POUR LA QUINCAILLERIE
Du 22^ noucmbrc 1672 premierrcmcnt donc à Fransois ' :
Fne Liures de clou ordinaire de »' 4^ 6*^
Deux fors coupeles{cî) de paris de > » 8 »
Du 2^^ vne Liures de clou ordinaire de . ..... » 4 6
Du 2Ç)^ vne Liures de clou de flandre de » 5 »
Du ^^ décembre vne grojfe fouette de i 2 »
Deux Liures de clou de flandre de » 10 »
Du 7^ deux Liures de clou ordinaire de » 9 »
Du iG^ fix Liures de clou de flandre de i 10 »
Du ij^ vne Liures de grande broquetle de » 8 »
Vne Liures de petit clou à latte de » 6 »
Fne forte fairure à queux de » 15 »
Du 20^ vne Liures de clou de Flandre de » 5 »
(a) Couples ou Couplets, ce sont les deux ailes de la charnière.
Deux cfponge de
Du 22'^ deux Liures de clou de flandre de
Deux Liures de broquette Cl ferme de
Vn marteau a tapifié de
Du 2y deux Liures de clou de quaftres de
Deux Liures de clou ordinaire de
Ou ajlres Liures de broquette à ferme de
Deux Liures de grande broquette de
Du 30^ deux Liures de broquette à ferme de .... Du Tf'i" deux Liures de broquette à ferme de .... Du 2^ fanuier 1673 Une Liures de clou ordinaire. .
Du 4*^ deux Liures de clou de flandre de
Du ^"^ deux Liures de clou a Latte de » 10
Du j" quajîres Liures de clou, de flandre de ... . i »
Deux Liures de broquette à ferme de î) 18
Du <)'' fix piton de ;> 3
Du lo"" deux Liures de broquette à ferme de .... » 18
Trois Liures de clou de flandre de " 15
DiL ii'^ Une Liures de clou de flandre de ') 5
Du 12^ quajires Liures de clou ordinaire de .... )■> 18
Vne Liures de clou à crochet de » 5
Deux gros couteau à manche de buis de » 6
Du i-j^ deux Liures de clou de quajlres de » 10
Deux Liures de broquette à ferme de » 18
Deux Liures de clou de flandre de » 10
La partie monte à La Somme de 22*19^ 6'
Du i<)^ fanuier 1673, en continuan :
Deux Liures de grande broquette de » 16 »
Deux Liures de clou à Latte de » 10 »
Deux Liures de clou, de flandre de » 10 »
Du 21*" deux Liures de très petite broquette i 16 »
Fne alefne anmanché de » 3 »
Du 21^ Une Liures de broqticttc à fcnue de .... «^9' "'
Du 25^ Une Liiires de clou ordinaire de » 4 6
Deux Liiires de clou de flandre de » 10 »
Vue Liures de hroquette à ferme de » 9 >'
Du 26'' Une Liures de hroquette à ferme de ... . » 9 »
Du premier feurier :
Deux Liures de clou de flandre de » 10 »
Du 6" quajlres Liures de clou de flandre i » i^
Deux Liures de grande hroquette de » 16 »
Fne Liures de très petite hroquette de » 18 »
Du 8" deux Liures de clou de quajîres de » 10 »
Ouajlres Liures de clou de flandre de i » »
Vue Liures de hroquette à ferme de » 9 ^)
Du <)^ deux Liures de clou de flandre de » 10 ;)
Du 10* deux Liures de clou ordinaire de .... . » 9 »
Six Liures de clou de flandre de i 10 «
Fne Liures de hroquette à fairurié de » 8 »
Deux Liures de clou de quaflres de » 10 >»
Du 11^ deux Liures de clou ordinaire de » 9 »
Du i^^ Une Liures de clou de flandre de » 9 ;)
Le tout ce monte à La Somme de 38
Rcceu Le contenu sy defus, le G" mars 1673
quy ce monte à trente huict Liures. (Signé) MorÉ'
no ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE
NOTES
(i) Voici François recevant en compte les fournitures de clou et de quincaillerie, pour les distribuer aux menuisiers qui construisent les châssis de la décoration, aux serruriers qui les ferrent, au tapissier qui fait le broquetage des toiles.
Sur la note du marchand cloutier, les fournitures partent du 22 novembre, le Jour où commence « la préparation du Malade imaginaire » et vont jusqu'au 14 février, c'est-à-dire jusqu'au jour de la seconde représentation. Il est certain qu'avec deux décorateurs seulement, si les deux décorateurs ne prenaient pas d'aide, — à la chandelle, et dans la triste saison, le travail des décors ne devait pas aller vite; ajoutons que, faute d'espace encore, la besogne des menuisiers se faisait pièce à pièce presque en même temps que celle des peintres.
On comprend donc que le rideau, en se levant le 10, se soit levé, comme il arrive souvent, avant que tout fût prêt; mais, si Molière n'eût pas brusqué les choses, il courait risque de manquer les Jours gras et d'arriver, avec sa grande pièce de carnaval, au surlendemain des Cendres. On comprend aussi qu'après avoir représenté le Malade, en dépit de tous les obstacles, et fait violence à toutes les difficultés, il se soit fait violence à son tour dans la malheureuse journée du 17, pour ne pas supprimer son affiche, le jour précisément où il n'y avait plus un coup de marteau, ni
un coup de brosse à donner, où son spectacle enfin était véritablement complet.
Cela dit, il ne reste guère d'autres remarques à faire sur une note de clouterie dont le détail monotone ne peut offrir d'intérêt qu'aux hommes du métier ou aux économistes curieux de constater l'écart du prix des choses à deux siècles de distance. Je ne me charge pas non plus d'expliquer la supériorité du clou de Flandre sur le clou ordinaire, ni la différence de la petite ou delà grande broquette avec la broquctte à serrurier; mais je m'arrête devant la grosse sonnette achetée le 3 décembre et qui a bel et bien coûté vingt-deux sous.
Ne serait-ce pas la sonnette qu'à l'origine avait Argan sur une petite table placée devant lui, qu'il a maintenant sur une tablette mobile ajustée à son fauteuil et dont il s'évertue : « Drelin ! dreUn ! » à si grand bruit, sans pouvoir fliire venir cette « chienne de Toinette » ?
Notons, en passant, au point de vue des caractères de la pièce, que si Toinette avait quelque inquiétude pour la santé de son maitre, elle serait accourue tout de suite. Puisqu'elle fait mine de ne pas l'entendre, c'est qu'il peut se passer de ses soins; c'est qu'il n'est pas un vrai malade, qu'il est un malade pour rire, un vieil enfant despote et sans patience. — Le « Drelin ! drelin 1 » désespéré d' Argan, avec Toinette qui s'en moque, complète l'exposition du Malade imaginaire, si admirablement commencée par la lecture des parties de M. Fleurant.
Quant à la grosse sonnette, encore qu'on soit tenté de la regarder comme une partie de la représentation, eut-elle bien l'honneur d'y jouer son rôle ? La vraie sonnette d' Argan n'avaitelle pas déjà été portée aux « frais extraordinaires » du 17 février?
« Pour une bourfe de jetons, — marque Hubert, ce jour-là, sur le registre de la Comédie, — pour une bourfe de jetons, une écritoire, quatre poêles à frire et une clochette, 12 livres. » La bourse de jetons et la clochette s'expliquent mutuellement. L'écritoire et les quatre poêles à frire ne s'expliquent pas aussi bien. L'écritoire est inutile, à moins qu'elle ne soit là toujours prête pour M. Purgon rédigeant ses ordonnances. — Les quatre poêles à frire, à quoi serviraient-elles si ce n'est à parodier, dans la cérémonie, la palette des chirurgiens ? Il est vrai que ces deux espèces d'accessoires pouvaient n'avoir pas été achetés pour la pièce, mais alors on en dirait autant de la clochette; et la sonnette de Moret aurait encore un autre argument à faire valoir en sa fliveur. Molière a dit sonnette ; Hubert dit clochette. Ne trouvera-t-on pas que le mot tranche la question ?
Je reviens, quoique j'aie dit, sur un mot tout spécial au théâtre, celui qui caractérise « les broquettes \ ferme ».
Qu'est-ce qu'une ferme en décoration ? La ferme est le contraire du rideau mobile.
Tandis que le rideau mobile, un rideau de fond, par exemple, se déroule et descend des cintres, la ferme monte ordinairement des dessous. Afin qu'elle s'élève ainsi, poussée d'en bas, il fout qu'elle soit solide et ferme, son nom l'indique; aussi est-elle un bâti en bois ou dans lequel le bois entre pour une très-grande part. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, elle faisait le fond du théâtre. « On lui a donné le nom de ferme, dit le Dictionnaire de Trévoux, parce que communément elle est divisée en deux parties qui s'éloignent et se rejoignent à discrétion...» (lisez à volonté). La description, d'ailleurs, me paraît plus claire que l'étymologie. « Il y a quelquefois des préparatifs et des repré-
sentations divertissantes derrière la ferme, qui surprennent agréablement lorsqu'on vient à l'ouvrir dans certains endroits de la pièce, et qu'on aperçoit tout d'un coup un spectacle auquel on ne s'attendait pas. »
Ainsi, dans la Rue Saint-Denis, comédie en un acte, en prose, de Champmeslé, qui s'est donnée pour la première fois le 17 juin 1682, avec Phèdre : « L'ouverture, je cite les indications de la brochure, l'ouverture (comme nous dirions le théâtre au lever du rideau) repréfente la boutique de M. Guindé. » Alaxiv'^scène, changement de décor : « La ferme s'ouvre, et le théâtre repréfente une chambre. »
Il y a aussi « deux gros couteaux à manches de buis » cotés six sous, qui rappellent la fameuse rupture du Dépit amoureux, avec l'injure des cadeaux mutuellement rendus entre Gros- René et Marinette :
Tiens, encor ton couteau ; la pièce est riche et rare, Il te coûta six blancs, lorsque tu m'en fis don !
Le couteau de six blancs, donné par la bonne fille, n'était donc pas tellement à dédaigner, lorsque les forts couteaux à manche de buis valaient trois sous.
Et puis, enfin, un dernier mot sur François.
Dans le registre d'Hubert, 6 janvier 1672, on trouve ceci : «A François, pour étrennes, 3 Uvres. » Or, les étrennes n'étaient pas prodiguées en ce temps-là; car je ne vois pas d'autre gratification du même genre, inscrite à la même date, que 12 livres pour les imprimeurs (de l'affiche), les afficheurs compris peut-être. François était donc un ouvrier sortant de ligne.
Un peu plus tard, le 17, reparait le nom de François, avec
cette circonstance assez particulière : « A François, pour trois jours de jeu... 3 livres. » Cela veut dire apparemment que François jouait aussi dans la comédie. — Tous les gens de service attaches aux comédiens y figuraient, on le sait, — mais François donnait peut-être de plus quelque réplique. Décidément, François tenait du maître Jacques; d'autant plus que maître Jacques était aussi un homme de confiance et un bon serviteur comme François.
(2) Malgré la signature du quincaillier, je me suis permis de transcrire son nom Moret, qui me parait en être la prononciation. On verra de même (pièce VII) sur le mémoire des travaux de serrurerie, le nom du serrurier écrit de deux manières : du Rivet par le commis, du Rivé par le maître lui-même. C'est encore le maître illettré qui ne met pas bien l'orthographe de son nom.
Mémoire des voyages ou ports de boiss' et autres chofes fournies pour les machines du Palais-
Royal.
Premièrement
Du 5^ décembre^ 1672, trois voyages de crochet cur a 4/.
chacun )5^ 12^
Du 6^, vu voyage de , « 4
Du 7^, vn voyage de » 4
Dudit jour, vn voyage de » 4
Du dou:(ie^, un voyage de » 4
Du i^^, deux voyages de » 8
Du iG"", pour la voiture d'vn charretier i 5
Du 22% deux voyages de » 8
Du 4.^ Januier i6j-^, vn voyage de » 4
Du 7% Jix voyages de i 4
Du 20^, vn voyage » 4
Il6 ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE
Du i^"", trois voyages de «'12^
Du 26" j vn voyage de lieux crocbete/irs, lie » 18
Du T," feurier, vn voyage » 4
Plus dudit jour, vn voyage de » '4
Plus dudit jour, deux voyages de » 8
Du 6^ feuricr, vn voyage » »
7' ri^
Plus j'ay foiirny aux peintres pour 12' de charbon^ en
diuerfes fois, cy 12 »
Plus, aux menuijiers, pour quatre francs de colle d'an-
glcterre, cy 4 »
Plus vu pot pour faire leur colle » 4
Plus il vn tourneur qui a tourné des poulies i 10
Plus pour du fanow^ '^14
Plus pour auoir foit reporter le bois qui n':i point feruy . i «
Somme toute 26^ 19^
Receu quarante fept livres tant pour le mémoire cy defTus que pour la récompence que la Compagnie m'a faite ce lo'^ mars 1673.
(Signé) Fraxçois^ Loriau.
DU MALADE IMAGINAIRE. llj
NOTES
(i) Il y avait d'abord boits ; une surcharge a remplacé le t par une s ; mais Vs primitive n'a pas été effacée.
(2) Collationncr ce mémoire avec celui de Chambcllain. Du 5 décembre au mois de janvier, les dates concordent exactement sur les deux factures. Il est naturel en effet que les ports de bois correspondent aux fournitures ; toutefois le mémoire des fournitures de Chambellain dit en propres termes que le bois livré pour M. de La Grange a été porté au Palais-Royal. Il ne peut pas être question ici d'un autre bois, puisqu'il s'agit toujours de la construction des décors. La formule de Chambellain constate donc seulement que le bois est entré au Palais-Royal, sans pour cela que le prix du port soit confondu dans celui du bois. François était chargé par les Comédiens de payer les crochcteurs à chaque voyage.
Le 5 décembre, le marchand de bois livre 12 ais de sapin, de douze pieds; François compte trois voyages de crocheteurs, quatre ais par voyage.
Le 6, quatre ais de 6 pieds, — un voyage. Le 7, quatre ais de 12 pieds, — un voyage.
Il8 ESTAT DE LA RECETTE ET DESPENCE
Plus 3 membrures et un ais, — • un voyage.
Le 12, trois ais, — un voyage.
Le i6, 52 ais... — une voiture de charretier.
Le 22, vingt-six ais de 6 pieds, — deux V03^agcs. Peu de voyages en proportion de la charge.
A partir de janvier, avons-nous dit, la concordance n'existe plus.
Le 4 janvier, pas de fourniture, — un voyage.
Le 6, treize ais de sapin, — pas de voyage.
Le 7, pas de fourniture, — six voyages.
Le 20, pas de fourniture, — un voyage.
Mais les deux voyages du 22 décembre n'ont pas pu enlever toute la livraison et n'en ont emporté qu'une part, laissant le reste dans le chantier.
Si l'on compte, comme nous avons fait plus haut, quatre ais pour la charge d'un crocheteur, les deux livraisons du 22 décembre et du 6 janvier, 26 et 13, donnent 39 ais, c'est-à-dire dix voyages, et dix voyages sont précisément le compte que nous trouvons réparti entre le 22 décembre, le 4, le 7 et le 20 janvier. Ainsi pour la suite. La concordance serait rétablie.
Tout cela est de peu d'importance ; mais on nous pardonnera de vouloir pénétrer autant que nous pouvons, — par le détail le plus insignifiant, foute de mieux — dans la vie de ce théâtre dont Molière a été l'àme, et où se sent encore partout sa présence.
(3) Pour faire fondre la colle qui entre dans l'emploi de la peinture à la détrempe et aussi pour entretenir à l'état liquide les couleurs du peintre en décors qui gèlent souvent pendant l'hiver.
Les décorateurs et les menuisiers n'emploient pas Ui même
espèce de colle. Pour les uns comme pour les autres, c'est toujours une gélatine faite avec des débris de matière animale; mais la colle des menuisiers est sèche et cassante. C'est la colle forte que le mémoire de François appelle colle d'Angleterre. L'autre reste à l'état de gelée molle et tremblante. On l'appelle colle de peau ou colle au baquet.
(4) N'est-ce pas le savon vert pour nettoyer les brosses à peindre .^ ^
(5) C'est François qui fait venir le bois à ouvrer, qui distribue aux peintres le charbon, le savon et la colle; aux peintres et aux menuisiers la chandelle; à ceux-ci la serrurerie et les clous, on le verra tout à l'heure. La Troupe, en lui remboursant ses avances, y ajoute une gratification considérable de 20 livres. François Lorian (Lorian ou Loriau ? Lequel des deux ? Lecture difficile ; mais peu importe ; il n'y a qu'un nom qui serve, et François n'a jamais dû avoir d'autre nom connu que François), François donc était apparemment ce qu'on appelle aujourd'hui un garçon d'atelier, en tout cas, un de ces serviteurs dévoués à l'intérêt de la maison, comme il en est souvent dans les théâtres, qui se font un emploi à côté du leur, surveillants, économes sans titre, par un esprit d'ordre particulier, par un don de commandement personnel, et dont on ne sait pas assez ce qu'ils rendent de services. Le jour où on les perd, on s'aperçoit qu'il fout leur chercher deux remplaçants à la fois.
François, qui écrit son nom. (son nom de François) à peu près passablement, mais qui n'en sait guère plus long, aurait perdu trop de temps à écrire son mémoire. Il l'a donc tait mettre au
net par quelque expéditionnaire; mais une autre main s'y est introduite, celle du vérificateur. C'est celui-ci qui ajoute : « Plus pour auoir fait reporter le bois qui n'a point feruy » et le reçu de 47 livres, tant pour le mémoire que pour la récompense. François ne s'attendait pas à la gratification et il avait d'abord oublié un voyage de charrette. Tout cela sent l'honnête homme, laborieux, désintéressé, qui ne compte ni son argent ni sa peine.