L. Chambellain (^paraphe cofnpliqué
(Au dos de la 4" page pliéc en 4 fur fa largeur, et en haut dans le A" pli 0
Mémoir pour m'' Def grange pour La Comédye du pallays Royal.
(i) Depuis le vendredi 14 novembre 1664, où La Grange écrivit dans son registre : «J'ai commencé à annoncer pour M. de Molière », c'était sur lui que reposait l'administration du Théâtre. Molière lui en avait confié la parole et la régie. Il se l'était substitué à lui-même, vis-à-vis du public et de leurs camarades, vis-àvis des fournisseurs et de tout le petit personnel attaché à la Troupe. Il avait assez pour sa part d'en être le premier comédien et presque l'unique auteur, de s'appliquer à contenter tout le monde et son Prince, d'improviser des chefs-d'œuvre, de les créer sur le papier et sur les planches, de faire passer sa vie, en l'épuisant, dans son rôle et dans les rôles de tous ses acteurs à la fois.
Le prodigieux travail de Molière ne se comprendrait pas sans un orateur en second pour la conduite des affaires, sans un second comme La Grange, dévoué, sûr et fidèle, n'ayant pas d'autre soin que de bien faire, d'autre désir que de s'effacer discrètement, d'autre ambition que d'être à côté et au-dessous de son maître, d'autre orgueil que de servir à la gloire de son illustre ami.
Les premières fournitures du mémoire de Chambellain datent du commencement de 1672; on est même surpris qu'elles n'aient pas été réglées avec le compte de l'année théâtrale 1671-1672. Le
dernier article est du i6 février 1673 ; il serait possible que cet illisible mémoire eût été présenté au Palais -Royal du vivant de Molière ; mais, en ce cas même, la livraison n'en eût pas moins été régulièrement faite au nom de M. de La Grange ou Desgrange — on n'y regardait pas de si près à l'endroit des noms propres — pour la Comédie.
(2) L'achat des 104 ais ou planches de sapin supposerait la préparation d'une pièce nouvelle; mais, le 12 janvier 1672, on n'entrevoit guère de pièce en préparation que les Femmes savantes.
Molière commençait l'année nouvelle par deux représentations du Bourgeois Gentilhomme. La pièce avait reparu le 27 décembre 1671, devant une magnifique chambrée; mais, en quatre spectacles, la recette était descendue de 1,192')' à 471 livres. Le i^"" janvier lui-même avait eu peine à faire montrer le chiffre d'une pistole. Tartuffe, représenté le 5, l'avait abaissé à 324 livres. U École des Maris, avec le Médecin malgré lai, l'avait encore laissé tomber plus bas (259')! Il était temps que Molière fût appelé à Saint-Germain et qu'un bienheureux ordre du Roi vint rompre la mauvaise chance. Le registre de La Grange ne signale pas ce voyage à la Cour; seulement, du 8 au 15, d'un vendredi à l'autre, ni représentation, ni recette indiquée pour Paris. Il y a évidemment là une interruption, ou, comme nous disons, un relâche; or pendant ce relâche, c'est la Ga::(ette (\m. parle : « L'ii (le onze), dit-elle sous la rubrique de Saint-Germain-en-Laye, Mademoifelle (Marie-Louise d'Orléans, la petite Mademoifelle qui devint reine d'Espagne en épousant le Roi Charles II), Mademoifelle, accompagnée de la maréchale de Clérambaut, fa
gouvernante, arriva ici et le trouva, le foir, aux réjouiiTances de la Cour, qui furent continuées encor par le bal, dans l'appartement de la Reyne, ainfi que le lendemain par la comédie. »
Voilà donc le relâche expliqué. Le mardi 12, la Troupe du Palais-Royal joua la comédie devant le Roi. Quelle comédie ? C'est là ce qu'on serait curieux de savoir et ce qu'il faut se résoudre à ignorer. Serait-ce Psyché, par hasard? mais Psyché appartenait déjà plus à LulH qu'à Molière, et le Roi, j'ai déjà dit ma pensée, n'avait pas institué son Académie royale de musique pour entendre désormais la Psyché du Palais-Royal. Quoi qu'il en soit, Molière rouvrit son théâtre à Paris, le 15, par une brillante reprise de Psyché, pour laquelle tout était prêt, d'ailleurs, en fait de machines. Je le répète, à la date du 12 janvier 1672, je ne vois de pièces en préparation que les Femmes savantes, dont la première représentation devait avoir Heu le 11 mars. Encore n'est-il pas très-vraisemblable que MoHère se soit donné le luxe de faire faire un salon neuf pour M""^ Philaminte (a), à moins qu'il ne voulût, dans une certaine mesure, mettre l'appareil de son spectacle en rapport avec les somptuosités de l'Opéra. Cela peut être. En tout cas, les cent quatre planches de sapin par lesquelles débute la flicture de Chambellain semblent bien avoir été employées dans le cours de l'année, puisque, à partir du 5 décembre, c'est-à-dire du jour où commencent les préparations du Malade, jusqu'au 6 février, le Théâtre redemande 184 planches de bois blanc — sans compter le reste — en douze fournitures.
Sur ces 184 ais, il convient de retrancher les 37 qui furent
(a) Une chambre, dit le Mctnoire des âêcoratlous commencé pour l'Hôtel d<; Bourgogne par Laurent Mahclot et continué par Michel Laurent en 1675.
renvoyés en deux fois. Restait toujours 147 planches et plus, de quoi suffire à la construction des décors du Malade imaginaire ; car on voit que la Troupe, qui ne gardait pas de bois inutile, ne devait pas avoir de réserve en magasin.
Tous les chiffres portés à la marge de gauche et les petites opérations d'arithmétique en brouillon au-dessous du total de Chambellain sont de la main de La Grange, qui a revisé les prix. Le marchand de bois accepte finalement les réductions.
Nota que, en dehors de ses prix un peu surfaits, ledit Chambellain s'était trompé de cinq livres, ou peu s'en faut, à son avantage, dans le total de son addition, comptant 315' 12' au lieu de 310' 13'.
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