‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de la partie occidentale de MadagascarChapitre 3 sur 49 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PRiiciS DBS ÉVÉNEMENTS QUI PRÉPARÈRENT LA DÉCADENCE

DES SAKILAVES.

Coup dœil rétrospectif. — Gouvernement et constitution territoriale des Saka. laves. — Situation des Sakaiaves de Bouéni à l'avènement de Tsimaloume- — Les Hôvas. — Leur première agression contre le Bouéni. — Nouvelle tentative des AntanLares pour secouer le joug des Sakaiaves. — Guerre civile dans le pays de Bouéni. — Radama , roi des Hôvas. — Intervention anglaise dans les affaires de Madagascar.

Avant de poursuivre, retraçons succinctement la marche du développement de la puissance des Sakaiaves, et signalons les circonstances et les faits sous Tinfluence desquels se sont établis le gouvernement et la constitution politique de ce peuple.

En remontant à son origine, à l'aide des traditions locales, nous avons vu d abord la petite peuplade qui en fut le principe, poussée par un instinct de conquête , se ruer sur ses voisins, et, après s'être établie en Ménabé sous Tautorité de son chef Andriandahéfoutsi,y faire une halte de quelques années, pendant lesquelles elle travaille à s'affermir sur ce territoire et à jeter les fondements de sa grandeur future : tel le fleuve naissant, échappé en bouillonnant de sa source, s'arrête à la première digue naturelle qu'il rencontre, comme pour augmenter la masse de ses eaux et reprendre alors son cours avec plus d'impétuosité et d'irrésistible puissance !

Bientôt, en effet, la tendance envahissante de la race sakalave se manifeste avec une énergie proportionnée aux nouveaux moyens d'action qu'elle a acquis : la tribu partie des bords de la àSakalave s'est assimilée les tribus vaincues, et forme déjà une nombreuse population; puis, l'emploi des armes à feu, introduites en Ménabé par les Européens, favorise encore ses inslinctsguerriers etl'ambition des successeursd'Andrîandahéfoutsî. Le despotisme inquiet et les préoccupations paternelles de l'un d'eux forcent l'autre à sortir du pays, et sur les pas de ce prince, avide lui-même de pouvoir, se précipitent, comme naguère à la suite de son père, des hordes ardentes à la lutte et à la conquête. Dans leur marche victorieuse et rapide, elles font reconnaître l'autorité de leur chef dans tous les pays de l'Ouest et du N. O. de Tile; les populations soumises, se groupant autour d'elles, reçoivent le nom de leurs vainqueurs.

Dès ce moment, cesl le peuple sakalave qui occupe toute la partie occidentale de File ; mais il y forme deux nations distinctes, et chacune d'elles, suivant le mouvement qui lui est propre, poursuit sa vie politique à travers une série d'événements dont nous avons donné, à grands traits, Tesquisse.

Dans la première phase d'expansion et d'activité conquérante, le pouvoir est exercé sans partage par le chef qui a donné Timpulsion, et à la suite duquel la population a été entraînée; le prestige attaché à l'origine privilégiée d'Àndriandahéfoutsi ne permet à aucun autre de lui disputer l'autorité; les succès lui en rendent encore l'exercice plus facile, et, à la faveur de ces circonstances, tous les éléments d'une monarchie absolue s'introduisent dans le gouvernement de la peuplade. L'hérédité étant une conséquence naturelle de la possession absolue, l'autorité du roi sakalave est héréditaire; puis, comme par suite de la loi qui prescrit aux membres de la famille voulamène de ne s'allier qu'en treux , la supériorité originelle du chef se perpétue dans sa descendance, la préférence du peuple est assurée à celui qui en est le représentant le plus direct. En Bouéni , les mêmes causes ont dû avoir les mêmes effets, et le gouvernement y a été, comme en Ménabé, monarchique et héréditaire.

La guerre et la conquête , par lesquelles le peuple sakalave s'est trouvé formé, ont eu les résultats qu'elles engendrèrent d^abord sur tous les points du globe : les chefs vainqueurs se sont partagé les terres conquises, sous le bon plaisir du souverain, et ont formé, avec ceux des anciens chefs du pays qui ont conservé leurs privilèges territoriaux, la caste des nobles, Âmpandzakas et Ânakandrians ((ils de seigneur) ; ce sont les grands vassaux de la couronne et les seigneurs de Gef dominant. Autour de chacun de ceux-ci se sont groupés les hommes libres, vain*queurs et vaincus, en nombre d'autant plus considérable pour chacun , que son patronage pouvait être plus efficace pour ses clients : ces hommes libres ont formé la classe des vassaux sous le nom d'Anakombé. Enfin les dernières classes des vaincus ont été attachées à la glèbe sous le nom d'Ampouria ou d'Andévou.

Le droit de propriété sur toutes les terres réside exclusive^ ment et tout entier dans la personne du souverain, qui peut les concéder ou les retirer à son gré aux Ampandzakas et Anakandrians : de là résultent, pour lui, les droits de dime et de corvée qu'il juge convenable d'établir. Chacun de ces grands vasr

Baux a partagé la portion de territoire qui lui est échue entre les (aniilles libres j^cées sous son patronage, et qui eoknposoit la population dun ou de plusieurs villages; alors les liabitants du même village exploitent en commua le terrain qui leur est alloué, et chaque famille prend part à la récolte en proportion du nombre de travailleurs qu'elle a fournis.

Tel est d*abord Tétat de choses dans les deux royaumes sdkalaves : monarchie absolue pour le gouvernement, féodalité pour la constitution politique et territoriale. Plus tard , ia foime do gouvernement a dà se ressentir des circonstances nouvelles an milieu ou à la suite desquelles il s'est exercé : quand Tamlntion et les rivalités des membres de la famille voulamène ont mis la division entre les che& et dans la population , comme après la mort d'Andriamahatindi en Bouéni, comme à Tavénement de Mîakala en Ménabé; quand , dans le premier des deux royaumes, l'extinction des descendants mâles de la race privilégiée a ré« clamé une modification dans la loi de succession , les grands, appelés à intervenir, ont pris une plus grande part dans le gouvernement, le peuple s'est arrogé le droit d'élire les rois; l'autorité royale est dès lors tempérée par des institutions oligarchiques et démocratiques , et le pouvoir despotique des souverains sakalaves n'est plus qu'un fait temporaire ràultant de l'énergie et de la capacité personnelle du roi régnant

Ces qualités semblent avoir été possédées par les deux derniers Voulamènes mentionnés dans notre récit comme exerçant le pouvoir en Ménabé et en Bouéni : sons l'autorité de Miakaia et de Ravahini, en efiTet, la grandeur des Sakalaves est encore à son apogée; mais, à partir de ce moment» nous voyons s'annoncer les symptômes de leur décadence. Déjà cette race conquérante n'est plus seule sur la scène p<ditique, et, tandis que des troubles intérieurs et les fautes de ses chefs préludent à sa chute , près d'elle grandit un peuple jdein de jeunesse et de force , puissance nouvelle dont Ravahini avait , par une fatale imprévoyance, iavorisé le développement, et qui devait, quelques années après , dépouiller les représentants des deux dynasties voulamènes, en soumettant leurs royaumes à son autorité. Mais continuons d'exposer les tàiis dans l'ordre selon lequel ils s'accomplirent.

Vers la fin du règnede Ravahini, les Sakalaves du Nord avaient enrore pour tributaires toutes les peuplades dont les territoires

oiMifioaient au royaume de Bouéni, c est-à-dire les Hôvas, les Aniaokares et les Antsianaks. Après avoir, par leur alliance avec Bényowski, échappé pendant quelque temps à cette dépendance, les chefs d'Ankara et de Sianaka, laissés ensuite à leurs seules forces, s'étaient vus contraints de reconnaître de nouveau la suzeraineté de la reine. De son côté, le roi des Hovas, Andrianampouine, qui avait déjà soumis à son pouvoir toute la population des diverses provinces dlmerne, et travaillait alors à reculer les limites de ses possessions, se résignait d'autant plus facilement à payer le tribut, qu'il en trouvait une lai^e compensation dans Tappui que sa suzeraine prétait à ses projets d'agrandissement. Enfin, les chefs d'Ambongou , rudement châtiés lors de leurs tentatives de révolte, étaient rentrés sous le joug, respectueux et soumis. Ainsi, pour un moment encore, la ferno^ de Ravahini , jointe à la vénération qu'inspiraient son grand âge et la générosité de son caractère, avait imposé un frein à toutes les ambitions, et tenait comme en suspens tous les ferments de dissolution qui s'étaient agités autour d'elle.

Mais l'édifice de la puissance sakalave était réellement ébranlé. La supériorité militaire qui l'avait élevé avait perdu de son prestige ; car l'issue de la lutte, si imprudemment engagée par l'un des derniers rots contre Bényowski et ses alliés , avait appris à ceux-ci que leurs oppresseurs pouvaient être vaincus. Au nom et à l'existence de la grande reine, s'étaient rattachés pour un oioment encore les àéments de cette puissance, mais il était aisé de prévoir qu'après la mort de Ravahini les prétentions comprimées se reproduiraient avec plus de force , et que tous les chefs, impatients du joug, saisiraient pour le briser la première occasion qui leur offrirait quelques chances de réussite.

En effet , à peine arrivé au pouvoir, Tsimaloume, successeur de Ravahini , eut à lutter presqu'en même temps contre les Hôvas et les Antankares. Mais Andriamamélouni-Arivou couvrait de sa grande ombre la fortune de son petit-fils, et le génie des Voulamènes semblait planer encore indécis sur ce douteux rejeton^ de leur noble souche. Les Antankares avaient d'ailleurs, dans cette nouvelle protestation, plus consulté leurs désirs de liberté que leurs forces ; et quanta l'agression des Hôvas, elle ne s'inspirait pas encore de celte politique ambitieuse et absorbante qui signala

* I^ mire de Tsimaloume n'était pas VouUm^nr.

plus tard leurs luttes successives avec toutes les peuplades de Tile : C'était toujours la barbarie aux prises avec la barbarie, et, dans ce conflit, les Sakalaves devaient conserver Tavantage que leur donnaient le nombre et la bravoure.

Disons de suite ce quêtaient ces Hôvas, dont le nom et les actes seront désormais constamment mêlés aux événements que nous avons à raconter.

« Nous sommes une race étrangère, » disent les Hôvas; « nos pères sont venus du S. E. sous la conduite d*an chef vaillant et sage, Tancêtre de notre roi Radama. Le peuple qui possédait les terres où nous sommes, fut en partie subjugué, en partie détruit »

Est-ce dans un but de conquête, ou poussés par la nécessité de trouver un refuge contre les mauvais traitements des indigènes du littoral, que les ancêtres des Hôvas furent conduits à s'établir dans le pays que ceux-ci occupent aujourd'hui , et qu'ils occupaient déjà, depuis bien longtemps sans doute, lorsque

leur existence fut connue des Européens ? Une discussion

sur ce point nous entraînerait hors des limites que nous nous sommes posées. Disons seulement qu'à en juger par l'aspect peu attrayant de cette partie de l'ile, et les difficultés qu'on trouvait à s'y établir, la seconde hypothèse nous paraîtrait la plus rationnelle.

D'après la description qu'en faisaient, au commencement du siècle dernier, les habitants du pays eux-mêmes, « on y respirait un air malsain; les vallées, brumeuses et marécageuses, .n'étaient ni très-salubres pour le bétail , ni propres à être habitées; les montagnes y étaient si rocailleuses qu'on y trouvait àpeine assez de terre pour asseoir des cases ^. >

Mais les émigrants possédaient une intelligence et des connaissances bien supérieures à celles des indigènes, et, à force de persévérance et d'énergie, ils triomphèrent de tous ces obstacles.

* Voir Drury's Journal, page 403. — Flacourt doDoe une descriptioa toute différente de cette partie de Tile, qui! appelle le pays des Vohitsangombes, description qui serait évidemment erronée, si Ton devait TappHquer seule* meotau pays actuel d'Ànkôva et surtout à la province d*lmeme; mais, par les limites qui! assigne au territoire qu'occupaient, selon lui, les Vohitsangombes, on voit qu'il y comprenait les provinces deTOuest, dont les productiona particulières justifient ce qu'il disait de l'ensemble. D'ailleurs, au temps de Flacourt, on n avait que des notions vagues et très-incertaines sur le centre et tonte la partie occidentale de l'île.

Ne pouvant élre ni pasteurs ni agriculteurs, ils s*étaient adonnés aux industries propres à utiliser les productions naturelles du sol, riche en minerais de divers métaux; ils avaient cultivé le coton, recueilli la riche enveloppe des vers à soie, très-communs dans toutes les parties de Tile; et, de ces matières, fabriqué des tissus dont ils trafiquaient avec les peuplades qui pouvaient leur oiTrir des échanges à leur convenance.

Vers 1716, époque à laquelle se rapporte le récit de Drury, le pays des Hôvas, désignés alors sous le nom d*Àmboualambou ^ était divisé en deux royaumes, gouvernés par deux frères. Dès ce temps-là, leurs chefs, moins puissants que le roi de Ménabé, étaient devenus tributaires de ce souverain. L'introduction des armes à feu chez les peuplades du littoral, en leur apportant de nouveaux et plus énergiques moyens de guerre, leur avait donné une incontestable supériorité sur celles de l'intérieur ; et les Hô« vas, pour qui cet avantage n'existait pas, et qui dépendaient en outre des Sakalaves pour leurs subsistances, avaient du accepter les conditions qui leur étaient imposées par ceux-ci. « Us faisaient bien un peu de commerce avec Matatana et Àntanossé, mais ce commerce n'était pas suiEsant pour les approvisionner en armes et en munitions ^. »

Par suite du système de concession dont leur situation géographique et économique leur fit d'abord une loi , les Hôvas vécurent en paix avec leurs voisins, et, par ce fait, la population prit chez eux un développement d'autant plus grand qu'il était encore favorisée par le bien-être, résultat de leur industrie et de leur commerce. Aussi , lorsque la traite fut organisée à la

^ Amboaalamhott est le nom d'une espèce de chien qai chasse les cochons sauvages et qai , par suite de celte habitude , a presque toujours les oreilles déchirées. Il aurait, dit-on, été donné aux Hôvas à cause' de leurs oreilles longues et souvent en lambeaux, accident qui est chez eux le résultat d*un usage que nous allons décrire. Comme la plupart des insulaires de TOcéanie, les Hôvas, dans leur enfance, se percent le lobule de Toreille, et, pour entretenir et développer l'ouverture qu ils ont faite, ils y introduisent un corps cylindrique de plus en plus volumineux, auquel ils substituent définitivement QB anneau de 6 à 8 centimètres de diamètre, muni sur son bord extérieur d'une cannelure où s'engage le lobule. Or, celui-ci s'amincit tellement par reflet de la dilatation démesurée de son ouverture, qu'il se rompt souvent et forme alors deux lambeaux pendants, assez analogues aux oreilles déchirées du chien à cochons , amboalamboa. Nous reproduisons cette version sans prétendre en garantir l'exactitude.

' Drntys-Jonnal, p. 403.

o6te Est de Madagascar, c'était surtout d'Ankôva ^ que provenaient ies esdaves importés aux iles de France et de Bourbon. Dès lors, dans le but de faciliter ce trafic et d'en rendre les <^rations [dus lucratives pour eux, les traitants établirent des relations directes avec Tintérieur, et, par ce moyen, les Hôvas purent se pourvoir à souhait des armes, des munitions et des autres productions étrangères qu'ils n'avaient pu jusqu'alors obtenir que difficilement des populations du littoral. Dans leur avidité à se les procurer, il n'y eut pas de moyen si odieux qu'ils n'employassent à s'approprier Us esclaves demandés en échange. On peut lire dans Dumaine le récit des ruses et des violences auxquels ils se livraient dans ce but ; et , en voyant quels atroces sacrifices ils s'imposaient même quelquefois pour satis&ire leurs nouveaux besoins, on est conduit à penser non-seulement que ces besoins étaient bien impérieux et bien irrésistibles, mais en» core qu'un vague instinct de leurs futures destinées les poussât à acquérir à tout prix ces instruments de puissance.

Jusque vers l'année 1800, les diverses tribus hAvas avaient été gouvernées chacune par un chef particulier, et cette divi* sion de leurs forces les avait empêchées de prendre sur feurs voisins l'ascendant que devait leur donner une supériorité marquée en intelligenoe, en industrie et en richesses. A une époque bien antérieure, un certain Andriamasina-Valouna, chef de Tananarivon, avait, il est vrai, rangé sous son autorité toute la province dlmeme ; mais ses sentiments paternels le portè*rent à donner en héritage à chacun de ses en&nts une partie de ses Etats : à sa mort, la province qu'il gouvernait seul fut partagée en 5 divisions, pour le commandement desquelles il avait désigné quatre de ses fils et un de ses neveux , prédisant toutefois que l'un de ses descendants réunirait de nouveau les diverses parties dlmeme en un seul royaume. Eh bien ! que la prédiction d' Andriamasina-Valouna vint k se réaliser, qu'un chef habile et entreprenant rassemblât encore une fois en un seul faisceau tous les membres disjoints de la grande famille, et les Hôvas devenaient bientôt la plus puissante peuplade de l'ile!

C'est ce qui arriva. Un fils adoptif d'Andrianambéloumasina, chef du district d'Avaradranou , fut l'homme choisi par

* Ankova pour An Horn, là les HAvas, U pays dea Hôvas.

le destin pour accomplir cette œuvre : il se Dominait lambouasalama. 11 avait été désigné par Àndrianambelou-Masina pour succéder à son fils aine Andrianjafy , au détriment des héritiers légitimes ; et, ayant écba[^ par sa présence d'esprit à la mort que lui préparait la jalousie de ce dernier, il s*empara par surprise, avec Taide de quelques partisans, d'AmboIumanga, village principal du territoire d*Âvaradranou , puis de plusieurs autres vilk^es du même district. L'arrestation et la mise à mort d' Andrianjafy suivirent de près ces premiers succès , et lambouasalama exerça dès lors, seul et sans conteste, le gouvernement de cette partie d'Imerne. Il étendit ensuite sa domination au Sud et à l'Est , en s'emparant successivement d'Ilafy , d'Ambohidratrimo, village capitale de Marouvatana,dont le chef lui donna saso&ur en mariage, et enfin de Tananarivou, capitale de Vaknisisaouna, dont il fit le siège de son gouvernement. Ce fut alors que , par allusion à la prédiction d'Andriamasina- Valouna qui s'était accomplie par lui , il prit le nom d'Andrianampouin*-Imeme ^. C'est ce même Andrianampouine que nous avons vu s*élever à côté de Ravahini et avec l'aide de cette reine, qu'il sut intéresser à ses succès en lui rendant en soumission respectueuse tout ce qu'elle faisait avec une si imprudente générosité pour l'agrandissement de son vassal.

Après avoir reconstitué l'unité politique d'Imeme, Andriaàampouine y ajouta, par la force d^ ses armes et par d'adroites négociations, plusieurs districts voisins : Imamo et Vonisongoà rOœst, Andrantsaye au Sud, et enfin une partie de Sianaka et d'Ankaye au Nord etauN.-£.

A l'époque de la mort de Ravahini , les Hôvas formaient donc déjà un peuple nombreux, commerçant et guerrier, ayant à sa tête un homme ambitieux et hardi, mais en même temps plein de prudence et de sagacité, le chef le plus riche, le plus éclairé et le plus craint de Madagascar : tels étaient les adversaires contre lesquels les Sakalaves allaient être appelés à se mesurer. L'agression vint du côté des Hôvas, et voici quel en fut le motif apparent.

Lors des guerres faites par Andrianampouine aux chefs des divers districts qu'il voulait placer sous son autorité, plusieurs de ces che&, vaincus ou abandonnés par la plus grande partie de leurs sujets, étaient allés avec quelques fidèles cher-

* imff»;iina-iWma Mgnific l'attr ntf d'Fmfrnf , U d^5ir dimcrnc.

cher un asile sur le territoire de Bouéni, et avaient obtenu de l\avabini la permission de s*y établir, sous condition de vassalité. Là, ils avaient été rejoints par tous les mécontents et les vagabonds des pays environnants; et, comme ils s'étaient fixés dans la partie Sud de la province deMaéva-mahamaî , peu éloignée des pays conquis par Andrianampouine, ils y faisaient des incursions fréquentes pour piller et brûler les villages soumis à ce dernier. Les réfugiés provenaient principalement du district de Marouvatana et de la province dlmamo. Ceux-ci , désignés sous le nom deMagnendis, avaient pour chef Ândriandahélouza ; les autres en reconnaissaient plusieurs , parmi lesquek on cite An* drian-Amadi et Andrianpirabab.

A la suite des brigandages commis par eux dans ses possessions, le roi hôva avait demandé leur extradition à la reine de Bouéni; mais elle avait refusé de les lui livrer , disant qu'elle l'approuverait d'en agir ainsi lui-même, si des Sakalaves allaient chercher un refuge sur le territoire d'Ankôva. Andrianampouine, qui avait intérêt à la ménager, et qui était aussi ti*op prudent pour se créer deux ennemis à la fois , s'était soumis à le décision de Ravahini ; d'ailleurs, celle-ci, mettant dans sa conduite en cette circonstance autant d'impartialité que de générosité , avaitdepuis empêché les chefs magnendis de continuer leurs déprédations , et les choses en étaient restées là jusqu'à sa mort.

Mais alors, soit, comme les uns le disent, que de nouvelles, agressions de la part de ces chefs fussent venues donner au roi hôva l'occasion de reproduire, près de Tsimaloume, ses anciennes prétentions , soit que , se sentant désormais assez puissant pour braver le roi de Bouéni , il voulût rompre ces rapports de vassal à souverain qu'il avait prudemment acceptés durant le règne de Ravahini; alors, disons- nous, il demanda de nouveau que les chefs magnendis lui fussent livrés, ou qu'ils fussent du moins expulsés du territoire où ils avaient reçu asile ; et, sur le refus de Tsimaloume, il fit entrer des troupes sur le territoire sakalave. Ainsi s'ouvrit cette lutte qui devait être si fatale à la dynastie des Voulamènes de Bouéni.

A la nouvelle de cette audacieuse invasion , Tsimaloume, qui résidait à Bélengo, se rapprocha du littoral, afin d'être plus à l'abri d'une surprise , pendant que ses hommes de guerre se ralliaient pour marcher à la rencontre des Hôvas. Ceux-ci, ayant à leur tête Radama, le plus jeune filsd'Andrianampouine, avaient

pillé et brûlé plusieurs villages, en i^présailles, disaient-ils, des brigandages exercés par les Magnendis , et ils allaient se retirer, emmenanl avec eux des prisonniers et une grande quantité de bétail, lorsqu'ils furent joints par les Sakalaves. Un combat s'engagea, et rissue en fut favorable à ces derniers quireprirentpresque tout le butin fait par Fennemi : à cela se bornèrentpour le moment les hostilités entre les deux peuples.

Après cet essai de ses forces, insignifiant quant au résultat matériel obtenu , mais fort important par Teffet moral produit sur les Sakalaves , à qui il avait prouvé que les Hôvas ne craignaient plus de lutter avec eux , Ândrianampouine jugea sans doute prudent de ne pas s'engager davantage de ce côté. Il avait en ce moment à poursuivre la conquête du pays des Ântsianaks et d'Ânkaye, et, comme les habitants de ces deux provinces étaient des adversaires nombreux et vaillants, ce n'était pas trop de tous ses moyens pour triompher des difficultés de cette double entreprise.

De son côté, Tsimaloume avait d'autres soucis qui le préoccu ^ paient et enchaînaient ses mouvements. Ce fut d'abord une sédition à réprimer dans le pays d'Ankara , dont la population , comme nous l'avons déjà dit, venait de manifester de nouveau ses prétentions à l'indépendance : voici comment naquit et se termina ce premier incident.

Il est d'usage général à Madagascar que lorsqu'un souverain meurt , tous ses sujets et vassaux se rasent les cheveux en signe de deuil; Tordre de s'y conformer avait été donné à Ankara lors du décès de la reine ; mais les Antankares refusèrent d'obéir à cette injonction, voulant témoigner par là qu'ils ne se regardaient plus en aucune façon comme soumis au roi de Bouéni. Ds répondirent même aux messagers qui furent envoyés parTsimaloume pour leur faire une nouvelle sommation , qu'Ankara étant une terre distincte de Bouéni, la mort du souverain de ce pays ne pouvait les toucher, et qu'ils ne se croyaient pas obligés d'en porter le deuil.

Voyant qu'il n'aurait raison des révoltés que par les armes, Tsimaloume fit marcher contre eux, et sous le commandement de Bouana-Mari, des troupes qui envahirent Ankara. Ce pays était alors gouverné par Temboula , qui avait succédé à son père Lanibouine , mort vers 1802. Temboula s'était renfermé dans cette espère de forteresse naturelle dont nous avons fait men-

— Motion précédemment : les Sakalaves se portèrent donc sur ce point, et Ty tinrent bloqué. Après un siège de quelques mois, le chef antankare demanda la paix, qui lui fut accordée, et Ankar» continua d'être tributaire de Bouéni jusqu'au moment où l*uii et Tautre pays eurent à reconnaître un maître commun eo Radama , roi des Hôvas.

Libre du côté d'Ankara, par suite de la paii récemment conclue, Tsimaloume allait pouvoir régler le différend élevé entre lui et le chef hôvai, dont il n'avait pas oublié l'audacieuse agression, lorsque des troubles intérieurs vinrent menacer son autorité à Bouéni , et livrer ce pays à tous les maux d'une guerre civile.

Maka, déshérité du pouvoir par l'abdicatioii de sa grand'mère, Andriamihavoutsi, en faveur de Ravabini, s'était résigné à cette déchéance durant le règne de cette princesse, espérant peut-être qu'à sa mort elle le rétaUirait dans ses droits en le dé* signant pour son successeur. Le choix fait par cette reine lui prouva qu'il n'avait plus rien à attendre que de son courage et du zèle de ses partisans, et , dès l'avènement de Tsimalonmie , ri s'occupa sans doute de préparer dans le royaume une révolution en sa faveur. D vivait à Mizara, sur la rive gauche du Bétsibouka , où se trouvaient réunis les villages habités par sa fiunille et ses vassaux , désignés sous le nom de Bémazavas.

Or, peu de temps après l'expédition d'Ankara, il arriva qu^m des grands chefs qui entouraient Tsimaloume quitta le village qu'il occupait près de celui-ci, et s'en alla, suivi de fou» ses gens, s'installer à Mizara, près de Maka: il se nomnuût Andissa« Un acte de ce genre de la part d'un chef important est ordinsârement regardé chez les Sakalaves comme une preuve de mécontentement et de désaffection à l'égard de l'Ampandtaka; et la démarche d'Andissa prenait en outre, des drconsfances «tec lesquelles elle se produisait, et du sens qu'on pouvait par ^uifey attacher, un caractère beaucoup plus grave : non -seulement, en effet, elle témoignait de l'éloignement de ce chef pour le souverain, mais en se rapprochant de l'homme qui, dans Topinion d'un grand nombre de Sakalaves, était le légitime héritier des Voulamènes, Andissa semblait de plus faire un appel à toua le» mécontents, et leur indiquer par sa conduite celle qu'ils devaient tenir eux-mêmes,

Ce fut naturellement sous cet aspect qu'on fit envisagar à

Tsiuialouiiie la retraite d*Andi$sa : on n eut pas de peine à lui persuader qu*elle n avait d^autre objet qu'un complot tendant à le déposséder du pouvoir, et qu'il importait de sévir promptement contre cet homme , dont l'exemple pouvait être suivi par beaucoup d'autres chefs, et créer bientôt au prétendant un parti puissant. Comme on va le voir, ces craintes n'étaient pas dénuées de fondement.

A ne considérer que la loi établie pour l'ordre de succession ao trône, surtout avec les modifications qui y furent apportées après la mort d'Andriamandahats'-Arivou , le droit était évidemment du côté de Maka, fils de Fathéma, fille d'Andriamihavoutsi , et par conséquent descendant par les femmes d'Andrianiahatindi-Arivou : il était ce que les Sakalaves appellent Afo^n-iV/andzàka (apte à régner). Les enfants d'Ouza^, au contraire, ne tenant à la famille royale que par leur père , lien toujours trèsdouteux aux yeux des Malgaches, n'avaient point cette qualité. En choisissant l'un d'eux pour son successeur, Ravahini n'avait fait que montrer à quel point elle préférait son fils Ouza à ses autres enCeuits, car elle aurait pu concilier ses sentiments de mère avec les dispositions de la loi, en désignant Tafikandre , né de sa fille Sai, et prince mahéri. On sait que, pour assurer le pouvoir à Tsimaloume , elle l'avait fait reconnaître avant de mourir : l'autorité de la grande reine avait prévalu dans cette occasion contre la loi et les usages du pays, et le respect que ses- sujets professaient pour elle avait fait accepter cette élection, tout irrégulière qu elle fût.

Ainsi la situation était menaçante pour Tsimaloume, et il n'avait pas de temps à perdre pour aviser. La première mesure qu*il crut devoir prendre fut d'envoyer vers Maka pour l'engager à éloigner de lui Andissa et son monde. Mais, soit qu'un sentiment de générosité, parfaitement en harmonie d'ailleurs avec les usages malgaches, guidât seul Maka, soit que la démonstration faite par Andissa eût été concertée entre ce chef et lui, et qu'il voulût en poursuivre l'effet, il opposa un refus aux exigences de Tsimaloume; puis, prévoyant que ce différend amène-

*■ Ouza, fils aîné de Ravahini, avait eu quatre enfants de deui femmes différentes et qui n'étaient pas voulamènes: de i*une, nommée Fina« naquirent Tsimaloume et une fille, Ouantitsi; Tautre, dont le nom était Tsimivâti , lui donna ane fille, Anitsaka, et un fils, Tsoulouvoula , qui fut appelé ensuite Andriansoulî.

rait une guerre, quil entrait sans doute dans ses projets de faire tôt ou tard , il envoya dans les provinces du Nord ses deux fils Téféali et Tsimandrouh , pour soulever les populations en sa faveur, et s'y préparer un appui dans la lutte qui allait s'engager.

Hs y trouvèrent en effet de nombreux partisans, et gagnèrent à la cause de leur père presque toute la population du pays compris entre les rivières SouiEa et Sambéranou. En même temps Maka, s'enfuyant de Mizara, se dirigeait lui-même vers le Nord, et allait setablir à Mangaouki, lieu situé aux environs de la SoufBa, qu'il avait indiqué comme point de ralliement.

Cependant le refus de Maka avait affermi les soupçons que la conduite d'Andissa avait fait naître, et la fuite de TAmpandzaka venait presque aussitôt de démasquer tous ses projets. Tsimalounie ne resta pas inactif: pendant que le prétendant et ses fils ourdissaient leurs intrigues et poussaient les provinces du Nord à Vinsurrection , il rassemblait ses hommes de guerre, et bientôt il marcha à leur télé contre les révoltés. Son frère Tsoulouvoula l'accompagnait , et le manan'tani Tsimipan'to dirigeait les opérations.

Une rencontre eut lieu à Mangaouki, et l'avantage resta aux Sakalaves du roi, malgré la perte importante qu'y fit ce dernier en la personne de son Manan'tani, qui fut tué dans le combat. Après cette affaire, Tsimaloume, dont l'absence plus long temps prolongée aurait pu , malgré le succès obtenu , favoriser quelque mouvement insurrectionnel dans la partie centrale du royaume, quitta l'armée, dont il laissa le commandement supérieur à son frère, et alla reprendre sa résidence à Kamakouna.

Repoussé à Mangaouki, Maka s'était retiré à Maévaranou, sur le bord d'un petit affluent de la Louza : là, poursuivi et attaqué de nouveau par ses adversaires, il fut battu une seconde fois. Ce nouvel échec jeta le découragement dans son parti , dont, à chaque mouvement rétrogade, des groupes nombreux se détachaient : ne voulant pas abandonner leurs familles et leurs villages, ils retournaient chez eux dès qu'on s'en éloignait un peu, disposés alors à faire cause commune avec les vainqueurs.

A ce moment Tsoulouvoula quitta lui-même l'armée et rejoignit son frère, laissant à Bouana-Mari, qui, depuis la mprt de Tsimipan'to, remplissait les fonctions de Manan'-tanî, le soin d'opérer la destruction complète des révoltés. Bouana-Mari les atteignît encore à Ambahitsivoukouni, sur les bords de la Sau-

malaxa , où Maka avait rallié les derniers débris de son parti. Les insurgés y firent un dernier effort aussi infructueux que les précédents ; et forcés à la retraite , trop faibles désormais pour tenir tête aux vainqueurs , ils se dispersèrent. Maka se réfugia avec ses fils et quelques hommes dévoués aux environs de Sambéranou, et Bouana-Mari ramena ses troupes vers le Sud.

A quelques mois de là, Maka demanda la paix, déclarant qu*il renonçait à ses prétentions , et reconnaissait Tsimaloume pour son légitime souverain : le pardon lui fut accordé. Mais, afin de pouvoir surveiller constamment les mouvements de Tex-prétendant, Tsimaloume, tout en protestant deToubli de ses ressentiments, exigea qu'il revint s'établir dans sa première résidence, et Maka se soumit à cette condition.

A peine y était-il installé, qu'il fut averti par ses amis que sa vie était menacée: on lui assurait que Tsimaloume ne Tavait attiré là que pour se défaire de lui, et qu'un complot se tramait contre ses jours. Excité par les soupçons et les craintes qu'à tort ou à raison on lui avait suggérés, Maka se laissa entraîner à une nouvelle tentative, et courut se mettre à la tête de quelques partisans. Mais, poursuivi aussitôt par Bouana-Mari, il fui obligé de se réfugier dans le Sud, vers la baie de Bàli. Là, il s'embarqua dans une pirogue avec son fils Tsimandrouh, et tous deux se dirigèrent vers le Nord en suivant la côte. Ils s'arrêtèrent à Moudungaîe pour tâcher, mais en vain, d'entraîner les Antalaots' dans leur parti ou d'en obtenir au moins des armes et des munitions ; pais ils remontèrent encore, toujours en pirogue^ jusqu'à la baie Narréenda, et furent joints par leurs partisans sur les bords de la Louza.

Lors de la dernière échaufiburée qui avait amené la fuite de Maka à Bàli, Téféali,son fils aîné, 9*était rendu en Imerne dans le but de préparer les voies à une intervention des Hôvas en faveur de son père. Il parait que les vues du chef qui gouvernait alors cette peuplade ne se prêtaient pas à une semblable combinaison, car la démarche de Téféali n'eut pour le moment aucan résultat.

Ainsi laissé à ses seules ressources, Maka avait, pour réussir cette fois, encore moins de chances que lors de sa première agression. Chez les Malgaches , comme chez tous les peuples barbares, le droit se subordonne toujours au fait: or la question de fait, soumise au sort des armes, avait été déjà deux fois ré- Doc, ftrn Madag. 4

solue en faveur de l'élu de Ravahini; on devine dès lors aisément quelle dut être Tissue de cette nouvelle lutte: Maka, plusieurs fois battu, et repoussé sur tous les points par les Sakalaves de Tsimaloume, que commandait encore Bouana-Mari , fut cette fois rejeté au delà de la Sambéranou , et alla demander asile au chef Rabounah, qui avait succédé à Temboula, son frère, dans le gouvernement d'Ankara.

Pendant que ceci se passait en Bouéni, d'autres événements bien plus importants s'accomplissaient dans les provinces du centre et de l'Est, et préparaient une transformation complète des rapports distant entre les diverses peuplades de Madagascar.

En 181 3, Àndiianampouine était mort, laissant à son fils Radama un royaume déjà puissant, et lui recommandant d'entreprendre la conquête de l'ile entière, œuvre qu'il avait luimême si habilement commencée. Radama n'était guère alors âgé de plus de vingt-deux ans; niais il avait déjà pris l'habitude du commandement, en faisant la guerre à la tête des troupes de son père; il était aussi brave et peut-être plus ambitieux que lui , et^ossédait enfin toutes les facultés nécessaires à l'accomplissement de la tâche qui lui avait été léguée.

Les premières anpées de son règne avaient été employées à continuer les guerres entreprises par Àndrianampouine, contre les Bézaounzouns et les Antsianaks, et il avait achevé de les sou* mettre à son autorité. Toutefois ces succès et l'accroissement de puissance qu*9tt lui apportaient étaient bien peu de chose en comparaison de ce qui lui restait à faire pour atteindre le but qu'il s'élait donné; et sa vie entière n'y aurait même probablement pas sufli, si la politique anglaise, jalouse de fermer pour toujours à la France l'acoèaJjiMadagascar, n'était venue exciter le jeune conquérant à la rJUSàation de ses ambitieux projets, çt lui fournir pour cela des moyens d'action de tout genre.

Dès l'année 18 13^ l'attention du gouverneur de Maurice, sir Robert Farquhar, avait été éveillée sur Madagascar par suite d'une démarche faite près de lui par les chefs de Tamatave , Jean René et Fitche. En politique habile , il avait compris tout d'abord de quelle importance cette île pouvait être pour la France,

^ Pour la plupart des faits politiques qui se sont passés à Madagascar de 1814 à 1836, voyez le Précis sur les Aiblissemenis français formés à Madatfoscar, pi^lié en 1936 pi|r le département de la marine.

si celle-ci voulait un jour y entreprendre une œuvre sérieuse de colonisation. Donnant donc au traité de Paris Tinterprétation la plus favorable aux intérêts de son pays, il avait prétendu que les établissements que nous possédions sur ladite ile, se trouvaient compris, à titre de dépendances de File Maurice, dans les cessions faites à la Grande-Bretagne par ce traité ; puis, substituant alors logiquement cette puissance à la France dans tous les droits de celle-ci sur l'île entière, il avait déclaré vers i8i5 , par une proclamation officielle, qu'il prenait possession de Madagascar , et signiGé au fjouvernement de Bourbon qu'il eût à s'abstenir de toute communication avec ce pays: il ajoutait généreusement, dans cette singulière missive, qu'il accorderait des licences pour que la colonie pût se pourvoir du riz et du bétail dont elle pouvait avoir besoin.

En décembre de la même année, sir R. Farquhar, passant des paroles aux actes , avait fait occuper le port Louquez , qui lui était représenté comme l'endroit le plus convenable de toute la côte pour fonder un établissement. Mais l'issue de cette première opération lui avait démontré la nécessité de s'assurer le bon vouloir des principaux cLefs de Tile, et, pendant que le capitaine Lesage, son aide de camp, s'acquittait de ce soin près des chefs de la côte orientale, auxquels il devait remettre des lettres et des présents, d'autres démarches étaient faites près du roi des Sakalaves du Nord et particulièrement près de Radama.

Les ouvertures faites à Tsimaloume n'eurent^d'autre effet de la part de ce prince que l'envoi d'un agent à Maurice, plutôt pour sonder les intentions du gouverneur que pour traiter sérieusement d'une alliance, quoi^e son envoyé fut accrédité à ce titre près de sir Robert YggtipXiàf* Mais la démarche faite auprès de Radama eut des suites bien autrement importantes.

M. Chardenoux , ancien traHîiit'diéjà favorablement connu de ce prince, avait été choisi pour lui porter des propositions toutes bienveillantes du gouverneur anglais : il devait le pressentir au sujet d'un traité d'alliance, et l'engager à envoyer à Maurice quelques enfants de sa famille, pour y être élevés sous les yeux du chef de la colonie. Cette mission eut un plein succès, et, en septembre 1816, M. Chardenoux revint à Maurice amenant avecluideux jeunes frères de Radama, destinés à y faire leur éducation.

Deux mois après, le capitaine Lesage était expédié en qaa*

lité d ambassadeur auprès de ce prince, à qui il apportait de riches présents. Sa suite se composait d'un médecin , d*un interprète, de plusieurs artisans, et d'environ trente soldats pris dans la garnison de Maurice ; l'adjonction de ceux-ci à l'ambassade avait surtout pour but de donner au roi hôva une idée des troupes européennes. Radama reçut l'envoyé britannique avec la plus grande cordialité ; et cette nouvelle mission eut pour résultat un traité de paix et d'amitié qui ouvrait les voies à une alliance ayant pour but tout spécial l'abolition du trafic des noirs à Madagascar. Ce traité fut signé le i4 japvier 1817.

Cependant les prétentions élevées par sir Robert Farquhar, quant à la possession de Madagascar, avaient été mises sous les yeux du gouvernement métropolitain par l'administration de Bourbon. Elles donnèrent lieu à une négociation entre le cabinet des Tuileries et celui de Saint-James, à la suite de laquelle le gouvernement anglais reconnut que ces prétentions n'étaient nullement fondées , et donna l'ordre de remettre immédiatement à l'administration de Bourbon les anciens établissements français à Madagascar.

Par l'effet de cette décision , sir R. Farquhar se trouvait n^avoir travaillé que dans l'intérêt de la France ; il s'était embarrassé dans ses propres pièges. Après avoir pris possession de llle entière au nom de l'Angleterre, en se fondant sur une prétendue substitution de cette puissance à la France dans tous les droits de celle-ci sur Madagascar, force lui était bien de reconnaître aussi à la France, à qui l'on décidait maintenant que tous ces droits étaient restés, celui qu'il en avait fait découler lui-même, c*est-à-dire la iiiiin 1 iiiini IrtjMiJjliuli Tile Malgache. Il ne pouvait donc plus songer à fonddnpciiîii-^lablissement en ce pays, car l'administration de BouwMf^'ytttesterait au même titre qu'il l'avait fait précédemment«VjiiHà avec d'autant plus d'autorité vis-à-vis de lui qu'elle aurait à lui opposer la théorie qu'il avait proclamée lui-même.

Mais le génie de la politique anglaise est fécond en ressources; sirR. Farquhar se montra en cette circonstance son digne représentant. La nouvelle tactique à laquelle il eut recours pour obvier à sa mésaventure fut l'application pure et simple de cette maxime familière au dernier des fonctionnaires anglais :« Tout pour nous, sinon, rien pour personne. » En effet, tant qu'il avait cru à )a possibilité de doter son pays de la possession de cette

-Odile magnifique, tous les actes du gouverneur Farqufaar avaient eu pour but d'y préparer à l'Angleterre une domination facile , et à se faire des princes indigènes, et de Radama en particulier! des alliés dociles, dont le bon vouloir eût été utile au développement des établissements projetés, en attendant qu'on en pût l'aire des vassaux dévoués. Mais, du moment que la France rentrait dans ses droits et pouvait être appelée à réaliser à son profit tous les avantages attachés à cette possession , il fallait au contraire se faire de ces mêmes princes des alliés puissants, dont les intérêts, adroitement opposés à ceux de la France, seraient des obstacles incessants à Texerdce de la souveraineté de celle-ci sur Madagascar. Dès lors les relations amicales commencées avec Radama, quoique devenues moins directement utiles aux intérêts an^ais, n'en étaient pas moins bonnes à cultiver: accroUre la puissance de ce jeune conquérant était désormais pour sir R. Farquhar le seul moyen de réaliser son philanthropique projet, l'abolition de la traite des noirs à Madagascar, et d'atteindre en même temps cet autre but, beaucoup moins charitable, l'annihilation des droits de la France sur la grande ile.

Les dispositions naturelles de Radama servirent admirablement cette astucieuse politique. L'ambition était la passion dominante du jeune roi , et il y joignait un ardent désir de renommée , qui le rendait extrêmement sensible aux jugements du monde. Ce fut en iiûsant jouer alternativement ces deux principaux ressorts de son âme , que Tes agents anglais prirent assez d'empire sur son esprit pour diriger bientôt tous ses actes. Ils flattèrent et développèrent surtout en lui l'idée qu'il nourrissait de devenir seul souverain de Tile, et lui donnèrent même officiellement le titre de roi de Madagascar. PuiStilia;.faveur d'une nouvelle convention conclue avec lui pourftboKttpD de la traite, convention dont sir R. Farquhar se fit nlkisotfirf^n indirect de l'aider à convertir ce titre en fait , le gouyeritément de Maurice s'engagea à lui fournir des subsides de tout genre, qui le mirent à même de soumettre successivement à son autorité les principales peuplades de rile. Enfin, aux termes du même traité, un agent de ce gouvernement devait résider à Tananarivou, et le sergent anglais Hastie fut accrédité à ce titre auprès du roi hôva.

Certes, Radama possédait toutes les qualités qui font le grand homme : la hardiesse dans les vues, l'énergie dans l'exécution, la conscience de sa valeur, l'instinct du commandement, la sou-

liesse à s*approprier les moyens d'action des autres, enfil), oomme nous le verrons par la suite » ce\te opiniâtreté que les revers euimômes ne peuvent ébranler. Mais, quelque rédles que fussent sa supériorité intellectuelle et son aptitude gouyernementale , c'est, il faut le dire, bien moins à son mérite personnel qu'à la chaleureuse assistance de ses puissants alliés , qu'on doit attri* boer la plus grande part de ses succès militaires et des progrès faits en quelques années par ses sujets dans les voies de la civilisation. Déjà, grâce à Tjntervention des agents anglais entre lui et Jean René, il avait récemment, par une insidieuse convention , rangé sous sa domination la vaste province des Bétanimènes, reculant ainsi jusqu'à la mer la limite orientale de ses États. Ce ne fut pas tout, et bien d'autres circonstances se présentèrent encore où il trouva en eux de véritables auxiliaires : la plus grave de ces circonstances eut lieu quand la grandeur naissante de Radama se trouva aux prises avec la puissance ébranlée de ses rivaux de l'Ouest.

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