‹ Documents sur Le malade imaginaire: Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, avec une introd. et des notesChapitre 14 sur 47 · MÉMOIRE DE JEANNE MAGOULLET · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE JEANNE MAGOULLET

CHANDELIÈRE.

Mémoire de la Chandelle que j'ay fourni pour les répétitions ' du palais-royalle.

Premièrement, du linidy iG"^^ janiiier, deux liiires^ . .

Plus du niercredy i8""^ januier, deux Hures

Plus du uendredy 20"^", deux Hures

Plus dulundy 2y^^ januier, deux liures

Plus du jcudy 26™^ januier, deux Hures

Plus du jeudy, me/me jour, j'ay donné a M' Bauchan^ dou:;;e Hures de chandelle, par l'ordre de M' Heubert .

Plus du famed y i^'^^ januier, deux Hures

Plus du lundy ■^o'^'' januier, deux Hures

Plus dumardy '^i'^^ januier, deux Hures

Plus deux autre Hures que Von me doibt de la premier fois que l'on a joués les Maris infidelle-*

Plus du uendredy i'^" feuurier, deux Hures

Plus du niefiJie jour, j'ay donné fix Hure '> pour la répétition du jour de la Chandcleiw

Pins du famedy ^""''^ feniirier, deux liiires

Plus du diiJiaucbe ^"'•' feuiirier, deux liiires

Plus du lundy 6""^ fenurier^, deux Hures

Plus du mardy '/"'" feuurier, fay donné trente deux U-

ures^ de chandelle pour la répétition général! e ....

Plus du jeudy ^""^ feuurier, Jix Hures

Qi) « Plus du iiendredy 10^^ feuurier, pour la premier

ii fois que l'on a joué la pièce nouvelle, fay donné

a 53 liur es de chandelle

« Plus du famedy, pour une répétition^, deux lïures . . « Le tout ce monte à 90 Hures de chandelle qui val GG'^ 10^ . « Plus du dimanche i2januier, '^^ Hures pour la deu:(iemes

« fois que l'on joue la piejfe nouuclle

« Le tout ce monte a ic)o Hures de chandelle quy val 66^ lo^

« J'ay receu de Meffieurs les Comédiens du Palais royal La fomme « de Cinquante huict liures feize folz. »

J'ay receu de Meffieurs les Comédiens du Palais royal, par les mains de M' Hubert, la fomme de vingt neuf liures huict folz pour 84' de chandelle fournie pour les répétitions de la pièce nouuelle. Fait ce 13^ feburier 1673.

JEANNE MaGOULLET.

(a) A partir de la fourniture du 10 février, jusqu'au second reçu, la fin du mémoire a été biffée ; mais seulement pour être reportée sur un autre mémoire, celui-ci devant se restreindre, suivant l'énoncé de son objet, aux fournitures de la chandelle des répétitions.

Nous avons indiqué par des guillemets les articles supprimés — qui ne comptent pas naturellement dans le second total, — ainsi que le premier reçu, devenu inutile.

Sur le second reçu, au lieu de 84 livres, il faudrait lire 82; mais le comptable a bien payé pour 84 livres.

DU MALADE IMACIW-URF.. \ ^'

NOTES

(i) D'après le mémoire que nous avons sous les yeux, il est assez naturel de conclure que les répétitions du Palais-Royal se faisaient, chandelles allumées; cependant, il n'y a pas bien longtemps encore que les répétitions du Théâtre-Français se passaient traditionnellement dans l'ombre, sans autre lumière que celle de deux quinquets posés sur la scène aux deux côtés du trou du souffleur, pour éclairer le manuscrit.

C'était dans cette obscurité crépusculaire que Victor Hugo dirigeait les études d'Heniani et d'Angelo, tyran de Padone; Alexandre Dumas, celles de Henri 111 et de Mademoiselle de Bclle- Isle ; Scribe, celles de Bertrand et Raton et de la Camaraderie; Alfred de Musset, celles du Caprice; M™" de Girardin, celles de h. Joie fait peur ; Octave Feuillet, celles du Village; Emile Augier, celles de V Aventurière et du Fils de Giboyer. La salle éteinte passait pour une tradition historique. Avec la salle éteinte, on écartait les curieux. Avec la salle éteinte, au surplus, les acteurs étaient obligés d'apprendre chez eux leurs rôles, n'ayant pas la possibilité de les lire en scène, sur la copie. Ce devait être du temps gagné; mais comme, après tout, quelques-uns des comédiens ne se hâtaient pas davantage, attendant même que la mise en scène,

déjà sérieusement ébauchée, leur donnât l'accent et le mouvement du dialogue, pour faire aller de front le jeu joué, l'action personnelle avec le travail de la diction et de la mémoire, on a ajouté aux deux lampes du souffleur une hollandaise suspendue, donnant un jet de gaz à chacune de ses extrémités. Les répétitions sont plus longues aujourd'hui; mais le résultat n'en a pas été moins heureux.

Les « préparations » du Malade, comme dit La Grange, travaux de menuiserie et de peinture, composition de la musique et du ballet, etc., avaient commencé le 22 novembre, les répétitions ne commencèrent que le 16 janvier; si toutefois il n'y eut pas de mémoire antérieur à celui-ci, pour la chandelle des répétitions; et il n'y en eut pas d'autre, on est bien porté à le croire, quand on sait le peu de temps que les Comédiens mettaient alors à répéter les pièces de théâtre.

Chappuzeau parle de huit jours pour que les Comédiens apprennent un grand ouvrage « quand le temps presse » et de trois répétitions pour « qu'on commence à bien juger du succès que la pièce peut avoir ». A ce compte, trois répétitions suffisaient presque pour mettre cinq actes sur pied. Le Malade n'avait que trois actes, et, du 16 janvier au 9 février, la pièce avait été répétée près de quatre semaines; il n'y a pas lieu de supposer qu'elle ait eu besoin de l'être davantage.

Les répétitions commencèrent donc le lundi 16. Le samedi précédent. Racine avait eu sa séance de réception à l'Académie française, où Corneille n'avait peut-être pas vu sans quelque déplaisir entrer son trop heureux rival; mais le moment n'était pas mauvais pour lui-même. Le Palais-Royal jouait alors Psyché. Applaudi comme au temps du Cid, l'illustre vieillard se sentait

remonté assez haut pour pardonner à Racine sa jeune gloire et ses injustices.

Le mardi 17 lui réservait encore une nouvelle consolation dans une nouvelle victoire. « Le 17, dit la Ga~c'tti% sous la rubrique de Saint-Germain, Leurs Majestés eurent le divertissement de la belle Pidchérie du sieur Corneille l'ainé, représentée par la Troupe des Comédiens du Marais, dont toute la Cour fut merveilleusement satisfaite : ainsi qu'elle l'avait été, quelques jours auparavant, du Clcodat du sieur Corneille le jeune, représentée par la seule Troupe royale », — celle de l'Hôtel de Bourgogne, depuis que celle du Palais-Royal était devenue la Troupe du Roi.

(2) Quelle espèce de chandelles et combien à la livre ?

Il y avait les chandelles dites de cordonnier, de savetier, de brodeur, de carrier et les chandelles de veille.

Les premières, les plus fortes, avaient deux mèches; on en comptait quatre à la livre; des secondes, quatre également, mais elles n'avaient qu'une mèche; puis le poids diminuait et le nombre augmentait graduellement, de la chandelle des six à celle des vingt-quatre, qui n'était pas encore la plus grêle et la plus menue.

Pas de chandelle de théâtre.

Il paraîtrait assez naturel que les chandelles de la rampe fussent du plus gros calibre. Il n'en est rien cependant. Faute de renseignements tout à fait contemporains, nous en avons au moins un qui touche d'assez près à notre date : la réorganisation du luminaire pour les représentations de la Troupe du Roi, lorsque celle-ci passa de l'Hôtel Guénégaud dans la salle du Faubourg-Saint- Germ.ain.

L'ouverture de la salle neuve eut lieu le 18 avril 1689. Le 30

du mois suivant, il y eut une assemblée des Comédiens, dans laquelle on se proposa de diminuer l'éclairage ou plutôt de dégrever le chapitre des frais ordinaires, en reportant une partie de la dépense des chandelles sur les frais extraordinaires. La répartition se régla ainsi :

Frais ordinaires :

20 livres de chandelles des six pour les douze lustres, 6 livres des huit pour la rampe,

1 livre id. pour le bureau et la porte,

id. pour le S"" Subtil au bureau du

parterre, cinq sols.

Frais extraordinaires :

5 livres pour les ailes du théâtre i'*" 5^

2 id. pour les passages ' 14

pour le grand théâtre 3^'" 3' 6^

pour le théâtre en raccourci. ..... i 15

(Le grand théâtre, quand le rideau du fond était reculé aux derniers plans ; le théâtre en raccourci, quand on diminuait la profondeur de la scène.)

Des passages nous n'avons pas à nous en occuper. C'était une disposition des localités nouvelles. Pour ce qui nous intéresse ici, nous voyons la chandelle des six sur les lustres, la chandelle des huit à la rampe.

Ce qui était en 1689 devait déjà exister en 1673. Le nombre des feux aux lustres et à la rampe avait dû augmenter ; mais les deux titres de la chandelle restaient les mêmes.

DU MALADE UfAGINAIRE. I5I

Deux livres de chandelle en 1673 représentaient donc, si l'on veut, seize chandelles à la rampe ou douze aux lustres.

Supposons que le curieux tableau des Farceurs français et italiens, qui appartient à la Comédie-Française, reproduise fidèlement la scène du Palais-Royal en 1673. Six lustres, six chandeliers de cristal, comme dit La Grange, descendent du plafond. La rampe de lumière se divise en trois parties : deux ouvertures d'égale grandeur aux deux bouts de l'avant-scène, une plus longue au miUeu et séparée des deux autres de manière à laisser l'espace de deux escaUers mobiles pour descendre au besoin dans la salle.

On diviserait ainsi le luminaire des répétitions : Deux chandelles allumées à chaque lustre ou quatre à chacune des petites rampes, huit à la grande.

Les acteurs étaient loin d'avoir un demi-jour; mais, en fliit de crépuscule, c'était un crépuscule honnête.

Les couloirs prenaient-ils quelque part à la chandelle des répétitions? La chose ne serait pas impossible. Cependant, sur le registre de la Comédie pour 1 688-1 689, au mois de mars, le 26, les Comédiens jouant encore à Guénégaud, le tableau des frais ordinaires porte cet article : « Pour les lampes des corridors : i' 3' 6'^. » En 1673, les corridors étaient-ils déjà éclairés avec des lampes ?

J'oubliais de dire quelle économie avaient réalisée les Comédiens à la suite de leur déUbération : 1 5 sous sur les frais ordinaires !

(3) Le nom, assez mal écrit, plus mal orthographié, représente à peu près Bouchon ou Bauchon; permettons-nous dehre Beauchamps. Le sieur Beauchamps ou de Beauchamps, d'abord violon ordinaire chez le Roi, puis compositeur des Ballets de Sa Majesté,

était aussi compositeur des Ballets de la Troupe du Palais-Royal. Le mercredi 15 février 1664, c'est-à-dire le jour de la première représentation du Mariage forcé sur le théâtre de Paris, on lit dans le journal de La Grange :

« Donné à M. de Beauchamps, pour faire le ballet, cinquante louis d'or, cy 550'. »

Le 24 juillet 1671, aux « frais ordinaires » de Psyché, il est porté pour onze livres, et en regard, par apostille, La Grange a ajouté plus tard : « Dans le cours de la pièce, M. de Bcauchamps a reçu, de récompense, pour avoir fait les ballets et conduit la musique onze cents livres, ci 1,100 livres, non compris les 1 1 livres par jour que la Troupe lui a données, tant pour battre la mesure à la musique que pour entretenir les ballets. »

Jeudi II août 1672. c Nota encore que le Mariage forcé, qui a été joué avec la Comtesse d'Escarhagnas, a été accompagné d'ornements dont M. Charpentier a lait la musique et M. de Beauchamps les ballets... »

Enfin, récapitulant, à la clôture de mars 1673, tout ce que le Malade imaginaire avait coûté à la Troupe du Palais-Royal en frais de toute sorte, frais ordinaires et extraordinaires : « Les frais journaliers ont été grands, écrit La Grange, à cause de 12 violons à trois livres, 12 danseurs à cinq livres dix sous, 3 symphonistes à trois livres, 7 musiciens ou musiciennes, dont il y en a deux à onze livres, et les autres à cinq livres dix sous. Récompenses à M''^ Beauchamps pour les ballets, à M. Charpentier pour la musique. Une part à Baraillon pour les habits. Ainsi les frais se sont montés par jour à 250'. »

Il faut remarquer « récompenses à M" Beauchamps ;) . M. Jal avait déjà établi cette pluralité ou mieux cette dualité des Beau-

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champs. « Parmi les violons du Roi, dit le savant biographe, parmi les violons du Roi qui faisaient des entrées, sur le théâtre, dans les Ballets où figurait Louis quatorze, ou dans les divertissements donnés à Sa Majesté, paraissaient souvent deux Beauchamps, que les programmes ne distinguent point et que les commentateurs ou éditeurs de Molière n'ont pas distingués davantage. » On voit que La Grange ne fltisait pas autrement. Les exemples ne manquent pas non plus à nos jours, dans les lettres, dans les arts ou l'industrie, de ces activités, de ces talents jumeaux qui se plaisent à être confondus, et que le public sert à leur goût en ne les nommant qu'au pluriel, sans chercher à les mieux connaître. Mais les Beauchamps n'étaient pas deux frères. Louis Beauchamps et Pierre Beauchamps étaient le père et le fils. C'est du dernier qu'il s'agit, lorsque La Grange ne nomme que l'un des deux. Ici nous les voyons à l'œuvre ensemble. C'était Pierre qui composait les pas. C'était lui qui battait la mesure et conduisait l'orchestre. Son père lui venait en aide pour entretenir les ballets, ce qui veut dire pour faire travailler les danseurs, pour veiller à ce que ceux-ci fussent toujours en nombre complet et pour préparer des élèves dans ce dessein.

Les Beauchamps avaient sans doute une sorte de classe au Palais-Royal, et les douze livres de chandelle qu'Hubert a fait donner, le 12 janvier, à M. Bauchan étaient pour le service de cette classe, en d'autres termes, pour les répétitions particulières de la danse,

(4) Les Maris infidèles de de Visé, on l'Ami de tout le inonde (a).

(a) Relevons une erreur et même plus qu'une erreur des frères Parfaict, à propos de VJini de tout le ir.jnJc : « Nous ne coiiii.aissotis cette j)iéce que par

La première représentation avait eu lieu le mardi 24, et la fourniture des deux livres de chandelle, avait été omise à sa date.

De Visé avait déjà donné cinq pièces sur le tliéàtre de Molière : la Mère coquette, la Veuve à la mode, la pastorale de TDélie, l'Accouchée, ou l'Embarras de Godard et les Maux sans remède.

La Mère coquette fit bonne contenance, en rivalité avec celle de Quinault et de l'Hôtel de Bourgogne ; la Veuve à la mode ne déplut pas, elle passa même en province pour une pièce de Molière, et y fut imprimée comme telle. La pastorale de Délie, VEiiibarras de Godard, eurent l'honneur d'être représentés devant la Cour et avec assez de succès pour que le Roi voulût bien être le parrain d'un des enfants de l'auteur. Quant aux Maux sans remède, ce fut l'affaire deux jours, le 11 et le 13 janvier 1669 ; après quoi il n'en fut plus question.

Les Maris infidèles vécurent deux fois ce qu'avaient vécu les Maux sans remède. La pièce se donna seule, c'était donc une

les registres de la Troupe de Molière, qui en marque {sic) la seule et unique représentation, donnée sur le théâtre au Palais-Royal, le 24 janvier 1675, à la suite des Maris infidèles. » (Hist. du Th.-Fr., t. XI, p. 274.)

L'erreur s'explique. Hubert a écrit sur son registre : Les Maris infidèles et l'Ami de tout le monde. Et pour ou : c'est le procès de Figaro avec Marceline. La Grange a mis ou; c'est lui qui a raison.

Il y avait bien une comédie d'Hauteroche intitulée: les Apparences trompeuses, ou les Maris infidèles; mais cette pièce, jouée l'année précédente, à l'Hôtel de Bourgogne, n'a jamais passé de là au Palais-Royal; les savants historiens du Théâtre-Français ne devaient pas l'oublier. Ce qu'ils devaient faire encore, . ayant le registre d'Hubert entre les mains, c'était de tourner la page ; ils auraient vu que les Maris infidèles de de Visé avaient vécu un peu plus d'un jour.

Les dictionnaires des théâtres qui se sont suivis n'ont pas manqué de s'approprier l'erreur des frères Parfaict, et ils l'ont agrémentée de fantaisies diverses. Plus exacts à la reproduire, *ils seraient encore restés moins loin de la vérité; mais l'inexactitude est l'indépendance du copiste.

grande pièce. Elle s'arrêta court le 31 janvier, ce fut donc une pièce tombée; mais Molière n'avait pas besoin d'une pièce qui durât. Il ne demandait à celle-ci que de faire six spectacles avant la première représentation du Malade imaginaire ; elle n'en fournit que quatre. Trissotin (les Femmes savantes') donna les deux autres, ceux du vendredi et du dimanche, 3 et 5 février. Relâche le mardi 7 pour la répétition générale, et la première soirée le 10. Voici les recettes des Maris infidèles dans leur rapide décroissance : la première 893^, la seconde 645' 10% la troisième 599' 10% la quatrième 179' 10'. Molière avait arrêté Psyché à 858 livres quinze sous, ce qui était encore une belle recette; mais le Malade prenait tout le théâtre pour ses dernières répétitions, et les machines de Psyché encombraient. Quelle que fût sa pièce, Donncau de Visé n'avait sans doute consenti à être joué dans de telles conditions qu'avec l'espoir d'être repris après le Malade. Après le Malade, la Troupe de Molière, en deuil du maître et d'ellemême, eut autre chose à fiire que de ressusciter les Maris infidèles : c'était de ne pas mourir à son tour.

(5) A la façon dont le mémoire passe du 31 janvier au 3 février, on croirait d'abord qu'il n'y eut pas de répétition dans l'intervalle. Il y en eut une cependant le 2, c'est-à-dire le jour de la Chandeleur, et plus qu'une simple répétition, puisque les lumières étaient triplées. Seulement la rédaction de la chandelière aurait besoin d'être refaite. Au lieu de : « Plus du même jour (qui était le 3), j'ai donné six livres pour la répétition du jour de la Chandeleur», — lire: Plus six autres livres données, la veille, pour la répétition du jour de la Chandeleur.

Quant au i" février, v.c fut ce jour-là que fit son apparition

Cadmus et Hcniiionc , le premier opéra, proprement dit, de Baptiste en collaboration avec Quinault. Grosse affliirc. Il y avait là dedans l'avenir de l'Académie de musique, celui de la Comédie peut-être, et avant tout la bonne ou la mauvaise fortune du Malade imaginaire. Contre quelle supériorité d'invention mélodique et d'exécution allait-on se heurter? Contre quelle prévention passionnée de la mode ? Il est bien possible que Molière ait voulu en juger par lui-même, et qu'il ait donné congé à sa répétition, pour assister à un spectacle qui le tenait en souci.

(6) « Le 6 , dit la Ga:^ctte, aux nouvelles de Saint-Germain, Ms' le Dauphin donna le bal dans son appartement, avec un éclat et une galanterie merveilleuse, et ce beau Prince en fit l'ouverture, menant Mademoiselle avec une grâce qu'on ne pouvait assez admirer, non plus que celle de cette jeune princesse, l'un et l'autre étant si brillants par le grand nombre de leurs pierreries, qu'on ne saurait rien voir de plus magnifique. Tous les seigneurs et toutes les dames y parurent aussi dans un éclat extraordinaire, et la collation fut servie à la Compagnie en douze grands bassins de toute sorte de fruits et de confitures, des plus rares de la saison. Ainsi rien ne manqua à la beauté de ce divertissement, où Leurs Majestés se trouvèrent accompagnées de Monsieur et de Madame, pareillement tout couverts de pierreries. »

Décidément, le carna-^^al à la Cour se passait assez bien de MoHère.

(7) « Les Comédiens, — dit Chappuzeau, parlant toujours de la pièce que l'on répète, — ne se hasardent pas de la produire qu'elle ne soit parfaitement bien sue et bien concertée, et la dernière répétition doit être juste comme lorsqu'on veut la représenter. »

DU MALADE ntAGIXAIRE. I57

Pour le jeu des acteurs, sans contredit. Quant aux lumières, il pouvait }■ avoir quelque chose de moins. On verra tout à l'heure cinquante - trois livres de chandelle pour la première représentation, autant pour la seconde. La répétition générale n'en employa que trente-deux, ce qui était d'ailleurs un assez bel extraordinaire. Ou iVIolière et ses camarades trouvèrent bon d'économiser vingt et une livres sur la répétition générale, ou l'effet de la répétition montra que trente-deux Hvres ne feraient pas un éclairage assez brillant pour la représentation.

(8) Boursault, sur le Malade imaginaire, et à propos de la dédaigneuse riposte dont Béralde sangle le pauvre Fleurant: « Allez, Monsieur, on voit bien que vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages », raconte une anecdote très-souvent répétée, et qui n'a peut-être pas d'autre raison pour paraître authentique. En admettant qu'elle soit vraie, et que MoHère, averti par un mouvement de la salle, ait dû corriger la brutalité carnavalesque de la première version, c'est ici que le grand comique aurait apporté à Du Croisy son ingénieuse variante. Il est bien certain d'ailleurs qu'on avait senti la nécessité de quelque remaniement, de quelque coupure, soit dans la comédie ellemême, soit dans les ornements, puisqu'il y eut un raccord le samedi, le lendemain de la première représentation.

Ce même samedi, outre le déboire qu'avait eu Mohère de ne pas être appelé à la Cour pour y donner la fête des jours gras, il eut celui devoir l'Hôtel de Bourgogne plus heureux avec Racine.

« Le II de ce mois, dit la Galette, Leurs Majestés accompagnées de Monseigneur le Dauphin et de Madame, prirent le divertissement de la représentation de Mithridate, fort belle tragédie du sieur Racine, où la Troupe royale se fit admirer. »

Joué, pour kl première fois, dans le courant du mois de janvier, Mithridate était ia dernière nouveauté de l'Hôtel. Le Mercure galant en constata le succès avec une habileté de sous-entendus et de réserves qui sentait bien l'ami du Palais-Royal et encore mieux l'auteur jaloux des Maris infidèles.

Le 12, le prince de Condé arrivait à Saint-Germain et saluait le Roi, au retour des frontières d'Allemagne. C'était au moins un illustre et chaud partisan qui revenait à Molière; mais il ne revenait que pour le voir mourir.

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