XII. Feures nécororées. ( Folia omnino decolorata
Feuilles où la lame est entièrement passée au jaune ou au blanc. Exemples :
920 (1°) Juniperus sabina. L., var. foliis albis.
930 (20) —- communtis, L., var. foliis albis. 940 (3°) Thuya orientalis. W., var. foliis albis. 95° (40) — cupressoides. W., var. foliis albis.
96° (5°) Quercus robur. L., var, foliis flavis.
97° (60) Fraxinus excelsior. L., var. foliis flavis.
98° (7°) Acer platanoides, L., var. foliis flavis.
990 (8°) Robinia pseudo-acacia. L., var. foliolis flavis, flavo-viridibus, 100° (9) Æsculus hippocastanum. L , var. foliolis albis.
Telles sont les douze classes de panachures que nous avons reconnues parmi les nombreux exemples que nous avons élé à même d'étudier dans nos jardins, dans l’élablissement de MM. Henrard , père et fils, à Liége , et naguéres à la maison de campagne de M la vicomtesse Vilain XIITE, a Wetieren, près de Gand. Nous avons borné le nombre
de nos exemples à cent, quoique nous eussions pu aller bien au delà.
(1) Cette espèce de panachure ainsi que la précédente X , sont une des plus sin-
gulières et des moins communes. Elles semblent se concentrer dans la feuille des caprifoliacées,
Îl est cerlain que lorsqu'on voit une panachure s'arrêter précisément à une nervure, lorsqu'on voit le tissu décoloré se limiler neltement à la nervure médiane, on est conduit à voir dans ce phénomène une action qui dépend des fibres ; on est encore plus raffermi dans cette opinion ,.en observant ces belles feuilles réticulées où tout le réseau fibreux est blanc ou jaune, tandis que l'intervenium reste vert ; mais, quand le nombre d'exemples devient grand, les feuilles marginées, bordées, zonées, discoïdales, fasciées et panachées par les bouts, font bientôt tomber cette explication devant des faits qui jamais ne s’accorderaient avec celte hypothèse. Dans les feuilles fasciées et les feuilles panachées par le bout , les nervures comme l’intervenium sont nettement coupées par une partie décolorée. La transition a même lieu brusquement.
Il serait donc impossible d'admettre que ce phénomène de la panachure puisse provenir d’un excès d'air que les vaisseaux pneumatophores verseraient dansla feuille, quand la racine elle-même irait puiser dans-un sol trop pauvre plus d'air que de sève. On penserait à cela pour les feuilles décrites sous le nom de maculo-variées , réticulées, vittées, marbrées et panachées par moitié. Les feuilles marginées seules ruineraient ce système.
Le genre de nos éludes nous a naturellement porté à soumeltre les Lissus blanchis à l'inspection microscopique, car il nous a paru fondé d'examiner d’abord les différences tissulaires qui auraient pu exister entre les parties vertes et celles panachées, pour aller ensuite à la recherche des causes de cet étrange phénomène.
Nous ne pouvons pas ici retracer loules nos anatomies : d'ailleurs la constante similitude que nous avons trouvée entre elles, nous permet de croire que la cause est la
(123 ) même, et partout et toujours. Nous nous bornons donc à dire ce que nous ont présenté les Cornus mascula , Evonymus japonicus et Syringa vulgaris. Quelle que soit la classe de la panachure, sa cause intime est loujours la méme.
Le Cornus mascula n'offre rien de particulier dans son système dermoïde (fig. L, a, b) supérieur ou inférieur, Ses poils malpighiacés ou en navette, offrent le même aspect sur une parlie panachée comme sur la partie verte. Iln'en est pas de même du diachyme. Celui-ci offre une modificalion importante dans son système mésophyllaire supérieur (sécréteur, pôle aérien de la feuille), lequel a ses méals intercellulaires tout remplis de gaz ou d'air, en même temps que les granules de chlorophylle blanchis. Nous ne disons pas que l'air ou le gaz séjourne dans des lacunes, car cette partie du diachyme n’a point de lacunes (fig. L, e). Les cellules courtes, prismatiques, se sont un peu retirées sur
elles-mêmes , pour permettre à l'air de se loger dans les
méals, qui ainsi existent bouflis d'un fluide aériforme , au
nombre de six, autour de chaque cellule (fg. 1). Quand
la décoloration est complète, le mème phénomène s'em-
pare du système mésophyllaire inférieur (#g.1,f), qui est . naturellement percé de lacunes répondant aux chambres - pneumatiques de l'appareil stomalique. Ordinairement une * portion du système mésophyllaire supérieur est frappée de - celle sécrélion d'air, tandis que l'inférieur est encore sain. | L'Evonymus japonicus est encore plus propre à prou- » xer que la panachure reconnaît pour cause le séjour de l'air dans les méats du diachyme. La figure I offre la dissection * d'une partie saine, la figure IV, celle d’une partie malade ou panachée. Le système dermoïde, supérieur et inférieur, le système mésophyllaire inférieur avec ses cellules, ses
lacunes, ses cavilés pnenmaliques, restent les mêmes de part et d'autre, avec celte seule différence que les globules de chlorophylle sont verts d’un côté (fig. HI), et décolorés de l’autre (fig. IV). Le système mésophyllaire supérieur est seul changé. D'un côté, dans la partie saine (fig. HE), les prismes cellulaires (prismenchymé) sont fortement adhérents les uns aux autres par l'enchyme ou la substance intercellulaire qui colle intimement toutes leurs parois ensemble. Il résulte de là qu'ici il n’y a point de méats intercellulaires et, par conséquent, il ne saurait y avoir de l'air entre ces cellules. De l’autre côté (fig. IV), les prismes cellulaires du mésophylle supérieur sont détachés les uns des autres; ils ont de l'air entre eux à leurs six angles , (fig. V), de sorte que les méats y existent privés de cette substance intercellulaire qui, ailleurs, lie les cellules les unes aux autres. Avec ce développement d'air, de gaz ou d’an fluide aériforme, de nature encore inconnue, correspond un blanchiment plus ou moins complet de la chlorophylle intérieure; mais ces phénomènes se présen- . tant déja dans les parlies du pôle inférieur de la feuille ,« sans y entrainer une différence dans l'agencement des organes, nous devons le regarder comme moins imporlant que la sécrétion de l'air entre les cellules.
Le Syringa vulgaris (fig. VE) rous a rendu compte, par son anatomie, d'un autre fait non moins important pour la physiologie des feuilles panachées. Sur cette plante, comme sur beaucoup d’autres , on aperçoit plusieurs te1n-" tes fort nombreuses, qui conslituent les feuilles que nous avonsnommées,dansnotre classification, marbrées:les unes“ de ces teintes sont un vert pâle, les autres un vert jaune ;. celles-ci un jaune pur , celles-là un jaune blanc, et enfin un blanc pur et une couleur brune qui indique une car=
Me
bonisalion du tissu. Ces leintes variées, procédant du vert au blanc, par une foule de nuances intermédiaires, d’où viennent-elles ? Il y a telle coupe sur une feuille marbrée semblable qui , d’un trait, peut répondre à cette question: c'est celle où, sur un pelit espace, et la chose n’est pas rare, ces diverses gradalions se présentent loutes à la fois. Nous avons disséqué une telle portion (fig. VI), et bientôt l'anatomie est venue rendre compte de ce phénomène. La décoloration de la chlorophylle et la formation de l'air entre les cellules, lemphysème, puisqu'il faut ici appeler la maladie par son nom, ne s'emparent du lissu cellulaire du mésophylle supérieur que couche par couche. Il suit de là que la première couche malade est la supérieure, la seconde , celle qui vient en dessous, la troisième , celle plus bas encore, et ainsi du reste. On conçoit alors pourquoi la teinte pale-vert n’est que l'indice d'un emphysème commençant, léger , superficiel ; pourquoi la teinte jaune verdâtre comporte l'emphysèmede plusieurs couches, et pourquoi enfin la décoloration totale n’est aussi le résultat que d'un emphysème général qui a envahi tout le diachyme.
D'après ces vues, on doit conclure que la double cause qui décolore , d’une part, la chlorophylle, et d’une autre, séquestre de l'air dans les méats intercellulaires qui normalement ne sont pas destinés à en retenir, agit de haut en bas , c'est-à-dire, qu'elle commence dans le système mésophyllaire destiné au rejet des substances par la feuille, système qu'on peut regarder comme exerçant une fonction de sécrélion (exemples : la gomme, les résines, etc., qui vermissent la surface supérieure des feuilles, etc.). De plus, il n'est pas inulile de faire remarquer ici que c’est cetle surface qui reçoit le plus de lumière et le moins d'humidité quand il ne pleut pas directement sur elle. Cette suite de
(:126 ) réflexions porte naturellement l'esprit à rechercher, dans un effet de la respiration, la cause de ce phénomène de la panachure, qui, à nos yeux, n’est qu'un Mon D oh du lissu cellulaire.
NL. Sageret, qui a fait plusieurs expériences lrès-curieuses sur la panachure (1), attribue ce phénomène à plusieurs : causes, bien qu'il n'ail pas cherché à résoudre la question par l'examen de la structure même des parlies panachées , * chose essentielle dans un cas de pathologie, où il faut connaîlre avant lout le siége de la lésion. Ges causes seraient , selon cet observateur :
1° La vieillesse des graines, leur incomplète maturité, leur conformation défectueuse, leur origine de pieds déjà monstrueux ou bizarres. — On conçoit qu'ici rien ne dit. clairement comment ces causes peuvent produire des panachures, L’affirmalion est ici un peu vague, parce qu'elle. n'explique rien ;
2° La panachure dans les ascendants. — Ce fail est vrai ; « nous en avons vu des preuves dans plusieurs jardins;
3° Un accident, nne lésion d’insecte. — Ici, nous de-. vons faire remarquer que la différence de couleur d’une feuille piquée par un insecte ou servant de nid à sa progé=" nilure n’est pas une vraie panachure. Ce phénomène est" local, reconnait pour cause une dégénérescence ou la mort des lissus, comme dans la croissance des épiphytes 1 biogènes cryptogames qui naissent si communément sur“ les parties vertes des plantes. Le plussouvent la teinte jaune; comme nous l’observons sur les poiriers, les pommiers, le
(1} Sur le moyen de faire naître les végétaux à feuilles panachées. Hor= TICULTEUR BELGE, mai 1836 , p. 145.
Lie
re s .
Colutea arhorescens, elc., n’est qu'un indice de la mort du tissu; ;
4 L'hybridation d'une plante non panachée par le pollen d'une panachée. — Cela doit s'entendre des batardises (copulalion de deux variétés entre elles d'une seule espèce) et non des vraies hybridalions (copulation de deux espèces différentes ) ;
5° Une fécondation imparfaite par imperfection du pollen. — Il est plus exact de dire sans doute par la différence de coloration dans le pollen, comme on l'a observé dans la production de la strialion de la corolle ;
6° La contagion inoculée par la greffe. — Ce résultat est mis hors de doute par l'expérience quotidienne.
À ces causes 1l nous paraît qu’il faut ajouter :
7° La croissance de la plante sur un terrain chaud , sec, aride, pénétré d'air. — Les faits cités par M. Treviranus ont élé pleinement confirmés par ce que nousavons vu dans tous les jardins où se trouvent des arbres à feuilles panachées.
8° Le bouturage avec dessiccalion. — Le fait cité par Miller rentre dans cette catégorie de causes , et M. Sageret lui-même, en parlant des flelianthus annuus produits ou obtenus panachés par lui, dit que le bouturage, le marcotage, la Lorsion, l'incision annulaire el la ligature ont causé la panachure. Nous pensons que ces causes sont secondaires , et qu'avec elles on doit faire agir concomitament une respiration active, si aclive qu'elle entraîne Vemphysème des tissus sécréteurs. Cette dernière condition remplie par une exposilion chaude, aérée, dans un sol aride,
a été entièrement négligée par les observateurs : elle ne
pouvait se révéler à eux que par l'anatomie végétale, et peu ont fait attention à la dissection des lissus.
9% La destruction d'organes de nutrition importante par les animaux ou d'autres causes. — Les faits rapportés par Burgsdorf sont dans ce cas. — Ilss’expliquent par l'excès de la respiration qu'ont dû exercer les parties survivantes pour continuer la vie dans les plantes.
Il nous paraît donc, d'après cette exposition de fails que :
1° L'on peut regarder la panachure comme une maladie;
2 Qu'elle siége dans le tissu cellulaire du diachyme ;
3° Qu'elle attaque surtout le système mésophyllaire supérieur, en s’y propageant par couches Loujours de plus bas en plus bas, de manière à s'emparer de tout le diachyme ;
4 Qu'elle résulle d'un emphysème sans boursouflure, mais au contraire avec rétrécissement des Lissus ordinaire- . ment remplis de séve élaborée ; 4
5° Que cet emphysème se localise dans les méats intercellulaires, en remplaçant la substance intercellulaire par | de l'air ou un gaz de nalure inconnue ;
G° Que cet emphysème entraîne la décoloration des granules de chlorophylle contenus dans les cellules du diachyme panaché ;
7° Que la panachure se produit toujours d'après un certain nombre de types qui se répètent les mêmes dans une foule de végétaux d'ordres et d’espèces très-diflérents, et que jusqu'à présent on peut ainsi reconnaître des feuilles : 1° marginées ; 2 hordées ; 3° discoïdales; 4° zonées ;
5° maculo-variées ; 6° réticulées ; T° vittées ; 8 marbrées; 9° panachées par moitié; 10° panachées par le bout; 1 11° fasciées ; 12° décolorées entierement ; 8° Que ce dernier phénomène constitue l'albinisme complet, qui ne se reproduit jamais par graines, de sorte que c’est une maladie individuelle qui ne s'étend pas à la race;
9° Que les causes occasionnelles de la panachure sont »
( 129 ) | multiples et prennent leur source de plusieurs conditions assignables.
10° Que la panachure se lie intimement à un mode perverti de la respiration végétale, et que par conséquent il est aux plantes ce que l’'emphysème pulmonaire est aux animaux : chez les premiers, il siége dans les feuilles qui sont les vrais poumons des végétaux ;
11° Qu'en cela il faut aussi distinguer les emphysèmes généraux qui s'emparent de toute la plante et non des panachures locales.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Fig. 1. Coupe de la feuille d’un Cornus mascula, panachée. a, Derme supérieur.
b. Derme inférieur.
ce, d. Poils en navette couchés à plat, e. Couche du diachyme emphysémateuse, siége de la panachure.
f. Reste du diachyme vert.
Fig. W. Cellules vues séparément et agrandies , prises dans la couche
panachée ou emphysémateuse.
a. Cellule b. Air renfermé dans les méats intercellulaires.
Fig. UI—IV—V. Coupes d’une feuille saine (LIT) et d’une feuille malade, fig. IV de l'Evonymus japonicus. La figure V représente, vu d’en haut , le tissu cellulaire du mésophylle supérieur.
Fig. VI Coupe de la feuille panachée par teintes différentes du Syringa vulyaris.
À. Derme supérieur B. Derme inférieur.
nee. .
a, Cellules du premier plan emphysémateux, PE h. Celles du second.
. Celles du troisième. L’emphysème ne se poursuit pas à droite | 4 de la figure. | ‘à d. Cellules du mésophylle inférieur. 3
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