C. Preuost
NOTES
(i) Peu de chose encore à remarquer dans ce petit mémoire de la chandelle donnée à François par l'ordre de M. de La Grange, lequel mémoire, plié deux fois en long sur la largeur, porte comme suscription : « Mémoire pour François, 1673. ^^
La suscription et le mémoire sont écrits de la même main, qui est celle de G. Prévost. Nous verrons tout à l'heure un second mémoire de chandelles, beaucoup plus considérable et qui porte la signature de Jeanne MagouUe ou MagouUet.
A s'arrêter sur le début des deux factures, on remarque deux verbes dilTérents qui sembleraient classer les deux personnes, l'une par rapport à l'autre.
Mémoire de la chandelle que j'ai donnée à François, dit Prévost; — Mémoire de la chandelle que yxv fournie , dit Jeanne Magoullet. Gelle-ci fournit, celui-là livre. Jeanne MagouUet serait la marchande et G. Prévost serait son commis, d'autant plus qu'il a une écriture de commis, courante et bien lisible. Sur l'écriture, au contraire, Jeanne Magoullet en sait tout juste ce qu'il faut pour mal signer.
Mais l'état n" I leur donne à chacun son article à part, avec sa profession désignée, qui est la même, et le même verbe pour
tous les deux : « A M. Prévost, chandelier, qui a fourni 38 livres. » « A la chandelière, qui a fourni 84 livres. » M""^ Magoullet foisait les grosses fournitures. Pour les petites, on allait peut-être à Prévost, comme au plus voisin.
Quant à François, c'est toujours notre même François qui tient en compte la chandelle comme la quincaillerie, et la distribue aux ouvriers.
Le 5 décembre, le jour où commence le travail, Prévost lui remet douze livres de chandelle, une provision qui va jusqu'au 2 janvier sans doute, mais dont l'emploi n'est pas énoncé.
En admettant, ce qui est très-probable, que cette première fourniture ait été appliquée tout de suite au service des menuisiers, du 5 décembre au 2 janvier nous avons compté douze jours de travail; ce serait donc une livre par jour, avec deux ouvriers seulement. Plus tard, le travail pressera davantage; le nombre des ouvriers s'accroitra et la dépense de luminaire s'accroitra de même.
On peut voir que La Grange n'a rien rabattu, sur les chiffres de Prévost, c'est que le tarif de la chandelle était fixé depuis cinq ans par une ordonnance de police.
En 1668, lorsque M. de La Reynie organisa l'établissement des lanternes pubhques pour éclairer la ville de Paris, la consommation des suifs augmentant, les bouchers profitèrent de l'occasion pour en augmenter le prix, et les chandeliers, par suite, pour augmenter en proportion, — c'est-à-dire hors de proportion, comme toujours, — le prix de la chandelle. Une plainte générale s'éleva. La question examinée, le Lieutenant de police rendit, le 11 mars 1669, une ordonnance par laquelle il défendit aux chandeHers de vendre leur chandelle plus de sept sous la livre.
ù peine de deux cents livres d'amende. L'ordonnance de 1669 fut en vigueur pendant près de dix ans, non pas toutefois sans qu'il fût besoin de la renouveler dans l'intervalle.
(2) Le travail du décorateur, en tant qu'études et dessins, précède celui des peintres. Ses projets approuvés, ses dessins reçus, il donne les mesures aux menuisiers qui préparent les châssis, qui les assemblent et qui en découpent les profils. Vient la besogne des tapissiers qui broquettent les toiles sur les châssis et sur les perches. Pendant ce temps, les peintres attendent à leur tour qu'on leur livre les châssis et les rideaux pour les imprimer au blanc et à la colle avant de peindre. Tout cela demande du temps; mais entre le 5 décembre et le 2 janvier, il y a près d'un mois. L'intervalle me semble bien long, pour être resté vide, étant donné surtout que le Malade imaginaire devait paraître le 13 février à la rampe. N'y avait-il pas eu pour les peintres du Palais-Royal, entre le 5 décembre et le 2 janvier, une première fourniture de chandelles ?