D'APRÈS LES TRADITIONS LOCALES
Origine de» Sakalaves. — Premières conquêtes de cette peuplade sous Andriandahéfoutsi. — Andriamagnéti, son successeur. — Affenuissemeot de la puissance sakalave sous son règne. — Rois qui se sont succédé en Ménabé de 1718 à 1800. — Conquêtes des Sakalavcs dans le Nord. — Fondation du royaume sakalave de Eiouéni. — Nouvelle dynastie vouiamène. — Andriamandissou, premier roi de cette dynastie. — Evénements remarquables de son règne. — G>lonies arabes à la o5te N. O. — Andrîanambouni, deuxième roi de Bouéiii. — Andriamabatindi , troisième roi de Bouéni. — Établisse» ment de tribus sakalaves dans le pays d'Ambongou. — Guerres contre les Antsianaks. — Fondation de Mouoaangaîe. — Andrianéhéven. — Andrianihotsi. — Andrianiken. — Andriamangaraka. — Andriamandàbalsi. -~ Modification dans la loi de succession , qui appelle les femmes à régner. — Andriamagnina, première reine des Sakalaves. — Sa sœur Andriamiba* voutsi lui succède'et abdique en faveur de sa nièce Ravabini. — Événements remarquables du règne de cette princesse.
La partie occidentale de Madagascar peut être considérée comme occupée tout entière par le peuple sakalave , peuple qui se divise en deux familles ou nations distinctes : les Sakalaves du Ménabé, désignés quelquefois sous le nom de Sakalaves du Sud ; et les Sakalaves de Bouéni, appelés aussi Sakalaves du Nord ou de Bombétok.
Ces deux nations doivent leur existence et le nom qu'elles portent en commun, à une petite peuplade originaire du Sud, qui, douée d'un caractère belliqueux et conduite par des chefs issus d'une race supérieure, déborda bientôt sur les pays voisins, et s'incorpora successivement par la conquête les diverses populations établies dans toute la région occidentale de i'ile. L'ori* gine de celte peuplade est enveloppée d'une obscurité qu'il est aujourd'hui bien dilHciie, sinon impossible de pénétrer. Les Sakalaves, de même que les autres Malgaches, n'ayant pas de langue écrite, n'ont pu que se transmettre de génération en génération, par des traditions orales , le souvenir des événements les plus importants de leur vie individuelle et collective, et ces traditions sont à peu près les seules sources auxquelles puisse recourir ce-
lui qui veut se livrer à des recherches historiques sur les populations de Madagascar.
La plus grande difliculté, lorsqu'on a à travailler sur de pareils matériaux, est d'en faire la chronique, et nous serions fort embarrassé de déteniiiner, même approximativement, Tépoque de laquelle date Tavénement politique des Sakalaves, si des faits mentionnés dans Tintéressante relation de Drury ^ , faits dont il eut connaissance pendant sa captivité chez les Sakalaves de Mouroundava, ne venaient, en éclairant les traditions , nous aider à nous former une opinion sur ce point de chronologie.
Quoique le nom de Sakalaves ne figure pas dans la nomenclature des peuplades Malgaches, donnée par Flacourt ^, nous croyons cependant que celle qui est ainsi nommée existait déjà au temps où ce voyageur séjourna à Madagascar. Les indices qui ressortent des faits racontés par Drury, combinés avec les traditions que nous avons recueillies nous-méme, nous autorisent en effet à penser qu'en iG^g, la peuplade sakalave avait déjà manifesté son existence politique par la conquête d'une partie du pays nommé Ménahé, et qu'elle l'occupait dès lors, sous l'autorité de son chef Andriandahéfoutsi ou Lahéfoutsi. La carte jointe à ouvrage de Flacourt vient elle-même à l'appui de notre opinion, car le pays auquel nous venons de faire allusion y est désigné par le mot Lahéfouti, qui est bien évidemment le nom du chef sakalave indiqué, par Drury et par les traditions, comme ayant conquis ce pays. Or, toutes les personnes qui ont eu des rapports avec les peuples sauvages s'expliqueront parfaitement comment Flacourt a pu être conduit à donner, sans le savoir, à ce pays le nom de son chef : il nous est arrivé souvent pour notre compte, en demandant à un Malgache le nom d'un pays voisin de celui ou nous nous trouvions, de recevoir pour réponse le nom du chef qui y commandait, précédé du mot tani (terre). D'autre part, l'existence du chef Lahéfoutsi , à une époque très-voisine de celle indiquée par nous, est constatée, dans un manuscrit de 1 668^, par le passage suivant que nous en extrayons : « Quant à
* Robert Draiys journal^ i vol.in-S*. I^ndon, 1729,
■ Histoire de la grande ile de Madagascar, composée par le S" de Flacourt , 1 vol. in*4*. Paris, i658 et 1661.
* Voir au dëpôl (les cartes et plans de la marine (Archives) le rapport dos
Î ilotes envoyés du fort Dauphin, sur le lougre le Pttii-Saini-Jrany pour explorer îs cotes de VO. Ce manuscrit a pour titre : Etais des pnrin et haies de fil*» Dauphin. ¥év. 1668.
la baie de SaiiU-Augusiin , il n*y a pareillemeDi poiul de bois... Les grands de là sont nos amis et viendront au fort Dauphin , environ la mi-février, demander la protection de M. Champmargon contre Laheuefoucliy \ quils craignent toujours, quoi
qu'on leur puisse dire » D après ces divers témoignages et les
inductions quon en peut tirer, nous croyons devoir admettre qu'en i6Âg ou i65o, la peuplade sakalave avait déjà commencé son mouvement d'expansion vers le Nord , et qu'elle occupait dès lors le pays situé par les 21° de lat. nord, d'après Flacourt , c'est-à-dire la partie Sud du Ménabé.
Mais, avant que de conquérir ce pays, Lahéfoutsi ou Andrian* dabéfoutsi avait probablement d'abord vécu quelque temps au lieu qu'habitait sa tribu ; cette tribu , dite sakalave, comptait sans doute elle-même quelques années d'existence quand ce chef fut appelé à la commanricr, car, si nous en croyons les traditionsde l'Ouest, elle se forma sous l'autorité d'un certain Andriamissara , le père d'Andriandahéfoutsi ; enfin , d'après les mêmes traditions, le premier chef salakave , Andriamissara , aurait eu pour père un individu de race blanche fortuitement arrivé dans le pays, et dont les indigènes avaient fait leur chef, sous le nom d'Andriamandazouala.
Tous ces iaits, quoique n'ayant rien d'invraisemblable eu eux-mêmes, pourraient être niés ; car ils ne reposent sur d'autre autorité que celle d'une tradition orale probablement altérée par le temps et l'imagination, quelquefois déréglée, de ses dépositaires : nous ferons néanmoins observer que , quand il nous a été possible d'en vérifier quelques points, au moyen de faits ou d'indices puisés à une source plus authentique , nous l'avons trouvée d'une exactitude suflisante pour qu'on doive lui accorder un certain degré de confiance sur les autres points.
Quant à nous, il faut le dire, notre crédulité, au sujet de cette tradition, a été édifiée aussi par les circonstances au milieu desquelles nous l'avons recueillie. En tous les lieux que nous avons visités dans les pays sakalaves , nous avons trouvé les événements et les noms qu'elle rappelle encore vivants dans la mémoire des populations, et excitant en elles un enthousiasme et une vénération qui ne peuvent être que le résultat de la foi ;
* Fouchy, Foutsi , Fouihi , Foucy, ne son» que des formes diverses d'un même mot, justinëe.H m partie, nous le rrovons.par la manière doni il est prononcé dans 'les diverses provinces.
nous avons entendu les Sakalaves invoquer ces noms dans tous les actes importants dé leur vie sociale , rappeler avec oi^ueil ces événements, à ceux qui semblaient ignorer leur grandeur passée, et , en présence de ce témoigiïagè de tout un peuple, il nous était difficile de rester complètement incrédule. Nous avons donc admis les faits qui n'avaient d'ailleurs rien d'irrationnel., et nous les avons vérifiés et contrôlés par de nouvelles recherches sur les lieux, toutes les fois que nous en avons trouvé l'occasion. En opérant ainsi à l'égard des faits indiqués par la tradition, comme se rattachant à la naissance de la peuplade sakalave , nous sommes arrivé à penser qu'ils avaient dû se produire dans les premières années du 17* siède : c'est donc à cette époque que se rapportent les événements exposés au début de'notre récit historique. Ce point établi nous entrons en matière. - Le pays compris entre l'extrémité Sud de Madagascar et la rivière Ongnlahé^ ou Ivongou-lahé, était jadis nommé Tsi- Anaka (pas d'enfants, ou de sujets, ou sans chef), lorsque plusieurs hommes blancs y arrivèrent, venant de l'Est, sous la conduite de Tiin d'eux, dont le souvetiir s'est perpétué sous le nom d'Andrian-AHm-Bé. Cet homme parvint à faire reconnaître son autorité dans tout le pays , qui fut alors appelé Mahaf&li (lieu sacré, respecté, fortuné), par allusion à l'heureuse destinée que lui promettait la venue du chef blanc.
Andrian-Alim-Bé avait deux fils. L'afné n'est plus désigné que sous le nom d'Andriâ-Manhounats'-Arivou, qui lui fut donné après sa mort; le plus jeune s'appelait Rahorembi-Tsimaléfa. Craignant qu'ils ne se disputassent un jour le pouvoir, et voulant rendre impossible toute contestation entre eux à ce sujet, le père éloigna ce dernier, qui, suivi d'un groupe d'hommes à lui dévoués ; se dirigea vers le Nord , et s'établit dans la partie N.-O. de la pit)vince qui porte aujourd'hui le nom de Féér^fue. D'un autre côté , les traditions sakalaves racontent que les blancs abordèrent un jour à la partie S.-O. de ce même pays,
* Nous avons écrit tous les noms propres selon Torthographe qui noas a paru rendre le plus exactement possible la manière dont ils sont prononcés par les indigènes. Toutefois, comme nous n'avons point la prétention de faire autorité pour lortbograpbe de ces noms, nous mettrons à la suite de chacun d'eux, fiuand nous le pourrons, les mets qui ont servi à sa composition , nous aidant cie ce qui a Hè fdit dans ce sens par M. Noël , qui, parmi ceux, en tr^spetit nombre, qui ont étudié la langue sakalave, nous paraît le plus compétent en matière de linguistique.
en nù lieu qui fut dès lors nommé Toiia-Maévà (bon mouillage), en raison de ce que des blancs y avaient débarqué; et que les habilaàts mirent à leur tête Tun dé ces nouveaux venus , appelé' Andriamandazouala. C'est le plus ancien chef dont ces traditions aient conservé la métiiôire, et elles le signalent comme la souche des deux dynasties voulamènes, dont les membres régnent encore aujourd'hui sur les parties non soumises des royafiûhes sakalaves. Lefs traditions répandues dans les provinces du Sud, Féerie et Mahaf&li, qui furent le théâtre des* événements exposés ci-dessus « établissent un lien de parenté entre les Voulamènes [Vaata mena^ argent ronge , or), et les Marouséranes^ nom parlequd y sont désignés Ândrian-Alim-Bé et les membres de sa famille qui lui succédèrent; ou plutôt, d'après ces traditions, les Voubmènes ne sont que des descendants de ceux-ci , ^t le tittè'dë Marousérane leur est aussi donné. D'après cette version, 'Andriamandazouala ne serait autre que le fils de Bahoretnbi-Tsimàléfii ; et la provincedeMahafali nous apparaît conmie étant le berceau delà grande fomillesakalave.
Selon les traditions de l'Ouest, au contraire, les Marouséranes et llto Voulamènes auraient pour souche commune Andriamandazouala. Elles disent en effet que les en&nts de ce chef s*étant établis sur divers points de Tolia, l'un d'eux fut élu par la population de la contrée située au Sud de l'Ongn'lahé, qui fut dès lofii nommée BlahaGUi (toujours en raison de l'installation d'un chef blanc) : d'où il résulterait que les Marouséranes seraient une branche delà famille des Voulamènes, et non les an> cétres de ceux-ci.
Andriamandazouala eut plusieurs enfants, parmi lesquels on
^ Il nous a été impossible d obtenir une explication satisfaisante du sens de cette ëpttbète. Maron vent dire heaacoupde, un grand nombre de; serane, urana on $€rwiK aurait, d*après ce qui nous a été dit, le sens de nos mots tentier, trace : les naturels s*en servent, par exemple , pour désigner la trace que laisse sor la plage une pirogue qu on haie à terre. Les vieillards de Tolia prétendent
3ue le titre de Marousérane, donné aux anciens chefs de Mahafali, tire son origine e ce fait : que la résidence de ces chefs étant toujours-placée au centre de leur» possessions, des sentiers irradiaient de ce lieu dans toutes les directions pour les communications avec les villages d'alentour*, d*oi\ la qualification de Marousérane (beaucoup de sentiers) aurait été donnée audit lieu , et par suite aux chefs qui Thabitaient. Le mot Marousérane usité chez les Hôvas, sous le règne de Radama, servait à désigner les chefs de districts qui s'étaient volontairement soumis à lui ou à son père , et aussi ceux qui s'étaient distingués par leur bravoure à la guerre.
cite Âodriamissara et Andriaiuandréci. Le premiei fit élever sur le bord de la rivière Sakalave ^ un village dans lequel il s^établit, et anqucl il donna le nom de celte rivière; ce nom devint ensuite celui de la population qui le reconnaissait pour chef. Les autres enfants de ce prince se répandirent dans le pays environnant, et concentrèrent autour d'eux d'autres groupes de population ; mais, comme ils moururent sans enfants mâles, leur autorité fut transmise à un (ils d'Andriamissara, qui, ayant déjà hérité du pouvoir de son père, se trouva ainsi à la tête d'une population relativement^ considérable : il s'appelait Andriandahéfoutsi ?. De son règne date l'existence de celte peuplade sakalave qui, à un demi-siècle de là, était devenue, par la seule puissance de ses armes , maîtresse d'une grande partie de l'ile.
Andriandahéfoutsi fit d'abord la guerre aux Ant'angandrous', ses voisins, qui occupaient le pays au Nord de la Sakalave, et il conquit tout le territoire compris entre cette riyière et celle d'Ambaravaran'tani^. On dit que, lors du passage de la Saka^ lave, par Andriandahéfoutsi et ses bandes belliqueuses, les eaux de la rivière, troublées par le mouvement de cette multitude d'hommes, devinrent toutes noires, et que, de cette circonstance, en souvenir de l'événement qui y avait donné lieu, elle reçut le nom de Ranou-Maïnti (eau noire), qu'elle a conservé depuis^. Le pays conquis fut ensuite appelé Ménabé [Mena bé, rouge grand), par allusion à un fait auquel les Sakalaves attribuèrent leur première victoire, et dont nous allons dire quelques mots.
Les Sakalaves, étant arrivés en présence de leurs adversaires,
' SeloQ ies uns, la Sakalave [SaJka-lavay rivière longue) était la rivière nommée Saint-Vincent par les Européens; selon d antres, elle n était qu'on affluent de celle-ci, qui, alors, aurait eu un autre nom indigène; mais ils n ont pu rindiquer. Des gens venant du' nord de Féérégne, que nous avons vus à Tolia, nous ont dit qu'il existait dans cette partie du pays une rivière encore nommée Sakalave.
* Andriandahéfoutsi est un assemblage des mots suivanis : Ânirian, seigneur, noble; Dahé (pour Lahé, par euphonie], grand; Fontsi, blanc : le grand chef blanc.
' AntaiAn(jandroa,hab\\AnXs , homme-s, peuple dn pays nommé Ângandrou.
^ Ambaravaran'tani signifie enfoncement dans les terres; terre rentrée , golfe : le point de la côte ainsi désigné est le petit golfe où débouche la rivière Paraceyl a des cartes, appelée Man'siatra ou Man'siètre par les indigènes.
• Elle est plus ronnae aujourd'hui sou5 \r nom de Mangouki, mol qui »
creusèrent, pendant la nuit, entre les deux camps, une large fosse, dans laquelle ils tirent descendre un énorme bœuf, et qu ils recouvrirent de branches d'arbres et de terre. L'animal ainsi renfermé poussa bientôt d'horribles beuglements. Sur ces entrefaites, les Ânt'angandrous s'étant avancés pour engager le combat, furent tout surpris de ce bruit sans cause apparente; et, l'attribuant à une intervention surnaturelle en faveur des Sakalaves, ils s'enfuirent épouvantés, laissant leur pays ouvert à l'envahissement et à la marche victorieuse d'Ândriandahéfoutsi. Celte version n'est pas la seule : il en est une autre qui raconte tout simplement que le boeuf en question fut sacrifié, avant la bataille, par les Sakalaves, pour se rendre le destin favorable; mais la première devra paraître plus vraisemblable à qui connaît le caractère des individus de cette peuplade, leurs habitudes de ruse et leur amour du merveilleux.
Quoi qu'il en soit, on s'accorde du moins sur la couleur rouge et les proportions colossales de l'animal auquel fut due, selon l'une et l'autre version, la défaitd des Ant'angandrous; et toutes les deux aussi établissent qu'en mémoire de ce fait le pays conquis fut nommé Ménabé^
Andriandahéfoutsi fixa sa résidence^ dans la partie Sud de cette contrée, et ses Gis s'établirent à quelque distance vers le Nord. Le règne de ce prince ne fut qu'une série de luttes contre la peuplade dépossédée, et celle qui habitait la province de Féér^ne. Il parvint cependant à affermir sa domination sur le Ménabé, dont l'un de ses fils recula la limite septentrionale jusqu'à la rivière Manih^; mais ce fut seulement sous le règne de son
dans le dialecte du Sud, a, nous a-t-on dit, la même signification que Ranou- Mùnti. Elle justifie, d^ailleurs, fun et Tautre nom parla couleur habituelle de ses eaux; ia cause qui en est donnée, dans la tradition, n^est évidemment qa*nne hyperbole due à fimagination des bardes sakalaves.
* n existe dans le Ménabé une coutume dont nous pouvons rendre témoignage, et qui donne une apparence de vérité à Tune ou à Tautre des deux versions : un bceuf rouge n'y est tué, pour le besoin ordinaire, qu*en cas d*al>-' solue nécessité, et alors môme il ne 1 est pas à coups de sagaîc, mais bien selon la forme usitée dans les sacrifices. Voir ci-après dans Tappendice la note A, an sujet du nom de ce pays.
' Voir à Tappendice la note B, sur le nom de cette résidence, ou de ia capitale du Ménabé.
' La rivière Manih ou Mania, ou Imania, est celle désignée sur la carte par le nom de Siioubounghi , qui est son nom ncluei. Voir à Tappendicc la note C, signalant une erreur faite au sujet de cette rivière.
successeur que la supériorité des Sakalaves sur leurs voisins fut bien établie , et que ceux-ci se reconnurent tributaires du roi Ménabé^ Andriandahéfoutsi fut surnommé, après sa mort^ Andrianhaning'ha-Ârivpu {haning'ha, qqe l'on regrette* arivour vaille, je chef regretté p$ir des milliers) , ou le regrettée , ,
L*ainé de ses ^Is lui succéda : la traditiop le désigne bou$ le nom d'Ândriamagnéti -Arivou', qui e^t son nom .posthume [magnéti, qui dompte, qui soumet).
Ce prince était ambitieux et animé du désir de développer la puissance naissantedes Sakalaves; il comprit , sans doute, que« pour y arriver, illui£aillait exercer une autorité absolue et sans partage, et, dans ce but, il résolut d'éloigner son frère \ dont le caractère turbulent l'inquiétait et pouvait ealraver ses desseins.
Il manda donc un jour ce frère devant lui, et lui dit :« Je suis plus âgé que vous éï vous me survivrez certainement, mais, à ma mort, le pouvoir appartiendra à l'un de mes. jUsrni vous ni les vôtres n'avez donc rien à attendre ici, et vous ne pouvez qu'y faire naître des troubles. » Puis, voywt lair embarrassé de son frère : «PTavez-vous donc pas déjà réfléchi. à cela, reprit-il? ■ Celui-ci protesta de son jdésintéresse;ment,, et déclara qu'il /avait toujours ^considéré son neveu conmie l'béri-
^ La tradition se tait sur l*époque de la conquête da Méoabé par AndriandahéfoutM , comme sur celle de la mort de ce pHnce. Mais 1^ rçcherchea qoe nous avons faites à ce sujet et quelques indices puisés à diverses sources, nous portent à penser que la première doit être [Jacée entre 1645 et 1Ô50 , et la seconde voîsme de 1780.
* Cette coutume, de donner aux chefs un autre nom après leur mort^ n'était point particulière aux Sakalaves : elle existait chez les diverses populations du Sud de Tile, à Féérègne, MahaflLli, Androl. Drury en fiiit mention en pariant det superstitions des indigènes de cette dernière province : «Ils invoquent aussi, dit'il, les âmes de leurs ancêtres, et ont pour eux une grande vénération, les appdant par des noms qu'ils leur ont donnés après leur mort : si bien qu'ils regardent comme un crime de les désigner par celui qu'ib portaient de leur vivant; et ces noms sont principalement caractérisés par le mot orÙMMiqui les termine, etc. i (Robert Dnay's Journal, page 233, édition de 1729.)
Nons donnerons dans la relation de notre voyage de longs détails sur cette coutume.
^ Voir ci-après, dans Tappendice, la note D, tendant à établir l'identité de cet Andriamagnéti avec le roi Ratrimanongarivou, dont parle Drurv.
^ La tradition ne mentionne qu'un frère d'Andriamagnéti *, mais, d'après certains passages de la relation de Drury, il parait qu'il en avait un autre. Voir ei-aprës , à ce jsujet , la note £ de l'appendice.
tîer naturel du pouvoir. Mais les craintes d'Andriamagnéti n'ayant fait qu'augmenter malgré ces protestations, il fut, d'après le conseil de leur mère, arrêté entre les deux princes, que le plus jeune s'éloignerait, et qu'à l'aide des troupes que lui fournirait Ândriamagnéti , il irait tenter de nouvelles conquêtes vers le Nord.
Après avoir ainsi assuré la tranquillité intérieure du pays , Andriamagnéti s'occupa d'en développer la puissance et la richesse. A cette époque, le port de Mouroundava était déjà fréquenté par des navires de pirates et de négriers, et les Sakalaves recevaient d'eux, en échange d'esclaves et de bétail, des armes et des munitions de guerre, qui leur donnèrent en peu d'années une incontestable supériorité sur leurs voisins. Les Ant'angandrous furent refoulés dans les montagnes à l'Est et au S.-E. La province de Féérégne , sans cesse envahie par les armées du roi de Ménabé, fut bientôt dévastée , et la population du pays sakalave s'augmenta non -seulement de tous les pri-t sonniers faits sur les Andraïvoulas^ mais encore de toutes les familles et des amis des captifs , attirés près de ceux-ci par la géniérosité du vainqueur: ils trouvaient, en outre, sous l'autorité d'Andriamagnéû, une protection que leurs propres chefs ne pouvaient leur donner, et l'abondance que leur pays, ruiné par la guerre, leur refusait.
Les Hôvas» connus alors dans l'ile sous le nom d'Amboualambous , étaient bien plus puissants que les Sakalaves durant le règne d'Andriandahéfoutsi; mais son fils trouva dansjles armes qu'il» recevait directement des Européens, et dont il savait en même temps empêcher l'arrivée aux mains de ses adversaires, les moyens de dianger cet état de choses. Il advint donc que lesHôvas, ne pouvant plus, dans leurs rapports avec les Sakalaves, imposer les conditions, durent .les subir; car ils étaient établis dans une contrée dont le sol se prêtait peu à l'agriculture et à l'élève du bétail, et ce n'était qu'en plaçant chez leurs voisins, riches en troupeaux et en vivres, les produits de leur industrie , qu'ils pouvaient obtenir la satisfaction des premiers besoins de la vie. Ik se virent alors forcés de céder aux exigences d' Andriamagnéti, et payèrent depuis un tribut au roi du Ménabé.
* Le:i Andraîvoulas sont les habitants de Féérégne.
Pendant que la préponiliTance sakalave s'établissait ainsi dans toute la partie Ouest de TUe , sous la ferme et habile direction d'Andriamagnéli , son frèie jetait les fondements d'un autre royaume dans le Nord , et préludait, par une sérié non interrompue de victoires et de conquêtes, à rétablissement d'une dynastie et d'une puissance sakalave nouvelles. Informé de ses succès, le roi de Ménabé lui envoya des ambassadeurs pour le féliciter et conclure avec lui un traité d'amitié : par ce traité,, les deux frères se partagèrent la suzeraineté des provinces qui séparaient leurs royaumes.
Andriamagnéti-Arivou mourut à un âge fort avancé, et sous son règne, qui fut très-long , les Sakalaves du Ménabé vécurent dans l'abondance et la sécurité; aussi ce prince fut-il adoré de ses sujets , et regardé par eux comme le bienfaiteur de son pays K
Son fils aine lui succéda; son nom posthume est Andriandahén'-Arîvou. Les rois qui suivirent furent, selon l'ordre chronologique: Andriamandiou-n'-Arivou , nommé, de son vivant, Raimoussa ; Andriamitiouki - Arivou , connu durant sa vie sous le nom deTsitonhanva; Andriamahonhouti-Arivou^, et enfin Andrianitsoan'- Arivou, nommé avant sa mort, Miakala.
La tradition n'a guère conservé du règne de ces princes que leur nom. Elle mentionne pourtant une nouvelle collision entre le Ménabé et le pays de Féérégne, et l'issue de celle-ci fut en effet assez importante pour que le souvenir en ait été gardé par les générations suivantes, qui, toutes, en partagèrent le bénéfice. Il parait qu'à la suite d'une guerre faite de concert par les Sakalaves et les Andraïvoulas , contre lesZafi-Manlielle, peuplade habitant à l'Est de Féérégne, un différend s'étant élevé entre les alliés pour le partage du butin, une lutte s'ensuivit; mais on finit cependant par s'entendre, et le roi de Ménabé s^unit avec le chef de Féérégne par les liens du fattidràh '. Dès lors, et pour de longues années, la paix fut cimentée entre les deux peuples, et, en vertu du lien contracté par les deux princes,
' Voir à Tappendice la note E, qai signale la concordance de presque tous ces faits avec ceux aUribués par Drury à Ra-Trimanongarivon.
' L'eiistencc de ce prince, comme souverain, nous a paru douteuse.
* Le fatlidrali est la coutume designée par les voyageurs et les traitants français sous le nom de serment da iany. Nous en traiterons en détail dans la relation de notre voyage.
le descendants de ceux-ci se considérèrent comme étant de la même famille. Le roi sakalave auquel on dut Theureuse issue de cette dernière lutte était Raimoussa ou Andriamandiou-n*- Arivoo; le chef Andraïvoula, contemporain, n'est connu que par le nom posthume d'Andrianihanga-n^-Arivou.
Uavénement de Miakala fut signalé par des luttes intestines. Ce prince eut alternativement à combattre les prétentions d'un cousin et celles d*un frère, qui, tous demr, lui disputaient le pouvoir. Le premier, nommé Rabibi, et aussi RatsisaounlLO , s'était établi à Lapaolo au-dessus de la rivière Mandéloulou, où il se trouvait à la tète de 3,ooo hommes. Miakala, qui disposait de forces beaucoup plus considérables, marcha contre lui, le défit et le força de se réfugier à Féérégne, dans la partie N.-E. de ce pays, nommée Mitrahah, où ses descendants commandèrent depuis, sous la souveraineté du grand chef de la province. Le frère de Miakala, nommé TsimValou, ne fut pas plus heureux que Rabibi : après avoir vainement lutté contre son aîné» il se retira avec ses partisans, dans le pays de Mavouhazou , et s'établit au Nord de la rivière Namila» où il resta jusqu'à sa mort.
Vers la un de son long règne, Bfiakala avait associé à l'exercice de la royauté son fils aîné, qui devait lui succéder; mais ce prince, dont le nom posthume est Ândriamamonlak'-Arivou, mourut avant son père . et celui-ci se vit forcé de reporter ses soins et ses espérances sur son second fils Ramitrah', qu'il avait eu, dit-on, d'une femme hôva, nommée Raboudou.
Les événements qui se produisirent pendant les dernières années du règne de Miakala sont de ce siècle, ils appartiennent donc à la série des faits historiques dont l'exposé formera la matière des chapitres suivants. Nous allons maintenant reprendre le récit un peu en arrière, au règne d'Andriamagnéti- Arivou, et compléter ce chapitre en disant comment, sous la conduite de son frère, la race sakalave se propagea sur une grande partie de Itle; comment une autre dynastie de Voulamènes fut créée par ce prince et se continua par ses descendants ; com* ment enfin une nouvelle population sakalave se constitua sous leur autorité, ayant une nationalité distincte de la population du Ménabé, quoique restant partie intégrante de la famille sakalave.
Le frère d'Andriamagnéti ne nous est connu que sons sou 0OC. SDR Madag. . 2
nom posthume , Andriamandissou-Arivou. Lorsque ce prince partit du Ménabé à la tête des hordes sakalaves, il traversa le pays limitrophe, alors habité par des groupes de Vazim'bahs ^ , qui s*enfuirent effrayés à son approche , puis le pays presque inhabité qui forme aujourd'hui les provinces de Mavouhazou et àt Vouai. Ce pays était sous Tau ton té d*un chef vazim'bah, nommé Boulacily, qui se soumit sans combattre , et se joignit avec une partie de son monde h Tarmée du conquérant.
Andriamandissou-Arivou envahit ensuite le pays des Tsiahondikis et des Djéribohitsis \ qui était appelé Ambohibengui , €t quon a nommé depuis Ambongou. Le chef des Tsiahondikis, Rangouri, fut tué dans lun des engagements qui eurent lieu, et son frère Ralambo, homme d*un naturel craintif et faible, vint tout tremblant implorer la clémence du vainqueur; sa frayeur amusa beaucoup les Sakalaves qui le surnommèrent par dérision Raouvh'ouvh (Thomme trembleur, efirayé).
Andriamandissou passa la rivière Bàli , et fit irruption à travers le territoire des Sandangouatsis ^, dans ci^ui de Manan'hara , borné au Sud par le fleuve du même nom^. Les Sakalaves , en passant ce fleuve, rappelèrent Ranoumainti, en réminiscence de la Sakaiave, nommés aussi, comme il est dit plus haut, Ranoumainti, par les bandes d*Andriandahéfoutsi. Le pays de Manan*hara avait pour habitantslesManangadabos; il était borné à
^ Les Vazim'bahs sont considérés comme les aborigènes de Tile. Au temps on leprince sakaiave s*avança vers le Nord, des popcdaiions de ce nom existaient en efiet, au dire de Drnry, sur les bords de la rivière Manih, et an nord de cette rivière. Les derniers descendants des Varim*bahs sont groupés encore aujourd*bui sur le môme territoire, situé entre la rivière Manih ou Siioubounghi, et celle dite Manamboule.
^ On nous a dit que trois frères commandaient alors les Tsiaondikis sous les noms de Nacavoaavou, Ndakcumendia et Tchabendia ; mais d*autres personnes, qui nous ont paru plus dignes de foi, assurent que les chefs* des Tsiaondikis tCaiant bien Rangouri et Ralambo. D*un autre côté, M. Noël donne les trois noms ci -dessus comme étant ceux de tribus qui peuplaient Ambohibengui, lors de Tarrivée des Sakalaves : peut-être étaient-ils ceux des tribus désignées sous le nom général de Djéribohitsis ?
* M. Noël écrit Sanangatsaa: nous croyons avoir rendu en écrivant Siuidan- ^oaofsMes soûs qui ont frappé notre oreille, quand ce mot a été prononcé devant nous, non-seulement par des Antalaots' et des Sakalaves, mais encore par des individus de cette peuplade ; il nous est difficile d^admettre que ces derniers surtout Taieot mal prononcé.
^ C'est le fleuve nommé depuis Bétsibouka, qui débouche dans la baie de Bombétok.
l*Estet au S.-£. par la grande forêt Anghalavouri; au Nord et N.-E. par la rivière Matzamba; à Touest par la mer. LesManangadabos ne purent résister aux hordes aguerries du prince sakalave, et Razoalhao, le chef qui gouvernait le pays, se retira à Anghalavouri, où il mourut et fut inhumé. Les Sakalaves ont, dit-on, toujours respecté le lieu de sa sépulture : les arbres mêmes qui Tentouraient furent considérés comme sacrés, fâli.
On raconte que, lors de Tinvasion d'Andriamandissou, un des parents de Razoalhao s enfuit vers TEst , avec sa famille , emportant un peu de Teau du Manan'hara ; et que , s'étant arrêté sur les bords d une rivière où il pensait pouvoir s*établir avec sécurité t il y versa Teau qu'il avait apportée, et lui donna le nom de celle de son pays natal, Manan'hara ^
Poursuivant le cours de ses conquêtes, Andriamandissou soumit ensuite les Anfambohilavas , qui habitaient le territoire compris entre les rivières Matzamba et Louza, et dont le chef, Andrianpiériha, résidait au village d'Antsinghi, sur le revers occidental de la grande montagne Anquiripik. Les vaincus s*étant réfugiés en grand nombre chez les Antandrounahs, leurs voisins, répandirent à tel point parmi eux la terreur et la crainte d'un sort pareil au leur, que les chefs d'Androunah envoyèrent des ambassadeurs au-devant du conquéran tpour le complimenter et reconnaître sa suzeraineté*
Le royaume d'Androunah et dépendances s'étendait alors, du côté de Fouest, depuis la rivière Louza jusqu'à l'extrémité nord de Madagascar, et de ce cap au grand Manahar, du coté de l'Est. Sa partie Nord était désignée par le nom d'Ankarangna (place du Corail, le pays du Corail) , dont le nom actuel Ankaran ou Ankara n'est qu'une contraction. Les parties du S.-E. et du Sud formaient le pays d'Androunah proprement dit, où se trouvaient les grands villages d'Antanghin ou Antonguin; Apomby, résidence du roi , et Marangbatou. Enfin la piurtie Ouest était appelée Ambongoulé : les habitants de celle ci étaient plus particulière* ment connus sous le nom d'Antan'zouns; ceux d'Ânkaran ou Ankara, sous le nom d'Ant'ankarans ou Anf ankares. , ^ Andriamandissou,n'ayant plus devant lui d'adversaires à combattre, s'en retourna vers le Sud, et, s'arrêtant à peu près au
* Il existe en effet, à la côte Est, une rivière Manahara, déboacbant à la mer près et an Nord du cap Bellone, è Touverture Ouest de la baie d'Autongil, et qai permet de donner quelque crédit au fait mentionné dans la tradition.
cen Ire des contrées envahies par lui, il fixa sa résidence sur le bord de la rivière Mandzaraï ^, dans la province de Miari , pays des Sandangouatsis , à cinq ou six lieues au Sud du fond de la baie où débouche le fleuve Manan*hara ou Bétsibouka, connue depuis sous le nom de baie Bombétok. Il appela Tongaî (de longa, arriver, parvenir) rétablissement quil y fonda, et ce fut, durant tout son règne, la capitale de ses Etats.
Non loin , et à Touest de Tongaî, au fond de la baie de Bouéni, était situé un village de ce dernier nom, bâti, ainsi que plusieurs autres au Nord et au Sud, par une colonie d*Arabes, établie sur cette côte longtemps avant Tarrivée des Sakalaves ^. L'un de ces villages, Langani, élevé dans la baie de Matzamba , était déjà tombé au pouvoir d'Andriamandissou lors de Texcursion de ce conquérant vers le Nord, et, la lutte une fois engagée, les colons semblaient ne pouvoir échapper à une destruction totale que par Texil ou la soumission. Mais , en apprenant la prise de Langani , les habitants de Bouéni, prévoyant outils ne pourraient défendre plus eflicacement leur village , s étaient transportés avec leurs biens sur une petite ile sise dans la baie, et s*y étaient fortifiés. Ceux des autres villages se joignirent à eux, et, tous réunis sur ce point, ils purent encore, à la laveur de sa situation insulaire, repousser pendant plusieurs années les prétentions de souveraineté du prince sakalave;mais, Hle ayant été enlevée par surprise, ils furent forcés de se soumettre.
Heureux d'un événement qui non-seulement mettait fin à toute opposition contre son autorité, mais lui livrait aussi une population industrieuse et intelligente avec tous les avantages résultant de ses relations commerciales, le vainqueur, dont cette population dut alors subir le joug et reconnaître la suzeraineté, donna à son royaume le nom de Bouéni. A la suite du traité d'amitié conclu, comme nous l'avons dit, entre les deux frères Andriamagnéti et Andriamandissou , la grande rivière Ounara fut considérée comme limite commune des dépendances du :Bouéni et de celles du Ménabé; et avec le second de ces princes commença la dynastie des Voulamènes de Bouéni.
Après leur soumission au roi sakalave, une partie des An-
^ La Mandzaraï débouche entre la baie de Bouéni (rivière Jfafcum^ d'Owen) «tle rap Tan'zou (false cape d'Owen).
* Voir à Tappendice la note G , sur l'origine et la marche de ces établisseaients.
talaots* ^ de Bouéni étaient retournés sur la Grande-Terre , mais les principales familles avaient continué de demeurer sur i'iie qui leur avait quelque temps servi de refuge, et dont elles n avaient pas encore désespéré de faire un jour le foyer de leur indépendance : dans ce but leur chef Faki faisait rétablir à petit bruit les murailles de Tiie Bouéni , et y préparait des moyens de résistance. Ândriamandissou en fut bientôt informé, et, prévoyant que Tesprit de révolte qui animait les vaincus lui créerait de grands embarras s*il n*en arrêtait le développement par la terreur, il attira sous un faux prétexte le chef des Ântalaots* i. Tongaî , et le fit mettre à mort.
Mais cet acte de sévérité , tout effrayant qu'il était , n'aurait sans doute que temporairement arrêté les projets de révolte qu'on nourrissait, et, pour prévenir plus complètement leur i^éalisatiun , le roi des Sakalaves eut recours à cette politique de tous les temps et de tous les lieux , qui conseille de diviser pour régner. Les idées d'indépendance fermentaient plus particulier rement au sein des principales familles, qui avaient plus d'intérêt que la masse à secouer le joug : il résolut dé leur enlever leur influence en les abaissant et en séparant autant que pos* sible leurs intérêts de ceux du reste de la communauté. Entre autres mesures prises par lui pour y arriver, il nomma sultaor* des Musulmans, en remplacement de Faki, un Antalaots' de la basse classe, appelé Hassan -ben-Youmah. Cet homme, doué d'autant de finesse que d'énergie, comprit tout le danger qu'il courrait en acceptant cette subite élévation , et craignant que les grands , humiliés et exaspérés d'un pareil choix, ne s'en ven* geassent sur lui en le faisant assassiner , il conseilla à Andriamandissou d'élever à cette dignité sa petite -fille Andrianantan'-Arivou , sous le nom de laquelle il put alors , sans risques pour sa vie, exercer réellement l'autorité.
Andrianantan'-Arivou était encore fort jeune lorsqu'elle fut ainsi appelée à gouverner les Antalaots' : ceux-ci s'attachèrent à cette enfant; ils obtinrent de son grand-père l'autorisation de l'instruire, et ils en firent une musulmane. Elle se maria quelque temps après à un Arabe de Surate nommé Seîd Abderrhaman; celui-ci étant mort, elle épousa en secondes noces un
' Le nom d* Antalaots* (ofiei ou antaî aUaoutsis peuple ou bommcs d^outremer) fut do|nné par les indigènes aux prcmirrs colons, et continua de déai ^ner leurs descendants.
autre Arabe du nom de Sidy Âhmet, de Patta. Hassan-ben-Youmah continua seul les fonctions de gouverneur des Ântaiaots\ qui , à sa mort » furent transmises à son fils Youmah-ben-Hassan.
Le règne d*Ândriamandissou fut rempli par les guerres incessantes qui précèdent et suivent toujours nécessairement la fondation d'un royaume par la conquête» et souvent troublé par les haines et les réactions qui devaient inévitablement résulter de ce rapprochement forcé de peuplades jusqu'alors étrangères, sinon hostiles, les unes aux autres. Mais, malgré le système de compression et de sévérité excessive qui y fut mis en vigueur , ce règne n'en fut pas moins utile et glorieux. Aussi , quand , par l'a vénemen t de générations nouvelles, la fusion de toutes les peuplades vaincues eât été opérée et l'unité nationale constituée, les Sakalaves rendirent en vénération à leur premier chef tout ce qu'il leur avait donné de gloire et de puis> tance : Sa mémoire devint l'objet d'un véritable culte ; son nom fut honoré dans les cérémonies politiques et religieuses, et son esprit invoqué dans toutes les circonstances qui importaient aux intérêts et à la grandeur de la nation sakalave. Ce prince mourut après un r^;ne d'environ 3o ans; il fut inhumé à Tongaï. A sa mort, le royaume de Bouéni, constitué depuis quelques années à peine , comptait déjà pour tributaires plusieurs grandes peuplades: les Antandrounahs, les Bezanozanos, les Ant'sianaks , les Magnendis et les Amboualambous ou Hèvas.
Andriamandissou-Arivou eut pour successeur son fils atné, dont le nom posthume est Andrianambouni-Arivou ^ (amhouni, élevé au-dessus, qui domine, qui surpasse). Ce prince avait suivi son père, quand celui-ci quitta le Ménabé, et il avait pai^ tagé les périls et la gloire de sa brillante carrière. Parvenu au pouvoir suprême, il transporta la résidence royale un peu au nord de Tongaï, en un lieu appelé Ankazou-Tangoù ^. Par lui» le pays fut pacifié, l'autorité affermie, et l'administiation organisée dans les diverses provinces. Son r^ne ne dura qu'une dizaine d'années et fut paisible '.
^ I>rary appelle Andrian-Toukaifie le fils du fondateur du royaume sakalave du Nord. Ce nom serait donc celui que portait pendant sa vie TAndrianambouni de la tradition , fils et successeur d^Andriamandissou.
* Voir à I^appendice la note H, où la situation de cette résidence est diècutée.
* Voir à Tappe-ndice la note F, au sujet de cette donnée de la tradition.
Andiianaïubouiii-Arivou avait épousé sa cousine Audriamaaouhi-Arivou, fiUe d'Andriamagnéti-Arivou ; il en eut six enfants. L'ainé, Andrianantan'-Arivou avait été, comme nous l'avons dit, placé par son grand* père à la tête de la population antalaots' de Bouéni. Les autres enfants furent : Andriamahatindi-Arivou , Andrianéhéven-Arivou, Andrianahiditsi-Arivou , Andrianihotsi- Arîvou , et une seconde fille dont on n'a pu nous faire connaître le nom.
En outre de ces six enfants, Andrianambouni en eut plusieurs autres, de femmes ne tenant pas à la fiimille royide; mais ces enfants de sang mêlé n'avaient d'autre droit que celui de porterie titre d'Ampandzaka ^, la loi de succession au tr&ne ne reconnaissant , comme aptes à hériter, que les descendants mades de père et mère voulamènes^. Us étaient même éloignés de toute fonction gouvernementale , dans la crainte que l'influence qu'ils en auraient acquise ne servit les idées d'usurpation que leur consanguinité avec la race royale pouvait leur suggérer. 11 y eut cependant au moins une exception à cette r^e» car on dit qu'un des fils illégitimes d'Andrianambouni exerça les importantes fonctions de Manan'tani^, après avoir, toutefois, abjuré son nom et sa &mille, et renoncé, par un serment solennel, aux prérogatives d'Ampandzaka.
Andriamaliatindi-Arivou succéda à son père et établit sa ré-
* Le mot Âmpandzaka a le sens général de prince ; il est donné aux meoilireB de la famille royale, à tous ceux qui tiennentparun degré de parenté quelconque à cette fiunille, et enfin aux descendants des chefs dont les territoires réunis par la conquête formèrent le royaume de Bouéni. Suivi du mot MandMka, il désigne le prince régnant, le souverain ; avec les mots Mahiri N*Jandtaka^ ÎA s applique aux princes qui ont droit à exercer le pouvoir souverain , et dans ce sens on ne le fait suivre quelquefois que du mot Mahéri» Les princes qui, quoique de la famille royale, ne peuvent jouir de ce même droit sont dits Tsi-Makéri'Nyandiàka, ou simplement Tsimahin.
* CeUe loi de succession au tr6ne était celle en vigueur dans le Ménabé. Audriandahéfousti Vy avait établie, et, pour en assurer autant que possible rciécution, il avait udt décréter que les membres de la famille Voolamène ne pourraient s^allier qu*eotre eux. Cette dernière disposition était tellement absolue, qu^à défaut d^autres parents les frères devaient épouser leurs sœurs « ce qui eut lieu , comme on le verra pour Tun des fils d*Andrianambouni- Arivou.
' Le Manan'tani est le premier ministre du roi et Tintermédiaire obligé de celui-ci dans toJM ses rapports avec la population. Il dirige ordinairement aus^i Ips opérations militaires pi tout ro qui a trait aux affaires 'xtéricurrs.
sidence à Marou vouai , village qui prit sou uom de celui d'un cours d'eau ^ sur la rive droite duquel il avait été élevé. Le nouveau roi, craignant que ses frères, issus de mères étrangères à la race royale, et dontrun était son aine, ne fomentassent des troubles dans ses États, les força d'en sortir en menaçant leur vie. L'un d'eux, le premier enfant d'Ândrianambouni-Arivou, nommé Ândriamangariêna, s'enfuit à la côte Est avec sa fille Soa. Trois autres, désignés après leur mort pai* les noms d'Àndrianilahé-n'-Arivou , Andrianomba-n'-Ârivou et Andriantsifoué* n'-Axivou y allèrent s'établir dans le pays d'Ambohibengui avec leurs familles et leurs serviteurs et partisans. Us s'y partagèrent l'autorité, en reconnaissant comme suzerain le roi de Bouéni, et les groupes qui les y avaient suivis donnèrent naissance à trois tribus distinctes : les Tsitampikis, les Mivavis et les Antimarabs , qui occupent encore aujourd'hui une partie du pays dTAmbongou.
Sous le règne d'Andriamahatindi, les Antsianaks voulurent secouer le joug; ils refusèrent le tribut, et poussèrent l'audace jusqu'à venir attaquer les Sakalaves sur leur propre territoire. Le roi de Bouéni rassembla ses guerriers et ordonna de laisser les agresseurs avancer dans le pays. En même temps il faisait marcher une partie de son monde pour les prendre en flanc; alors que lui les attaquerait de front avec le gros de l'armée. Cette manœuvre échappa aux Antsianaks , et ils continuèrent de se porter en avant sans défiance; mais, se trouvant bientôt entourés d'ennemis, ils perdirent courage et se dispersèrent, laissant un grand nombre des leurs sur le champ de bataille. Andriamahatindi poursuivit les fuyards^dont pas un n'échappa , dit-on, au massacre; puis il envahit à son tour le pays des Antsianaks, le soumit en entier, et lui imposa de nouveau le tribut avec fa suzeraineté de Bouéni. Ce fut sous le règne de ce prince qu'on vit s'élever la ville de Moudzangaîe^, et voici ce qui donna lieu à l'érection de cette cité arabe.
L'un des premiers établissements antalaots' à la côte N. O. était situé dans la baie de Bàli , à l'extrémité Nord d'Ambohibengui. Lorsque, après l'invasion des Sakalaves, la ville de Langani fut
' La rivière appelée Marouvouaî ( marou voaai, beaucoup de caîmaDs) , afflue daos le Bétsibouka, à peu près vis à-vis de Nossî-Kibondrou, Tune de» lies que forme ce fleuve, à son embouchure.
• Voir, h rappendice, la noie J relative à l'élymologic de ce mol.
attaquée et prise par ÀDclriamandissou , les habitants de Bàli , prévoyant un sort pareil pour leur village, et n'espérant plus désormais jouir dans ce pays de la paix et des avantages en vue dcsqueb ils s'y étaient fixés, avaient, pour la plupart, gagné la côte d'Afrique; mais cependant quelques-uns d'entre eux s'étaient ralliés àleurs coreligionnaires de Bouéni, et y étaient restés après la soumission de cette colonie au souverain sakalave. Or la présence des Ântalaots' sur un point du pays était avantageuse surtout au chef et à la population qui résidait autour de ce point. Intermédiaires nécessaires entre les indigènes et les commerçants étrangers , c'était à leurs établisements que les navires de ceux-ci, et principalement les daws arabes venaient de préférence aborder. Chefs et sujets étaient donc jaloux d'avoir près d'eux ces colons dont l'aptitude commerciale procurait, aux uns, de nouveaux ou de plus grands moyens d'échange et de consommation, aux autres, les cadeaux à l'aide desquels les marchands cherchaient à capter leur bienveillance ou à se faire concéder quelques privilèges.
Les bâtards d'Ândrianambouni, et particulièrement Ândrianilahé-n'-Ârivou , qui résidait aux environs de la baie Bàli, voulurent se procurer ces avantages et cherchèrent à faire émigrer en Ambongou quelques-uns des Antalaots' de Bouéni. Andriamahatindi, avisé de ce dessein et des intrigues auxquelles on se livrait «pour le réaliser, envoya faire des représentations à ses frères, les engageant à se tenir tranquilles. Ceux-ci feignirent de renoncer à leur projet; mais, quelques temps après, à la suite d'une petite expédition dirigée par Andrianbahatsi , fils de l'un d'eux, plusieurs Antalaots' furent enlevés de Bouéni et conduits à Bàli. Andrianilahé-n'-Arivou prétendit justifier cet acte en alléguant que ce point avait déjà été occupé par eux et leurs familles.
Andriamahatindi voulait porter la guerre dans l'Ambongou pour reprendre les individus enlevés , mais leurs parents et leurs amis lui représentèrent que c'était exposer la vie de ceux qu'il voulait délivrer, et le décidèrent à temporiser. Ce fut alors que, pour prévenir de nouveaux rapts, il exigea que les colons de Bouéni quittassent la baie de ce ùom et vinssent se fixer au nord du lieu qu'il habitait, afin que, placé entre eux et les ravisseurs, il pût les protéger plus efficacement. Les Antalaots' se transportèrent donc dans la baie de Ponbétok ou Bombétok, au fond de laquelle se trouvail alors la résidence royale, et sur le
coté nord de celte baie, ils fondèrent le village de Moudzangaïe ^.
Andriamahatindi avait épousé sa plus jeune sœur, surnom* niée Ratsipiranou (la bénie , Taspergée) ^, et il en eut six filles : la première, nommée Tsafantouki (Findépendante, la toutepuissante), par allusion à sa naissance de fils et fille de roi qui la mettait au-dessus de tout autre membre de la famille royale, fut appelée, après sa mort, Andriamamoulak*-Ârivou ; la seconde, eut pour nom posthume Andriamamounzi-Arivou; la troisième, celui d'Audriamagnin*-Arivou; la quatrième, s'appelait Tomboula; la cinquième, Mahou; la sixième, Ndiaka, et, après sa mort , Andriamagnésouki-Arivou.
11 avait euaussi d'une femme hôva, fort jolie> un fils qui était lui-même doué de tant d avantages physiques, qu'on le nomma Raisitéra (Tincomparable, celui qui n'a pasd'é^l.)
Andriamahatindi-Arivou aurait, d'après la tradition, régné 3o atis^. 11 mourut à Marouvouaî , et fut enterré à Mahabou , au sommet d'une colline située à quelques milles dans le Sud, et sur l'autre rive du Bétsibouka.
Ce n'était pas seulement à l'égard des bâtards de son père que ce roi avait montré de la jalousie et de la méfiance : onîbrageux à l'excès en tout ce qui concernait son autorité, il aurait voulu se débarrasser même de ses propres frères, et, dès son arrivée au pouvoir, il avait envoyé le cadet dans le Nord, avec uae armée, pour qu'il s'y créât un établissement en dehors du royaume. Une partie du pays d'Androunah était d^à tributaire duroideBouéni, mais ses habitants avaient conservé leur nationalité et leurs chefs. Le prince sakalave , dont le nom posthume est Andrianéhéven-Arivou, devait, d'après les intentions de son aine, se faire reconnaître souverain de ce pays et résider ensuite à Ankara.
Or, quelques années après l'invasion du Nord par les Sakalavcs, sous la conduite d'Andriamandissou, événement qui avait
' Voir, à rap[)endice , la note K , oà nous discutons les assertions de M. Noè\ quant à Tépoque et à la cause de la fondation de Moudzangaïe et de Bombétok.
* Quoique de semblables mariages fussent prévus et autorisés par la loi sakalave, on fit précéder celui-ci d'une cérémonie qui consistait k asperger la femme, en récitant des prières pour appeler sur elle le bonheur et la fiécondité, comme si Ton eût craint qu une union aussi insolite n attirât sur Ica nouveaux époux la colère de TÉtre suprême.
^ Voir dans Tappcndicc la note L sur la «hronolngic des rois salalaves.
mis eu question l'autorité des chefs d*Ândrounah, Fun d*eux, Andriamihimpiègne , voulant se prémunir contre .de nouvelles exigences du roi sakalave , avait quitté sa résidence de Marangbatou , situé au centre du pays, pour aller s'établir dans le Nord d* Ankara. Là te trouvait en effet un lieu naturellement fortifié, qu'une enceinte de roches très-élevées rendait presque inaccessible , et où le chef devait trouver un refuge assuré au cas où le conquérant menacerait de nouveau son indépendance. A Andriamihimpiègne avait succédé Andriantsiroutsou, et c'était lui qui commandait à Ankara quand Andrianéhéven y arrivai
On raconte que le prince sakalave fit le trajet par nier jusqu'à Nossi-Bé avec une partie de son monde, porté sur des pirogues et des bateaux antalaots'; le reste de l'expédition suivait par terre.
On avait embarqué sur la flottille deux pièces de canon, qui furent d'abord déposées à la pointe S.-E, de ladite lie, et c'est, assnre-t-on, de ce fait que le nom de Tafoundrou (canon) est resté à cette pointe. L'un de ces canons fut ensuite transporté à Sambéranou à la partie Est de la baie dePassandava, où était placé le camp des Sakalaves; les indigènes prétendent que cette pièce s'y trouve encore.
A l'arrivée de l'armée sakalave sur le territoire d'Androunah« les chefs de l'intérieur déclarèrent être soumis à Andrianéhéven, et ne pas s'opposer à ce qu'il s'établit dans le pays. Il n'y eut pas non plus d'obstacle sérieux élevé par la population d'AnîbongouIé; mais Andriantsiroutsou s'était enfermé avec ses gens dans la forteresse d'Ankara , et avait refusé de reconnidtre la souveraineté du prince sakalave. Quoique bloqué dans cette retraite, le chef antankare aurait pu s'y maintenir bien longtemps, en dépit de tous les efforts de son adversaire; car l'escalade des rochers à pic qui en formaient l'enceinte était impossible, et l'entrée souterraine de celle-ci, tellement étroite et hérissée de difficultés, que deux hommes auraient suffi à la garder contre toute une armée ; mais la défection s'étant mise parmi ses gens, il se vit peu à peu abandonné par eux. Craignant alors d'être trahi et surpris dans son asile , il se décida à en sortir, et s'enfuit chez les Antsianaks.
^ Voir, i Tappendice, )a note M tendant à jufitifi«>r cette as.^ertion» d signalant piusieurs erreurs commises au sujet d* Ankara.
AiidriaDéhéven régna à Ankara tanl que vécut Audriamabatiodi. A la mort de celui-ci, qui ne laissait pas d'héritier légitime, il devait lui succéder; mais un frère cadet, dont le nom posthume estAndrianahiditsi-Arivou, proûlantde Téloignement d*Andrianéhéven , voulut se faire nommer roi de Bouéni , et fut en effet reconnu comme tel par une partie de la population. Ancirianéhéven , en ayant été informé, et ne votdant pas renoncer à ses droits, envoya vers son frère, pour l'engager à déposer Tautorité et le titre qu'il avait usurpés, lui offrant en dédommagement le gouvernement d'Ankara.
Andrianahiditsi entra en pourparlers, afin de gagner du temps et d'affermir son autorité, puis il refusa nettement de se rendre à l'injonction d'Andrianéhéven. Celui-ci remit le gouvernement d'Ankara aux mains d'un des chefs indigènes, et, entrant avec ses guerriers sur le territoire de Bouéni, où il fut joint par tous ses partisans, il marcha contre l'usurpateur. Les deux frères se firent, dit-on, la guerre pendant 7 ans, au bout desquels Andrianahiditsi , forcé de sortir de Bouéni, se dirigea vers le Sud, dans l'intention de se retirer en Ménabé ; mais, comme il traversait le territoire des Marendrahs, petite tribu établie au Sud de la rivière Ounara, il y fut assassiné par les ordres d'Andriamahéfoui-Arivou, chef de cette tribu. Tout mécontents qu'étaient les Sakalaves de la conduite antérieure de ce prince, et malgré les maux que ses injustes prétentions leur avaient attirés, ils n'en avaient pas moins conservé pour sa personne le respect aveugle qu'ils portaient aux membres de la famille royale: ils eurent donc horreur de ce meurtre, et le nomdeMarendrah resta voué parmi eux à une telle exécration , qu'un individu- de ce cette tribu n'aurait pas impunément mis le pied sur la terre de Bouéni. Les restes d'Andrianahiditsi y furent transportés et déposés dans un tombeau distinct de celui des autres membres de la famille, en un lieu appelé Bétsiouki^. Il avait eu un fils , Andriamaroufali , qui avait épousé sa cousine Andriamamounzi-Arivou ; mais ce fils était mort dans la guerre que se firent son père et son oncle, laissant une fille du nom de Ravahini ou Vahini.
Après le départ d'Andrianéhéven, Andriautsiroutsou était
^ Bétsiouki était un grand village »iioé à environ 5 milles de la rive droite du Bëtsibouka , et à 35 milles environ de Tcmbouchure de ce fleuve.
retourné à Ankara , et avait envoyé faii^ sa soumission à son ancien adversaire , devenu roi de Bouéni. Celui-ci le réintégra dans le gouvernement d*Âokara , mais en le maintenant dans un état de vassalité à son égard et Tobligeant de. payer un tribut annuel. Il décida en même temps que le territoire compris entre les rivières Louza et Sambéranou (province d'AmbongOulé, de Tancien Etat d*Androunah] ferait dorénavant partie du royaume de Bouéni , dont lai limite nord se trouva ainsi formée par cette dernière rivière.
Andrianéhéven avait établi sa résidence à Amboroumalandi , un peu au nord de Marouvouaî ; il y mourut sans laisser d'enfants Intimes , et son corps fut inbuméà Tongaï. La fermeté de son caractère et le respect qu il avait su inspirer aux chefs voisins lui valurent, à sa mort, le nom sous lequel il nous est connu : (néhéven signifie qui est craint , respecté, redouté).
Il eut pour successeur son frère , dernier fils d'Andrianambouni-Arivou, mais le nouveau roi mourut après un an de règne au plus : il fut pour cette raison nommé Andrianihotsi- Arivou (nt/iotfi, quiagoùté). Ses restes furent déposés à Mahabou.
Un fils de Tsaiantouki, petit-fils d'Andriamafaatindi, lui succéda. Ratsitéra, son oncle, voulut élever des prétentions au pouvoir, mais il ne tenait à la famille royale que par son père, et les Sakalaves préférèrent le neveu, comme étant issu de race royale par les femmes. Celui-ci, une fois élu, fit tuer son compétiteur : un grand chef, du nom de Tchiassouki, ayant osé lui adresser des remontrances sur cet acte de cruauté, paya de sa tête sa généreuse audace. Le gouvernement despotique de ce prince et le caractère inflexible dont il était doué assurèrent , pendant tout son règne, Tobéissancela plus absolue à ses volontés. Il fut pour cette raison nofumé, après sa mort, Andrianiké>n*-Arivou [niké, Tobéi, qui est obéi). Il vécut à Miadziki, et y mourut sans laisser d'héritier légitime.
Un fils de la troisième fille d*Andriamahatindi et cousin d'Andrianiké-n'-Arivou lui succéda. Son règne fut court et paisible. Le naturel doux et bienveillant de ce prince le fit beaucoup aimer de ses sujets. Il était ordinairement suivi , lorsqu'il se montrait en public , d'une foule de solliciteurs qu'il écoutait avec bonté , et auxquels il faisait toujours quelques concessions; ce qui le fit nommer, après sa mort , Andriamangarak'-Arivou
[mangaraka, qui concède). 11 résidait à Tsianalika, sur la rive droite du Bétsibouka. 11 avait épousé sa cousine Ravahini , et en eut une fille, nommée Kadzi. Il fui inhumé à Mahabou.
Andriamangarak^-Arivou eut pour successeur son frère. Celuici était doué d'un caractère élevé et d'une aptitude à gouverner qui rendit son administration remarquable. Il s'appliqua à rétablir Tordre dans ses États , et y fit régner la paix et l'équité bien plutôt par des mesures sages et préventives que par la rigueur et les châtiments, si souvent employés par ses prédécesseurs. Il épousa sa belle-sœur Ravahini, mais n'en eut pas d'enfiint. Son règne parait n'avoir eu qu'une courte durée, pendant laquelle il vécut à Mahamanghisti , non loin de Marou vouai. Il fut nommé après sa mort Andriaraandahats'-Ârivou ( mandàhasti, 'qui met de l'ordre, l'organisateur) ^
Andriamandahts'-Arivou était le dernier descendant mâle des Voulamènes. A sa mort, la loi suivie jusque-là pour la succession au trône dut être forcément modifiée : il fellait ou appeler une femme à régner, ou nommer pour roi un descendant plus ou moins éloigné de la race privilégiée. Mais , par suite^d'une excessive liberté de mœurs chez les Sakalaves, la paternité étant toujours chez eux chose fort incertaine, ils s'exposaient , en prenant le dernier parti , à être gouvernés par un individu complètement étranger à la famille royale. Ils préférèrent donc admettre les femmes de cette famille à l'exercice du pouvoir souverain.
La mère des deux rois précédents, troisième fille d'Andriamahatindi et de Ratsipiranou, fut la première femme qui régna sur les Sakalaves de Bouéni. La sage administration de son prédécesseur lui avait préparé un règne facile et paisible. Elle entretint des relations amicales avec tous ses voisins , et mourut à Ambalavondhou , où elle avait vécu. Elle fut alors nommée Andriamagnin'-Arivou, magninà (qui est sociable, prévenante, pacifique).
Tomboula , quatrième fille d'Andriamahatindi , succéda à sa sœur; mais sa mauvaise santé ne lui permit pas de garder le pouvoir, et, après avoir régné quelques mois seulement, elle abdiqua en faveur de sa nièce Ravahini. On la surnomma, pour cette raison, Andriamihavoutsi-Arivou [mihavoaUi, qui s'ôte, se déplace).
^ Voir, à lappeadicc, la note N , teodant à établir la date probable de Tavénemént de ce prince et de la n.ort de son prédécesseur.
Ravahini, après avoir été femme de deux rois, fut donc appelée à exercer le pouvoir en son propre nom. Pendant ces deux phases de sa vie, elle avait pu se faire de nombreux partisans . ce qui facilita sans doute son avènement. Au reste , sa naissance lui donnait plus de droits qu'à tout autre prétendant, car elle était , par sa mère comme par son père , arrière- petite-fille d*Andrianambouni-Arivou et d*Andriamanouhi-Arivou. Toutes ces circonstances ne laissaient pas Andriamihavoutsi entièrement libre dans le choix de son successeur : aussi suffisent-elles à expliquer comment cette reine fut conduite à désigner, pour lui succéder, sa nièce plutôt que son petit-fils Maka.
Ravahini, jeune encore, avait épousé un chef ampandzaka « nommé Ravouri , qui Favait rendue mère de deux enfants : un garçon, nomméOuza,et une fille, nommée Saï. Andriamangarak'- Arivou, devenu roi, avait fait rompre ce mariage, sous prétexte qu'il était contraire à la loi d*Andriandahéfoutsi , et il avait épousé Ravahini; puis, à la mort de ce 1*01, elle dut encore se marier à son successeur, mais n en eut pas d enfants. Enfin, lorsqu'elle devint veuve de ce dernier, elle s'unit à un autre chef, Rahalatsi, et, de ce qui^trième mariage, naquit une fille, qui fut appelée Taratsi. Ravahini fut, dit-on, la première femme voulamène qui dérogea à la loi d'Andriandahéfoutsi , en s'alliant à des chefs qui n'étaient pas de sang royal.
Le changement apporté à la loi de succession lors de la mort d'Andriamandahats'-Arivou avait éveillé en plusieurs chefs , vassaux ou tributaires du royaume de Bouéni , des idées d'ambition et des velléités d'indépendance ^. Quelques manifestations furent fûtes dans ce sens dès les premières années du règne de Ravahini. Les chefs d'Ambongou voulurent se soustraire à son autorité : Ne tenant aucun compte de ses ordres , ils se livraient à toute sorte d'exactions et de violences sur les Antalaots' et lés Sakalaves que des a&ires appelaient dans l'Ambongou ou qui traversaient ce pays; ils furentméme assez hardis pourallerenleverdes esclaveset des troupeaux sur le territoire deBouéni; enfin ils donnèrent asile à un chef sakalave révolté contre sa souveraine , et qui avait dérobé et emporté avec lui les reliques des anciens rois ^. Ravahini
^ Voir, à l'appendice, la noie O, daoB laquelle se trouve justifiée cette donnée de la tradition.
' Ces rdiqaes consistaient en certaines parties du corps d'Andriamandissou-ArivoQ et d*Andriamabatindi-Arivou , telles que les ongles, les cheveux et
lit marcher contre eux son fils Ouza , qui envahit la province d'Ambongou , en chassa les chefs rebelles , et les força de chercher un refuge dans le Ménabé. Le roi Miakala , qui gouvernait ce pays, intervint en leur faveur, et obtint de sa parente Ravahini qu'elle leur permettrait de rentrer dans leurs possessions. Alors , deux des chefs vaincus , Tsitouloura et Andrianiîvoua, allèrent demander grâce à la reine de Bouéni, et la reconnaître de nouveau comme suzeraine. Tsitouloura commandait la tribu des Tsitampikis , et Andriantivoua celle des Mivavis ^.
A répoque où ces événements se passaient dans les pays sakaiaves , le dief hôva lambouasalama , connu ensuite sous le nom d'Andrianampouin'-Imerne , s'efforçait de réunir sous son autorité les divers districts de la province dlmcrne. Ce prince rusé et ambitieux sut , par des démonstrations de déférence envers Ravahini, et des relations de bonne intelligence adroitement entretenues avec elle , capter son amitié et l'intéresser au dëve> loppement de sa puissance naissante ^. Ravahini lui envoya en effet des troupes pour l'aider dans la lutte qu'il avait «ngagée contre* ses voisins , et à l'issue de laquelle , non-seulement les districts d'Imerne, mais encore les provinces d'Imamo et de Vomzongo furent placés sous son autorité. D'autres disent que l'envoi de troupes ordonné par Ravahini avait eu pour but de faire rentrer dans le devoir le. chef dlmanio , qui refusait de lui payer le tribut accoutumé.
Aïidrianampouine témoigna toujours un grand respect pour Ravahini ; on cite à l'appui de cette assertion les faits suivants :
La sœur de ce chef avait entretenu avec la reine des relations affectueuses, et toutes deux se donnaient le titre de sœur; à sa mort, la princesse hôva ayant institué Ravahini son héritière,
les dents, le tout précieusement conservé. La posséMÎon de ces reliques est, aux yeux des Sakalaves, comme la consécration de la royauté,. et le roi régnant doit en être dépositaire pour pouvoir rallier à lui toute la population.
^ 11 n*est pas fait mention que le chef des Antimarabs ait pris part à cette démarche; peut-être est-ce à la suite de fintervention de Miakala que le pays de Marah cessa d'être compris dans les dépendances du Bouéni pour faire partie de celles du Ménal>é.
La guerre dont il vient d'être parlé est mentionnée par Dumaine ( Annales de Maïtehran, tome ÎI , page 31 ], et , d'après ce qu'en dit ce voyageur,- elle dut avoir lieu dans le courant de Tannée 1793.
* Voir, à l'appendice, la note P, au sujet de l'opinion de Dumaine sur les rapports existant entre Ravahini et Andrianampouine.
Andrianauipouine, fidèle aux intentions de sa sœur, fit remettre tous les esdaves et Targent de celle-ci à sa légataire. Lorsque la reine sakalave elle-même mourut, il envoya à Bouéni une forte somme d'argent et des étoffes destinées à être, selon Tusage, déposées dans le tombeau de la princesse défunte, quatre cents bœafs pour être sacrifiés à ses funérailles , et un personnel de douze cents individus pour y assister. Ce fut le dernier acte de vassalité auquel les chefs hôvas se soumirent vis-à-vis des rois de Bouéni ^. •
Ce fut durant le règne de Ravahini que commencèrent les expéditions maritimes faites par les Malgaches contre les Comorres et jusqua la cote d'Afrique. Elles ne furent pas, il est >Tai, ordonnées par elle ; mais ses sujets y prenaient part, aussi bien que les habitants de TEst, et c'était d'un des points de la côte sakalave, Karakadzouro ou Nossi-Bé, que ces expéditions se dirigeaient vers les malheureuses ilcs qu'elles allaient dévaster.
Sous l'autoriîé bienveillante et ferme de cette reine, la ville et le commerce de Moudzangaîe priren t un grand accroissement. Dans ce port abondaient alors , chaque année , un très-grand nombre de daws arabes qui y venaient échanger, contre les produits et les esclaves de Madagascar, les marchandises de l'Arabie, de la côte orientale d'Afrique et des Comorres. Deux grands bateaux de Surate y faisaient annuellement un voyage de mousson, chargés d^étoffes de leurs pays et de Cutch. Enfin des n^iors européens y touchaient fréquemment pour s'y approvisionner et ravitailler, alors même qulls ne devaient prendre leur cargaison d'esclaves qu'à la cote d'Afrique.
LfCs mouvements nécessités par les relations commerciales de Moudzangaîe étaient effectués par les Antalaots'. Avec leurs nombreux bateaux, ils parcouraient la côte et remontaient les rivières, déposant en chaque lieu les marchandises étrangères appropriées à sa consommation, et se chargeant, pour les transporter à Moudzangaîe^ de celles destinées au commerce extérieur; d'autres, à l'aide d'un colportage toujours actif, se livraient aux mêmes spéculations à l'intérieur, où ils circu-
' D après la tradition , les Hôvas étaient tributaires du roi des Sakalaves de Bouéni depuis le règue d^Andriamandissou-Arivou. Mais nous n*avons pu obtenir de renseignements positifs ni sur Pexistence de ce lien de vassalité, ni sur les événements à la suite desquels il avait été établi, soit dès lors, soit postérieurement à ce règne.
Doc sDA Mapao. 3
laient librement ei saos autre obligation que celle de faire quelques cadeaux aux chefs des pays dans lesquels ils trafiquaient.
Le gouvernement de la colonie était exercé par un chef antalaots\ nommé par le souverain de Bouéni, ou qui, du moins, recevait de lui Tinvestiture. Le gouverneur avait soqs te» ordres trois autres chefs qui se partageaient la direction det affaires intérieures de la cité. Youmah-ben-Hassan, qui commandait à Moudzangaîe quand Ravabini arriva au pouvoir, mkOttmt pendant ce règne, et fut remplacé par son consin Âbdallah-ben- Massico. Youmah-ben-Hassan avait lui-même, comme nous l'avons déjà dit, succédé à son père Hassan-ben-Youmah, ex-gouverneur des Antaiaots* de Bouéni, et premier gouverneur de Moudzangaîe.
La colonie avait ses couleurs particulières : un pavillon mipartie rouge et blanc ( le rouge , inférieur) était cdui de la marine; un autre, aux trois couleurs, rouge, blanc et noir, flottait sur la ville. Enfin des pavillons de chacune de ces cooleurs, avec une devise ou un nom au milieu , étaient aussi arborés sur le» boutres antaiaots*.
Les navires ou bateaux étrangers qui séjournaient à Moudzangaîe payaient un droit dancrage dont le diifire était fixé pour chacun à lo, ao ou 3o piastres, selon qu'il avait un, deux ou trois mâts. Aucun droit n'était exigé des commerçants à tetttrée ou à la sortie des marchandises; mais ils Élisaient un cadeau au roi de Bouéni et aux principaux che&.
Les prédécesseurs de Ravabini, se rappelant la difficulté qu'avait eue Andriamandissou-Arivou à s'emparer de l'ile de Bouéni, et les tentatives faites par le chef Faki, avaient toujom^ défendu aux Antaiaots' de construire des maisons en pierres , craignant que ceux-ci n'y trouvassent le moyen de fortifier la ville et de se dérober ainsi à leur autorité : Ravahini autorisa ces constructions. Cette concession montre quel dogré d'influence avaient acquis , sous ce r^ne , les chefs antaiaots' ; mais ils la durent surtout à la puissante amitié d'Ouza, le fils aine de la reine, qui avait été élevé par eux dans la religion mahométane, et qui leur était ainsi tout dévoué: ce prince parlait et écrivait l'arabe, ou plutôt le dialecte employé par les colons arabes étaUis^ en Bouéni.
Quelques années avant de mourir, Ravahini, qui était d'un âge fort avancé, avait fait reconnaître Ouza comme son succès-
seur; niab il mourut avant sa mère, et celle-ci, voulant alors assurer le pouvoir à son petit-fils , Tsimaloume , abdiqua en sa faveur au moment même où les Sakalaves étaient assemblés pour les funérailles d*Ouza.
Ravahini mourut à Méréna , après avoir vécu près d*un siècle et régné, d'après la tradition « pendant qqarante-deux ans^ Dou^ d'un caractère bienveillant et généreux, elle fut adorée des Sakalaves , qui la nommèrent à sa mort Ândriamamélouni* AmoQ (mamelonni, nourrir, faire vivre, être généreux). Sa mémoire est restée , parmi eux , entourée d une vénération d'autant (dos profonde qu'à son règne se rattachent les souvenirs les plus vivants de leur grandeur passée ^.
En eflEst, après le règne de Ravahini , la puissance des Sakalaves de Bonéni ne fit plus que décroître. Sa mort fut comme le signal de leur déchéance, le premier de ces nombreux revers qu'ils eurent à essuyer depuis, et qui anéantirent Tœuvre glorieuse d'Andriamandissou en moins de temps encore que ce cooquégrant n'en avait mis à l'accomplir.
Nous allons raconter les événements qui signalèrent les diverses phases de cette décadence; mais, pour en mieux faire comprendre les causes, il convient que nous établissions d'abord, en termes généraux et d'une manière succincte, quelle était, à la mort de Ravahini, la situation politique des peuplades placées en contact immédiat avec celles qui font l'objet de notre travail.
A partir de cette époque aussi, les faits accomplis dans la partie ouest de Madagascar, se rattachant davantage à ceux qui se passaient dans les autres parties de l'ile plus fréquentée» par les Européens , l'histoire sakalave, jusque-là voilée, ou du moins obscurcie par toutes les incertitudes d'une tradition orale, s'éclaire à la lumière de nombreux synchronismes ; nous pouvons donc maintenant laisser le langage et les vagues données de la tradition , et présenter notre récit sous une forme mieux ordonnée et plus historique. C'est ce que nous allons essayer de faire dans les chapitres suivants.
^ Voir, à rappendice , la note Q, au sujet de la durée probable du règne de Bavahini.
' Voir, à Tappendice, la note R, où nous discutons une opinion émise sur U surnom donné à Ravahini.