. Il ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que je n'ai pas à démontrer la richesse actuelle de la population , mais que je veux établir clairemenl qu'il y a en elle et autour d'elle des circonstances favorables propres à assurer de beaux bénéfices à ceux, qui
engajgerffiofit leur itidlistrte pu ietirs «apiteiii dam les spéculat^'ons qu'ir,«st pp98il»l«<fy teMer. ^^^ ^*-- ^^ -- -
Atix dit-neuf bateaux que possède aBfounl'fay ie oaaDmerce de Ftie Haïotte, s'a^uieraieDt iaimédiateÉiefil, s'ii en étaK besoin, c«ix de tout l'arehipel qui » dans àe Boavement aniusei doot oous avoas doMié kë rdmHata pHi^lpaut, ont flgaré au noiBbre de ireste. Beaucoup 7 Maodraient encore de Zanzibar se fcâre franciser pour joair du bénéfice accordé, par le traité, à notre paviHon* dftna les Ëta<£ du Sultafi. D* ailleurs, tes fonatractears aiHit «omèTeun parmi 1^ Antataot's et les Arabes; sans parler des forêts qui couvrent les côtes voisines, les bOts aboadeat dans Jes iles du groupe, surtout à la grande (^omorre; celle-ci a pa«M' industrie spéciale la confeclioti du bastifi, susc^tMe aussi d'èlre fiibriqué daris plusieurs localités des environs; un confectionne dans ces dernières te coton tissé pour voiles; le coton en- laine, et les résines qui reasplacent l'étoopa et le brai pour le calfatage, sont des procUiita oaturels dont Madagascar est richement pourvue; en un mot, tout ce q«i est nécessaire pour la création d'une sombreuae Gottiile à Maïotte se trouve, en quelque sorle, soûs la fliéin. Mais, en l'état actuel du mouvement commercial auquel prend part notre établissement , les batea«ïx qui le fréqucntenft soat en quantité plus que suffisante, puisque ki presque totalité de ceux qui y pas<^nt sont dans l'obUgalioa de partir sur lest. Est-ce à dire qu'il eu sera lon^mps ainsi?
Je no le pense pas, et je vais essayer de justifier mon opinion en expliquant d'abord comnaent aujourd'hui Maïotèe ne fournit presque rien à l'exportation.
Depuis un demi-siècle, et jusqu'à notre pnse de posées^
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sioD, elle avait vu son territoir^ntièrement dévasté soit par les invasions de pirates tiialgaches, soit par des luttes avec ses voisins ou des dissensions intestines; sa population réduite, les maux et les agitations dont elle se sentait tou« jours menacée, l'absence de la sécurité indispensable au développement du travail , l'insouciance engendrée par le fatalisme oriental, la désespérance d'un meilleur avenir avaient plongé ses habitants dans une oisiveté que favorisait encore la fécondité de l'ile en productions telles que noix de cocos, bananes, patates et racines nutritives. Ils y trouvaient à coup sûr des moyens sufOsants de subsistance, et c'est à peine si les plus exigeants y ajoutaient quelques plantations de moutama ou de manioc. ^"^
Quant au riz, ce grand élément de commerce, il n'y en avait même plus pour les semences. A la fin de 18^4, alors que notre influence commençant à dominer à Maïotte y assurait le triomphe d'Andrian-Souli, et que l'espoir d'un avenir plus tranquille reportait vers l'agriculture tous les soins des insulaires, l'administration de Nossi-bé expédiait au sultan de Maïotte vingt et quelques sacs de riz en paille qu'il avait demandés pour ensemencer ses terres.
Dès ce moment, la culture du riz et des autres grains a pris de l'extension chaque année ; mais la population s' étant accrue, en même temps, par de fréquentes immigrations, la production agricole n'a pas encore dépassé les besoins de la consommation. Il faut remarquer, en outre, que, depuis quatre ans environ que les travaux d'établissement et de fortifications ont été poussés un peu plus activement, l'administration a employé comme manœuvres et ouvriers un grand nombre d'indigènes; tandis que d'autres
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préparaient de l'boiie de coco pour les besoins de rétablissement. Enfin' la libération des esclaves, en changeant lei^ conditions du travail , ralentissait aussi le progrès qui commençait à se faire sentir.
De ce concours de circonstances il est résulté que» jusqu'à ce jour, Maïotte n'a pu fournir en propre que des cocos et des sacs de natte à l 'exportation. On comprend maintenant comment le chiffre de cette dernière est resté borné comme l'indique le relevé commercial donpé pins haut. L'industrie agricole de l'île ne doit pas se tenir dans les limites étroites des soins réclamés par les grains nourriciers et les plantes vivrières. De vastes portions de son sol , éminemment propres aux cultures coloniales, appellent un emploi plus lucratif. Le système de concessions que le gouvernement a adopté dès la prise de possession ouvre la voie à tous ceux qui sont disposés à consacrer au développement de ce genre de richesses leur industrie et des ressources suffisantes.
Jusqu'à ce jour, quoique des demandes assez nombreuses aient été faites, et plusieurs d'entre elles accueillies par l'administration, il faut reconnaître que les concessionnaires ont mis peu d'empressement à en profiter (4). En réalité, il n'est encore que deux deces derniers dont le travail d'exploitation ait été sérieusement entrepris et poursuivi avec persévérance. La plupart des autres étaient de ces hommes sans conscience des moyens et des efforts intelligents que de telles créations exigent. Mus par la seule idée d'acquérir gratis «ij^ propriété terriloriale dont ils espèrent, d'une
(1) Depuis qae ceci a été écrit, l'état de choses a subi , k cet égard, de Dotables améliorations, dont il sera dit un mot à la note finale.
maotère quelconque, lirer parti, \h n'ont sosgé à s'idjoindre ni les capital istet, ni les outri^^ «écessaires à la mise en valeur du terrain qu'ils avaient obtenu. D'autre part, à l'occasion de la mort d'un colon qui Tenait à peine de s'établir dans la localité, on proclama à^aoé brait l'insalabrité du climat, et cet accident suspendit, parmi les créoles de la Réunion particulièrement, l'exécutioa àe tout projet d'établissement agricole à Maïotte. <
C^te insalubrité est un fait acquis pour les indigènes; pour moi , elle est incontestable ; néanmoins je prétends qu'on peut s'en mettre à l'abri et qu'elle ne saurait, en conséquence, arrêter le mouvement colonisateur.
L'habitation de la grande île, pendant la nuit, parait, sauf de très-rares exceptions, devoir entraîner, pour les étrangers, le développement d'une fièvre de la nature la plus grave. £n cette limite, son insalubrité est pernoauente. iVlais, durant le jour, on s'y livre aux travaux les plus pénibles sans avoir à craindre de telles influences. Cette ditférenc« n'est pas particulière à Maïotte; elle a été consitatée dans chacune des localités voisines : é Zanzibar, sur la côto orientale d'Afrique el sur celle de Madagascar. Mon opinion à ce sujet est, de plus, basée sur des expériences multipliées.
J'ai vu, à diverses reprises, pendant le séjour du Ducouédic à Maïotte, de quinze à vingt-cinq matelots travaUlant au jardin de la station, depuis six heures et demie du matin jusqu'à la nuit, et cela durant trois mois consécutifs; aucun d'eux néanmoins n'a été atteint de fièvre ni d'autre maladie; c'étaient, au contraire, les hommes les mieux portantsde l'équipage. Lorsque le tenais était clair, on suspendait le travail au soleil , de dix heures et demie à deux heures et demie; mais
cette mesure, toate de précaution, serait certainement ioiHile pour des travailleurs indigènes. Quant è racelinaatBti(Hi des Européens sur les Ilots Dzaoudzi et Pamanzi , k en juger par ce qui s'est passé depuis le conmencement de l'occupa* tiop, etie semt^e devoir s'effectuer sans d^angers sérieax (1). On p^t donc les considérer comme an lieu de refufe pendant la nuit pour ceux que leurs travaux retiendraient le jour sur la grande île. Dira-t-on que ce qui est facile à faire à Kouéni , par suite de sa position rapprochée de l'établisse ment, deviendrait plus difficile et même bientôt impossible à mesure que les terrains à exploiter s'en éloigneraient? Mais il s'agissait d'une exploitation considérable, d'une opération qui doit enrichir ceux qui l'entreprennent; s^irait-ce donc un sacriflce hors de proportion avec un pareil
résultat d'avoir en face de son habitation un bateau ou petiit
î (1) La salubrité relative de Dzaoudzi et de Pamanzi a été depuis mise ep questiqn par l'épidémie qui s'y est manifestée en 1849, et «n est, en attendant de plt^ amples reufieignements, retenu, k cet égard , dans un douije forcé; toutefois la coïncidence remarquable de Taggravation extraordinaire des maladies avec rexécution de certains traranx tendant à modifier l'état du marais de Pamanzi permet de croire que le nouvel éi^t créé par ces trarau^ a été la plus active, sinon la seule cause d'une leilje aggravation. Au pis aller, d'après l'expérience des années précedcnte.-j, d'après celles qui ont été faites depuis notre installation à Nossi-bé,d'apréis ce qui se passe même à Madagascar, on serait autorisé à ne voir danjs' l'épidémie qui s'est produite à Dzaoudzi, durant l'hivernage de 184(^, qu'un accident pouvatTt apparaître à des intervalles plu^ ou moins longs, comme, avec des ravagés beaucoup plus terribles, sévit la fièvre jaunie aux Antilles, et comme semble devoir le faire désormais le choléra danis le monde entier. i I
Que sont les faits résultés de l'épidémie de Dzaoudzi proportionnellement à ceux de ces deux fléaux? La ièvre jaune a-t-elle empêché de transformer les lies dt l'Amérique en riches et florissantes ooKmies? La persévérante inteJKgeoce des Hollandais n"a-t-elle pas vaincu les ièvres mortelles de Java, cette lie magnifique qui doit être a la fois use source
ponton, convenablement installé et offrant un logement sufGsamment commode pour servir de refuge pendant la Miit (1)? De bonne foi serait-ce un argument sérieux et prouvant l'impossibilité de cultiver Naïotte que celui qu'on prétendrait tirer de cette nécessité, pour le maître, de ne pas coucher sur son habitation? Il est, d'ailleurs, une preuve irrécusable de ce que j'avance, ce sont les i,200 hectares que, dans l'espace de moins de quatre ans et avec des moyens restreints, M. Ciret, représentant de la société des Comorres, a fait planter de cannes à sucre, de caféiers et de girofliers. Les cannes sont magnifiques, et il aurait pu manipuler dès la fin de 1848, si son usine avait été prête. M. Ciret a cependant bien quitté sa propriété, chaque soir.
Je vais terminer cette digression en donnant une idée de l'importance qu'est susceptible d'atteindre le développement agricole de notre établissement.
La superficie de Maïotte est de 32,000 à 33,000 hectares. D'après le rapport de toutes les personnes qui l'ont par-
de prospérité pour la mère patrie et le salât de sa puissance maritime? L'effrayante mortalité de Sierra-Leone et des antres colonies anglaises de l'Afrique occidentale les a-t-elle fait abandonner par leur métropole? La France abandonne-t-elle le Sénégal ? Eh bien ! sans refuser satisfaction au sentiment d'humanité qui doit de plus en plus prédominer dans les décisions et les actes du gouvernement, il y a lieu moins encore de négliger Maïotte et de désespérer de son ayenir conmiercial et agricole, car l'insalubrité qui y règne peut être Combattue, et elle ne saurait, moyennant radoption de certaines mesares, mettre obstacle à son exploitation agricole ni à l'activité commerciale dont elle peut être le centre. (1) J'ai appris, depuis peu, que M. Soyer de Yaucouleurs, capitaine au long cours, qui , après avoir visité Maïotte, s'y était fait donner une concession, était parti, pour en diriger lui-même l'exploitation à, bord d'un vieux navire dont il comptait faire l'usage qa« je viens d'indiquer.
coarae, les vallées et les plateaux, de hantear modérée, sont couyertsd'un terrain fertile, propre aux diverses cultures coloniales et dont l'étendue est évaluée à plus du quart de la surface totale; elle serait donc de 9,000 à 40,000 hectares. Cette fertilité se trouve déjà justifiée par les cultures réalisées à Kouéni. Les cannes y sont de la plus belle venue et tellement riches en matière saçct^rine, que, selon les autorités compétentes, le rendement de la gaulette serait plus du double de ce qu'il est à la Réunion. On a remarqué, en outre, à Kouéni, que les cannes de deuiième et troisième coupes étaient bien supérieures en grosseur et en
nombre à celles de première ; elles rapporteront , assuret-on, pendant dix ou douze ans sans être désouchées : elles sont bonnes à être manipulées après un an de plantation; mais il y aurait avantage à attendre quinze mois : celles provenant de recoupes fleurissent au bout de huit mois et peuvent alors être également manipulées. 11 résulte de ces détails que, sauf les mois de mars et avril , où la canne est aqueuse, on ferait du sucre, toute l'année, à Maïotte. M. Ciret, directeur de la plantation de Kouéni, affirme qu'il est loin de croire que l'évaluation de 20,000,060 de kilogrammes de sucre, donnée comme production possible de cette exploitation à Maïotte, soit exagérée (1) : cela porterait, d'après le rendement de l'hectare à la Réunion, à environ 3,500 hectares l'étendue de terrain propre à cette culture que devrait contenir Maïotte, et à 2,000 hectares seulement, si on tient en partie compte du rendement proportionnel, beaucoup plus considérable, que promet la fécondité du s^, à en juger par Kouéni.
(1) Voir soD rapport à la chambre de commerce de Nantes.
Le caféier y réunit parfoiteroént» ans»» bien que le girofle, et l'eiptoitetioB de ees deui sources de richesses apportera ée grandes facilités au début du mouvement commercial dont notre colonie deviendra le centre^ car elle augmentera ses moyens d'échange. Le cocotier y est indigène; il »'accomiiiode>. (failleicrs, des plus mauvais terraina : on le m«ilif(iera donc saiis préjudice des cultives plu» ricfafes; l'huile ée a>co est un e^tà d'encombrement ^\ n'est pas dénué de valeur.
£d prenant la quantité de sucre, dimÀnuée de moitié, que BOUS venons d'évaluer précédemment, et en y a^ottlant celle qu'il est permis d'espérer en café, girofle et huiJe de eoco, on peut adoMitre, san^ craindre aiucune exagération» que Matotte fournira dans pen d'années, par sa seule production agricole, phis de 42,000 tonneaux de fret; c'est l'emploi d'une trentaine de navires de 400 tonneaux , et notre commerce n'en est malheureosement pas » dédaigner line pareille opération.
Dans les piroduits qui viennent d'être mentionnés, il en est, tels que le café et le sucre,, qni, outre leur convenance pour l'expoctation lointaine, se trouveroM aussi plus à portée de la consommation des localités voisines que leurs^ similaires de tout autre lieu. Avec un peu d'indu^rie et quelques dépenses fort modérées, on en appropriera d'autres à ce même nâage : l'huile de coco servira à la fabrication du savon; de l'enveloppe fibreuse de la^nçix, connue dan;? le négoce soi»s le nom de ^%teir, on fera du cordage ou bastin; on extraira du girofle l'huile essentielle, râherchée, par les indigènes, comme parfam et comme médu:ament; op préparera les sirop&poui boissons et sorbets dont l'usage
est si répaedu ch«s les populations musuknaoes; eofio le sucre blanc 4e Maiotte m substituera natureUenent, sur le marché de Zanzibar, à celui qui y arrive d'Amérique à plus grandsfrais^ ■,• ;;.,.*■',', r .• ,'= ..-^y ...... .
Il paraîtrait préniaiuré, sans doute, de parler de la créatioa possible d'une industrie beaucoup pius^ importante , la confection des cotonnades recherchée» par les Africains et les Malgaches. Je ne veux pas comprendre cette éventualité au nombffe des éléments de vitalité commerciale que Maïotte posséderait bientôt. Je ferai remarquer seulement combien, par sou voisinage de Madagascar, notre nouvel établissement aurait de facilités à en tirer le coton, les substances colorantes et les gommes que cette île, fournit en abondance, c'est-à-dire toutes les matières premières nécessaires à la fabrication dont il s'agit. Il ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que les pays environnant Maïotte sont complètement dépourvus de manufactures; et nous n'aurons pas à craindre, de loogtenops, la concurrence de leurs populations.
Je crois avoir donné une idée suffisante des moyens et des ressources que Maïotte offre ou pourrait offrir pour un cabotage actif avec les régions circon voisines, et pai;ticnliè rement avec les ports du continent africain ; j'ai sigualé les relations régulières qu'elle entretient avec diverses localités, et l'extension dont elles sont susceptibles à la faveur de certaines circonstances; enfin j'ai constaté la possibilité, pour cette île, au moyen de sa production agricole et de quelques industries faciles et peu coûteuses, d'alimenter en partie ces relations.
D'autre part, j'ai exposé les éléments et le mécanisme du
commerce qui se foit à la côte orientale d'Afrique, et les coDditioDS dans iesqueMes les négociants étrangers devraient se placer pour réussir. Du rapprochement de ces deux études il ressort que Maïotte, déclarée port franc et jouissant, comme possession française» du bénéfice de notre traité de commerce avec le Sultan, réunit toates les facilités pour faire arriver sur son marché, avec des frais moindres, les produits des contrées environnantes, et distribuer ensuite ellemême aux peuplades indigènes les marchandises d'échange qu'elle serait à même de recevoir. - « .?'
Ceci établi, j'aborde la question pratique, c'est-à-dire l'exposé de la marche à suivre et des moyens d'exécution.
Ce qui a nui jusqu'à présent au développement du commerce européen, c'est, d'une part, l'incertitude, k lenteur des opérations et le prix élevé des produits africains sur les marchés d'où ils sont exportés; d'autre part, les habitudes usuraires et l'esprit routinier des traitants arabes et souahhéli , qui ont en pour résultat d'amoindrir au lieu d'accroître la consommation. Superfétation des agents poun la circulation et la distribution des produits, entraves fiscales apportées à l'une et à l'autre, voilà ce dont il faut débarrasser l'échange. Nos commerçants n'atteindront ce but que par la création d'un entrepôt à Maïotte.
Ce n'est pas, d'ailleurs, pour des spéculations avec le continent seulement, que ce point ofi're ces nouveaux moyens d'action à no» armateurs et à nos négociants. Si je me sui$ préoccupé d'abord exclusivement de ce qui concernait le commerce de l'Afrique, c'est que l'étude de ce dernier a été l'objet principal de mon exploration, et que les opérations qu'il comporte devront servir de point de départ et d'ali-
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ment à tckites les autres ; voici , tel que je le conçois, le plan de ces opérations '. . ,^,,4,, ^,., ,,,..„,
Je prenës une maison de commerce ou une société disposant d'un capital social de 2 millions, {>ar exemple, en miméi^ire, marchandises et matériel, et je suppose qu'elle ail obtenu à Maiotte la concession d'un terrain pouyant offrir
de 1,500 à 2,000 hectares propres aui cultures coloniales, sucre, café et girofle. En même temps que les agents installés à Maïotte pousseront ces travaux avec la plus grande activité, ih procéderont à l'organisation du personnel spécial et du matériel nautique; celui-<;i se composera, d'abord, de deux ou trois bateaux de 25 à 40 tonneaux, construits ou achetés sur les lieux. Us serviront à la fois à munir rétablissement agricole de travailleurs indigènes, de matériaux fournis par les environs, et à commencer sur la côte quelques échanges au moyen des marchandises apportées de France.
Quant au personnel, le but que l'on doit se hâter d'atteindre étant d'établir des rapports directs avec les peuplades de l'intérieur de l'Afrique, ce personnel comprendra, putre les agents connaissant les affaires du Souahhel , des individus bien au courant de celles de l'intérieur et capables d'y diriger et d'y faire accueillir une caravane de marchands. Enfln, comme le~ résultat fînat est de substituer Maïotte à Zanzibar dans le rôle d'entrepôt de l'Afrique orientale, on évitera, autant que possible, l'intermédiaire de ce dernier marché. Pour cela, il fa,udra s'assurer des correspondants sur les diverses places avec lesquelles il serait avantageux d'avoir des relations : telles sont Mandevi, dans le
Keutch; Mascate, en Oman, entrepôt du golfe Persique ;
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irkeHé, à la côte sud d'Arabie ; Mogiiedchoa, Braoua» Lâmoa à la côte d'Afrique.
Il sera néeessaipe de se i^eitre en eorrespcméanoe avec les naisMis américaines qui expédient annuellement des navires à Zanxibar. C^ maisens ont dë|à prouvé, par l'organe de rag«nt qu'elles y entretiennent, qu'elles sont disposées à comprendre Ma'iotte dans les escales de lenrs navires dèsqu* ils auraient la certitude d'y plaeer quelques parties de leurs eargaiaons (i). Or aetueltement/ et il en sera, sans doute, longtemps de même, lé coloa éeni américain dit hkami est un articl* indispensable poqr traiter dans tons ces parages ; nos maisons de Maiottft auront donc à s'en approvisionner, et elles trouveront toujours de l'avantage à le recevoir de première main. Elles s'ouvriront ainsi un débouché pbar le oopal, l'ivoire, le sésame, les peaux, ete. , que le début de nos opérations avec la oôteaBre amassés sur notre marché.
On pourra jog«r, d'après \» indications données au ànjel
dQS ÉUt^-ynis k Zanzibar :
Zanzibar, le 25 ayril 1848.
Monsieur le coanuandaDt, lorsque roas tous trouriez dernièremeot à XamibaT, je voua amniK« qn'in#iibitafc)«meQt la barque anéricaiae StiÇr, k son rf tour des ^(ats-llnii, appQrterait yne cargaison dQ {iroYisioDS pour Maïotte. D'après les encouragements donnés au capitaine par M. PMsat^iHM propnétMves Vont expédiée pour Nossi-bé et Majfette, avec d(ta> liripe^, 4^ f-Mi^qs de ^ul et ^ por^, ei, divacftmtve» arti«l«s. Si le commandant de Maïotte y donne de suffisante encouragements, je D*ai aucun doute que nos associés en Amérique ne s'empressent d'enroyer à Maiotle deai ou troia M* par aa, et de tetir eette station bien appravisionnée. Je tous en informe, afin que vous puissiez le communiqner à M. Passot, si, dans votre opiaion,^ vous jugez convenable de le faire, etc. Signé eHAMu Wa>B , eowntl des ttits^Unif d^Amériqoe.
r?î(sf «nîEwij^ ^î^:;
des dWers articles du commerce extérieor de i' Africjoe oricn^ taie, quels sont les produits français dont le comptoir devra se munir tout d'abord; les édiantillons recueillis par M. l'agent du ministère du commerce seront, pour le choii" à en faire, des indications plus pratiques et plus positives encore. Ces produits ne trouveraient pas immédiatement un placement assez abondant pour former une cargaison com plète, mais les premiers envois seront naturellement combinés avec d'autres besoins à satisfaire. Je range dans cette dernière catégorie le transport du matériel nécessaire à lélablissement du comptoir et à l'exploitation agricole, puis le fret de quelques approvisionnements que le gouvernement aura, sans doute, à y expédier; enfin des vivres, des vêtements et généralement tous les articles propres à la consommation particulière de Maïotte, Nossi-bé et des possessions portugaises. Ces chargements partiels peuvent parfaitement convenir aussi à des navires armés pour ia côte de Goromandel, destination pour laquelle le fret, jusqu'à pré* sent, n'a jamais été suffisant (1).
Ainsi s'engelidrera, sans avances considérables, sans essais hasardeux, dans des limites restreintes au début, mais tendant à se développer chaque année, le mouvement qui accumulera sur le marché de Maïotte les produits demandes par les contrées voisines et que répartira son rabotage. Voyons comment prendra naissance et s'alimentera le mou*
(1) La société des Comorres a déjà osé de ce moyen pour plusieurs des envois de marchandises et de matériel qu'elle a fiiits i son étabTissement; il n>st pas de navires partant de Nantes pour la cdte de Corontaodel qui ne lui demande*! éa fret poor Maïoite e4 qai n« SMeat heureux d'en prendre à raison de 2â francs le tenneaa ; à ce ^i\, i\a préfèrent Tescale de Maïotte à celle de la Réunion.
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yement de réexportation des objets d'échange rapportés par les bateaux de la société.
On sait déjà , par la nomenclature raisonnée que j'en ai faite, quels sont les articles que le continent africain offre aujourd'hui à l'exportation.
Les échantillons recueillis par M. l'agent commercial sufSront pour éclairer nos négociants sur ceux de ces articles qui sont susceptibles d'un placement plus ou moins avantageux dans la métropole. Les tfiggpignements que j'ai consignés» d'autre part, au sujet des opérations des commerçants américains, anglais, etc., font connaître les articles qu'ils pourraient venir derhander à Maïotte ; on sait donc quels sont les produits que, par le cabotage, Maïotte devra chercher à accumuler sur son marché pour la réexportation.
Dès la seconde année, au moyen des seuls produits de la côte, notre comptoir serait à même d'effectuer le chargement d'un ou deux bâtiments : il comprendrait les riz de Nossi-bé ; le girofle de Zanzibar, payé en ce lieu moins cher qu'à la Réunion (1); enfin on y joindrait une certaine quantité d'huile de coco que fournirait Maïotte, si l'établissement voulait mettre au nombre de ses premiers travaux l'installation d'un moulin ou pressoir destiné à cette fabrication. En tous cas, le fret pour réexportation s'augmentera bientôt des produits de l'exploitation agricole. Dès la troisième année, si les travaux ont, été bien conduits, le sucre entrera dans la composition dés chargements pour France :
(1) Les opérations récentes des navires du Saltan envoyés en France prouvent que cet article, exporté de Zanzibar, peut être d'un bon placement.
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il en sera successivement de même du café et du girofle récoltés sur les lieux (1). Ces produits s'ajouteraient aux articles à offrir aux Américains en échange de leur coton fabriqué.
Nos opérations peuvent aussi , dès à présent , embrasser la partie du continent africain où sont enclavées les possessions portugaises du Mozambique : la législation douanière qui les régit est tellement préventive, qu'elleétablit.pour ainsi dire, une prohibition à l'égard des produits étrangers (2). les caboteurs portugais, placés en dehors de ces mesures fiscales, viendront seuls, comme ils l'ont déjà fait, chercher à Maïotte les marchandises françaises ou autres. Cette île sera donc l'intermédiaire indispensable à nos opérations avec le Mozambique.
Enfin ses relations s'étendront à la c6te de Madagascar dès que l'interdiction portée d^uis quelques années contre le commerce étranger cessera sur tous les points de cette île où s'exerce l'autorité du gouvernement hova.
(1) Je mentioDDe ici pour mémoire que des plantations de caféiers et de giroQiers existent déjà à Nossi-bé et paraissent devoir y bien réussir ; il est inutile de dire q]ie Maïotle deviendrait naturellement l'entrepôt de toutes ces productions.
(2) Jusqu'à présent, à côté du régime légal, il y a toujours eu, il est vrai , un régime de tolérance motivé par le complet dénûment de certains objets de consommation où se trouve fréquemment le marché de Mozambique. Alors le gouvernement local autorise, moyennant le payement d'un droit arbitrairement fixé et spécialement applicable à la circonstance présente, l'introduction des denrées ou marchandises dont la place est en disette. Mais on n'assied pas une opération sar nn état de choses si éventuel et si précaire ; pour ces cas exceptionnels , l'entrepôt de Maïotte, placé dans le voisinage, peut seul agir opportunément, et par suite calculer sûrement les résultats possibles d'une pareille spéculation.
Voilà donc Maïotte devenue ]e centre des mouvements divers que je viens d'indiquer, offrant, aux navires se rendant du Cap à la côte occidentale de l'Inde , dans le golfe Persique et dans la mer Rouge, une escale où ils pourront se livrer à de nouvefles spéculations. Croit-on que, dans de telles conditions, elle n'aura pas sur l'itinéraire de ces navires une influence analogue à cella qu'exerce aujourd'hui Maurice sur une partie de ceux qui font les voyages de l'Inde? Certes la production agricole et la consommation locale de cette dernière île, qui sont, en définitive, la cause presque exclusive de la direction du courant commercial actuel, seront toujours plus considérables que celles de Maïolte; mais, en revanche, l'entrepôt de notre colonie sera pourvu d'articles plus variés et comprendra, outre les quelques objets de l'Inde que reçoit sa rivale, ceux de la Perse, de l'Arabie, de l'Afrique orientale et de Madagascar, dont le cabotage est bien autrement facile et moins coûteux à notre possession qu'à celle des Anglais. Quant à nos propres expéditions pour la côte orientale de l'Inde, et particulièrement pour celle de Coromandel , j'ai eu déjà l'occasion de signaler que l'escale de MaÏQtte pouvait, avec ' avantage, être comprise dans l'itinéraire des bâtiments consacrés à ces voyages. A leur retour, notre établissement de Pondichéry leur fournira du savon, des guinées et quelques cotonnades qui serviront à la consommation de Maïotte, des Comorres, de Nossi-bé, et que la première de ces îles emploiera fructueusement dans ses opérations avec les populations de la côte d'Afrique. Des étoffes appropriées au goût de celles-ci ont été fabriquées, comme essai, dans notre comptoir indien. Leurs prix modérés permettent d'espérer
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qu'elles pourront entrer en concurrence avec celles du même genre qui ont été apportées jusqu'à ce jour du Keutch ou du Gouzerale.
On voit maintenant que je n'ai point fait une digression inutile, et que cette étude sur Maïotte, qui , un moment , a * semblé ra'entraîner hors de mon sujet, était un complément rigoureux à la partie commerciale du compte rendu de mon . exploration. ^i ^,
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