AU DOCTEUR GUNST, AGENT DE M. LAMBERT
J'ai reçu votre lettre et l'ai bien comprise. Mais c'est la première lois que je vous entends dire que vous soyez les seuls à pouvoir récolter la gomme copale; oui, le roi vous autorise h chercher la gomme copale; mnis sa lettre ne dit pas que vous soyez autorisés k
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embarquer vos récoltes; ainsi ne ponrrez-vous embarquer vos produits avant que je ne connaisse les ordres du roi à ce sujet.
Salut à vous, Signé : rhynogotomar.
Officier du palais 12* ïionneur.
Voilà les entraves qui nous étaient suscitées à chaque instant. Dès le moment que le roi nous donnait le droit de récolter nos produits, il était évident qu*il était permis de les embarquer. Mais tel est le caractère hova. Comme le roi n*en a pas parlé, il faut le lui demander. C'était pour gagner du temps. Il faut en effet sept semaines pour se rendre de Vohémar à Emyme; en comptant le retour et le séjour d'une semaine à la capitale, on arrive à un total de quinze semaines, en admettant que le courrier ne tombe pas malade en route. La mauvaise foi du commandant hova m'avait tellement indigné, que je pris la résolution de ne plus lui écrire. M. Cerveaux, qui avait rejoint son poste, en revint dix jours après me dire que des bandes armées continuaient à parcourir la forêt, en levant notre gomme, insultant nos travailleurs et les repoussant. Je donnai immédiatement Tordre de m'apporter tout ^ce qui restait en fait de gomme copale, caoutchouc, gomme ramin, gutta-percha.
Voici ce que Ton m'apporta :
38 paniers gonmoe copale propre, pesant ensemble. . .678 livres
11 — — sale — 323
38 — — ramin — 680
3 — élastique de l'« qualité 8
1 panier gutta-percha, 1'* qualité, pesant 18
Ce fut tout ce que nous pûmes sauver dans une forêt où nous avions entaillé 80,000 arbres. Il n'y en avait pas même assez pour payer deux esclaves. Le commandant nous fit bientôt annoncer qu'il avait d'autres nouvelles du roi à nous communiquer. M. Cerveaux se rendit au fort, et on lui lut une lettre du roi qui, de nouveau, permettait à tout le monde de récolter la gomme. Immédiatement les Arabes et les Antalotch, qui étaient à Vohémar avec leurs boutres au nombre de treize, envoyèrent leurs esclaves en chercher.
4tô VOtilGB 00 DOGTEim «UNST *
Mais^ buit jours après, le commandant hova recevait une iiutre pté*tendue lettre de Radama qui presmvàit de ne laisser prendre cettjs gomme que par ceux qui étaient munis de titres de propriété.
Rhynocotomar envoya aussitôt des soldats faire des perquisitions dans toutes les cases et fit confisquer toute la gomme qu'on y trouva. C'était bien là un coup de ce commandant hova; selon toute probabilité, ces deux dernières lettres étaient fausses ; mais il avait des dettes et c'était un moyen de se créer des ressources. Nonseulement il fut à même de payer avec sa gomme eopale à un Arabe 1,600 piastres et à un autre 400; mais il acheta en outre quinze esclaves à 80 piastres l'un, et pour 600 piastres d'indiennes, de calicot et un uniforme d'officier de marine; toutes ces acquisitions furent payées au moyen de la gomme provenant des forêts concédées à M. Lambert.
J'attendais avec impatience le retour du Zaoudzy pour aller passer quelques semaines à Sainte-Marie. Enfin, le 8 mai, à midi^il parut. M:, Guinet était resté à Sainte-Marie. Voici la lettre que m'adressait le commandant Delagrange.
Sainte-Marie de Madagascar, 3 mai 1863.
• Mon cher docteur,
Je ne vous écris qu'un mot, M. Guinet vous donnera toutes les indications que vous pouvez désirer. Je ne puis trop vous le dire ; bon courage,quoi qu'il vous arrive. Voilà que la Compagnie est formée. L'Empereur s'est mis à la tête de la question de Madagascar, et une compagnie internationale se monte sur de très-grandes bases. J'attends dans quelques jours VHermoine^ avec le commandant Dupré, qui arrive président d'une nombreuse commission chargée de reconnaître les premiers travaux à faire. Il est plus que probable que Vohémar et Diégo-Suarez seront considérés comme les points les plus importants. Ainsi vous aurez à vous attendre à être prochainement visité par la frégate. Jusqu'à ce moment, quoi qu'il vous arrive, tenez bon comme représentant de M. Lambert. Conservez intacts les droits qu'a donnés la charte.
M. Cachin vient de nous apporter une nouvelle vous concernant, vous ou M. Cerveaux, qui serait bien grave si elle était exacte. L'un de vous aurait été amarré et eomiené prisonnier par les Hpvàs. le
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donne des instructions à M. Leclëre pour réclamer énergiquement contre un pareil traitement. En tous cas, vous pouvez être certain qu'en pareille occurence vous ne seriez pas abandonné, et^ en considérant les conséquences d*un pareil fait pour vos intérêts particuliers comme pour les affaires en général, ce serait le cas de dire : à quelque chose malheur est bon.
Je ne compte pas vous revoir avant le passage de la frégate à Vohémar; en attendant que j'aie le plaisir de vous serrer la main, croyez à tous les sentiments d'estime et d'affection de votre tout
dévoué.
Signé : Delagrange.
P. S. Envoyez-moi par le Zaoudzy tous les documents, plans et autres, que vous avez sur Vohémar et Diégo-Suarez, etc.
J'aurais bien voulu, après avoir lu cette lettre, agir suivant les désirs du commandant Delagrange. Mais si j'étais resté à Vohémar plus longtemps, j'y serais mort, ou bien j'y serais devenu fou. Le traitement que j'avais subi m'avait tellement impressionné, qu'à chaque instant, le jour comme nuit, ces scènes se retraçaient à mon imagination. J'étais, du reste, encore malade, ne pouvant pas marcher; je pris donc la résolution de profiter de Zaoudzy pour aller me rétablir à Sainte-Marie et y passer trois semaines ou un mois. (M. Gûnst raconte ici la visite du capitaine Leclère au commandant hova pour se plaindre des traitements dont iuî, M. Gûnsty avait été victime.)
M. Leclère leva alors la séance en disant que le kabar était terminé quitte à être recommencé au passage de la frégate YHermoine à Vohémar. A notre départ, le coriimandant hova demanda à M. Leclère la permission de lui serrer la main ; celui-ci ne jugea pas à propos de le lui refuser, et nous regagnâmes notre case escortés de la musique hova, à qui le commandant avait donné l'ordre de nous accompagner. Dès notre arrivée, M. Leclère s'occupa de dresser procès-verbal de cette séance, en môme temps qu'il recueillait les dépositions de tous ceux qui avaient été témoins de mes souffrances. De mon côté, je fis mes préparatifs de départ; je remis mes instructions écrites à M. Cerveaux, je m'arrangeai avec les Arabes pour le payement des esclaves que nous avions achetés; nos travailleurs furent payés de leurs salaires, et je laissai à M. Cerveaux, en outre
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de la solde, une somme suffisante pour sa nourriture et pour payer les travailleurs. J*avais acheté à un Arabe 50 livres de sucre que je lui remis, ainsi que 30 litres de vin que lui céda le Zoonàzy^ et
10 barriques de rhum que nous avions déjà, et je partis le lendemain à sept heures du matin sur le Zootidst/, comptant (tre de retour au bout de quelques semaines.
Nous fumes assaillis par une violente brise du sud qui dura plusieurs jours et par une mer très-grosse qui noas obligea de renoncer à gagner Sainte-Marie, de telle sorte que dix jours après notre départ de Vohémar, nous jetions l'ancre h Nossi-bé sur la côte ouest ; le Zaovâzy faisait beaucoup d'eau, et avait, en outre, à faire changer un de ses mâts qui était entièrement perdu. Différents habitants de Nossi-bé, anciens marins qui avaient navigué sur les côtes de Madagascar, à qui je demandai leur opinion furent tous d'avis que le Zaoud%y mettrait au moins deux mois à se rendre à Sainte- Marie, en admettant qu'il pût y arriver; chose incertaine avec les fortes brises contre lesquelles il lui faudrait lutter.
Je jugeai alors que le parti le plus raisonnable pour moi était de retourner par terre à mon poste de Vohémar, qu'il était de mon devoir de ne pas abandonner pour longtemps, ce qui pouvait arriver si je m'exposais à passer deux mois en mer. Au bout de dix jours, le Zaoudzy avait terminé ses réparations ; et comme il se disposait à partir, je fis débarquer mes malles et je me préparai à profiter du Zaoudzy pour me rendre avec M. O'neill à Nossi-Mitsiou, où je voulais aller prendre des renseignements sur la nature du voyage que je désirais entreprendre. M. O'neill expédia immédiatement son bateau pour les iles oii il devait nous attendre pour nous ramener ensuite à Nossi-bé. Nous partîmes le lendemain dans l'aprèsmidi et nous ne tardâmes pas à arriver à une lie ou nous débarquâmes.
C*est là que nous apprîmes d*un vieux chef chez lequel M. O'neill me présenta, la triste fin de Radama et l'avenément de Rasoahérina.
11 nous annonça, en môme temps, que les Ântankares et les Sakalaves se préparaient à la guerre contre les Hovas, et nous raconta, dans les moindres détails, toute mon aventure de Vohémar, sans se douter qu'il avait devant lui la victime de ce lâche attentat. Lorsqu'il sut que c'était à moi qu'avaient été infligés les traitements
barbares qu'il nous retraçait, il me conseilla fortement de renoncer à mon projet de retourner à Vohémar, en me disant que depuis la mort de Radama le pays était dans le plus grand désordre.
Cette nouvelle me causa un profond chagrin et me jeta dans la plus pénible indécision. Je regrettais vivement de n'avoir pas appris cette nouvelle avant le départ du Zaoudzy dont j'aurais profité alors pour me rendre à Sainte-Marie; en même temps, je me demandais encore si ces bruits étaient bien fondés.
En revenant à Nossi-bé, j'appris que plusieurs embarcations arrivées de difTérents points de la côte ouest étaient venues confirmer la nouvelle. Je consultai le commandant Derussat et plusieurs autres membres de Tadministration, et chacun de ces messieurs m'engagea à ne pas entreprendre ce voyage. Enfin, après, bien des indécisions, je me décidai à me rendre à Nossi-Mitsiou, auprès du roi des Ântankares, pour voir dans quels termes il se trouvait vis-à-vis des Hovas, et juger de ce que j'aurais à faire. Le commandant de Nossi-bé me remit une lettre de recommandation pour le roi et je partis le lendemain sur un boutre arabe qui n'arriva aux lies qu'au bout de trois jours, grâce à la faille brise que nous eûmes.
Le roi me reçut très-bien. Il parle passablement le créole, de même que son frère. En lui remettant la lettre du commandant français, je lui exposai mon projet. Il me répondit qu'à la première lune, il allait avoir un grand Kabar avec les Hovas après lequel il se pourrait qu'il leur déclarât la guerre et que je devais attendre jusque-là. Malgré mes insistances, il ne voulut jamais me laisser partir. Du reste, les brises du sud-est soufflèrent avec tant de violence pendant plusieurs jours, qu'une pirogue ne pouvait entreprendre de remonter contre le vent et par une grosse mer l'espace de 18 nâilles qui sépare Nossi-Mitsiou de la côte ouest.
L'impatience dans laquelle j*étais, le mauvais logement que j'avais et la nourriture à laquelle j'étais condamné me rendirent malade. Je ressentis les premières atteintes de la fièvre de Madagascar qui, sans m'éprouver fortement, ne laissa pas que de me faire souffrir beaucoup. Enfin il fut décidé un beau jour que le lendemain je me rendrais à la grande terre. Mais nous fûmes bientôt informés que des bandes armées de Hovas parcouraient la côte, et le roi me refusa de nouveau l'autorisation d6 partir. Il m'annonça qu'il désirait aller
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voir le commandant de Nossi-bé; mais notre voyage dura bien plus longtemps, grâce aux stations que fie le roi dans* les différents villages où nous passâmes.
Durant ce trajet, la fièvre me reprit avec assez dlntensité. Enfin, le troisième jour après notre départ, à midi, nous entrions à Nossi-bé. Je demeurai une quinzaine de jours à la campagne, puis je revins k Nossi-bé. Les bruits les plus contradictoires continuaient h circuler, relativement à Radama; un jour on disait qu*il avait été assassiné; le lendemain, cette nouvelle était démentie, et Ton nous apprenait qu*il marchait sur Tananarive à la tête d*une armée de 10,000 Sakalaves, de telle sorte que nous étions encore dans la plus grande incertitude.
De mon côté, j*étais inquiet de savoir ce que devenait le poste de Vohémar ; je pensais que ma présence devait y être nécessaire. £n quittant Nossi-Mitsiou, j'avais ordonné à mes marmites et à mon interprète Amédée de partir pour la grande Terre et de se rendre à Vohémar; je leur avais confié des lettres pour Sainte-Marie et pour M. Cerveaux, à qui je prescrivais d'envoyer un courrier à Ste-Harie. J'avais recommandé à Amédée, dans le cas où il n'aurait pas trouvé M. Cerveaux à Vohémar, de bien s'informer auprès des indigènes de ce qu'il était devenu et de partir immédiatement pour Sainte-Marie.
Au bout de deux mois, je vis revenir mes hommes que je désespérais déjà de revoir. Ils me rapportaient une lettre de M. Cerveaux, qui me pressait de revenir à Vohémar, en me disant qu'il n'avait plus d'argent et que ses provisions étaient épuisées. Il m'annonçait que nos engagés étaient occupés à ramasser dans la forêt la gomme copale que les Hovas avaient épargnée. Mais, malgré ses instances, je dus renoncer à l'idée de retourner à Vohémar. Le chef du service de santé, ainsi que les autres personnes, me détournèrent de ce projet, en me faisant remarquer que j'avais à traverser un pays désert, que je ne rencontrerais aucun village sur ma route, que je serais forcé de camper en plein air, et qu'avec mes accès de fièvre, c'eût été Me que de tenter une pareille entreprise.
Cependant, depuis une quinzajine de jours, j'éprouvais un miei}x sensible dans l'état de n^a ^aaté. J'avais le plus graQd, désir d'aUer, expiqrer la c6te nord-ouest d'QÙ l'on avait rapporté à M. MuU^r un. miaerMremarqH%S^lei.H.-^)ittçr, eui^ i}Qn-^q)er«ei^t. rpbfefijàft^
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mettre à ma disposition des hommes et une pirogue, mais il se chargea en outre de tous les préparatifs de mon expédition. Après trois jours de voyage en pirogue, j'arrivai dans les parages des îles Manioc oii, après bien des recherches, je réussis à découvrir les veines de ce minerai qui, à mon avis, doit être du sulfure de fer, et dont j'ai rapporté différents échantillons, afin de voir si ce minerai ne renferme pas en outre un mélange d'autres métaux.
Dans ces parages, le sol, sur une étendue d'une trentaine de mijles, est formé de très-belles couches d'ardoises de trois pieds d'épaisseur entre lesquelles sont intercalées des couches épaisses de sept pouces de gneiss métarphorique, avec des veines, des prismes de fer de 1 à 2 pouces de hauteur. Ces couches s'élèvent ainsi jusqu'à une hauteur d'environ 60 pieds et sont alors recouvertes de terre. Telle est la composition de ces montagnes hautes de 300 à 400 pieds, aux pentes escarpées que l'on y voit. J'y ai ramassé des échantillons de pierres et de cristaux que je n'avais jamais rencontrés dans les terrains purement schisteux; ces cristaux, de forme cubique, sont à peu près du volume d'un pouce carré, et même plus petits. Mes provisions touchant à leur fin, je dus retourner à Nossi-bé. Enfin le Lynx vint à passer à Nossi-bé. Le docteur Anvely me pressait de quitter Madagascar et d'aller me retremper sous un autre climat. J'obtins de prendre passage sur ce navire, et je revins à Bourbon..*
Signé :GUNST.
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