I. Cf. la pièce précédente
Valabrègue, sa femme, beau frère et sœur du défunt ; — et Ester Salon Dalpuget, veuve dudit défunt. En même temps que les corequérants comparaissent : Jean Paris, tailleur, qui a gardé Valabrègue durant les quatre mois de sa maladie ; Isaac Castro, marchand Juif, rue de l'Hirondelle, qui a veillé le défunt, et Geneviève Fournier, femme Parisi, domestique de Valabrègue. Avant l'apposition des scellés 1200 1. sont prélevées et remises à la veuve pour frais d'inhumation et frais d'entretien.
Diverses oppositions à la levée des scellés sont faites par des fournisseurs, et le 22 mars par Lion Fernandes pour remboursement de 75 1. par lui avancées « pour le coût de la tombe mise sur la fosse du défunt ». Il faut surtout signaler celle du Procureur du Roi au au Bureau des finances et Chambre du Domaine, à Paris, qui par sentence de ladite Chambre du 4 décembre, se fait envoyer en possession de la succession à titre d'aubaine. Mais cette sentence est aussitôt portée par appel au Parlement. Devant le commissaire délégué par la Chambre du Domaine, la veuve de Valabrègue fait toutes réserves sur cette intervention. Elle se déclare « Juive régnicole françoise et habilitée par lettres patentes » du mois de mai 1759 enregistrées au Parlement et au Bureau des finances de Bordeaux, commune en biens avec le défunt, et sa donataire en usufruit, en vertu de leur contrat de mariage passé à Bordeaux le 14 octobre 1749, et en tout cas habile à se porter héritière en vertu de la loi iiiide vir et iixor. De son côté Vidal fait valoir le « brevet obtenu par led. dcftunt qui lui accordoit le privilège de transmettre sa succession » et se portant comme héritier, à titre de cousin de Valabrègue, au cas où « la cour ne se détermineroit pas à accorder l'hérédité dud. de Valabrègue à lad. femme Manassès de Beziers, soit parce qu'elle ne demeureroit pas en cette ville de Paris soit à raison de tous autres motifs », excipe de ses lettres de naturalité enregistrées au Parlement « qui lui permettent quoique Juif de recueillir les successions de ses parens Juifs». Dans ces conditions le Procureur du Domaine consent par sa requête du 22 janvier 1780 à la main levée de son opposition, et par arrêt du 3 février la Cour fait par provision main levée de cette opposition « sans préjudicier aux droits des parties qui demeurent ... réservés... », et « en delfinitif ordonne qu'à la requête de Gentille de Valabrègue et de Vidal il sera procédé à la levée des scellés en présence de la veuve de Valabrègue '. Mais cet arrêt même va faire
I. Une copie de l'arrêt est jointe au scellé. Un certain nombre d'indications reproduites ici en sont tirées.
naître de nouvelles difficultés entre les héritiers. La veuve refuse d'accepter le notaire choisi par Vidal, et il faut une intervention du conseiller rapporteur. Le matin du décès, elle avait remis, à la demande même du mourant, quelques objets d'orfèvrerie à titre de souvenir à Moyse Perpignan, négociant Juif et « regnicole », rue Dauphine. Vidal menace de déposer une plainte en divertissement et recel, et Perpignan vient rapporter ces objets. Il se retrouve une malle dont les scellés sont brisés : nouvel incident ; vérification faite, on n'y découvre que des « galettes » reconnues comme étant le « pain de Pasques ' »,
Enfin dans la vacation du 25 avril, au moment où Vidal requiert la vente des objets mobiliers du défunt, et la remise entre ses mains des papiers de la succession, le procureur d'Esther Salon précise ses droits ; déclarant qu'elle seule a autorité pour requérir cette vente et détenir des papiers, protestant que ses qualités de femme légitime, d'associée en biens, de donataire entre vifs en usufruit tant par son qiiêtouha ou acte de célébration du mariage suivant la loy de Moyse, qui contient sa dot, son augment de dot et son douaire, passé à Bordeaux le vingt un septembre mil sept cent quarante neuf, que par son contrat de mariage, qui contient en outre son agencement et ses bagues et bijoux avec le don mutuel de l'usufruit et jouissance de la totalité des acquêts » à la date du 14 octobre 1749; et réclamant sa dot, augment et bijoux, soit 3400 1. à prélever avant toutes choses, et la moitié des acquêts et l'usufruit de l'autre moitié, — mais une transaction intervient le 19 mai devant M'= Claude La Roche, par laquelle la veuve se désiste de tous ses droits moyennant une somme de 6600 livres et sous réserve d'un certain nombre d'objets mobiliers qui demeurent sa propriété, et consent à ce que Vidal, au nom et comme mandataire de Gentille de Valabrègue, sœur du défunt, entre en possession de l'héritage.
Le notaire chargé de l'inventaire est Claude La Roche. L'expertise de l'argenterie est faite par Louis-Etienne Duhamel, orfèvre,
1 . Il faut noter un autre détail caractéristique. A la vacatiou du 2 mars la V"' Valabrègue ne se présente pas en personne « attendu qu'elle en est empêchée par la mort du s"" son frère dont elle a reçu la nouvelle hier et duquel elle a pris le deuil ce matin, que par sa loi toute affaire lui est interdite pendant une semaine, que même elle ne peut pas sortir ni signer aucuns actes ». La suite des opérations est en conséquence remise à huitaine.