MÉMOIRE DE LA CORBIERE
Du 8^ octobre i6j2,fay prix à La cor'dière Une
))' lo' Linres de fiïagor'
)) 10 Un car leroii de gros jouet
Du i^'' januier 1673, neuf Liurcs et deniy de
4 15 cordeau câble
4 16 Du 22^, dou:;^e Liures de corde ordinaire . . .
Du T," feurier, fix Liures et detny de corde ordi-
2 12 naire
2 10 Du 6% ceinqe Liures de cordeaji câble ....
Du 7% deux Liures & vn cars de petit cordeau
I 2 câble
7 » Du 10% quator:ie Liurcs de gros cordeau câble.
» 10 Une liures de fil a gor
» 6 Un carteron de petite fifel
Payé à la Cordière, fuiuant l'arrefté de M^ de la Grange, Vingt quatre liures Vnze lolz.
NOTES
(i) Ce serait pousser à la manie le désir d'annoter que d'en chercher l'occasion dans ce détail de cordeau-câble, de fil et de ficelle. Le mémoire est écrit de la même main et avec les mêmes particularités d'orthographe que la liste des fournitures de clou remises à François, c'est donc aussi François qui a dicté : « J'ai pris à la Cordière, etc. » Voilà pour ma part tout ce que j'en puis dire.
Il y a cependant un mot assez bizarre, et dont le lecteur pourrait chercher longtemps l'interprétation ; c'est le mot filagor. J'ai commencé par lire filagon ou filagor. L'un ne me paraissait pas plus intelligible que l'autre. Décidément, à y regarder de plus près ce n'était pas filagon; c'était plutôt filagou, fil a gou et fil a gor (voir l'aVant-dernier article du mémoire).
Pourquoi pas fil à gor, après tout? En ajoutant à gor un e muet, on a gore; et gore ou gorre, suivant l'orthographe du xvii= siècle, signifiait une pêcherie, composée de deux rangs de pieux plantés dans une rivière, ces pieux traçant un angle au sommet duquel un filet, en forme de chausse, recevait le poisson dirigé par la disposition des pieux.
On écrivait aussi gors. On écrit gord aujourd'hui, et le filet prend, comme alors, le nom de l'appareil entier.
DU MALADE L\fAGIXAIRE. I39
Le fil à gord est donc du fil à faire le filet en question.
Se servait-on déjà de réseaux de fil pour soutenir les parties découpées de la décoration ? Je ne crois pas; c'est un ingénieux procédé de nos jours. Se servait-on de fil à gord pour coudre les lés de la toile à décor ? Il faudrait savoir avant tout la grosseur de ce fil.
(2) Y a-t-il, sur la note, petit cordeau-câble, gros cordeau-câble, ou petit cordeau, gros cordeau câblé? Ce serait toujours du petit ou du gros câble, A propos de câble, j'entendais dire autrefois que les ouvriers machinistes avaient coutume de prélever un impôt sur l'innocence des curieux admis à s'aventurer jusqu'aux cintres. On leur montrait la longue suite de tambours établie dans toute la largeur du théâtre, avec des centaines de cordages, partant de ces énormes cylindres, passant chacun sur sa poulie, et tendus comme des cordes de catapultes. Plus ce formidable appareil frappait les visiteurs d'étonnement, plus vite ils tombaient dans le piège. Leur première exclamation était pour la grosseur des cordes. Une fois le mot prononcé, ils apprenaient que c'était le mot défendu,, et, comme aux petits jeux, on leur faisait donner un gage, autrement dit, payer une amende.
Dans le vocabulaire du théâtre, les cordes s'appellent des fils, par antiphrase. Le chef machiniste qui commande une manœuvre sur la scène et qui a besoin qu'on lui flisse parvenir d'en haut l'extrémité d'un cordage, cric aux ouvriers du cintre : Envoyezmoi un fil !