E LI SABE TTE DE RO XE
NOTES
(i) C'est encore ici qu'il faut prendre garde à soi, se tenir en défiance contre la tentation de faire parler les choses muettes et de forcer les mots à dire plus qu'ils ne disent.
Qu'a de commun la note du papetier avec la représentation du Malade imaginaire ?
Deux mains de papier à cinq sous chaque, fourniture ordinaire de bureau qui regarde l'administration et la comptabiHté bien plus que le spectacle. Quand on supposerait que le souffleur en a pu prendre plusieurs feuilles pour recopier quelques rôles ou même les fameuses parties de M. Fleurant, ce ne serait pas encore de de quoi prêter un grand intérêt à ce pauvre papier qui n'en a rien su et souffre tout avec une égale indifférence.
Il y a là cependant deux autres articles qui m'intriguent : les cent cartons livrés en deux fois, le 29, le 31 décembre 1672, et les quarante cartes fournies du 25 janvier au 10 février 1673. Estce que nous n'aurions pas ici les premiers éléments de la confection des entrées, des échanges et des contremarques du Palais-Ro3'al?
Nos théâtres d'aujourd'hui sont mieux pourvus de tout que n'étaient ceux d'autrefois. Les troupes sesont fixé. Elles ont cessé presque toutes d'être ambulatoires. Comme elles séjournent, elles
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ont perdu l'habitude et la dextérité de l'expédient. L'imprimeur et le graveur sont à leur porte. On leur fait leurs billets et leurs cartons, dont les jeux sont bien complets. Pour qu'il n'y ait pas d'erreur dans la presse et avec le rapide contrôle des entrées, nonseulemtnt les cartons portent bien imprimée la dénomination de la place, mais la place est encore indiquée par la forme des cartons, qui épuisent à peu près toutes les figures de la géométrie. Au Théâtre-Français, par exemple , à un moment donné, — car le découpé des cartons varie chaque fois que les jeux se renouvellent, — le carton des premières loges d'avant-scène sera un carré long ; pour les secondes, les quatre coins échancrés donneront l'octogone; pour les loges du rez-de-chaussée, les échancrures n'abattront que les deux coins de la ligne supérieure, ce sera l'hexagone; pour les loges de la galerie, l'ovale; pour les balcons, le parallélogramme, mais avec la ligne supérieure et la ligne inférieure arrondies dans le même sens ; pour les loges de fltce, le dodécagone, etc.
Il n'v a plus aujourd'hui deux modèles pour les entrées et les échanges. Ce sont les mêmes cartons qui font tour à tour les deux offices, avec deux couleurs distinctes, bien entendu. L'employé, chargé de remettre les jeux en ordre pour le soir, a six jeux à sa disposition, de nuances différentes et qu'il alterne; en sorte que lorsque le bureau fait sa distribution avec le jeu bleu, le contrôle fait la sienne avec le jeu rose, et alternativement.
Quant aux contremarques, on n'en délivre plus qu'au parterre et aux troisièmes galeries. Dans les autres parties de la salle, les ouvreuses s'en passent et reconnaissent leur monde, sans se tromper, à la physionomie.
Mais ce ne sont pas les grands théâtres qui peuvent nous donner
une idée assez exacte de l'ancien monde comique. Les vieux usages se sont mieux conservés dans la province parmi les troupes d'arrondissements et les familles foraines. C'est là que la contre marque se perpétue avec ses hiéroglyphes mystérieux , ses fleurons, ses fleurettes, ses trèfles, ses cachets, ses poiiTçons de toute sorte, alignés, entre-croisés sur des cartes de tout âge. A chaque jour sa marque particulière. On la met avec l'estampille et le pinceau. Le directeur lui-môme se charge de ce soin, et le travail va vite : cent vignettes à l'heure. Cela vaut l'imprimerie, ou la remplace du moins. Avec un bon assortiment d'estampilles, le pinceau de crin et l'encre d'imprimerie, on fait soi-même ses cartons; on fait des contrem.arques et des billets de spectacles, des tètes de lettres au besoin. Je ne veux rien affirmer; mais j'ai bien envie de croire que la Troupe du Palais-Royal, celles de l'Hôtel de Bourgogne et du Marais ont dû aussi, dans l'occasion, se confectionner leurs jeux de cartons à l'estampille. S'il en était ainsi, voilà les cartes et le carton tout trouvés.
L'été, vous êtes à la campagne. Vous entendez, sur la place ou dans la rue, un tambour qui n'est pas le tambour de la municipalité ; c'est le tambour de quelque théâtre nomade qui s'installe et qui annonce son spectacle pour ce soir. Faites bien attention. Le tambour repassera plus tard, mais l'annonceur ne sera plus le même. Si le tambour repasse encore, il accompagnera un autre annonceur. Répondez à l'appel. Prenez l'heure et portez-vous vers les abords de la loge. Le tambour est sur les tréteaux qui fait rage. Les annonceurs ont des costumes. lisseront les acteurs delà pièce qui va se jouer, et, par engagement, ils sont tenus de faire tour à à tour le cri du spectacle. Ils ont aussi leurs rôles dans la parade. Après la parade vient la danse, toujours sur la galerie. La direc-
trice y brille, quand c'est une femme qui dirige la troupe, et digne, sérieuse, elle y déploie ses grâces d'arrière-saison. La danse finit. La foule monte au bureau de recette par un de ces escaliers qui seraient des échelles, comme celui de la Lucinda de Riiy Blas, s'ils n'étaient pas plus raides. Vous suivez le monde; vous entrez, le drame commence; et vous reconnaissez dans les personnages du drame les annonceurs, les danseurs, les paradistes.
Réfléchissez. Rappelez-vous la curieuse gravure qui précède la Comédie des Comédiens, celle de Scudéry : l'élégant jeune premier Belle-Ombre, au poste du portier, sur le seuil du théâtre, et le tambour, escorté d'une façon d'arlequin, revenant d'annoncer par la ville. ExpHquez, si vous pouvez, autrement que comme le décor de la parade, cette rue en perspective figurée, par le dessin, au premier étage du bâtiment et comme posée sur un plancher. N'oubliez pas ces illustres bouffons qui jouaient aussi les souverains, ces énormes enfarinés qui étaient de deux emplois, portant deux noms, l'un à la farce, l'autre à la comédie. N'oubliez pas non plus les danses qu'ajoutait MoUère à son spectacle : la Pallas, le Plan Plan et les Indes, dont La Grange nous a conservé les titres. N'oubUez pas enfin le grand succès de M"*^ Du Parc, au Palais-Royal comme au Petit-Bourbon, et les maillots primitifs qu'elle inventa pour se permettre d'audacieuses cabrioles avec des jupes ouvertes. Réfléchissez-y, quoi qu'il vous en semble, et peut-être trouverez-vous d'autres rapports de ressemblance qui m'ont encore échappé.
-^JT
(Extrait de l'état n° i.)