DEUXIÈME PARTIE
l\EUTtONS ENTRE LES HOTAS ST LES INDIGÈNE ; MOEURS DE CES DER- NIERS; RESSOURCES DU PAYS EN TRAVAILLEURS.
Dans tout ce qui va suivre, je m'appliquerai surtout à faire ressortir de quelle manière sont traités les indigènes par la race conquérante; comment sont établis les impôts; quelles senties ressources que le gouvernement de Tananarive retire des provinces, et^ enfin, quel parti on ppurrait tirer des populations de la côte est de Madagascar,
Organisation des villages. — On a pris l'habitude, à Madagascar, d'appeler village, une réunion quelconque de cases. Rien n'est plus variabte que Leur position; ainsi^ beaucoup de ceux indiqués sur les cartes n'existent plus ; ils ont été transportés ailleurs et ont changé de nom. Cette coutume tient à une superstition qu'ont tous les Malgaches . Ils sont persuadés que personne ne meurt de mort naturelle; elle provient toujours d'un mauvais esprit habitant la localité oîi a lieu le décès. Un chef vient-il à disparaître du nombre des vivants, on abandonne le village pour le transporter à une certaine distance, car si on continuait à habiter au môme endroit, le successeur ne vivrait certainement pas un an. Ce déplacement rend la douleur des habitants, tous membres de la même famille, beaucoup moins grande, car ils n'ont plus constamment sous les yeux les objets qui leur rappelleraient leur parent absent.
Dans les villes de la côte, les Hovas font bande à part; ils habitent soit dans le fort, quand il y en a un, soit dans un endroit séparé. L'habitude qu'ont lesindigèaes de changer de demeure à la mort du dief est prohibée; mais là, comme partout, chaque tribu a son quartier spécial et son chef.
Chaque village est une famille. Lorsque cette dernière est trop nombreuse pour pouvoir vivre des produits des champs cultivés en commun, elle se divise, et chaque partie va s'établir sui'le point qui luiconvient. Mais le chef de chacune d'elles obéit toujours au premier ou à ses descendants. Le chef fondateur de tribu ou ses successeurs directs reçoivent le nom de grands-juges. Cette dignité
fisl reconnue par le gouvernement hova. Celui qui en est revêtu, sert d'intermédiaire entre les chefs de second ordre et les autorités de la province, réunies dans les mains du commandant. Le grandjuge a seul le droit de posséder le lapa dans son village. C'est la case où sont reçus les étrangers, où se font les kabars, où se rend la justice, et à côté de laquelle se trouve le mât de pavillon, au haut duquel on hisse le drapeau hova, lorsqu'un personnage important est de passage, ou dans un port de mer, quand un navire est signalé. C'est lui qui transmet les ordres du gouverneur à ses inférieurs et règle les contestations entre les Malgaches ; c'est ordinairement un homme riche. S'il est bien avec le commandant, celui-ci l'autorise à vendre quelques-uns de ses bœufs, aux mêmes conditions que lui ; mais très-souvent il est en butte à des vexations qui ont toujours pour but de faire passer une partie de ses richesses dans les mains du chef de la province. Phisieurs ont été ainsi dépouillés et complètement ruinés, heureux encore si, sous prétexte d'infraction aux lois, on ne les faisait pas, avant le règne de Radama II, passer par l'épreuve du tanguîn.
Administration de la justice. — Les contestations entre Malgaches ayant lieu, le plus souvent, entre membres de la même famille, sont toujours réglées équitablement. Le grand-juge réunit dans le lapa les honames notables et les deux parties plaignantes. Chicun d'eux expose ses griefs devant la vénérable assistance, augmentée de tous ceux qui ont voulu assister au jugement. Les choses étant exposées par les deux intéressés, ceux-ci sortent de la case. La discussion commence alors; chacun peut donner son avis et parler librement ; on débute généralement par ceux qui sont les moins haut placés. Quand chaque individu a exprimé son opinion, le grand-juge prononce la sentence, comme je l'ai dit ; les jugements rendus sont presque toujours sans reproches ; cependant, si la partie condamnée ne veut pas se soumettre à la décision du juge, il peut recourir à la justice hova. C'est alors que les exactions commencent; la meilleure cause est perdue, si«la partie adverse achète les officiers et le commandant. Une forte somme donnée à ce dernier suffit le plus souvent, et malgré les membres du kabar qu'on réunit à cet effet, il. peut rendre une décision tout à fait contraire à celle de la majorité, P.ans ce cas, il prend bien \b, responsabilité, mais Tai^anarive est.
trop loin et le chef hova est trop bien appuyé pour que les réclamations puissent arriver au Roi ou à la Reine. Cependant, on cite dans la province d'Angontsi l'exemple d un commandant condamné à mort par suite des justes plaintes formulées par les indigènes. Comme le cas est excessivement rare, je vais le citer.
Cabidza était gouverneur de la province d'Angontsi en 1844-45, sous le règne de Ranavalo, et habitait la batterie d'Amboitsara. Il était la terreur des habitants et employait tous les moyens pour se procurer de Targent et des femmes. Une famille était-elle riche en bœufs et en esclaves, sous un prétexte quelconque il la faisait mettre en jugement et condamnait à mort tous ses membres; quelquefois il se contentait de faire tuer le chef et réduisait les autres en esclavage. Le produit des dépouilles était partagé entre lui et ses acolytes. Il commit tant de crimes que Ranavalo elle-même résolut de le punir. Cabidza avait des amis à Tananarive, à qui il donliait une partie du produit de ses rapines ; ils l'avertirent donc des inienticms de la Reine et lui annoncèrent le départ des officiers qui étaient chargés de son exécution. A cette nouvelle, il prétexta un tsi-kafar (vœu) à accomplir dans l'île d'Angontsi; il fit armer quatre pirogues en planches dans lesquelles il embarqua ses femmes^ tout l'argent monnayé qu'il possédait, une partie des esclaves sur lesquels il pouvait compter, et enfin, ceux de ses acolytes compris dans l'accusation^ puis il fit voile pour l'ile d'Angontsi. Le Gouvernement hova, très-méfiant de sa nature, entretient des espions partout, même auprès des personnages les plus haut placés ; il est donc d'usage que les gouverneurs de province ne marchent qu'accompagnés d'un certain nombre d'officiers qu'ils désignent. Afin de ne pas éveiller les soupçons, Cabidza en avait convoqué un certain nombre, qu'il avait fait embarquer dans deux.pirogues spéciales ; il avait, en outre, pris son gendre avec lui. Lorsque les gens de la suite virent qu'au lieu de se diriger vers le but du pèlerinage, les embarcations de leur chef prenaient le large, ils voulurent, par des signaux, des cris et des menaces, l'obliger à changer de roule. Voyant que ces démonstrations ne produisaient aucun effet, les ofiiciers s'en retournèrent ou restèrent en arrière. Le gendre de Cabidza, s'apercevant qu'il allait être obligé de suivre son beau-père, se jeta i la mer, ^près avoir essayé de toutes les supplications pour
le dissuader de son projet. Celui-ci furieux de voir échapper son beau-fils, lui déchargea, à deux reprises différentes, son fusil sans l'atteindre. La brise du N. £. soufilait; les trois pirogues prirent le large, et (rois jours après elles atterrissaient à nie Sainte-Marie, à quarante lieues au sud d'Angontsi. Les cruautés de Gabidza étaient tellement connues, que le commandant de la colonie française fut obligé de lui donner une garde sans laquelle il aurait été certainement massacré par les indigènes. Au bout de trois ou quatre mois, il quitta Sainte-Marie pour aller se fixer à Mayotte. L'abolition de Tesclavage le força à aller se réfugier à Ambongo sur la côte ouest, oii il mourut en 1849. Le nom de cet homme est encore en exécration partout ; sur la route d'Angontsi à Maransette, mes porteurs me montrèrent un champ qui^ dirent-ils, avait été couvert de cadavres de Malgaches que ce monstre avait fait égorger.
Revenons maintenant aux rappels des jugements rendus par les grands-juges et portés devant la justice hova.
Les formalités du jugement sont les mêmes que celles déjà citées pour les contestations qui passent devant le chef indigène. Le kabar est réuni dans le lapa; les parties intéressées plaident elles-mêmes leur cause, se retirent, et viennent, une fois la discussion terminée, entendre la sentence du commandant qui est exécutoire sur Theure. £n cas de refus de la part du condamné, le gouverneur envoie au récalcitrant un officier qui se fait accompagner de beaucoup d'autres^ et auxquels oa adjoint un homme portant une sagaie à lame d'argent nommée tsitia-linga ( qui ne veut pas de mensonge ou qui ne plaisante pas. ) Lorsque les porteurs de cet emblème de la justice du pays arrivent devant la case de celui auquel il est envoyé, elle est fichée en terre, et sous les peines les plus sévères^ le condanuié doit se UKHitrer soumis et respectueux envers tous ceux qui l'accompagnent ; s'il est absent, on le va quérir et il ne doit pas tarder à se préseater^ Les mandataires de l'autorité reçus, il les fait entrer chez ku, leur donne des vivres ; puis, comme acte de soumission, il remet il chacun un morceau d'argent proportionné au grade. Ceci fait, le kabar recommence, le représentant du Gouvernement explique les motifs de son arrivée, et si celui à qui il s'adresse refuse d'exécuter, la r^nse est portée au commandant. Le dâinquaat esi alors obligé 4e payer les frais de justice qui sont tout à fait
arbitraires et d'autant plos élevés que sa fortune est plus graude ; si ce qui lui reste n'est pas suffisant pour payer le procès qu'il a perdu, il esi vendu avec ses femmes et ses enfants.
L'emploi de la sagaie d'argent est une source de grands profits pour les Hovas. Sitôt qu'ils trouvent la possibilité d'attaquer une famille riche, ils ne reculent devant aucun moyen pour la dépouiller et l'exciter à ne tenir aucun compte de la sagaie ; ils imposent alors des frais de justice tels que la victime ne peut payer ; tous ses biens sont confisqués et psa^tagés entre les spoliateurs.
Il peut paraître étonnant qu'avec l'emploi de moyens semblables, un condamné refuse de s'exécuter ; mais, il y a des entêtés partout, et à Madagascar peut-être plus qu'ailleurs. Il se peut aussi, et c'est ce qui arrive généralement, que la somme à payer k son adversaire par celui qui a perdu le procès, ne puisse pas être remise sitôt a{»*ës le jugement rendu, et ce dernier étant exécutoire sur Theure, on profite, sans plustarder« de l'occasion pour employa la sagaie d'argent.
Le cas le plus fréquent ayant pour résultat le dépouillement d'une famille et la perte de sa liberté, est le vol des objets â^pypartenant à rËtat. Chaque proviiu^ élève à sa dnàv-ge un certain ^nombre de bœufs appartenant à la cour^ume. Si un indigène, se laissant tenter par l'apparence de liberté dans laquelle vivent ces animaux, s'oublie au point de s'emparer d'un seul, il y a rarement de Samille assez riche pour faire face aux dépens du procès; presque toujours le coupable y perd sa fortune et sa liberté. Les Hovas ccMUiaisseat si bien les bénéfices que leur procurent ces méfaits qu'ils ne négligeât aucune manœuvre pour les exciter, afin de les juger ensuite.
Outre ces moyens de procédure, chaque indigène peut encourir des châtiments corporels pour la moindre infraction aux ordi*es des commandants de provinces ou des ^offîciers hovas. La peine que subissent les chefs est ordinairement la suivante : le délinquant a les mains liées ^r les genoux avec un brin de jonc, le plus faible possible; il doit ensuite reslier ex,posé au soleil, la tète et le coips nus, pendant un nombre de jours proportionné à la faute commise. Si l'on joint à la chaleur très-forte du pays les masses d'insectes de toute nature qui voltigent dans l'atmosphère, on comprendra la souffrance du patient, obligé de s'interdire le plus léger mouvement à la suite
duquel le lien qui lui retient les bras serait infailliblement brisé. Le moindre effort le rompt, et dans ce cas le supplice recommence. D'autres fois, les chefs partagent les peines infligées aux soldats et bas officiers hovas, et dont je parlerai plus loin. Quant aux indigènes, on se contente de les rouer de coups ou de les forcer à un travail pénible quelconque.
Jugements militaires hovas. — Entre Hovas, sur la côte, comme presque tous sont soldats, le jugement des délits, de quelque nature qu'ils soient, ressort immédiatement du commandant qui applique la peine, suivant la gravité des circonstances. Les châtiments sont : la bastonnade et la mort ; ils sont infligés aux officiers aussi bien qu'aux soldats.
Dans le cas le plus simple, le patient a les mains attachées devant lui; un troisième honneur tient la corde qui les lie pendant qu'un autre, armé d'un nerf de bœuf ou d'une lanière en cuir, administre sur le dos et les épaules un certain nombre de coups.
Lorsque plusieurs officiers ou soldats sont condamnés à une peine corporelle, à un jour donné les coupables sont réunis près d'un marais fangeux. Là, ils se dépouillent de leurs vêtements, et les exécuteurs, armés de nerfs de bœufs ou de bâtons, les forcent à piétiner cette boue infecte pendant une heure ou deux sans aucun repos, et frappant à grands coups sur ceux qui se trouvent à leur portée. Presque toujours les malheureux soumis à cette peine, prennent des accès de fièvre pernicieux qui les emportent en peu de temps.
Quelquefois, le patient a les jambes attachées à la naissance des cuisses et les mains liées près des épaules. Dans cet état, il est obligé de parcourir sur les genoux et les coudes, une longueur de 3 à 400 mètres. Lorsque la fatigue l'oblige à s'arrêter, il est contraint de reprendre sa marche à grands coups de bâton.
D'autres fois, le coupable est obligé de se tenir pendant un temps déterminé sur un seul pied. Lorsque fatigué, ou perdant l'équiUbre, il pose l'autre à terre, les bourreaux le frappent impitoyablement, jusqu'à ce qu'il ait repris sa première position.
Quand le délinquant est condamné à mort, il est ordinairement sagayé. Il est conduit sur le lieu de l'exécution par une centaine d'hommes armés de sagayes, puis amarré à un arbre. L'officier cQnimandant le détachement lit alors la sentence et les motifs de
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la condamnation. Les soldats entourent le coupable et se contentent d'abord de le blesser légèrement avec leurs lances, puis s* échauffant par degrés par leurs cris sauvages et leurs insultes, ils brandissent leurs sagayes, font semblant de vouloir le transpercer, mais ne lui font que des blessures légères. Au milieu de Tenivrement produit par cette scène, quelques soldats vont jusqu'à lécher leurs armes ensanglantées; ils continuent leurs danses et leurs cris, jus-^ qu'à ce que le corps du supplicié couvert de blessures, soit complètement inanimé. Aussitôt après la mort, la tête est séparée du tronc et mise sur un piquet devant la porte du fort, pour rappeler à chacun le châtiment que Ton fait subir à ceux qui ne respectent pas les lois militaires*
Commandants de province. — Le commandant de chaque province, de race hova, bien entendu, représente en dehors de la capitale le pouvoir du chef de l'État. Sa nomination est due à la protection d'un ministre influent auquel il cède une partie de ses revenus.
Ce représentant du pouvoir royal réunit les trois pouvoirs, militaire, civil et judiciaire.
Comme autorisé militaire, il envoie des troupes pour réprimer une révolte ou faire exécuter la loi. Il ne peut déclarer la guerre que par ordre de son gouvernement; c'est lui qui, dans ce cas, réunit les grands chefs malgaches de la province et fixe, par famille^ le contingent que chacune doit fournir.
Comme autorité civile, il fixe la corvée, répartit les impôts, les fait percevoir et les expédie à la capitale.
Comme autorité judiciaire, il applique la loi^ ou du moins, dit qu'il le fait. Le code pénal n'existant pas, les peines sont soumises aux usages des provinces, ou sont tout à fait arbitraires. On peut dire que les gouverneurs> pendant le temps de leur gouvernement n'ont pour but que de s'enrichir; ils accusent eux-mêmes ou font accuser par des agents les personnes qu'ils veulent dépouiller; ils punissent les crimes dont celles-ci sont accusées, en disant qu'ils appliquent la loi, et tout le monde s'incline.
Armée hova. — Il n'y a, à proprement parler, de soldats, que les Hovas, mais en cas de guerre, tout indigène doit prêter serment de soutenir le gouvernement. Le chef de province fixe leçon-
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tingent qne doit fournir diaque famille ou Tiïlage. La miKce ainsi levée, doit, de même que les soldats en titre, se munir de tout ce qui leur est nécessaire pendant la campagne : nourriture, vêtements, etc. De même qu'à ceux-ci, aucune indemnité pécuniaire ne leur est accordée.
L'armée n'a pas d'uniforme, à Fexception des officiers. Ces derniers achètent aux traitants européens le costume qui leur convient et dont la richesse est proportionnée k leur fortune. Ainsi, un officier inférieur pourra, si ses moyens le lui permettent, avoir un habit de général ou d'amiral, modifié par les ornements qu'il lui convient d'ajouter, ou qu'il peut se procurer dans les boutiques des mar* chauds, tandis que son supérieur aura une casquette de capitaine de frégate, une redingote d'officier de marine, une épaulette de pompier, une autre de colonel, un pantalon rouge ou bleu, et enfin, un sabre de forme quelconque.
Les grades sont achetés et fixés par le nombre d'honneurs; les attributions de chaque officier sont établies par le commandant. Il arrive souvent que le nombre des chefs est plus considérable ou presque égal à celui des soldats.
Ainsi, à la batterie d'Amboitsara, sur 158 hommes de garnison, il y a 78 officiers.
Honneur militaire. — Les soldats hova« n'étant que les humbles valets de leurs supérieurs, sont traités par ceux-ci en véritables esclaves. Ils subissent presque les mêmes traitements que les indigènes, moins les corvées; ils ne tiennent pas beaucoup à leur nationalité. Les officiers, au contraire, qui ont de la fortune et qui sont, par le fait, les maîtres du pays, se parent volontiers du nom de Malgaches. En cela ils prennent exemple sur la reine Ranavalo qui considéra comme injure le litre de reine des Hovas que lui donna, un jour, un Européen dans une lettre oii ce dernier demandait la permission de monter à la capitale. Comme punition, l'autorisation lui fut refusée.
Lés soldats seraient désireux de changer de maîtres, ils verraient avec plaisir les blancs s'établir solidement dans le pays ; ils formulent souvent ce désir, mais loin de leurs supérieurs. Ne recevant aucune solde, ils sont obligés de demander à la terre tout ce dont ils ont besoin, chaque individu sème et récolte son riz, son manioc et
ses patates. Essentiellement commerçants, ils ne négligent ancnn moyen de se procurer de l'argent. Ils ont la réputation d*étre de bons travailleurs dans leur pays, mais, et cela est dû probablement aux fièvres, ceux que j'ai vus sur la côte sont maigres, chétifs, et ne valent certainement pas les indigènes comme force physique. Les bas officiers pourraient rendre de bons services comme chefs ouvriers ; l'habitude qu'ils ont du commandement, la crainte qu'ils inspirent aux indigènes, leur permettrait de faire rendre aux naturels une somme de travail beaucoup plus considérable que n'importe quel Européen. Ainsi, M. Guinet a employé Tannée dernière un neuvième honneur, payé à raison de 80 francs par mois, pour surveiller une récolte de gomme copale, près de Vohémar; il rendit de très-grands services, et sept ou huit de ses collègues vinrent se présenter pour remplir un poste semblable.
Quant au sentiment de la tenue et de l'honneur militaires, les peines sont si terribles pour les délinquants et les déserteurs que le soldat aime mieux se faire tuer que de passer en jugement. Il sait, d'ailleurs, que quand il se bat contre les Sakalaves et les gens an sud, il n'a aucun quartier k espérer; il se bat donc jusqu'à la dernière extrémité. Fait prisonnier, il est livré aux femmes qui lui font subir les plus atroces supplices; quelquefois il est sagayé,mâis avec des raffinements de cruauté impossibles à décrire.
Le soldat, malmené par ses chefs, se venge sur les indigènes ; Il est brutal et insolent avec eux; aussi, le craignent-ils comme la 'peste, car outre ses manières hautaines, ils savent qu'il est Texécuteur des jugements ou décisions du gouvernement hova.
Manière dont sont traités les indigènes. — Les indigènes sont traités en vaincus par quelque classe d'Hovas que ce soit; cène sont, à vrai dire, que des esclaves. Les conquérants leur ont enlevé toutes leurs prérogatives, ils sont allés quelquefois jusqu'à leur défendre de travailler des champs qu'ils cultivaient de père en fils; ce qu'on a lu jusqu'ici donne d'ailleurs une idée assez exacte de la manière dont on les traite.
Les mauvais traitements et les vexations des Hovas ont été et sont encore tels qu'une grande partie de la population de la côteN. E., depuis le cap Masoala jusqu'au cap d'Ambre, a émigré chez les Sakalaves, ou s'est réfugiée chez Tsîmiare, roi de Nossi-Mitsio. Les
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provinces de Vohémar et de Diego Soarez, surtout, sont complètement dépeuplées. Actuellement dans ces deux districts, il n*y a en tout que 400 âmes de race hova contre 1,100 indigènes.
La population ne peut faire aucun commerce avec les étrangers sans Tassentiment du commandant. Sur toute la côte, à Texception des ports de Tamatave, Foulpointe, Fénérive et la Pointe à Larrée ; il fixe lui-même le prix des marchandises importées. Le commerçant est obligé d'acheter ses bons offices, et lorsqu'il est gorgé de cadeaux, il fixe le tarif auquel ses administrés doivent se conformer. On cite plusieurs exemples d'Antalotchs qui ont passé par la corde pour avoir vendu des tissus ou autres produits de Nossi-bé, sans avoir averti le gouverneur. A l'arrivée de chaque navire, le capitaine de la douane se rend à bord, s'informe du nombre d'hommes d'équipage, de la quantité de canons, et enfin du motif du voyage. Le commandant hova informé, arrive généralement en grande pompe, s'abouche avec le capitaine du bâtiment marchand et dicte les conditions des marchés. Dans la plupart des cas,il fait le commerce pour son compte» achèteà vil prix auxindigènes, et vend avec un très-grand bénéfice. Ce n'est que quand un chef de village a gagné ses bonnes grâces en lui faisant des cadeaux, que celui-ci est autorisé à vendre ses bœufs et son riz aux mêmes conditions que son supérieur.
Comme on le voit, le commerce est entièrement entre les mains des gouverneurs et des officiers. On ne cite pas un seul exemple en dehors des grands ports de la côte d'une affaire de plus de 500 francs traitée directement avec les indigènes.
Ce monopole est une source de revenus considérables que se partagent les officiers supérieurs hovas.
Aboli sous le règne de Radama II, il a produit un mécontentement général parmi lesmembres dé l'aristocratie militaire. Privés de revenus, ils se sont ligués et ont contribué, tout autant que les intrigues du ministre méthodiste Ellis, à la révolution qui a entraîné la mort du roi.
Impôts. — Les impôts dans les provinces, ne sont frappés que sur les indigènes. Les Hovas ne payent qu'une somme très-faible pour les champs qu'ils cultivent.
Les impôts sont de deux sortes, et perçus par le commandant ou ses mandataires. Le premier est une espèce de droit de capitation.
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payé par chaque chef de famille, en raison du nombre des membres. La part que chaque individu doit verser, est fixée chaque année aux gouverneurs par des ordres venant de la capitale. La perception s'opère dans les villages, par les soins, sous la surveillance et la responsabilité des chefs indigènes, qui justifient du nombr de leurs administrés par la somme qu'ils apportent ; ils doivent, en outre, donnertous les renseignements qu'on leur demande à ce sujet.
L'autre impôt se compose de contributions en nature, dont les principales sont :
1^ Le varidzé, ainsi nommé, parce que chaque individu établi, marié, (i) donne au gouvernement une quantité de riz égale à celle contenue dans un sac ayant une palme sous tous les sens;
2° Par chaque champ cultivé, on paye un impôt nommé foron- Yosotcha ; il consiste en une gamelle (mesure) de riz en paille, pesant environ 90 livres ;
3** La contribution nommée takodoha consiste en une tente, (vase en tissu de paille) de riz blanc qui a une palme sous tous les sens ; elle est la propriété du commandant.
4** Chaque chef de village est encore obligé de fournir un certain nombre de petites tentes de riz blanc (SO ou 60) contenant 8 à 600 grammes ; ce riz est donné aux étrangers de passage.
5° Suivant les circonstances ; les Malgaches sont mis encore à contribution de volailles qui sont offertes par le chef de village aux voyageurs de distinction qui viennent passer la nuit ou se reposer. Ces présents sont gratuits; ils sont donnés au nom du chef de l'État. Les blancs, généralement, au moment de leur départ, offrent un morceau d'argent en retour de l'hospitalité qu'ils ont reçue ; çe&cadeaux sont ensuite partagés entre les indigènes ;
e*» Chaque village doit semer de riz une certaine étendue de terrain appelée champ du roi ou de la reine. Le produit de la culture est vendu et doit être, ainsi que tous les autres impôts en argent,, envoyé à la capitale.
Suivant la coutume hova, tout indigène valide peut être requis
(1) Tout Malgache est mineur, s'il n'est pas marié. Après le décès du père, la part appartenant aux célibataires est déposée chez un ami ; elle n'est ren • due à son légitime propriétaire que quand celui-ci a pris femme.
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par rautorité pour concourir, dans la mesure de ses forces physiques, à un travail quelconque désigné par le commandant. Les travaux les plus généralement exigés sont : les constructions et réparations des forts ; les transports de fardeaux qu'il faut faire parvenir à une distance quelconque et quelqu'éloignée qu'elle soit ; le soin de servir de passeurs à Tembouchure des rivières non guéables, ou sur les points oii aboutissent les routes. Comme ces deux derniers services nécessitent constamment un certain nombre d*hommes, ceux qui en sont chargés sont exempts des autres corvées.
Telles sont les corvées légalement exigées ; mais outre les précédentes, chaque officier hova, et souvent les soldats, s'arrogent le droit de lever des indigènes pour un motif quelconque. Si un officier meurt sur la côte, son corps est mis dans un tombeau en maçonnerie sur lequel on place du riz et de la betsa-betsa. Au bout d'un an on procède à Texhumation. Les restes du cadavre sont déposés dans une caisse en fer-blanc qu*on transporte par corvée jusqu'à Tîinanarive, chez les parents du mort.
Si un employé de l'administration hova est rappelé à la capitale» le commandant de la province désigne un certain nombre d'individus pour portei ses bagages ; et toujours les corvéables, pendant leurs absences forcées , sont obligés de se nourrir et de s'entretenir euxmèmes.
Au mois de septembre 1863, lorsque la frégate VHermione était mouillée dans le port de Tamatave, le bruit courut qu'on allait assiéger le fort. Les Hovas requirent tous les indigènes de la ville et furent même jusque dans les maisons des traitants enlever leurs domestiques pour évacuer tous leurs bagages vers l'intérieur.
ReveritLS que le Gouvernement retire des provinces. — Du temps de Radama II, les revenus du Gouvernement étaient produits par les impôts pécuniaires cités précédemment, par la vente des troupeaux du roi ou des produits naturels ramassés en corvée. Les sommes provenant des deux dernières sources sont converties en fonds de réserve et employées en cas d'absolue nécessité, comme par exemple, en temps de guerre, famine, etc.
Lorsqu'en vue de faire grossir cette caisse, le commandant fait opérer ces ventes, tous les officiers sont présents au recouvrement des fonds. L'actif est connu de tous. Le gouverneur est responsa-
ble et ne peut disposer que d'une partie de ce capital, à mmns que d'après l'assentiment de tous, il n'en acquière le droit.
Depuis le rétablissenaent des douanes, les droits d'entrée et de «ortie sont les principales ressources financières du Gouvernement Ces droits sont de iO 0/0 sur les marchandises ordinaires et de ^3 0/0 sur les liquides. A la fin de Tannée les sommes perçues «ont divisées en deux parties. Tune expédiée à 4a capitale, Tautre partagée entre les officiers et soldats hovas de tous grades qui, à tour de rôle, ont s«rv<eillé les embarquements et les débarquements* Il est certain quêtes soldats simples douaniers ne touchent qu'une très-faible part; aussi, suffit-il, le plus souvent, de leur donner une «otnme un peu sipérieure à ceile qu'ils recevraient en partage pour leur faire fermer les yeux; de «grandes quantités de marchandises «entrent ainsi par contrebande^ en payant \m droit très-faible.
Les revenus sont encore augmentés par les sommes que la race ^conquérante extorque aux indigènes.
Sur la lettre d'envoi des fonds à la capitale la provenance est indiquée, et le commandantest toujours sûr de recevoir des félicitalions proportionnées à la somme reçue. La lettre est portée par deux officiers et l'argent conduit par 4es hommes de corvée se relayani 4le village en village.
En résumé, vu les circonstances locales et la sounûssion des populations, les revenus, quoique très-éventuels, n'en sont pas moins réels. Il est positif que, grâce à la corvée et les imp4ts pécuniaires «ou en nature, les Hovas, tout en gardant pour etx une certaine somme, trouvent encore le moyen d'expédier à la capitale, vers le mois d'avril de chaque année, des sommes assez considérables.
Tranmiission des oi'dres du Gouvernement. — Les ordres du igouvernenient de Tananarive sent transmis au moyen de lettres et d'instructions verbales par de simples courriers ou par des officiers* Ces ordres sont souvent d'un laconisme tel, qu'on ne sait jamais à «quoi s'en tenir ; ce fait expliq^ jusqu'à un certain point, Tespèce <ie conseil (kabar) en permanence, qui fait le côté le plus saillant 4e la société hova«
Les porteurs de dépêches importantes sont toujours au nombre •àe deux et ont un grade supérieur à celui de septième honneur. Quand ils approchent de leur destination, ils font avertir te com-
mandant. Gclui-ci envoie à leur rencontre, pour les recevoir, des officiers de noême grade qu'eux, accompagnés de quelques soldats et tambours. Lorsque ce piquet d'honneur sort de la batterie, le pavillon national est hissé et l'ordre est donné aux officiers et soldats présents de se rendre dans Tenceinle du fort réservée à la demeure du gouverneur. Lorsque les tambours de l'escorte se font entendre, chacun se range suivant l'ordre établi et toujours en carré : les soldats sur un côté, les officiers et le commandant sur deux autres; les nouveaux arrivés se placent au pied du mât de pavillon, sur la ligne qui fait face au commandant. Tout le monde placé, la réception cx)mmence. La musique joue l'air du roi et de la reine, chacun se découvre et se tourne du coté de la capitale, les soldats présentent les armes ; quand les instruments s'arrêtent, on fait trois fois le salut Veloma ! Veloma ! Veloma ! Aussitôt après, on entonne l'air du premier ministre et les mêmes formalités s'accomplissent. L'air du commandant de la province est ensuite joué ; il sort des rangs, le chapeau d'une main et le sabre de l'autre ; la manœuvre est commandée par Tofficier immédiatement inférieur en grade. On continue ainsi, en jouant Tair de chacun et rendant les honneurs militaires, jusqu'au grade de neuvième honneur inclusivement. A partir de là on ne fait plus que le salut militaire, jusques et y compris le grade de septième honneur.
La réception terminée, le commandant, s'adressant aux porteurs de dépêches, demande des nouvelles de la famille royale, des ministres, des grands officiers, des gouverneurs dans les provinces desquels ils ont passé ; il achève en disant que lui, ses officiers civils et militaires sont en bonne santé et que les populations indigènes sont toujours soumises aux lois. Le plus élevé en grade des envoyés répond à chaque interrogation, puis fait connaître le but de sa mission. Tout le monde entre alors dans le lapa, les lettres sont remises au gouverneur, lues à voix basse d'abord, par le secrétaire, puis à voix haute. Si la question ne nécessite pas une solution immédiate, chacun se retire et le kabar est renvoyé en temps opportun ; dans le cas contraire, on délibère sur-le-champ, chacun émet son opinion depuis Tofficier le moins important jusqu'au plus élevé en grade, mais rarement on prend sur l'heure une décision ; il faut toujours au n:oins deux kabars. La dépêche lue est
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numérotée, on inscrit sur un côté le jour et la date de l'arrivée.
Outre les officiers porteurs de dépêches, le Gouvernement a institué un véritable service postal. Sur toutes les routes, de deux en trois lieues de marche, se trouve au moins un ménage d'indigènes composé de trois ou quatre hommes. lisent pour toute corvée le transport des courriers, mais nuit et jour ils doivent êire prêts à porter au pas de course jusqu'au relai suivant, les missives qui leur arrivent. La surveillance de ce service est confiée à des soldats hovas placés à poste fixe aux endroits oii les facteurs se relayent; ils doivent veiller à ce qu'il n'y ait aucun retard. Le transport des dépêches se fait de cette manière très- vite. Ainsi, pendant notre séjour à Tamatave, une lettre pour arriver à Tananarive, faire sa réponse et nous retourner a mis 7 jours ; pendant ce temps, les courriers avaient fait i5 lieues, ce qUi fait 25 lieues par 24 heures, en supposant \m jour de station à la capitale. . Croyances indigènes. — J'ai lu dans tous les ouvrages sur Madagascar, que les Malgaches croyaient à deux êtres supérieurs, l'un l'esprit du Men,Zanahar, l'autre l'esprit du mal; qu'ils s'inquiétaient peu du premier, mais au contraire, faisaient des offrandes au second, pour se le rendre propice.
D'après les renseignements que j'ai pris à Tamatave, auprès de M. Ferdinand Fiche que tout le monde connaît à Sainte-Marie, et à Agontsi, auprès de M. Guinet, qui habite depuis dix-huit ans Ma : dagascar, cette opinion ne serait pas exacte. Voici sur ce point le résultat de mes recherches.
Les membres d'ilne famille, après leur mort, passent à l'état d'esprits divisés en deux catégories : les bons nommés Zanahar et les mauvais Angatcha. Ces derniers sont ceux qui ont péri par le tanguin. Ces esprits n'arrivent à l'état parfait qu'après la putréfaction complète des corps qu'ils ont occupés. Au-dessus de ces êtres, s'en trouve un supérieur à tous, le Zanahar- bé (grand Zanahar); c'est la personnification de tous les grands phénomènes d(i la nature : le tonnerre, le vent, l'ouragan, le soleil, etc., etc. Les Malgaches ne sacrifient qu'aux bons génies; ils craignent les mauvais, comme les paysans de nos campagnes les feux-follets et les revenants. . Une preuve de ce que j'avance, réside dans la cérémonie qui précède rensemencemcnt d'un champ de riz.
WO BAPPOR.T Wi M. COIGWET^ INGÉNIEUR
Au milieu du terrain à cultiver, on place sur une feuille de raneval de la viande cuite, un morceau d'argent et des bouts de' bambou pleins de betsa-betsa. Le chef de la famille, entouré des^ siens, invoque un h un les esprits des parents qui ne sont pas morts par le tanguin, et dont la liste arrive quelquefois à 5 ou 600- 11 termine ainsi sa prière : «^ Si j'ai fait quelques omissions, que-
♦ ceux que j'ai oubliés me le pardonnent et viennent avec ceux.
• que j'ai nommés partager l'offrande que y^ fois aux bons, car je «r n'appelle que ceux-ci; je compte sur L'appui du Zanahar-bé^ d pour m'aider, moi et les miens, car lui seul est mon. maître. »
A. cette croyance d'un certain nombre d'êtres qui président à tousles travaux de la vie et au-dessus desquels se trouve un chef suprême, ils ajoutent toutes sortes de superstitions. Ainsi, une femme veut-elle devenir féconde? elle dépose sur une roche en forme d'autel, un caillou d'une forme irrégulière qu'elle puisse reconnaître ; si au bout de quelques mois il se trouve à la même place,, elle a l'assurance que son vœu sera exaucé.
Le vieillard épuisé regrette-t-il sa première vigueur,, il s'attache au cou et aux poignets, des amulettes consacrées par les sorciers» (Ponsaves).
Pour réussir à la pêche, ils feront vœu de laisser croître leurbarbe, de se priver des plaisirs de l'amour, de ne manger que de cerlains^mets. Ils tiennent généralement leurs promesses,, et on peut très-rarement leur faire enfreindre les lois qu'ils se sont imposées à ce sujet.
Leurs fréquentes comnmnications avee les Arabes (Antalotchs)^ surtout dans la partie comprise entre le cap Masoala et le cap d'Ambre, ont introduit parmi eux quelques pratiques du mahométisme. Outre Tusage général de la circoncision, ils ont horreur du» porc et du chien ; ces préjugés^ existent surtout parmi les pêcheurs^ et leurs familles. Les peuplades qui se livrent à l'agriculture et lai caste des chefs, nwins en» contîict avec les Arabes, ont pris beaueoup moins de leurs habitudes.
La pluralité des femmes chez les indigènes est une des lois fondamentales du pays; chaque chef en a au moins trois. La première, vadé-bé, est l'épouse légitime ; elle est maîtresse de la case, ses enfants succèdent aux droits et à la fortune du père. La deuxième^
OU vadé-massage, est encore une femme libre, jeune et ordinairement jolie; c'est une espèce de concubine qu'il est d'usage de répudier aussitôt que sa beauté commence à se flétrir. On la remplace alors par une autre prise dans la même caste. La troisième, ou vadé-sindrangno, est toujours une esclave ; c'est aussi une concubine temporaire à qui on donne la liberté aussitôt qu*elle devient mère. Toutes les sœurs cadettes de ces trois femmes appartiennent de droit à l'épouse légitime jusqu'à ce qu'elles soient mariées; et elles sont également soumises à la volonté du maitre. Les iniidélités conjugales sont, d'ailleurs, considérées comme de minces peccadilles; les femmes mêmes ne s'en font pas faute; elles ne connaissent pas la jalousie, et vivent toutes en bonne harmonie dans le même ménage.
L'honneur de la famille, tel que nous le comprenons, n'existe pas à Madagascar. Quand les étrangers arrivent dans un village, on leur offre l'hospitalité la plus complète et dans la plus large ac«* ception du mot. Les jeunes filles considèrent comme un honneur d'être possédées par un étranger. Quand un traitant s'établit sur un point quelconque de la côte, il a bientôt parmi la population des parents et des amis. Sur le bateau qui me conduisit à Agontsi se trouvait un neveu de M. Laborde qui venait fonder une maison de commerce. Il était recommandé au gouverneur de la province. Celui-ci lui procura bientôt une jeune fille prise dans la famille d'un chef indigène. Nous assistâmes au diner de ces noces faciles, après lequel l'union du couple est admise par tout le monde. Ces mariages que chacune des parties peut rompre à sa volonté, forment souvent d'excellents ménages.
Les femmes indigènes unies aux Européens, sont généralement fidèles, et rendent à ces derniers de très-grands services. Souvent elles dirigent elles-mêmes le commerce, font les affaires, surveillent la maison quand le maître est absent. Toutes leurs propriétés, leurs esclaves appartiennent au mari (ju'elles se sont donné. S'il tombe malade, il est sur d'avoir près de lui quelqu'un pour le soigaer avec toute la sollicitude que l'on rencontre chez nos femmes les plus aimantas. Elles passent des nuits entières à son chevet, consultent tous les jours les sikidis (sorciers) pour savoir par que moyen combattre la maladie ; elles n'ont de repos que quand l'objet
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de leurs soins entre en convalescence. Dans leur inquiétude, elle, vont jusqu'à lui administrer sans discernement drogues sur drogues ; ce qui quelquefois amène la mort du patient.
Succession. — Quand un chef de famille meurt, ses biens sont partagés également entre ses enfants. La part qui revient aux mineurs, c'est-à-dire à ceux qui ne sont pas mariés, est laissée en dépôt chez un parent on chez un tiers qui en devient usufruitier jusqu'à répoque de la majorité.
Amour de la famille. — Quoi qu'exempt des démonstrations qui accompagnent chez nous Tamour de la famille, ce sentiment n'en est pas moins vif chez les Malgaches. Qu'un des membres tombe malade, aussitôt tous les travaux sont suspendus, les uns vont chercher des simples dont ils connaissent les vertus, d'autres interrogent le sort au moyen de graines dont le nombre et la disposition doit indiquer à quelle cause doit être attribué le mal et les •herbes qu'il faut employer pour le guérir; d'autres vont chercher le bois nécessaire, etc., ete. Si Tindisposilion est grave, la case ne désemplit pas, et les soins les plus délicats sont prodigués au malade. En cas de ntort, les femmes pleurent, crient en se roulant à terre; les hommes restent calmes jusqu'au moment où l'on apporté les liqueurs fermentées ; la scène dégénère alors en orgie.
Pour les indigènes, la mort est considérée comme un mal sans remède; ils ont pour principe de s'étourdir au plus vite, afin de diminuer le temps de la douleur qui, suivant eux, est inutile, puisque la cause ne peut être prévenue.
Le deuil est porté rigoureusement par tous les membres de la famille; il ne peut être quitté qu'après une cérémonie publique. Pendant tout le temps de sa durée qui est d'un mois ou plus, suivant la douleur des parents, on laisse croître les cheveux, on ne change pas de vêtements, on ne doit naême pas se laver.
Maladies. — J'ai vu les indigènes frappés de toutes les maladies qui affligent les Européens; pas plus que ees derniers, ils ne sont à l'abri de la fièvre ; sur toute la côte est, entre Tamalave et Agontsi, j'ai pu tous les jours constater ce fait. Dans la partie comprise entre le capMasoala et Agbé, j'ai tout lieu de croire que les fièvres sont tout aussi malignes que sur un point quelconque situé plus au sud, Le teint bilieux, l'air rachilique des Hovas, et surtout
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le développeraent extraordinaire de la région abdominale chez les enfants indigènes, prouvent que ce fléau de Madagascar y existe avec autant d'intensité qu'ailleurs.
Les principales maladies sont :
La variole, qui devient endémique et parfois épidémique ; la mort décime alors ces malheureuses populations qui, livrées à l'empirisme le plus fâcheux voient succomber leurs proches sans pouvoir combattre le fléau.
La plaie malgache, framboisia, particulière à Madagascar est une affection qui est souvent produite par la malpropreté, et aggravée parles conditions hygiéniques dans lesquelles vivent les naturels; elle est peu à redouter des Européens.
La lèpre constitutionnelle existe aussi quoiqu'elle ne paraisse pas efi'rayer beaucoup les indigènes. Ceux qui en sont atteints vivent au milieu des autres, sans que ceux-ci s'en préoccupent en aucune façon. La lèpre paraît se transmettre par héritage.
Une maladie terrible qui attaque surtout les enfants et qui a pour eux les suites les plus graves est celle qui se nomme tombotay. C'est une éruption qui a son siège principalement sur la figure et les narines ; elle y forme dés boutons demi-sphériques, qui se couvrent d'une croûte plus ou moins. épaisse, sans qu'il y ait de suppuration abondante. La malpropreté dans laquelle vivent les Malgaches, contribue beaucoup à sa propagation et à son développement. Le traitement de celte maladie par les empiriques du pays amène quelquefois la guérison, mais il est certain que presque tous ceux qui en ont été atteints sont attaqués par une espèce d'ulcère dont le siège est ordinairement la plante des pieds, et que les indigènes appellent tombako-antsoro.
Un fait remarquable, c'est que ceux qui eu ont été éprouvés une fois,>en sont complètement à l'abri parla suite. Les enfants chez qui les symplômesde cette affection se déclarent, sont mis à part; il leur est défendu de jouer avec leurs camarades.
La gale est excessivement commune à Madagascar; les Ho vas surtout en sont littéralement couverts et la multiplient à l'infini par la fréquentation des indigènes sur la côte. Cette maladie arrive chez quelques individus à un développement tellement extraordinaire qu'elle occasionne des affections de tout genre et quelquefois la
mort. On la traite par des frictions faites avec une certaine graisse tirée d'un arbre nommé rara, mais on n'en obtient pas toujours une guérison complète.
Esclaves. — Les indigènes aussi bien que les Hovas possèdent des esclaves. Il est bien difficile d'en évaluer le nombre, même approximativement, parce que ceux qui sont employés au service domestique habitent rarement le même village que le propriétaire, et que les autres sont disséminés sur tous les points que le maître fait cultiver, ou au milieu des troupeaux qull possède. On admet généralement qu'il y a deux esclaves par homme libre. Ils proviennent de différentes sources :
1^ Les esclaves provenant d'héritages sont connus sous le nom de Andevon-raza ; ils font partie de la JËimilIe, vivent à la même table qu'elle, et en constituent la plus grande fortune ;
^ Tout homme libre peut perdre cette qualité par suite [d'une condamnation judiciaire. Pour retrouver sa première position, sa famille est obligée de le racheter ; si elle ne le fait pas, il est esclave à perpétuité, lui et ses enfants. Les malheureux ainsi réduits à l'esclavage, sont presque tous dans les mains des Hovas qui les achètent aux commandants de provinces, 15 à 18 piastres (73 à 90 fr.) et en font un sujet de spéculation. Le rachat se faisant à prix dé* battu, ils usent de leur nationalité pour en tirer une rançon plus élevée.
Le hova convaincu de vol peut aussi être condamné à la servitude;
3"^ Malgré les croisières anglaises du canal de Mozambique, les boutres arabes introduisent une assez grande quantité de noirs de la côte d'Afrique; ils valent 30 à 50 piastres (150 à 250 francs), suivant leur sexe et leur force. Les esclaves indigènes que les Malgaches se vendent entre eux, dépassent rarement le prix de 25 à 30 piastres (125 à 150 francs.)
Quand un individu achète un esclave, il doit s'assurer de sa provenance, car si ce dernier peut prouver qu'il est libre, il est lil)éré sur-le-champ, et l'acheteur n'a de recours que contre le vendeur ;
4® Lorsque les Hovas font une expédition contre une tribu révoltée, ils s'emparent généralement de toute la population et la réduisent en esclavage, en ayant soin de mettre à mort tout ce qui
n'est pas en état de porter les armes ; les femmes et les enfants sont partagés entre le commandant et ses officiers. Âinsi^ lors des dernières guerres dans le sud de Madagascar, le premier ministre actuel, Rainivonialrinihony, qui commandait en chef, eut pour sa part 2,000 esclaves.
Travailleurs hovas et indigènes. — On a vu par ce qui précède, que les soldats hovas, peu nombreux sur la côte ne seraient pas d'une grande ressource comme travailleurs, pour une compagnie qui exploiterait les richesses du sol. Maigres, chétifs et d'une faible santé, ils ne valent pas les indigènes comme force physique. Ils pourraient cependant être employés dans la police qu'on serait obligé d'établir et rendraient alors de bons services. Le gouvernement hova, ombrageux et méfiant, s'il a 45,000 soldats, compte par le fait 45,000 espions. C'est par le système des dénonciations pratiqué sur une vaste échelle, qu'il peut connaître tout ce qui se passe dans les provinces et frapper à l'improviste ceux qui manquent aux lois. Les soldats hovas ont donc tous une profonde con-^ naissance du pays et pourraient être très-utiles en les employant au maintien de l'ordre public. Les bas offlôiers pourraient aussi remplir le même but, mais ils feraient en outre d'excellents conducteurs d'ouvriers indigènes; Thabitude du commandement, la crainte qu'ils inspirent aux Malgaches, leur permettrait de faire rendre aux naturels un travail beaucoup plus considérable que n'importe quel Européen.
Les Malgaches, on le sait, sont divisés en deux classes, les hommes libres et les esclaves de différentes provenances.
Pendant longtemps, je crois, il ne faudra pas s^nttendre à voir les Malgaches de race libre s'astreindre h un travail régulier ; les cultures qui ne demanderont pas un soin assidu pourront seules leur être confiées. Ils n'arriveront à l'état de véritables travailleurs que lorsque le contact avec les Européens aura fait naJtre chez eux des besoins tels que, pour les satisfaire dans la limité de leurs désirs, ils auront reconnu l'absolue nécessité du travail. Actuellement, ils se procurent à très-peu de frais les choses indispensables à la vie, et dès que leur avoir se monte à quelques piastres, ils s'empressent de retourner dans leur village qu'ils ne quittent que poussés par de nouveaux besoin^ Quelquefois même, Hs sont pris d'un violent
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dégoût pour l'occupation qu'on leur donne et alors quittent le travail sans môme réclamer leur salaire. Cependant, dans le cas le plus ordinaire, quand ils se sont engagés pour l'accomplissement d'une tâche, ils fonl peu de difficulté pour la terminer. Sauf deux heures qui leur sont nécessaires pour leur repas, ils travaillent du lever au coucher du soleil.
Le tarif des salaires de manœuvres varie entre 10 et 15 francs par mois, non compris la nourriture qui peut s'élever de 0. 15 à 0. 25 par jour, suivant les localités. Les quelques rares exemples d'indigènes ayant des professions, sont payés à prix débattus.
Les esclaves, principalement ceux de race indigène, vivent à la table du maître et sont considérés comme membres de la famille ; la culture du riz, qui demande peu de soin, est faite par eux ; mais comme les hommes libres n'ont pas un grand amour du travail, le peu que font les esclaves est considéré comme suffisant. Les travailleurs provenant de la côte d'Afrique, sont, à cause de leur posilion, ceux qui supportent presque tout le poids des travaux; ce sont eux aussi qui pourraient rendre le plus de services à des établissemenls agricoles. Ce sont les seuls sur lesquels on puisse compter, et encore faudrait-il prendre des mesures pour les empêcher de s'enfuir dans les bois, dans le cas oîi on en aurait acheté ou engagé un certain nombre.
D'ailleurs, une colonie à Madagascar, ne pourrait s'établir qu'eit se débarrassant du gouvernement hova, au moins dans la partie qu'on voudrait exploiter. En ayant à côté de soi la race conquérante, on aurait pendant longtemps à lutter contre sa jalousie et son influence sur la race indigène. Tant qu'il ne sera pas démontré aux Malgaches que nous voulons nous établir dans le pays avec des forces respectables, tant qu'ils ne nous verront pas donner de rudes leçons à leurs maîtres, ils s'éloigneront de nous. Convaincus de la force des Hovas qui depuis quarante ans les tiennent sous le joug, ils penseront que la crainte seule nous empêche de les attaquer. Loin de nous seconder, ils s'éloigneront de nos établissements et pour leur plaire, ils pilleront nos plantations, nous isoleront complètement et nous forceront à nous renfermer dans l'enceinte de nos fortifications, comme cela est arrivé à Tintingue. ' L'influence des Hovas anéantie, une bonne administration éti^bli-
fait rapidement une organisation satisfaisante pour prétendre à des résultats sérieux. Mais pour y arriver il faudrait bien se garder, comnae on Ta fait dans les petites îles qui entourent Madagascar, de vouloir tout d*abord établir des règlements trop en désaccord av^ec la manière d'être et de faire des indigènes. Je ne mets pas en doute qu'on pourrait obtenir des propriétaires d'esclaves des hommes qu'on pourrait engager pendant un certain temps. Une grande circonspection est nécessaire dans cette circonstance, car tous les hommes libres redoutent Témancipalion forcée, méraè telle qu'elle a eu lieu à Sainte-Marie oii les propriétaires, en 1848, ont reçu 80 francs par esclave. Les faits qui se sont passés dans cette lie àcette époque, leur sont parfaitement connus, et sont pour eux un grand sujet de crainte. Les bras obtenus ainsi ne seraient d'ailleurs pas suffisants pour une exploitation montée sur une grande échelle. La convention entre la France et l'Angleterre pour la suppression des comptoirs d'engagements sur la côte orientale d'Afrique sera, jusqu'à ce qu'elle soit supprimée, un obstacle à la colonisation de Madagascar,
Des travailleurs qui rendraient de grands services, sont ceux que l'on pourrait se procurer par l'émigration chinoise ou annamite. Les peuples de ces contrées, habitués à l'économie et aux travaux agricoles, seraient d'unegrande ressource, surtout dans le cas où la Compagnie s'établirait sur un point de Madagascar, et oîi le gouverne-^ ment français ne se déciderait pas h détruire la domination hova. Seule, isolée au milieu des populations malgaches qui leur sont étrangères et dont ils ont des habitudes si différentes, ils ne chercheraient pas à quitter notre service, pour aller chez des peuplades oii ils seraient mal reçus, traités peut-être en ennemis, et oii sûrement ils ne trouveraient pas d'aliment à leur activité et h leur industrie.
Dans le cas oîi la France, voulant venger les injures sî nombreuses faites à son pavillon sur les côtes de la grande île africaine, déciderait la destruction de la puissance hova et, par suite, la conquête entière de Tile, on pourrait en peu d'années y établir une colonie florissante. Les corvées auxquelles sont habitués les indigènes devraient être continuées dans une certaine mesure, mais bien réglementées. Rendus a la liberté complète, les Malgaches charmés d'à-
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bord, arriveraient bientôt à regretter leur ancien état, lorsque par la force des choses on serait amené à établir des impôts qu'ils ne pourraient payer. Le travail forcé à certaines époques, peut d'ailleurs être considéré comme un tribut payé à TËtat. On pourrait aussi, et tout d'abord, faire en peu de temps et à peu de frais, les routes principales et les premiers travaux d'assainissement. Ne pourraiton pas aussi, comme le font les Hollandais à Java, organiser dans le même but une corvée indigène pour les premiers défrichements ? Mais je laisse à de plus savants que m(H le soin de se prononcer en cette matière.
Paris, le 1*^ mars 1S64.
Signé : COIGNET, Ingénieur de la cmnpagnie de Madagascar,