I. ts
— i9ik — V. l'alpès qu'elle produit, et ^igoée du rivage d« deux « iQurnée« de uavigatioD (*) par un yent favorable. Yb-à-vis M de cette île» sur la c6te 4e l'Yémeii, est la ville de Ber- <i bat {**), La quatrième ile s'appelle Càbaia (1). Elle est si- K tuée dans la partie occidentale de cette section déserte, « mais ombragée d' arbres. On y trouve des montagnes hautes tt et escarpées, diverses espèces d'animaux féroces et autres, « et une source dont les eaux s'écoulent dans la mer. Elle H est quelquefois visitée par ceux qui viennent de TYémen « et par les navires de CoLioum et de l'Abyssinie, qui y rett Uchent pour faire de l'eau. Elle est située en face de la « forteresse connue sous le nom de Mikhlaf-Hakem, sur la
« cAte d'Yémen.
« Quant à l'ile Socotra , elle est grande , renommée , « belle et couverte d'arbres. Sa principale production vé- M gétale est l'arbre qui produit l'aloès, et il n'existe ni dans a rBhadermàut', ni dans l'Yémen, ni dans le Sabar, ni ailm leurs, aloès qui égale en bonté celui de Socotra. Cette tle « est, comme nous l'avons dit, voisine, du c6té du nord et « de l'ouest, de la province d'Yémen, dont elle est une dé- % pendance et une appartenance. Elle est située en Ctce tt des villes de Melinda et de Mombasa, dans le Zangbebar. K La plupart des habitants de l'île de Socotra sont chré- « tiens ; en voici la raison : » Ici Edrisi reproduit , sauf quelques différences de forme, la version d'Abou-ïéid , que nous avons déjà donnée (2).
(*) Le texte porte deux madjra.
O C'est Merbat qu'il fam lire.
(t) I^'^régé |K>rte Canbala. (iVo(« d% traduct^m-
:7} Ci-devant, page 190.
^«Sr '"^ -wil^ifi np
Avant de pisser à la section suivinte, dans taqoelle Edrw : continue la description de la côte orientale» examinons tout de suite l'idînitité qu'il est possible d'établir entre les poinli qu'il a décrits et ceux que nous cennaissonianjourd'hui sar la même partie de la côte.
Quatre localités importantes, quatre noms connœ et figurant encore sur nos cartes modernes , occupent une place dans cette description : Socotra , puis Markah, Melinde et Mombase. La Socotra d'Edrisi n'est éridemment autre que l'île connue de nous sous ce nom depuis m découverte par Diego Fernandez Pereira. Il ne saurait non f\\\s y avoir d« doute quant à l'identité de Markah avec Meurka ; elle est fort bien caractérisée par le fait que mentionne Edrisi , savoir, l'existence à deux marhâla dans Vinlérieury d'une nvière sujette à des crues comme le Nil , el sur ht hords de laquelle on sème du dorrha. Ces particularités se retroiivent, en effet, dans la rivière dont Te cours a été reconnu, il y a quelques années, par le lieutenant Christopher. et signalé par cet officier sous le nom de Haine s river. A l'époque où M. Jaubert a fait sa traduction, on ne pouvait soupçonner l'existence de ce cours d'eau, si ce n'est par la vague mention que plusieurs géographes arabes en avaient faite sous le nom de Nil de Magdachou ; le Djoab était le seul cours d'eau connu dans cette partie de la cô<e : ainsi s'eiplique l'erreur qu'a commise le traducteur en assimilant le Djoub à la rivière mentionnée par Edrisi. La distance indiquée par le géographe arabe comme séparant le cours de la rivière de la ville doit, il est vrai , être réduite à quatre ou cinq heures de marche ; mais on verra bientôt qu'en ce qni concerne les distances, Edrisi a pn romntettre
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de noD moins grandes erreurs, et que, dans ses indications sur bien d'autres points , on ne trouve pas m^me autant de précision et d' exactitude qu'il y en a dans sa description de Meurka. Quoi qu'il en soit, le rapport que nous venons d'établir nous autorise à conclure que la ville de Meurka existait déjà dans les premières années du xii* siècle.
Quant aux cités de Mombase et de Melinde, l'auteur y reviendra bientôt; elles n'ont été mentionnées par lui qu'à propos de l'ile Socotra, qu'il représente comme située en face de ces deux villes. Il nous semble inutile de signaler cette nouvelle erreur d'Ëdrisi ; chacun peut voir sur la carte que Melinde et Mombase sont bien loin, dans le sud-ouest, de Socotra, et non en face de cette île. Mais Edrisi donnant à la côte de Zanguebar une direction ouest-nord-ouest et estsud-est à partir de la côte d'Adel , au lieu de la renverser au sud-ouest , de façon à lui faire former avec cette dernière un angle aigu, il se trouve ainsi conduit à placer Socotra dans la partie sud d'un canal formé au nord par la côte d'Arabie, et au sud, par celle du Zanguebar : encore faut-il , pour s'expliquer son opinion quant à la position respective des trois points, admettre, de sa part, une autre erreur dans l'appréciation de la distance qui sépare Melinde et Mombase de Socotra.
A la vue de pareils écarts sur des points encore peu éloi gnés de parages connus et fréquentés depuis des siècles, on pressent tout d'abord que les distances données par £drisi manquent de la précision nécessaire, et que, si la similitude de noms nous permet de reconnaître l'identité de quelques-uns des points qu'il cite, avec des lieux connus, il nous sera à peu près impossible de déterminer la position de ceux
dont les noms nous sont inconnus ou présentés sous une forme douteuse. Dans la description que noas avons reproduite, cette impossibilité n'est que trop réelle, comme on va le voir.
La position des points nommés dans la description n'étant donnée ni en latitude ni en longitude, nous n'avons d'autre moyen de les retrouver sur la carte qu'en partant d'un pdlnt dont l'identité avec l'un de ceux d'Edrisi soit bien établie, et nous servant alors des distances indiquées par le géographe comme séparant ce point de chacun des autres. Mais notre premier embarras est d'apprécier ces distances dont le texte est loin de préciser clairement le mode d'évaluation . Edrisi ne dit pas le sens qu'il attache aux mots yaum et madjra employés par lui comme mesures itinéraires maritimes, et dont le premier représente un temps de progression, le second un espace moyen parcouru en un temps déterminé. Or, d'après Freytag, le mot yaum, de même que notre jnot jour, s'emploie pour désigner une durée de douze heures comme pour en désigner une de vingt-quatre. Le mot madjra signifie trajet accompli par un navire dans un jour de navigation (1) ; mais, par un jour de navigation , doit-on entendre douze heures ou vingt-quatre heures? Le silence d'Edrisi sur ces deux points étant absolu, nous avons recherché si de la comparaison de plusieurs passages analogues du texte il ne pouvait pas ressortir quelque indice propre à nous fixer à cet égard; et, voyant qu'en
(1) Aboulféda en donne une définition plus explicite; il dit dans ses Prolégomènes (Opinion des philosophes au sujet de la mer) : « On appelle madjra (course) l'espace qu'un navir* parcourt en un jour et une nuit avec un bon vent. » Mais cela ne tranehe pas la question quant au sens donné à ce mot par Edrisi.
certains cas Ï4mi se servait seulement du mol yamn, tandis que dans d'autres il employait yaum bi laylîaUhî (un jour et sa nuit ), nous avon» naturellement pensé que le premier devait être compté seulement pour douze heures, l'autre en indiquant positivement vingt-quatre. Quant au mot meuijra, nous trouvons, dans la partie même de la description ci-dessus reproduite, im passage qui peut nous aider à estimer la valeur moyenne du madjra, pris dans le sens d'espace itinéraire. Socotra, nous dit Edrisi, est éloigné du rivage (du rivage d'Arabie, sans doute, puisqu'il s'agit du golfe des Herbes, situé sur cette côte) de deux madjra par un bon vent ; or, il y a environ 200 milles mariDs (i) entre cette île et le point le plus rapproché de la côte d'Arabie : il résM lierait donc de ce passage qu'un nfadjra effectué avec un vent favorable pourrait être compté pour iOO milles marins, ce qui , en admettant une course de vingt-quatre
(1} Daus son Commentaire de V Afrique d'Edrisi, Hartmann, discutant la valeur qui peut être donnée à la course ou madjra [cursus)^ cite plusieurs auteurs d'après lesquels la course équivaudrait à 100,000 pas ou 100 milles romains ou arabes, c'est-à-dire à 80 milles marins. Mais, outre que cette estimation est en désaccord avQC la valeur implicitement indiquée, par Edrisi hii-mème, dans l'application qu'il fait du madjra, en 'filant la distance de Socotra à la côte d'Arabie, elle nou£ parait trc^ faible appliquée à la navigation de la côte d'Afrique, où un bateau arabe, pousse par l'une ou l'autre mousson, ne doit pas avoir un sillage horaire moindre que 4 milles. De plus, nous voyons {Introduelion à la géographie d'Aboulféda, page 267) qu Edrisi et Aboulféda estimaient le madjra a 100 milles haschémj tes, qualification qui semble indiquer que ces milles étaient comptés en coudées haschémytes plus grandes d'un quart que la coudée commune, dont 4,000 composent le mille arabe : les 100 milles bascbémytes ou le madjra correspondraient ainsi à 107 milles marins. En adoptant le chiffre de 100 milles, nous sommes donc, selon toute apparence, plutôt au-dessous qu'au-dessus de l'espace que le madjra représentait pour les géographes arabes.
heures , donnerait un sillage d'un peu plus de 4 aiilleft à l'hmire.
Le valeur moyenne du madjre étant obtenue, comme li navigation de la c6te orientale d*AfHque est toujours faite à l'aide des moussons, le chemin qu'on y parcourt en vingtquatre heures doit équivaloir, de fait, au madjra, et la journée de navigation ( yaum étant pris dans le sens de doticé heures) à un 4 /S madjra; nous devons donc compter la journée pour 50 milles marins, et la journée avec sa nuit powr 100 des mêmes milles, courant non compris (1).
Toutes ces évaluations, fort imparfaites, nous ne le dissimulons pas, sont, néanmoins, ce qu'on peut déduire de plus rationnel des seuls indices fournis par le texte. Ces bases posées, abordons l'analyse de la description, en prenant pour point de repère Meurka, la seule des localités dont la situation nous soit connue.
Entre Meurka et la montagne de Rhakouï , Edrisi compte trois petits madjra ou un peu moins de 500 milles de sillage, qui, par l'effet d'un courant moyen de i',5 à l'heure pendant soixante et quelques heures sous voiles, se son» augmentés d'environ 400 milles : le trajet total effectué entre les deux points a donc été réellement d'à peu prè^
{\) Nous avons déjà fait coDaaltre ci-devant, page 96, la vitesse moyenne des courants sur la côte orientale d'Afriqoe. Il semblera peut-être qup. d'après la manière dont nous avons déterminé la valeur du madjra, ooa$ ne devrions pas tenir compte du courant dans les distances données par Edrisi; mais nous ferons observer que, dans le trajet de Socotra à la côte d'Arabie, dont nous nous sommes servi pour évaluer le madJT« . le courant, outre qu'il est peu ^nsible, o'agit pas, o»minc sur la cUr d'Afrique , dans le sens direct de la route , et qu'ainsi il n'ajoute pas . comme dans ces derniers parages, son effet au sillage du bateau : nous n'j aurons donc pas égard dans nos calculs.
400 milles, qui , mesurés sur la carte à partir de Meurka, placeraienMa montagne de Khakouï entre Ras-Aouad et Rasél-Khil. Or il n'existe pas de montagne en cet endroit; la côte est, au contraire, fort basse sur un très-long espace, et ce n'est qu'à 80 milles en deçà du point où nous sommes arrivé qu'on trouve la terre élevée nommée aujourd'hui DjcbeU-el'Hirab (montagne de la quille). Mais, voudrait-on ne pas tenir compte de sa trop faible distance de Meurka, cette montagne longue et à la crête droite et unie ne pourrait, en aucune façon , être rapportée à Khakouï , montagne remarquable, au contraire, pair les sept cimes qu'Edrisi y signale. Nous voilà donc, dè.s notre premier pas, retombé dans le cbamp des hypothèses. Si, poursuivant néanmoins, nous mesurons, à partir du point où nous avons été conduit à placer Khakouï, les 200 milles (courant compris) dont se compose le trajet entre Termeh, où la montagne commence, et Carfouna, ce dernier vietdrait correspondre à peu près à Ras-Mâabeur. Enfin, si , pour trouver la position d'El-Nedja, entre lequel et Carfouna notre auteur indique huit journées de navigation ou 540 milles (sillage et courant), nous mesurons un espace égal en revenant de Carfouna, supposé Ras- Mâabeur, vers le sud , El-jNedja se trouverait placé à Ouarrheikh, c'est-à dire à 60 milles en deçà de Meurka ; cependant, d'après l'ordre apparent de la description, El-Nedja devrait être à une journée et demie au delà de Meurka.
En présence de résultats aussi décevants , il nous paraît Inutile de pousser plus loin la reconnaissance des lieux mentionnés dans la description d'Edrisi. Au reste, après l'avoir essayé vainement pour toutes les parties de cette description, et, nous pouvons le dire, avec une opiniâtreté digne
^'Tw'ir 'ff
de plus de succès, nous osons affirmer qu'une application méthodique des arguments fournis par le texte ne permet pas de rapporter, même approximativement, les lieux qui y ' sont nommés à des points connus aujourd'hui. Nous nous contenterons donc désormais, quand nous aurons reproduit les passages relatifs à notre sujet, de signaler les rapprochements de noms que rendrait admissibles une comcidence entre les particularités attribuées, par Edrisi , aux lieux qu'il cite et celles que présentent, à notre connaissance, certaines localités de la même côte. Dans ce but, revenons un instant aux lieux dont il a déjà été question, savoir : Djoiiah, Carfotina, Terraeh, Rhakouï , El-Nedja et Bédouna.
Djouah nous paraît avoir été très-probablement situé sur la côte nord du pays des Soumal ( le pays de Beurbera des q-^
géographes arabes) entre Bendeur-Gacem et M'raïah. Le supposer placé comme l'a fait M. Jaubert, au Bandel d'Agoa de la carte de d'Anville, ne nous semble pas ratiohnel. En effet, l'auteur, après avoir décrit la côte occidentale de la mer Rouge et nommé quelques villes de l'Abyssinie, nous fait entrer dans le pays de Beurbera , qui obéit aux Àbysst- '
niéïts , et dont le premier village est Djouah , après lequel vient Carfouna, suivi de Termeh, où commence Rhakouï, au delà de laquelle est Meurka, etc. Or, quel que soit le peu de méthode et d'ordre mis par Edrisi dans sa description, il n'en est pas moins évident qu'il procède en allant de l'ouest vers l'est pour lui, du nord au sud pour nous. Djouah doit donc se trouver sur la côte en deçà de Carfouna et, à plu*, forte raison, en deçà de Rhakouï, qui, nous le montrerons plus bas, n'est autre que la presqu'île de Hhafoun, dans le
§ud de laquelle d'Anville a placé Bandel d'Agoa; Djouah ne peut donc être rapporté à ce dernier point.
En usant de la liberté que les nombreuses incorrectioni des manuscrits arabes laissent pour l'interprétation des imnas propres, on pourrait voir le plateau du Djebeî-^Yerd'fùmn, dans la haute montagne qui , d'après Edrisi , domine le pays de Carfouna et s'étend vers le sud ; on pourrait même , sans trop de complaisance, trouver un peu d'analogie entre Carfouna , qui est écrit dans d'autres manuscrits Carcounà et Serfouna, et le Yerd'foun'; enfin, ce n'est pas, sans doute, par hasard que les anciens géographes arabes ont signalé deux lieux voisins, nommés par eux Carfouna et Khafouni, dans le même parage où se trouvent également voisins deux lieux nommés Yerd'foun' et Hhafoun. Le rapport que nous avons fait pressentir une fois admis, Carfouna correspondrait alors à un point voisin du cap Guardafui , et à l'ouest plutôt qu'au sud, si l'on devait prendre à la lettre les trois journées par mer qui , selon Edrisi , séparaient Carfouna de Termeh, où commence la montagne de Khakouï.
Quant à cette montagne, disons tout de suite , pour ne pas nous escrimer, comme à plaisir, contre une évidente incorrection de nom, que Khakouï a été mis, soit par ignorance de l'auteur, soit par erreur de copiste, pour Hafouny (1), nom par lequel Ibn-Sayd et d'autres géographes arabes désignent la montagne aux sept cimes ou aux sept caps dont il s'agit. Il n'y a plus, dès lors, de doute sur son identité avec la pre^^qu'île de Hhafoun, dont le pourtour ex-
( 1) Il parait même quo certains manuscrits d'Edrisi portent Hhafoun jau lieu de Khakouï.
térieur présente, en eflfet, le même nombre de caps, dont chacun porte encore aujourd'fiui un nom particulier. Une erreur analogue à celle qui a été commise pour le nom de Hhafouny s'est produite encore dang le texte pour celui des villages signalés comme situés sur la montagne. Au lieu d'El- Hadyé, c'est El-Haouilé ou Haouiia qu'il faut lire, d'après Ibn-Sayd et 4boulféda ; Haouiia est le nom d'une population soumali , dont le territoire, au temps d'Edrisi , comprenait la presqu'île de Hhafoun, mais qui fut, plus tard , refoulée vers le sud par le développement des populations de sang mêlé auxquelles l'établissement de quelques Arabes, dans le nord de ce pays, donna naissance.
Pour ce qui est d'EI-Nedja et de Bedouna, nous ne sau rions, à l'égard de leur situation , présenter que de vagues hypothèses. D'après les distances indiquées par Edrisi , El- Nedja devrait se trouver en deçà de Meurka lorsqu'on vient du nord, et, d'un autre côté, il nous la montre comme située au delà, puisque, dépendante, comme Meurka, du pays de Berhtra, El-Nedja est, nous dit-il , la dernière depefidance de ce pays. Si nous n'étions retenu par cette in dication, nous pourrions, en mesurant, à partir de Meurka et du côté du nord, la journée et demie de navigation qui sépare celle ville de celle d'EI-Nedja, rapporter celle-ci à Ouarcheikh ; mais elle est trop positive pour que nous n y ayons pas égard. Entin le bourg considérable dé Bedouna, dont les naturels mangent des grenouilles» des «erpenis et d'autres animaux immondes, et dont le territoire est limitrophe du pays des Zendj; Bedouna, que nous allons voir, dans la section suivante, situé à trois journées au delà de Braoua, pourrait avoir été situé auv environs de l'erabou-
chure du Djoub, fleuve à partir duquel plusieurs géographes arabes, qui l'ont indiqué sous le titre débranche du Nil, nous paraissent avoir fait conamencer le pays des Zendj : il se serait trouvé ainsi , comme le dit Edrisi , limitrophe de ce dernier pays.
Passons maintenant à la septième section de la géographie d' Edrisi :
« i" climat. — 7" section. — Cette section comprend « la description d'une partie de la mer des Indes et de la « totalité des îles qui s'y trouvent, et qui sont habitées « par des peuples de races diverses. Au midi des pays com- « pris dans cette section sont le restant de la région des « Cafres noirs et divers pays voisins de la mer; notre in- « tention est de décrire toutes ces choses avec clarté : nous « disons donc que cette mer est la mer des Indes, et que « sur son rivage est située la ville de Merouat, à l'extrémité « du pays des Cafres, peuples sans foi, qui n'adorent que « des pierres enduites d'huile de poisson. Tel est le degré « de stupidité où sont tombés ces peuples et l'absurdité de « leurs infâmes croyances. Une partie de ce pays obéit au « roi des Berbers, et l'autre dépend de l'Abyssinie.
« De Merouat, situé, sur la côte, à Medounat (1), on « compte trois journées. Cette dernière ville est ruinée, <( presque déserte, sale et désagréable à habiter. Les habi- X tants vivent de poisson, de coquillages, de grenouilles, « de serpents, de rats, de lézards et d'autres reptiles dé- « goûtants. Ces peuples ^e livrent à l'exercice de la pêche '( maritime sans embarcations, et sans se tenir constam-
(l"- Le manuscrit n° 334 porte Beroua et ISedouba ; le manuscrit B, Berouat et Bedouna. {Noie du traducteur.)
n ment sur le rivage. Ils pèchent à la nage (ou en plon-
(( géant], avec de petits filets tissus d'herbes et fabriqués
« par eux. Ils attachent ces filets à leurs pieds, au moyen
« de liens et de nœuds coulants qu'ils tiennent avec les
w mains; ils resserrent le filet aussitôt qu'ils sentent que
« le poisson y est entré, et cela avec un art dans lequel ils
M excellent et avec des ruses dont ils ont une longue expé-
« rience. Pour attirer le poisson, ils se servent de reptiles
« terrestres. Bien qu'ils vivent dans un état de détresse
a et de misère profondes , cependant ces peuples ( Dieu r
« aime ceux qui résident dans^leurs foyers domestiques)
u sont satisfaits de leur sort et se contentent de ce qu'ils
« ont. Ils obéissent au gouvernement du Zendj (du Zan-
« ghebar).
« On va de Medouna, en suivant la côte, à Melinde, ville
« des Zendj, en trois jours et trois nuits par mer. Melinde
« est située sur le bord de la mer, à l'embouchure d'une
« rivière d'eau douce. C'est une grande ville, dont les ha-
« bitants se livrent à la chasse et à la pêche. Sur terre,
« ils chassent le tigre et d'autres animaux féroces. Ils li-
« rent de la mer diverses espèces de pofssons qu'ils salent
« et dont ils font commerce.
« Ils possèdent et exploitent des raines de fer, et c'est
« pour eux un objet de commerce et la source de leurs
tt plus grands bénéfices. Ils prétendent connaître l'art d'en-
« chanter les serpents les plus venimeux, au point de les
« rendre sans danger pour tout le monde , excepté pour
« ceux à qui ils souhaitent du mal ou contre lesquels ils
« veulent exercer quelque vengeance. Ils prétendent aussi
« qu'au moyen de ces enchantements, les tigres et les lions
(( De peuvent leur nuire. Ces enchanteurs portent, dans
« la langue de ce peuple, le nom d' El-Mocnefa.
« De cette ville à Manisa (1), sur la côte, deux journées.
« Celle-ci est petite et dépend du Zeodj. Ses habitants s'oc
« cupent de l'exploitation des mines de fer et de la chasse
i< aux tigres. Ils ont des chiens de couleur rouge qui com-
« battent toute espèce de bètes féroces et même les lions.
u Cette ville est située sur les bords de la mer, près d'un
». grand golfe que les navires remontent durant un espace
« de deuï journées, et sur les rives duquel il n'existe point
(( d'habitations, à cause des bêtes féroces qui y vivent dans
i*. des forêts où les Zendj vont les poursuivre, ainsi que nous
ce venons de le rapporter. C'est dans cette ville que réside
« le roi du Zanghebar. Ses gardes vont à pied, parce qu'il
u n'y a point dans ce pays de montures ; elles ne sauraient
(ç y vivre.
« De Manisa au bourg d'El-Banès, par terre, six jource nées, et, par mer, 450 milles (*). El-Banès est un bourg ce très-grand et très-peuplé. Les habitants adorent un tam-
cc bour nommé Errahim, aussi grand que (2), couvert
«A de peau d'un seul côté, et auquel est suspendue une
c( corde, au moyen de laquelle on frappe le tambour. Il eu
t;!) Pour Mombasa, comme portent le u" 334 et le manuscrit B. {Noie du traducteur.)
Le nom Souahheli de l'Ile BlMobase est M'vita. Nous ne savoos si les caractères arabes nécessaires pour écrire ce dernier mot se rapprochent de ceux qui s'emploient pour rendre le mot Manisa; mais, s'il en était ainsi , on pourrait admettre que le copiste arabe a écrit Manisâ au lien de M'vita.
/) Le texte porte 1 madjra 1/2.
(2) Mot dont il n'a pas été possible de déterminer la signification. {Noie liu traducteur .)
^-imm^^mfK^ « - ; ; "«PlPIf
« résulte un bruit effroyable qui se fait entendre à 3 millet « de distance ou environ. i
« El-Banès (1) est la dernière dépendance du Zendj; elle « touche au Sofala, pays de l'or. D'El-Banès, sur la côte, à K la ville noRHnée Tohnet, par mer, 450 milles (*), et, par « terre, huit journées, attendu que dans l'intervalle il existe '( un grand golfe qui , «étendant vers le midi , oblige les « voyageurs à se détourner du droit chemin, et une haute « montagne nommée Adjoud, dont les flancs ont été creuse ses, de tous côtés, par les eaux qui en tombent avec un « bruit épouvantable. Cette montagne attire à elle les vais- <* seaux qui s'en approchent (2), et les navigateurs ont soin a de s'en écarter et de la fuir
« La ville de Tohnet dépend aussi du pays de Sofala et t< touche à celui des Zendj. Il y a beaucoup de villages, et « ils sont tous placés sur le bord des rivières (3). Dans tout '< le Zendj , les principales productions sont le fer et les « peaux de tigre du Zanghebar. La couleur de ces peaux « tire sur le rouge, et elles sont très-souples. Comme il « n'existe pas de bêtes de somme chez ces peuples, ils sont « obligés de porter sur leur tète et sur leur dos les objets
U) Hartmann pense qu'il faut lire El-B«ies. Nous suivons litiéralcmeot l'ojrtàpgraphe de notre manuscrit, qui est ici confornw an manuscrit B. {}i<ile du braducteur.)
0 Le texte porte 1 madjra 1/2.
(2) L'auteur veut probablement parler des courauU qui peuvent porter sur la côte (voy. d'Herbelot, Bm. orient., au mot Mtuird); peut-être aiM&i fak-il allusion aux prétendues monUgnes d'aimant (Hartmaiw, EdrU. Àfr., page 101). {Note du traducteur.)
l3) Le mot traduit par rivières signifie golfe ou vallée, d'apri» Cas>tei. Mais nous avons tout lieu de croire que, dans la langue d» notre «utaur, le sens de ce mot a plus d'extension. {Note du Iraducleur.)
■-»yiïjT>Bw;^^(^ÇP»f¥f!>:7i?:î^-^
^r^Çw^pr^^^^KT^ff-
«( destinés pour les deux villes de Melinde et de Mombasa,
c( où se font les ventes et les achats. Les Zendj n'ont point
« de navires dans lesquels ils puissent voyager; mais il
c( aborde chez eux des bâtiments du pays d'Oman et autres,
« destinés pour les îles de Zaledj qui dépendent des Indes :
u ces étrangers vendent (au Zanghebar) leurs marchandises
« et achètent les productions du pays. Les habitants des îles
« de Raledj (1) vont au Zanghebar dans de grands et de
« petits navires, et ils s'en servent pour le commerce de
« leurs marchandises, attendu qu'ils copiprennent le lan-
« gage les uns des autres (*). Les Zendj\nt au fond du
u cœur un grand respect pour les Arabes. C'est pour cela
« que, lorsqu'ils voient un Arabe, soit voyageur, soit négo-
u ciant, ils se prosternent devant lui, exaltent sa dignité
<i et lui disent dans leur langue : Soyez le bienvenu, ô
« fils de l'Yémen ! Les voyageurs qui vont dans ce pays dé-
« robent les enfants et les trompent au moyen des fruits
« (litt. des dattes) qu'ils leur donnent; ils les emmènent
J) Le maDuscrit B porte Zanedj. {Note du traducteur.) (') Edrisi énonce ici, dit M. Reioaud, « un des faits les plus curieui de Tethnographie moderne, à savoir la communauté de langage entre les Malais proprement dits et les habitants de Madagascar. » {Introduction à la géographie d'Aboulféda, pages 390 et 391.) Il nous semble qu'il ne s'agit point ici de Madagascar, mais de la câte du Zanguebar. La conformité de langage entre les gens de cette côte et les marchands qui s'y rendaient de l'Oman, ainsi que d'autres pays, y compris les lies Zauedj, provenait, sans doute, de ce que ces marchands étaient Arabes, et qu'il la côte, ils trafiquaient avec des Arabes ou des descendants d'Arabes. Les habitants des lies Zanedj étaient-ils des Malais, et Madagascar était-elle une de ces lies? Ce sont là deux questions non résolues et sans la solution affirmative desquelles la conformité de langage signalée par Edrisi ne saurait s'appliquer qu'aux habitants du Zanguebar, et non k ceux de Madagascar.
« çà et là, et finissent par s'emparer de leurs personnes et « par les transporter dans leur propre pays ; car les habi- « tants du^ Zanghebar forment une population nombreuse (( et manquent de ressources (1). Le prince de l'île de « Keich, située dans la mer d'Oman, entreprend avec ses c( vaisseaux des expéditions militaires contre le Zendj , et y « fait beaucoup de captifs. »
Avant de nous occuper des îles de cette section, arrêtons-nous un moment , pour jeter un regard en arrière et tâcher de voir clair, s'il est possible, dans l'exposition d'Edrisi.
Six localités plus ou moins importantes figurent dans celte partie de la 7* section du 1" climat; trois, que nous pouvons, à la rigueur, retrouver sur nos cartes, et trois, absolument inconnues. Les premières sont Merouat ou Berouat, ou Beroua (probablement pour Braoua), Melinde et Manisa ou Mombasa; les autres sont Bedouna ou Medouna, ou >'edouba, El-Banès et Thonet.
Au premier abord , quand nous nous demandons quelle est cette cité de Merouat (Berouat ou Beroua) qui forme, dans cette section, le point de départ, et que, parmi les noms connus aujourd'hui , nous rencontrons celui de Braoua , qui lui ressemble tant, nous nous estimons heureux d être en pays connu ; mais notre satisfaction n'est pas de longue durée, car Braoua, par la position qu'elle occupe sur nos cartes, nous reporte à plus de 100 milles en deçà du point assigné à Bedouna, dernière ville de la précédente section. Heureusenàent , nous nous confions plus à la ressemblance
(1) Il y a ici un jeu de mots assez difficile à traduire en français. {^'o^e du traducteur .)
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des noms qu'aux distances indiquées par Edrisi. Mais cherchons si , dans les autres indications que cet auteur nous fournit, nous trouverons quelque chose de concluant.
« Merouat, nous dit-il , est située à V extrémité du pays des Cafres. » Ce serait fort bien, s'il nous apprenait en même temps où commence et où Gnit le pays des Cafres (1) ; mais il nous le laisse ignorer. Toutefois, comme il ajoute qu'une partie de ce pays obéit au roi des Berbers, et que l'autre partie dépend de l'Abyssinie, nous devons penser qu'il s'agit de ces immenses territoires compris entre le cours du Djoub, l'Abyssinie, le golfe d'Aden ou de Beurbera et la mer des Indes. Ce territoire est aujourd'hui occupé par deux populations distinctes : les Soumal à l'est, et les Galla à l'ouest. Mais, au temps d'Edrisi, les uns et les autres étaient confondus sous le nom de Kafers. A l'époque dont il s'agit, en effet, l'islamisme n'avait pas encore pénétré dans cette contrée de l'Afrique. Certaines parties du littoral môme, Carfouna et Bedouna, sont signalées par Edrisi «omme infidèles. Quelques villes maritimes seules, Moguedchou, Meurka, Braoua, fondées par des Arabes musulmans, (talent mahométanes; mais elles n'en restaient pas moins comprises dans le pays des Cafres, à l'extrémité duquel, comme Edrisi le dit de Berouat, elles se trouvaient situées. Cotte indication n'est donc pas, à tout prendre, entièrement dénuée de valeur. Mais pourrons-nous en dire autant au sujet de l'indication suivante, savoir que Merouat, située sur la côte, est distante de trois journées dejMedouna ou Be-
(1) Le nom de Cafre {Kafer, infidèle) est, on le sait, donné, par les Arabes, à tons les habitants de l'Afrique orientale non soumis à la loi de Afàhoraet.
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douna? Non , car nous avons déjà vu ce que valent les distances données par Edrisi. Et puis, d'ailleurs, qu'est-ce que Medouna? Est-ce la même ville que la Bedouna dont il n été question à la section précédente, et que l'auteur nous a dite être à six journées d'El-Nedja? Il est difficile de se former une opinion à ce sujet, puisque le texte est muet et ne présente entre les deux localités d'autre analogie que celle qu'on peut remarquer en ce qui a trait à la nourriture de leurs habitants; encore la description qui suit le nom de Bedouna, à la 6^ section, y est-elle présentée de telle sorte, que l'on ne sait trop si elle s'applique n ce bourg ou à la petite ville d'El-Nedja.
Nous avons espéré un moment sortir de nos incertitudes, en rencontrant un nom qui nous est familier, celui do Melinde. Cette ville est ruinée aujourd'hui ; mais, avant la venue des Portugais, elle était florissante. Sa positiom nous est bien connue. Elle était, ainsi que nos cartes l'indiquent, située par 5° 15 sud è peu près. Mais nous nous sommes bientôt aperçu que ce nouveau point de repère ne nous servirait en rien pour retrouver la position de Meroual et de Medouna. En effet, entre cette dernière ville et Melinde, il y aurait eu, selon Edrisi , trois jours et trois nuits par mer. Le chemin résultant de cette navigation , en la supposant même effectuée sans courant , placerait Medouna à plus de 60 milles au nord du Djoub, et reculerait Merouat (située à trois journées en deçà de Medouna) à 150 milles au nord de la Braoua de nos cartes. Et cependant il est plus que probable que c'est bien cette dernière ville que désigne la Merouat d'Edrisi, écrite Berouat dans le manuscrit 554, et Beroua, dans le manuscrit B. Ici , manifestement, ce ne sont
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point les synonymies qui sont trompeuses, mais bien les connaissances géographiques de l'auteur qui sont en défaut et ses appréciations des distances qui sont erronées. On s'en étonnera peu , après les quelques mots que nous avoîis dits sur le tracé de sa carte. On s'en étonnera encore bien moins, quand on aura lu ce qui nous reste à exposer.
Après Melinde vient la cité de Mombase, qu'Edrisi met à deux journées de .Melinde. S'il s'agissait de deux journées par terre, le géographe serait assez près de la vérité; mais il ne s'explique pas à ce sujet, et, en l'absence de toute mention spéciale, il n'y a pas lieu de douter qu'il ne s'agisse, en cette occasion, d'une traversée par mer, représentant une distance d'environ i50 milles, courant compris. Or, la distance réelle qui sépare ces deux villes n'est guère que de i degré (60 milles); à propos de deux points si peu éloignés, c'est là une différence considérable. Pourtant Melinde et Mombase sont deux cités qui devaient être, à cette époque, bien connues et très-fréquentées, et c'était pour Edrisi le cas, plus q>je jamais, de donner un renseignement exact. Mais poursuivons.
La dernière ville du Zendj est, dit-il , El-Banès; elle touche au Sofala. Il la place à six journées par terre on à 1 madjra i/2 par mer de Mombase. La distance correspondante à 1 madjra 1/2 (courant compris), comptée à partir de la position réelle de Mombase, met El-Banès auprès de l'embouchure de l'Oufidji, à l'ouest de l'île Mafiia. Thonet, 4 madjra 1/2 plus loin, se trouverait, par suite, placée un peu au delà du cap Delgado.
Si ce n'étaient pas laides situations indiquées à l'aventure, on pourrait penser, d'après la position ainsi attribuée à
El-Banès, que TOufidji était alors considéré comme la limite méridionale du pays des Zendj (1) : donnée qui ne serait pas sans intérêt. Mais nous nous garderons de prendre au sérieux toute conséquence des rapports établis d'après des éléments aussi peu positifs que le sont les éléments fournis par Edrisi.
Cependant, faisons-le remarquer, pour ne rien omettre, la position que nous avons été conduit à donner à El Banès est en rapport avec certain détail qu'Edrisi ajoute à ce qu'il dit de Mombase. En eCTet , selon lui , Mombase est située près d'un grand golfe que les navires remontent pendant deux journées [ce qui fait un trajet de 150 milles (2)] , et sur les bords duquel il n'y a pas dliabitations à cause des bêles féroces, etc. El -Banès devait donc être en dehors de ce golfe; or, le golfe mentionné ici par Edrisi ne peut être que la courbure affectée par la côle à par- Ci) Les géographes arabes ont varié dopinion sur loU'ndue du pavs des Zendj et sur les points qui eu étaient pour eux les limites. Les uns. comme Massoadi , semblent avoir désigné sous ce nom tout le pays compris entre l'embouchure du Djoub et le cap Corrientes, y faisant ainsi figurer le Sofala. D'autres, comme Edrisi et Ibn-Sayd, en séparaient Ip Sofala. Mais aucun n'a précisé, que nous sachions, le point à partir duquel commençait ce dernier pays.
(2) Ibn-Sayd dit que ce golfe peut être remonté à plus de 300 milles. 11 nous semble que l'étendue en profondeur donnée par les géographes arabes aux divers golfes qu'ils mentionnent dans leur description de la côte, est simplement une partie de la longueur do la courbe que la c6i( présente en ces endroits. L'idée erronée qu'ils se faisaient de sa direction générale devait, en effet, quand ils avaient à y indiquer un golfe, les porter à eu placer les deux extrémités à peu près sur le même parallèle, et à lui attribuer en profondeur ce qui n'était réellement que la distance plus ou moins exacte parcourue par les navires qui le ciMovaicnt pour se rendre de son entrée à lun des points ^lués sur ses bords ou même au delà de son autre extrémité.
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tir de l'ile Ouacine, courbure qu'on doit regarder comme terminée à la pointe Pouna, et qui présente un développement de 200 milles environ : ce serait donc au delà de cette pointe qu'il nous faudrait chercher le point correspondant à El-Banès, et notre hypothèse, heureuse au moins en cela, ne se trouve point avoir failli à cette condition spéciale.
Enfln , quant à la montagne nommée Adjoud, située entre cette-dernière ville et Thonet, et attirant les navires qui s'en approchent, on pourrait, d'après ce qu'en dit le géographe, la rapporter au cap Delgado (cap délié, mince), aux environs duquel les courants sont très-forts. Le commentateur Hartmann a supposé qu'Edrisi avait voulu faire allusion à quelqu'une de ces montagnes d'aimant qui , pour les géographes arabes , semblent jouir du privilège de l'ubiquité : son opinion ne contredit pas notre hypothèse, puisqu'il est admis que cette fable des montagnes d'aimant ne peut avoir pris sa source que dans l'existence de courants violents auprès de certains promontoires; elle la justifierait, au contraire. Mais une difficulté plus réelle se présente : le rapport que nous venons, de supposer entre la montagne Adjoud et le cap Delgado fût-il admis, il resterait encore à se rendre compte de ce que peut être ce grand golfe placé entre El-Banès et Thonet, et qui oblige les voyageurs à se détourner du droit chemin quand ils se rendent, par terre, de l'un à l'autre de ces points. Peut-être le détour signalé par le géographe, et dont il a évidemment mal indiqué la cause , s'expliquerait-il par l'existence , dans cette partie de la côte, de la baie de Mikendany et de quelques cours d'eau considérables, tels que les rivières Liudy
et Livouma, dqnt les embouchures, assez larges, obligeaient sans doute les voyageurs à chercher au-dessus de celles-ci un gué ou quelque endroit où, les bords de ces rivières se trouvant moins écartés', elles étaient ainsi plus facilement traversées. Mais cette explication ne résout pas. complètement la difficulté signalée.
Au reste, le défaut capital de la description d'Edrisi n'est pas dans les imperfections, mais dans les lacunes qu'on y remarque. Ce qui nous étonne encore plus que toutes les erreurs ou les confusions qu'il a commises, c'est l'absence, dans son traité , de certaines notions qui devaient naturellement s'y trouver. Comment se fait-il, par exemple, qu'il ait décrit ce littoral sans parler de l'importante cité de Kiloua? L'évidente pénurie de renseignements où il se trouvait n'est pas même, en ce cas, une explication suffisante. Il y avait, en effet, à l'époque où il composait son ouvrage, près de deux cents ans que Kilooa était fondée, et depuis bien longtemps aussi elle avait soumis à sa domination les îles Pemba, Zanzibar et Mafiia, dont il ne parait pas non plus soupçonner l'existence. La même remarque s'applique, avec plus de raison encore, au silence également gardé par lui quant à la cité de Moguedchou, alors qu'il nomme les villes de Markah et de Braoua, qui , comme nous le dirons plus loin , en étaient dépendantes à cette époque. De pareilles lacunes prouvent surabondamment que le géographe de la cour du roi Roger ne savait presque rien de l'Afrique orientale; il semble même n'avoir pas pris la peine de se renseigner, quoiqu'il eût pour cela toutes les facilités désirables.
Passons maintenant aux îles de la septième section.
« En face du rivage des Zendj sont les îlçs de Zaledj (i). « Elles sont nombreuses et va&tes : leurs habitants sont « très-basanés, et tout ce qu'on y cultive de dorrha, de « canne à sucre et d'arbres de camphre y est de couleur « noire. Au nombre de ces îles est l'île de Cherboua (2), « dont la circonférence est , à ce qu'on dit , de i ,200 milles
(1) Notre manuscrit porte tantôt Zaledj, tantôt Raledj et Ranedj. Ce sont les îles que d'Herbelot, Hartmann et autres ont décrites, d'après les géographes arabes, sous le nom de Raneh ou Ranah. [Note du traducteur (*).]
(2) Le manuscrit n" 334 porte Saranda. (iSote du traducteur.)
(') M. Reinaud fait observer que M. Jaubert n'a pas bien rendu le nom de ce» îles et qu'il faut lire, dans le texte , Zabedj au lieu de Zaledj. En voyant tontes les variantes que les manuscrits, et souvent le même manuscrit, présentent dans l'orthographe du nom de ces îles (variantes qui , soit qu'on les attribue aux copistes, soit qu'on les attribue à l'auteur, accusent , dans ce dernier cas , une certaine hésitation quant au nom à employer, et , dans le premier, peu de netteté dans l'écriture du manuscrit original ), noof nous demandons si Edrisi n'a pas Tonlii où s'il be devait pas écrire Z);eiaJr-el-Zcnoudj (îles des Zendj ), ce qui nous semblerait ici beaucoup plus rationnel que îles Zabedj , en tant que ce dernier nom doive désigner les îles Malaises. Nous ne pouvons juger que par les yeux, et nous ne «avons pas si les mots Zenoudj et Zabedj ou Zaledj, écrits en caractères arabes , sont tellement différents qu'un copiste ne puisse , l'écriture de l'original y aidant , prendre l'un de ces mots pour l'antre ; nous soumettons en toute humilité notre réflexion aux orientalistes. Mais nous insisterons sur ce fait qu'en lisant îles des Zendj, tout ce que dit £drisi dans le passage précite , depuis les mots - les Zendj n'ont pas de navires, etc., * jusqu'à ceux-ci, • attendu qu'ils comprennent le langage les uns des autres, » est parfaitement en harmonie avec les rapports établis, depuis des siècles , par des bateaux de l'Oman, des Comorcs et de Madagascar ayec le Zanguebar (a) ; au lieu qu'en lisant îles de Zabedj, tout ce passage n'est plus i^tionnel , à moins d'admettre l'existence de rapports analogues entre ce même 7,anguebar et les îles Malaises, tant par des bateaux de ces îles que par l'intermédiaire des bateaux de l'Oman.
Or, les voyages directs de ces îles au Zanguebar étaient , nous le «royons, au-dessus de ce que les marias arabes et malais pouvaient entreprendre à cette époque. Qne des bateaux de l'Oman destinés pour les Comores et Madagascar touchent au Zanguebar, c'est tout naturel , et c'est encore la route qu'ils sniveot aujourd'hui quand ils se rendent en ces îles; mais on ne saurait comprendre que ces mêmes bateaux de l'Oman, qui sont destinés pour les îles Malaises , s'y rendissent en touchant au Zanguebar. A l'appui de l'idée que nous avons exprimée de la substitution possible du mot de Zenoudj à celui de Zanedj , Zaledj ou Zabedj, nous citerons le passage suivant d'Albyrouni , reproduit par M. Reinau'l dans son Introduction à la géographie d'jéboulfe'da , page 408 : - Les îles de la partie de la mer de l'Inde qui est tournée ver» l'orient et qui " se rapproche de la Chine sont les îles du Zabedj ; les îles situées du côté de l'occident sont les - iles des Zendj. • £nGu nous ferons remarquer encore qu'Ibn-el-Âlonardy, mentionnant, dans sa description du pays des Zendj , que les habitants de ce pays ne possèdent pas de bateaux, et /-xpliqnant comment ils ont , cependant , des relations copimerciales avec l'extérieur, dit que les marchands de l'Oman y abordent chaque année et se font les agents de ces relations ; mais il nr parle en aucune façon, au même litre, des bateaux des îles Zabedj.
in] \njtT, pour ce qui a tiait au commerce du Zanguebar, Je chaprtrr xxv de la relation.
« et où l'on trouve des pêcheries de perles et diverses sortes
« d'aromates et de parfums, ce qui y attire des marchands.
« Parmi les îles de Zaledj comprises dans la présente sec-
« tion, on compte aussi celle d'El-Andjebeh, dont la ville
« principale se nomme, dans la 'langue du Zanghebar, El-
« Anfoudja, et dont les habitants, quoique mélangés, sont
« actuellement, pour la plupart, musulmans. La distance
« qui la sépare d'EI-Banès, sur la côte des Zendj , est de
« iOO milles (*). Cette île a 400 milles de tour; on s'y
« nourrit principalement de figues-bananes (**). Il y en a
« de cinq espèces Cette île est traversée par une
« montagne nommée Wabra , où se réfugient les vaga-
« bonds chassés de la ville, formant une brave et nom-
« breuse population, qui infeste souvent les environs de la
« côte et qui se maintient sur le sommet de cette mon-
« tagne dans un état de défense contre le souverain de
« l'île. Ils sont courageux et redoutables par leurs armes
« et leur nombre.
« Cette île est très-peuplée; il y a beaucoup de villages
« et de bestiaux : on y cultive le riz. On dit que, lorsque
« l'état des afiFaires de la Chine fut troublé par les dissen-
« sions et que la tyrannie et les rébellions devinrent exces-
« sives dans l'Inde, les habitants de la Chine transportèrent
« leur commerce à Zanèdj (ou Zabedj, selon M. Reinaud)
c( et dans les autres îles qui en dépendent, entrèrent en
« relations et se familiarisèrent avec ses habitants, à cause
(*) Le texte porte 1 madjra.
O Cette particularité, les deux noms Aodjebeh et Anfoudja, qui oui évidemment une physionomie toute malgache; enfin les faits mentionnas dans l'alinéa qui suit, nous semblent désigner l'île de Madagascar.
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« de leur équité, de la bonté de leur conduite, de Taménité « de leairs mœurs et de leur facilité dans les affaires. C'est « pour cela que cette île est si peuplée et qu'elle est si fré- « quentée par les étrangers (*).
(( Auprès de cette île, il en existe une autre (**), peu con- « sidérable» dominée par une haute montagne dont le som- (( met et les flancs sont inaccessibles , parce qu'elle brûle « tout ce qui s'en approche (***). Durant le jour, il s'en « élève une épaisse fumée, et durant la nuit, un feu arec dent. De sa base coulent des sources, les unes d'eau froide « et douce, les autres chaudes et salées.
« Auprès de l'île de Zanedj susmentionnée, on en trouve « une autre nommée Kermedet, dont les habitants sont de « couleur noire. On les appelle Nerhin (1), Ils portent le c( manteau nommé Âzar et la Fouta. C'est une peuplade « audacieuse, brave et marchant toujours armée. Quelquece fois ils s'embarquent sur des navires et attaquent les bâ-
(*; C'est ici que la note de M. Reinaud ( ci-devant page 208) nous semblerait venir en sa place. Mais sont-ce bien des Chinois, et non pas des Malais, qui vinrent à Madagascar? N'est-ce pas aussi, par suite de la confusion que fait Edrisi des/iles des Zendj avec les lies Malaises, que nie d'El-Audjebeh se trouve fci-avoir part aux résultats de cette émigration?
{"} Cette île, dont Edrisi ne donne pas le nom, semble devoir être l'île qu'Ibn-Sayd désigne sous celui de Berkan dans sa description des îles de Mend.
("*) 11 s'agit ici manifestement de l'une des Comores, Maïotte ou, plutôt, la grande Comore; le volcan de cette dernière conserve encore .^on activité souterraine. Celui de Pamanzi , l'un des îlots situés dans les eaux de Maïotte, qui a dû être bien moins considérable , est, sans doute depuis bien longtemps, éteint; son cratère. est aujourd'hui transformé en un petit lac d'eau bitumineuse et sulfureuse.
(1) Le manuscrit n» 334 porte Karnoa et Boumïn ; le manuscrit B. Kerraebet et El-Boumin. {yoie dM traducteur.)
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(( timents de commerce, dont ils pillent les marchandises. ce Ils ne laissent rentrer chez eux que leurs compatriotes « et ne redoutent aucun ennemi. Entre cette île et le ri- « vage maritime, on compte un jour et demi- de naviga- (( tion (*); entre elle et l'île Zanedj, nommée El-An-
« frandji (**), on compte une journée (***) »
Si l'on veut bien se rappeler ce que nous avons dit de la conGguration donnée, par la carte d'Edrisi (carte qui résumait les idées des géographes de son époque) , à la partie méridionale de l'Afrique, on pourra, malgré la confusion qui règne dans son récit, démêler la vérité de l'erreur, et se rendre compte des causes de cette dernière. Le conlinent africain, nous le répétons, se prolongeait, selon Edrisi et les autres géographes, vers l'orient , jusqu'au sud-est de la Chine, englobant dans ce trajet la plupart des grandes îles qui forment, entre le 5* et le 12» parallèle, cette longue chaîne dont Madagascar, les îles de la Sonde et les Moluques font partie. Tout cet immense continent était, à leurs yeux, séparé des côtes de l'Arabie et de l'Inde par un long canal , qui commençait au détroit de Bab-el-Mandeb et s'avançait jusqu'au sein de la mer de Chine. Ce canal était, comme on le voit, singulièrement rétréci par eui, surtout dans la partie qui correspondait au vaste espace compris entre Madagascar et la côte méridionale de l'Inde. C'est comme conséquence de ce tracé actif que nous avons
C) Le teite porte le madjra d'un jour el demi.
O Cette île, dont il n'est fait mention sous ce nom ni dans ce qui procède ni dans ce qui suit, est probablement l'Ile Andjebeh décrite plus haut, et que le géographe aura voulu désigner ici par le nom de la ville principale, El-Anfoudja.
C) Le texte porte le madjra d'un jour.
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Vu Melinde et Mombase mises en face de Socotra et du prolongement de la côte d'Aden. Dans le changement de front (qu'on nous passe l'expression) imprimé ainsi par eux à la côte orientale d'Afrique et aux îles situées en regard de cette côte, il arrivait que certaines de ces îles étaient prises pour d'autres , et même se trouvaient confondues entre elles ou avec le continent. Les noms alors, comme la situation, rétendue, les mœurs, les langages, les productions, subissaient des déplacements arbitraires et bizarres.
Ainsi il est facile de distinguer, dans la description qui précède, des particularités qui s'appliquent à Madagascar, aux Comores et au canal de Mozambique. En même temps, nous y voyons figurer aussi une île du nom de Cherboua, dont les produits , tels que les perles , les aromates et les parfums, nous paraissent être plus en analogie avec ceux de Geylan qu'avec ceux de Madagascar et des autres îles de l'Afrique orientale. Ce rapport est même tellement frappant, que, si ce n'était qu'Edrisi décrit, plus loin, avec assez de détails, l'île de Serendib, le nom de Seranda, qui, dans quelques manuscrits, remplace celui de Cherboua pour l'île dont il s'agit, donnerait peut-être quelque apparence de vérité à l'identification de cette île avec l'île indienne. Mais, outre que cette difficulté n'est pas de nature à être levée, nos doutes et nos hésitations augmentent encore quand nous voyons l'auteur assigner à El-Andjebeh 400 milles de tour et 1,200 milles à Cherboua ou Seranda, Si encore l'étendue attribuée à l'une l'avait été à l'autre, et vice versa, le chiffre de 1,200 milles pour Madagascar et celui de 400 pour Ceyian seraient encore beaucoup trop faibles, il est vrai; mais, du moins, on trouverait entre ces deux estimations
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erronées à peu près le rapport qui existe réellement entre les périmètres des deux îles.
Au reste, il est un fait qui dénote clairement l'ignorance d'Edrisi concernant la position de Cherboua ou Seranda , c'est le silence qu'il garde à cet égard ; tandis que, pour les autres îles Zanedj , il indique et leur situation respective et la distance à laquelle elles sont du continent. Aussi nous hâterons-nous de terminer ce que nous avions à dire au sujet de Cherboua, en faisant simplement observer que , si , par les raisons signalées plus haut, cette île ne peut être rapportée à Madagascar, elle peut moins encore l'être à une des Comores. .
Quant à l'île Andjebeh , les analogies que nous avons indiquées entre certains détails de sa description et ce que nous savons de l'île Malgache nous porteraient à ne voir dans les deux qu'une seule et même île ; mais, comme Edrisi place la sienne à la distance d'un madjra d'El-Banès, sur la côte des Zendj, nous devons reconnaître que cette distance approcherait beaucoup plus de celle qui sépare la grande Comore de la même côte. De plus, le mot Angazidja, nom indigène de cette dernière île, diffère très-peu, en écriture arabe, du mot Anfoudja, nom de la ville principale de l'île Andjebeh. Comme celle-ci , la grande Comore est traversée, dans toute sa longueur, par une chaîne montagneuse, on plutôt elle n'est qu'une haute et longue montagne volcanique que semble avoir fait surgir une éruption sous-marine. Enfin on y trouve, en quantité remarquable, diverses variétés de bananiers. Malheureusement, sous le rapport de rétendue, il n'y a pas d'assimilation possible entre la grande Comore et l'île El-Andjebeh d'Edrisi, puisque, au lieu d'un
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circuit de 400 milles attribué à l'une, l'autre n'en a qu'un de 130 à 140 milles. D'ailleurs, le sol de la grande Comore n'a jamais pu être propre à la culture du riz, et à aucune époque non plus cette île n'a dû, par son commerce, par sa population, par son importance en un mot, réaliser le tableau que nous fait Edrisi d'El-Andjebeh , et ce qu'il rapporte de l'immigration qui avait rendu cette île si- florissante. Enfin cette particularité de l'existence d'un volcan, particularité si caractéristique pour 1^ grande Comore, n'est point attribuée, par le géographe, à l'île Andjebeh, mais bien à une autre île du groupe.
Comme on vient de le voir, nous ne nous sommes dissimulé en rien les contradictions que présente cette description des iles Zanedj ^ telle que nous l'a faite Edrisi ; comme aussi nous n'avons éludé aucune des objections que soulève leur identification avec telle ou telle aiitre des iles connues dans la mer de l'Inde : toutefois, on sera forcé de reconnaître, avec nous, que l'île de Ceylan, celle de Madagascar et deui ou trois des îles Comores sont indiquées, par ce géographe, dans la mesure des connaissances qu'il possédait sur le pays et la mer des Zendj. Or ces connaissances nous ont paru trop vagues et trop incomplètes pour que nous nous étonnions, outre mesure, de le voir, à propos des îles Zanedj , confondre des particularités de l'une avec celles d'une autre, et comprendre même dans leur groupe des îles qui, à aucun titre, ne devaient en faire partie.
Nous avons cru inutile de suivre la description des îles de la septième section au delà de l'île Kermedet ou Kermoua , parce que tout ce qui vien^ après cette île nous a semblé ne pas avoir le moindre rapport direct ou éloigné
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avec celles de la mer des Zendj. Quant aux lies qu'Edrisi appelle l'île des Singes et Ule El-Gotroba ou Colorié, il nous est impossible d'établir aucun rapprochement entre elles et l'une quelconque des îles aujourd'hui connues dans les eaux de l'Afrique orientale (i).
Après avoir parcouru les pages qui précèdent, le lecteur ne peut manquer de reconnaître la vérité des paroles suivantes :
« Le plus grand désordre, a dit M. Reinaud (2), règne « dans la manière dont Edrisi a disposé les îles de la mer « Orientale. Certaines îles sont répétées plusieurs fois, « d'autres ne reposent que sur des idées chimériques »
Ce jugement, porté par un homme dont la sarante critique fait autorité en ces sortes de matières, nous justifierait, au besoin, de ne pas continuer une discussion désormais aussi dénuée d'intérêt que de bases solides.
Certes, les marchands et les navigateurs arabes connaissaient fort bien tous les parages que nous venons de parcourir, puisqu'ils y étaient les agents d'un commerce fort actif, comme nous le verrons plus loin. Mais un très-petit nombre d'entre eux avaient une idée d'ensemble sur ces mers et leurs dépendances, et nul n'était assez savant pour coordonner les matériaux qu'une pratique longue et étendue avait fournis à quelques pilotes, habiles peut-être, mais étrangers à toute idée de cosmographie. Les renseignements arrivaient donc morcelés et incomplets aux hommes
(11 Si nous avions à donoor notre opinion sur la position ôt cps lies, nous verrions daus l'île des Singes, située à deux jtelits maëjras du t continent qui louche à CAbyssinie et à deux madjras de Socolra, ruuf des îles Curia-Muria, et dans Tlle Cotroba, l'île Mazeira ou Mozeira.
(2) \oy(^z Introduction à la géographie dAboulféda, p»«e 310.
de cabinet ; la science, alors incomplète elle-même, venait ajouter sa propre confusion à celle des données de la pratique, et les géographes se trouvaient ainsi dans l'impossibilité de corriger la théorie par les faits ou de rectifier les faits par la théorie.
Nous croyons en avoir dit assez sur ce point pour que le lecteur puisse désormais comprendre , dans les citations
que nous avons à analyser, les excentricités des géographes arabes, en ce qui touche à l'orientement général de la côte et à la situation respective des lieux. Revenons maintenant à Edrisi, que nous avons laissé au pays de Sofala.
« 1" climat. — 8^ section. — Cette section comprend la (c description du restant du Sofala.
(( On y trouve d'abord deux villes ou plutôt deux bourgs « entre lesquels sont des villages et des lieux de campe- « ment semblables à ceux des Arabes. Ces bourgs se nomce ment Dj entama et Dendema. Ils sont situés sur les bords (( de la mer et peu considérables. Les habitants sont pau- « vres , misérables , et n'ont d'autres ressources pour vivre (( que le fer ; en effet , il existe un grand nombre de mines c( de ce métal dans les montagnes du Sofala. Les habitants « des îles de Zanedj (1) et des autres îles environnantes « viennent chercher ici du fer, pour le transporter sur le <c continent et dans les îles de l'Inde, où ils le vendent à « un bon prix ; car c'est un objet de grand commerce et (c de grande consommation dans l'Inde, et, bien qu'il en ce existe dans les îles et dans les mines de ce pays , cepencc dant il n'égale pas le fer du Sofala, tant sous le rapport
(1) Le maouscrit B porte les iles Ranefi. [iSole du traducteur.)
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« de l'abondance que sous celui de la bonté et de la mala léabilité. Les Indiens excellent dans l'art de le fabriquer « et dans celui de préparer le mélange des substances au « moyen desquelles, par la fusion, on obtient le fer doux a qu'on a coutume de désigner sous le nom de fer de tt l'Inde. Ils ont des manufactures où l'on fabrique les sa- « bres les plus estimés de l'univers ; c'est ainsi que les fers « du Sind, de Serendib et de l'Yémen rivalisent entre eux « sous le rapport de la qualité résultant de l'atmosphère « locale , aussi bien que sous celui de l'art de la fabrica- « tion , de la fonte , de la forge, de la beauté du poli et de c( l'éclat; mais il est impossible de trouver rien de plus « tranchant que le fer de l'Inde. C'est une chose universel- « lement reconnue et que personne ne peut nier.
« De Djentama à Dendema, on compte, par mer, deux « journées (*) ; par terre, sept journées.
« Dendema est une des principales villes du Sofala ; trois. « autres touchent au territoire de ce pays. L'une d'elles est <i Siouna , ville de médiocre grandeur, dont la population « se compose d'Indiens, de Zendj et autres. Elle est située « sur un golfe où les vaisseaux étrangers viennent mouil- « 1er (1). De Siouna à Boukha (2), sur le rivage de la mer, « trois journées (**) ; de la même à Dendema, du Sofala, a vers l'ouest, par mer, trois journées {***), et par terre
(*) Le texte porte 2 madjra.
(1) Le manuscrit B ajoute : « C'est là qtte réside le gouverneur; il a des soldats, mais il n'y a point de chevaux dans le pays. >> {Note du traducteur.)
(2) Le manuscrit B porte Barka. {Noie du traducteur.) (**) Le texte porte 3 madjra.
(***) Le texte porte 3 madjra.
a environ vingt journées (*), parce qu'il y a, dans l'inter- « valle, un grand golfe qui s'étend vers le midi et qui a oblige à un détour considérable. De Bealh^uiKDjen- « tama (**), par mer, une journée (***); par tw-rèr^cmatre < journées. Dans tout le pays de Sofala» on trouve de Vor « en abondance et d'eicellênte qualité. Cependant le^-babr- « tants préfèrent le cuivre, et ils font leurs ornements avec « ce dernier mé^l. L'or qu'on trouve sur le territoire de « Sofala surpassé, en quantité comme en grosseur, celui « des autres pays , puisqu'on en rencontre des morceaux (( d'un ou de deux mithcals, plus ou moins, quelquefois « môme d'un rotl. On le fait fondre dans le désert, au a moyen d'un feu alimenté par de la fiente de vache, sans « qu'il soit nécessaire de recourir, pour cette opération, au «.■ mercure, aiusi que la chose a lieu dans l'Afrique occi- (( dentale ; car les habitants de ce dernier pays réunissent
« leurs fragments d'or, les mêlent avec du mercure
« L'or de Sofala n'exige pas l'emploi de ce procédé; mais «c on le fond sans aucun artifice qui l'altère. i>^
Edrisi passe ensuite aux îles Roïbahat , nom sous lequel il désigne probablement ces nombreux archipels qui se trou vent entre Madagascar et Ceyian ou la côté de l'Inde. Nous n'avons pas à le suivre dans ces parages, quelle que soit l'incertitude qui règne, dans ses écrits, sur le point de sé-
(*) Le teite porte 20 marhàla.
(**) En examinant avec attention ce qui précède depuis le cfonmencemeot de l'alinéa, il nous parait évident que Djentama a été mis ici par erreur ou pour Dendema, ou plutôt pour Djctla ou Djebetta, sur laquelle Edrisi revient plus loin, 9« section.
[") Lp texte porte 1 madjra.
Tsn^wç^^^sasra»!™?»?-'»?™?!!*"^'^"?''"^
paration où se termine ce qui a trait au continent africain et à ses îles.
Disons seulenaent qu'en suivant avec attention l'exposition des diverses particularités attribuées à chacune , nous 1. n'y avons rien trouvé qui puisse autoriser l'identification ^ de l'une quelconque d'entre elles avec Madagascar. Il y a plus : le cocotier, signalé comme abondant en toutes ces îles et fournissant, avec ses fruits, une partie essentielle de la nourriture de leurs habitants, n'est point indigène à Madagascar; sur les points de cette île où il existe aujourd'hui , l'introduction n'en remonte pas à deux siècles, et , tout insignifiant que ce fait puisse paraître d'abord, nous y voyons un caractère distinctif dont on doit tenir grand compte, en cherchant à rapporter Madagascar à l'une des îles mentionnées par les géographes arabes. Nous n'admettons donc pas, et pour bien d'autres raisons encore, que l'île de Comor, telle que la représente Edrisi, puisse indiquer Madagascar. Nous aurons à examiner plus loin si les nouvelles données fournies , au sujet de l'île de Comor ou Comr, par les géographes qui vinrent après Edrisi , sont de nature à modifier notre opinion.
Voici , maintenant , la suite de sa description du pays de Sofala :
« 1" climat. — 9* section. — Nous disons donc qu'au « midi de cette mer est une partie du Sofala (dont nous « avons déjà parlé) , et qu'au nombre des lieux habités de « ce pays est la ville de Djesta ou de Djebesta (*), peu con- « sidérable. On y trouve de l'or en quantité; son exploita-
(*) Le traductear fait remarquer que le manuscrit B porte Djesla. ^-^
Hartmann a lu Gasla. /
« lion est la seule industrie et la seule ressource des habî- « tants. Ils mangent des tortues marines et des coquillages; « le dhofra n'est pas abondant parmi eux. Cette ville est a située sur un grand golfe où peuvent entrer les navires. « Les habitants de Djebesta, n'ayant ni navires ni bêtes de <( somme pour porter leurs fardeaux, sont obligés deJes « porter eux-mêmes et de se rendre service réciproquece ment. Ceux de Comor et les marchands du pays de Meh- « radj viennent chez eux, en sont bien accueillis et trafi- « quent avec eux. De la ville de Djebesta à celle de Da- « ghouta , trois jours et trois nuits par mer, et à l'île Co- « mor un jour (*).
« La ville de Daghouta est la dernière du Sofala, pays « de l'or; elle est située sur un grand golfe; ses habitants « vont nus; cependant ils cachent avec leurs mains leurs « parties sexuelles, à l'approche des marchands qui vien- « nent chez eux des autres îles voisines. Leurs femmes ont « de la pudeur et ne se montrent ni dans les marchés ni « dans les lieux de commerce, à cause de leur nudité; c'est « pourquoi elles restent confinées dans leurs demeures. On « trouve de l'or, dans cette ville et dans son territoire, plus « qu'ailleurs dans le Sofala. Ce pays touche à celui de Ouacc( Oiiac, où sont deux villes misérables et malpropres, à « cause de la rareté des subsistances et du peu de ressources « en tout genre. L'une se nomme Derou ou Dadou, ou c( Dadoua; et l'autre Nebhena ou lana'âna. Dans son voisi- « nage est un gros bourg nommé Dargha ou Daghdagha ;
(*) II sera, plus loin , tenu compte de cette indication concernant Tlle Comor, et qui tendrait à en faire admettre Tidentité avee Madagascar. Voyei ci-après la discussion au sujet de l'île Comr d'Ibn-Sayd.
« les naturels sont noirs, de Ggure hideuse, de complexion « diflforme; leur langage est une espèce de sifflennent; ils « vont absolument nus et sont peu visités par les étran- « gers; ils vivent de poissons, de coquillages et de tor- « tues. )i
D'après l'ordre de sa description et la manière dont il rattache le pays de Ouac-Ouac à celui de Sofala, Edrisi nous semble placer le second au delà du premier; cependant nous nous occuperons d'abord du pays de Ouac-Ouac, que nous soupçonnons devoir être placé entre le Sofala et le Zanguebar, et voici pourquoi :
Edrisi est, à notre connaissance, le seul auteur arabe qui ait cité des villes appartenant à ce pays ; mais d'autres auteurs l'ont mentionné comme formant un groupe d'îles. Or Massoudi, qui dit partout la contrée de Ouac-Ouac, la fait confiner au Sofala, et donne pour limite à la terre des Zendj la contrée de Sofala et de Ouac-Ouac. Il signale ces deux derniers pays comme produisant beaucoup d'or et comme étant le terme de la navigation des bateaux de l'Oman et de Syraf. Edrisi lui même nous dit que le pays de Sofala touche à celui de Ouac-Ouac. Enfin Ibn-Alouardy confirme à la fois l'asserlion des deux premiers auteurs, en disant que les habitants de Sofala sont voisins du pays de Ouac-Ouac, et que la terre des Zendj s'étend jusqu'au Sofala et au pays de Ouac-Ouac. Cette réunion, toujours faite par Ibn-Alouardy et Massoudi, du pays de Ouac-Ouac et du pays de Sofala, lorsqu'il s'agit pour eux d'indiquer soit la limite du Zanguebar, soit les bornes de la navigation de la mer des Zendj, montre suffisamment , ce nous semble, que, dans leur pensée même, Ouac-Ouur ne venait pas après Sofala, et n'était pas séparé, par ce dcr-
nier, du pays des Zendj ; car alors ils auraient, sans doute, dit tout simplement : la terre des Zendj s'étend jusqu'au Sofala. Notons, d'un autre côté, que, malgré tous- les emprunts faits par lui à Edrisi, Ibn-Sayd, que nous analyserons bientôt , ne place pas d'autre pays au delà de Dagouta, qui, pour lui comme pour Edrisi, est la dernière ville du pays de Sofala ; et il ajoute que cette ville est située au pied et du côté du nord de la montagne du Repentir, dont les navires ne peuvent approcher sans être brisés contre elle ou poussés dans la mer Environnante, où on nen a plus de nouvelles. Comment donc aurait-on pu se rendre aux villes de Dadou, de lana'âna et de Daghdagha, si elles avaient été placées, comme semble l'indiquer Edrisi, au delà de Da^ goûta?
Remarquons enfin l'immense lacune laissée, par ces deux derniers géographes, dans leur description de la côte : l'un, Edrisi , l'interrompt à partir de Thonet, dont la position est probablement voisine et au sud du cap Dèlgado, jusqu'à la ville de Dendema , que nous allons voir placée à 3 madjra en deçà de l'embouchure du Zambèze; Ibn-Sayd a fait plus encore; il n'a rien dit du littoral compris entre Banyna et Seyouna, séparées, d'après lui, par un intervalle de 12 degrés, qui, pour nous, doit représenter l'étendue de côte comprise entre un point situé au nord du cap Delgado et l'embouchure du Zambèze.
De l'ensemble de ceâ considérations, nous croyons pouvoir conclure que le pays de Ouac-Ouac se trouvait probablement dans l'intervalle signalé par nous (1), si , comme le
il) A ce sujpt, nous rappellerons, sans vouloir nous faire un argument ipéremptoire de cette particularité, qu'en arrière et au nord de Mozam-
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dit Ëdrisi , et comme Massoudi et Ibn-Alouardy te dooDent à penser, ce territoire faisait partie du contiDent africain.
Ëdrisi ne fournissant, sur les villes de ce pays, aucune indication quant à leur position respective, ni quant à celle qu'elles occupaient par rapport à quelqu'une des villes précédemment citées dans sa description, nous nous bornerons , d'après ce que nous avons dit plus haut , à les supposer placées dans la partie du littoral qui est figurée, sur nos cartes, sous le nom d'Etat de Mozambique.
Nous allons examiner maintenant s'il est possible de tirer quelque conséquence de ce qu'il dit du pays de Sofala.
L'une des principales villes du Sofala, dit Ëdrisi, est Dendema, et trois autres touchent au territoire de ce pays, dont l'une, Siouna, est (d'après la traduction de M. Jaubert) sur un grand golfe où les vaisseaux étrangers viennent mouiller, et (d'après la traduction d'Hartmann) sur le rivage de la mer, à l'embouchure d'un grand fleute dans lequ^l^ntrent les navires qui se dirigent vers la ville. Nous ne sommes pas apte à décider laquelle des deux versions est la mieux justifiée par
bique, c'est-à-dire sur le territoire doat le rivage est compris entre cette lie et le cap Delgado , il existe encore aujourd'hui uue peuplade Dombreuse dont le Dom Makoua (au siugulier), Ouakoua ou Ouamikoua ^au pluriel), offre une assez grande analogie avec le mot Ouac-Ouac, nom du pays dont uous venons de chercher la situation. Toutefois , et pour n'omettre aucun fait connu de nous qui puisse aider à résoudre la question, disons aussi qu'on trouve en arrière de la côte comprise entre la baie Delagoa et Inhambaae, mais à ^elque distance dans l'intérieur, une population désignée sous le nom de Valouaht, dont le nom n'est pas non plus sans analogie avec celui de Ouac-Ouac : seulement ce qu'Edrisi raconte du pays de Ouac-Ouac et de ses habitants n'a aucun rapport avec les moeurs et la situation géographique, au moins actuelle, des Yatouabs. (Voyez la relation du lieutenant Boteler, Voyages to Ihe shoret of Africa, pages 50 et 324.)
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le texte arabe, mais, si celle d'Uarimann est correcte, le fleuve dont il s'agit est , selon toute apparence, ou le Zambèze ou l'un des bras de ce fleuve; et alors Siouna pourrait bien, comme il l'a remarqué, avoir quelque rapport avec l'origine et la situatic^n de Serïa, sise, on le sait, à une trentaine de lieues du bord de la mer, et à 18 lieues au-dessus du sommet du delta formé par les deux principaux bras de ce fleuve. Ceci étant admis, nous pourrions supposer Djentama située vers l'embouchure du Likongo, Dendema, à peu près au lieu où est aujourd'hui Quillimane, et enfln, Boukha, vers l'endroit de la côte où débouche la branche du Zambèze dite Luahù, ce qui s'accorderait assez bien avec \e& positions resr pectives données aux villes de Dendema, Djentama etBoukha. Mais, nous ne nous le dissimulons pas, les hypothèses qu'on pourrait imaginer sur l'identité plus ou moins probable de chacun de ces points avec des lieux connus depuis seraient d'autant plus illusoires que, d'après l'aspect actuel du littoral et la n^re de sa formation, on ne peut douter que la configuration n'en ait été notablement modifiée depuis le temps ou écrivait Edrisi (1), et que les points qui se trouvaient alors
(1) Voici ce que nous lisons à ce sujet dans un rapport remis au département de l'agriculture et du commerce, par M. Loarer, à la suite d'une exploration dont il avait été chargé par ce département : « Toutes les « terres comprises entre les embouchures du Likongo , au nord , et Ife « Luabo, au sud, sont évidemment des formations alluvionnaires assez « récentes; elles offrent, sur un espace de plus de 40 lieues du nord au « sud, sur 10 à 15 lieues de large de l'est à l'ouest, des plaines d'une « uniformité remarquable, dont le sol est formé de eouches d* sable fin « et d'argile rougeâtre stratifiés, le tout mélangé de détritus végétaux et « animaux, de telle sorte qu'un examen attentif pourrait amener à dire « combien il a fallu d'inondations pour l'élever à cette hauteur. Enfin « celte formation de sable argileux est recouverte d'une couche de limon « plus fin, enrichie des débris de la végétation qui s'y est développée de-
sur le bord de la mer sont aujourd'hui enclavés dans les prazos du delta ou dans les plaines marécageuses qui forment maintenant le littoral.
Quant à la ville de Djebesta, d'après ce que dit Edrisi de la quantité d'or qu'on y recueillait, de sa situation sur un grand golfe, de la manière d'être de ses habitants, enfln du grand commerce maritime qui s'y faisait, on pourrait, avec assez de vraisemblance, la rapporter à la localité où les Portugais trouvèrent, plusieurs siècles après, le riche marché de Sofala : à l'époque où écrivait ce géographe, Sofiila était, en effet, ainsi que nous l'avons dit précédemment, fréquenté par les Arabes de Moguedchou et de Kiloua, et môme, sous la suzeraineté du sultan de cette dernière cité. Enfin, la ville de Daghouta devant se trouver à trois jours et trois nuits de navigation de Djebesla^, il nous faudrait alors la chercher au moins jaux environs du cap Corrientes, peut-èlre dans la baie où est aujourd'hui Inharabane. Mais ce n'est là encore qu une nouvelle hypothèse ajoutée à toutes celles auxquelles il nous a fallu recourir pour rapprocher quelque peu de la réalité les données d'Edrisi. »
En résumé, le traité que nous venons d'examiner, pour ce qui a trait à l'Afrique orientale, manque de la précision dont la -longue fréquentation du littoral de cette contrée par les Arabes aurait dû fournir les éléments. Cependant sa description a, sur la relation de Massoudi, l'avantage de présenter quelques renseignements généraux touchant le commerce
" puis plusieurs siècles, en même temps que les sables charriés par les « eaux des fleuves, ne pouvant plus être élevés à la hauteur qu'elle avail « atteinte, étaient reportés de plus en plus avant dans la mer, où leurs '< dépôts gagnent continuellement d'une manière sensible. »
de certaines localités, l'industrie et les mœurs de leurs populations, et de constater l'eiistence déjà stable des villes
de Meurka, Braoua, Melinde et Mombase au commencement
du xii" siècle de notre ère. ^
Dans les premières années du xiii* siècle, un autre écrivain arabe, connu sous le nom de Yacouty voyageur commerçant et lettré, composa, entre «utres écrits, un dictionnaire de géographie intitulé, Dictionnaire des lieux. Ce traité, qui comprend plusieurs volumes, est signalé par les orientalistes comme l'un des ouvrages les plus importants de la littérature arabe (1). La bibliothèque de Paris ne possédant qu'un nbrégé de ce dictionnaire, c'est seulement à ce dernier que nous avons pu recourir pour nous faire une idée des connaissances géographiques de l'auteur. Les indications que cet abrégé nous a fournies ne portent que sur un très-petit nombre des localités dont nous avons à nous occuper, et la forme même de l'ouvrage a rendu ces indications peu explicites. Toutefois, nous y trouvons mentionnées les villes de Moguedchou, d'EI-Djoub et de Kiloua , dont l'existence n'avait pas été signalée par les géographes antérieurs à Yacout. Voici ce qu'il contient au sujet de ces lieux :
« Moguedchou est une ville placée au commencemeût du pays des Zendj, au sud de l'Yémen , dans la terre des Berbers et au centre de leur pays. Ces Berbers ne sont pas les mêmes que ceux qui habitent à l'ouest; ils sont d'une couleur qui tient le milieu entre celle des Abyssins et celle des nègres. Les habitants de cette ville vont nus, sans aucun yê-
1) Voyez, dans Vlnlrodticlion à la géographie cT y/houlféda, l'intér'^ssinlp notice relative à Yacout, page 129 et suivantes.
tcment. Ils n'ont pas de sultan {*); leurs affaires sont traitées et dirigées par des M'kaddem (**) pris parmi eux. Si un négociant aborde en ce pays, il est nécessaire qu'il descende chez l'un d'eux, qui le sauvegarde et lui sert de patron. On exporte de ce pays du sandal, de l'ébène, de l'ambre et de l'ivoire, qui sont les plus grandes richesses du pays. »
« El-Djoub est une ville des Zendj dans le pays de Beurbera (***); on en exporte des peaux de girafe. »
« Kiloua est un endroit du pays des Zendj. »
Quant aux autres points de la côte orientale d'Afrique, dont les noms se retrouvent dans le dictionnaire abrégé de Yacout, l'auteur ne donne aucun renseignement que nous n'ayons déjà plus amplement trouvé dans la géographie d'Edrisi. Nous remarquons seulement qu'il signale comme ville Sofala, que ses prédécesseurs n'avaient mentionné que comme pays. « Sofala, » dit Yacout, « est la ville la plus reculée du pays des Zendj. » En6n enregistrons aussi , sauf à nous servir plus tard de cette indication, que l'île El-Qomr ou Comr est citée par lui comme une île située au milieu de la mer des Zendj et la plus<irande qui s'y trouve.
Le grand dictionnaire contient, sans doute, plus de détails ; mais ceux que nous venons de reproduire sont reraar-
(*) Si Dous en croyons les traditions que nous avons recueillies sur les lieux mêmes, les renseigne^lents donnés par Yacout doivent se rapporter à une époque bien antérieure à celle où il écrivait. Au commencement du ïiii" siècle, en efifet, plusieurs sultans, d'une dynastie dite des M'doffeur, s'étaient succédé dans la souveraineté de Moguedchou. Ces traditions et les conséquences que nous en avons déduites se trouvent exposées ci-après, dans notre appréciation des renseignements fournis par Ibn-Bathouta sur Moguedchou.
(") Afkaddem a le sens de prépose, direcleur, prince.
''") Peut-être l'El-Djoiib dp Yacout nest-elle que l'EJ-.Nrdja d'Edrie^i
mmiKÊm^
quables, malgré leur peu d'étendue, par leur précision relative, due probablement à la position personnelle de l'auteur, c'est-à-dire aux rapports fréquents qu'il avait eus avec les patrons et les marchands de l'Oman.
Après Yacout, nous arrivons à Ibn-Sayd, géographe qui éc>ivait vers le milieu du xiii" siècle. Au nombre de ses ouvrages (1) se trouve un petit traité intitulé DjagrafyUf dont nous allons extraire et analjser les passages relatifs à la côte orientale d'Afrique, en lis^résealant dans l'ordre selon lequel les pays dont ils traitent sont situés, en allant du nord au sud. Et d'abord, pour rendre le récit d' Ibn-Sayd plus intelligible, et faire pressentir en même temps toutes les erreurs auxquelles l'auteur a dû être entraîné par la donnée générale qu'il a prise pour base de sa description, nous reproduisons textuellement l'opinion exprimée par M. Reinaud , au sujet de cette description.
« Ibn-Sayd, dit M. Reinaud, donne une description de la côte orientale d'Afrique, et celte description s'étend jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Son récit, digne de toutej' attention des géographes, et qui fournit de nouveaux détails sur la race malaie, ne pèche qu'en deux points. D'abord l'auteur, se laissant entraîner par l'autorité de Ptolémée, part de l'idée que le continent africain, au lieu de tourner à l'ouest, se développait à l'est, à quelques degrés au sild de la ligne équinoxiale. En second lieu , il suppose que l'île de Madagascar ne faisait qu'un avec les Séchelles, et que, se prolongeant un peu au sud de Ceyian , elle embrassait une partie des îles de Sumatra et de Java. C'est cet ensemble qui for-
(1) Voir la oolice relative à cet auteur, dans 11 nlroduclion à la géo- Çiophic d'Aboulfèda, $ 11, page 141 et suiy.
<t ïj.
mait pour lui l'île Comor ou Mâlay ; l'île Comor se prolongeait jusqu'à la mer Environnante, qu'Edrisi nomme la rfier Résineuse, et Ibn-Sayd, la meriVotr«. En même temps, le canal de Mozambique, au lieu de tourner au sud-ouest, se développait au sud-est, entre le continent africain et l'île Comor, et ne se terminait qu'à la mer Environnante, ce qui tendait à reporter le cap de Bonne-Espérance au sud-est de la Chine (1). »
Passons maintenant au traité d' Ibn-Sayd, V^ partie, 4* section (2) , où, après avoir parlé des villes, fleuves et montagnes compris dans la partie habitée au sud de l'équateur, l'auteur continue ainsi :
« Beurbera, capitale des Berbers, dont Amrou el-
« Qis a décrit les esclaves et les chevaux, qui passent pour « fort beaux. La plupart de ses habitants sont maintenant « convertis à l'islamisme. Cette ville est par 68° de longi- « tude et 6° 50' de latitude.
(( Le Nil de Magdachou , à sa sortie du lac de Koura , ne « cesse de s'avancer dans cette section jusqu'à ce qu'il ait « atteint le 11* degré de latitude (*) et le 66' de longi-
(1) Introduction à la géographie cTAboulféda, page 316.
(2) Dans ce traité, Ibn-Sayd représente la tfrre habitée comme divisée en neuf parties, savoir : les pays habités au sud de la ligne équinoxiale; les sept climats qui se comptent suivant leurs limites au nord de cette ligne ; enfin , les pays habités au nord des sept climats , qui comprennent les points les plus reculés au nord. La description de la partie habitée au sud de la ligne équinoxiale comprend dix sections, dans quelques-unes desquelles l'auteur décrit cependant des lieux situés au nord de cette ligne, soit par inadvertance, soit plutôt par ignorance de leur situation réelle à l'égard de celle-ci ; car il ne donne pas de déuomination à la latitude qu'il leur assigne. C'est à la 4' section de la 1" division que nous commençons nos extraits.
(') Ce passage d'Ibn-Sayd, dit M. Reinaud, se trouve dans le chapitre
« tude; ensuite il descend à l'est de la ville de Beurbera, « dont il ne reste alors séparé que par environ 4 degré de K distance : après cela, le fleuve fait un détour à l'orient de « Magdachou. Dans cette section, parmi les villes des Ber- « bers et après Beurbera, qui en est la capitale, on trouve, « sur le rivage de la mer de l'Inde, Serfouna ou Car- « founa, qui est placée dans une baie au commencement de K cette mer, par 64° 50' de longitude et 0° 20' de latitude; « plus à l'est, se trouve une autre ville berbère, nom- « mée Berma (1), située également dans une baie et par « 66° de longitude et V de latitude. Encore plus à l'est, (c est Hhafouny, grande montagne très-connue des voya- « geurs ; elle semble s'avancer au sud dans les terres, à une « distance d'environ 100 milles; en môme temps elle s'a- « vance dans la mer, à la distance d'environ 140 milles, « dans la direction du nord, avec une inclinaison vers l'est. « Dans la partie que l'on voit , on compte sept caps : les (( navigateurs les comptent et se réjouissent quand ils les « ont passés et sont sortis de ces parages.
c( A l'orient de Hhafouny, parmi les villes des Berbers c{ qui sont connues sur le bord de la mer, est celle de « Meurka, dont les habitants sont musulmans ; elle est par « 69* 30' de longitude et 1 MO' de latitude. Cest la capitale « du pays des flaouiia, qui forment plus de cinquante triconsacré aux régions sitnées au midi de l'équateur ; mais, sans doute, il s'agit ici de la latitude septentriouale , et c'est ainsi qu'Âboulféda l'a entendu dans ses tables (Géographie cTAhoulféda, page 206). Cette opinion est d'autant mieux fondée qu'à la fin de la section précédeute, fol. 2, Ïbn-Sayd dit, lui-même, que le Nil de Magdachou sort au nord de la ligne.
(t^ Edrisi écrit Termeh.
<i bus ou bourgades. Sa situation est sur les bords d'une ri- « vière qui sort du Nil de Magdachou, et <iui a son embou- « chure à 2 marhàla de la ville du côté de l'est ;, de cette « rivière se détache un bras qui forme, par rapport à « Meurka, une espèce de golfe. A l'orient de Meurka, est la u ville musulmane de Magdachou , dont le nom revient « souvent dans la bouche des personnes qui ont voyagé de
« ces côtés Elle est par 72** de longitude et 2" de lati-
« tude septentrionale, sur le bord de la mer de l'Inde : « son port offre peu de sécurité (1). »
3" section. — « Au commencement de cette section , à « 0" i(y de la précédente et par 2» de latitude, est l'em- « bouchure du Nil de Magdachou, qui passe à travers les « terres dépendantes de la ville du même nom, à environ « 12 milles de celle-ci , et débouche dans la mer de l'Inde. « Auprès de Magdachou, il semble, à la vue, moins conte sidérable que le Nil d'Egypte; mais il est profond et il v( perd de ses eaux dans son cours (il donne naissance à « d'autres rivières). Ibn-Fathima dit : Ce Nil sort du lac « de Koura, situé sous la ligne équinoxiale, et de la monte tagne El-Moquecem (de la bifurcation) , ce Nil formant « alors un fleuve jumeau du Nil d'Egypte : le lieu de la « bifurcation est par 51° de longitude et par 0" 30' de la- « titude dans le premier climat (c'est-à-dire au nord de « l'équateur). Son cours est tantôt sinueux, tantôt en ligne « droite; il en sort des rivières qui vont enrichir la con- « trée, comme cela a lieu en Egypte pour la canne à sucre « et la banane, et dans l'Inde, pour le poivre, le m'qeul (le
(1) Manuscrit 1905, supplément arabe, fol. 3 et 4.
«iRlilili
« cocotier), le foufeul ( le palmiste) et autres (*). Les gens « du pays sèment deux fois par an :' l'une peu après le dé- « bordement du fleuve, à l'aide duquel les terres sont arro--<^ « sées ; l'autre, quand vient la saison des pluies. Le fleuve, « après un parcours d'environ 2,000 milles, débouche à « l'est et près de Magdachou« A la rive orientale de ce « Nil , finit le pays de Beurbera et commence le pays de « Zendj (1). »
Nous retrouvons , dans les extraits que nous venons de donner, plusieurs des points déjà nommés dans la partie correspondante du récit d'Edrisi, et de plus une mention de la ville de Moguedchou ; mais si les assertions d'Ibn-Sayd, quant à la situation de Serfouna ou Carfouna, deBerma, qui est évidemment le Termeh d'Edrisi, ne contredisent pas les conjectures que nous avions déduites du récit de ce dernier, elles ne nous fournissent non plus aucune indication dont nous puissions tirer autre chose que de nouvelles hypothèses. La latitude et la longitude attribuées à chiacnn de ces lieux, loin de nous aider à rectifier ce qu'il y avait d'erroné dans le récit d'Edrisi, y apporteraient une cause de confusion de plus, si nous voulions en tenir compte ; mais eîles nous paraissent
(*) Il paraît qu'on pourrait traduire ce dernier membre de phrase comme il suit : « Il en sort des rivières qui, comme cela a lieu eu Egypte, vont enrichir la «entrée de cannes à sucre, de bananes et de fruits de l'Inde, tels que le poivre et les palmistes dits m'qeul, foufeul et autres. » Mais la première leçon nous parait plus conforme à la réalité; car, d'après tous les renseignements qui nous ont été donnés t&achant son cours et les pays qu'il traverse , nous sommes fondé à croire que la plupart des plantes susmentionnées, sinon toutes, n'existent nulle part dans le pays des Soumal.
(1) Manuscrit déjà indiqué, fol. 4.
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trop défectueuses (1) pour ser?ir à reconnaître, d'après la position géographique qu'elles leur assignent, les lieux dont les noms nous sont inconnus : nous ne nous en préoccuperons donc que très-secondairement dans l'analyse qui va suivre. Cette complication écartée, voyons ce qu'il est possible de conclure du texte :
Le point dont nous fait partir Ibn-Sayd est Beurbera , capitale du pays des Berbers , après laquelle vient Carfouna , autre ville berbère, située dans une baie au commencement de la mer de l'Inde, c'est-à-dire, sans doute, à l'endroit où celle-ci cesse de porter ce nom pour prendre celui de mer de Beurbera. D'après cette interprétation, Carfouna nous paraîtrait bien placée, à l'endroit où nous l'avons déjà rapportée, c'est-à-dire aux environs du cap Guardafui. Mais si nous devions tenir compte des positions assignées à Beurbera et à Carfouna, la position de cette dernière serait tout autre, puisque alors il faudrait la chercher à 420 milles dans le sud 30° ouest de Beurbera. Toutefois, remarquons-le, si un point situé près du cap Guardafui ne peut correspondre à Carfouna sous le rapport du gisement indiqué, il en serait autrement sous le rapport de la distance, car il y a précisément 400 et quelques milles entre Beurbera et Guardafui.
(1) Ou pourra juger de la vérité de ce que nous avançons en compa* rant aux positions que ces villes occupent réellement à légard l'une de l'autre les positions respectives résultant, pour les villes de Beurbera, de Meurka et de Magdachou (Moguedchou), des latitudes cl longitudes qui leur sont données par Ibn-Sayd. Les erreurs de ce géographe, erreurs qu'on aurait pu s'expliquer par l'idée fausse qu'il se faisait de la direction générale de la côte , ne portent pas seulement sur le gisement des lieux : il se trompe encore sur les distances qui les séparent.
A défaut de renseignements plus positifs", nous conserverons donc à Carfouna la position que nous lui avons déjà donnée tout près de Ras-Assir ou Guardafui, et continuant d'avancer avec Ibn-Sayd le long de la côte, non vers l'est comme il le croyait , mais selon le gisement réel de cette côte, nous supposerons que Berma est l'un des points situés entre Guardafui et Hhafoun, peut-être en la petite baie que forme Ras-Benna. A l'orient de Hhafouny (toujours comme conséquence de l'erreur relative à la direction générale de la côte) , c'est-à-dire au delà de cette presqu'île, nous devons trouver Meurka, dont les habitants sont musulmans (ce que ne nous avait pas appris Edrisi), et qui est la capitale du pays de Haouiia. Ces deux particularités, attribuées à Meurka, nous paraissent exactes; du moins elles s'accordent avec les traditions que nous avons recueillies sur les lieux et que nous produirons dans le cours de notre relation (1 ) . Quant à sa situation sur le bord d' une rivière qui sort dû Nil de Magdachou, Ibn-Sayd, tout en étant plus explicite qu'Edrisi, s'écarte réellement plus que lui de la vérité. Ce dernier, plaçant la ville de Meurka à deux journées de la rivière, mettait entre elles une trop grande distance : Ibn-Sayd a commis une erreur en sens contraire; il les a rapprochées outre mesure, et quant à la rivière elle-même, dont Edrisi n'avait rien dit que d'exact, il accumule erreur sur erreur. Nous savons, en effet , que le cours d'eau qui passe en arrière de Meurka n'est pas une branche du fleuve appelé par les Arabes Nil de Magdachou, mais ce fleuve lui-même; que ce dernier n'est pas une branche du Nil d'Egypte; qu'il n'a pas de commu-
1) Voyez II' partir, chap. x\.
nîcation avec la mer aux environs de Moguedchou; enfin, qu'il n'en a pas davantage après avoir passé en arrière de Meurka, mais qu'il se perd dans les sables à itne quarantaine de lieues dans le sud-ouest de cette ville (1).
Ibn-Sayd a donné la position de Meurka en latitude et en longitude, et il est à remarquer que sa latitude ne diflFère de la véritable que de 0° 32'. Quant à la longitude, nous ne pouvons juger jusqu'à quel point elle est ou non exacte, car nous ignorons l'endroit précis où les géographes arabes plaçaient leur premier méridien. Mais nous pouvons au moins, en comparant entre elles plusieurs de ces longitudes, juger de leur exactitude relative : le résultat de cette comparaison pour Meurka et Moguedchou, entre les méridiens desquelles il y a réellement une difTérence de 0° 31', nous fait voir qu'elles différaient pour Ibn-Sayd de 2° 30'; erreur considérable pour deux points aussi peu éloignés l'un deTaulre, même en ayant égard aux moyens im«parfaits dont on se servait alors pour déterminer les longitudes : car ce calcul avait, en général, pour seuls éléments, la distance parcourue et la direction suivie par un voyageur ponr se rendre d'un point à un autre; or, la distance de Moguedchou à Meurka n'est que de 12 à 14 lieues.
Ce n'est pas tout, et les erreurs de distance commises par Ibn-Sayd sont peu de chose auprès de la confusion qu'il apporte dans la position respective des lieux. Ainsi, pour la seule partie de la côte où sa théorie sur le prolongement de celle-ci vers l'est serait appliquée à propos, il s'en écarte et place les deux villes maritimes de Carfouna et de Berma, la
(1) En lisant avec attention les détails donnés par Ibn-Sayd sur le cours du Nil de Magdachou , on voit qu'une partie de ces erreurs pro-
première à 420 milles dans le sud-ouest | sud , la seconde à 554 millffs dans le sud-sud-ouest de Beurbera ; supprimant, par là, du continent africain l'immense quadrilatère compris entre le point où tombe ainsi Berma, la ville de Meurka, le cap Guardafui et Beurbera.
Par contre, appliquant cette théorie alors qu'elle devient fausse, il est conduit à placer, dans l'ordre successif des villes de la côte, Meurka avant Moguedchou, tout en conservant à celle-ci une latitude plus nord et une longitude plus est qu'à Meurka , preuve qu'il avait été suffisamment renseigné par les navigateurs sur la position relative de ces deux points. Cependant l'ordre dans lequel se présentaient les villes de la côte et l'inclinaison de celle-ci dans le sud-ouest devaient être également indiqués par eux, car pas un des patrons de barques du golfe Persique, qui avaient fait le voyage de la mer des Zendj, ne pouvait les ignorer; mais, aveuglé par son système, notre géographe ne comprenait pas que Magdachou, étant à l'orient de Meurka, dût se présenter avant celle-ci dans le développement de la côte.
Nous avons insisté sur la première erreur résultant de ce déplorable système , parce qu'elle nous expliquera d'autres déplacements analogues que nous aurons encore à signaler; conséquences forcées d'une donnée générale fausse avec la-
viennent de ce qu'Ibn-Fathima et lui ont attribué à leur Nil des particularités dont les unes s'appliquaient à la rivière Dénoq, les autres au Djoub, qu'ils croyaient sans doute n'être qu'un seul et même fleuve. Ainsi le commencement de la description, à part la communauté de source avec le Nil d'Egypte , se rapproche suffisamment de ce que nous savons de la partie supérieure du cours du Dénoq ; mais la fin de la même description, c'est-à-dire ce qui a trait à l'embouchure du Nil de Magdachou et à la limite qu'il établit entre le pays de Beurbera et celui des Zcudj, se rapporte évidemment mieux au Djoub qu'à la rivière Dénoq.
quelle on ne pouvait, qu'au prix de nouvelles erreurs, accorder les faits constatés par la pratique de ia côte.
Pour terminer cette longue discussion, nous dirons que, bien que Magdachou figure seulement de nom dans la description d'Ibn-Sayd, néanmoins la manière dont il eu parle suffirait, au besoin, à prouver qu'à l'époque où il écrivait , cette ville devait être assez importante. Remarquons , en outre, avant de passer à de nouvelles localités, qu'Ibn-Sayd traite les villes d'El-Nedja et de Bedouna comme Edrisi avait traité Moguedchou : il n'en fait pas la plus légère mention.
Reprenons maintenant la description commencée : « On trouve dans cette 5^ section , parmi les villes des u Zendj qui sont connues, Melinde, par S\° de longitude « et 2° 50' de latitude (*) ; elle est située sur une baie « qui se développe à l'occident et où se jette un fleuve qui « descend de la montagne de Comr. Sur les bords de ce « golfe, sont de nombreuses habitations appartenant aux c( Zendj; les habitations des peuples de Comr se trouvent « au raidi. A l'est de Melinde est Alkerany, nom d'une « montagne très-connue des voyageurs. Cette montagne « s'avance dans la mer à la distance d'environ 100 milles. « dans la direction du nord-est ; en même temps elle se « prolonge sur le continent en droite ligne, dans la direc- « tion du midi, à la distance d'environ 50 milles. Entre au- « très singularités qu'offre cette montagne, se trouve celle- « ci : la partie qui est sur le continent renferme une mine « de fer qui fournit à la consommation de tout le f)ays dc>
\') AbouU'éda, on citant cv passa;:r d'lbn-.Sajd, dit lalitiidf^ nicriduinale.
« Zendj et à l'exportation ; l'autre partie, qui est daris la « mer, contient de la pierre d'aimant qui attire le fer. On « trouve à Melinde l'arbre du Zendj ("). Le roi des Zendj (c réside dans la ville de Mombase, entre laquelle et Melinde « il y a environ i degré de dislance. Mombase se trouve (S. sur les bords de la mer. A l'occident est un golfe que les « bâtiments peuvent remonter pendant deux jours, et qui « s'étend à plus de 300 milles. Dans cette division se trouve « le désert (El-Mefaza) qui sépare le pays des Zendj de celui « de Sofala (**) . »
Nous ne retrouvons dans le paragraphe ci-dessus ni la Beroua, ni la Medouna ou Nedouba d'Édrisi , mais seulement les villes de Melinde et de Mombase , avec quelques particularités relatives au littoral qui les précède immédiatement et à celui qui les suit. A part l'exagération d'étendue et l'erreur que nous avons déjà fait pressentir dans l'orientement des lieux, nous pouvons rapporter le golfe signalé à l'occident de Melinde, à la baie Formose , où vient déboucher la rivière Ouzi. Quant à la montagne Alkerany , située à l'est, c'est-à-dire au delà de Melinde, ou bien dans le sud-ouest, en tenant compte du gisement réel de la côte, nous voyons dans ce que dit Ibn-Sayd de la partie de cette
(*) Dans uno iiole dont M. Reinaud accompagne ce passage cité par Aboulft'da, il insinue qu'il s'agit probablement ici de l'arbre qui donne naissance au gingembre. Mais il faut alors que le mot arabe traduit ici par arbre signiJie de même une plante herbacée ; car le gingembre eiot la racine d'une plante de ce genre.
Au reste, M. Reinaud ajoute qu'au lieu do Varbrc du Zendj il faut peut-être traduire les enchanteurs d'entre les Zendj. (Voy. Géographie d'Aboulféda, iradiiction de M. Reinaud. page 207.)
i") !Manusrri( déjà indique, fol. 1.
montagne , qui se prolonge vers le midi sur le continent, une allusion aux terres élevées qui commencent en arrière de Mombase par les montagnes de Rabaye, et se prolongent à peu de distance de la côte jusque par le travers de l'île Pemba. On assure que plusieurs de ces montagnes renferment des. mines de divers métaux, au nombre desquels toutefois on ne compte pas le fer (1). Pour ce qui est de la partie de la montagne Alkerany qui s'avance à 100 milles dans la mer et quant à sa mine d'aimant , nous ne pouvons voir qu'une fable dans la mention qui en est faite par Ibn- Sayd. Disons , en passant , que ce roi des Zendj , dont parle notre auteur comme résidant à Mombase , nous paraît être tout simplement le cheikh de cette ville, partageant la souveraineté du littoral du pays des Zendj avec les chefs des autres établissements arabes fondés par les diverses émigrations musulmanes dont nous avons parlé. Mais l'erreur relevée , on pourrait au moins induire de l'assertion d'Ibn- Sayd que le cheikh de Mombase était puissant à cette époque, et que la cité elle-même avait une certaine importance.
Le golfe situé à l'occident de Mombase, golfe qye les navires remontent pendant deux jours et qui s'étend à plus de 300 milles, est le môme dont parle Edrisi et sur lequel nous nous sommes déjà expliqué (2) : ajoutons seulement que , pour être conséquent avec son idée dominante , Ibn- Savd aurait dû dire à ïorient de Mombase, afin de conserver à ce golfe la place qu'il occupe dans le développement
(1) Nous donnerons quelques détails a ce sujet dans le thapitie de la relation consacré à Mombase. '
(2^ Ci-devant, page 21.$.
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de la côte ; mais comme probablement les navigateurs l'avaient signalé à l'occident, il s'est conformé, quant à l'expression , aux données de la pratique , et il a enregistré l'indication fournie par eux sans y réfléchir davantage, sans chercher à se rendre compte comment ce golfe, d'une étendue de plus de 500 milles , pouvait se trouver placé entre Mombase et Melinde, villes entre lesquelles il n'admettait lui-même que 1 degré environ de distance.
Le désert qui sépare le pays des Zendj de celui de Sofala ne peut nous représenter autre chose qu'une immense étendue de littoral sur lequel Ibn-Sayd n'avait aucune notion : nous nous demandons seulement pourquoi ce géographe, qui a tant emprunté à Edrisi, n'a pas cité, d'après ce dernier, les bourgs d'El-Banès et de Thonet, à moins que la ville de Banyna ne soit la même qu'El-Banès, ce que nous examinerons en analysant le paragraphe suivant , relatif au pays de Sofala.
Après avoir mentionné le désert qu'il dit exister entre le pays des Zendj et celui de Sofala, Ibn-Sayd continue ainsi :
(( Puis viennent les villes du pays de Sofala; Banyna, sice tuée à l'extrémité d'un grand golfe qui entre dans les c( terres jusqu'à une distance de 4 degrés de la ligne équic( noxiale, et dont l'ouverture a 2 degrés de largeur ; la ville
>.( est pur 2" 30 de latitude et 87° 40 de longitude A
K r ouest de Banyna est Adjred (*), nom d'une montagne « qui se prolonge dans la mer, vers le nord-est, jusqu'à une
^ (') Adjred signifie bruyant, qui fait du bruit. Ce nom a, sans doute, été donné à la montagne ou au cap dont il s'agit, par allusion aux remous de courants qui sy forment, el peut-être aussi, à des brisants qui en bordent leïtrémite.
TT-T^^'^PÇ^fW'^- ' - * 'Wf ~
« distance de 400 milles ; les vagues que la mer forme en « cet endroit font un grand fracas , et cette montagne at- « tire à elle tout ce qui l'approche. Les voyageurs en ont « grand'peur, et se gardent de son action. Banyna a une « baie assez longue dans laquelle débouche un fleuve qui « vient des montagnes de Comr, situées à l'est. La lon- « gueur de la baie et du fleuve est d'un mois de voyage; K leurs bords sont garnis d'arbres et d'habitations (%
« 6* section. — Cette section comprend les habitations « des gens de Sofala qui donnent sur la mer de l'Inde. Il « ne s'y trouve pas de villes connues avant leur capitale, « nommée Syouna, par 99° de longitude et 2° 50' de la- « titude méridionale. Cette ville est située sur un grand « golfe, où se jette une rivière qui descend de la montagne « de Comr, et qui est à l'ouest de la ville. Le fleuve em- « brasse, dans son cours, une étendue de 5 degrés en lon- « gueur. C'est à Syouna que réside le roi de Sofala. Les in- « digènes de ce pays, de même que les Zendj, adorent des « idoles de bois et de pierre, qu'ils enduisent d'huile de « gros poissons. La plupart des ustensiles dont ils se ser- « vent sont en or et en fer. Ils se vêtent de peaux de tic( gre. Ils n'ont point de chevaux, et leurs troupes vont « toutes à pied. El-Massoudi rapporte que les Zendj se font « la guerre montés sur leurs bœufs comme les Nubiens K se battent sur leurs dromadaires dits niehdri. A l'est de « Syouna, commence le canal de Comr quj sélend de la (( mer de l'Inde jusqu'aux confins des terres habitées an te sud. Sa largeur, en cet endroit, est d'environ ^(X) milles.
'.'} Maaubcnf dcj.i indique, fol. i et 5.
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« Il se dirige en décrivant un arc vers le sud et l'est, en '( conservant cette largeur ou à peu près, jusqu'à son abou- (( tissement à la montagne El-Nedama (montagne du Re- K pentir), dont nous donnerons plus loin la description.
« A l'orient de Syouna commence \e Djebel-el-Molattham (( (montagne Battue), qui s'étend le long du canal sur un « espace d'environ 260 milles. Les bâtiments que le vent « du nord pousse dans sa direction sont portés vers elle, el « les voyageurs s'en défient. S'ils peuvent s'élever dans « l'est, ils n'ont rien à en craindre ; mais, s' ils sont entraînés c( au sud dans le canal , ils sont dès lors placés en cette « cruelle alternative, ou de sortir de leur dangereuse posi- « tion à la faveur d'un vent du sud, ou d'être jetés par les « courants et les vents du large sur la montagne El-Ne- « dama et d'y périr (*). »
Le reste de celte section est consacré à l'île de Comr, et nous en remettons la reproduction au moment où nous examinerons, dans leur ensemble, les détails donnés sur cette île par Ibn-Sayd. Nous passons à la section suivante, pour terminer tout de suite la description du Sofala et de l'Afrique orientale.
7" section. — « Le pays des nègres, qui commence, on le « sait, aux confins du Magreb, finit, dans cette section, à la « montagne du Repentir (Djebel-el-Nedama). La mer remu plit les espaces qui sont à l'est de cette montagne et de « l'île de Comr. La montagne du Repentir commence avec u cette section par 108° 1' de longitude; on prétend que « son sommet s'élève à une hauteur de trois journées de
Manuscrit di'ja imliqu.', fui, .') r( 6.
« marche; sa couleur est d'un gris mélangé de rouge. Elle « côtoie les premiers pays habités à partir de iG° de latine tude sud, et cela pendant une vingtaine de journées, « . puis elle suit le rivage de la mer sur une étendue de vingtce quatre journées jusque par 117° 50 où elle finit.
« La mer Environnante qui vient du sud et de l'est baice gne sa partie sud , et sa partie nord fait face au canal « de Comr. Or, quand un navire sortant de la mer de (c l'Inde est entré dans ce canal , et que les courants et les ce vents l'entraînent en vue de^ cette montagne, son équi- (c page n'a plus qu'à se repentir ou se désoler du malheur ce qui le poursuit et à s'abandonner aux décrets divins, car ce ou le navire est brisé contre la montagne , ou bien il ce passe outre, et on n'en entend plus parler. On prétend ec qu'il y a, dans cette mer, des tournants qui ne cessent du ce faire pirouetter les navires sur eux-mêmes jusquà ce ce qu'ils sombrent. Les navigateurs de la mer de l'Inde nomce ment ces parages El-Hherab (mer de la Ruine); ilsl'appei- « lent aussi mer de Soiiayl, parce que, quand on y est arec rivé, on voit l'étoile Sohayl au-dessus de sa tèle.
ce Au pied de la rpontagne El-Nedama, du côté du nord ce et sur le canal de Comr, est la ville de Daghoula, la der- (( nière du pays de Sofala et le dernier des lieux habités ce dans les terres qui bornent celte mer (*); elle est par « 109° de longitude et 12" de latitude. Au nord, il y a ce une baie et une rivière qui vient des montagnes de (.omr (e et a , dit-on, une origine commune avec la rivière de ce Syouna. »
(*) Manuscrit dcja indique, fol. 0 cl 7,
À la fin de nos observations sur l'extrait d'Ibn-Sayd relatif au pays des Zendj, nous avons insinué que l'El-Banès d'Edrisi pourrait être identique à la Banyna que nous rencontrons en tête de la citation qui précède; nous allons montrer actuellement, en comparant ce que chacun de ces auteurs dit de l'une ou de l'autre localité, que cette identité n'est point improbable. Nous pourrions faire remarquer d'abord la ressemblance des deux noms (1); mais nous ne voulons pas nous y arrêter, ayant à présenter d'autres considérations plus sérieuses, qui donneront à la première la valeur qu'elle doit avoir.
El-Banès et Banyna sont l'un et l'autre situés au delà d'un grand golfe et dans le voisinage d'une montagne que l'un des géographes appelle Adjoud, et l'autre, Adjred. Si nous comptons les 6 degrés de longitude indiqués par Ibn- Sayd entre Mombase et Banyna, dans le sens de la latitude, ou plutôt dans le sens du développement réel de la côte, Banyna se trouvera répondre à un point voisin de Kiloua, c'est-à-dire , à peu de chose près , celui où nous avons cru pouvoir placer l'El-Banès d'Edrisi. Nous verrions alors dans le prolongement de la montagne Adjoued ou Adjred dans la mer, vers le nord-est, jusqu'à une distance de 100 milles, le cap Delgado, auquel s'appliquerait avec assez d'à-propos ce qu'lbn-Sayd dit du fracas des vagues de la mer en cet endroit, et de l'attraction qu'y subissent les navires.
On peut objecter, contre cette interprétation, qu'Edrisi
■ V Le mot Kl-Banès a oU' lu El-Baies dans ccrlaint' manuscrits. <i I-.drisi : nVï-t-il pa> possible que le manuscrit original ait poile Fl- Banvna''
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place El-Banès dans le pays des Zendj , tandis qu'Ibn-Sayd met Banyna dans le pays de Sofala ; mais nous croyons cette objection beaucoup moins grave en réalité qu'elle ne l'est en apparence. En effet, El-Banès, d'après Edrisi, est située sur l'extrême limite du pays des Zendj et touche au Sofala ; quant à Banyna , c'est la première ville citée dans la description du Sofala par Ibn-Sayd, qui procède, comme on le sait, de l'ouest à l'est, en réalité du nord au sud. Banyna serait donc sur la limite sud du Sofala, comme El-Banès se trouve sur la limite sud du pays des Zendj, c'est-à-dire que ces deux localités seraient voisines l'une de l'autre. Or, d'après toutes les inexactitudes que nous avons déjà constatées dans les écrits des deux géographes arabes, n'est-il pas permis d'admettre qu'Ibn-Sayd a pu prolonger un peu trop nu nord le pays du Sofala, ou Edrisi un peu trop au sud celui des Zendj, de façon que l'un des deux géographes ait ainsi compris la localité mentionnée par lui dans une circon scription territoriale dont elle ne faisait point partie? Cette erreur nous paraît d'autant plus possible de la part d'Ibn- Sayd qu'après avoir, à la fin de sa 5* division, cité Banyna comme ville du Sofala, il dit, au commencement de la G% en parlant des habitations des gens du Sofala sur la mer de l'Inde : « Il n'y a pas de ville connue, avant leur capitale, nommée Syouna. » Banyna n'était donc pas une ville du Sofala ?
Toutefois, une autre difficulté se présente : si ces deux villes ou celte ville unique pouvaient se trouver, en réalité, placées près de celle de Kiloua , bien plus importante sous tous les rapports, Ibn-Sayd et Edrisi n'auraient pas manqué de faire mention de cette dcrnicrf, et pourtant ils n'en di-
sent pas un mot!.... A moins donc qu'on ne veuille se résigner à une nouvelle hypothèse , qui consisterait à confondre les trois localités en une seule, cette difficulté est insurmontable. Mais, pour notre compte, nous ne repousserions pas absolument cette nouvelle supposition. 11 n'est pas douteux que beaucoup de localités de la côte orientale d'Afrique ont porté plus d' un nom ; que, souvent, les noms donnés par les Arabes étaient tout différents de ceux dont se servaient les indigènes; nous citerons, entre autres, Mombase, que les indigènes appelaient et appellent encore M'vita; Pemba , qui devait ce nom aux indigènes et que les Arabes nomment Djeziret-el-Khodora ; Zanzibar, que les indigènes désignent sous le nom d'Angouya. On peut donc admettre qu'il en a été de même pour Kiloua (1), et, quoique nous ne regardions pas notre opinion comme prouvée, il nous paraît beaucoup moins difficile de s'y ranger que d'expliquer le silence gardé par Edrisi et Ibn-Sayd sur cette dernière cité, dont l'importance était déjà grande au temps où ils écrivaient. La queslioh relative à Banyna étant ainsi réglée, poursuivons nos recherches sur les diverses localités du Sofala dont parle Ibn-Sayd.
Nous pensons avoir fait accepter au lecteur notre hypothèse qui identifle le cap Delgado avec l'extrémité de la montagne Adjred, et celle qui place la ville de Banyna dans le voisinage de Kiloua, Si, à partir de cette ville, nous comptons ^ sur la carte, en suivant la côte, les 12 degrés de longitude qui , pour Ibn-Sayd, représentent la distance comprise entre
yi) On a VU, précédemment, que Kiloua était nommé, dans le dictionnaire do Yacout , comme un endroit du pays des Zeudj ; mais on n'y trouve ni El-Banès ni Banyna.
Banyna et Syouna, le lieu où nous arrivons est le sommet du delta du Zambèze. Or, placée aux environs^de ce point, la ville de Syouna serait bien située sur un grand golfe (celui qui commence au-dessous des îles d'Angoxe et finit aux îles de Bazaroute), golfe où sejelle une rivière à l'ouest de la ville (le Zambèze, seul cours d'eau important de la côte de Sofala), rivière qui descend de la montagne de Comr. (On sait que le Zambèze s'avance dans l'intérieur jusqu'à une chaîne de montagnes qui avoisine le grand lac Nyaça.)
A part quelques rares localités, les auteurs arabes ne nous ont pas habitués à une exactitude aussi satisfaisante dans leurs indications. Nous n'avons pas, il est vrai, la position rigoureusement exacte de Syouna, mais, d'après la description, c'est évidemment sur la rive droite du fleuve, un peu au-dessus de son embouchure, qu'elle était située; et nous ne voyons rien que de parfaitement plausible dans l'opinion de Hartmann, que nous avons déjà rappelée cti analysant la description d'Édrisi. Le nom de Sena pourrait bien, en efifet, n'être qu'une corruption par contraction du mot Syouna ou Seyouna.
De même qu'avant Syouna Ibn-Sayd n'a fait aucune mention des villes de Djentama et de Dendema, de même il ne signale, après cette capitale du Sofala, ni Boukha, ni Djesta, mais seulement la ville de Daghouta (1), désignée par lui et par Edrisi comme la dernière ville du Sofala. Pour ce
U) Dans sa descriptioQ du Sofala, qu'il annonce avoir empruntée a Ibu-Sayd, Aboulféda indique entre Syouna et Daghouta une ville nommée Leyrana. Or Ibn-Sayd ne cite de ville ainsi nommée que dans l'île do Comr. Ce n'est donc que par une confusion de ce que ce dernier avait écrit, d'une part, sur le Sofala. et de l'autre, surlrtle de Comr, qu'AbouIféda a pu placer la ville de Leyrana dans le Sofala.
qui est du pays de OuacOuac, situé, d'après ce dernier auteur, au delà de Daghouta, Ibn-Sayd n',en dit pas un mot, et ne saurait, d'ailleurs, nous l'avons déjà fait observer, lui attribuer cette position, puisque Daghouta est pour lui le dernier des lieux habités de ce côté.
Quant au point de la côte qui pourrait représenter, selon nous, la position de cette ville, les détails donnés par Ibn- Sayd, sur les terres littorales entre lesquelles elle est située, nous semblent confirmer l'opinion que nous avons émise d'après les indications d'Edrisi^ savoir que la ville de Daghouta devrait être placée près et au nord du capCorrientes. La côte comprise entre Sofala et ce cap figure assez bien, par son étendue comme par son gisement, la montagne El-Molattham , commençant pour Ibn-Sayd , à l'orient de Syouna, longeant le canal sur un espace d'environ 260 milles et attirant les navires que les vents du nord poussent dans ces parages : ce qui signifie évidemment que son gisement étant perpendiculaire à la direction des vents de la mousson de nord-est, les navires qui s'en approchent, battus en côte par ces vents , ne peuvent plus s'en relever. Enfin , si notre appréciation au sujet d'El-Molatthara est rationnelle, le cap Corrientesdoit aussi correspondre au commencement de la montagne El-Nedama, où finit le canal de Comr, montagne dont la partie sud est baignée par la mer Environnante, et au delà de laquelle les navigateurs arabes ne croyaient pas pouvoir avancer, sans être exposés à voir leurs navires brisés sur ses côtes ou entraînés et engloutis dans les tournants de la mer de la Ruine. Il est, en effet, difficile de ne pas reconnaître dans tous ces détails, malgré l'apparence fantastique sous laquelle ils nous sont présentés, un tableau
assez fidèle de ce qui se passe dans la portion de mer comprise entre Sofala et le cap Corrientes. Entraînés vers ce cap au delà duquel la côte incline au sud-ouest, en mt^me temps que celle de Madagascar cesse de former le canal de Mozambique, les malheureux bateaux arabes, s'ils parvenaient à éviter la côte, étaient jetés hors du canal et trouvaient devant eux l'Océan où, on le sait, depuis le méridien de Madagascar jusqu'à celui du cap de Bonne-Espérance, les orages sont très-fréquents, et les tempêtes, d'une extrême violence.
La description de la côte orientale d'Afrique nous semble s'arrêter, dans le traité d'Ibn-Sayd comme dans la géographie d'Edrisi, au cap Corrientes (i). Toutefois il existe, entre les deux descriptions, des différences notables qu'il est difficile de s'expliquer. On se rappelle qu'ils vécurent à peine à un siècle d'intervalle l'un de l'autre, et que le dernier venu, Ibn-Sayd, a beaucoup emprunté aux écrits de son prédécesseur. De toutes les villes du pays de Sofala citées par Edrisi, Ibn-Sayd ne mentionne que Syouna et Daghouta; des omissions et des changements de nom existent au«si dans ce dernier auteur pour le pays de Beurbera et celui des Zendj. Faut-il attribuer ces différences aux changemenls
(1) Dans la citation que nous avons faite du jugemont porte par M. Reinaud sur la description de la côte orientale d'Afrique donnf^e par Ibn-Sayd, il est dit que cette description comprend tous les pays qui s'étendent jusqu'au cap de Bonne-Espérance. IN'ous ignorons sil existe dans le traité du géographe arabe, et relativement à cette côte orientale, autre chose que ce que nous avons reproduit; mais, s'il n'en est rien, nous ne saurions, malgré notre déférence pour le savant orientaliste à qui nous devons tant, admettre que la description dlbn-Sayd s'étend au delà du cap Corrientes : nous croyons avoir suffisamment justifié cette opinion par l'analyse que nous venons de présenter. I. 17
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survenus dans la topographie du littoral, pendant le siècle qui s'était écoulé entre les deux géographes ? Mais alors comment se fait-il qu'ayant sous les yeux le récit d'Edrisi, Ibn-Sayd ne nous ait pas donné la raison des retranchements ou des additions qu'il y faisait. A cette façon d'agir, on reconnaît bien l'impassibilité et la flegmatique confiance des Orientaux, suivant imperturbablement le 61 de leurs idées sans se soucier des objections qui peuvent leur être faites. Du moment qu'un géographe arabe avait majestueusement débuté par cette formule : « Notre intention est de décrire toutes ces choses avec clarté , s'il plaît à Dieu ! » tout était dit, et peu lui importaient les perplexités des commentateurs à venir.
Si nous jetons maintenant un coup d'oeil sur la description faite par Ibn-Sayd des îles dont le nom ou les particularités qu'il leur attribue pourraient faire supposer qu'elles sont situées dans les eaux de l'Afrique orientale, nous trouvons tout d'abord, en suivant l'ordre qu'iUa adopté, l'île de Comr : l'auteur commence à en parler dans la 6* section de la i" partie, qui est celle où il tfaite des pays habités au sud de l'équateur. Voici ce qu'il dit de cette île :
6* section. — « Parmi les villes de l'île de Comr, » située, d'après Ibn-Sayd, à environ 200 milles de Syouna, « la longue, la large, dont on dit que la longueur est de « quatre mois de marche, et la plus grande largeur, de vingt « journées, on trouve Leyrana. Ibn-Fathima, qui l'a visitée, « rapporte qu'elle est, ainsi que Magdachou, au pouvoir K des musulmans: ses habitants sont un mélange d'hommes H venus de tous les pays. C'est une ville où arrivent et d'où ¥. partent les navires. Le? cheikhs, qui y exercent l'auto-
-!ïff.' Wii(^:-^'îSÇ:î5?^7ï^wrTKit^^'T*^^-> •w?*'?^.^- ï7%?"fP'v,ipt;T^T«w^-'r=w'^
« rité, tâchent de se maintenir dans de bons rapports avec
« le prince de la ville de Malay, qui est située à l'orient.
(( Leyrana est située sur le bord de la mer, par 102" moins
« quelques minutes de longitude et 0° 32' de latitude, sur
« une grande baie où débouche un fleuve qui vient des
« montagne^ comprises dans celle section. A 5" au delà est
« la ville de Malav, où réside un des souverains de l'île,
a Parfois il y a un sultan qui parvient à faire reconnaître
« son autorité sur toute l'île ou sur sa plus grande par-
« tie; mais cet état de choses dure peu, car la grande dis-
« tance qui existe entre les points habités empêche toute
« centralisation gouvernementale. La latitude de Malay est
« la même que celle de Leyrana. A l'ouest est l'embou-
« chure d'une rivière se jetant dans le fleuve qui va à Ley-
« rana »
V section. — « Dans cette 7* section , on trouve, parmi « les villes de l'île de Comr, qui sont résidences souve- « raines, Dehemi , par il2° 50' de longitude et Ô° de lace titude. A l'est est une baie alimentée par une grande c( rivière et qui , en s'avançant à l'intérieur, décrit un arc (( qui va presque jusqu'à la ligne équinoxiale. Au sommet « de l'arc qu'elle décrit est la ville de Balbeuq (ou Balaba?), « qui est aussi résidence de l'un des souverains de l'île; « elle est située par 118° 30' de longitude et par 1° de « latitude. A l'est est une île qui dépend de cette ville , et c( dont la largeur est d'environ 2° de l'ouest è l'est, et la « longueur, d'environ 1". A l'est de Balbeuq est le grand, « fleuve, qui décrit un arc et qui est le fleuve de Lcy- « rana. Il descend de la montagne des sources (Djebel-el- « Aioun), dont la longueur est de 8 marhâla de l'ouest
« à l'est. Ces sources donnent naissance à cinq petites ri- « vières qui se rendent en un grand fleuve. Là ce fleuve
« décrit un arc et se jette dans (*) et la mer de Bal-
« beuq. A l'est de Balbeuq est l'île de Serendib. »
La différence entre les longitudes données par Ibn-Sayd à Balbeuq et à Marka ( Meurka), suppose, entre ces deux villes, une distance plus grande de quelques degrés que la distance comprise entre Meurka et le point de la côte situé sur le même parallèle que l'extrémité sud de Madagascar. Ainsi, môme en supposant, comme Ibn-Sayd, le développement du continent africain dans le sens de la longitude, la ville de Balbeuq serait plus Est que l'extrémité sud de Madagascar et ne ferait pas partie de cette île. Il nous paraît doncfinutile de pousser plus loin cette citation , pour discutef l'identité de l'île de Comr avec l'île de Madagascar : en admettant môme que la partie de Comr décrite ci-dessus puisse être rapportée à Madagascar, la partie située au delà, c'est-à-dire à l'orient de Balbeuq, ne saurait nous représenter que les grandes îles Malaises , dont , nous le répétons, Ibn-Sayd semble ne faire qu'une seule île.
Lorsque, précédemment, nous avons repoussé la possibilité d'identiGer l'île Comor d'Edrisi avec aucune des îles de l'Afrique orientale, nous nous sommes réservé d'examiner si les indications données par d'autres géographes étaient ou non de nature à modifier notre opinion. C'est ici le moment de procéder à cet examen.
Les auteurs arabes ne s'accordent ni sur l'orthographe ni sur l'origine du nom de cette île. Les uns, comme Edrisi,
^") Mo'b illisibles dans le mauuscrit arabe.
ont écrit El-Comoi (1) ; d'autres, comme Yacout et Ibn-Sayd , ont écrit El-Comr, faisant dériver celte appellation du nom des Comr, qui y émigrèrent. D'autres enfin, tels qti'Ibn-el- Ouardy et El-Bakoui, ont désigné cette île par le nom d'El- Camar : c'est sans doute par suite de cette dernière leçon, et en rapportant l'île ainsi désignée à l'île de Madagascar, que d'anciens commentateurs, traduisant le mot Camar, ont nommé cette dernière Vile de la Lune. Quoi qu'il en soit, les géographes arabes, on peut s'en convaincre en comparant leurs descriptions, désignaient, sous ces différentes dénominations, une seule et même île.
Ce point préalable arrêté sans conteste, abordons le fond de la question. Quelle était cette île? Pour arriver à la solution cherchée, deux éléments principaux nous serviront de guide : d'une part, la situation attribuée à l'île; de l'antre, les particularités que les géographes en racontent. A ne con-
(1) Nous devons reconnaître, toutefois, que le texte d'Edrisi nous laisse quelque incertitude à cet égard; ainsi, outre la description quil fait d'une lie Comor, fol. 18, recto, on voit apparaître au fol. 19, rcclo, \c nom de Comar comme celui d'une île voisine de l'île de S'nf. D'autre part, le nom de Malaï, que nous voyons figurer comme celui de la ville où réside le roi de Comor (fol. 18, recto^i, se représente, plus loin (fol. Tl, recto, et fol. 23, verso), comme celui d'une lie dont Édrisi dit, d'abord . qu'ei/e s'étend de Voccidenl à Coricnt , que son roi demeure dans unr ville, qu'il a une monnaie d'argent, beaucoup de troupes, d'éléphants et de vaisseaux i que les productions de cilte île sont la banane , la noix de coco et la canne à sucre ,- entin que, d'après le dire de ses habi- Idnls, elle touche à la mer résineuse à V extrémité de la Chine. Puis, 'parlant une seconde fois de cette île , il ajoute qu'on s'y livre an commerce le plus avantageux , qu'il s'y trouve des éléphants , des rhinocéros, et diverses espèces de parfums cl d'épiceries, telles que le clou de girofle, la cannelle, le nard , la noix muscade, ri que dans ncs montagnes sont des mines d'or (l'cxccllenle qualité ri le meilleur de la Chine, il nous est bien vi lui ;i l'idrc qir, si l'on traduisait le nit'i
4f ijUM-npii
sidérer que la position qui lui est afssignée par Edrisi et Ibn- Sayd relativement à la côte de ^fala, il semble, au premier abord, que ces deux auteurs qrit voulu indiquer l'île de Madagascar. Sans doute, si l'^n tient compte de la fausse direction selon laquelle ils se représentaient le continent africain , et qui leur faisait reporter la côte de Sofala en face des côtes méridionales de l'Asie et des îles qui la bordent, il n'y aurait pas impossibilité absolue à ce que l'île de Comr fijt l'une djé ces dernières. Mais n'oublions pas que, dans ce déplacjéroent de la grande terre, dont elles sont, pour ainsi di/e, les satellites, les îles africaines subissaient un déplacejftient correspondant , et que l'île de Madagascar, par exen^le, quoique se trouvant ainsi plus rapprochée des côtes à/é l'Asie, conservait néanmoins la même position relative^ment à la ville de Daghouta du Sofala. A ce titre, il est certain que Madagascar mérite, sur les îles asiatiques,
bjeziret par presqu'île, et cela est permis, l'île Comor, décrite par Edrisi dans sa huitième section, c'est-à-dire entre les îles Rcibabat et Serendib, pourrait, attendu même certains détails caractéristiques de la description, être rapportée à la partie méridionale de l'Hindoustan, placée entre les Maldives et Ceylan. Mais, puisqu'en parlant de Comor, Edrisi lui a donné une étendue de quatre mois de marche vers l'est, et qu'eu parlant de Malaï , il la représente comme s'étendant vers l'orient et comme la plus longue des îles, on peut admettre que, sous les divers noms de Comor, Comar et Malaï, il désigne toujours la même île.
Ajoutons que 1rs îles ou les parties d'ile ainsi divcrscmeut désignées loustituent, dans leur ensemble, l'île Comr d'Ibn-Sayd. En effet, l'île El-Comr de ce dernier, commençant à 3 degrés dans l'est de Syouna (d'après la longitude donnée par lui à Leyrana\ finit à plus de 50 degrés dans l'est ( d'après la longitude qu'il assigne à Couria, ancienne capitale de l'île); or Edrisi place l'extrémité occidentale de Comor ou Malaï à 1 madjra de Daghouta , et représente cette ile comme se développant toujours entre le nord et l'est, jusqu'à ce qu'elle atteigne le rivage de Irt Chine : la Comor ou Malaï do liin' est donc bien l'île Comr àf l'autre.
une préférence incontestable, et il ne faudrait raème point se laisser arrêter par la position beaucoup trop nord et trop est que les géographes arabes ont donnée à l'île de Comr, car cette position s'explique d'ailleurs fort bien comme conséquence de leur erreur fondamentale.
Sous un autre point de vue, les choses changent complètement de face. La description d'Edrisi et celle d'Ibn-Sayd attribuent à l'île Comr ou Comor des caractères généraux, soit physiques, soit ethnographiques, totalement inapplicables à l'île de Madagascar. Ainsi, pour ce qui est du traité d'Edrisi d'abord, voici, entre autres particularités, les renseignements qu'on y trouve : « Le roi de ce pays n'est enif touré ou servi , soit pour boire, soit pour manger, que par <■(. de jeunes hommes prostitués, vêtus d'étoffes précieuses « lissues en soie de la Chine et de la Perse, et portant au «. bras droit des bracelets d'or. — Dans ce pays, on épouse « des hommes au lieu de femmes. — Les habitants cultivent « le cocotier (*). — Ils font usage de bétel. — Ils sont « blancs, peu barbus et ressemblent aux Turcs, desquels ils « tirent leur origine, etc. {**). »
(*) Voir ce qui est dit au sujet de la récente iatroduction du cocotier a Madagascar, ci-devant page 277.
(**) Nous ne voulons point dissimuler que d'autres détails de cette description feraient, à la rigueur, applicables à Madagascar; ainsi, les étoffes fabriquées avec une herbe semblable à celle dont les habitants de l'Egypte se Wrvent pour faire du papier, les nattes blanches ornées de dessins, les barques longues de 60 coudées, faites d'une seule pièce, etc., pourraient désigner, en effet, les pagnes en fil de rafia , les nattes ei les pirogues des populations qui habitent la côte orientale de l'Ile malgache. Mais le rafia dont ces populations font leurs pagnes n'a , que nous sachions, aucun rapport avec les cartas ou papyrus d'Égyptr, non plus qu'avec- le bananier, colTo nu abaca des fies Malaises, dont la fibre fst employée, dans? ces îles, à faire des tissus. Les plus fines des pagnes
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Certes, aucune de ces particularités si caractéristiques ne peut s'appliquer à l'île de Madagascar ni à ses habitants, même pour le temps où écrivait Édrisi ; car, voulût-on arguer de l'immigration de Malais dont il a été déjà question, et voir, dans les usages et les circonstances ci-dessus mentionnés, des conséquences naturelles de cette immigration, il faudrait expliquer comment ces coutumes malaises ne se sont pas conservées au moins dans la population hova, à laquelle on donne une origine malaise, et qui s'est maintenue ou cœur de l'île, compacte et isolée des autres peuplades, jusqu'au commencement de ce siècle. D'ailleurs, comme nous l'avons fait remarquer au sujet de l'île El-Andjebeh, les effets de cette immigration des Chinois ou des Malais peuvent bien n'avoir été reportés sur les îles africaines que par suite du déplacement imaginaire que les géographes arabes faisaient subir à ces îles en les supposant voisines des côtes de l'Asie, et en confondant les unes avec les îles de la merd'Herkend, les autres, avec les îlesduZabedj. Voilà pour l'île ou la partie d'île désignée par Edrisi sous le nom d'île de Comor. Ce qu'il dit de l'île .Malaï (1) peut encore moins nous permettre (le lecteur a pu en juger) de la rapporter à Madagascar. *"
Le peu d'indicalioiîs que nous trouvons dans l'abrégé du
malgaches ue sauraient, comme les tissus en abaca, se comparer en beauté aux étoffes de soie ; aussi doutons-nous fort qu'elles aient jamais été transportées dans toutes les parties de Flnde. Les nattes malgaches sont beaucoup moins belles que celles des lies Malaises. Enfin, les plus grandes pirogues faites jadis par les Bétsinisarak ne contenaient pas plus de cinquante hommes, et , pour que notre auteur eût voulu faire allusion à celles-ci, il faudrait quil eût abusé de ihyperbole. (1) Voir, ci-devant , la iiolo de la page 2<tl.
dictionnaire de Yacout au mot El-Comr ne sont pas de nature à éclairer cette discussion. Nous dire qu'El-Comi' est une île sise au milieu de la mer des Zendj, mer que la plupart des géographes arabes confondent avec la mer de l'Inde ou mer Habaschy ou mer de Chine, ce n'est pas, mieux qu'Edrisi et Ibn-Sayd, caractériser la situation de cette île dans les eaui du Zanguebar et du Sofala plutôt que dans la mer de Chine. Yacout partageait probablement terreur de ces géographes sur le développement du contYnint africain vers l'orient; et, comme nous ne trouvons jointe à l'indication précitée aucune particularité descriptive , nous ne pouvons dire s'il a ou non voulu faire allusion à l'île de Madagascar. Peut-être, ainsi que l'a insinué M. Reinand, Yacout entendait-il seulement désigner la plus grande des îles Comores, qui a donné son nom au groupe dont elle fait partie et dont nous avons plusieurs fois parlé.
Quant à l'île El-Comr d'Ibn-Sayd , nous admettrons san> ?
difficulté que les deux premières villes mentionnées dans sa description, Leyrana et Dehemi, pouvaient appartenir à Madagascar; nous possédons en faveur de cette opinion un indice sufflsant : c'est le rapprochement, établi par Ibn-Fathima , entre Leyrana et Magdachou, au sujet de la dépendance musulmane sous laquelle, selon lui, ces deux villes se trouvaient. Notre conviction serait, il est vrai, plus complète, si nous avions la certitude qu'Ibn-Fathima s'est rendu à Leyrana en partant de quelque point de la côte d'Afrique, et si la durée de sa traversée nous était connue. On comprend, en effet, que s'il est allé dans celte ville, non en Iravcrsanl le canal de Coinr, mais bien de quelque point de rOmùn, du golle Tersiinie ou do la mer Rouge, on pour-
■ 'l^.-J-.hifi^lMV
rait croire, jusqu'à un certain point, que Leyrana était une ville des îles Malaises, ne se trouvant en face de la côte de Sofala que par suite de la déviation supposée du continent africain. — Il y a plus, fût-il certain pour nous que le point de départ d'Ibn-Fathima avait été un port de la côte d'Afrique, il nous faudrait encore savoir s'il nommait^EI- Comr l'île où se trouvait la ville par lui visitée. Or, nous ne connaissons de ses écrits que ce que les géographes arabes, venus après lui , en ont cité, et le peu qu'ils en ont dit n'est point de nature à nous donner satisfaction à ce sujet. Si ce voyageur a réellement, en visitant Leyrana, abordé en l'île naalgache, mais sans désigner celle-ci autrement que comme une grande île voisine de la côte de Sofala, le placement de Leyrana sur l'île Comr par Ïbn-Sayd peut bien n'avoir été, de sa part, qu'une conséquence de ce mode de procéder que nous avons indiqué au début de notre dissertation (i).
Quant à la partie de la description d'Ibn-Sayd que nous nous sommes abstenu de reproduire, et dont les limites indiquées sont comprises entre les 108° et les 454° de longitude , elle ne s'applique évidemment qu'aux îles de la Sonde et à celles de la mer de Chine : l'auteur la termine par quelques détails ethnographiques empruntés, pour la plupart, à la description d'Edrisi , et que nous avons déjà signalés comme inapplicables à Madagascar.
En résumé, ce qu'a écrit Edrisi de son île El-Coraor ne peut se rapporter qu'aux îles Malaises, tandis qu'il a réuni (luelques-unes des particularités qui rappellent véritablement l'île malgache dans la description qu'il donne de l'île
1 Ci-dovarit, pajre 2!V2.
El-Andjebeh. Quant à Ibn-Sayd, qui oous parait avoir mentionné cette dernière sous le nom d'Ânfoudja, il n'a fait certainement, pour son île de Comr, que reproduire sous une autre forme une partie de ce qu'avait dit Edrisi sur l'île Comor ou Malaï; il y a seulement ajouté le nom et la position géographique de quelques villes, sans, pour cela, nous aider à reconnaître la véritable situation de l'île ou à en établir l'identité. avec Madagascar. Nous conservons donc nos doutes à l'égard de cette identité ( i ) ; et même , avouons-le, plus que des doutes. Car, s'il faut dire sur ce point toute notre pensée, nous croyons que les géographes arabes, sachant, d'une part, qu'il existait une grande île en face du pays de Sofala, et, de l'autre, ayant acquis des renseignements sur une île Comor ou Comr placée au delà de la mer d'Herkend, ont, par suitq|Ée leur idée erronée sur la direction du continent africain, confondu l'île qui leur était signalée dans les eaux de ce dernier, avec l'île de Comr, et appliqué à la première les renseignements qu'ils possédaient sur la seconde.
Les autres îles de la description d'Ibn-Sayd qui nous pâ-
li) Il est à remarquer que Madagascar nous a été, dès la fin du xiii'^ siècle, signalée positivement sous le nom de Mandesgascar ou Man- (ieschar, par Marco-Polo, qui donna sur cette lie quelques détails rrcueillis, dit-il, sur les bords du golfe Persique et de la mer de l'Inde. Kt, cependant, l'île Comr ou Kamar continue de figurer dans les traités, de géographie écrits par des Arabes jusqu'à une époque postérieure de plus d'un siècle au voyage du Vénitien. Comment donc, s'ils voulaient , sous CCS derniers noms, faire allusion à Ttle de Madagascar, ces auteurs ne se servaient-ils pas, pour la désigner, du nom employé par Marco-Polo, nom qui était depuis si longtemps familier aux marins arabes et hindous, et môme, à ce quil parait, le snul usité parmi eux , puisque seul il figure dans lo récit du voyageur.
"wi i.n«'tJi.M«si!«!!Ç4Mfu.ï-
raîtraieut, d'après quelques indices, pouvoir être comprises en dedans des limites que nous nous sommes posées, et, à ce titre, appeler notre attention > sont présentées par lui en deux groupes : l'un sous le nom d'îles de Mend, l'autre, sous celui d'îles Ranehh. Voici la description qu'il fait de chacun des groupes :
« A la fin du premier climat, est une mer où sont situées « les îles de Mend (Djezaïr-el-Mend) qui sont renommées ce par la grande quantité de cocotiers qu'on y trouve. La « plus remarquable d'entre elles est l'île de Kiloua, ainsi <c nommée actuellement par les navigateurs. Les îles sont c( nombreuses, et Ptolémée en a beaucoup parlé sous le nom « d'îles des Mend. Les Mend sont de la race des Indiens et « des hommes du Send, mais ils sont bien moins célèbres « que leurs frères de race. Ïbn-Falhima rapporte que les « Zendj les ont battus, en ont repoussé une grande partie « dans le Send, et que ceux d'entre les Mend qui ont conti- « nué de demeurer sur les îles y sont restés à l'état de u rayas. Il y a dans l'île de Kiloua trois villes citées dans les « livres, et qui sont toutes les trois situées sur le bord des « rivières. La première porte le même nom que l'île : c'est « la résidence du maître de ces îles, et le lieu où les na- « vires abordent pour le commerce ; elle est située à la parce tie sud-ouest de l'île par 84° 50' de longitude et 7° 55' de « latitude (*). Dans la partie sud-est se trouve la ville de <c Mend, et, à la partie nord-ouest, la ville de Kenk. Le c( pourtour de l'Ile est de 1,400 milles; sa forme est à peu
(*) Selon son habitude, Ibn-Sayd ne donne pas de dénomination à rottp latitude; mais, évidemment, il s'agit' pour lui. de latitude sopleiitiinnalf^, piusqiiii piare lis; îirs de Mend dans jf 1'" climat.
T^pW^*" ■
« près celle d'un carré, dans lequel se découpent plusieurs
« baies bien fermées. ^
« A l'ouest gisent de petites îles dont les noms sont pour
« la plupart inconnus, mais parmi lesquelles on cite, dans
« l'ouest du groupe, l'île Cotria. L'étendue de cette île, de
« l'ouest à l'est, est de 160 milles, et sa largeur, de
« 60 milles environ. Ses habitants sont un fléau snr la route
« de l'Inde et celle du golfe Persique; ils profitent de leur
(( position pour arrêter les navires au passage. De la partie
« de la mer des Indes où sont ces îles, à f île de Kiloua, il
« y a un madjra et un tiers de navigation.
« Au sud, est l'île des Singes (Djeziret-el-Qeroud) qui est
« de forme ronde, très-montagneuse et boisée; les singes
« l'ont envahie. Le pourtour de cette île est d'environ
« 660 (*) milles; elle est située à l'angle sud-ouest de l'île
« de Kiloua et distante de la mer de l'Inde d'à peu près
« deux madjra.
« Au pied de l'île Kiloua est l'île de Kermouah (ou Rer-
(( mouh), qui a environ 530 milles de circuit; ses habitants
« sont des nègres- pirates. A l'est est l'île du Volcan (Djezj^
« ret-el-Beurkân), où se trouve une montagne qui ne cesse
« de vomir du feu pendant la nuit, et d'où s'échappe con-
« stamment de la fumée pendant le jour. Ses habitants sont
« des Zendj; son pourtour est d'environ 300 milles.
« A la suite de ces îles qui dépendent de Kiloua, sont les
(( îles Ranehh (**) bien connues des navigateurs. La princi-
« pale d'entre elles est Serira, dont la longueur, du nord au
(*) Les caractères se lisent difficileTient ici dans le manuscrit; ce chiffre est donc douteux.
(**) M. Reinaud pense qu'ici encore il faut lire Zabedj ; son opinion
« sud , est de 400 milles, et dont la largeur est partout de « 160"'TOiIles. Elle a des baies bien fernaées. Sa capitale, « nommée aussi Serira, est placée au centre de l'île; un « golfe venant de la mer s'y avance, et la ville est sur le « bord d'une rivière qui débouche en ce golfe. Sa longkude « est de 88° 30' et sa latitude 3° 40'. En cette île, se trouce vent d'autres villes dont nous ignorons les noms.
« Parmi les îles Ranehh, on distingue encore l'île d'An- « foudja , dont le souverain possède des richesses et beau- « coup d'hommes au moyen desquels il commande la plu- « part du temps dans tout l'Archipel ; sa famille domine « sur les autres îles Ranehh.
« A la partie sud de cette île, est la ville de Khablia (ou (( Djeblia?). La principale nourriture des habitants de ces « îles est la banane. L'île Anfoudja a environ 170 miltes « de longueur et à peu prè» 90 milles de largeur. Le canal c( qui la sépare de Serira est large d'un demi-madjra. Au « sud et à l'est de Serira, il y a un nombre infini de petites c( îles qui font partie de l'Archipel de Rafîehh. La plupart « sont habitées par des npirs. Un petit nombre d'entre elles « seulement font partie de cette 5* section dont la fin cor- « respond avec le point de la ligne équinoxiale où se trouve
« la coupole d'Arin dont il a été déjà parlé »
Cette description des îles de Mend et celle des îles Ranehh d'Ibn-Sayd ne sont pas faites, on le voit, pour fixer les incertitudes que nous avons exprimées en analysant la description qu'Edrisi a donnée des îles nommées par lui Zanedj,
Dous parait d'autant plus fondée, que Massoudi range Serira ( désignée par Ibn-Sayd comme la principale de ces îles) au nombre des possessions du Mabaradj , titre qu'il applique aux souverains de la mer de Senf , renfermant le centre de Vempire du Zabedj.
WS-Uiltal'i-' 'L'ki^i .^ ''TSyXfPMhw-f^'^tT"
Zaledj, ou Raledj. Tout ce que nous pouvons induire en comparant l'une à l'autre, c'est que les îles décrites par Ibn- Sayd, sauf leur division en deux groupes diflférents et l'adjonction faite à l'un de ces groupes de l'île de Kiloua, sont les mêmes que les îles mentionnées par Edrisi. Cette identité est du moins fort probable, soit en raison de la similitude ou du rapprochement possible des noms, soit eu égar.l à certaines particularités que leur attribuent également les deux géographes.
Nous admettons donc que les îles Cotria, El-Qeroud, Kermouah, Beurkân, Serira et Anfoudja d'Ibn-Sayd correspondent, par ordre d'énumérati^n, aux îles Cotroba, El-Qeroud, Kermedet, l'île non dénommée, Cherboua et El-Andjebeh d'Edrisi. ^joutons, toutefois, qu'en dépit de sa prétention à fixer la position des lieux , Ibn Sayd, grâce à ses indications de latitude sans dénomination et à l'étendue qu'il assigne à plusieurs de ces îles, nous en a rendu la reconnaissance plus impossible encore qu'elle ne l'était par la description qu'en avait faite son prédécesseur.
Quant à son île de Kiloua , en la voyant figurer par 7° de latitude dans le premier climat, c'est-à-dire ao nord de l'équateur, et comme l'une des îles de Mend , îles voisines, d'après ce qu'il en dit lui-même, des côtes du Sind (1), nous nous demandons si c'est bien Riloua qu'il faut lire dans le texte; et en ce cas , si ce mot n'y a pas été écrit par une de ces «erreurs de copiste que, tant de fois
(1) C'est aussi daos cette position qu'Edrisi place Vik de Meod, la nommant d'abord parmi les pays qui touchent au "Sind, puis indiquant plus loin que, de cette tle à Kambaïa (Cambaye), le trajet est de 6 milles. Voy Géographie cTKdriii, fol. 44, recto.)
déjà, nous avons eu à signaler dans les manuscrits arabes. Tl nous est inapossible, en effet , de trouver aucun rapport entre l'île de Kiloua que nous connaissons sur la côte du Zanguebar et l'île dont parle Ibn-Sayd. La situation et les particularités ethnographiques attribuées à celle-ci nous la feraient supposer dans cette partie de la mer de l'Inde qui baigne les côtes du Gouzerate et du Sind ; on sait, d'ailleurs, que quelques géographes, et entre autres Schems-Eddin , désignent cette partie de la mer de l'Inde sous les noms de mer de Send, de Send-Mend et de Mend, indiquant ainsi, sans doute, qu'elle baigne les côtes de ces trois pays. D'autre part, n'est-ce point encore par une erreur analogue que nous voyons les Zendj figurer dans le passage où l'auteur raconte, d'après Ibn-Fathima, l'expulsion des Mend de leur pays et leur retraite dans le Sind? Le mot Zendj n'a-t-il pas été substitué, soit par inadvertance, soit par ignorance, au mot Indiens'} Ce qu'Ibn-Sayd rapporte de l'io^^rigine commune des Mend et des Indiens, de l'infériorité des premiers comparés aux seconds, enfin, et comme. conséquence de ces deux premières particularités, de la défaite des Mend, nous semblerait autoriser cette supposition. Toujours est- il que nous ne saurions nous rendre compte de l'envahissement des îles de Mend par les Zendj. Un fait analogue nous a été, il est vrai, transmis par les historiens arabes au sujet de Bassora et d'une partie du territoire de Bagdad ; mais là ce fait avait été naturellement amené par la présence d'une grande quantité d'esclaves du Zanguebar, qui, par les effets combinés de la procréation et de la traite , en étaient venus à former une population naturalisée, pour ains^ dire, dans la Mésopotamie, et dont se recrutait l'armée des khalifes : or.
nous n'avons lu nulle part qu'une pareille situation ait existé pour les Zeodj sur aucun point du Sind ni de l'Inde. En résumé, par sa position, par son étendue, par les particularités ethnographiques citées dans sa description, Tile que désigne Ibn-Sayd sous le nom de Kiloua nous semble pouvoir être rapportée à la presqu'île de Gouzerate ou à celle de Cutch (1); mais elle ne saurait l'être à l'île Kiloua du Zanguebar. A l'égard de cette dernière, la géographie arabe ne nous a donc encore rien appris, si ce n'est la simple mention qui en est faite par Yacout, comme d'un endroit du pays des Zendj.
A l'époque de la mort d'Ibn-Sayd, parut un nouveau traité de géographie composé par Zakaryaben-Mohammed, ordinairement appelé El-Cazouyny ; ce traité est , en ce qui a rapport à l'Afrique, beaucoup motns explicite que celui d'Ibn- Sayd, et il ne nous a été d'aucun secours pour l'objet de nos recherches (2).
A la même époque aussi , naissait Abouiféda ; ses travaux en géographie l'ont rendu célèbre dans la littéra-
(1) Nous rappellerous, comme pouvant aider à la solutiou de cette questioD, que le principal port de commerce du pays de Cutch est nommé Mendivi, nom qui pourrait bien, comme cela, a lieu pour les mots Maldives et Lakdives, n'être qu'un composé des mots Mend et dive ou diva, et dont le sens serait alors, lie des Mend ou de Mend.
Quant au Gouzerate, oo sait que son territoire, désigné ordinairement sous le nom de presqu'île de Gouzerate, devient, en certaines parties de Tannée, une lie véritable, puisque alors les golfes de Cutch et de Cambaïe, dont les eaux la bornent à l'ouest et à l'est, sont mis en communication par les Runns. Il y aurait à tenir compte de cette particularité, si on croyait devoir traduire, dans ce cas, le mot Djeziret par ile, ainsi que semble l'exiger l'expression dont Edrisi s'est servi , et que M. Jaubert a rendue p&r ile maritime. (.Voyez sa traduction d'Edrisi, page 170.)
(2) C'est dans l'édition imprimée k Goltingue que nous avons pris connaissance du texte arabe, grâce à l'obligeance de M. Kazimirski de Bibersteiu.
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ture orientale; et cependant, son traité est pour nous une oouveiie preuve de la lenteur des progrès que fit cette science cbei les Orientaux. Ce traité, écrit par un homme qu'on a appelé le prince des géographes, nous semblait ne pouvoir être consulté sans fruit pour l'accomplissement de notre tAche, et il nous a été très-facile de le compulser à l'aide de la traduction de M. Retnaud, de qui le savoir et l'érudition devaient ajouter encore à l'utilité du texte. Après l'étude approfondie et comparée qu'en a faite le sa- ^^ vaut professeur, et le jugement qu'il en a porté, il serait plus que téméraire de nous livrer à une appréciation de ce ' traité, appréciation qui n'entre pas, d'ailleurs, dans le cadre restreint que nous essayons de remplir et dont nous avons déjà peut-être outre-passé les limites. Disons seulement que, pour la géographie de l'Afrique orientale, Aboulféda se borne presque à copier Ibn-Sayd, et que, même dans l'emploi des passages qu'il lui emprunte, il n'a pas mis tout le discernement désirable (i) ; et pourtant, par son instruction variée, par son esprit exact et sérieux, par sa position sociale enfin , Aboulféda était , certes , de tous les auteurs de son époque, le plus apte à étendre le cercle si restreint des connaissances qu'avaient ses prédécesseurs. De ce qu'il ne l'a pas fait, nous sommes bien obligé de conclure que, pour les lettrés de l'Arabie, la géographie de l'Afrique orientale était restée presque stationnaire depuis Ëdrisi.
Au reste, le traité d'AbouIféda se recommande aujour-
(1) Nous avoDs eu occasion d'en faire la remarque au sujet do la ville de Leyrana , qu'il dit être placée dans le pays de Sofala par Ibn-Sayd , tandis que, dans la géographie de ce dernier, Leyrana est citée comme l'une des villes de l'Ile de Gomr. (Yoy. ci-devant, page 258.)
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d'hai à l'attention du monde savant, bien moins par son mérite intrinsèque que par la remarquable introducUon dont Ta enrichi son savant traducteur. Le premier paragraphe de cette introduction est consacré à an exposé gé* néral des progrès de la science géographique chei les Orientaux; M. Reinaud y passe en revue les écrivains mosnl» mans qui ont plus on moins contribué à ces progrès, et nous y trouvons successivement mentionnés , comme contemporains d'AbouIféda ^ Schems-Eddin , Nowaïri, Omary, Ibn-el-Ouardy et Hamd-Allah, qui ont écrit dans la dernière moitié du xiii* siècle et la première moitié du xit«. Nous avons pris connaissance de ce que ces traités contiennent de relatif au pays qui nous occupait ; ils nous ont sans doute aidé quelquefois à nous former une opinion sur certains points des descriptions que nous avons analysées, mais ils ne nous ont malheureusement fourni aucun document nouveau.
Les Arabes, qui, du milieu du xiv* siècle à la fin du xv', se sont adonnés à la géographie, ont été bien peu nombreux. M. Reinaud ne nous signale, pendant cette période, que deux ouvrages : l'un , écrit en l'an 806 de l'hégire (1403 de J. C.) par Abd-er-Rachid-Ben-Saleh, surnommé Ël-Bakoui, est intitulé : Exposé sommaire des monuments et des merveilles du roi tout- puissant ; l'autre , dû à Abd'd-RazEac, surnommé El-Samarkandy, est intitulé : Lever des deux astres favorables et réunion des deux mers. La partie géographique de ce dernier ouvrage ne s' étendant pas à la région qui nous occupe , il ne pouvait nous être d'aucune utilité.
Quant au traité d'Ël-Bakoui, après avoir lu l'analyse qui en a été faite par Deguignes, nous n'avons pas cru, devoir
recourir au texte , car, suivant la notice de cet illustre savant, ce texte ne présente , sur les quelques localités qui y sont mentionnées, que les indications déjà plus amplement fournies par les géographes antérieurs. En outre, la forme de dictionnaire dans laquelle il est rédigé, et qui, obligeant à s occuper de chaqfie lieu isolément, exclut l'ordre géographique, augmente encore la difGculté de trouver la position des lieux quand ils sont désignés sous des noms différant de ceux qui leur ont été donnés par d'autres géographes. Une seule indication nous a paru nouvelle et intéressante à extraire de l'ouvrage d'£l-Bakoui : c'est celle d'une île dont le nom a été lu Bandgouta par Deguignes, mais qui se lit aussi Leikhouna, et enfin, qui est écrit Lendjouya dans le dictionnaire de Yacout. A ces trois noms correspond une même description qui , sous plusieurs rapports , nous a paru désigner l'île Zanzibar. De plus, Angouya, le nom souahheli de cette dernière, a, comme on le voit, beaucoup d'analogie avec deux des leçons que nous avons reproduites pour le nom de l'île mentionnée dans le traité de Bakoui. Voici, du reste, ce qu'on y lit au sujet de cette île : « Grande île du pays « des Zendj, où réside leur roi. Tous les vaisseaux qui com- « mercent sur cette côte viennent y aborder. Il y a des « vignes qui portent fruit trois fois l'an. »
Yacout, après s'être exprimé dans les mêmes termes au sujet de l'île Lendjouya , ajoute : « Les habitants ont été a transportés de cette île dans une autre nommée Tambat « dont les habitants sont musulmans. »
Ce que disent l'un et l'autre auteur s'applique assez exactement à l'île Zanzibar, e^ la dernière circonstance notée par Yacout se trouve de même en rapport avec ce fait qu' à la partie
nord-ouest de Zanzibar est une autre île beaucoup plus petite nommée Tombât sur laquelle les Arabes musulmans ont eu pendant longtemps un fort. Nous croyons donc pouroir comprendre l'île Zanzibar au nombre des lieux dont l'existence a été mentionnée par les géographes arabes.
Après cette courte indication prise au traité d'EI-Bakoui, nous pensons avoir extrait des ouvrages des géographes de sa nation tout ce qu'ils contenaient de documents sur l'état de l'Afrique orientale pendant les neuf siècles qui suivirent la venue de Mahomet, période que nous avons nommée musulmane, parce que, pendant toute sa durée, les Arabes musulmans eurent à peu près seuls des relations avec cette région, où le prosélytisme religieux, le monopole commercial et de nombreux établissements fondés par leurs compatriotes, leur donnaient une influence sans partage, sinon une suzeraineté réelle.
On a pu voir à quelles incertitudes, à quelles erreurs même en étaient encore, à l'égard de cette région, les lettrés musulmans, dont les écrits pouvaient seuls, pourtant, initier l'Europe à la connaissance de l'Afrique orientale, et compléter l'œuvre des géographes d'Alexandrie, qui n'en avaient décrit qu'une partie, les uns niant son prolongement méridional, les autres en soupçonnant à peine l'existence. Nous avons, à diverses reprises, dans le cours de ce livre, indiqué les causes générales du peu de progrès fait par les auteurs arabes dans la géographie physique et politique des contrées orientales, dont les côtes étaient cependant incessamment parcourues par les marins et les marchands de l'Arabie. Nous avons attribué la stagnation de la science, d'une part, à l'esprit de système chez les savants qui ne voya-
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geaient pas ; de l'autre» au manque de connaissabces et d'es prit d'observation chez le» navigateurs, patrons et commerçants ; enfin, et surtout, à l'isolement dan» lequel tbéorideiis et praticiens demeuraient à l'égardles ans des autres. Ajoutons à cela que le champ des découvertes était, en quelque sorte, fatalement borné, pour les navigateurs arabes, par les théories de leurs savants sur les divisions du globe terrestre, sur sa partie habitable, sur l' innavigabilité de la mer Environnante; si bien que la géographie serait peut-être encwe aujourd'hui au point où l'ont laissée les derniers auteurs cités, si le génie scientifiqira des peuples de l'Occident, se dégageant enfin des ténèbres du moyen âge, n'avait poussé ces peuples dans la voie des découvertes maritimes que Dias , Colomb , Gama et Magellan^ frayèrent avec tant de hardiesse et d'habileté.
Sans doute, des progrès partiels pouvaient être accomplis, et il y en eut, en effet, de réalisés avant ces immortelles conquêtes, grâce aux voyages entrepris par des hommes intelligents et instruits, tels que. le Vénitien Marco Polo et le Marocain Abou-Abd-Àllah-Moharamed, plus connu sous le nom d'Ibn-Bathoutha. Ces voyages contribuèrent même à porter la pensée de l'Europe au delà des limites de la géographie ancienne, et il est permis d'admettre, avec Malte- Brun, que celui du célèbre Marco Polo, spécialement, a dû contribuer à stimuler le génie entreprenant de Colomb. Mais ces efi'orts isolés de quelques voyageurs ne s'étendaient pas au delà des contrées déjà connues, et, pour les Arabes en particulier, leurs explorations s'an*êtaient aux pays où leur religion et leur commerce avaient plus ou moins pénétré. Les résultats ainsi obtenus devaient donc nécessairement être
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bornés à des indications plus précises sur la position relative des lieux et des pays visités, è des renseigoiements moins incomplets sur l'ethnographie des popolatioiia qui les habitaient; encore, ces nouveaux renseignerooits, se trowaot le plus souvent en désaccM^ avec les ofHnioBs des saraots ou avec les idées établies, couraient-ils le danger d'être repoussés ou tout au moins mis en doute, jusqu'à ce que l'exactitude en eût été constatée par de nombreux témoignages. Tel fut , en Europe, le sort de la relation du voyageur vénitien ; et, selon Ibn-Kaldoun, celle d'Ibn-Bathoutba fut accueillie avec la même incrédulité dans quelques pays musulmans.
La première de ces relations ne contient que peu de chose sur l'Afrique orientale; Marco Polo n'a parlé qu'indirectement de cette région, ei d'après ce qu'il en avait ouï dire À son passage sur les côtes de l'Inde. Mais Ibn-Bathoutha, qui exécuta son voyage environ un demi-siècle plus tard , visita lui-même plusieurs points du littoral africain. Une partie de son itinéraire se rapportant à notre sujet, nous allons la reproduire , et en faire ressortir les particularités propres à donner un caractère de certitude à plusieurs des opinions que nous avons émises dans le cours de ce livre.
Nous prenons le récit (1) au moment où le voyageur quitte Zeyia pour se rendre à Makdachaou ( Moguedchou ) et au Souahhel, voyage qu'il exécuta en l'an 731 de l'hégire (1550-51 de J. C.) : probablement en janvier ou février de 1551, époque à laquelle les bateaux descendent ordinairement la côte.
(1) Nous avons extrait ces passages de la tradaction des voyages d'ibo- Bathoutha faite par MM. Defrémery et le docteur Sangninetti, et qui a été récemment publiée.
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« Après être partis de Zeïla' , nous voyageâmes sur mer « pendant quinze jours, et arrivâmes à Makdachaou, ville « extrêmement vaste. Ses habitants ont un grand nombre « de chanieaux, et ils en égorgent plusieurs centaines cha- « que jouf. Ils ont aussi beaucoup de moutons, et sont de « riches marchands. C'est à Makdachaou que l'on fabrique! (( les étoffes qui tirent leur nom de celui de cette ville, et « qui n'ont pas leurs pareilles. De Makdachaou on les exce porte en Egypte et ailleurs. Parmi les coutumes des hâte bitants de cette ville est la suivante : lorsqu'un vaisseau « arrive dans le port , il est abordé par des sonboûks, c'est- « à-dire de petits bateaux. Chaque sonboûk renferme plu- « sieurs jeunes habitants de Makdachaou, dont chacun apte porte un plat couvert, contenant de la nourriture. Il le « présente à l'un des marchands du vaisseau en s'écriant : « Cet homme est mon hôte ; et tous agissent de la même « manière, .\ucun trafiquant ne descend du vaisseau , que « pour se rendre à la maison de son hôte, sauf, toutefois, le « marchand qui est déjà venu fréquemment dans la ville et u en connaît bien les habitants ; dans ce cas, il descend où « il lui plaît. Lorsqu'un commerçant est arrivé chez son hôte, « celui-ci vend pour lui ce qu'il a apporté et lui fait ses « achats. Si l'on achète de ce marchand quelque objet pour « un prix au-dessous de sa valeur, ou qu'on lui vende autre « chose hors de la présence de son hôte, un pareil marché est « frappé de réprobation aux yeux des habitants de Makda- (( chaou Ceux-ci trouvent de l'avantage à se conduire ainsi. « Lorsque les jeunes gens furent montés à bord du vais- « seau où je me trouvais, un d'entre eux s'approcha de moi. (( Mes compagnons lui dirent : « Cet individu n'est pas un
(( marchand, mais un jurisconsulte. » Alors le jeune homme « appela ses compagnons et leur dit : « Ce personnage est « l'hôte du kèdhi. » Parmi eux il se trouvait un des employés « du kâdhi, qui lui fit connaître cela. Le magistrat se rendit « -ur le rivage de la mer, accompagné d'un certain nombre de thâlibs (étudiants); il me dépêcha un de ceux-ci. Je '-. descendis à terre avec mes camarades, et saluai le kâdhi « et son cortège. Il me dit : « Au nom de Dieu, allons saluer « le cheïkh. » — « Quel est donc ce cheïk? répondis-je. » — « C'est le sultan, répliqua-t-il. » Car ce peuple a l'habitude « d'appeler le sultan, cheïkh. — Je répondis au kâdhi : a Lorst( que j'aurai pris mon logement, j'irai trouver le cheïkh. » « — Mais il repartit : « C'est la coutume, quand il arrive un « légiste ou un chérîf ou un homme pieux, qu'il ne se re- « pose qu'après avoir vu le sultan. » Je me conformai donc « à leur demande en allant avec lui trouver le souverain.