DU PORT DE VOHÉMAR DANS LE NORD
Passé le village de Vohémar, le pays est désert jusqu'à quelques lieues de la rade; les bestiaux y paissent en liberté ; mais à une journée de marche de Manambato, les magnifiques vallées qui y existent deviennent la propriété des bœufs sauvages; on m'a assuré les avoir vus par troupeaux de 7 à 800 têtes marchant en compagnie.
Lorsqu'on a l'intention d'explorer cette partie, il faut donc tout d'abord s'assurer de vivres en quantité suffisante, avoir de bons porteurs et emporter avec soi tout l'attirail nécessaire au campement, car on est assuré de n'y trouver rà abri ni vivres pendant au moins cinq jours.
En quittant Vohémar, la route passe dans une vallée presque parallèle à la mer, et on va traverser les rivières à environ trois milles de leur embouchure. C'est un voyage excessivement fatigant, lorsque l'herbe n'est pas brûlée. Le jour on est mangé par les mouches, et la nuit les moustiques trouvent moyen de vous dévorer, quoiqu'on dorme entouré de feux.
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J*âi pris possession sur cette côte de tous les endroits oii un navire peut aborder..
Ce que j'ai détaillé du sud de Vohémar est tout h fait applicable ici; seulement les basaltes sont plus fréquentes, ainsi que les granits rouges. Les vallées sont larges et fertiles, le fer y est rencontré moins fréquemment que dans le sud; enfin, sauf l'absence de copaliers et de forêts, c'est la même végétation riche et vigoureuse dans les vallées, maigre sur les mornes et sur les dunes de sable.
Je n'ai pu, à cause des difficultés de passage, n'ayant pas de vivres, visiter en détail tous ces points. Mais, par suite de la facilité d'établir des relations, même avec des pirogues, entre tous ces points, y compris le cap d'Ambre et même Vohémar, j'ai pensé que ce serait une bonne acquisition.
J'ai divisé la prise de possession en deux parties pour le terrain compris dans le nord de Vohémar.
La première partie est un peu au nord de Manambato, là où commence le grand banc de corail qui va presque sans interruption jusqu'au cap d'Ambre. Elle est limitée par un ruisseau nommé Fonty au sud, et s'avance dans le nord jusqu'à un ruisseau nommé Manguerevy qui Umite le nord; la mer le borne à l'est, et, à l'ouest, la chaîne de montagnes nommée Ankokoala. C'est à peu près un parallélogramme de dix lieues de long sur trois lieues de profondeur.
La deuxième partie commence au sud de la rivière de Manguerevy et se continue jusqu'au port Louquez, pour s'arrêter à une petite rivière nommée Inguitry, au nord ; à l'est la mer et à l'ouest la chaîne de montagnes nommée Ankorobé, distante du bord de la mer d'environ trois lieues également.
Il est bien entendu que les montagnes, qui forment la délimitation à l'ouest, s'arrêtent et se terminent là et en face des limites nord et sud du bord de la mer, quels que soient les noms donnés à ces montagnes à cet endroit.
Entre le port Lonky et le lieu dit Andravy commencent Içs pierres calcaires qui se continuent jusqu'au cap d'Ambre.
PROVINCE D'ANTOMBOCKO. — AMBODIVAHIBÉ. — DIEGO SUAREZ.
C'est à Ambodivahibé qu'est le premier village de cette province en sortant de Vohémar, si toutefois on peut, donner ce nom à une
dizaine de cases en plus ou moins mauvais état. Enfin Ik est la douane et le mât de pavillon ; à deux heures du bord de la mer existe le village d'Antombocko, où est construit le fort et. où demeure le commandant hova. C*est le plus grand village de la province.
La baie d'Ambodivahibé succède immédiatement au port Rigûy qu'on laisse au nord. L'eau y est profonde, et le banc de corail qui relie la terre au fond de la baie est assez accore : nous avons mouillé avec le Zaoudzy par 30 brasses de fond, et nous n*étions pas éloi'gnés des récifs.
Dans la saison des vents de sud et d*est, on y est parfaitement à l'abri; mais avec les brises du nord et de nord-eàt on doit y être très-mal.
Le terrain est tout à fait calcaire et semble avoir été laissé par les eaux de la mer à une époque très-rapprochée ; on y voit des bancs de coraux qui sortent de la terre et font un effet étrange. On remarque même des masses de ces rochers dans lesquels les bénitiers sont encore engagés, exactement comme on les voit lorsque, par une mer calme, on regarde, à travers la transparence de Teail, les bancs de «oraux en mer. Les puits, qui pourtant contiennent d'assez bonne eau, sont formés par des excavations entre les pâtés de coraux, et les Sakalaves y descendent pour y puiser leur eau sur les masses arrondies des pâtés qui leur servent d'escalier.
Les montagnes, qui forment la baie, sont toutes de formations calcaires dont on suit les lits sur tous les points que l'œil peut apercevoir. Malheureusement il y a peu de bois de construction , les palétuviers abondent, mais j'ai vu peu d'endroits où Ton pourrait faire de grands abatis de bois de construction.
rORT HOVA.
Le fort hova est établi sur une montagne parallèle au morne carré qui sert de point de repère aux navires qui suivent la côte ; il est très-élevé, et repose dans une espèce de marne blanche qui fatigue les yeux.
Il est composé d'une triple enceinte comme tous les forts hovas ; mais le réduit est placé sur le sommet de la montagne dont on a rendu l'escalade très-difficile pour les assiégeants.
C'est dans ce réduit que se sont réfugiés les hovas lorsqu'on 1854
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ils ont élé attaqués par les Sakalaves ; il n'est resté que 60 ou 80 personnes : tout le reste^ se montant à 600, a été tué ou est mort de faim.
La montagne où est le fort peut être attaquée par des Européens par le morne carré qui^ s'il ne domine pas, se trouve au moins sur le même niveau. On pourrait peut-être l'attaquer par la montagne même sur laquelle il est construit ; mais en arrivant au-dessous du réduit, leur artillerie serait à craindre, car ils plongeraient alors sur les assaillants.
Ce fort, défendu naturellement, est néanmoins le plus difficile à gravir de tous ceux que j'ai vus. Il est protégé presque tout autour par des murailles naturelles à pic, et, sauf la crête de la montagne qui présente un chemin piaf, on ne peut y arriver que par des rampes très-difficiles à franchir.
Du tort> on distingue le port Rigny au nord ; il n'est séparé de la baie d'Ambodivahibé que par une langue de terre d'un demimille à sa basCv L'échancrure qu'il fait dans les terres forme avec la baie d'Ambodivahibé une presqu'île dont la fiiçade qui regarde la mer au large, a environ 4 milles sur 5 de profondeur.
Je crois que, du port Rigny, on pourrait, en cas d'attaque, débarquer sur ce point et gravir, sans de grands obtacles^ le morne carré, et de là dominer le fort qui en est distant d'environ 1,000 mètres.
Du plateau du fort on voit les montagnes qui forment le côte nord de la baie de Diégo-Suarez. Il faut encore quatre heures à un courrier pour se rendre du fort à la baie des Français à J)iégo- Suarezw
La baie de Diégo-Suarez est la plus belle de toutes celles que je connaisse à Madagascar; elle est, je crois, assez facile à défendre. Mais je pense que le cap Diego est le point que devraient habiter les nouveaux colons; avec des embarcations, on peut aller de tous côtés et se retirer le soir sur ce cap, d'où l'on peut établir une facile surveillance et être à l'abri d'un coup de main.
La plaine que forme la côte sud de la baie m'a semblé très-fertile; je l'ai parcourue en différents sens, et, en fait de minéraux, je n'ai vu que du fer qui m'a semblé très-inférieur; les roches de basaltes se rencontrent très-fréquemment. Le calcaire existe au pied des montagnes.
w 15 JUILLET 1863 335
Je suis allé \1siter l'endroit nommé par les indigènes Ampanohara ( c'est-à-dire là oii ^n fait traverser les pirogues de l'est à Fouest ). Il se trouve au fond de la baie des Rafales, près de Tanse Aritafa. ïl faut des pirogues sakalaves (lakampiara) pour pouvoir être passées à dos d'hommes dans cet endroit, car la route à parcourir est d'environ 4 à 5 milles, et il faut gravir et redescendre la montagne du fond de la baie qui fait du cap d'Ambre une grande presqu'île.
De dessus cette montagne le coup d'œil est magique; dans l'est, on voit la baie de Diego presque tout entière ; au nord et au sud, des terrains qui paraissent très-fertiles, et enfin datis l'ouest, on voit la mer au large avec les bancs de coraux et les îlots; puis, sur la côte qu'on a à ses pieds, les ports de Liverpooî, Robinson, et, en face, cette grande baie qui s'étend de Liverpooî jusque près de Nossi-Mitsiou et qui, protégée à l'ouest par les coraux et à l'est par les terres, semble être elle-même un port immense oîi les lakampiara des Sakalaves accostent journellement.
Dans le fond de la baie j'ai remarqué des lits de cailloux roulés de basalte pure ; puis f ai rencontré ces pierres mêlées à des bancs de calcaires qui crèvent le sol de tous côtés, et souvent de couleurs différentes ; les uns blancs, les autres jaunes et même rouges.
Malheureusement, cette belle contrée est mal arrosée, et autour de la baie il n'existe que quelques petits ruisseaux qui ne méritent > pas un autre nom; je crois que des puits seraient faciles à creuser; mais on n'aurait de bonne eau que celle qui sort des couches basaltiques ou qui coule dans les ruisseaux. Il en existe de très-bonne et assez abondante au cap Diego, mais celle qu'on boit près des montagnes calcaires a un goût fade qu'elle doit contracter en traversant des bancs de sulfate de chaux ou des mines de sel gemme.
Je crois pourtant qu'en exécutant des barrages sur les ruisseaux dits des Makis et des Caïmans, on pourrait s'en servir pour irriguer la plaine; en cas d'occupation, le ruisseau des Caïmans serait surtout à examiner.
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