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RECHERCHES LITTÉRAIRES

Sur les fleurs de la passion, suivies d'observationsanatomiques sur l'une d'entre elles (PASSIFLORA QUADRANGULARIS L.).

{ Lues à l'académie de Bruxelles, dans sa séance du 5 mars 1842.)

L'accueil favorable que des personnes instruites ont bien voulu donner à mes monographies anatomiques et physiologiques de quelques fleurs , comme celles traitant du Cereus grandiflorus (4), du Marica cœrulea (2), de l'Aquilegia vulgaris(5), etc., m'engage à publier mes observations faites dans le même esprit sur les fleurs de quelques passiflores , et notamment de la belle Passiflora quadrangularis L. La science gagne toujours quelque chose à une étude quelque restreinte qu'elle soit, pourvu qu’elle porte sur

(1) Observations sur l’anatomie et la physiologie de la fleur du Cereus grandiflorus. PRÉMICES D’ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE, IV° Mémoire , cité dans Lindley, Zntroduction to botany. 1839 , etc.

(2) Observations sur la circulation dans les poils corollins du marica GÆRULEA. Prémices, etc., XIV: Mémoire , reproduit dans L'Écho du monde savant, le Mémorial encyclopédique , etc.

(3) Considerations respecting spur-shaped nectaries, and those of the Aquilegia vulgaris in particular. Lond., 1841. AN, AND maG. NaT. Hist.,

vol, VII.

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des faits examinés avec soin et décrits avec conscience. Cette marche a été des plus utiles en zoologie, en anatomie comparée; pourquoi ne le serait-elle pas en botanique, aujourd'hui qu'on n'ose plus écrire, comme il y a dix ans, qu'une anatomie comparée phytographique est impossible? Impossible! et voilà qu'en ce moment, M. Hugo Mohl fonde un journal uniquement destiné aux découvertes de l'anatomie et de la physiologie végétales ; impossible! et Londres voit prospérer au plus haut point sa société microscopienne, où les plus grandes choses s’expliquent et se démontrent par les infiniment petits.

Ce devait être un véritable événement en horticulture et en botanique que l’arrivée en Europe de ces passiflores, où l'œil poétique de quelques jésuites a vu , depuis, la représentation des principaux instruments de la passion. L'histoire littéraire de ces fleurs symboliques n'a jamais été faite, du moins à ma connaissance, et peut-être y trou-

vera-t-on quelque intérêt, surtout en Belgique, parce qu'ici

encore, comme dans l'histoire de tant d’autres introductions, des Belges ont été utiles et ont même joué nn rôle remarquable.

Celui qui le premier fit connaître à l'Europe les fleurs de la passion par une gravure, était un anversois, Jean De Laet, que M. Broeckx a tort de faire naître à Looz, dans le XV®* siècle (1). Jean De Laet est né vers 1590, à Anvers, comme le dit le litre du grand Elzevir : De medicina brasiliensi de Pison, ouvrage mis au jour par De Laet luimême, qui faitimprimer Joannes De Laet Antwerpianus (2).

(1) Essai sur l’histoire de la médecine belge, p.288. (2) Voy. le second titre imprimé de l’Æistoria naturalis Brasiliæ. Lugd. Bat., apud Fr. Hackium, et Amstelodami, ap. Lud. Elzevirium. 1648 , in-fol.

Lorsqu'après l'interdiction de fréquenter le port de Lisbonne, lancée par Philippe If contre les Hollandais, ceux-ci résolurent de créer la compagnie des Indes occidentales, et que celle-ci envoya dans la province de Fernambouec, le comte de Nassau, Jean-Maurice, notre compatriote De Laet fut choisi comme directeur de la compagnie. De Laet avait des connaissances profondes en histoire naturelle : c'est une justice que Cuvier, Sprengel et les meilleurs juges lui ont rendue; il joignit au comte Maurice le médecin Pison de Leyde, et comme collaborateurs pour les observations d'histoire naturelle, George Marcgrave de Liebstad, né à Meissen , en Saxe, en 1610, et Henri Cranitz. Ce dernier mourut, mais Marcgrave écrivit une histoire des objets naturels du Brésil (1), et ne succomba que dans la Guinée. Marcgrave découvrit neuf espèces de passiflores et en dessina deux que De Laet publia dans l’histoire naturelle du Brésil, ouvrage composé des recherches de Pison sur les maladies de ce pays et de celles de Marcgrave sur ses êtres naturels. Jean-Maurice de Nassau devint successivement gouverneur de Wesel et puis gouverneur de Berlin ; il avait acheté les manuscrits et les dessins de Marcgrave, lesquels existent encore à la bibliothèque royale de Berlin, où se trouvent ainsi les premiers dessins de ces fleurs, dans lesquelles tous les peuples de la chrétienté ont cherché de pieuses légendes.

De Laet avait fait graver sur bois les deux premières figures de passiflores qu'il appelle l'une Hurucuja et l'autre Murucuja-miri, de leurs noms indiens; 1l les compare aux

(1) Æistoriæ rerum naturalium Brasiliæ libri octo. (Voy.ce même volume publié par De Laet. )

(19 grenadiers , à cause du fruit qui est aussi aigrelet (1), mais on ne trouve pas dans son texte la moindre allusion aux images mystiques qu'on aurait vues dans cette fleur.

J'ai lu dans une Histoire naturelle et morale des îles Antilles (2) , que Christophe A Costa , un des élèves de Garcia Ab Horto,ou Du Jardin, avait parlé de cette particularité, en traitant de la Grenadille, mais c'est encore là une erreur. Le plus ancien auteur que je trouve qui ait fait connaître cette circonstance est le médecin espagnol Nicolas Monardès (5) qui, en 1595, sans publier la figure de la passiflore, rapporte qu'elle nait dansle Pérou , où les Espagnols l'ont nommée Granadilla, de la ressemblance de son fruit avec celui du grenadier. Sa fleur, dit-il, ressemble à la rose, et dans les feuilles de cette fleur on retrouve, si l’on a assez de curiosité pour se le représenter, les signes de la passion du Christ, ce qui donne à la fleur une grande beauté. De l'Escluse , qui a fait des notes à l'ouvrage de Monardès imprimé chez Plantin d'Anvers, nous rapporte à ce sujet que Pierre de Ciéça , avait déjà mentionné cette plante dans son Histoire du Pérou (4). De Ciéça avait vanté l'odeur de la fleur et le goût agréable du fruit.

En 1625, la passiflore incarnée étant déjà cultivée à Rome, un auteur de Bologne, Simon Parlasca, publia sur cette espèce une dissertation particulière : Fiore della Gra-

(1) Joy. l'ouvrage cité, p.106 et 107.

(2) Æistoire naturelle et morale des îles Antilles de l’ Amérique, avec un vocabulaire caraïbe. Rotterdam , 1665. Seconde édition , p. 135.

(3) Simplicium medicamentorum ex novo orbe delatorum liber tertius, a Nicolao Monardes , latio donatus a Carolo Clusio. Antw., 1593, p. 495.

(4) Petri De Ciéça Historiæ Peruvianæ part. I, cap. 28. De Ciéça est nommé De Ciltza dans la dissertation d’Hallman : De Passiflora. Ameænit. Academ. Tom. I.

nadiglia overo della passione spiegato e lodato da diocest, un discordi e varie rime (Bologna, 1609). Cette brochure est excessivement rare, de même que celle du théologien, l’ermite Donatus ,qui, la même année que les Elzevirs publièrent l'œuvre de De Laet, fit graver la même plante et en donna l'histoire abrégée. En 1648 aussi, Fabius Columna , dans l'appendix de l'histoire des plantes d'Hernandès, déerivit et grava aussi cette Murucuja du Pérou. L'année 1648 vit donc paraître trois ouvrages où le même objet était reproduit; mais de tous ces ouvrages, celui de de Laet est sans contredit le meilleur et le plus exact.

Si les Espagnols nommaient cette plante Granadilla , les Hollandais l’appelaient Rang-appel. « Nos Français l'appellent la fleur de la passion, dit l'Histoire des Antilles (4), citée plus haut, à cause qu'elle porte cette rare fleur , en laquelle on remarque avec admiration une partie des instruments de la passion de Notre-Seigneur, qui y sont représentez. Il est vray que quelques curieus qui l’ont considérée attentivement, avouent qu'ils y ont bien reconnu quelque ressemblance de la couronne d’épines, des fouets, -des clous, du marteau et de la colomne , mais ils ajoutent aussi, que la plupart de ces choses y sont figurées, à peu près en la même façon que les vierges, les lions et les ours le sont par les constellations célestes , tellement que pour trouver toutes ces enseignes de la passion dans ces fleurs-là , ils dirent..…......…. qu'il est besoin de quelque piété qui en fasse croire une partie. »

La description de Monardès fut la seule qui servit de

(1) Cette histoire des Antilles parait être l’œuvre de Charles Rochefort , ministre calviniste français.

(10) texte en 1651 à Jean Bauhin (4), et en 1653 à Dalechamps (2) , qui ne donnèrent ni l’un ni l’autre de figure de la passiflore.

En 1672, Vander Groen, jardinier de son altesse monseigneur le prince d'Orange, ne mentionne pas encore la fleur de la passiflore dans la liste complète des plantes cultivées alors dans les Pays-Bas (5).

Quand on a lu les ouvrages de François Van Sterbeeck d'Anvers, ce prêtre si instruit en botanique , et quand on a remarqué avec quel soin il parle de toutes les plantes dont l’histoire a quelque relation directe ou éloignée avec le culte, on doit s'attendre à y trouver des détails sur la fleur de la passion. Dans sa Citricultura (4), le second livre traite de la connaissance et de la description des diflérentes espèces de Grenadiers, alles tot volcomen weldstandt, volghens het versoeck van de nature en de locht van ons Nederlandt : le tout pour la plus parfaite conservation, selon le vœu de la nature et l'air de notre Belgique. Ces mots indiquent clairement que ces sortes de grenadiers étaient alors introduits dans les jardins de notre pays, et ceci s'imprimait en 1682. Or, parmi ces arbres grenadiers, Van Sterbeeck (chap. V) décrit une passiflore et en donne une bonne gravure : 1l sait du reste que ce n'est point un arbre, mais une plante grimpante, et après en avoir exposé les synonymies de son temps, il lui donne

(1) Joannis Bauhini Æistoria Plantarum , in-fol. 1651. Tom. II, p. 114. Lib. XV. cap. IX. .

(2) Æistoire générale des plantes, 1653. Tom. IT, p.756.

(3) Vander Groen , Le jardinier des Pays-Bas. Bruxelles , 1672.

(4) Citricultura oft regeringhe der uythemsche boomen. T'Antwerpen, 1682 , p. 182 et 204.

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