VOHÉMAR, SON PORT, SA RADE; HABITANTS RIVERAINS
Vohémar, appelé par les indigènes Vohixnarina, ou Hiara, prend son premier nom d'une montagne plate située au fond de la baie, et
son deuxième du grand banc de corail qui ferme la baie à Test.
Le port est formé par un très-grand banc de corail qui commence à la pointe sud de la baie de Vohémar proprement dite, et qui s'étend presque en ligne droite jusqu'à Manambatou au nord. La distance entre ces deux pointes est d'environ 15 h 18 milles marins.
. L'entrée du port est à la pointe sud de la baie, et est tout au plus large de 250 à 300 mètres ; il y a même à se défier d'un pâté de corail qui, par sa croissance assez rapide, tendencore à diminuer cette entrée. Il est situé à environ 300 mètres de l'entrée et presque attenant avec le banc du large.
Le port proprement dit ne s'étend pas plus loin que le travers du village occupé par les blancs ; il est limité à l'ouest par un banc de sable qui n'est pas très-apparent en mer, mais dont on voit trèsbien le commencement à terre. Aussi, dès le moment qu'on donne dans la passe, est-il bon de se tenir prêt à mouiller, à peu près par le travers des premiers grands cocotiers qu'on voit sur la plage. Les navires qui chargent des bœufs viennent se mettre presque à terre avec des amarres»
Ce qu'on appelle la rade est donc l'espace compris entre le grand banc de corail, qui ferme la baie à l'est, et la côte. Entre ce banc de corail et la côte, l'eau est assez profonde pour que des caboteurs puissent circuler jusque devant l'embouchure d'une rivière nommée Mantialaka ; passé ce point, il n'y a plus passage que pour des pirogues à demi-marée.
Le côté sud seulement de la baie de Vohémar est habité : le village qui s'aperçoit aussitôt qu*on a doublé la pointe se continue jusque de l'autre côté du banc de sable dont j'ai parlé plus haut ; il paraît divisé en trois parties : 1® le village des blancs, à Test ; 2» celui des Sakalaves Betsimitsaraks ; 3^ celui des Hovas, remarquable par un rond de cocotiers très-élevés; c'est le plus ouest.
Lors de mon arrivée à Vohémar, l'ancien village des blancs n'était habité que par leurs ex-ménagères et serviteurs. Cet endroit se reconnaît encore par les restes des plantations d'arbres fruitiers
qu'y ont faites leurs anciens possesseurs.
C'est sur ce point que pourront être établies les maisons de commerce. Nous avons pris possession de tout le village, sauf trois emplacements insignifiants. C'est sur ce terrain que nous avons érigé
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la case oii nous habitons ; avec peu de frais il sera facile de faire reculer les mauvaises cases malgaches qui présentement encombrent le terrain. Cet endroit est très-propice pour y établir un grand village, situé devant le port, borné au nord par la mer, au sud et à l'ouest par un marais de palétuviers, et à Test par une partie boisée oîi sont les cimetières sakalaves ; il y a de quoi faire un grand établissement. Il faudrait pourtant, je pense, ne pas commencer de suite à défricher la parlie boisée oîi est le cimetière ; ça ferait naître de graves difficultés avec la population.
Les Sakalaves forment la plus grande partie des habitants de la. province et même de Vohémar proprement dit. Ils sont tous pasteurs, vivent de laitage, de poisson et de riz. Ils cultivent peu; aussi n'est-il pas rare de voir, du mois de décembre à avril, le riz atteindre le prix de 23 à 30 francs les cent kilogrammes. Le peu de riz, qui soit vendu vient en grande parlie de l'intérieur ; les indigènes l'apportent dans de petits paniers (aulombis) garnis de feuilles, et pouvant peser l'un dansTaulre de 13 à 18 kilogrammes chacun.
Les Sakalaves ne veulent pas travailler à Karama ; puis leurs, mœurs, imbues de superstitions et de mahométisme, leur font véritablement une existence spéciale ; ils font mépris d'une quantité de choses, de sorte qu'ils sont très-difficiles pour leur nourriture. Leurs chefs vont même jusqu'à refuser de boire dans d'autres ustensiles que ceux qu'ils apportent avec eux.
Passé lamontagnede la Table, quia donné son nom à la localité, il n'y a plus d'habitations,et le pays est complètement désert jusqu'à Anbodivahibé, près de Diégo-Suarez. Pourtant, un mois avant mon départ, j'ai remarqué quelques cases sur les bords du Mantialaka ; les indigènes qui s'y étaient établis faisaient la pêche et cultivaient le riz,