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SUR LE TERRAIN HOULLER DE LA COTE NORD OUEST DE MADAGASCAR

La géologie de ]y(adâgascar était restée inconnue jusqu'à ce jour. Aucune détermination précise n'établissait l'existence tant de fois énoncée des richesses minérales de ce pays.

J'avais reçu de la Compagnie de Madagascar la mission de rechercher quelle pouvait être la richesse minérale de la côte nordouest de la grande île africaine. Malheureusement les événements» dont ce pays a été le théâtre au printemps dernier, ne m'ont permis d'accomplir qu'une partie de ma mission; néanmoins j'ai été assez favorisé, en parcourant la côte nord-ouest, pour constater un fait se rattachant à Tune des questions, qui, de nos jours, présentent le plus grand intérêt, et qui fournit à une grande puissance rivale son levier commercial et une paitie de son influence politique.

La constatation d'un vaste bamn houiller, situé sur la côte nord-ouest de la grande terre, en face de la colonie française de Nossi*bé, et pour ainsi dire au cœur même de la mer des Indes, me paraît être un fait de nature à fixer l'attention particulière d'un

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gouvernement aussi éclairé et aussi soigneux de la grandeur et de rinfluence de la France.

Le bassin^ houiller de la côte nord-ouest s'étend depuis le cap Saint-Sébastien, situé par 12% 26 de latitude sud, et sur toute la côte au hud où il constitue, sans interruption, les rivages des baies qui se succèdent jusqu*à Port Radama, situé par W de latitude. Sa longueur, mesurée par l'arc de grand cercle qui joindrait le cap Saint*Sébastien au port Radama, est de 180 kilomètres.

Cette étendue constitue la partie explorée du bassin ; son prolongement vers le sud, probablement encore considérable, n*a pas été déterminé.

Dans l'intérieur des terres, le terrain houiller occupe à peu près la profondeur qui s'étend jusqu'au pied de la chaîne granitique centrale, qui forme l'axe de Madagascar.

Sa largeur moyenne peut être évaluée à 40 kilomètres.

Il couvre ainsi toute la surface du territoire des Antankares, peuplade indépendante qui s'est placée depuis longtemps sous le protectorat français.

Le terrain houiller s'étend encore en prolongement vers l'ouest, sous la région maritime des baies et des îles. Son existence sousmarine est mise en évidence par un grand soulèvement basaltique qui a ramené au jour des lambeaux sur File de Nossi-bé et sur les îles voisines.

Le caractère des roches de ce terrain indique son origine et le fait ranger parmi ceux qui ont été déposés par les mers.

Gomme tous les terrains pélagiens, il offre à la fois des dépôts d'une grande étendue, et d'une parfaite homogénéité.

On a pu reconnaître au sud et à l'ouest de Nossi-bé, dans les baies de Passandava et de Bavatoubé, la composition de la stratification sur une épaisseur de terrain de plus de 600 mètres.

Cinq affleurements de houille y ont été trouvés. La qualité de ces houilles offre à peu près toutes les variétés : houille sèche, houille grasse et houille à gaz. Sur 400 kilogrammes retirés du plus considérable de ces affleurements, un essai a été fait.

On a brûlé 250 kilogrammes de tout venant sous la chaudière distillatoire de l'aviso de l'État \eSurcouf;ti quoique ce charbon fût éventé par l'action séculaire des agents atmosphériques; qu'il

fùtîmélangé desMébris des roches voisines, et qu'il fût décomposé par la puissante végéta! ion qui pénétrait Taffleurement de sesra; cines, il a vaporisé les 4/10^ de l'eau qu'aurait vaporisé le même poids de boniie houille anglaise.

Les autres affleurements plus faibles^ présentaient de la houille brillante avec des qualités gazeuses et collantes que Ton rencontre bien rarement aux affleurements des meilleures houilles.

Les cinq affleurements de la baie de Bavatoubé, et deux autres rencontrés d-ms la baie de Passandava, montrent le combustible minéral sous des épaisseurs assez faibles, il est vrai, mais qui présentent des enrichissements en profondeur.

Tons ces indices donnent la certitude de trouver dans d'autres localités plus éloignées des côtes, et dans des niveaux différents, des couches nombreuses et exploitables.

Les terrains houillers de nature marine, comme celui de Madagascar, présentent ordinairement des couches peu épaisses et nombreuses. Je ne citerai comme exemple que le bassin belge qui a la même origine.

L'exploitation des couches minces est mieux assurée et plus économique, et la multiplicité des couches compense leur peu de puissance. La surface totale de la partie du bassin houiller reconnue sur la côte nord-ouest est de 7,200 kilomètres carrés. Cette surface a été soulevée en plusieurs localités par des roches éruptives, granité, porphyre, diorite et basalte. Il en est résulté des relèvements de couches qui facilitent l'étude de la stratification, mais qui, d'un autre côté, bouleversent le terrain et altèrent la houille à leur voisinage. En réduisant de moitié, pour faire une large part à cet accident, la surface du terrain, on arriverait, pour la partie régulière et réellement utile, à un chiffre encore supérieur à celui qui, en France, mesure la surface totale du bassin houiller, et qui n'est, comme on le sait, que de 2,800 kilomètres carrés.

Il est impossible qu'une surface aussi grande ne présente pas des richesses réelles, quand des points très-limités des côtes ont déjà donné des indices certains.

L'importance des terrains houillers est si grande, qu on ne peut se dispenser d'étudier les moindres lambeaux de ce précieux terrain, et, h plus forte raison, lorsqu'il se trouve aussi étendu et

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aussi bien placé que celui de la côte nord-ouest. L'élude de ce terrain serait facilitée par des circonstances heureuses.

La disposition des vallées principales permettrait d'étudier la stratification ; les cours d'eau qu'elles encaissent serviraient de voies de communications ouvertes et faciles qui permettraient Taccès d'un pays que la végétation rend impénétrable. Plus tard ces cours d'eau seront d'utiles voies de transport. Ils sont en relation avec celte série sans exemple de belles baies et de ports naturels que présente la côte nord-ouest, depuis le cap d'Ambre, au nord, jusqu'au cap Saint-André, sur une étendue de plus de quatre degrés, et qui a fait donner à ces parages le nom de Pays des baies.

Toute la partie reconnue du bassin est en dehors de Faclion des hovas. Le pays des Aniankares est une terre française, cédée par les populations 'et par leur roi Tsimiare, en 1840, cession qu'est venue confirmer la prise de possession de Nossi-bé, et que plus de vingt années de rapports amicaux et de soumission complète ont cimentée.

Ces peuples, qui, depuis celle époque, ont retrouvé, grâce à la protection 'française, leur liberté d'allure el une sécurité que ne leur laissaient pas autrefois les incursions violentes des dominateurs de Madagascar, ne demandent aujourd'hui que de voir s'étendre encore sur la terre ferme des établissements français. Ils offrent et ouvrent leur pays avec autant de confiance et avec plus d'insistance qu'en 1840. L'étude complète du bassin houiller serait donc des plus faciles.

Paris, le 27 février 186*.

Signé : Ed. GUILLEMIN, Ingéniewr de la Compagnie de Madagascar.

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