CONCLUSION
GONSIDÉKATIONS GÉNÉRALES. — DIFFICULTÉS DES COMMUNICATtONS AVEC EMYRNE^ TAMATAVE, SAINTE-MARIE, KOSSI-ttÉ> ETC., ETC.
J'ai tout lieu de croire que le nord de Madagascar est beaucoup plus sain qile la partie conaprise entre le câp est au nord et Ta* matave au sud.
Pendant six mois que j'ai habité ces parages en compagnie du tJocleur Giinst, qui n'était pas acclimaté, je 'puis certifier que nous n'avons pas mêmeétéindisposésun seul jour, quoique nous prissions le moins possible de sulfate de quinine, et malgré que les fatigues et les privations auxquelles nous assujettissaient nos courses au soleil et en tout temps, nous eussent exposés à contracter la fièvre.
L'hivernage qui vient de s'écouler a été très-sec ; nous avons ctt à constater, étant à Vohémar, que souvent les rivières grossissaient sans que,sur la côte, nous ayons eu Un jour de pluie. Souvent nous avons vu la pluie tomber dans les montagnes, et le temps rester sec au bord de la mer.
Les difficultés d'exploration consistent :
1® bans ft nombre restreint de malgaches porteurs ; il est souvent difficile de réunir dix hommes ; encore fixent-ils leur salaire à un taux très-élevé ;
2° Dans le manque de vivres pour les hommes qu'on doit em-» ployer, surtout lorsqu'on veut explorer le nord de Vohémar ;
3° Dans Tabsence de chemins oii trois hommes puissent passer de front. Les herbes envahissent les sentiers et les obstruent ; lorsqu'on veut passer en plaine, les hommes se blessent les pieds sur les pousses d'herbes dures et pointues, de façon qu'on est obligé de marcher très-lentement et qu'on fait peu de chemin dans un jour;
4® Enfin dans latiécessitéoii on se trouve d'emporter aviec soi des tentes, etc., et surtout des vivres lorsqu'on quitte Vohémar poui* aller au nord.
Dans ces steppes immenses, on n'a d'autres ennemis à redouter (depuis que les Sakalaves sont en paix avec les hovas) que les mouches dans le jour, des myriades de moustiques la nuit> et les chiens
Sïiuvages qui sonl à la piste pour enlever toul ce qu'ils peuvent attraper. Les moustiques surtout sont insupportables ; il y a un passage vers le travers d'une montagne nommée Manankola, où les indigènes refusent de s'arrêter à cause de ces animaux, môme avec des feux; il est impossible d'y jouir d'a'ucun repos, dans l'hivernage surtout.
Si on ne veut que traverser de Vohémar à Aniombocko, il faut au moins cinq jours de vivres.
Relativement à l'état sanitaire Je l'ai dit, je crois le nord sain. Les Hovas d^Antombocko m'ont même assuré que ceux de leur race qui viennent d'Emyrne et qui contractent la fièvre en route sont parfaiment rétablis un mois après leur arrivée. J'ai remarqué beaucoup d'enfants, et je n'ai pas vu qu'ils aient le ventre gros comme ceux du sud; tous les Hovas, que j'a vus, surtout à Ânlombocko, y jouissaient d'une spleudide santé.
De décembre à avril, les communications par mer, d'Antombocko à Vohémar, sont possibles ; les pirogues des Antankares viennent de.Nossi-bé à Nossi-Mitsiou et à Vohémar; ils font traverser leurs pirogues à Ampanobara, et de là suivent la côte, s'arrétant chaque soir ; en dix à douze jours ils vont de Vohémar à Nossi-bé, pourvu que le temps soit beau.
On m'a assuré qu'en cinq jours un malgache pouvait aller par terre de Vohémar à Nossi-bé ; mais ces routes sont peu connues et surtout peu fréquentées; ils se rendent à Nossi-Fali et de là à Nossi-bé.
Pour se rendre de Vohémar à Tamataveou à Emyrne, il faut près de trois mois pour l'aller et le retour. En partant de Vohémar pour faire ce voyage, les courriers suivent la côte jusque près d'Angoutsi; de là, ils s'engagent dans les terres et arrivent en trois jours à Marantsétra; on dit que les chemins sont affreux ; pendant tout un jour, on suit le cours d'un ruisseau excessivement fatigant, et en sautant ou gravissant de roche en roche. Une foisàMarantsétra, les chemins se bifurquent suivant que les courriers vont à Tamatave ou Tananarive; ceux qui gagnent ce point, prennent immédiatement la route du centre de l'île, et trois jours après atteignen t les routes d'Ankaie. Les autres passent par Manahar, Yvongho, Foui pointe et enfin Tamatave. Pour venir de Vohémar à Sainte-Marie, il faut au moins
vingt jours par un beau teoips.
338 HAPPORT DE M. 6UINET
Je termine ce rapport qui, je l'espëre^sufBra pour donner quelques notions sur ces vastes contrées presque complètement désertes ; le tâmps, et surtout les moyens que j'avais à ma disposition, ne m'oBt permis qu'une étude excessivement sommaire de ces localités. Je serai heureux d^a^rendre qu'elles ont pu être de quelque utilité à la grande œuvre en vue de laquelle mes explorations ont été faites.
S»inte-Marie, I9 15 jniUet IS63.
Signé : F. GuiNET.
RAPPORT DE M. (JUINET,
(da 23 mars 1864.) M. GUINET A M. LE GOUVERNEUR DE hfi COMPAGNIE DE MADACU^CAK.
Vohémar, le 23 mars 1864.
Monsieur le baron, J*ai l'honneur de vous adresser, sous ce pli, le rapport suednct des remarques, études et observations que j'ai faites dans le nord de Madagascar, depuis le 3 décembre dernier jusqu'à ce jour, en exécution des instructions qui nous ont été données par M. le com«mandant Dupré, votre mandataire.
Je regrette vivement, monsieur le baron, de n'avoir pu donner à ce travail tout le développement qu'il devrait avoir ; mais, quel qu'ait été mon bon vouloir à ce sujet, il m'a fallu m'incliner devaiit les circonstances qui m'ont obligé à l'inactivité; car il fallait : l"» vaincre ou détourner le mauvais vouloir et la méfiance des Hovas au sujet de tout ee qui est exploration ; â<^ braver la saison des plaies et les misères de toute sorte qui en sont la suite.
Si le temps le permet, avant que ia mission dont M. le commaBdaat Dupré, en votre nom, a bi^ voulu m'honorer soit termkiée, f espère ajouter encore beaucoup aux renseignaBents que j'ai rhomienr de vous faire parv^ir.
Je suis avec re^ect.
Monsieur le baron, Votre très-huoiMe serviteur.
Signé : F. GUINET.