LIVRE m
PERIODE inUSIJIilflAlVE.
Les Arabes fondent de petits États independauts à la côte orientale
d'Afrique.
L'empire romain marchait rapidement à sa dissolution. De tous les points du monde , les barbaries se ruaient à la curée gigantesque, et chaque horde, s'acharnant sur su proie , emportait un lambeau du colosse agonisant. Obligés , pour se défendre, de rappeler leurs troupes disséminées dans les contrées lointaines, les césars voyaient ces dernières s'affranchir de la domination impériale ou succomber sous un nouveau conquérant, lis n'avaient plus pour tributaire le commerce de l'Inde et de l'Afrique orientale ; le port d' Aden, centre de ce commerce, et auquel ils avaient imposé le nom de port romain, n'était plus sous leur domination, et, peu à peu, leurs légions avaient abandonné l'Arabie tout entière.
Cependant l'Yémen n'était pas resté longtemps indépendant : les chrétiens d'Abyssinie l'avaient conquis, et, par suite de la conformité de foi religieuse, des relations suivies s'étaient établies enlre les nouveaux et les anciens
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mjjitres de l'Arabie Heureuse. Les intérêts commerciaux rendaient, d'ailleurs, cette alliance précieuse à la courdeConstantinople : car les ports de rArabie,.qui s'ouvraient sur l'océan Indien, offraient, seuls, aux Romains un moyen de s'affranchir de la dépendance des Perses pour l'importation de la soie; celte considération avait même engagé Juslinien à envoyer plusieurs ambassades dans l'Yémen ; mais les princes de celte contrée ne purent , ainsi que nous l'apprend Procope (i), remplir complètement les intentions de l'empereur. Les marchands persans , favorisés par l'heureuse situation de leur pays, par sa richesse et sa puissance politique, continuèrent à affluer sur les marchés de l'Inde et à y dominer.
A cette époque, en effet, l'empire des Perses, gouverné par la famille des Sassanides , acquérait une prépondérance de plus en plus marquée. Le commerce de l'Inde, auquel il participait déjà au temps des Séleucides, et qui, sous la <iomination des Parthes, avait fait la prospérité de la ville de Séleucie , s'était élevé à des proportions bien plus remarquables encore sous la nouvelle dynastie : on sait à quel point devinrent alors florissantes, par suite du mouvement de navigation quts'établit dans le golfe Persique, les villes de llira, d'Obollah et de Sohhar. Sous Chosroès le Grand, ce commerce presque tout entier était tombé aux mains des Persans. Le peu de concurrence qu'ils eussent encore à redouter sur le marché indien venait des ports de l'Yémen; et cette partie de l'Arabie ne devait pas tarder à être ellemême occupée par une armée persane.
Vers lan 001, Séif-ben-Dhou-\ezin, l'un des derniers des-
1 Prnrop. (le BcUo Pcrsiro. cdtdon de IHfi'i, In. 1, eh. xx, p 01,
cendants des rois Hymiarites, ayant demandé le secours de Chosroèslï (1) pour délivrer l'Yémen du joug des Abyssins, le puissant monarque arma des troupes et fit envahir cette province. Ce fut près d'Aden, où le débarquement avait eu lieu, que se livra entre les Perses et les partisans de Masrouk, le roi abyssin, un combat acharné où celui-ci périt. La mort de ce prince mit fin, dans l'Arabie méridionale, à la domination
(!es Ethiopiens, qui avait duré soixante-douze années r et , à partir de cette époque, dos vice-rois gouvernèrent le pars au nom de la Perse , jusqu'au jour où MahomtTt le soumit à ses armes.
Cependant, quoique placés sous une nouvelle domination , les Arabes prirent, comme durant celle des Romains , une grande part dans le mouvement comniprcial , soit à titre d'agents, soit à titre de spéculateurs. Les relations qu'ils en tretenaîent à Socotra, à la côte d'Adel et à la côte orientale d'Afrique, relations que les vicissitudes politiques avaient pu gêner mais non détruire , la position centrale de leur pays , relativement à ceux où se faisait le commerce , leur aptitude maritime, tout enfin contribuait à faire d'eux des intermédiaires. Leur abaissement , en tant que population vaincue et soumise, ne laissait pas moins persister leur su-
it) Plusieurs écrivains orientaux, entre autres Nikbi-ben-Massoud, Histoire des rois de Perse, manuscrits persans, n» 61, et Shehab-Eddin- Ahmed-el-Mokri-Asaffy, Livre des Perles, attribuent le fait de lexpulsioa des Abyssins de l'Yémen à Chosroès I", connu sous le nom de Aowchirvan. (Voy. les notices de M. de Sacy sur ces deux ouvraees, Notices et extraits des manuscrits de la hibliolhèqru du roi, t. II.) iSous avons cru, en cette circonstance, devoir adopter la version de M. Noël Desvergers, orientaliste distingué, auteur d'une Histoire de V Arabie. (Voy. la partie Arabie de I'Univers piTTOREsorE.)
préraatie commerciale, éclipsée seulemeQ.t, et plus encore en apparence qu'en réalité, sous la domination des conquérants que le flot des révolutions amenait et emportaiit tour à tour.
Après tout, dans ces mers où ils naviguaient depuis si longtemps avec, tant de hardiesse et de bonheur, et notamment à la côte orientale d'Afrique, les Arabes (et c'était là une des principales causes de cette survivance opiniâtre de leur commerce en dépit de l'asservissement temporaire de leur pays), les Arabes, disons-nous, avaient seulement jusqu'alors fondé des comptoirs et non des établissements politiques. Les opérations commerciales s'y faisaient , il est vrai, sous la surveillance d'agents envoyés du port d'expédition, et auxquels certaines redevances étaient payées ; mais ces comptoirs ne constituaient en rien une forme quelconque d'État ayant ses lois , son gouvernement et sa population permanente. Dans beaucoup de lieux même, les transactions s'effectuaient directement, à tout risque et en toute liberté, sans l'intervention d'aucune autorité arabe. Bref, navigateurs entreprenants et trafiquants adroits , les Arabes n'avaient été, jusqu'alors, ni colonisateurs ni conquérants.
Il faut à l'esprit de conquête une base, l'unité nationale; l'Arabie n'avait pas encore constitué la sienne. Sa configuration se prétait mal à une centralisation complète; ses diverses provinces, malgré l'affinité de mœurs et de langage, étaient restées politiquement isolées; et, quelque grandes que fussent les richesses accumulées par le commerce dans ses villes, celles-ci , manquant entre elles de cohésion, n'avaient pu former un État puissant et pesant
de quelque poids sur le monde. Toutefois, ces mêmes cir constances s'ajoutant à sa situation péninsulaire et à la difficulté de ses abords du côté du nord , l'Arabie, sauf l'asservissement momentané de certaines parties restreintes de son territoire, était demeurée indépendante. Il en avait été de même de ses groupes de population, chacun d'eui se trouvant protégé contre ses voisins par de hautes montagnes ou de vastes plaines sablonneuses; il en était de même, enfin, pour chacun de ses habitants, qui, en respirant l'air de la patrie, sentait pénétrer en lui le besoin de cette liberté un peu sauvage.
L'indépendance était donc la passion de l'Arabe. Mais cette passion, quand elle n'est pas tempérée par l'esprit de sociabilité, fait naître dans les rapports individuels l'antagonisme et la turbulence. Aussi l'intérieur de celte grande presqu'île était-il loin de jouir de l'état de paix qui semble devoir être le fruit de la richesse et de la liberté. Ses populations avaient tourné contre elles-mêmes toute l'énergie de leur nature; les rivalités de famille entretenaient de perpétuelles discordes, et les dissensions intestines ensanglantaient, à chaque instant , les rues de ses villes et les sables de ses déserts. . *
Mahomet parut , et tout changea ; la foi nouvelle eut le pouvoir de réunir tous ces tronçons divisés; l'Arabie n'eut bientôt plus qu'un seul camp et qu'une seule armée composée d'apôtres. Alors le prosélytisme ardent de ce peuple se rua comme un torrent sur le monde; et si rapide fut son cours, si irrésistible son élan, qu'en moins d'un siècle et demi l'islamisme couvrait l'Afrique, l'Asie et une partie de l'Europe comme d'un vaste croissant dont les pointes
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menaçaient, d'un côté, le royaume des Francs en Aquitaine, de l'autre les empereurs de Constatinople.
Cependant l'union que l'ascendant du prophète avait imposée aux tribus de l'Arabie n'eut pas une longue durée ; sa mort fut le signal de querelles politiques et de dissidences religieuses qui déchirèrent et ensanglantèrent de nouveau le pays. Pour échapper aux persécutions qu'elles engendraient , l'émigration fut une ressource heureuse, et fréquemment employée par ceux des vaincus qui habitaient ou qui purent atteindre les rives de l'Oman ou de l'Yémen. La côte orientale d'Afrique leur offrit alors un refuge naturel d'autant plus précieux que ses relations séculaires avec l'Arabie en avaient fait comme un prolongement de la patrie , et que sa distance du théâtre des événements assurait à l'exilé l'oubli et le repos.
Aussi les historiens qui ont parlé de la côte orientale d'Afrique nous apprennent-ils que les Émozéides (^t été les premiers Arabes mahométans qui se soient établis sur cette côte. Leur opinion repose sur une chronique que les Portugais trouvèrent à Kiloua, lors de la prise de cette ville par dom Francisco d'Alméyda. Les Emozéides étaient des partisans de Zéid, fils d'Ali (surnommé Zéin-el-Abedin), fils de Hhoucin , fils d'Ali , cousin et gendre de Mahomet. On dit que, sdus le khalifat d'Hescham-Ben-Abd-el-Malek, lors d'une levét de boucliers qui avait eu lieu à Coufa, au commencemerit de l'an 422 de l'hégire (739 de J. C), en faveur de la famille des Alides, ce Zéid, proclamé khalife par les insurges, ayant été vaincu et tué, bon nombre de ses partisans , dès lors en butte aux persécutions , émigrèrent à la côte d Afrique.
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Les Emozéides n'y formèrent pas de poputations considérables; mais, se groupant sur les points où ils pouvaient être à l'âbri des attaques indigènes, ils s'y fortiflèrent et se répandirent, plus tard, de proche en proche, sur tout le littoral.
Thévet prétend (1) , d'après l'assurance qui lui en a él6 donnée par des Africains, que la loi de Mahomet fut apportée à la côte d'Afrique et imposée à quelques populations, par un certain Hamza, fils d'Ab-el-Mélik ou Abd-el- Malek. Si, par ce dernier nom, Thévet a voulu désigner le cinquième khalife de la race des Ommyades, qui régna de l'an 65 à l'an 86 de l'hégire, l'introduction du mahométisme dans l'Afrique orientale serait antérieure d'une cinquantaine d'années à l'immigration des Emozéides. Mais le fait avancé par Thévet n'est confirmé par aucun historien ni par aucune tradition locale.
Au reste, il est probable que, d'une part, le besoin d'expansion développé chez les sectateurs du prophète, de l'autre, les fureurs des partis, tour à tour triomphants dans le khaltfat, durent, par une action simultanée et incessante, déterminer un courant continuel de l'Arabie vers l'Afrique. Mais ces émigrations individuelles ou par groupes de familles étaient peu importantes, et l'histoire devait enregistrer seulement celles qui furent remarquables soit par le nombre d'individus, soit par les événements qui se produisirent à l'arrivée des fugitifs dans leur pays d'adoption.
Ce n'est pas aux écrivains arabes qu'est dû ce que nous savons de l'histoire et de la chronologie des premiers établissements musulmans fondés à la côte d'Afrique. Cepen-
(1) Cosmographie universelle, t. 1, p. 96, vrrso.
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dtiDt les relations entre l'Arabie et le Zanguebar étaient fort actives, si nous en jugeons par un événement qui se passa au commencement du règne d'Aboul-Abbas-es-Saflfah, appeléaukhalifaten l'annéede l'hégire 132(749-50 aprèsJ. C). Les habitai ts de Mossoul s étant soulevés en faveur des Oramyades, îahia, frère du khalife , fut chargé de leur châtiment. Il enveloppa dans un massacre général onze mille hommes a>|ec leurs femmes et leurs enfants. Quatre mille nègres de là c6te du Zanguebar, qui faisaient partie de son armée, furent les ministres descelle sanglante exécution.
Cette cii^constance est une preuve des rapports intimes qui continiiaient d'exister entre l'Arabie et la côte orientale d'Afrique, où nous avons vu que le commerce des esclaves avait lieu de temps immémorial. D'autres faits du même genre nou$ sont fournis parNowairi et par Aboulféda. Le premier nous apprend qu'au ix* siècle de notre ère, les Zendj (indigènes du Zanguebar) composaient une partie considérable dte l'armée des khalifes de Bagdad, et que ces anciens esclaves furent môme un moment sur le.point de renverser le khalifat. Nous lisons, enfln, dans la chronique d' Aboulféda (i), qu'en l'année 256 ou 257 de l'hégire (870 ou 871 après J. C.) la partie méridionale de la Mésopotamie avait été envahie par une bande de guerriers originaires du Zanguebar, et qu'à cette époque Bassora fut prise et saccagée par les Zendj.
Mais, si ces faits nous démontrent les relations de l'Arabie avec la cô^e orientale de l'Afrique , ils ne nous apprennent pas quelle était la nature des établissements que les musul-
^1; \o\. Chroniqur d^ Aboulféda , t. 11, p. 228 et suiv., et pajç, 238.
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mans y avaient formés. Massoudi , le premier écrivain mahométan qui ait parlé de celte côte, après l'avoir visitée lui-même, ne nous fournit, à cet égard, aucun renseignement, comme on va le voir par la reproduction de ses principales remarques pour ce qui a trait à l'Afrique orientale (1).
Après avoir rappelé ce que dit Ptolémée des sources et du cours du Nil, Massoudi continue ainsi : « Il (le Nil) s'avance, « coulant à travers cette partie du pays des soudans qui « borde le pays des Zendj , et une branche s'en détache et « va se jeter dans la mer des Zendj, q,ui est celle de l'île de « Cambalou. Cette île est bien cultivée ; ses habitants sont « musulmans, mais ils parlent la langue des Zendj. Les (( mahométans ont conquis cette île et fait ses habitants « prisonniers, tout comme ils ont pris l'île de Crète dans la « Méditerranée. Ce fait arriva au commencement de la dy- <( nastie des Âbessides ou à la fin de celle des Ommyades.
« De cette île à l'Oman la distance est, selon le dire des «' marins, d'environ 500 parasanges par mer. Toutefois, « ce n^est de leur part qu'une simple approximation, non « géométriquement mesurée. Beaucoup des navigateurs de « Syraf et de l'Oman, qui fréquentent cette mer, disent « qu'ils y trouvent, à peu près à l'époque des crues du Nil « en Egypte, des changements dnns la couleur de la mer « sur le petit espace où le courant de la rivière c-ontinue.
(1) Nous devons la traduction de quelques-uns de ces passages, eitraits du Moroudj-ed-Dzeheb, à l'obligetoce de M. Reioaud ; nous avons aussi puisé à la notice de Deguignes sur le fsême ouvrage, au m<^moire de M. Quatremère sur les Zendj, et enfin dans eo qui a été publié de la traduction anglaise de M. A. Spronjrer.
K en raison de son impétuosité. La rivière vient des mon- « tagnes des Zendj, et a 1 mille environ de largeur. L'eau « est douce et devient boueuse au temps des crues. Il y vit « des alligators de même que dans le Nil d'Egypte, etc. (d). » Parlant ensuite de la mer de l'Inde, qu'il dit être identique avec \à mer abyssine, et dont il discute l'étendue, Massoudi ajoaite : « Elle a un golfe s' étendant vers l'Abysu sinie aussi loin que Beurbera, pays situé entre le terrine toire des Zendj et celui des Abyssins (2). Ce golfe, appelé u Beurberien, a 500 milles de longueur, et, sur toute son « étendue, 100 milles de largeur. Les navigateurs de l'O- « mân vont sur celte mer aussi loin que l'île de Cambalou ic dans la mer des Zendj. Cette île est habitée par des mu- « sulmans et par des Zendj qui n'ont pas embrassé l'isla- <( misme. » Et plus loin : « Ces navigateurs s'avancent sur <( la mer des Zendj aussi loin que l'île de Cambalou et le u Sofala (bas pays) du Demdemah, qui est à l'extrémilé du « pays des Zendj et des basses terres aux environs. Les « marchands de Syraf ont aussi l'habitude de naviguer sur (( cette mer. J'y ai fait un voyage en partant de Sohhar, (( qui est la capitale de l'Oman, avec un équipage de Syra-
« tiens; ils sont les propriétaires des bateaux El, en
t( l'an 304, je revins de l'île Cambalou en Oman dans un
(1) Moroudj-ed-Dzeheb , traduction de M. Spreuger, t. I", pag. TM et 233.
(2) Le golfe auquel Massoudi fait ici allusion n'est pas sculrinent le golfe d'Aden , mais aussi la partie de la mer de l'Inde qui baigne les côtes de l'Afrique orientale, au nord de Téquateur; pour lui, comme pour les autres géographes arabes qui vinrent après lui , le pays de Beurbera était compris entre l'Abyssinie et le Djoub , limite nord du pays des Zeiulj.
« vaisseau appartenant à Ahmed et Abd-el-Semad , frètes ({ d'Âbd-er-Rabim Jafer, de Syraf, etc., etc. (1). )>
Enfin, un autre passage, relatif à l'île de Cambalou, est ainsi conçu : « La quantité des îles de la mer des Zendj est « innombrable. Au nombre de ces îles il y en a une qui est c( à environ une ou deux journées {yaum) de la côte (2). « On y trouve une population musulmane sur laquelle des c( chefs musulmans se sont transmis héréditairement le « pouvoir. On les appelle Cambalous (5). »
Les passages que nous venons de reproduire ne contiennent, il est vrai, que de vagues indications sur les voyages exécutés par l'auteur dans les eaux de l'Afrique orientale, mais ils ne sont cependant pas sang intérêt pour nous; ils jettent, en efTet, quelques traits de lumière sur cette mer des Zendj, à peine nommée dans le traité de Cosmas, (|ui la présentait comme non navigable; ils nous montrent ensuite la côte orientale d'Afrique, fréquentée bien au delà des limites mentionnées dans le Périple et la géographie de Ptolémée. Ainsi se trouve corroboré, par des faits indéniables, ce que nous avions établi seulement par déduction et analogie, savoir : que les Arabes étaient depuis longtemps
(1) Moroudj-ed-Dzeheb, traduction de M. Spreuger, t. 1", p. 260, 2G1 et suiv.
(2) Quoique l'expression employée par Massoudi puisse designer aussi bien douze heures que vingt-quatre heures, nous croyons devoir adopter la dernière interprétation : d'abord, parce que, le trajet devant s'effectuer en pleine mer, il n'y avait plus possibilité, pour les bateaux qui l'entreprenaient, de passer la nuit à l'ancre; ensuite, parce que, daprés uu passage de son livre, il semble résulter que, dans la pensée de Massoudi, la navigation se poursuivait pendant la nuit, si ce n'est sur In mer de Colzoun. (Voy. manuscrit n" 74, supp. arabe, fol. 177.!
(3; Moroudj-ed-Dzeheb, manuscrit de la bibliothèque iiafionalf, u" 598. fol. 172.
en pleine possession de la navigation de cette mer des Zendj, désignation dont le Zingium de Cosmas et le Zingis de Ptolémée n'étaient évidemment que des dérivés empruntés aux Arabes.
Enfin nous y trouvons aussi , et pour la première fois . l'extrémité, alors connue, de l'Afrique orientale, désignée sous le nom de Sofala, qu'elle a conservé depuis, et auquel les Arabes ajoutèrent d'abord le qualificatif Ed-Dzeheb , pour rappeler la plus importante de ses productions, l'or.
Toutefois l'existence, dans la mer des Zendj, d'une île appelée Cambalou ou des Cambalous, habitée et gouvernée par des musulmans depuis au moins un siècle et demi , est encore, pour notre sujet, la plus intéressante des particularités consignées dans les passages que nous avons cités. En effet, l'époque à laquelle, d'après Massoudi, aurait eu lieu la conquête de cette île par les Arabes ( le commencement du règne des Abassides) diffère de peu d'années de celle de la défaite de Zéid, et nous pouvons voir, dans l'établissement mahomélan de Cambalou, l'un des premiers résultats de l'émigration et du développement des Émozéides à la côte orientale d'Afrique.
Mais à laquelle des îles connues aujourd'hui peut-on rapporter cette île, dont on ne saurait mettre en doute l'existence, puisque Massoudi lui-même l'a visitée?
Voyons si le voyageur arabe nous fournit les moyens de résoudre la question. Voici les caractères distinctifs attribués par lui à cette île :
V Sa situation dans une mer où débouche une branche du Nil;
2" Sa distance de 500 parasanges de l'Oman ;
5° Son éloigneraent d'une ou deux journées de la terre ferme;
4* La nature de sa population, composée de Zendj et de musulmans, placée sous une domination musulmane et parlant le langage des Zendj.
Examinons maintenant la valeur de chacune de ces iodicalions et le parti que nous pouvons tirer de leur combinaison pour arriver à la solution cherchée :
i" Massoiidi, après avoir dit qu'une branche du Nil se détache pour aller déboucher dans la mer des Zendj, ajoute : « Cette mer est celle de l'île Cambalou. »
Voilà, certes, une de ces vagues assertions auxquelles il est difGcile de donner un sens précis. Ces paroles signiGentelles que le fleuve a son embouchure dans les eaux de l'île, ou seulement que dans la mer des Zendj, où débouche cette branche du Nil, se trouve une île qu'on appelle l'île de)/ Cambalous/ C-ette dernière interprétation serait la plus naturelle; mais alors la donnée de Massoudi ne précise rien, car la mer des Zendj est grande et contient, comme il le dit lui-naême, un nombre considérable d'îles. Si, au contraire, nous devons chercher l'île Cambalou en face de l'embouchure d'un cours d'eau important, il n'est qu'une île située dans cette position, à la distance indiquée par Massoudi : c'est la grande Comore ou Angazidja, qui se trouve, en effet, à une ou deux journées de la terre ferme, à peu près en regard de l'embouchure du fleuve Livouma ou Rouvouma. Mais non-seulement ce fleuve n'est point une branche du Nil, il n'est même pas celui auquel Massoudi fait allusion, et que nous croyons être le" Djoub. Au reste, la dénomination de branche du Nil, employée par l'auteur
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arabe, ne peut être appliquée au Djoub plus qu'à tout autre fleuve du pays des Zendj , et cette dénomination, n'étant sans doute que le résultat d'une erreur commise par Massoudi, ne nous paraît pas devoir être prise au sérieux. En résumé, s'il est possible de tirer quelque conséquence de la donnée que nous venons de discuter, nous nous en tiendrons à voir dans l'île et le fleuve dont elle fait mention la grande Comore et le Livouma.
Continuons notre examen.
2" L'île des Cambalous était distante de l'Oman de 500 parasanges. Mais iMassoudi a l'attention de faire observer luimême que cette distance n'est évaluée, par les navigateurs, <}ue d'une manière approximative, et non par une mesure géométrique. Une indication ainsi formulée nous donne de la marge, mais elle n'est de nature à fixer notre choix sur aucune des îles principales de la mer des Zendj; toutes, en «S'et, et particulièrement celles qui remplissent la troisième des conditions énumérées plus haut, sont à plus de 500 parasanges : cette donnée ne nous est donc d'aucune utilité,
3° L'île Cambalou est éloignée d'une ou deux journées 4e la terre ferme.
Disons d'abord qu'un pareil renseignement ne peut s'éloigner de la réalité que d'une manière insignifiante, et qu'il faut l'accepter forcément comme à peu près vrai. Mais alors se trouvent mises hors de cause toutes les îles qui bordent la côte; car toutes sont en vue et à quelques heures de navigation du continent. Certes, si ce n'était l'obligation de tenir compte de la distance indiquée, on pourrait admettre que l'île Cambalou était une des îles connues depuis sous les noms de Pemba, Zendjibar (Zanzibar) et Ma-
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fixa (Mon6a) , qui , d'après la chroDique des sultans de Kiloua, que nous reproduirons tout à l'heure, sembleraient avoir pu être occupées par des Arabes musulmans avant l'époque du voyage de Massoudi. L'une d'elles surtout , Ma- fiia, présente, de plus, celte particularité, qu'elle se trouvte en face de l'embouchure de l'Oufidji, qu'on a cru pendant longtemps sortir du grand lac Nyaça, et dont la source paraît, du moins, être voisine de ce lac. Mais Mafiia n'est séparée de la c^tè que par un canal de 5 lieues 1/2 , parlât;.' encore par une petite île intermédiaire.
Quant à Zanzibar et à Pemba, elles sont séparées du rivage opposé par une distance de G à 8 lieues, qui n'a jamais pu demander, pour être effectuée, ce trajet d'une à deux journées dont parle Massoudi.
4° Enfin l'île des Cambalous était peuplée de musulmans et de Zendj sous une domination musulmane; ses habitants parlaient le langage des Zendj.
Nous venons de voir pourquoi les îles Pemba, Zanzibar et Mafiia, auxquelles s'appliquerait cette circonstance importante, ne peuvent être prises pour l'île Cambalou. Nous ne saurions admettre non plus que celte île ait pu être celle de Madagascar, quoique celle opinion ait été émise par un savant commentateur (1). Comrtienl, en effet, Massoudi n'aurail-il pas dit un mot du fait si frappant de Kimmensité de cette île, alors même qu'il n'en eiît possédé qu'une idée très-incomplète? Comment, d'ailleurs, le fait de la conquête par les musulmans pourrait-il raisonnablement être appliqué à Madagascar? D'abord, à cette époque, l'importance du
(1) Voyci IntroducUon à la géographie d'Aboulfrda , par M. Reidoaud , page 306.
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mouvement d'émigration arabe n'était nullement en rapport avec l«s difficultés qu'aurait présentées la conquête d'une île aussi vaste. Et puis le langage des habitants de Madagascar n'a-t-il pas des caractères qui lui sont propres et le font différer essentiellement du langage des populations africaines de l'autre rive du canal? Madagascar est , d'ailleurs, à trois journées au moins de cette rive, pour un bateau de la nature de ceux qui servaient aux navigateurs de cette époque- Enfin, au temps de Massoudi, plus encore sans doute qu'aujourd'hui, les Arabes ne passaient pas du con* tinenTaTîle sans prendre connaissance des Comores. Comment donc Massoudi eût-il alors gardé un silence complet sur ces dernières îles?
Disons maintenant notre opinion personnelle sur le sujet dont il s'agit, avec cette réserve, bien entendu, que nous ne prétendons, en aucune façon, la justifier d'une manière positive.
Nous pensons qu'il existe de fortes présomptions pour i\ue l'île des Carabalous soit l'une des Comores, et principalement la plus occidentale de ces îles, celle que nous avons déjà nommée Comore ou Anga&idja. Comme nous l'avons dit, elle est située presque en regard de l'embouchure d'un grand cours d'eau, le Livouma, et elle c'est aussi qu'à une ou deux journée^ de la terre ferme. L'étendue assez restreinte de cette île et la nature de ses productions ne nous semblent pas une objection à ce qu'elle pût être alors fréquentée par les navigateurs de l'Oman et de Syraf. Le sol d'Angazidja, de même que celui de ses voisines, est trèsfertile : les eaux de toutes les Comores abondent en tortues à écailles ; la mer jette de l'ambre sur leurs côtes; leurs
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forêts de cocotiers permettaient sans doute alors , comme aujourd'hui , d'y faire une grande quantité de cordages pour la marine, en même temps que d'autres essences non moins abondantes pouvaient y fournir des bois de mâture et de construction. La grande Comore n'a, il est vrai , ni mines d'or ni éléphants; mais ses habitants musulmans, poussés au commerce maritime par leurs traditions comme par leur position insulaire, allaient sans doute chercher l'or et l'ivoire à la côte d'Afrique, pour les revendte aux marchands q«:i abordaient chez eux. Bref, la grande Comore, habitée par une population musulmane ayant des besoins à satisfaire et des objets d'échange à offrir, pouvait bien , au temps de Massoudi, attirer les bateaux marchands de l'Oman et de Syraf , ceux-ci y trouvant, de leur côté, un débouché pour leurs étoffes, leurs armes et autres objets fabriqués.
Cependant, une raison nous empêche de nous prononcer d'une manière absolue en faveur de l'opinion qui verrait l'île de Cambalou dans la grande Comore : c'est l'existence, sur cette île, d'urt volcEm dont le voyageur n'a rien dit et dont il ne pouvait, ce nous semble, manquer de faire mention. Cette objection, nous l'avouons, est extrêmement grave, et nous ne pouvons, en termin&nt, que nous ranger à l'avis de iM. Reinaud, c'est-à-dire qu'avec les seules données de Massoudi, les auteurs arabes qui lui sont postérieurs ne nous ayant fourni aucun renseignement nouveau (1), il est difficile de rien affirmer en réponse à la question que nous nous étions posée.
(l) Ëdrisi et IbD-Sayd font mention d'une lie que l'un appelle Qambalou, et l'autre Cambala, mais entre laquelle et rilc (umbalou, dn Massoudi, on ne peut établir aucun rapport didentite.
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Votci maintenant ce que Massoudi nous apprend du pays des Zendj :
(( Nous avons déjà parlé des Zendj et des différentes po- (( puialions abyssines qui sont établies à la droite du Nil et « qui s'étendent jusqu'à la partie inférieure de la mer abys- (( sine. Les Zendj, à la différence des Abyssins, traversèrent « le canal qui part de la partie supérieure du Nil et va se (( jeter dans la mer des Zendj. Ils habitent cette contrée, et ^ leurs habitations s'étendent jusqu'à Sofala, qui est la parce lie la plus reculée du pays des Zendj. C'est là que se ren- « dent les navigateurs de l'Oman et de Syraf; Sofala est le « terme de leur voyage.
« Sa situation est dans la partie la plus basse de la mer « des Zendj : de môme que la partie la plus reculée de la (( mer de Sin louche aux îles de Syla, de même la partie la « plus reculée de la mer des Zendj touche au pays de So- « fala et de Ouac-Ouac (1). C'est une terre abondante en « or, riche en merveilles et très-fertile. Les Zendj l'ont « choisie pour le siège de leur empire et ont mis à leur u tète un roi , qu'ils appellent Ouklimen : c'est le nom que w le roi des Zendj a porté dans tous les temps. Eklimn, qui « est le chef de tous les rois zendj , marche à la tête de <( trois cent mille cavaliers; leurs montures sont les va- « ches; il n'y a pas de chevaux ni de mulets, et ils ne « connaissent pas ces animaux ; ils ne connaissent pas non <( plus la neige ni la grêle. Parmi eux, il y a des races qui
(1) La simple mention que fait Massoudi de ce territoire ne nous donne pas lieu de nous en occuper ici ; nous aurons occasion d'y revenir quand nous examinerons les opinions émises, au sujet du pays de Ouac-Ouac, par les géographes qui vinrent après lui.
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« ont les dents aiguisées et qui se mangent les unes les au- « très. Les habitations des Zendj commencent à la rive du « fleuve qui sort du haut du Nil , et s'étendent jusqu'au « pays de Sofala et de Ouac-Ouac, et l'étendue du pays « qu'ils habitent est, pour sa longueur et sa largeur, d'en- « viron 700 parasanges, consistant en terres, en vallées, en (( montagnes et en sables (1)
« Le titre du roi des Zendj, c'est Oklimen (2), ce qui « veut dire le fils du grand maître, c'est-à-dire le dieu du « ciel et de la terre; ils appellent le créateur Tamkaland-
jalou (o)
« Les éléphants sont extrêmement communs dans le pays « des Zendj; mais tous sont sauvages, et l'on n'^en voit au- « cun privé. Les Zendj ne s'en servent point à la guerre,
Cl) Manuscrit 598, fol. 167. ',
(2) Ce mot a été lu de diverses manières, selon le manuscrit dont on faisait usage. M. Quatremère écrit Wakliman; M. Sprenger,5N/"/(7nan; Deguignes, dans sa notice sur le traité de Massoudi, pour laqurlie il a consulté trois manuscrits différents (n" 598, in-4 de 274 folios,- — n° 599, in-4 de 394 folios ; — n" 599 A, in-fol. de 984 folios ) , a traduit par Phalimi ou Aphlimi. Nous ne sommes pas compétent pour dire laquelle de ces diverses leçons doit être adoptée; mais nous croyons intéressant de signaler l'analogie qui existe entre les mots employés par Deguignes pour rendre les expressions du texte arabe et le mot M'falme ou ^(mfalmé^ qui est le nom par lequel les indigènes désignent les sultans de Kiloua, et qui correspond pour eux au titre de roi ou de sultan. Les deux mots Ouaklimen et Eklimen ou les variantes qu'en présentent les divers manuscrits du Moroudj-ed-Dzéheb pourraient bien n'être autres que ceux de Ouafalmé et Moufalmé ou M'falmé : le premier , pluriel du mot désignant les chefs ou rois zendj , et le second , forme du singulier, s'appliquant à l'un d'eux ou au plus puissant d'entre eux.
(3) Manuscrit 598, fol. 171. La première syllabe du mot est douteuse, et pourrait également être lue ma ou nam au lieu de tant.
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« ni pour d'autres usages, et cherchent seulement à les « tuer....» C'est de ce pays que viennent ces grandes dents (( d'éléphants, dont chacune pèse i 50 tnann et même da- « vantage : elles sont, pour la plupart, apportées en Oman,
« et de là envoyées dans l'Inde et dans la Chine Les
« Zendj ne font aucun usage de cette substance (l'ivoire) ; « ils emploient, pour leur parure, le fer au lieu de l'or et « de l'argent. Les bœufs, qui , comme nous l'avons dit plus « haut , leur servent de bêtes de somme , sont aussi leurs « montures dans les combats : ces animaux portent une (( selle et une bride , et courent avec autant de vitesse que « les chevaux
« Suivant les Zendj , leur roi a été choisi de Dieu pour « les gouverner et les traiter avec équité. Dès qu'un de ces c( princes s'écarte des règles de la justice et commet quel- (( que acte de tyrannie, ils le mettent à mort et privent ses « descendants de la succession au trône; car ils préten- « dent que le roi, lorsqu'il se conduit ainsi, cesse d'être « le fils du seigneur du ciel et de la terre. Les Zendj sont « fort éloquents et ont des orateurs qui haranguent le peu- « pie dans leur langue (1). »
Tl semblera peut-être éioonant qu'au milieu de tous ces détails, dont le vague et l'exagération n'ont pas besoin d'être relevés, Massoudi n'ait pas dit un mot des points du littoral où trafiquaient ses compatriotes. Il est peu probable, en effet, qu'il ait exécuté son voyage uniquement pour visiter l'île dé Cambalou, et que le bateau qu'il montait
(1) Ces derniers extraits du Moroudj-ed-Dzeheb sont empruntés auï Mémoires géographiques sur V Egypte et sur quelques autres contrées voisines, etc.. par M. Oualremère.
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n'ait pas relâché en quelqu'un de ces points, li se peut, cependant, que le voyage n'ayant pas pour but l'étude des lieux, l'auteur ait jugé inutile de décrire, pour des Arabes, des établissements fondés par des Arabes ou connus par eux de temps immémorial, et qu'il se soit contenté de noter ce qu'il entendait raconter sur les naturels du pays qui habitaient l'intérieur. Son silence en ce qui concerne la côte est d'autant plus regrettable que l'époque à laquelle il 6t ce voyage à Carabalou dut être à peu près celle à laquelle furent fondées plusieurs des villes qui devinrent bientôt les points les plus importants de ce littoral. Nous voulons parler de Moguedchou, Braoua, Patta, Mélinde, Mombase ci Kiloua.
Les seuls renseignements que nous possédions sur l'époque (le la fondation de plusieurs de ces villes et sur les événements qui y donnèrent lieu, sont contenus dans la chronique dont nous avons précédemment fait mention (1). Cette chronique nous a été transmise par Joan de Barros; nous allons reproduire ici , en les traduisant, les principaux passages de la version portugaise, et voir quelles inductions il est possible d'en tirer.
« Un grand nombre d'Arabes, d'une tribu voisine de la ville d'El-Hhaça située dans le golfe Persique, au% environs de Bahharin', s'embarquèrent sur trois navires et émigrèrent sous la conduite de sept frères qui fuyaient les persécutions du sultan de cette ville. Ils abordèrent à la côte d'Ajan. La première cité qu'ils y fondèrent fut celle de Magadaxo (Moguedchou), et ensuite celle de Braoua, qui était encore, à l'arrivée des Portugais, régie à la manière d'une
(1) Ci-devant, pages 160 et 169.
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république, par douze (1) chefs issus des sept frères qui en ftvaient été les fondateurs. Moguedcbou devint un État puissant, et imposa sa souveraineté à tous les Arabes de la côte. Les premiers venus dans le pays, les Émozéides, qui se trouvaient d'une opinion religieuse différente, ne voulurent pas se soumettre aux Arabes de la cité nouvelle. Hors d'état de résister par la force, ils se retirèrent dans l'intérieur, se mêlèrent aux Cafrqs, dont ils adoptèrent les coutumes, et parmi lesquels ils contractèrent des mariages. Ils formèrent ainsi une population métisse, intermédiaire entre les nègres et les Arabes, tant par le sang et les idées religieuses que par la zone de terrain qu'ils occopèrent, et qui touchait, à l'est, aux établissements des mahométans, à l'ouest au territoire des naturels de la contrée. Ce sont eux que les Arabes du littoral désignent sous le nom de Bedouï {Bédouins).
« Ce furent les gens de Magadaxo qui atteignirent les premiers, avec leurs navires, le pays de Sofala, et qui les premiers exploitèrent commercialement les mines d'or de cette région. Un hasard de mer leur fit découvrir cette côte : un de leurs navires y fut entraîné par la tempête et la force des courants (2). »
Nou^ n'avons trouvé nulle part la date précise de la fondation de Moguedcbou et de Braoua. D'Herbelot dit seulement, d'après le géographe persan (5), que la première fut fondée
(1) C'est peut-être par erreur que Barros mentionne douze chefs. Dp nos jours enclore , les tribus de Braoua sont au nombre de sept , dont on fait remonter l'origine aux sept frères dont parle l'historien.
(21 Voyez Première décade de tAsie , par Joao de Barros , liv. VIII , ch. IV.
(31 Le nom de rauteur, souvent désigné ainsi dans d'Herbelot, est Abd-el-Mnal.
sous les khalifes d'Egypte. Or, cette dynastie commença de régner en i'an 296 de l'hégire. Une autre indication un peu plus précise, tout indirecte qu'elle est, se rencontre dans Barros, à propos de la fondation de Kiloua; mais, comme la valeur en est toute relative à l'époque de ce dernier événement, nous devons d'abord procéder à la détermination de cette époque.
Selon la chronique de Kiloua, un peu plus de soixante-dix ans après la fondation de Moguedchou et de Braoua, à peu près vers l'an 400 de l'hégire, régnait à Schiraz, ville du golfe Persique, un roi maure nommé Sultan-Hhacen, qui laissa après lui sept fils. L'un de ceux-ci, nommé Ali, était peu considéré par ses fr^es, parce qu'il était fils d'une esclave abyssinienne, tandis que leur mère, à eux, était d'une noble famille et issue des princes de Perse. Mais Ali suppléait à la bassesse de sa naissance par la supériorité de sa sagesse et de son mérite personnel. Pour se soustraire au mépris et aux mauvais traitements de ses frères, il résolut d'aller chercher dans une nouvelle patrie une destinée meilleure que celle qui lui était échue parmi les siens. Emmenant sa femme, ses fils, toute sa famille et quelques autres individus qui voulurent s'associer à son entreprise, il s'embarqua, dans l'île d'Hormouz, sur deux navires, et se dirigea sur la côte du Zanguebar, dont la i^enommée vantaitj les riches mines ^d^r. Il aborda successivement à Moguedchou et à Braoua ; mais il y trouva des Arabes mahomélans, avec lesquels, lui qui était de la secte religieuse dominant en Perse, se trouvait éîi dissidence. Et, comme sa ferme intention était de former un État particulier dont il fût le maître souverain , il descendit le long de la côte et atterrit 1. il
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^ 178 — à Kiloua. Voyant que la disposition naturelle de ce territoire, entouré d'eau, le mettrait à l'abri des hostilités de ses voisins, il l'acheta, au prix d'une certaine quantité d'étoflFes, de ceux qui y résidaient, à la condition qu'ils se retireraient sur la terre ferme. Dès qu'ik furent partis, il se mit à élever des fortifications, afin de pouvoir se défendre non-seulement contre les attaques des Cafres, mais aussi contre celles de quelques populations maures qui l'avoisinaient, notamment celles des îles Songo et Changa, dont la domination s'étendait jusqu'à Monpana (1), distant de Kiloua d'environ 20 lieues.
a Comme Ali était un homme de beaucoup de talent et de sagesse, il eut bientôt créé une ville remarquablement grande et forte, à laquelle il donna le nom qu'elle porte aujourd'hui. Quand il s'y vit solidement établi , il commença à étendre su domination sur les populations les plus proches. C'est ainsi qu'il envoya un de ses fils, fort jeune, établir son autorité sur l'île Monfia et sur d'autres îles de ces parages. Ce courageux fondateur prit bientôt le titre de sultan, que gardèrent ses successeurs (2). »
Nous reproduisons dans la note ci-dessous (3) la suite de
yi) Ce nom nous est inconnu. Peut-être aurait-il fallu lire dans la thronique arabe Monfia. La distance donnée par Barros ne serait pas uue objection contre cette hypothèse , car toutes les distances indiquées par lui entre les différents points de cette côte sont plus ou moins erronées. Peut-être encore le point indiqué comme limite est-il la pointe connue aujourd'hui sous le nom de Pouna, à l'ouvert sud du canal de Zanzibar, et située à 37 lieues de Kiloua.
(2) Première décade de l'Asie, liv. VIII, chap. v.
(3) « A la mort d'Ali-ben-Hhacen, son fils Ali-Bumale [*) hérita de tt son père et réjjna quarante ans. Comme il n'avait pas d'enfant, le.
v") Peut-être Ali-boii-All.
cette chronique, qui n'est, à peu de chose près, qu'une aride nomenclature des sultans successeurs d'ÂIi; mais, quelque rapide qu'elle soit, elle suffit pour donner une assez haute
« gouvernement de Kilona passa k AU-Bou-SoU>qH0le, fils de son frère, i( le jeune princ« que nous avons dit établi k Monfia. Le règne de ce roi « ne fut que de quatre am et «ta; mot». Il eut pour successeur son fils « Dttoud , qui fut chassé de Kiloua, après qualriijini de règne, par Ma- « êata-Mandelima, roi de €banga, son ennemi. Daoud se retira à Mon- (I fia, où il mourut. Matata laissa h Kiloua un sien eousin du nom d'Ali- (( boU'Bekre, qu'après deux ans leb Parsis chassèrent et remplacèrent >< par Hhoucetn-Seliman, cousin de Daoud, décédé. Seliman régna seize u ans. Il eut pour successeur Ali-ben'Daoud , son cousin, qai régna u soincanle ans, et laissa le trône à un de ses petits-fils, uonuné, eomme « lui , AU. Celui-ci était un méchant h<Mnme ; le peuple se souleva eonu tre lui après six ans de règne, et le précipita vivant dans un puits. « Après quoi , il prit pour souverain, k sa place, son fk>ère Hhaeen-btn- « Daowi., qui régna vingt-quatre ans. A ce dernier succéda Sêliman, « qui était de race royale. Mais, comme c'était un très-mauvais roi , aprèb a deux ans de règne seulement , les habitants se soulevèrent, lui tran- M chèreat la tète, et élevèrent au pouvoir son fils Daoud, deuxième du « nom, qu'ils firent venir de Sofala ('), où il était gouverneur et où i| u avait acquis de grandes richesses. Daoud régna quarante ans et laissa « le trône à son fils Seliman- Uhae en. Ce nouveau roi eut un règne re-
(*) Voici , d'aprèi la mène chronique, par inlla «le qaelt éTénemenls ce Daoud , deuxième du nom, >e trouvait gouverntur à Saf»l« ; Ua bomme de Kiloua étant à pécher liaBi une petite barque à Tentrée dn port, un gros poisson se prit a >a ligne, et U manière dont il <* débattait indiquant au pttheur que la capture était bonne, celui-ci , pour ne pas la perdre etériter la rupture de «a ligne, démarra la barque et se laiita aller au Ur;;e. Mail, entraîné par lei conraoïs, qui sont très-forts dans ces parapet, le pêcbrur, quand ii songea à rega|Dtr k port, l'fn troavait déjà trop éloigné pour l'alleindre, et il ne parvint à reprendre terre qu'an porl de Sofala. H T trouva un bateau de Sloguedchou qui venait y faire la traite de l'or, et sur lequel il retourna a Kilona, ou il raconta ce qu'il avait vu du ricbe trafic fait , à SoTala, par les Mores de Mopied chou. L'une des conditions imposées a ces derniers pour jouir de cet araatf ge était de traoapoi ter, cbaqne année, à Sofala quelques jeunes gens de leur caste, considérée, par les Cafres, comme étant d'une race supérieure qu'ils voulaient propager parmi eux. Aussitôt que le sultan de Kiloua eut connaissance de ce traité entre les geae de MogueJcbou et ceux de Sofala, il envoya nn navire en ce dernier port pow obtenir les Diêœes avantage». Il Ct offrir aux Sofkliens de leur donner au tant de pièces de drap que les gens de Mogiiedchou y transportaient d'individus , outre que, pour satisfaire au désir qu'ils avaient d'améliorer leur race, il enverrait s'établir parmi eux quelque» habitants de Kiloua dispoais à s'allier aux filles ; il s'engageait aussi à y entretenir un dépfit de marchandises. Ces propositiqos furent acceptées par les indigcBes de Sofala, et ce fut aiasi que les marchands de Kiloua entrèrent en jouissance du commerce de l'or. Puis^vec le temps et le développement de leurs relations avec les Cafres , ils y fondèrent un établissement dépenilaot de Kiloua, dont le «ultan nomma les gouverneurs parmi les membres de «a famille, et finit pai accaparer le monopoln de c*- trafic, ainsi que ilt çc Daoud dont il est parle ci-deasus.
idée de l'importance du royaume de Kiloua. Elle nous permet de constater qu'il s'étendait, au nord, jusqu'au delà de l'île Pemba, et, au sud, jusqu'à Sofala, dont la découverte
marquable ; il se fît seigneur de la rançon de Sofala, des tles de Pemba, de Monfia et de Zanzibar, et d'une grande partie de la côte de la terre ferme. Il ne se contenta pas d'être conquérant; il embellit la ville et y fit construire une forteresse en pierre et chaux, avec murailles, tours et châteaux; car, jusqu'à son règne, Kiloua était presque tout entière construite en bois : tout cela se fit dans l'espace de dix-huit ans que dura son règne. II eut pour successeur son fils Dcumd, qui régna deux ans ; puis Talut ("), frère de ce dernier, qui ne régna qu'un an ; enfin un troisième fils, nommé Hhoceïn, qui régna vingt-cinq ans. Comme celui-ci n'avait pas de fils, le trône passa à un quatrième fils de Seliman, nommé Ali-Boui ("), qui vécut dix ans. Ce fut le plus heureux de cette nombreuse lignée ; il put achever toutes ses entreprises. A ces quatre frères succéda Bou-Seliman^ leur cousin, qui régna quarante ans. Après lui régna , pendant quatorze ans , A li- Daoud, auquel succéda son petit-fils Hhacen, qui régna dix-huit ans et fut un excellent prince. A sa mort , la royauté échut à son fils Seliman, qui, après quatorze ans de règne, fut tué par trahison. Après lui régnèrent son fils Daoud pendant deux ans, puis Hhacen, frère de Daoud , pendant vingt-quatre ans. Hhacen mort sans enfants , le pouvoir retourna aux mains de Daoud, son prédécesseur, qui avait régné deux ans par suite de l'absence de son frère, parti pour la Mecque, et auquel il avait rendu, à son retour, le trône, qui lui appartenait. Cette fois, Daoud régna vingt-quatre ans. Il eut pour successeur son fils Seliman, qui ne régna que vingt jours, et fut dépossédé par son oncle Hhacen. Hhacen régna six ans et six mois ; n'ayant pas d'enfants, il eut pour successeur Taluf, son neveu, frère de Solyman, qu'il avait détrôné. Taluf régna un an, et fut remplacé par uo autre de ses frères, nommé aussi Seliman, qui garda le trône deux ans et quatre mois. Après ce laps de temps, il fut renversé par un autre Seliman, son oncle, qui régna vingt-quatre ans quatre mois et vingt jours. Après lui régna vingt-quatre ans son fils /fftacen, auquel succédèrent son frère 3fhhammed-Ladil pendant neuf ans, et le fils de ce dernier, Seliman, pendant vingt-detu: ans. Seliman mourut sans enfants. Son oncle IsmaëlBen-Hhacen régna quatorze ans. A sa mort , le gouverneur se fit déclarer roi, mais ne régna qu'un an, et fut rem-
(•) Peut-*tre THaleb.
■■*■ Pful-^lre Albouoi.
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par les Arabes de Kiloua avait été le résultat d'un hasard (1), comme cela était arravé antérieurement pour les gens de Moguedcliou, qu'ils parvinrent à y supplanter. De plus, en
« placé par celui qui avait rempli sous lui la plac^qu'il occupait avant n son usurpation. Ce dernier ne régna non plus qu'un an. Le peuple t choisit alors pour nouveau roi Mahhmoud, homme pauvre, mais &e « sang royal. Sa pauvreté lui fut un obstacle, et le for^a, au bout d'un <■ an, de renoncer au trône. On choisit pour roi , après lui , Hhacen, fils « de l'ancien roi Ismaël, qui régna dix aru et eut pour successeur Said, n qui régna dix autres années. Après celui-ci une nouvelle usurpation <c eut lieu ; le gouverneur se fit déclarer roi et régna un an. 11 avait pris « pour gouverneur son frère, nonuné Mahhmoud, qui avait trois fils; « mais, craignant ses neveux, il les avait envoyés, loin de Kiloua, gou- « verner les terres de sa domination. Sofala échut, dans cette circon- « stance, à un nommé Youceuf , qui gouvernait cette contrée à l'époque « où Pero da Nhaya alla y construire une forteresse par l'ordre du roi « Emmanuel de Portugal, coomae nous le verrons plus loin. A la place « du gouverneur usurpateur, les gens de Kiloua élèvent Abdallah, fils « du roi défunt Saïd ; il régna un an et six mois, et après lui son frère « Ali régna également un an et six mois. A la mort de celui-ci, le gou- « verneur de Kiloua choisit pour roi un certain Hhacen, fils du gouver- « neur précédent, qui avait usurpé le trône après Saïd. Mais le peuple << n'y voulut point consentir, et fit choix d'un individu du sang royal « nommé Chumbo, qui ne régna qu'un an. Le peuple rappela alors au " trône ce Hhacen, qu'il n'avait pas voulu accepter d'abord, et qui rc- « gna cinq ans. Son successeur fut Ibrahim, fils de l'ancien sultan Mahh- » moud. Celui-ci régna deux ans et fut remplacé par son neveu Alfu- « daïl (*), qui resta fort peu de temps sur le trône.
« Alfudaïl ne laissait qu'un fils, qu'il avait eu d'une esclave. Le pou- « verneur retint alors le pouvoir, mais sans se faire déclarer roi. 11 eiis- " tait encore un fils du roi Seliman décédé, cousin germain d' Alfudaïl : " aussi, quoique Ibrahim fût maitre absolu de Kiloua, le peuple ne lui •< donnait jamais que le titre d'émir. Néanmoins il fut maintenu dans « son usurpation par les événements qui surgirent alors et ameuèreuJ « dans ces parages Pedro Alvarez Capral, Joân de Nova, et enfin Vasco « de Gama, qui Y6b\i%e& à se reconnaître tributaire du roi de Portugal « lors de son second voyage dans ces mers, qu'il avait si glorieusement « conquises à son pays. »
(1) Voyez la note (*), page 179.
[') S»n» doute £l-Fodeul.
supputant ie nombre d'années qui y sont indicées comme durée des divers règnes, on arrive à ce résultat, qu'en l'an 906 de l'hégire, les successeurs d'Ali avaient régné pendant une série non interrompue de cinq cent trente et un ans, y compris deux ans pour le gouvernement de l'émir Ibrahim, qui, à la date où s'arrête notre supputation, régnait depuis peu de temps. I!.a chronique ne donne aucune indication quant au temps qu'avait duré le règne du fondateur de la dynastie ou l'épclque de son arrivée à Riioua : on ne peut guère admettre, toutefois, d'après les actes accomplis sous ce premier règne, qu'il ait eu une durée moindre que dix ans. Ces dix ans, réunis aux cinq cent trente et une années précitées, font un total de cinq cent quarante et une années lunaires écoulées entre l'arrivée de Capral (1) devant Kiloua et la fondation de cette cité par Ali-ben-Hhacen. Nous serions ainsi conduit à reporter l'époque de la fondation de Kiloua à l'année 563 de l'hégire. Mais il y aurait alors contradiction entre cette partie de la tradition qui fixe la durée des règnes des sultans de Riioua et celle qui indique l'année 400 comme étant à peu près l'époifue a laquelle vivait
Hliacen, de Schiraz, père d'Ali, fondateur de cet Etat puissant, à moins que l'a peu près de Barros n'ait la prétention de se jouer librement dans cette énorme marge qui s'étend de 565 à 400 ans, et plus. Quoi qu'il en soit, si , pour arriver ii fixer la date de la fondation de Moguedchou, qui , selon'la chronique, précéda celle de Riioua d'un peu plus de soixante-dix ans, nous retranchons ce nombre de trois cent soixante-cinq , nous trouvons pour résultat deux cent
(f) Ou sait que Capral arriva à Kiloua en juillet 1500 (900 de i'hiigire).
quatre-vingt-quinze, qui serait la date de la fondation 7l<^ Moguedchou. Or, c'est seiilement en l'an 296 que commença , en Egypte , la dynastie des khalifes fatimites , sous laquelle, d'après le géographe persan, aurait eu lieu cette fondation , et , si son assertion était exacte , la date que nous venons de trouver serait, sans contredit, trop reculée de quelques années au moins.
D'un autre côté, si , négligeant les détails de la chronologie des rois de Kiloua, dans laquelle on pourrait, sans trop de sévérité, soupçonner quelques inexactitudes, nous acceptons pour date approximative de la fondation de cette ville l'année 400, indiquée comme étant celle où vivait le sultan de Schiraz, père du fondateur, ce nombre, diminué de soixantedix, nous donnera pour date de la fondation de Mogued chou l'an 350 de l'hégire, ce qui s'accorderait plus vraisemblablement avec la donnée générale du géographe persan.
Toutefois, on ne peut s'empêcher de remarquer tout ce qu'il y a de vague dans cette donnée, comparativement au\ détails précis de la chronique de kiloua, qui nous semble, par cela même, commander plus de confiance : ilest facile d'admettre, d'ailleurs, que la première indique moins l'époque précise à laquelle Moguedchou fut fondée que le temps où cette île eut acquis assez d'impottance pour être connue et fréquentée par les navigateurs et par les coaimerçanis de la mer Rouge et du golfe Persique. Si Massoudi était entré dans quelques détails sur certaines localités de celte cote, on pourrait conclure de son silence à l'égard de -Moguedchou que cette ville n'existait pas lors du voyage de l'auteur à lîle Cambalou ; mais, nous l'avons déjà fait ob-
server, ce silence est absolu en ce qui concerne les détails de la côte.
A défaut de documents contradictoires dé ceux que nous avons produits, nous croyons donc devoir nous arrêter aux dates approximatives suivantes :
Pour la fondation de Moguedchou, l'an !295 de l'hégire; pour la fondation de Kiloua, l'an 565.
L'établissement politique des Arabes musulmans à Sofala, auquel un passage de la chronique fait allusion, pourrait ainsi être reporté entre les années 510 et 520 de l'hégire.
Nous nous sommes livré à cette longue dissertation, parce qu'il nous a paru nécessaire de fixer, au moins approximativement, l'époque où surgit, à la côte d'Afrique, le premier établissement politique des Arabes mahométans; nous soumettrons le moins que nous pourrons la patience du lecteur à de pareilles épreuves. Les géographes arabes ne nous en donneraient que de trop fréquentes occasions, si nous nous obstinions "à*resoudre toutes les questions soulevées par leurs récits. On vient de voir combien de difficultés présente la fixation d'une simple date; on verra tout à l'heure que, pour la détermination des lieux , des faits et des coutumes, nous ne devons pas attendre d'eux plus de clarté, de précision ni d'exactitude.
Après tout, si nous trouvons aussi peu de renseignements exacts dans les écrivains arabes, sur la côte orientale d'Afrique, cela tienten partie au fait, déjà relevé par nous,* qu'il n'existait pas entre elle et l'Arabie un véritable lien de colonie à métropole; toute cette terre des Zendj et ses dépendances étaient, politiquement parlant, pour l'Arabie, un pays étranger où allaient trafiquer un certain nombre de ses
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marchands, et où quelques-uns se fixaient selon leur bon plaisir, sans impulsion , comme sans protection de la mère patrie. Les commerçants sont, de leur nature, peu géographes, encore moins ethnologues, et ce n'était pasl la côte orientale d'Afrique qu'allaient alors les hommes distingués dans l'art et la science. Le grand codant intellectuel portait vers l'Europe. Il a fallu une série de siècles et de relations de commerce incessantes, pour que les lettrés de l'Arabie, qui , la plupart, écrivaient loin de ses frontières, soient parvenus à acquérir quelques connaissances sur l'orient de l'Afrique, connaissances le plus souvent amoindries ou adultérées parles nombreux intermédiaires qui les avaient transmises jusqu'à eux.
Les Grecs, dans leur courte apparition sur celte côte, nous en avaient appris davantage, et nous allons voir les Arabes, au lieu de redresser, comme ils le pouvaient , "les erreurs des géographes d'Alexandrie , les amplifier encore et nous donner, pêle-mêle avec quelques vérités , toules les fables, toutes les exagérations que peut enfanter une imagination orientale.
Au surplus, à l'époque dont nous nous occupons, les connaissances géographiques étaient fort^ncoxnplètes, sinon entièrement erronées; on manquait généralement de moyens pour mettre la vérité à la place des contes absurdes auxquels la crédulité et l'absence de tout esprit d'observation pouvaient seulesdonner crédit. On écrivait sur de simples bruits, accueillis sans contrôle, ou sur de vagues renseignements fournis soit par des marchands, que la .crainte de perdre leurs monopoles rendait peu communicatifs, soit par des marins ignorants et conteurs, n'ayant garde de renoncer
au droit proverbial qu'a tout homme venu de loin. Ceux qui voyageaient dans l'intérêt pur de la science étaient alors de rares exceptions. 11 fallait être mû par l'âpre soif du gain pour braver l'effroi qu'inspiraient les dangers de ces mers lointaines. Les récits des navigateurs et les écrits des savants s'accordaient pour dégoijter d'avance tout homme qui eût pu songer à entreprendre un voyage d'exploration. On a vu, précédemment, dans un passage de Cosmas que nous avons cité (1), l'idée qu'on se faisait, au vi" siècle, de l'impossibilité de s'avancer dans l'Océan, qui baigne la côte orientale d'Afrique. Voici ce que, quatre cents ans plus tard, Massoudi écrivait sur la navigation de la mer de Beurbera et de celle des Zeiidj :
« Les marins de l'Oman croient que le golfe Beurberien, appelé par eux mer de Beurbera et du pays de Jafonni (sans doute tlhafoun), est beaucoup plus grand que nous ne l'avons dit. Les vagues de cette mer sont grandes comme de hautes montagnes; ce sont des vagues aveugles, terme par lequel les marins désignent des vagues s' élevant comme des montagnes et laissant entre elles des abîmes aussi profonds que les plus profondes vallées; mais elles ne déferlent pas et ne produisent pas d'écume comme les vagues des autres mers : les marins croient que ces vagues sont enchantées.
c( Les navigateurs de l'Oman qui fréquentent cette mer sont des Arabes de te tribu d'Azd, et, lorsqu'en la traversant (') ils voient leui^ navire parfois élevé au sommet de ses vagues, puis s'abîmant de nouveau entre elle's, ils récitent,
yl) Voyez ci-dovaat, page \iS ot suivantes.
* I Dan^ son Inlrodurlion à li géographie (1\iboulféda , pages 206 et ,'J(XSj M. Hrjuaud émet, au sujet d"" ce passage, la pensée que les ba-
dans leur trouble, des vers tels que ceux-ci : « C) Beurbera « et .lafonni et tes vagues enchantées! — Jafonni et Beur- « bera et leurs vagues sont comme tu les vois. »
Parlant ensuite de la mer des Zendj , pratiquée aussi par les marins de l'Oman et par ceux de Syraf , Massiudi mentionne deux naufrages faits, à sa connaissance, par des bateaux syrafiens, qui se perdirent corps et biens dans le trajet ,
Mais ce n'était pas tout. Après avoir traversé cette mer de Beurbera , le navigateur engagé dans la mer des Zendj avait encore en perspective ces montagnes d'aimant q^ii disloquaient les navires, en^ttirant à elles leurs clous et leurs ferrures; puis, au delà, les ténèbres de la mer environnante, où l'on disparaissait pour toujours. Aussi ne sait-on, on vérité, ce qu'il faut le plus admirer, ou du courage de ceux qui s'exposaient à de pareils périls en vue d'un misérable trafic, ou de la simplicité de ceux qui étaient depuis si longtemps témoins de semblables témérités, sans cbercbcr à savoir si les dangers affrontés étaient ou non réels.
(Ju'on ne s'étonne donc pas de tout ce qu'on rencontrera
toaux sp rendant du golfe Persiquc à l'île Cambalou . ne pas^saient pas directement de la cc^to sud-est d'Arabie à la côte nord-est d Afrique , mais qu'ils contournaient le golfe d'Adea en suivant ses rives. Outre que le mot traverser, dont le savant traducteur s'est lui-mènie servi, seniblerait impliquer le contraire, nous avons une raisSn décisive pour ne l)oint adopter son opinion : c'est que, les voyages de l'Oman à Cambatbii s'etTectuant avec la mousson du nord-est, qui donne eu plein dans" le golfe d'Aden, un bateau qui aurait suivi la route supposée se serait trouvé, une fois arrivé au détroit, sous-venlr de toute la profondeur drt golfe; il n'aurait pu regagner le méridien de Giiardafui qu'à l'expiration de la mousson régnante, c'est-à-dire au mom 'nt où, cettr-ci étant remplacée par la mousson de sud-ouest, il n'est plus possible de s'avancn au sud : il eût donc manqué son voyage.
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de vague, de faux et de bizarre dans les extraits qui vont suivre. Nous aurions pu nous contenter d'en faire un résumé succinct , où seraient entrés le peu de renseignements exacts qui s'y trouvent épars; mais nous avons préféré les donner textuellement, afln de présenter le tableau bien caractérisé de la contrée qui nous occupe, telle qu'elle appa- • raissait alors aux yeux de ceux qui étaient le plus à même de la connaître; tableau qui , comparé à celui de la même contrée à l'époque de la domination portugaise, fera naître un contraste intéressant : ce sera, pour ainsi dire, le roman mis en regard de l'histoire.
Les relations arabesque nous possédons forment une série non interrompue depuis le x' jusqu'au xv" siècle inclusivement. On peut donc suivre de siècle en siècle les progrès des connaissances acquises, et se convaincre que, malheureusement, elles ont clé loin de s'accroître en proportion des années écoulées.
JNous avjons ouvert la série par Massoudi , qui écrivait au X' siècle ; h la même époque vivait et écrivait aussi un Arabe du nom d'Abou-Zéid-Hassan. Celui-ci n'avait pas voyagé comme Massoudi ; il n'était jamais sorti du golfe Persique, et sa relation n'est, il le déclare lui-même, que le récit d'un marchand nommé Soleyman, modifié et complété par lui, d'après ses propres lectures et ce qu'il tenait des personnes qui avaient parcouru les mers orientales. La description qu'il nous a laissée du pays des Zendj corrobore celle de son contemporain (1), et semble même la reproduire dans plusieurs de ses parties. r^ ^
[i\ Voyez Relation des voyages arabes et persans dans Clnde et à la Chine , traduction de M Reinaud, Chaiae des chroniques, liv. Il,
« Le pays des Zendj, dit Abou-Zéid, est vaste. Les plantes « qui y croissent, telles que le dhorra, qui est la base de « leur nourriture, la canne à sucre et les autres plantes y « sont d'une couleur noire. » 11 est bien entendu, une fois pour toutes, que nous ne nous rendons garant d'aucune des assertions des écrivains arabes. « Les Zendj ont plu- (( sieurs rois en guerre les uns avec les autres; les rois ont « à leur service des hommes connus sous le titre d'Âlmo- (( khazza moun (ceux qui ont la narine percée), parce qu'on « leur a percé le nez. Un îfoneau a été passé dans leur na- " rine, et à l'anneau sont attachées des chaînes. En temps « de guerre, ces hommes marchent à la tête des combatc* tants; il y a, pour chacun d'eux, quelqu'un qui prend <( le bout de la chaîne et qui la tire, en empêchant l'homme « d'aller en avant. Des négociateurs s'entremettent auprès « des deux partis : si l'on s'accorde pour un arrangement, « on se retire; sinon, la chaîne est roulée autour du cou du (( guerrier; le guerrier est laissé à lui-même; personne ne « quitte sa place, tous se font tuer à leur poste. Les Arabes « exercent un grand ascendant sur ce peuple ; quand un « homme de cette nation aperçoit un Arabe, il se prosterne « devant lui et dit : Voilà un homme du pays qui produit « la datte, tant cette nation aime la datte et tant les cœurs « sont frappés.
« Des discours religieux sont prononcés devant ce peu- « pie; on ne trouverait, chez aucune nation, des prédica- « teurs aussi constants que le sont ceux de ce peuple dans (( sa langue. Dans ce pays, il y a des hommes adonnés à la
page VM, et, dans le Discours préliminaire, les passages où M. Rcinaud prouve qu' Abou-Zéid était contemporain de Massoudi.
(X vie dévote, qui se couvrent de peaux de panthères ou de « peaux de singes ; ils ont un bâton à la main et s'avancent « vers les habitations; les habitants se réunissent aussitôt ; « le dévot reste quelquefois tout un jour, jusqu'au soir, sur « ses jambes, occupé à les prêcher et à les rappeler au sou- (( venir de Dieu. (Qu'il soit exalté!) Il leur expose le sort a qui a été éprouvé par ceux de leur nation qui sont morts. « On exporte de ce pays les panthères zendjyennes, dont la (( peau, mêlée de rouge et de blanc, est très-grande et « très -large.
(c La même mer renferme l'île de Socothora, où pousse <( l'aloès socothorien. La situation de cette île est près du « pays des Zendj et de celui des Arabes. La plupart de ses « habitants sont chrétiens
« Cette circonstance vient de ce que, lorsque Alexandre « lit la conquête de la Perse, il était en correspondance « avec son maître Arislote , et lui rendait compte des pays « qu'il parcourait successivement.
« Arislote engagea Alexandre à soumettre une île nomce mée Socothora, qui produit le sabr, nom d'une drogue a du premier ordre, sans laquelle un médicament ne pource rait pas être complet. Aristole conseilla de faire évacuer u rîle par les indigènes et d'y établir des Grecs qui seraient ce chargés de la garder, et qui enverraient la drogue en « Syrie, dans la Grèce et en Egypte. Alexandre fit évacuer (c l'île et y envoya une colonie de Grecs, En même temps ce il ordonna aux gouverneurs de provinces, qui , depuis la c( mort de Harius, obéissaient à lui seul, de veiller à la c( garde \\e celte île. Les iiabilants se trouvèrent donc en (c sûreté jus(ju'à l'avéne^nent du Messie. Les Grecs de l'île
K entendirent parler de Jésus, et, à l'exemple des Romains, u ils embrassèrent la religion chrétienne. Les restes de ces (( Grecs se sont maintenus jusqu'à aujourd'hui, bien que « dans l'île il se soit conservé des hommes d'une autre « race. »
Un siècle après Massoudi et Abou-Zéid , Albyrouny parle du commerce qui se faisait-entre Sofala, l'Inde et la Chine, commerce qui avait enrichi Soumenat, ville de la côte de (iouzerate, servant de point de relâche aux navires (1).
Après Albyrouny se présente, dans la série dont nous avons indiqué les termes extrêmes, un écrivain qui traite plus longuement que ses prédécesseurs les questions géographiques et ethnologiques relatives à la région qui nous occupe : c'est le chérif Edrisi ou El-Edrisi, géographe du xii'^ siècle. On a de lui un Traité de géographie accompagné de cartes , où se trouvent représentées la mer de rinde et toutes les contrées qu'elle baigne : la côte d'Adel et la côte orientale d'Afrique y sont figurées par le commencement d'une ligne courbe qui , du détroit de Bab-el- Mandeb. se prolonge tantôt au nord, tantôt au sud de réquateur, jusqu'aux mers de la Chine. En faisant ce singulier tracé, Edrisi, ainsi qu'on le voit par plusieurs passages de son traité, était préoccupé de l'idée d'Hipparqiie et de Ptolémée relativement à la direction de la côte orientale de l'Afrique, aussi bien que de l'idée de plusieurs physiciens (le l'antiquité, qui regardaient la terre comme inhabitable au sud de la ligne équinoxiale. Quoi qu'il en soit , l'ouvrage d'P^drisi semble résumer assez complètement les connais-
(1) Voyez Fragments arches cl persans relatifs à Vinde, par M. Keiuiuid, page 112.
sances qu'avaient les savants de son époque sur l'Afrique orientale; nous donnons, à cause de cela, sa description complète, en recommandant, toutefois, au lecteur de ne pas oublier qu'Edrisi écrivait sa géographie à la cour du roi de Sicile, et qu'il n'avait pas voyagé, en Orient, au delà des bords de la Méditerranée.
1" Climat. — 6* section (1). — « Cette sçclion com- « prend la description, du côté du midi , des villes de Carce founa (2), de Markah et d'EI-Nedja.
« Ces trois pays dépendent de celui de Berbera, forment « la limite de ses dépendances, et sont situés sur les bords (( de la mer d'Yémen. Les habitants de Berbera se nour- « rissent en grande partie de la chair de tortues marines, « qui portent chez eux le nom de lebeh.
« On peut se rendre par mer, en deux journées, de « Djouah à Carfouna. Ce pays est dominé par une haute (( montagne qui s'étend vers letsud. De Carfouna à Terce meh (*), trois journées par mer. C'est ici que commence « la montagne de Khakouï , laquelle a sept cimes très- « hautes et se prolonge sous les eaux de la mer (**) durant
vl) Traduction de la géographie d'Edrisi, par M. P. A. Jaubert, page 44 et suiv.
(2) Le manuscrit u° 334 porte Corcouna. {?iole du traducteur.)
(*) Nous trouvons à ce mot une note du traducteur, ainsi conçue : « Ras-Terma ou le cap de Terma est situé sur la côte occidentale de la raer Rouge, à 160 lieues environ du cap Guardafui. » Nous pensons qu'il y a ici confusion de sa part. En allant de Carfousa à Termeh, Edrisi nous paraît descendre la côle d'Ajau et non pas rebrousser chemin jusqu'au fond de la mer Rouge.
(*") Il nous a été impossible de comprendre le sens de ces paroles, qui se répéteront un peu plus loin, sans plus de clarté, La côte Est de la presquile est très-accore, et', si Edrisi fait ici allusion à une projection bOus-marine de la montagne, son assertion est sans fondement.
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<( l'espace de 44 milles. Auprès de ces cimes sont des vil- (( lages connus sous le nom d'El-Had^é. De Khakouï à « Markah, on compte, par mer, trois petites journées (*), u et sept par terre. A deux journées (**) de Markah, dans « le désert, est une rivière qui est sujette à des crues comme « le Nil, et sur laquelle on sèm&^u dourha (1). De Marte kah à El-Nedja, un jour et derai^par mer et quatre par « terre.
« El-Nedja est la dernière terre dépendante de Berbera . « D' El-Nedja à Carfouna, il y a huit journées. El-Nedja est « une petite ville située sur le bord de la mer. De là à Be- « donna, six journées. C'est un bourg considérable, très- <( peuplé. Les naturels de ce pays mangent des grenouilles, (( des serpents et d'autres animaux dont l'homme a géné- « ralement horreur. Ce pays est limitrophe de celui de* « Zendj. Carfouna et Bedonna sont infidèles; leur terri- « toire touche à celui des Zendj le long du rivage de la mer « Salée. Toute cette contrée a vis-à-vis d'elle, du côté du (( nord, l'Yémen, dont elle est séparée par un bras de mer (( de 600 milles d'étendue, plus ou moins, selon la profon- « deur des golfes dans l'intérieur des terres et l'extension u des caps dans le sein des mers.
« .Dans cette section sont également comprises quatre c( îles, dont deux, situées du côté de l'orient, dans le golfe « des Herbes, s6nt connues sous les noms de Khartan et « de Merlan. La troisième est celle de Socotra, connue par
(") Le teite porte tnadjra et non journées. (**) Le texte porte marhdla, et non journées. (1) On trouve, en effet, une rivière du Dom de Jubo dam le pay» de Markah. {Note du traducteur.^