RAPPORT
Sur un mémoire de MM. Martins et Bravais, intitulé : RECHERCHES SUR LA CROISSANCE DU PIN SYLVESTRE.
{Lu à l'académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, le 3 décembre 1842,
« Frédéric Otto a été le premier, si Je ne me trompe, qui ait eu l’idée d'appliquer à la connaissance de l’accroissement des arbres, les formules géométriques de la mesure des cônes et des cylindres. Ces formules ont reçu une application usuelle dans l'art forestier (1).
Pyrame De Candolle proposa d'examiner sur différents lieux, un grand nombre d'individus de la même espèce, pour établir à l'égard de chaque espèce d'arbre, une formule approximative de son accroissement. Ce n'était là qu'un projet proposé (2).
Déjà en 1664, John Évelyn avait donné des détails historiques précieux sur l’âge des arbres, leur développement et leur grosseur, mais ce travail n'offre rien de cette précision qui fait le cachet actuel des sciences (3).
(1) Journal des Forêts, vol. I. — Bull. des sciences agricoles, Férussac, vol. XII, p. 160. — De Candolle, Phys., II, p. 981.
(2) De Candolle, Physiologie, tom. II, p. 978.
(3) Évelyn, Sylva or a discourse of Forest-Trees. Lond. 1664, seconde édit., 1669, — 3° 1679, — 4° 1706, — 5e 1729; — 6° 1776.
Ces données historiques, ajoutées à d'autres , ont fourni à De Candolle le moyen d'écrire une histoire intéressante de la longévité de quelques arbres exogènes (1).
Une histoire beaucoup plus complète du géantisme, par âge avancé ou du pseudo-géantisme , comprenant des détails curieux sur l’âge et le développement des arbres, a été publiée plus récemment par M. Moquin-Tandon (2).
Je donnai moi-même une histoire des vieux arbres connus en Belgique (3).
M. Alphonse De Candolle a examiné aussi avec beaucoup de soins, les lois de l'accroissement des dicotylédones, dans un article intéressant sur les plus vieux arbres connus (4).
Faissoles de Vaize inventa un instrument qui a pris le nom de compas-faissoles, par lequel on mesure avec une grande exactitude la grosseur des arbres du même age ou de différents âges, et qui donne même, pour une espèce déterminée, l’âge relatif au développement. Cet instrument pourrait recevoir entre les mains de MM. Maruns et Bravais, qui lui appliqueraient leur méthode, une utilité incontestable dans la pratique (5).
Récemment M. le professeur Van Hall de Groningue à lu à l'institut royal des sciences d'Amsterdam un mémoire riche en faits précis, sur l'accroissement de nos espèces indigènes d'arbres, en rapport avec leur localité (6).
(1) De Cand., ouvr. cité, Mém., vol. , p. 984.
(2) Moquin-Tandon, Éléments de T ératologie. Paris, 1841, p. 92.
(3) Morren, Les vieux arbres. INDÉPENDANT, 27 et 28 mai 1842.
(4) Bibliothèque universelle, 1851, avril.
(5) Cet instrument est longuement décrit et figuré par M. Thibeau de Berneaud, dans le Dictionnaire pittoresque d’histoire naturelle, tom. IV, p. 193., pl. 249, fig. 11-14.
(6) Van Hall, aarnemingen over de toeneming der boomen in dichte. Groeningue , in-8°, 1839.
Les botanistes hollandais se sont occupés avec prédilection de ce qui regarde cette question des mesures précises de l'accroissement des plantes. M. Wttewaall a éclairei l'anatomie intérieure des pins et sapins, par de curieuses observations, surtout en ce qui concerne l'introduction entre les couches de corps étrangers (1).
Le professeur Meyer de Kônigsberg eut le premier, je crois, l’idée d'étudier l'influence des heures de la journée sur l'accroissement des plantes ; il démontra qu'elles croissent plus le jour que la nuit (2). Il donna ensuite les mesures de l'accroissement périodique et journalier des céréales (3).
Jobn Lindley refit ces expériences sur les légumineuses, et arriva ainsi à démontrer l'énorme quantité de cellules que la nature doit organiser en peu de secondes (4).
Plus de précision encore dans l'évaluation des développements, fut apportée par le professeur Nicolas Mulder de Franeker, dans les mesures de l'accroissement des feuilles (5), des tigelles (6) et des fleurs (7), observé dans ses rapports avec les circonstances atmosphériques.
(1) Witewaall, Over het nadeelige van het snoeijen van opgaande boomen. Utrecht, in-8o, 1837.
(2) Meyer, Zeobachtungen über die Activität der V'egetation im V'ergleiche mit den verschiedenen Tageszeiten. — Berliner Garten Cultur-gesellschaft, vol. V., p. 110, 1828.
(5) Meyer, Ueber das periodische , tügliche Wachsthum der Getreidearten. Linnæa, 1829, p. 98.
(4) Lindley, Zntroduction to botany, 3° édit., 12.
(5) Claas Mulder, Waarneming van den groei van een blad van Urania speciosa, in den kruidtuin van ’s Ryks athenœum te Franeker. — Natuurkundige wetenschappen , tom. 1V, 1829, p. 251.
(6} Idem, Xruidkundige aanteekeningen. op. cit., tom. VIT, 1832, p. 9.
(7) Idem, Waarneming van den groei eener bloemknop van Cactus grandiflorus, op. cit., tom. IV, 1829.
Un jour, tous ces travaux devront être repris et combinés, pour en déduire les véritables lois du développement des végétaux.
Mais, dans ces mêmes travaux, nulle part nous ne trouvons l'idée féconde de MM. Martins et Bravais, de représenter par des courbes l'accroissement successif de l'être végétal.
Ils ont tenté et résolu le problème de l'application de l'analyse mathématique et du eaicul des probabilités à la physiologie des plantes, science qu'on se plaisait à regarder commé trop peu exacte pour recevoir l'épreuve de la science du calcul, rangée parmi les sciences exactes, comme s'il y en avait d’inexactes au monde, comme si ce qui comporte le vrai pour essence pouvait jamais avoir l'inexact pour expression ! La théorie nouvelle de la phyllotaxie, ou l’art d'exprimer par des formules la coordination des parties appendiculaires sur l’axe du végétal, et par conséquent d'exprimer par ces mêmes formules les espèces, théorie qui a reçu entre les mains de M. Bravais un si grand développement, est une garantie de l'exactitude habituelle de l'observateur.
Il est indubitable que la marche imprimée par le savant auteur de la Physique sociale à la science du développement de l’homme, a donné l'impulsion à la science du développement de tous les êtres organisés. Les sciences , en se donnant la main , ne concourent-elles pas vers un même but : la connaissance approfondie des lois du monde planétaire et du monde animé.
La vie, mécanique des organes , semblait échapper au calcul; elle y rentre pourtant comme cet autre mouvement, la mécanique des cieux.
Les sections coniques jouent en astronomie un rôle
( 103 ) principal; l’homme lui-même, d'après les intéressantes recherches de M. Quetelet, suit une hyperbole dans le développement de sa taille; voilà que la plante elle-même, d'après les recherches de MM. Martins et Bravais, suit la même courbe dans son accroissement en diamètre. La grosseur de la plante s'exprime comme la hauteur de l’homme.
Chose singulière, et qu'on me permette ici cette idée de réveur qui voit un peu plus loin que l'écorce des choses, la ligne médiane des plantes passe dans le plan de leur collet; la cime se divise vers le ciel, la racine vers la terre; la ligne médiane est donc horizontale dans la plante.
La ligne médiane, dans l’homme, partage le corps en côté droit et en côté gauche; le bras et la jambe du côté droit sont des appendices subdivisés (mains-pieds), de l’axe (corps) semblables aux appendices homologues du côté opposé gauche. La ligne médiane de l'homme est donc verticale.
Mettons pour un moment la ligne médiane de l’homme dans le même plan que la ligne médiane de la plante; alors n’aurons-nous pas la hauteur de l’un (taille), exprimant la grosseur de l’autre (diamètre), et n'est-ce point une chose des plus intéressantes, que de voir ces deux mesures se développer suivant la même courbe, suivant la même loi mathématique? La vie serait donc une dans son essence ?
Turpin avait un jour, non pas pressenti cette singulière concordance, mais il y venait tout droit par son tableau d'Organographie végétale , publié en 1820, et dédié au baron Alexandre de Humboldt. Comme dans l'histoire d'un grand nombre de découvertes qui honorent l'humanité, les jalons étaient placés, mais la route était une impasse.
MM. Bravais et Martins pour la plante, M. Quetelet pour l'homme, en ont fait une route qui s'arrêtera Dieu sait où.
Ce peu de paroles suflit pour fournir la preuve à l'académie que de tels travaux sont bien faits pour donner à ses annales un piquant intérêt. Je me rallie done bien sincèrement à l'avis de mes honorables confrères , MM. Quetelet et Kickx, d'imprimer ce mémoire parmi ceux des savants étrangers, et de témoigner, au nom de la compagnie à ses auteurs, toute la satisfaction qu'il a suscitée parmi nous. »
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