IP LETTRE DE M. CACHIN
A M. le gouverneur de la compagnie de Madagascar.
Yobémar, le 18 août 1864.
Monsieur le baron.
En confirmation de ma lettre du 18 juillet que j'ai eu l'honneur de vous adresser de Nossi-bé, je vous adresse, avec la présente, la carte de la partie nord de Madagascar que j'ai parcourue, ainsi que le complément des renseignements que j'ai recueillis sur cette partie.
Le pourtour des côtes est conforme à celui de la carte publiée à Paris en 1883, modifiée en divers endroits, selon les relevés partiels que j'ai pu effectuer. Quant aux montagnes et aux cours d'eau, ils ont été tracés d'après les levés ou croquis, résultant de mes diverses excursions, que j'ai exécutés aussi exactement que possible avec un sextant et un compcis de poche seulement.
La formation géologique des terrains, sur la roule que j'ai suivie à travers Tile, diffère peu de celle de la côte. Les granits s'étendent jusque près de la rivière de Louquez, mais non sans interruption,
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car les montagnes qui séparent la yaliée de Manancoula de celle de Sahampane, sont formées de grès schisteux, friables, d'un gris verdâtre, renfermant quelques paillettes de mica.
Un peu au sud de la rivière de Louquez, on rencontre une petite chaîne, d'un calcaire très-dur, appelée par les indigènes Ambatoumitsanga (roches debout) à cause de quelques roches que Ton trouve debout comme des sentinelles, sur un col de la montagne.
A partir de cette chaîne, on nej trouve plus sur la route que des schistes micacés, passant au grès, jusqu'aux montagnes de Louquez qui traversent l'Ile de l'est k l'ouest. En quelques endroits les grès schisteux sont tellement remplis de mica et brillants, que les indigènes les appellent vato-vola (roches d'argent). Les montagnes de Louquez paraissent être, d'un bout à l'autre, de même formation si on en juge par les lignes de stratification qui apparaissent parfaitement horizontales et se prolongeant sans interruption sur , toute la chaîne, ce que je n'ai remarqué sur aucune des montagnes situées plus au sud. Cette chaîne, qui est coupée transversalement par les rivières de Mananzebba et de Mahavavi, est de formation calcaire.
Le sol des vallées est généralement très-fertile, surtout près des rivières, ou dans les endroits suffisamment arrosés. Outre les vallées de Mananbato, de Sahampane, de Manancoula et de Louquez, que j'ai mentionnées dans ma dernière lettré, et qui sont situées à Test des montagnes centrales, on rencontre, après avoir franchi celles-ci, la plaine de Mananzebba qui renferme aussi des terrains d'une grande fertilité. Elle est arrosée par la rivière dont elle porte le nom, par la partie supérieure de la rivière de Mahavavi, et par leurs affluents. Cette plaine, qui n'est qu'une immense vallée, limitée à Test et au sud par les montagnes centrales, au nord et à l'ouest par la partie occidentale de la chaîne de Louquez, est d'une étendue considérable. J'ai employé plus d'une journée de marche pour la traverser.
Au nord-ouest de cette plaine, se trouvent les marais de Babano qui, lui-même, est d'une certaine étendue.
On rencontre ensuite la plaine de Mahavavi qui s'étend à l'ouest des montagnes du Louquez, jusqu'à la mer. Elle est arrosée, au
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nord, parla partie inférieure de la rivière de Mananzebba et, au sud, par celle de Mahavavi. Il faut à peu près cinq heures de marche pour la franchir. Formée en grande partie d'alluvions, cette plaine parait très-riche ; près du village de Mahavavi, résidence du chef Tsimatauth, se trouvent des terrains d'une étendue considérable, que Ton peut sans exagération placer au nombre des plus fertiles de Madagascar.
Pour ce qui concerne les routes à établir, dans le but de relier la côte occidentale à la côte orientale, celle qui partirait de Port- Louquez pour aboutir à Mahavavi serait certainement la plus courte et la moins difficile; il n'y aurait que les montagnes centrales à traverser ; et vers le nord de la rivière de Louquez les montagnes ne sont pas élevées.Onpourrait,'en outre, en suivant deux vallons étroits et tortueux, et en allongeant un peu la route, arriver à n'avoir que de très-faibles rampes.J
Si, au contraire, on tenait à relier Vohémar à la côte ouest, la route que j'ai suivie offrirait de sérieuses difficultés pour traverser les ramifications de montagnes qui séparent les vallées orientales. Mais on éviterait une grande partie de ces difficultés en suivant le chemin de Diégo-Suarez jusqu'à la rivière de Sahampane; et de là, en appuyant à l'ouest, pour regagner la rivière de Louquez et le passage dont j'ai parlé plus haut ; car, c'est le seul que je connaisse ; partout ailleurs la chaioe centrale parait très-élevée.
Surtout le parcours de la route je n'ai rencontré de forêt qu'entre Sahampane et Manancoula.
Quoique dans ma dernière lettre je vous aie déjà parlé, monsieur le baron, des populations de la côte occidentale et de leur chef, j'ajouterai ce qui suit :
On évalue à près de 30,00û âmes, le chiffre des populations établies entre la baie de Bavatoubé et la rivière de Mahavavi au nord. D'après ce que j'ai vu dans la partie de cette côte que j'ai visitée et d'après les renseignements que j'ai pu obtenir des indigènes, ce nombre me semble un peu exagéré. Cependant, comme la partie que je n'ai pas explorée peut être plus peuplée' que l'autre, il me serait difficile d'établir un chifl're même approximatif.
Ces peuplades, surtout les chefs, ne paraissent pas exemptes d'inquiétudes à l'égard des Hovas. Ainsi, la première question que m'ont