‹ DodonæaChapitre 31 sur 44 · PE EP VS EN PS · texte numérisé non relu

PE EP VS EN PS

(11) le nom nouveau de gulden granaet-appelken (pommelette d'or) ou de Granadille de Monardès, dont le récit, celui de De Laet, son compatriote, et les observations du calviniste Rochefort lui sont connus. On en a donné, dit-il, des descriptions si différentes, surtout au sujet des instruments de la passion, que probablement elles sont toutes mal faites, et la fleur mérite que chacun la voie de ses propres yeux. Ceci fait penser , surtout si on compare ces mots avec le titre du second livre cité plus haut, qu'à cette époque les jardins de Belgique possédaient déjà cette belle fleur, ce qui est d'autant plus probable que la Passiflora incarnata à été introduite en Angleterre en 1629. I est même certain que la capitale du monde chrétien, Rome, a possédé la fleur de la passion après Bologne, car Tobie Aldinus (1), dans sa description du jardin Farnèse, de 1625 , décrit déjà les fruits venus en Italie. Remarquons qu'à cette époque Rome avait déjà son jardin botanique, qui ne fut créé au Vatican même qu'en 1568, après ceux de Bologne, de Florence, de Padoue et äe Pise. Aldinus: se fâche à propos de ceux qui voient dans cette fleur la moindre allusion aux signes de la passion: « je ne vois là, dit-il, ni croix, ni lance, et la couronne de 72 épines qu'on devrait trouver dans cette fleur est une pure fiction. À ce compte et en torturant mon esprit, je verrais la passion dans une infintté de fleurs (2). » Il est certes fort sin-

(1) Tobiæ Aldini exactissima descriptio rariarum quarumdam plantarum que continentur Romæ in horto Farnesiano. Fol. Romæ, 1695. Chap. I, p. 49.

(2) Zbid. p. 49-56. Nam in hac tota planta crux non apparet , nec lanceam video , corona ex 72 spinis, quæ in hoc flore debet conspici, merum figmentum est. Alia que attuli, per vim contorsi et idem in infinitis aliis plantis facere possimet sic per consequens infinitæ forent plantæ passionis.

gulier qu'une si belle fleur ait eu besoin de plus de trenteseptans pour nous arriver d'un pays avec lequel la Belgique avait de si fréquentes et de si faciles relations, et 11 est plus étonnant encore que notre célèbre botaniste De l'Eseluse, cet infatigable voyageur qui connaissait parfaitement le texte de Monardès, texte qu'il avait traduit en latin, n'ait pas décrit dans ses propres ouvrages la plante de celui-cer. Ce silence universel de nos grands botanistes voyageurs , De l'Escluseet De l'Obel , et du savant sédentaire Dodoens, appartenant tous à la brillante époque du XIV®* siècle, sur une plante non-seulement remarquable en elle-même, mais vantée alors en médecine , et de plus une vraie merveille dans les croyances catholiques professées par ces trois grandes illustrations scientifiques de notre pays, ce silence universel me fait penser que la passitlore, avant 1609, n'avait réellement pas été cultivée en Europe, et que c’est à De Laet que la Hollande, l'Angleterre et la Belgique en durent plus tard des graines nouvelles. De Laet, directeur de la compagnie des Indes, en recevait probablement des graines; il mourut en 1649, lorsque Van Sterbeeck étudiait déjà sans doute la culture et les plantes. Van Sterbeeck trouve à la Grenadille non-seulement des vertus médicales énergiques, mais aussi au fruit la qualité de faire un syrop doux et bienfaisant , aux feuilles la propriété de tuer des mouches et à la fleur le pouvoir de nous rappeler le martyre de l'homme-Dieu, d'élever notre esprit et notre cœur aux sublimes mystères du christianisme. Ce chapitre sur la passiflore est un curieux exemple de la manière du temps, employée pour décrire les plantes et perfectionner le moral par l'étude de la science. Il y a tant de gens qui trouvent que la science matérialise les croyances, qu'on est bien aise de leur prouver par l'exemple de nos aïeux que cela est faux depuis des siècles.

En 1609, la Passiflora incarnata est donc à Bologne ; en 1625, elle est à Rome ; en 1629, elle est déjà en Angleterre, et en 1682, en Belgique.

La passiflore jaune (Passiflora lutea L.) originaire de La Virginie et de la Jamaïque, que les Anglais n'ont vue qu'en 1714 (1), était introduite déjà en 1640 au jardin de de Padoue, selon Turre (2).

En 1660 , les jardins belges et hollandais renfermaient déjà les passiflores velue (Passiflora hirsuta L.) et petite (Passiflora minima L.) , dont la première ne passa en Angleterre qu’en 1778, tandis que la seconde y était déjà en 1690 (5).

Au XVII: siècle, on ne connut qu'en 1625 la passiflore bleue (Passiflora cœrulea L.) , la plus commune dans nos jardins, qu'on marie au peuplier blanc , en France, pour produire un bel effet , comme le dit M. Thibaud De Bernaud (4), et dont j'ai vu des maisons entièrement couvertes, à Dublin, dans des rues larges et aérées. L'opinion commune rapporte à cette fleur l’idée des botanistes du XVIT siècle, d'y voir les signes de la passion, tandis que c'est la passiflore incarnée qu'ils avaient en vue. Le révérend père jésuite Jean-Baptiste Ferrari estsans contredit celui qui a le plus servi à propager ces idées (5). Cette fleur est un miracle de tous les jours, dit-il; l'amour divin y a inscrit de sa

(1) Sweet’s Æortus britannicus , 2"° édit., p. 257.

(2) A. Turre, Catalogus horti patavini. Patavii, 1662 ; et Hallmann, De passiflora, Amænit. acad., tom. 1, p. 247. Ludgd. Bat. , 1749.

(5) Conf. J. Breynius : Prodromus rariarum plantarum in hortis Hollandiæ observatarum , tom. I, 1680 ; et Sweet’s Æortus britannicus, 2®° édit., p. 257.

(4) Dictionn. pitt. d'histoire naturelle, p.179, tom. VII.

(5) Foy. son De florum culturd libri IF. Romæ, 1633 , p. 190-192.

propre main les douleurs du Christ ; le calice extérieur se prolonge en épineset rappelle la couronne d'épines (4); l'innocence du sauveur se traduit par la blancheur des pétales; la couronne des nectaires laciniés rappelle ses vêtements déchirés; la colonne du milieu de la fleur représente celle à laquelle le seigneur fut attaché ; l'ovaire qui la surmonte est l'éponge imbue de fiel; les trois stigmates sont les trois clous; les cinq étamines, les cinq plaies; les feuilles trifides, la lance, les vrilles, les fouets; la croix seule manque, parce que la nature douce et suave de la fleur ne lui permettait pas de retracer le gibet de douleur, le signe de la rédemption : aussi de toutes ces parties , aucune dans cette fleur ne fait mal ; toutes ont la charité innée et nous engagent à limiter.

Hallman cite Neurenberg qui, dans son Histoirenaturelle (p. 299), figura la passiflore poussant ses branches d'un calice et ayant , au lieu de ses organes naturels, les signes de la passion. Nierenberg et Rapin la chantèrent en vers latins, et le premier termine ses distiques de la manière suivante :

Adstruit antiquam clarificatque fidem.

Missaque Pontifici romano circuit orbem , Fertque salutiferæ nuntia læta crucis.

Nam Deus omnipotens nostros tulit ipse dolores, Ipsius est nobis crux paradisus. Amen.

Si le missaque pontifici romano n’est point une fiction

poétique, ce passage indiquerait la raison pour laquelle Rome et le pape auraient possédé si tôt les passiflores.

(1) L'opinion vulgaire place la couronne d’épines dans les nectaires ou para-

corolle.

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Cinq passiflores pouvaient donc entrer dans les bouquets du XVII: siècle, et orner les portiques de leurs tiges rampantes. Le XVIII: siècle, où le père Charles Plumier en fit connaître à lui seul huit espèces nouvelles, en vit importer vingt-quatre, et le XIX‘siècle quarante-sept. L'idée de faire dire aux fleurs nos sentiments et nos pensées a donné, avec raison cette fois, la croyance à la grenadille : c'est son emblème depuis l'arrivée des chrétiens au nouveau monde. Alphonse Karr aime la passiflore, comme beaucoup d’autres fleurs ; il nous le dit dans les Guépes «— Cette fleur, qui ornait d'habitude la boutonnière de M. Lautour- Mezeray , aujourd'hui sous-préfet à Bellac, et qui de loin, ressemble à une plaque d'ordre militaire. » — La plaque de l’ordre le plus brillant ne saurait égaler en beauté la fleur de la passiflore quadrangulaire, sur laquelle portent principalement nos observations, et si les héraldistes étaient jamais consultés pour fournir le modèle d’un ordre nouveau, ils ne pourraient mieux faire que de s'adresser à cette magnifique fleur des forêts de la Jamaïque; une large étoile à dix rayons, cinq petits et cinq grands, ceux-ci blanes et rouges, ceux-là blancs, rouges et verts, une couronne de rayons frangés, ondoyants et gracieux où le blanc d’émail alterne avec des stries pourpres, violettes et azurées; au centre cinq larges anthères d'un jaune d'or, et comme point central un élégant ovaire à trois stigmates d'un beau vert. On ne saurait rien imaginer de plus élégant et de plus harmonique : la loi des couleurs sympathiques s’y vérifie : le rouge s’y marie au vert, le violet au jaune , l'orange au bleu , et à cette beauté remarquable se joint un arome délicieux, une douce odeur de jasmin et de lilas, odeur qui, flairée dans le centre de la couronne, devient épicée. On dit que les Karaïbes cultivent cette Jolie

production, mais que les loirs sont attirés par l'odeur des fruits qui, gros comme de petits melons, sont parfumés et jaunes ,et on ajoute que les serpents aiment à se cacher sous l'épais feuillage de cette plante grimpante. Ni lun, ni l’autre de ces inconvénients , s'ils sont réels, ne se retrouvent dans nos serres, où cette belle passiflore fleurit annuellement. Cette année, sa floraison a commencé le 20 février et ne finira qu'au mois d'avril ; la fleur s'ouvre avant le jour et se ferme le soir pour se flétrir. Si la fleur est éphémère, la plante compense cette prompte disparition par le nombre de ses fleurs, qui est toujours fort grand.

Les trois bractées qui se trouvent au-dessous du calice, sur le pédoncule, ont deux ou trois paires de glandes eupulées qui sécrètent un fluide visqueux. Elles représentent les quatre ou six glandes plus fortes qui se rencontrent sur le pétiole des feuilles, et qui ne sont que les métamorphoses des folioles. Ces glandes, sur le pétiole, sont creusées et à bord membraneux. Sur les bractées, qui ont leur bord denté, les glandes existant sur la marge du limbe représentent sans doute ces mêmes. dents. Les deux nervures latérales de la bractée envoient des ramifications dans ces organes, mais on aurait tort de croire que les vaisseaux se plongent dans le tissu même glandulaire. Plusieurs botanistes se trompent en aflirmant que ce sont là des glandes vasculaires, car les vaisseaux se terminent au-dessous de la glande elle-même. Les fibres , à leur terminaison, ne se composent plus que de trachées très-courtes, biconiques, placées au nombre de quatre on de cinq les unes contre les autres, de sorte que les cônes s'emboitent dans les intervalles laissés entre eux. Le sommet de la fibre est ainsi un cône lui-même qui plonge dans le diachyme vert. Le üissu glandulaire est décoloré au contraire ; ses cellules

(17) sont plus petites et plus courtes, en prismes comprimés, et le derme , à fort petites cellules , se prolonge au-dessus du tissu glandulaire lui-même.

Ces bractées sont verticillées, mais quand la fleur est gênée dans son développement, l’une d’entre elles se déplace et reste inférieure; on voit alors que les trois bractées sont effectivement placées le long d'une spirale.

Le calice est dans cette espèce vert au-dessous, d'une consistance foliacée ; au-dessus 11 prend un aspect pétaloïde et une coloration rouge et blanche. Son diachyme est spongieux, plein , blanc et sans lacunes, comme on en voit dans beaucoup de pétales. Les deux sépales les plus intérieurs du premier rang , sont ceux qui se rapprochent le plus de la nature des pétales. Ces circonstances méritent l'attention, comme je vais le démontrer, en tant qu'elles tiennent au rôle physiologique des tissus qui composent ces organes.

Le derme de la parte verte se détache facilement; on y voit assez de stomates qui continuent d'exister sur le derme supérieur , et qui se montrent encore sur les sépales du rang intérieur , mais toujours en diminuant de nombre à mesure que l'organe devient plus franchement pétaloïde; il n’y en a plus sur les cirrhes de la paracorolle (appendices filamenteux des phytographes). On croirait que cette disparition des stomates se fait seulement par la diminution de leur nombre, successivement, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus, mais ce n’est pas ainsi que le phénomène se passe. À mesure que ces organes disparaissent, ils se décomposent, si je puis le dire; ils se troublent dans leur organisation, et si Meyen et d’autres anatomistes ont remarqué que rien n'est plus rare que de rencontrer des tissus et des organes élémentaires anormaux, tératolo-

giques, 161, dans cette disparition de stomates, on peut observer des anomalies en nombre. Le stomate normal se compose sur cette plante de deux sphincters réniformes , allongés, à granules de chlorophylle et entourés de six, de cinq ou de quatre cellules dermoides. Sur le derme supérieur du calice (rang externe, si on prend tous les organes pétaloïdes émanant de l'hypanthe ( Link. } pour des divisions calicinales), on commence par trouver des stomates dont la forme est encore régulière, celle d’une boutonnière ouverte, mais à deux sphincters soudés, diraiton, d'un côté, c'est-à-dire que la division n’a lieu que d'un côté. On dirait d’un boudin replié sur lui-même à faire toucher ses extrémités. C’est là un vrai arrêt de développement, puisque M. Hugo Mohl, qui a récemment observé la genèse des stomates, a vu que d’abord c'est une seule cellule, et qu'ensuite elle se divise longitudinalement en deux : chacune des parties devenant un sphincter. Or, il est évident qu'ici, la séparation, comme on en trouve l'apparence dans la fissure iridienne imparfaite, ou la division, s'est arrêtée en chemin. L'ouverture existe done encore , la forme du stomate n’en est pas changée, sa fonction , sans doute, ne cesse pas; seulement au lieu de deux sphincters, il n’en a réellement qu'un.

Mais, sur d’autres parties de ce calice, 1l se présente une autre forme plus anormale des stomates; c'est là où ils n'existent que par moitié; c’est-à-dire qu'il n'existe qu'un sphincter réniforme, soit celui de droite, soit celui de gauche. Ce sphincter est rempli de granules de chlorophylle ; il est sans doute rétractile : car, dans un cas j'ai trouvé un hiatus entre son côté interne et la cellule dermique de ce côté, et dans d'autres l'ouverture n'existait plus. Ce demi-stomate, aussi long qu'un entier, prouve

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que , pour qu'un sphincter se forme, une cellule destinée à cela peut en prendre la forme, sans naître de la division en deux d'une cellule sphérique, comme le veut la théorie de M. Hugo Mohl. Sur les divisions de la corolle ou du rang Interne du calice, si on prend les paracorolles pour les seuls pétales, j'ai vu des stomates réduits aussi à une seule cellule sphinctérienne, mais à l'opposé se trouvait une cellule du derme, faisant les fonctions de l’autre sphineter , de sorte que l'ouverture entre deux pouvait ou rester béante ou se fermer. Ces deux cas sont encore un autre arrêt de développement, compliqué d’atrophie complète, car la cellule qui, créée pour devenir stomate, ne se divise pas en deux sphincters, s'est sans doute, en restant plus étroite, métamorphosée en un seul sphincter, qui a suivi les phases de son développement ordinaire; la seconde cellule est restée atrophiée, ou mieux, elle ne s'est pas formée du tout, en n'empêchant en rien l’évolution de l’autre. On n'aurait pas pu s'attendre, certes, à voir disparaître les stomates sur des parties florales par une telle modification des formes.

Le derme supérieur des sépales internes m'a encore offert une réunion de stomates entre eux, quand ceux-ci vont disparaître entièrement, comme s'ils se fondaient les uns dans les autres pour finir d'exister. Ceci se présente surtout avec trois stomates, se plaçant deux parallèlement, et un troisième transversalement en forme de lettre U.

J'ai observé du reste ces changements des stomates encore dans d’autres plantes, comme sur l'Orchis bifolia, le Sedum telephium , ete.

J'ai noté plus haut un tissu spongieux et blanc, comme étant celui du diachyme; ce tissu est un cylindrenchyme à cellules, quatre fois ( au plus ) plus longues que larges,

sransparentes et à granules muqueux ; 1ls s'associent par leurs bouts de manière à donner lieu à des méats fort petits. Cettestructure explique l’état spongieux de l'organe. Lei comme si souvent, le derme seul est coloré, et ce par une liqueur rouge sans globules appréciables : circonstance si commune, et pourtant mise en doute encore par quelques auteurs français, même très-récents. La pointe verte, attachée comme un cirrhe au dos des sépales externes, renferme beaucoup d'air.

Le fond du calice et de la corolle soudé par le torus ou l'hypanthe est fermé, comme on sait, par un appendice operculiforme qui vient ceindre le gynophore sur lequel s'étend le torus staminal. La cavité au-dessous de l'opercule se trouve, dans l'espèce, partagée en deux portions, l’une inférieure, petite, l’autre supérieure, plus grande, etce, au moyen d'un prolongement nectarien, comme toute la surface de cette cavité , qui sécrète un nectar abondant. Il est remarquable que cette surface sécrétoire tient à celle des paracorolles ou cirrhes qui, dans cette fleur, sont les organes du parfum, de sorte que le même organe sécrète en bas du nectar, en haut, de l'odeur : analogie entre ces deux sécrétions qui peut mener à une meilleure théorie de la formation des odeurs que celle que nous possédons aujourd'hui. Je note une autre analogie non moins curieuse. J'ai voulu savoir quand l'odeur suave Jasminée se forme dans la fleur, et je me suis assuré qu'elle n'existe jamais dans le bouton : elle ne commence que lorsque les anthères ouvrent leurs loges, et lorsque la fleur s'épanouit. C’est donc une des fonctions tardives de l’organisation ; de même dans la fleur, tous les organes sont déjà formés que la cavité nectarifère n'existe pas encore : elle ne se creuse que tardivement dans le bouton, où tout

x (21) le bas du torus est plein d’abord; la sécrétion du nectar ne commence aussi qu'avec les premières phases de l'acte de la fécondation.

Conformément à ce qui est connu, rien n'est plus dense que le tissu cellulaire blanc qui sécrète; ses cellules sont d'une grande exiguité. Les petits appendices rouges, disposés sur trois rangs, qui se trouvent à la base de la paracorolle, ne sont point les organes de cette production de nectar, comme on l'a cru : celle-ci ne se fait qu'au-dessous de l'opercule. g

Les processus filiformes de la paracorolie situés sur deux rangs fort longs, et ornés des plus élégantes couleurs, le pourpre, le bleu , le violet et le blanc, sont les vrais organes de l'odeur , comme je l'ai dit; on s’en assure soit en dépouillant une fleur de ces ornements, et alors elle devient inodore , à moins que l’arome n'ait été absorbé par les divisions calicinales , soit en isolant ces processus qui seuls répandent la plus suave odeur.

Il est inexact de dire que les substances odorantes sont physiquement insaisissables dans les fleurs, qu'on ne peut leur assigner n1 forme n1 structure : c'est ce que je pourrai démontrer dans un mémoire que je prépare à ce sujet. Au contraire, bien des fleurs m'ont montré des corpuscules odorants ou de l'huile odorante , etc., visiblement répandus à la surface des organes à parfum. Une des structures les plus communes, quand l'huile volatile est la partie essentielle de l'odeur , est celle que j'appelle le conenchyme , parce que les cellules dans ce cas ont toutes la forme de cônes égaux , placés sur le derme. Ce ne sont au reste que les cellules même du derme prolongées en cône. M. Link y voit des papilles, mais 1l leur attribue des fonctions seulement dans la coloration et l'aspect de la superficie des

plantes. Or, dans cette passiflore quadrangulaire, une fois que j'eus la certitude que l'arome provenait des cirrhes de la paracorolle, je m'attendais à trouver le conenchyme sur le derme de ceux-ci ; ce qui fut confirmé. En effet, les cellules hexagonales se relèvent en cône, elles ont leur intérieur rempli d'une liqueur rouge, bleue ou violette, et un amas circulaire de granules au milieu. Le parfum est ici évidemment une production de la surface de ces processus, qui renferment dans leur intérieur dix-huit à vingt fibres à vaisseaux plongés dans du tissu cellulaire sans lacunes, processus qui ne sont au reste que la continuation de la partie corolline qui, en bas, au pied du gynophore, sécrète du nectar. La plante se débarrasse de son excès de carbone par ces deux sécrétions : le fluide sucré, et l’arome, et l’appareil urinaire de la fleur, accompagnent encore ici, comme dans tant d’autres organismes, celui de l'émanation odorante.

M. Auguste de S'-Hilaire a récemment exprimé son opinion sur la manière dont les étamines, chez les passiflores, introrses dans le bouton, devenaient extrorses dans l'épanouissement (voy. Leçons de botanique ou morphologie végétale. Paris 1840, p. 459). Ce savant botaniste a fort bien vu comment le filet atténué à son sommet portait une anthère sur son quart inférieur, de sorte que, selon lui, la fleur s'ouvrant , les anthères font la bascule et le poids de la partie libre les fait retomber en dehors, de sorte qu’alors elles regardent l'enveloppe florale au lieu de regarder le pistil. |

Je regrette de ne pas pouvoir partager son avis sur la cause de ce phénomène : 1l n'y voit qu'un eflet physique de la pesanteur, mais j'ai fait plusieurs expériences qui m'ont convaincu que ce n’est point à cet effet qu'on peut at-

(23) tribuer ce singulier changement de position dans Fanthere.

La première consiste à tenir simplement une fleur bien ouverte , les étamines en bas, le calice en haut. Si les anthères étaient repliées par leur poids, ce poids leur ferait reprendre leur position première dans une fleur renver-. sée , et c'est ce qui n’a pas lieu.

J'ai isolé un gynophore avec les étamines, je l'ai renversé : les anthères extrorses sont restées extrorses.

Dans une fleur en bouton cueillie deux jours avant son épanouissement, J'ai ouvert le périanthe et éloigné les paracorolles; les anthères étaient closes et introrses; J'ai laissé s'ouvrir naturellement la fleur devant moi; les différentes parties épanouies, je voyais les anthères ouvrir leurs loges et se replier peu à peu sur la petite pointe du filet qui les attache. Ce mouvement de bascule s’opérait si lentement, si autonomiquement , qu'on restait convaincu que le poids n’y était pour rien. |

Dans une autre fleur, placée dans ces mêmes conditons, je laissai prendre leur position extrorse à trois anthères; je plaçcai deux obstacles ( deux épingles ), de manière à empêcher les autres de le faire; J'attendis le complet épanouissement de la fleur, et puis je détachai l'appareil des organes génitaux. Libres, les anthères ne devenaient pas extrorses ; il fallut attendre un quart d'heure pour les voir se replier en dehors, lentement, et une demi-heure pour que leur pointe supérieure devint linférieure et apprimée contre l'ovaire. Si le poids donnait cette position aux anthères, sur une colonne libre, elles seraient droites, mais non obliques, la pointe contre la base de l'ovaire, comme on l'observe.

Le filet élargi est légèrement échancré à son sommet, dans l'échancrure se place une pointe à laquelle s'attache

l'anthère : cette pointe est un organe solide, cartilagineux, résistant , fort élastiqne et qu’on ne rompt qu'avec effort. Ceci ne suppose pas qu'il puisse céder à la pesanteur ; je lai examiné au microscope, et l'ai trouvé formé d'un derme très-dur, à fort petites cellules, comme du cuir; à peine du tissu cellulaire en dedans, et une masse considérable de trachées, toutes excessivement divisées en ramuscules nombreux : sous ce dernier rapport, c'est, une curieuse structure et peu commune dans les végétaux.

Je pense donc que le retournement de l’anthère est un effet vital physiologique, de la même nature que celui qui préside au mouvement des styles et des stigmates. Desfontaine, en 1787, avait déjà remarqué que, dans les passiflores, la fleur ne se retourne pas pour que la fécondation s'accomplisse par la chute du pollen sur le stigmate, mais que les trois styles abaissent les stigmates entre les anthères, pour se couvrir de pollen. Cette observation est exacte, les trois gros stigmates sont d'abord ramassés ensemble, puis ils s’éloignent et deviennent horizontaux de verticaux qu'ils étaient. Enfin on les voit s’abaisser encore davantage, quand la température de la terre est élevée. Ce mouvement s'exécute à articulation du style avec l'ovaire. J'ai observé encore ce mouvement sur une fleur anormale : avec une atrophie incomplète du rang interne des cirrhes de la paracorolle s’accordait la coalescence ou la soudure de deux stigmates et de deux styles en un seul corps, à rainure moyenne, et aux deux têtes des stigmates distinctes (1).

(1) Ce cas tératologique est déposé au Musée de botanique de l'université de Liége , collection qui, depuis quelque temps. prend une notable extension , surtout en ce qui concerne les préparations anatomiques.

Les grains de pollen appartenant à la seconde forme, assignée par M. Hugo Mohl à la famille des passiflorées, sont sphériques, avec la membrane externe celluleuse et à trois grands opercules. Cette coque est tellement élastique que, projetée sur l’eau, les grains crèvent toujours par un point, et projettent la fovilla à granules nombreux, peu mobiles, et à la suite de cette explosion, la coque externe se retire sur elle-même, de manière que le grain crevé n’a plus que la moitié environ en diamètre du grain entier. Je rappellerai ici que c’est au premier directeur de l'académie royale de Bruxelles, l'abbé Needham, que l'on doit la découverte des effets de l’eau sur les matières mâles desfleurs. L'alcool contracte à l'instant du contact les grains et rend transparentes les cellules de la coque externe. L'immersion dans l'huile conserve à la surface de la coque externe des granules qui, dans l’eau et dans l'alcool, se dissipent tout aussitôt, et produisent, dans la première, ces irradiations qui ont fait croire que c’est une huile volatile; mais dans ce cas, elle serait soluble ou miscible dans l'huile grasse.

Il est peu de plantes où Île vrai tissu stigmatique soit plus distinct : il se forme sur toute la surface du clou { selon Ferrari), hormis en haut de celui-ci, où 11 ya une espèce d'impression bilobée, de longues cellules cylindriques, coniques à leur extrémité et au-dessous, un tissu cellulaire à cellules aussi larges que hautes, comprimées entre elles.

Le développement en grosseur s'opère dans l'ovaire le lendemain de la fécondation.

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