‹ Documents sur le royaume d'Étrurie, 1801-1807Chapitre 1 sur 5 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans l'histoire de toutes les monarchies fondées par Bonaparte, le « royaume d'Etrurie » est la première en date et la seule qu'il ait établie du temps de son consulat. Jusqu'il 1801, année du traité de Lunéville, par lequel la branche des Bourbons de Parme est appelée à régner sur les Toscans, Bonaparte s'est plutôt signalé, en France comme en Italie, par un r6le simultané de destructeur et de réorganisateur de républiques. Et s'il apparaît parfois même déjà distributeur de constitutions, — tel, par exemple, pour la Cispadane et la Cisalpine, — c'est que son tempérament de dictateur déborde au delà de ses pouvoirs; en réalité, il est encore, sinon dans toute l'acception du mot, au moins dans les faits, un agent principal du Directoire. Mais en 1801, maître de la France depuis plus d'un an, fortifié par ses belles victoires de. la seconde campagne d'Italie, et ne rencontrant plus d'obstacles, il agit de son propre chef. Il n'éprouve peut-être pas encore pour lui-môme le goût d'un sceptre, mais il le ressent pour d'autres, pour ses alliés. C'est ainsi qu'ayant besoin de pourvoir la famille des Bourbons de Parme, dont les Etats vont être annexés au Piémont déjà français, Bonaparte renverse le pouvoir vieilli de la Maison de Lorraine dans le grand- . duché de Toscane, tout en se réservant d'indemniser l'archiduc Ferdinand m, son ci-devant titulaire résidant. Bref, il donne Florence à l'Infant de Parme, qui prend le nom de Louis I*', roi d'Etrurie. Le nouvel Etat ne dura que jusqu'en 1807, et j'en ai naguère raconté l'odyssée (1).

11) Voyuî ; le Royaume U'Eh-urie {1801-1807), un vol. in-S", 1890 ((Ulendurir)

DOClINEiyTS SUR LE ROYAUME DtTRVRIË

Le Gouverneur toscan {{),

Au citoyen Belleville, commissaire général des Relations commerciales et chargé des intérêts de la République française en Toscane (2).

Florence, 11 Janvier 1801.

Le Gouvememenl, Citoyen commissaire, a été insulté de la manière la plus atroce dans la salle même de sa résidence. Le commandant de la place, Gautier, accompagné d'un de ses adjudants et de l'adjoint à l'état-major du général Miollis (le citoyen Lavillette), sont venus ce soir dans la salle du Gouvernement.

Le commandant a demandé le montant de frais de table dus depuis plusieurs jours. Les instructions que le Gouvernement avoit reçues de vous et du général Miollis l'avoient décidé à suspendre ce payement; et, par conséquent, il a été répondu au commandant que le Gouvernement altendoit les ordres du général sur cet objet, et qu'en attendant, il pouvoit présenter sa demande par écrit. Lavillette a dit alors que le général ne devoit pas se mêler de pareilles affaires. Chiarenti, l'un des membres

(I) AfI. Etr.,l!i3 A (m 2i),

(2| Belleville répond une lellre d'oKCuses et do blâme pour Gautior.

MENTS SUU LE ROYAUME D ETRORIE.

l, les a fait prévenir qu'il étoit nécessaire que signifiée au général MioDis et que le commanlire lui-même s'il le jugeoit convenable. Lavilors que non seulement il ne se chargeoit pas de is qu'au contraire il étoit résolu d'informer le luvernement étoit composé de canaille. A de iuccédèrent les plus fortes menaces. Lavilletle al>reàChiarenti, qui eut le bonheur de l'éviter. Gouvernement, au lieu de calmer la colère de le l'irriter davantage, puisqu'il redoubla les laces.

u Gouvernement, pour éviter un plus grand compromettre davantage leur dignité, se retiles suit le sabre à la main, il atteint l'autre s) d'un coup de chandelier sur l'estomac, et un coup de sabre dans l'épaule gaucbe.

t de la place fut inutilement invité, dans cet e les mesures nécessaires pour éviter de nouits dont il seroit seul responsable; mais il crut prendre aucune part dans cet événement, et il ir indifférent, pendant que son adjudant pourivec la fureur d'un désespéré.

Énorme n'a point d'exemple, et le Gouverneimissaire, en a été fortement surpris. Il a de- Miollis une réparation éclatante à sa dignité, que la sagesse et la justice dudit général eonire obtenir une demande aussi juste, nt vous fait connoître officiellement tous ces concevant toute l'énormité de l'insulte, vous au général en chef de l'armée d'Italie et aux blique française, pour lui faire obtenir la satisce et la dignité de notre caractère exigent éga-

ration .

Sz^MC ; CUUBBNTI, PONTELLI, DeGHORES.

refaire d'Etat :

■ Magim.

Pour traduction conforme ;

DOCUMENTS StJR LE ROYAUME D*ÉTRURIE. îi

Belleville, commissaire, elc,

Ail lieutenant général Murât y commandant r armée

d'observation (1 ) .

Livourno, 5 pluviôse an IX (25 janvier 1801).

Mon cher Général,

L'aviso le Régulus a été pris à 20 milles du port; mais la veille quatre embarcations avoieht été à la frégate, et nous avons été indignement trahis. Autant j'avois pris d'empressement et de satisfaction à préparer cette expédition, autant je suis douloureusement affecté de Tavoir perdue par notre propre faute. J'ai trouvé à Tétat-major deux officiers anglais qui sont ici depuis deux jours; Tun d'eux a pris l'aviso; je préviens le général Clément, dont la loyauté est surprise, dont l'obligeance est trompée, que je vous prie de donner des ordres pour que ces dangereuses et trop fréquentes communications soient enfin proscrites sans exception. Un ennemi qui nous affame, qui peut nous donner la peste, qui ne vient ici ou ne reçoit des habitants de cette ville à son bord que pour nous nuire, ne me paroît mériter aucune des complaisances qu'on lui prodigue.

L'état de siège de cette place ne me laisse que la voie de la représentation ; mais, depuis que je suis ici, j'ai inutilement réclamé contre ces abus. Votre autorité seule peut les arrêter.

Vous devez, mon Général, avoir reçu de la Banque de commerce un mémoire; vous aurez bientôt une députation; on se promet les plus heureux résultats des protections que l'on croit avoir auprès de vous ; si vous voulez faire payer les propriétaires des bleds, si vous désirez que les marchandises anglaises soient confisquées, si, enfin, les ordres du premier Consul doivent être exéculés, ce ne peut ôtre que par votre autorité et les mesures que je vous ai soumises.

Ainsi, permettez-moi de vous prier, par l'intérêt de la République et par votre gloire, de repousser tous les rapports particuliers qui vous seront faits. Je vous ai dit la vérité, et je vous

\1J AIT. F.lr., i:)3 A :n« 52;,

s SUR LE ROYAUME D ETRURIE.

• VOUS serez ici devant tous les négocianU l. Signé : Belleville.

'uc Ferdinand au premier Consul (i).

!r Consul,

ri-rc, m'a donn^ communication de l'ar-

: conclu, le 9 février, entre votre plénipo-

le l'article secret, et sous la même date,

rprisc que m'ont causée ces articles et la

\ les sentiments que vous m'avez témoi-

itrc connuissance en Toscane, me déter-

l'agréer que je vous fassecommuniquer

<|ui justifient cette surprise.

. cela, comme je ^csp^^e, ayez la complai-

je dois envoyer la personne à qui je don-

i;3 de mon estime et de ma considération

Signé : Ferdinand.

! citoyen Bclleville, commissaire général iales en Toscane (2).

2 venlftse on IX (£1 fÉvrior ISOI).

SOUS les yeux duquel j'ai mis un extrait lu 1 2 pluviôse, n" 33, m'a chargé, Citoyen, qu'il était très satisfait du zèle que vous n importante qui vous est confiée; qu'il

DOCUMENTS SUR LE ROYAUME d'ÉTRURIE. B

appréciait les difficultés que vous rencontriez, mais que vous pouviez être assuré d'être fortement appuyé dans vos mesures.

Le premier Consul vous recommande de faire rentrer le plus d'argent possible dans la caisse de Tarmée, en usant envers les Anglais de la plus grande sévérité. Cette sévérité est bien motivée par la conduite indigne du Gouvernement britannique, qui vient de faire courir sur nos pêcheurs.

Vous aurez vu, Citoyen, par le traité de paix avec l'Autriche, dont je vous ai envoyé une copie le 24 pluviôse, que les destinées de la Toscane sont fixées. Cette nouvelle aura rendu moins vacillante la marche des autorités du pays et elle aura fait tomber tous les projets tendant à donner aux Toscans une Constitution particulière. Vous savez, à présent, dans quel sens doit avoir lieu la direction qu'il vous reste à donner à l'opinion publique.

Je présume que ce changement de dynastie n'a rien qui doive déplaire aux habitans ; il est même plus propre à assurer la neutralité de la Toscane et son indépendance, puisque l'Espagne n^aura jamais aucun intérêt direct à faire la guerre en Italie.

Je n'ai pas besoin de vous faire observer que, la ratification seule du traité du 20 pluviôse pouvant sanctionner les arrangemens relatifs à la Toscane, tout doit y être laissé, jusqu'aux instructions qui pourront vous être transmises, dans son état provisoire.

Le citoyen Moreau Saint-Méry, déjà nommé en nivôse dernier Résident près le duc de Parme, va se rendre à sa destination.

Salut et fraternité.

Le Ministre de rintérieur, Au Ministre des Relations extérieures (1).

Paris, le 19 ventôse an IX de la République française une et indivisible (10 mars 1801).

Je vous transmets, mon cher collègue, la note qui m'a été adressée par l'administration du Musée central des arts : elle contient une description sommaire des statues, bustes, basreliefs et autres antiquités de la galerie de Florence, qui seraient

(1) Aff. Etr., 153 A (no 108).

t- itj.

sadeur, pour vous indiquer le genre d'appareil et niai qui paraitroit frapper le plus les cours d'Esj Toscane.

Il est à regretter qu'il vous reste si peu de temf passer vos ordres sur la manière dont le monarque d doit Être reçu, soit k l'entrée du territoire frança le reste de la roule; j'espère cependant que vos i: données sans délai, pourroient encore arriver à tems.

J'écris la môme lettre au ministre de l'Intérieur, autorités civiles et militaires puissent se concerter s neurs à rendre au Prince,d'après les instructions qui été transmises.

Je vous salue,

Talleïb,

Le Général de brigade de cavalerie commandant en Ministre des Relations extérieures {!).

Monl-do-Marsao, le \ de la République

J'ai l'honneur de vous prévenir. Citoyen minisi reçu, le 18, le comte de Livourne à la frontière, ment à vos instructions : il a paru fort sensible à la n tinguée avec laquelle il est traité par le Gouverneme il voyage à petites journées, et je présume qu'il i Paris que le 4 du mois prochain.

Je vous prie d'être bien convaincu que je ferai ton pendra de moi pour que les intentions du Gouvernei remplies, et que partout il se fasse une juste idée de père de la France. Je vous envoyé cy-joint un état de qui l'accompagnent.

Bessière

(1) AIT. Etr., 1S3 A (n» 163).

Belleville^ commissaire général des Relations commerciales de la Iiépubli(/ue française et chargé de ses intérêts en Toscane, au Citoyeti ministre des Relations extérieures (1).

A LivourQe,ce 18 ventôse de l'an IX de la République française une et indivisible (9 mars 1801 ).

Je vous ai déjà dit que les 316,000 livres, produit de raccommodement avec le commerce, avoient été remises en entier à l'armée d'observation. Elle retire à peu près 200,000 livres du reste du produit des grains; la vente des canons que le général a ordonnée devra rapporter 3 à 400,000 livres. Lucques a payé et paye une contribution qui pourra égaler cette dernière somme. Le général m'avoit parlé de l'intention où il étoit d'établir une contribution qu'il se proposoit de porter à 2 millions. Je vous informerai par le premier Consul de la suite qu'il aura donnée à une mesure dont l'exécution ne sera pas facile et dont le résultat ne peut être heureux. Mais ses embarras pour la solde et l'entretien de son armée ne lui laissent pas le choix des moyens.

Déjà je vous ai reporté le sentiment de satisfaction que les Toscans avoient éprouvé à la nouvelle de la paix; s'ils n'étoient pas gênés dans leur commerce, s'ils n'avoient pas à satisfaire à des dépenses excessives que l'augmentation des troupes nécessite, ils auroient oublié les maux passés et auroient à peine été sensibles au changement de dynastie dans le Prince qui doit les gouverner. Mais ils ne savent aujourd'hui que penser du nombre des troupes qui couvrent la Toscane ; ils sont effrayés de l'augmentation des contributions, et ils désirent avec empressement la présence du nouveau Grand-Duc, dans l'espoir que leurs charges diminueront.

De mon côté, je hâte aussi par mes vœux l'arrivée du citoyen Moreau Saint-Méry. Ses talents et la confiance du Gouvernement lui donneront des premières facilités pour arrêter les abus; comme on n'aura aucun reproche à lui faire sur ce qui s'est passé en Toscane, toutes les espérances iront au-devant de lui, et il me sera agréable de lui voir produire les heureux résultats que j'aurois désirés, mais que je ne puis me promettre d'obtenir.

fc*y-.

(1) Aff. Etr., 153 A (no 106).

J'attends ces jours-ci M. Gianni, qui doit arriver de Gênes, mais il restera ici jusqu'à ce que vos ordres me soient parvenus ; et pour ce qui dépendra de moi, jusque-là, je ne penserai à aucun changement. J'ai prévenu le général Murât du retour en Toscane de cet homme instruit et dont il apprécie les connaissances. Soit que le général conserve en place les membres du gouvernement actuel, soit qu'il les change, l'expérience de M. Gianni peut toujours être très propre à indiquer les ressources que les finances de la Toscane peuvent offrir pour satisfaire aux besoins de l'armée, sans trop fouler les habitants.

Vous trouverez ci-joint, dans la gazette n**19, le détail des fêtes

qui ont été célébrées ici et à Florence, d'ordre des généraux, à

l'occasion de la paix.

Je vous salue.

Belleville.

Le chevalier d*Azara, ambassadeur de S, M. C, au Citoyen ministre des Relations extérieures de la République française (1),

Paris, le 12 avril 1801.

Citoyen Ministre,

Pour que la possession de la Toscane soit pleine et complète, il faut que tout ce qui a appartenu à ses anciens maîtres soit consigné au nouveau souverain, en suivant le texte et l'esprit du traité de Lunéville, par lequel on réserve seulement au dernier Grand-Duc les propriétés qu'il possédoit en Toscane, soit par acquisition personnelle, soit par hérédité des acquisitions personnelles de feu S. M. l'empereur Léopold II son père, ou de feu S. M. l'empereur François I".

Parmi les propriétés annexées à la Toscane et qui proviennent de l'ancienne famille Médicis, il y a à Rome la villa Médicis et le petit palais qu'on appelle de Toscane, le patronat de l'église des Florentins et plusieurs autres petits objets. Le nouveau souverain réclamera ces objets sous la protection du Roy mon maître ; mais il sera convenable aussi que le ministre de la République à Rome soit autorisé à concourir, avec le ministre d'Espagne, à cet

(1) Aff. Etr., 153 A (no 109).

acte de possession et, en cas de besoin (ce qui n'est pas probable -, à faire conjointement les réclamations nécessaires. S. M. espère de la loyauté du premier Consul qu'il voudra bien donner ses ordres pour cet effet audit ministre français à Rome.

Il faut pareillement, Citoyen ministre, que je représente au premier Consul une espèce ^espièglerie que les Anglois et les Napolitains ont pratiquée au préjudice de Tintégrité de la Toscane. Le 5 octobre de Tannée 1800, la veille de l'entrée des Français à Livourne, le chevalier Puccini, directeur de la galerie de Florence, Qmbarqua, sur la frégate anglaise la Dorothée, soixantequatorze grandes caisses contenant ce qu'il avoit de plus précieux dans ladite galerie d'antiquités, tableaux, etc.; tout cela fut conduit à Palerme où l'on croit que les Anglois le déposèrent entre les mains des Napolitains. Le gouvernement français, comme promoteur et garant du traité de cession de la Toscane, s'est obligé à mettre en possession de cet Etat le prince de Parme dans toute son intégrité. Il paroît donc de la dignité même du premier Consul de réclamer efficacement du roy de Naples la restitution des susdits effets à la galerie de Florence, d'où ils ont été si injustement enlevés, et S. M. l'attend de sa justice.

Agréez, Citoyen ministre, les assurances de ma considération

la plus distinguée.

J. -Nicolas d'Azara.

Le chevalier d'Azara, ambassadeur de 5. M. C, au Citoyen ministre des Relations extérieures de la République française [\),

Paris, le 12 avril 1801.

Dans le dernier traité conclu à Aranjuez par le prince de la Paix et l'ambassadeur de la République, on a stipulé qu'en compensation de la partie de l'isle d'Elbe avec Portoferrajo que le nouveau souverain de Toscane cédoit à la France, on ajouteroit à son Etat la principauté de Piombino.

Cette expression a besoin d'être expliquée, car ladite principauté, quoique partie intégrante de l'Etat qu'on appelle dei

■ ' ■ j ii i iii^iii»

(1) Aff. Etr., 153 A (no llO),

DOCUMENTS SUR LE ROYAUxME D*ÉTRURIË. 11

Presidi, ne comprend pas le tout de son étendue, dont la capitale est Orbitello et ses dépendances : Porto, S.-Stefano, Porto-Ercole^ Talamone, etc., territoire enclavé entre la Toscane et FEtat du Pape, et dont la campagne est presque inhabitée à cause de Finsalubrité de Tair.

Si un autre souverain cependant possédoit ce pais, la Toscane auroit une existence trop précaire, parce que, en cas de guerre, Tennemi pourroit s'établir dans le centre de ses Etats, et en tems de paix détruiroit ou embarrasseroit son commerce.

Ce petit pais a appartenu en pleine souveraineté, pendant plus de quatre siècles, à l'Espagne, depuis la conquête que les Aragonais firent du royaume de Naples, et la principauté de Piombino relevoit seulement de la même couronne par infeudation de Tempire d'Allemagne. L'Espagne y entretenoit constamment une garnison, et ce n'est que vers le milieu du dernier siècle que, n'ayant plus des intérêts directs à soutenir en Italie, elle permit au roy de Naples, qui étoit un Infant d'Espagne, d'y mettre une garnison napolitaine.

Il est donc constant que le nouvel Etat de Toscane seroit ouvert à la merci des ennemis sans la possession dei Presidi, et que les Anglois, qui étendent leur commerce par les voyes les plus détournées, pourroient introduire par là leurs marchandises dans les Etats du Pape et dans presque toute l'Italie méridionale.

Le Roy, mon maître, voulant assurer à son gendre la possession pacifique et complète de la Toscane, m'a ordonné de demander au premier Consul une déclaration formelle de l'agrégation de l'Etat dei Pvesidi à la Toscane, ce qui ne peut souffrir aucune difficulté après l'agrégation de la principauté de Piombino qui en constitue la partie la plus essentielle, et que, par le dernier traité avec la cour de Naples, elle renonce en faveur delà France à la souveraineté entière dei Presidi] et il faudra encore spécifier qu'on consigne les places dans l'état où elles sont avec toute l'artillerie, munitions, etc.

Je vous prie. Citoyen ministre, de représenter tout cela au premier Consul et d'en obtenir une déclaration favorable.

Agréez, Citoyen ministre, les assurances de ma plus haute considération.

J. -Nicolas d'Azara.

Affaires Etrangères, au citoijen Alquier (I).

24 germinal an IX (14 avril 1801).

Citoyen, la galerie de Florence renfermoit une collection précieuse de statues, de tableaux, d'autres antiques. Elle avoitété respectée durant tout le cours de la guerre, et notamment durant la première occupation de la Toscane par les Français. Mais au commencement de l'an IX, et au moment où les troupes de la République alloient y entrer, M. Puccini, directeur de la galerie de Florence, embarqua sur la frégate anglaise la Dorothée soixante-quatorze grandes caisses renfermant ce qu'il y avoit de plus rare dans cette collection; les Anglais les transportèrent à Palerme et il y a tout lieu de croire qu'ils les laissèrent entre les mains des Napolitains, qui doivent les avoir encore.

Vous voudrez bien, Citoyen, les réclamer. L'ambassadeur d'Espagne en fait la demande au nom de S. M. C. et du duc de Parme, prêt à occuper la Toscane, et le premier Consul désire beaucoup que ces objets d'art soient restitués. L'enlèvement en fut d'autant plus injuste que les Anglais et les Napolitains s'en emparèrent sur un prince de la Maison d'Autriche qui étoit alors leur allié. Ils ne pouvoient pas avoir pour prétexte de les soustraire aux mains des Français, qui les avoient respectés dans une première expédition. M. Puccini, qui les fesoit embarquer sur la flotte anglaise, livroit d'ailleurs un dépôt qui ne lui appartenoit pas.

Affaires Etrangères, au général Clarke (2).

23 brumaire an X (14 novembre 1801).

L'ambassadeur de la République à Naples vous a prévenu, Général, de l'intention oii était le gouvernement napolitain de rendre à la cour de Toscane, sur sa première réquisition, les

(1) AtT. Etr., 153 a (uo 143).

(2) Aff. Etr.. 153 B (n^ 322).

objets d'art enlevés de la galerie de Florence pendant la guerre et transportés ensuite à Palerme.

Au nombre de ces chefs-d'œuvre, il s'en trouve plusieurs qui manquent à nos collections et que le ministre de l'Intérieur attache beaucoup d'intérêt à acquérir. Je vous envoie une copie de la lettre par laquelle mon collègue m'en a indiqué plusieurs ; d'autres renseignements plus étendus pourront vous être donnés par les commissaires qu'il a envoyés en Italie. Le ministre de l'Intérieur pense que le roi de Toscane cédera volontiers quelques-uns de ces objets d'art au gouvernement français; j'apprendrai avec plaisir que vous y avez déterminé ce prince. Vous jugerez par ses dispositions de l'étendue qu'il convient de donner à vos demandes, et, s'il met beaucoup de prix à rendre à la galerie de Florence son ancienne beauté, vous chercherez du moins à obtenir pour le gouvernement français la Vénus de Médicis,

Il sera à propos de rappeler à la Toscane que l'ambassadeur français à Naples avait été chargé depuis longtemps de faire les démarches les plus actives pour déterminer S. M. Sicilienne à restituer les objets d'art transportés à Palerme : la cour de Florence, qui sans doute en serait demeurée privée sans cette puissante intervention, sentira tout le prix du service qui lui a été rendu; un assez grand nombre de chefs-d'œuvre lui resteront, même après nous avoir cédé quelque chose de ses richesses, pour qu'elle accueille la demande ou plutôt les insinuations que vous lui aurez faites.

Vous voudrez bien faire part de ce que vous aurez obtenu à l'ambassadeur de la République à Naples, afin que, sans attendre le retour de ces objets d'art, le citoyen Dufourny et les adjoints s^bccupent du moyen de faire transporter directement en France ceux qui seraient destinés à nos muséums.

Talleyrand.

WKÎtIMENTS SUn LE nOVAI

Affaires Etrangi'rea, au gtnnal Mural, commandant en chef l'armée d'observation du Midi.

22 messidor an IX (Il juillet ISOU-

Général, Le ministre de la Guerre m'a communiqué trois lettres qu'il venait de recevoir de vous, l'une relative aux Présides de Toscane et à la principauté de Piombino, la seconde au projet de faire passer à Tarcnte les trois frégates que nous remet la cour de Naples, l'autre à l'arrestation d'une barque expédiée à la flotte anglaise dans les parages de Malte, par le consul de Russie à Corfou.

Le gouvernement français, en demandant au roi de Naples la cession des Présides, n'a pas eu intention de les conserver, et il est convenu depuis avec S. M. C. que ce territoire serait remis au roi de Toscane. Naples en tirait effectivement peu de ressources, mais les Présides ont pour la Toscane une grande valeur de convenance ; le voisinage et la bonne administration juel ils sont réunis, contribueront nécessairement à ,ion et à leur fertilité.

rez savoir. Générai, si le domaine utile de Piombino îédé par la cour de Naples en même temps que la iraineté de ce pays; il est hors de doute que la ces- ^mpliitc. Dans mes lettres au citoyen Alquier, ant<>conclusion du traité du 7 germinal, j'avais eu soin er que c'était par la Maison Piombino qu'était posncipauté de ce nom, sous la souveraineté du roi de ue cette Maison jouissait également d'une partie de ; que, dès lors, ce serait à la cour de Naples à la Aéles pertes que lui aurait fait éprouver la cession deiprès ces observations, il était nécessaire de stipuler té de paix que cette cession serait complète, et c'est ison qu'on y a inséré que le gouvernement français poser à son gré de la principauté de Piombino. e a désiré que ce pays fût cédé au roi de Toscane li des Présides, mais la France n'a encore pris d'en- 'ormels que sur ce dernier territoire. Quelque pro-

DOCUMENTS SUR LE ROYAUME D ÉTRURlË, là

bable qu'il soit que Piombiao aura le même sort, vous pouvez coutinuer à l'occuper provisoirement au nom de la République, qui en est la seule propriétaire, jusqu'au moment où elle s'en sera dessaisie. Quant aux renseignemens que vous faites prendre sur l'étendue des revenus du prince de Piombino, je pense que, n'étant point chargés de l'indemniser, nous pouvons laisser à lui et à la cour de Naples le soin de s'occuper de ce genre de recherches.

Emmanuel Grouchy, général de division, au Mi?iistre des Relations extérieures {!).

Pai-me, le 2 thermidor an [X {21 juillet (801),

La mission dont je suis chargé près du roy d'Etrurie approchant de son terme, Citoyen ministre, je vous dois quelques détails sur le tems qu'il a passé en France, depuis son départ de Paris, et la réception qui lui a été faite dans les Etats du duc de Parme.

Accueilli dans l'étendue du territoire de la République avec la dignité et la convenance dont vous m'aviés fait un devoir de l'environner, les viles du Gouvernement se sont trouvées complètement et heureusement remplies à son égard : dans tous les lieux où il s'est arrêté, les honneurs militaires, les visites des chefs de la force armée, des repas décens préparés à l'avance et animés par de la musique, les salutations des autorités constituées et des discours analogues aux circonstances, dictés par un même esprit et propres à resserrer les liens qui doivent à jamais nous l'attacher, lui ont donné la mesure de l'urbanité française et de l'unité d'opinions et de sentimens des divers agens du Gouvernement. Si assés généralement le peuple s'est pressé à sa rencontre; si un sentiment de curiosité et d'intérêt a attiré la foule sur les pas d'un roy allié de la République ; si, proclamé par elle, l'esprit de parti n'a eu nulle part à s'applaudir que l'aspect d'un prince de la maison de Bourbon ait réveillé de f&cheux souvenirs, ou des regrets injurieux au sistéme répu-

(i) AIT. Etc., 153 B [a- a;*).

blicain, le roy d*£trurie emporte donc avec lui le sentiment de la gloire, de la puissance et surtout de Theureuse tranquillité qui plane maintenant sur la France, et lui présage les destinées les plus prospères.

[ Pendant les trois jours que le comte de Livouime a passés à

I Lyon, j*ai cru devoir le conduire aux ateliers les plus intéres-

sans, aux manufactures de cette commune, soit pour leur offrir f un encouragement, soit pour leur donner un nouveau motif

[ d'espoir de prospérité, dans Tintérèt que pourroit leur conserver

\ le souverain de Toscane. Il a en outre visité Thospice, et même

'( paru au bal paré et au théâtre. Des promenades et des concerts

ont occupé ses autres instans. Lyon s'est montré aussi calme \ qu'animé d'un bon espoir pendant son séjour dans ses murs.

l Arrivé en Piémont, il y a été vu avec une vive joie par les

partisans de Tancien ordre de choses^ qui n'ont pas manqué de tirer, des termes dans lesquels la France l'a placé vis-à-vis d'elle, des inductions favorables à leurs viies, comme à leurs désirs ; tandis que le parti des patriotes exagérés a essayé de profiter de cette circonstance pour calomnier les principes et les chefs du gouvernement français, et l'a peut-être utilisée pour fomenter les mouvemens insurrectionnels qui se sont manifestés parmi les troupes françaises à Turin. Le général Jourdan a dû vous donner à cet égard des renseignemens plus positifs que je ne suis à même de le faire.

Le conseiller d'Etat Moreau Saint-Méry vous a rendu un

compte très étendu de l'accueil fait au roy et à la reine d'Etrurie

par le duc de Parme; je n'ai donc rien à ajouter aux nombreux

détails dans lesquels il m'a dit qu'il entroit, et je me bornerai à

répéter que celte réception a été marquée par la joie la plus vive,

l les témoignages de la gratitude la plus sentie envers la Répu-

^ blique, les égards les plus distingués envers tous ses agens, et

I que son trait le plus saillant, comme le plus prononcé, a été la

reconnoissance bien solennelle {aux fêtes et aux cérémonies publiques, comme dans l'intérieur du palais) du roy d'Etrurie par rinfant de Parme.

Ayant prévenu le général Murât de l'arrivée ici du comte de Livoume, il s'est halé de s'y rendre et il a été convenu que le Roy se feroit précéder, à Florence, par un fondé de pouvoir, le comte Centura, chargé de faire prêter le serment, et qu'il le suivra de

près pour son installation et prise de possession. Le comt Ventura part demain, et le général Murât est déjà retourné Florence. Pressé par lui, ainsi que par le comte de Livourne, d le seconder jusques à son installation, je me vois en quelqu sorte forcé de le suivre. Quelque pénible, quelque fastidieus que soit la mission dont j'ai eu à m'acquitter, je ne regrettert point, Citoyen ministre, de la voir se prolonger quelques joui encore, si j'ai rempli vos viies et atteint le but que vous vou proposiés. Je vous annonce d'ailleurs, avec plaisir, que, quoi qu'ayant dû subvenir à tous les frais de poste, depuis Paris, des gratifications de tous genres et fournir aux dépenses de log( ment, de table, etc., du comte de Livourne, et des soixante * tant de personnes qui l'accompagnent, pendant huit à neuf joui nées, le crédit que vous m'avés ouvert couvrira de beaucou les fonds consommés.

Veuilles agréer, Citoyen ministre, le renouvellement de mo respectueux attachement.

Emmanuel Groughy.

P.-S. Je ne puis passer sous silence le zèle et tous les soii que se sont donnés, pendant le voyage, les officiers qui m'ei tourent, et notamment l'inspecteur général des postes Boulangei il ne fallait rien moins que leur dévoilement au Gouvememei pour qu'ils se prétassent, d'aussi bonne grâce, à d'aussi mini tieux détails.

Le Ministre des Relations extérieures au général Mur aC (1).

□ IX de la Républiq jible {23 juin I8D1).

Général, le roi de Toscane est sur le point de quitter la Franc pour se rendre dans ses Etats; mais avant son arrivée, il a pai convenable que ce prince fut authcntiqucment reconnu roi ( Toscane par ses nouveaux sujets, et qu'il trouvât, en y entran des autorités investies par lui-même du pouvoir d'administré et exerçant leurs fonctions en son nom. En conséquence, il s'e déterminé à envoyer en Toscane un fondé de pouvoir muni i

(1) Air. Etr., 4j3 f,, jj. 294 et verso (n* i99|.

rautorisation nécessaire pour recevoir le serment que le Gouvernement provisoire doit lui prêter dans les mains de ce fondé de pouvoir, et des instructions nécessaires pour que le môme serment soit prêté à Florence et dans toute Tétendue de son royaume. Cet agent du Roi aura en môme temps la charge de confirmer, immédiatement après la prestation du serment, les agents actuels dans les fonctions qu'ils remplissent. Confirmation qui doit avoir un effet provisoire, relativement aux membres de la Commission du gouvernement, et un effet permanent relativement aux branches subordonnées de Tadministration.

Le premier Consul désire que vous donniez tout votre appui aux mesures que le fondé de pouvoir du Prince sera chargé de prendre et que vous fortifiiez l'impression que doit produire ce premier acte du nouveau gouvernement pour tout ce qui vous paraîtra le plus propre à faire sentir aux Toscans le vif intérêt que le premier Consul prend à son installation et à ses succès.

Recevez, Général, l'assurance de mon bien sincère attachement.

Le conseiller d'Etat Moreau Saint-Méry, résident de la République française près S, A, R. l'Infant duc de Parme, au citoyen Talleyrandy ministre des Relations extérieures (1).

Parme, le 14 messidor an IX de la République Irançaise (3 juillet 1801).

En recevant ce matin. Citoyen ministre, par le courrier ordinaire, votre lettre du 4 de ce mois, relative au passage du roi d'Etrurie par les Etats de Parme, j'ai été chez le ministre de S. A. R. le prier de demander pour moi une audience au Prince. L'Infant a eu la bonté de venir ce soir de Colorno (2) à Parme pour me la donner.

Connaissant bien l'esprit de S. A. R., j'ai cru que le moyen le plus sûr de la porter à ce qu'on désirait d'elle était de lui parler

(1) Aff. Etr., 153 B, p. 14 et verso (no 220).

(2) Colorno, château de plaisance des ducs de Parme, à 10 kilomètres de cette ville.

DÔCUiMENTS SUR LE ROYAUME d'ÉTRURIË. 10

moi-même de l'objet de votre lettre comme une marque de ma confiancfe dans ses sentimens. L'Infant m'a dit :

« Je suis très aise d'apprendre, officiellement et par vous, la nouvelle de la prochaine arrivée de mon fils à Parme. On peut se reporter, pour tout ce qui sera relatif à ce passage, sur la tendresse d'un père. »

Depuis mon audience, j'ai vu le ministre de l'Infant, auquel le Prince a donné sur-le-champ des ordres pour que les gardes du corps aillent au-devant du Roi, jusqu'aux limites des Etats du Duc. Nous aurons opéra, bal, concerts, illuminations, et en tout je suis bien assuré qu'autant que le permettront les finances bornées de l'Infant, il manifestera, avec dignité, les sentimens d'un père tendre, et son désir de marquer sa déférence et pour la France et pour l'Espagne.

Reposez-vous, au surplus. Citoyen ministre, sur mon zèle partout 011 il sera utile que je le montre.

Salut et amitié.

More AU Saint-Méry.

Le comte Ventiiray ministre plénipotentiaire de S, M. le roi d'Etrurie, à S. Exe, Moreau Saint-Méry , conseiller d'Etat^ résident à Parme (1).

Citoyen résident.

L'acte de prise de possession du royaume d'Etrurie, au nom de S. M., a été passé ce matin vers midi, et le cœur ivre de la joie la plus pure, je m'empresse, ô Citoyen résident, de vous annoncer cette heureuse nouvelle. Le général en chef Murât, à qui les sentiments de la République française pour S. M. sont connus, par sa présente, par l'invitation de tous les corps français et par la garde d'honneur à cheval qu'il m'a donnée, a contribué à rendre plus solennelle encore cette cérémonie par elle-même déjà majestueuse et imposante. Elle a été faite dans la salle magnifique du Vieux Palais, Le coup d'œil était superbe et touchant tout à la fois, puisque, dans les regards de tous les spectateurs, j'ai vu, à n'en plus douter, que S. M. est attendue par ses nouveaux sujets

(1) Air. Elr., 153 D, p. 47 et 48 (no 239).

âO DOCUMENTS SCR LÉ ROYAUME D*ÉTRUR1E.

avec la dernière impatience. Le général Murât a pris place à ma gauche. Il était juste, en effet, que le représentant de la République française, l'amie et l'alliée du nouveau roi de Toscane, fût placé à côté du représentant de ce monarque. Les cinq généraux français : Grouchy, Damas, Rivaud, Paulet et Solignac, rinspecteur en chef Daure, des adjudants-commandants et des chefs de bataillon formaient la suite du général en chef. L'ambassadeur Cacault était dans une tribune avec M"*' Murai ; les personnes de ma suite, parmi les officiers du général en chef. Dès que le serment a été prononcé et qu'on a fait des vœux pour la conservation des jours précieux de S. M., les spectateurs, au nombre de 3,000 environ, ont répondu par des aviva, ont applaudi avec transport, et les canons des châteaux ont commencé leurs décharges. Du Vieux Palais jusqu'à mon hôtel, le peuple florentin n'a pas cessé un instant de me donner des marques de sa joie et de faire des vœux pour l'arrivée de son Roi.

J'ai donné un dîner de soixante couverts aux sept témoins de l'acte, à la première noblesse du pays, à l'archevêque de Florence, aux deux évoques de Fiesole et de Grosseto et à Mgr Caleppi (1). Le général Murât, suivi de son état-major et de tous les officiers de premier rang qui se trouvent ici, a bien voulu y intervenir. La présence de toute cette jeunesse brillante et aimable a répandu la joie parmi les convives. On a bu à la santé de la République française, qui travaille à donner la paix à l'Europe, et à la santé du jeune monarque qui va régner sur un peuple bon et de tous tems attaché à ses maîtres.

Veuillez, Citoyen résident, agréer de nouveau les sentiments

de l'estime sincère et de la parfaite considération avec lesquelles

j'ai l'honneur d'être. Citoyen résident.

Signé : Le comte Ventura.

Florence, le 20 août 1801.

P.'S. Je viens de recevoir, à 3 heures^ votre lettre et de quitter le général Murât. Je ne puis vous exprimer combien cet officier français est aimable, et combien je suis pénétré de ses procédés à mon égard et surtout pour les intérêts de S. M.

Pour copie conforme :

MoREAU Saint-Méry.

(1) Légat du Pape.

Le premier Secrétaire^ en r absence du général Clarke^ chargé d'affaires de la République française près la cour de Toscane^ au Ministre des Relations extérieures (1).

Florence, le 22 fructidor ao IX de la République française

(9 septembre 1801).

Citoyen ministre,

Ce n'est pas que ces mêmes commencements n'ayent été

môles des maladresses les plus propres à indisposer les esprits ; croiriez-vous, par exemple, Citoyen ministre, qu'en entrant à Florence, le premier acte d'administration du Roi a été de frapper cette ville d'une contribution de 300,000 francs, pour son propre . compte ; il est vrai qu'elle a été imposée par le général Murât, mais il a été notoirement sçu de toute la ville qu'elle étoit destinée à payer les chevaux de poste qui avoient amené le Prince, et à satisfaire aux premiers besoins physiques de sa maison ; une pareille entrée ne ressemble-t-elle pas plutôt à celle d'un vainqueur ennemi qu'à l'arrivée d'un prince régnant? Qu'est-ce que commencer par être un fardeau, lorsqu'on n'a point encore laissé espérer le bien qui doit le compenser? Aussi cette contribution a-t-elle produit les plus mauvais effets parmi la noblesse surtout, qui alloit disant partout qu'il étoit assez singulier que la Maison d'Autriche fût obligée de donner des culottes à Parme et des jupes à l'Espagne. Si ma mémoire ne me trompe pas, il me semble cependant que la dernière fois que j'eus l'honneur de vous voir, vous me dites que ce Prince avoit emporté d'Espagne 4 millions; si la cour de Madrid n'a rien donné, c'est une maladresse bien inconcevable de sa part; si le Prince a reçu, c'est bien pis; au reste, M. le comte Ventura, celui-là même qui a pris possession de la Toscane, m'a positivement assuré que le Roi étoit arrivé sans un denier. Sur l'étonnement où m'a paru jeter cette assurance, il m'a fait entendre que la cour d'Espagne s'étoit sans doute attendue que nous pousserions la générosité jusqu'au boni, et je vous avoue que j'en ai peut-être eu besoin moi-même pour ne pas répondre à M. Ventura qu'il étoit

(1) Aff. Etr., 153 B, p. 93 et 94 (n» 263),

DOCUMENTS SUR LE HOVAUME D ETBUBIE.

s'attendit que la France, après avoir donné une fournir encore les épingles qui doivent l'attacher, iuadé que cette dégoûtante rais&ro qui jette beauile sur le Prince et sur son gouvernement est aussi paralyse le zèle de ses ministres et suppose à l'orînitive de la monarchie; mais les renseignements ndés à cet égard ne m'arriveront qu'aujourd'hui 'cux pas manquer la poste qui va partir, noi, Citoyen ministre, de vous remercier de toutes )ur moi, je mettrai tous mes soins à en mériter de votre part, en cherchant à justifier la confiance ( bien voulu m'honorer.

pect.

Edouard Lefeuvkiî.

S" DE MOZZI (1) AVEC LE SECRÉTAIRE LeFKBVBE.

:rétaire chargé d'affaires de la République française de Toscane, en l'absence du Ministre, au Minibtre is extérieures (2) .

Florence, le 29 fructidor an IX de la Républiqtiu française (16 si'plembre i8ûl|.

^en ministre,

iseil alarmé s'assemble et me fait prier de venir.

jitoyen, me dit M. Mozzi, que l'armée française ait

rester en Toscane? — Je n'en sais rien. — Que le ey arrive ici pour en prendre le commandement"?

absolument. — Mais vous n'ignorez pas, Citoyen 'il existe une convention qui fixe au I" vendémiaire e l'armée française; cette convention a été religieuse de notre part par l'accomplissement de la tola- ^agemcnts financiers, et qu'enfin la Toscane épuisée irler, au delà du terme, un fardeau qui l'écrase, n Le r que j'avais toujours vu si débonnaire s'était cui-

i .affaires étrangÈres du royaume d'Etrurie.

3 b, p. 100 et iOl (Q" S66.I.

rassé de courage, sa voix cassée était haute et son élocution ar mée. a Que voudrez-vous, que pourrez-vous faire pour nou ajouta-t-il? — Ecrire à mon gouvernement, lui répondis-je, et 1 mettre sous les yeux votre situation ; en supposant, au reste, qi cette nouvelle soit fondée, je ne vois pas. Messieurs, ce qu'elle de si alarmant pour la Toscane ; il peut arriver que l'ennemi q désole vos côtes menace encore votre territoire ; c'est à la Répi blique française qu'il appartient de pourvoir à votre salut, comment vous défendre si les troupes évacuent? — Mais si ell n'évacuent pas, comment les nourrir et les entretenir, comme soutenir votre propre ouvrage, un jeune roi qui est arrivé i sans un sol, qui doit à tous ses laquais et qui manquera bieni de pain? » Gela est vrai à la lettre, Citoyen ministre, et tout que la Toscane peut faire, c'est d'entretenir 3,000 hommes q sont indispensables pour la défense du littoral. J'ai eu l'honne de vous annoncer, dans ma dernière, son bilan; le voici au! exact qu'il est possible de l'avoir.

Le revenu de la Toscane monte à 17 millions de livres du paj Mais les frais des administrations qui perçoivent ces revem comme la gabelle, les douanes, celle pour le tabac, le sel, eti absorbant 5 millions à peu près, la Trésorerie ne reçoit net q i2 millions.

Sous Ferdinand, où les revenus étoient administrés avec plus stricte économie, les dépenses de l'Etat en totalité mo toient à 11,830,000 livres; les 250,000 livres qui restoient étoie employées à des améliorations ou à l'extinction de quelq partie de la dette publique.

Depuis l'invasion de la Toscane, cette dette, qui sous Léopc étoit de 24 millions de Toscane dont on n'étoit obligé qu'à paj la rente, a augmenté de 50 millions, dont le remboursement \ obligatoire à des époques différentes.

Outre cette dette, les contributions, quoique nombreuses, n'c pas suffi aux besoins des troupes ; il a fallu engager les reven de l'année prochaine et les anticipations montent déjà à u somme de 2,500,000 livres de Toscane, pour le moment.

Dans cet état de choses, la Toscane n'est point assez épuis pour ne pouvoir pas supporter les dépenses d'un roi; mais si ! troupes françaises restoient en Toscane beaucoup au delà terme fixé pour l'évacuation, vous jugez qu'il seroit physiqi

ment impossible que le service nécessaire de dépenses n'amenât pas sa ruine.

Pour de nouvelles contributions, il seroit inutile d'y penser; le peuple, foulé et refoulé alternativement par les Autrichiens, par les Français, par les Arrétins (1), pressuré par tous comme une éponge, privé de commerce et presque d'industrie aujourd'hui, ne me paroît plus en état de répondre à de nouveaux appels de fonds. Tel est au juste l'état de la Toscane

Salut et respect.

Edouard Lefebvre.

Dabrowski (sic), général de division, commandant la /'° légion polonaise à la solde de la République française, au Premier Consul Bonaparte (2).

Au quartier f^énéral de Lyon, le 25 nivôse an X de la République française (15 janv. 1802).

Vous m'avez ordonné. Citoyen premier Consul, de mettre par écrit les demandes que j'ai eu l'honneur de vous faire ce matin, au nom des dix mille hommes armés et qui ont combattu depuis six ans sous vos ordres, en faveur de la nation française; les voici :

Le corps polonais, composé de l'état-major général des trois j- denli-brigades et du régiment de cavalerie, demande de conti-

nuer à faire partie des troupes françaises, à être breveté et à avoir les numéros suivants des corps français.

Cette récompense accordée à une troupe formée d'une nation opprimée rassemblera^ à la première guerre que la France pourra avoir avec quelqu'une des puissances co-partageantes, de nouveaux défenseurs de leur Patrie, et augmentera leur confiance en la nation française, en voyant aujourd'hui leurs Légions traitées avec tant de faveur et de loyauté.

Signé : Dabrowskl

(1) Surnom donné aux partisans de l'ancien régime en Toscane, en souvenir de la levée de boucliers laite pnr les Arrétins révoltés contre les Français, en 1791).

(2) Air. Etr., 154, p. 44 (n» 28).

Dabrowski (sic), g encrai de division, commandant la /" légion polonaise à la solde de la République française^ au Ministre des Relations extérieures Talleyrand (1).

Au quartier général de Lyon, le 26 nivôse an X do la République française (16 janv. 1802).

Le premier Consul m'ordonna hier de lui remettre par écrit les vœux que dix mille Polonais armés sous les auspices de la France forment sur leur sort à venir en voyant augmenter les difficultés de revoir leuf Patrie ; et comme Taccomplissement de ces vœux n'est pas seulement basé sur le militaire, mais qu'il peut encore embrasser la politique, et que je suis dans la conviction, Citoyen ministre, que le premier Consul prendra vos sages conseils sur cet objet, je m'empresse de vous communiquer la Note que j'ai présentée au premier Consul, en prenant en même temps la liberté de vous assurer. Citoyen ministre, que, si nous obtenons nos demandes, le gouvernement français peut toujours compter sur un grand parti dans l'armée de la puissance co-partageante de la Pologne avec laquelle il pourra un jour avoir la guerre ; et si nos Légions, sans avoir eu pendant six ans un sort fixe, ont coûté à l'Empereur presque trente mille hommes, dix mille desquels sont encore sous les armes, et paralisé tous les corps formés en Pologne, combien n'en coûteroit pas dans une nouvelle guerre à cette puissance, lorsque les Polonais verront leurs compatriotes et frères d'armes jouir d'un sort fixe et honorable dans l'armée française ?

Il est de mon devoir de vous informer, Citoyen ministre, que le bruit s'étant répandu que nous devons être cédés, partie à la République Cisalpine et partie au roi d'Etrurie, cette nouvelle a considérablement diminué notre esprit de patrie et de corps. Déjà deux généraux de distinction ont pris leur congés et j'ai persuadé à beaucoup d'officiers de mérite de temporiser leur demande de congé dans l'espoir que ces bruits n'auront pas lieu et que le premier Consul accédera à nos justes demandes.

Veuillez donc bien^ Citoyen ministre, appuyer nos demandes

(1) Aff. Etr., 154, p. 43 et verso (no 27).

fJL.

de tout votre pouvoir. Soyez convaincu que mes compatriotes et moi conserverons toujours une sincère et parfaite reconnaissance de la protection que vous aurez bien voulu nous accorder et que jamais nous n'en perdrons le souvenir.

Salut et respect.

Dabrowski.

Copie d'une lettre du Ministre des Relations extérieures^ au général Clarke, ministre plénipoteiitiaire de la République en Toscane (1).

Nivôse an X (janvier 1802).

Votre lettre chiffrée du 20 frimaire a été mise, Général, sous les yeux du premier Consul. Il me charge de vous répondre que vous devez rassurer le gouvernement de Toscane sur le compte de M. de Windham, qui ne sera certainement pas envoyé ministre plénipotentiaire du roi d'Angleterre en Toscane. Quant au voyage de cet étranger, à titre privée dans les Etats du roi de Toscane^ ce Prince est bien le maître de lui en refuser Tentrée comme de l'en faire sortir, si^ après Féclat de la conduite odieuse qu'il a tenue précédemment, il ose s'y présenter de nouveau.

Dans le premier cas, le Roi n'a qu'à envoyer des ordres aux frontières pour qu'on empêche M. de Windham de les passer; et, dans le second, il est simple qu'on lui fasse connaître que les écarts qu'il s'est permis sous le gouvernement précédent autorisent la Cour actuelle à lui enjoindre de quitter, dans un délai déterminé, le territoire toscan.

Talleyrand.

(1) Aff. Etr., 153 B.. p. 283 (no 384;.

Au Ministre plénipotentiaire de France (1).

4 février 1802.

Citoyen Ministre,

Les instances que vous m'avez faites de vive voix relativement au désir du premier Consul d'obtenir de S. M. la Vénus de Médicis ont été soumises au Roi mon maître qui m'a chargé de faire connaître ses réflexions et sa réponse à cet égard.

S. M. étant, par sentiment et par reconnaissance, disposée en .tous tems à seconder les désirs du premier Consul^ voit avec peine les circonstances qui la forcent à n'y pas correspondre, et tel est le cas où elle se trouve aujourd'huy.

Le Roi, ne pouvant disposer de la statue susdite qui est une propriété sacrée de la nation, violerait les droits les plus sacrés en cédant aux demandes du gouvernement français.

Cette statue, acquise à Rome par la famille des Médicis, protectrice des beaux-arts, fut transportée à Florence vers la fm de l'an 1680; cette ville tenait alors le premier rang parmi les villes qui cultivaient les sciences et les arts ; elle fut la patrie de Michel- Ange, et, dans quelque siècle que ce fût, elle aurait mérité, de préférence à toute autre nation, de posséder un semblable monument, quand il n'aurait pas été sa propriété inaliénable.

François I", à qui la Toscane fut cédée en échange (2), respecta la Galerie comme une chose qui ne lui appartenait pas, et l'accrut même par de nouvelles acquisitions. Un système si généreux fut adopté par le grand-duc Léopold, qui fit de grandes augmentations et qui déclara formellement, dans son ouvrage intitulé : le Gouvernement de la Toscane^ que la Galerie appartenait u à la nation, qui était sous la dépendance de l'Etat ».

Lorsque, dans les derniers tems, la Toscane fut deux fois occupée par les troupes françaises et lorsque le droit de conquête pouvait peut-être autoriser à la priver des monuments les plus rares, on ordonna toujours de respecter la Galerie, et pour cet

(1) Aff. Etr., 153, p. 67 et 68 (no 41).

(2) François !«', empereur d'AIleiiiagae (1708-1765), échangea le duché de Lorraine, en vertu du traité de Vienne (1737), contre celui de Toscane où la maison de Médicis venait de s'éteindre. 11 régna à Florence sous le nom de François \\,

effet, le général Dupont finit par faire apposer les scellés sur ses portes. Le général Brune, commandant en chef Tarmée française en Italie, assura, par sa lettre au général autrichien Bellegarde, en date du mois d'octobre 1800, qu'il avait fait respecter et conserver intacts les précieux monuments de la Galerie à une ville qui méritait de les conserver puisqu'elle avait toujours été le berceau des beaux-arts. Ce fut dans une pareille circonstance que le général Dupont, ayant assuré, dans un décret public, l'immunité de tous les établissements scientifiques de la Toscane, s'attira l'approbation du gouvernement français et la reconnaissance de tous les amis^des arts.

Après tout cela, je vous laisse à penser, citoyen Ministre plénipotentiaire, quelle sensation occasionnerait dans l'esprit des Toscans de voir qu'un monument pareil, conservé à ce pays par le Directoire exécutif de la République française lui-môme, et par tous les commandants de l'armée dans les tems de calamité, et au milieu des horreurs de la guerre, leur fût enlevé à une époque où l'on annonce à chaque instant les plus heureuses et les plus favorables dispositions d'équité et de respect pour les saintes propriétés des nations.

Vous n'ignorez pas que ce peuple ne se persuade pas facilement qu'un roi placé par la France sur le trône de Toscane ne doive pas obtenir un soulagement aux maux qui pèsent sur lui, et que, malheureusement, quelques-uns lui attribuent, pour leurs malheurs, une indifférence qui afflige d'autant plus S. M. qu'elle est plus étrangère à son cœur paternel.

Que diraient-ils donc si, au milieu de tant de calamités, ils se voyaient encore spoliés d'un monument auquel ils attachent tant de valeur et une vanité nationale très louable, et qu'ils considèrent à tant de titres comme leur propriété?

Loin de reconnaître l'indépendance de leur souverain, loin de le regarder comme leur père et le vigilant protecteur de leurs propriétés, ils pourraient se laisser séduire par la malveillance et le regarder comme Tinstrument de leur ruine, et ne jamais s'unir à lui par cet attachement sans bornes si nécessaire à sa félicité et à la nôtre.

D'après ces réflexions, S. M. est fermement persuadée que le premier Consul, dans ses bienfaisantes dispositions pour la Toscane, ne voudra pas la priver d'un monument qu'on regarde

DOCCMENTS SCR LE ROYAUME; d'ÉTRURIE. 29

comme un gage précieux sauvé à son honneur dans les tems difficiles, ni porter à une nation ce coup aussi injurieux pour les arts que contraire aux sentiments connus de sa générosité.

Et avec la plus grande estime, etc.

Le 4 février 1802. Signé : G, de Mozzi.

Pour traduction conforme :

G. Clarke.

Notes de BeUevilleii).

Le sénateur Francesco-Maria Gianni passe pour un des hommes les plus habiles de la Toscane. Il fut un des conseillers intimes de Léopold et il était du Conseil d'Etat de Ferdinand; il fut disgracié il cause de ses théories. C'est un économiste un peu outré, trop roide dans ses idées systématiques. L'âge et de longs mécontentements paraissent lui avoir donné une certaine nervosité qui le rend quelquefois désagréable. Il a montré de l'attachement pour la France.

Don Néri Gorsini a été ministre plénipotentiaire en France et était aussi du Conseil d'Etat sous Ferdinand. Excellent homme, également capable et honnête, ayant dos principes libéraux, mais se livrant peut-être un peu trop exclusivement aux sciences abstraites et surtout aux mathématiques, qu'il cultive avec succès. Peut-être aussi le déterminera-t-on difficilement à rentrer dans la carrière des affaires, qu'il n'aime pas beaucoup.

Envoyer des éclaireurs du côté de la Spezia pour empêcher gue les forbans y trouvent refuge (2).

Florence, le 13 messidor aD X (3 juillet 1802).

La mer de Toscane continue à être infestée de pirates qui ruinent le cabotage national et inquiètent la navigation des

(ij Aff. Etr., 153 B, p. le verso et il |n" 2: |!) AU. Elr., Toscane, t5*, p. 229 (n" 156).

étrangers. Le général Rusca, qui commande dans l'isle d'Elbe, a fait courir dernièrement sur eux; le bateau poursuivi s'est Jeté dans le golfe du Suvereto, et les brigands se sont enfuis dans les bois ; il paraît que ces forbans ont, dans le golfe de la Spezia, des magasins où ils déposent le butin qu'ils enlèvent. Le général Vence, qui en est informé, promet que trois corvettes et un brick viendront incessamment croiser sur divers points de la Méditerranée; ce secours est absolument nécessaire pour protéger le rétablissement de nos relations commerciales avec Livourne.

G, Clabke.

Le Ministre plénipotentiaire de la République française près Sa Majesté le roi de Toscane., au Ministre des Relations extérieures [\).

Florence, le 11 thermidor au X (30 juillet 1SU2).

Citoyen Ministre,

M. de Mozzi vient de me remettre, avec la note dont vous trouverez la copie ci-jointe, un état des sommes payées par la Toscane pour l'entretien de l'armée française depuis notre seconde entrée en ce pays, je veux dire depuis le 15 octobre 1800 jusqu'au 20 mai 1802. Cette pièce m'a paru mériter d'être mise sous vos yeux, conformément au vœu de M. de Mozzi, qui me l'a envoyée exprès, et j'ai l'bonncur de vous l'adresser.

Vous serez peut-être étonné qu'un si faible Etat, à qui il ne reste de toute sa prospérilé passée qu'un commerce délabré, ait pu, avec un revenu médiocre, suffire pendant près de deux années à des dépenses si peu proportionnées à ses ressources habituelles; il faut dire aussi, citoyen Ministre, que l'impossibilité d'y faire face avec les moyens ordinaires a forcé à recourir depuis un an à des remèdes violents, administrés d'ailleurs avec peu de sagesse et qui, enfin, ont donné le dernier coup au crédit public et presque mis l'Etat dans la nécessité d'une banqueroute. On achève dans ce moment de manger le revenu de l'an 180i; la majeure partie du domaine public et des propriétés de la Couronne a été aliénée ; les lettres de change sur les communes, qui avaient d'abord eu un

(l) AU. Etr., Toscane, 15*, p. 252 et 253, ilépèclie du 30 juillet ibO^ (n" 176).

crédit assez soutenu, ont subi le sort des papiers émis a galîté et perdent aujourd'hui considérablement ; enfin, < déjà eu l'honneur de vous le mander, l'Etat est arrivé à point de misère, que la Trésorerie a reçu ordre de sui payement des employés et que la maison du Roi ne rei que des à-comptes sur ses gages. Le premier Consul, \ représentations que vous avez bien voulu lui faire, : senti que les dépenses de chaque mois fussent rédu somme qui a d'abord été fixée par le commissaire on Michaux à 130,000 francs, mais il est arrivé que cette été portée à 180,000 ; en tout autre tems, une pareille ne serait point un fardeau trop pesant pour laTosci dans l'état présent de ses finances, il lui est devenu pr possible de le supporter. Vous verrez, citoyen Min M. de Mozzi demande ou que nos troupes évacuent ou que nous nous chargions de leur entretien. Je lui ai di le premier objet, que l'éloignement de l'armée frança paraissait pas prudent à la veille du départ du Roi de ci sur le second, je lui ai fait sentir que je pensais que ment de leurs finances était en partie dû à leur mauvH nîstration ; cependant, citoyen Ministre, il est réel et t ce qu'ils payent pour nos troupes, ils ne peuvent pas l'améliorer.

Je ne connais point l'emploi des sommes appliqué' tretien de l'armée, vous savez que j'ai jadis demandé mais inutilement, des états de répartition des somme! par la Toscane ; je ne puis donc indiquer sur quoi porter les réductions, mais vous aurez vu, citoyen Mit ma dépêche d'hier, que le Roi vient de nous céder la vil en échange pur et simple du palais de l'Académie d' quoique la p^emi^re soit d'une valeur très supérieure ce serait peut-être l'occasion de lui montrer quelque lance et de nous faire un mérite d'une chose devenue ment nécessaire. Je vous prie de me faire connaître ^ lions à cet égard.

Salut et respect. G. Clabke.

(I ) Le Roi se rendit en effet peu de temps après eD Espagne, a ses parents. {Le Royaume il' Elrwif, p. H9et 121,)

DOCUMENTS SUR LE ROVACME D ETKURIE.

Traduction (Tune note de M. de Mozzi (1).

toyen Ministre plénipotentiaire, Roi mon maitrc ayant mûrement examiné la propovous avez faite, par votre note du 23 vendémiaire, do de la villa Médicis et du palais de l'Académie de l'a chargé de vous transmettre ses souveraines risses résolutions,

Médicis a toujours été regardée, non seulement comme n de plaisance par sa situation, mais comme une seiyaleplacéedans une longue étendue delaville, avec une trouve une grande sortie privilégiée dont aucun autre ne jouit à Rome. Elle a un jardin spacieux et riche iip d'eaux ; à ces délices sont joints deux potagers, de ■reliefs antiques, de rares pièces de marbre et enfin des élëbres dans Rome même.

;es réflexions fiient suspendre au grand-duc Léopold la I bien si utile et si délicieux, et ces mêmes raisons en- ;galement S. M. à le conserver à l'Etat. Cependant, le ant de répondre au désir du premier Consul, a ordonné ■opositions relatives à l'échange de la villa Médicis et de l'Académie de France seraient combinées de matenir le but désiré avec une satisfaction réciproque.

■e plénipotentiaire d'Etrurie (2) au citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieure^ (3).

A Paris, ic 25 brumaire an XI (16 novembre i802). Citoyen Ministre,

ment Royal-Ferdinand, qui était au service du duc de oit passer, ainsi qu'il vous est connu, au service du

■„ 153 B, p. 18S et verso [n» 3ii).

it à Paris de S. H. Louis 1°'.

■., Toscane, 154, p. 3!ii et verso (no 250).

roy d'Etrurie. Ces troupes, jointes à celles qu'il a dans ses Eiîiis, rendent absctlumcnt inutile la permanence des troupes françaises stationnées à Livourne. Le général Mural, sur les représentations que M. le chevalier d'Orozco, ministre de S. M. Catholique à Milan, luy a faites, à ce sujet luy a promis d'en écrire avec tout l'intérêt au premier Consul, Je vous prie, citoyen Ministre, de vouloir bien concourir au même objet par vos bons offices ; je les réclame au nom de mon gouvernement, qui place en vous une entière confiance.

Le général Murât a consenti, en attendant, à diminuer de 30,000 francs par mois la contribution de 180,000 francs qui nous est imposée pour les troupes françaises, afin que cette somme soit employée pour l'entrelien du régiment Royal-Ferdinand, qui doit se rendre incessamment en Toscane et dont la solde doit être payée par le roy d'Etrurie depuis le 1" novembre (10 brumaire courant). Vous sentes bien, citoyen Ministre, qu'elle ne peut suffire à beaucoup pr&s, et que ce régiment deviendrait pour nous une nouvelle charge insupportable sans le rappel des troupes françaises. Mon gouvernement, qui connaît la justice et la générosité du premier Consul se flatte qu'il ne sera plus différé.

Agréez, citoyen Ministre, l'assurance de ma haute considération.

Serristûhi.

Le Premier Secrétaire de la légation française en Toscane au Ministre des Relations extérieures (1).

Flori^npo, Ir 3 vcnlOse bq XI (24 février 1803). Citoyen Ministre,

Je suis porté à croire, citoyen Ministre, ainsi que vous l'annoncez dans votre dépêche, que, si les Français sortaient de Toscane, on pourrait, en cas de besoin, y appeler des Espagnols. Cela est môme échappé au secrétaire^u département des Affaires étrangères, qui causaitvivement avec moi et qui, ayant accompagné le Roi en Espagne, est très bien instruit des projets des

(i) Air. El!'., Toscaùo, ia^, p. S4 ,;t U (n" 25).

deux cours. « Que gagneriez-vous a cet échange, lui ai-jc dit; ne faudrait-il pas payer les Espagnols aussi bien que les Français? )> Il m'a répondu que leur entretien serait infiniment moins cher et que d'ailleurs S. M. C. (1) les paierait vraisemblablement ellemême. « Cela ne vous mettrait-il pas dans sa dépendance? » ai-je ajouté. « Qu'importe^ a-t-il répliqué, n'appartenons-nous pas en effet à r Espagne? » Je lui ai fait sentir alors que la France avait à cœur plus que lui les intérêts de son pays, puisqu'elle avait promis et voulait maintenir son indépendance absolue. Il a été un peu embarrassé, et puis a repris : « Que le premier Consul, s'il juge le séjour des troupes françaises en Toscane nécessaire, nous épargne du moins les frais qu'elles nous coûtent ; leur entretien ne serait rien pour la France et il nous ruine. »

Le comte Carletti (2), avec qui j'ai eu ensuite une conversation, m'a dit en substance les mêmes choses, mais il m'a parlé avec plus de patriotisme et m'a dit que, s'il fallait qu'il y eût des troupes en Toscane, il aimait mille fois mieux y voir les Français que les Espagnols. Il m'a, au reste, paru peu content du Gouvernement et m'a répété plusieurs fois qu'il s'en retirerait tout à fait.

Je vous rends, citoyen Ministre, ce qui m'a été dit par le ministre toscan. Il ne m'appartient pas d'y ajouter, si ce n'est que les plaintes qu'il a faites en partant du déplorable état des finances n'ontrien d'exagéré. C'estàvousdejugersi,enlaissantles troupes françaises en Toscane^ on ne pourrait pas lui accorder quelque soulagement pour leur solde et leur entretien.

Tandis que le Roi est retenu dans sa chambre par les suites de sa maladie, la Reine semble vouloir se populariser. Pendant presque tout le carnaval, elle est allée au théâtre, masquée, et, après avoir paru dans plusieurs loges et s'être promenée dans le parterre, elle venait sans masque s'y mêler à la foule. Elle est allée aussi dans tous les lieux publics et, à présent que le temps des folies est passé, elle s'exerce à monter à cheval pour venir cet été à la promenade publique. Les Toscans, qui sont, depuis Léopold, accoutumés à voir leurs souverains se montrer sans suite, trouvent que la Reine se prodigue un peu trop. Ainsi, les efforts qu'elle fait, sans doute pour gagner le cœur de ses sujets,

(1) Charles ÏV.

(2) Carlctli^ uu des miuistrcs Ju royaume.

sont mal interprétés et lui font, dans leur esprit, p qu'ils ne lui attirent d'amour.

Je dois vous mander tous ces détails, citoyen Min vous faire connaître l'état de ce pays. Un roi malai nistre favori mené par les prêtres et vendu à l'Es; noblesse inepte et avare, un peuple mécontent : voi mois l'histoire actuelle de la Toscane.

Salut et respect. Simé(

Le General de division Ministre plénipotentiaire d blique française près S. M. Etruricnne, en mission au Ministre des Relations extérieures (1).

Liicques. lo 2T vcutâso an XI {18 n Citoyen Ministre, Les renseignements que je reçois de Toscane chaque jour plus affligeants pour quiconque ne pe sang-froid l'administration d'un Etat cité pour modÈ à. pas précipités vers sa dissolution, La maladie hi Louis !"■ lui interdit de se mêler d'aucune affaire. retour d'Espagne, il n'a pas reçu le corps diplomal chargé d'atTaires de la République italienne n'a mê S. M. Les ministres toscans qui sont désintéressés et leur patrie, tels que MM. Mozzi et Carletti, parlent leur démission, qu'on n'attendra peut-être pas pour le; Chacun croit que le comte de Salvatico fera bientôt M. Mozzi sa retraite et qu'il prendra sa place. Ce c libertinage dégoûtant, d'une ignorance etd'une imbéc est devenu le souverain dispensateur des grâces; il il dispose de tout, excepté de l'araour des peuples et fiance des gens de bien : presque tous les emplois se ■ Toscane au poids de l'or; le mignon favori du con vatico passe pour en recevoir le prix, qui, sans douU pour lui seul. On en a créé plus de 400 inutiles depu ment de Louis I" au trône. Il ne m'est pas donn

(I) Aff. Etr., Tosfano, Vio, p. 70-71 et rorso [n" 44).

DOCUMENTS SUR LE ROYAUME d'ÉTBURIE. 37

connaître dans ma dernière dépêche, qu'on ne pourrait obtenir que par contrainte, et bien plutôt par les avantages que notre commerce pourrait procurer à la place de Livourn mission en Etrurie dos produits des manufactures d Bretagne.

Le général Clarke devant, citoyen Ministre, arri d'hui ou demain à Florence et reprendre la conduit) dont son absence m'avait laissé le soin (1), je sais de cette dernière dépêche pour vous témoigner m sauce des bontés dont vous m'avez honoré et vous continuer votre bienveillance, dont personne ne mieux que moi.

Salut et respect. Siméon

Le Ministre des Relations au général Clarke.

plénipotentiaire de la République en Toscam

3 prairial an XI (2;

Citoyen, la déclaration publiée le 15mai par le go anglais, l'embargo qu'il a mis dans les ports sur h français et bataves, l'autorisation de délivrer de marque contre le pavillon de ces deux Républiques de deux bâtiments de commerce français, faite à qu< de Brest, par deux frégates anglaises, ne laissent plus sur les hostilités commencées par l'Angleterre, mal efforts qu'a faits le premier Consul pour conserver I

Le refus qu'a fait l'Angleterre de reconnaître S d'Etrurie lui indique le seul parti qui paraisse s'ai ses intérêts et sa dignité.

11 serait convenable que ce gouvernement fît une analogue à celle que le gouvernement de cette R faite et qui se trouve placée à la tête du journal of vous transmets. On jugerait à Florence des modifii la position particulifcrc de la Toscane peut rendre i susceptible.

[1] Clarke avait été détaché en mission temporaire à Lucques de à fin avril 1803. Voyez, pour l'historique de son rAle à Lucquea uoti'e ouvrage : Bonaparte et la République de Lucquea, ciiap. III.

(2) Aff. Etr., Ib5.

38 DOCUMENTS SUH LE ROYAUME d'ÉTRUUIE.

Il conviendrait do pttis que S. M. le roi d"Etrurio autoi coune et qu'il fît arrêter sur parole, comme prisoiini guerre, les Anglais qui se trouvent dans ses Etats, afin di server des moyens d'échange' à la pais.

Les circonstances ont exigé que Livourne fût mis en siège. Ce port est un des plus importants de la Méditei Son occupation par les Anglais leur ouvrirait les Etats de et tout le commerce de l'Italie; elle leur donnerait les n de couper les communications du nord et du midi de l'Itali est nécessaire de conserver : elle leur donnerait des ft pour se porter dans l'île d'Elbe et en Corse, comme ils l'o dans la dernière guerre ; et tous ces motifs sont d'autar importants à rappeler qu'on sait que les Anglais voulaieii une entreprise sur Livourne.

Le général Muiat est chargé de prendre l'arrâté qui me place en état de siège, et le commandement des troupes çaises en Toscane recevra de lui l'ordre de les réunir àLiv Piomhino, Orbitello, et sur la cùte.

La 87" demi-brigade, qui doit se rendre de Parme à Liv devra être soldée et nourrie par le gouvernement tosc comme ce gouvernement doit concourir à la défense de la commune, il sera nécessaire d'avoir l'état de la situation troupes, afin de juger, du nombre de celles qu'il peut f< Quelques-unes des troupes qui se rendent dans le midi de devront traverser la Toscane, où une partie entrera route de Pistoye. Le général Saint-Cyr est chargé de le mander et vous invite à leur procurer à leur passage tou facilités nécessaires.

La mission que vous avez remplie à Lucques vous meta de diriger les démarches ultérieures de ce gouvernement voudrez bien lui faire connaître les mesures qu'il doit 3 dans la circonstance actuelle. Elles doivent être dans le esprit que celles de la Toscane et se proportionner aux resf de ce petit Etat, qui trouve dans sa faiblesse même un m motif de mettre sa sûreté et ses intérêts sous la protectio France. Lucques doit retenir comme prisonniers de guer les Anglais qui sont sur son territoire et armer en course de bâtiments qu'il lui sera possible.

Alinistre plénipotentiaire de la République française en Toscane

au Ministre des Relations extérieures (1).

Florence, le 7 prairial aa XI, vers minuit (27 mai 1803),

Citoyen Ministre,

Je m'empresse de vous apprendre la fâcheuse nouvelle de la mort de S. M. Louis P% roi d'Elrurie. Par la lettre que j'ai eu rhonneur de vous écrire aujourd'hui matin, parla poste ordinaire, je vous ai rendu compte des progrès de la maladie du Roi. Ce malheureux Prince a succombé aujourd'hui vers les neuf heures du soir, au moment où on concevait encore quelque espérance de prolonger ses jours. La Reine est dans une profonde affliction. Demain, le testament du feu Roi sera ouvert, et M. de Mozzi a bien voulu me répéter confidentiellement que, par ce testament, la Reine était instituée seule Régente de TEtrurie, en même temps que tutrice du nouveau Roi son fils et de Tlnfante.

Salut et respect.

G. Clarke.

A S. E. le Ministre des Relations extérieures (2).

Florence, le 6 vendémiaire an XII (29 septembre 1803).

Monseigneur,

J'ai rhonneur de remettre ci-joint à Votre Excellence un pli que M"° la princesse Borghèse vient de me remettre. S. A. L se propose de partir demain pour la France. Sa santé, toujours languissante depuis la mort de son fils (3), ne lui permettra de faire ce voyage qu'à petites journées. Son projet est de se rendre à sa terre de Montgobert (4).

(1) A£F. Etr., 155. p. 159 (n» 110).

(2) Aff. Etr., Toscane, 155, p. 310 et verso (n» 209).

(3) Le fils qu'elle avait ou de son premier mariage avec le général Lcclerc. Il s'appelait Dermide et était né en 1798.

(4) Aux environs de Soissons. Le général Leclerc y est enterré. Son tombeau est de rarchitecte Fontaine.

DOCUMENTS SUf! LE ROïAUME D ETIIUHIE.

de so metlre après ce dernier. A dîner, la place à ia droite Reine fut occupi^e par le. Nonce; je me plaçai à la gauche Reine, le siège à la droite du Nonce était destiné à M"" Borgl - mais, par un malentendu, elle se plaça à ma gauche, et ^ Labrador se mit à côté d'elle, ce qui était convenable.

Aujourd'hui, anniversaire de la naissance de la reine i pagne, il y a eu cercle à la Cour. Le ministre d'Espagne n'y ; paru, mais il s'est rendu au palais un peu plus tard, et avoir eu une audience particulière.

J'évite avec soin, citoyen Ministre, toutes les disputes ( quette, et je rends exactement à M, de Labrador les visites me fait.

Salut el respect.

G. Cr.ARKE.

Le chevalier cTHervas, chart/é d'affaii-cs de S. M. C. à Paris, A Son lixceilence le Ministre des Relations extérieures

Paris, le IG venlûai! au XII (1 mars 1304;

Je reçois dans ce moment une dépêche de Toscane, en (lu 17 février, et par laquelle le sénateur Mozzi me prévient

Que lorsque la guerre fut renouvelée entre la France et . glelerrCj le général Clarko fut chargé de redemander, i autres objets, l'arrestalion de tous les Anglais qui se trouv en Toscane, S. M. connaissant dans sa sagesse qu'en se pr à cette demande, on sortait de cet état de neutralité que I' désiré de conserver, et que cet acte pouvait jiroduirc des C( quences funestes, surtout dans le port de Livourne, refusa ( manière très honnête de s'y prêter, et il y a tout lieu de c que son refus motivé satisfit le gouvernement français.

Cependant, à Livourne, qui avait été déclaré en état do i et où se trouvaient les troupes françaises commandées p général Olivier, tous les Anglais qui s'y trouvaient à cotte ép furent mis en état d'arrestation, et ce ne fut qu'à force d'ai

11) AD'. Etr., ToacaiK!, 1G6, ]). 00 cl 'Jl [u" oS).

et de prières qu'ils purent obtenir d*êtro libres, sur leur parole qu'ils ne sortiraient pas de Livourne : celte arrestation a été faite sur des négociants établis depuis longtemps à Livourne et dont plusieurs ont été naturalisés Toscans.

Il m'ajoute que S. M. les a engagés à patienter, et qu elle s'adresserait au gouvernement français pour obtenir leur liberté définitive.

Il me fait passer en outre une pétition qu'ils ont adressée à S. M. et dont je remets copie à Votre Excellence.

Je la prie de vouloir bien prendre leurs demandes en considération, et d'obtenir du premier Consul une décision favorable pour ces négociants.

Je prie Votre Excellence de recevoir l'assurance de ma haute considération et de mes sentiments les plus distingués.

D'Hervas.

Le Ministre plénipotentiaire de la République française

en Toscane Au Ministre des Relations extérieures (1).

Florence, le 25 ventùse an XII (18 mars 1804).

Citoyen Ministre,

Le citoyen Thomas Guinigi, dont je vous avais annoncé la nomination à la magistrature des Finances et de l'Intérieur de Lucques, en ayant été déplacé par un acte inconstitutionnel da pouvoir exécutif, ainsi que je vous l'ai mandé précédemment, n'a point voulu obtempérer à ses ordres, qui le mettaient dans la magistrature des Eaux ; il a motivé son refus sur la Constitution et sur le choix qu'avait fait de lui le Grand Conseil pour celle des Finances. Ce refus, quoique respectueusement tracé, a paru un acte séditieux aux meneurs de Lucques; ils ont délibéré s'ils n'en incarcéreraient pas l'auteur. Cependant cette délibération n'a eu aucune suite ; ils ont sans doute trouvé prudent de né pas trop

(1) Aff.Etr., Toscane, 156, p. 95 et verso (n© 62).

exaspérer un homme qui jouit de i'oslîme générale cl qui d'ailleurs rccommaodable parsapiélé.

Il y a quelque temps que le gouvernement lucquois envoyj Belluomini fils (1), à Paris, des IcHfl'S de créauce qui le no. nièrent envoyé extraordinaire de la République lucquoise p (le celle de France. On n'a point appris à Lucques qu'il les ait p scntécs et on a été surpris d'apprendre que le gouvcrnoment li quois venait de lui accorder un congé de deux mois pour rendre à Milan, sous prétexte d'y vendre quelques-uns de ; meubles qui y sont restés et dont la vente ne parait pas demanc sa présence.

Sur ces entrefaites, lo citoyen Dcrvillc-Maléchard, no chargé d'affaires à Lucques, s'est rendu, à ce que nous av( appris parles gazelles de Gênes, à Gênes, ofi il est logé chez minislre Saiiceli, Ceci a donné lieu à divers bruits. Sans croire aucun, mais sachant que ma correspondance relalivt Lucques a été communiquée au citoyen Derville, je no puis as: remarquer la tendresse rauluelie que paraissent se témoigner citoyens Derville et Saliceti, et peut-être, citoyen Ministre, ce tendresse mérilera-t-elle voire attention.

Salut et respect. G. Clarke.

Le Ministre plénipotentiaire de la République française

en Toscane

Au Ministre des Relations extérieures (2).

Florence, le 1 florcal an XII (27 avril ISOi). Citoyen Ministre, Le citoyen Lucien Bonaparte vient de passer â Florence, il s'y est arrôté qu'un jour ; il est parti hier pour Rome. Je ne 1 point vu, cl il n'a vu personne.

Je viens d'apprendre par M"" la princesse Borghèse que

(t) Le ûls du fauieuï gonfalonier lucquois, chef du parli démocratique, qui tr un peu plus tard avec Bonaparte pour investir la princesse Elisadu gouve: uitsnt de son paya.

(2) AIT. Elr., Toscane, IS6, p. 141 et verso (n°9S}.

viendra dans deux mois à Florence; je vous prie, citoyen Ministre, de me faire savoir la manière dont le premier Consul veut qu'elle soit traitée à Florence, et si son intention est que je lui donne des fôtes; dans ce cas, je vous prie de vouloir bien pouFvoir à la dépense.

Salut et respect. G. Clarke.

P. S. — Cette demande est également relative à M™® Bonaparte, mère du premier Consul, qui doit se rendre à Florence cet été, pour aller ensuite aux bains de Lucques.

Au ministre Talleyrand^ à Paris (1).

Florence, le 28 floréal an XII (18 mai 1804),

Citoyen Ministre,

Diverses difficultés ont empêché jusqu'à ce moment le mariage de ma fille avec le lieutenant Ligniville. Ces obstacles sont de nature à n'ôlre levés que par moi et rendent par conséquent indispensable ma présence à Paris. Ce mariage, qui est d'un extrême intérêt pour ma famille, a besoin de mes soins pour s'achever, et j'ose me flatter que le Gouvernement me permettra de ne pas sacrifier mes affaires particulières après en avoir fait un si désastreux abandon pendant si longtemps. Je vous prie donc instamment, citoyen Ministre, de m'accorder un congé de deux mois avec appointements pour me rendre à Paris.

La citation que vous m'avez transmise et qui m'ordonne de comparaître à Paris, en prairial, est une raison de plus qui me fait désirer d'y aller, d'autant que vous n'avez point répondu à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire à cet égard.

J'espère, citoyen Ministre, que vous voudrez bien m'accorder le congé que je vous demande, et que vous connaîtrez, sans doute, être sans inconvénients. Le citoyen Siméon, qui m'a déjà remplacé pendant les quatre mois de mon séjour à Lucques et auquel vous avez témoigné votre contentement de sa conduite,

(1) Aff. Etr., Toscane, 156, p. lo7 (n^ lll).

peut me remplacer momcntaiiêmeoL de nouveau.

résuUe aucun préjudice pour li!s affaires.

SaluLcL respect.

G. Clak

Ministre plénipotentiaî

A M. de Tallcyrand, ministre des Relations oxt

Florence, le 10 prairial an ) Monsieur, . Je me suis empressé, ainsi que Votre Excellei crivait, de Iransmctlro au commissaire gêné Livourne, copie de la note-circulaire que vous avi ministres étrangers accrédités près du gouvernt et de lui demander le procès-verbal de sa prestatio de celle des sous-commissaires placés sous ses l'honneur de vous l'envoyer aussitôt que je l'aura ici mon serment de soumission anx constitulio et (le fidélité à l'Empereur, ainsi que celui du pro ()c la légation. Les trois élèves qui y sont attaché Ligniville et Zîepffel, se trouvent dans ce mon voire autorisation à leurs régiments. Leur abseï retenir ici M. Le Pelletier d'Aunay, qui a l'honne de vous et qui désire s'allacher à la carrière dip travail m'est devenu indispensable, vu la multipi que nécessite particulièrement dans cette léga des troupes françaises en Toscane, et qui est a' foule de petits détails qui ne sont pas de nature à mis. Par son instruction, par sa fortune et pai monde, M. Le Pelletier d'Aùnay est susceptibli plir une place d'élève, lorsque vous voudrez bie der.

Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance c G. C

'lierai Gravina, ambassadeur d'Espagne, à Son Excellence le Minisire des Relations extérieures (1).

Parie, le 2 thermidor ;S1 juilloE 1S04).

Excellence, Ire Excellence n'ignore pas que l'Elat de Piombino a élc à la Toscane par le trailé d'Aranjuez, en compensalion ûrlo-Ferrajo et du lerriloire qu'elle possédail dans l'isle e.

gouverncmcnl toscan asoUicllé plusieurs fois celle réunion yaume d'Elrurie, pour lequel elle est essentielle sous tous .pports, cet Etat étant enclavé dans son territoire; mais les es françaises l'occupent encore, et les dispositions prises furs commandants et les actes qu'ils y exercent feraient ue croire qu'elle n'aura pas Heu. Quoique S. M. la rcineite d'Elrurie ne puisse pas le supposer, allendu le préjudice ésulte à son royaume do la séparation de Piombino, Elle ihargé de renouveler à S. M. I, les plus vives instances que la priucipaulé de Piombino soit réunie à la Toscane. ^père que Votre ExcetEcace sera convaincue de la justice demande et qu'Ëlle voudra bien l'appuyer, prie Votre Excellence d'agréer l'assurance de ma haute dération.

Federico Gravina.

ne'ral Gravina. ambassadeur de S . M. Catholique et ministre nipolentiaire de Toscane, à Son Excellence le Ministre des ations extérieures (2).

Paris, le U fructiJor an XII {17 septembre 1804).

Excellence, n'ai pas manqué de transmettre à ma Cour la réponse que i Excellence me fît l'honneur de m'adresser le 10 thermima lettre du 21 juillet, par laquelle je demandais de nou-

r. Elr., Toscane. 156, p. 225 (n« 160).

f. Etr., Toscane, 156, p. (86 cl verdo (n' 194).

veau, et au nom du Roi mon mailre et de S. M. la rein d'£trurie, la réunion du duclié de Piombino à la d'après ce qui fui stipulé dans l'article 5 du traité d'Ar 21 mars 1801.

S. M, le Roi n'a pu moins de voir avec surprise qu de France tend à évitercetie cession, en promettant de ; comme un équivalent le petit Etat des Présides, et en que, par ce moyen, on évitera à la Toscane les discui pourraient s'élever avec la maison qui possédait le Piombino sous la protection de la cour de Naples.

Il est de toute notoriété que les Présides ont app. appartiennent à l'Espagne, puisque le roi de Naples les dépôt de son auguste père, le roi Chartes III, de s n'appartient point à la France, mais au roi d'Espagne, di de cet Etat en faveur de la Toscane. Par conséquent, c peut non plus le recevoir de la France en compensation bino, dont la propriété lui a été solennellement accord traité d'Aranjuez.

D'après ces faits, fondés sur les conventions exista ordre de ma Cour de réclamer de nouveau l'accomp dudit traité dans la partie qui assure à la Toscane l'ii possession de Piombino, conservant à l'Espagne so l'Elal des Présides dont aucune puissance ne pourrait sans le consentement formel du Roi mon maître.

Je prie Votre Excellence de me mettre dans le cas d( communiquer à la Cour la décision de S. M. I., et d"î assurances de ma haute considération,

Federico Gravinji

A S. Exe. le Ministre des Relations extérieures

Florence, le 20 fructidor an XII (7 scptemi

Monseigneur^

J'ai eu l'honneur d'informer Votre Excellence, par i

du 13 de ce mois, de mes démarches pour que le payi

(I) AIT. Etr., Toscane, 156, p. 252 et 233 (n» 18i).

AH DOCUMENTS SUR LE ROYAUME d'ÉTRURIE.

solde des troupes françaises stationnées en Toscane fut assuré, et j'ai cru devoir en même temps faire connaître à Votre Excellence l'opinion où j'étais que le gouvernement toscan éviterait de prendre une détermination définitive à ce sujet, jusqu'à ce qu'il fût informé de la décision de S. M. I. sur les dernières réclamations que ce gouvernement lui a adressées. Je n'ai cessée, depuis cette époque, de solliciter une réponse à ma note du 9 fructidor : elle m'a été promise de jour en jour, mais elle ne m'a point encore été remise, et le sous-secrétaire d'Etat Lustrini m'écrivait hier au soir le billet ci-joint, pour me prévenir que, n'ayant pas encore reçu de la députation des finances les renseignements nécessaires, il rie pourrait faire réponse à ma note que dans les premiers jours de la semaine prochaine. Il aurait pu dire, avec plus de vérité peut-être, que la députation des finances ne retardait sa réponse que pour recevoir, avant de la donner, les lettres de France qui arrivent demain, et qui pourraient contenir la décision de S. M. l'Empereur.

Ce retard n'est cause heureusement d'aucun inconvénient, puisque la solde est au courant; ce ne serait que sa prolongation qui pourrait être à craindre, et je ferai tout ce qui sera en moi pour l'empêcher; mais vous penserez sans doute, Monseigneur, que le meilleur moyen de le faire cesser est de faire connaître le plus tôt possible à la Toscane la détermination qu'elle sollicite.

Je prie Votre Excellence d'agréer l'assurance de mon respect.

SiMÉON.

S. A. I. M"® la princesse Borghèse est arrivée à Florence le 14 de ce mois. Elle est allée aussitôt à sa maison de campagne, peu éloignée de la ville. Il paraît que son intention est d'y demeurer tout l'automne.

A Monsieur Siméon (1).

" Mayence, le 3 vendémiaire an XIII (23 septembre 1804).

J'ai l'honneur, Monsieur, de vous adresser une lettre de S. M. I. à la reine régente d'Etrurie. Cette lettre est la réponse de celle que la Reine a écrite à S. M. I. pour lui faire part de la mort de

(1) Aff. Etr., Toscane, 156, p. 260 (n» 198).

DOCUMENTS SUR [.E liOYAUME D KTRL'RIE.

S. A. R. la duchesse douairière de Parme; vous la faire parvenir à S. M. la Reine régente, par s d'Etat, à qui vous en remettrez une copie égalera

M. de Gravina m'a prévenu que la cour de Fl( envoyer à Parme deux commissaires chargés de naissance des biens laissés par le dernier duc de ] dettes qui devaient tomber à la charge du roi d'E qualité d'héritier de ce prince.

Il ne parait pas, au premier coup d'œil, que la T( conserver à Parme des intérêts assez compliqués présence de deux agents y soit nécessaire. Leur mi: lies prétentions sur l'héritage du dernier duc qui véritables droits du roi d'Etrurie, auquel S. M. I château de Colorno et les meubles et effets du dt 11 ne serait donc pas étonnant que les commissaîi sent, de la part de M. Moreau de Saint-Méry, ai pour faire valoir des prétentions ultérieures.

J'ai cru devoir vous en faire l'observation pour ' portée de répondre à celles que le gouvernement to vous adresser sur l'objet de la mission de ces co Parme et sur le résultat incomplet que leurs démai vent manquer d'obtenir.

J'ai reçu, Monsieur, vos différentes dépêches ju du (?) fructidor. S. M. I. continue d'être satisfaite lequel vous suivez les affaires de la légation : ell( de vous recommander de nouveau, comme la plu de toutes, l'exactitude du payement des troupes fi doivent continuer d'être en Toscane tant que les n'ont pas changé.

J'ai, etc. Tallëï

A M. Saliceti [{) et à M. Sîméon (2).

Paris, le 7 brumaire an XIII [29

Monsieur, la guerre entre l'Espagne et l'Ang d'être déclarée par cette dernière puissance qui, dét

(I) Siillccti, ministre de Franco à Gvaa.

{■2) AU, Etr,, Toscane, 1j6, p. 38* (u» 2tC).

oO DOCUMENTS SUR LE ROYAUME D ÉTRURIE.

elle a fait dans toutes les guerres^ par la violation de toutes los lois de l'humanité, a attaqué en pleine paix une escadre espagnole. Trois frégates, chargées d'un trésor, ont été prises, une quatrième a été engloutie et 400 sujets du roi d'Espagne ont péri de la plus scandaleuse et la plus inhumaine infraction au droit des gens.

Dans cette circonstance, tous les principes, toutes les lois de la neutralité sont méconnus, et si l'Europe était animée des sentiments que la publicité de cet attentat devrait exciter, aucune nation n'entretiendrait de relations de commerce avec l'Angleterre jusqu'au moment où le gouvernement de cette nation, averti par l^indignation commune, se serait vu obligé de rentrer de lui-même dans la loi générale, qui protège les droits et les intérêts de tous les peuples civilisés.

S. M. désire, Monsieur, que vous fassiez part de cet événement au gouvernement près duquel vous résidez, et que vous demandiez qu'il soit pris des mesures promptes et sûres pour que tous les bâtiments neutres ou autres qui viendraient d'Angleterre, et qui seraient chargés de marchandises anglaises, fussent arrêtés ou provisoirement séquestrés.

Talleyrand.

A S. Exe, le Ministre des Relations extérieures (1).

Florence, le 18 brumaire an XUI (9 novembre 1804).

Monseigneur,

Le Saint-Père est arrivé à Florence le 14 de ce mois, vers sept heures du soir. Il est descendu à l'église du Saint-Esprit, qui était illuminée pour le recevoir, et s'est rendu après le Te Deum au palais Pitti, où il a été reçu par la Reine et par toute la Cour. Le 15, au matin, j'ai été admis avec tous les ministres étrangers à une audience particulière de Sa Sainteté, après laquelle Elle a donné solennellement la confirmation au Roi et la bénédiction au peuple. La journée entière a été consacrée au baisement des pieds. Il y a eu grand dîner au palais. Le soir, j'ai eu une seconde audience du Saint-Père, qui m'a

(1) Aff. Etr., Toscane, lofl, p. 289 et verso (no 22i).

iA

là

Page 1