‹ Dogmatique de l'Église réformée, prolégomènesChapitre 26 sur 26 · ÉPOQUE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE

( Epoque reconstructiçe , 1820 — 1 845. )

L'époque précédente ne doit être considérée comme antà'ieure à celle-ci, qne par sa tendance générale; à d'autres égards elle lui est parallèle, et, prolongeant ses ramifications jusqu'à nos jours, montre l'élément destructeur à côté même des tentatives de reconstruction. Les diverses tendances qui viennent d'être énumérées prennent donc place par leurs représentants et leur action au sein même du mouvement actuel et nouveau : il y a moins succession que parallélisme; tout ce qu'on a voulu exprimer par cette division, c'est que l'œuvre cri-

\e appartient , par sa place dans le développe-.

historiqiie, à une crise déjà passée , et que

inuatioa de cette œuvre devient de plus en

>urd'hui un anachronisme.

.iuvement théologique actuel est dû, quant

^pulsion la plus décisive et l'influence la plus cleudue, à Schleiermacher, et plus particulièrement à sa Dogmatique, publiée en 1821. Cet ouvrage fait époque par l'idée de la religion considérée comme sentiment, qt celle de l'indépendance de la conscience religieuse relativement aux autres acuités de l'homme , et par suite de la doginatique relativement à tout système philosophique; notions fécondes, empruntées à Jacobi et désormais acquises à la science. Par là la dogmatique a été ramenée au terrain de la conscience et l'objectivité de la doctrine a été mise en rapport indissoluble avec la nature religieuse du sujet. Par là aussi à la critique n^ative du seias commun s'est substituée la.critique sympathique de la conscience chrétienne. C'est ainsi qu'en dépit d'un subjectivisme exclusif, d'une funeste indifférence pour l'élément normatif biblique ^ d'une dialectique outrée, Schleiermacher revendique à juste titre la gloire d'avoir introduit la science dans une voie nouvelle et meilleure, où l'ont fait avancer depuis des savants distingués, plus ou moins directement inspirés par ce grand génie religieux. La dogmatique moderne , de même que celle de l'époque précédente, se divise en trois tendances,

doat le caractère commun, mais diversement modifîé, est cette sympathie pour la. croyance vivante de la société chrétienne qu'a réveillée Schleiermacher, en rendant à l'idée de l'Église sa valeur mé^ connue, [i]

La première de ces tendances est ecclésiastique^ philosophiques et nous offre, d'un côté, les disciples les plus directs de Schleiermacher , tels que Tvvesten, jyitzsch^ Baumgarten-Crusius et Rettberg [2], et de Tautre, le rationalisme esthétique de De Wette et Hase, qui ne voit dans le dogme qu'une symbolique historique du sentiment [5]. La secohde est ecc/esiastique-spnbolique , et s'attache plus à Télément positif et historique et à la tradition dogmatique de la réformation, qu'à la valeur spéculative des doctrines. Représentée par des travaux importants dans d'autres branches de la théologie et par de nombreuses monographies dogmatiques, elle ne l'est point sur le terrain du système, si ce n'est peut-être par un essai d'Augusti [4]* La troisième, enfin, est ecclésiastique "biblique, et se distingue des deux autres par l'essai d'une reproduction immédiate du contenu de l'Ecriture, plus soucieuse de l'élément religieux-pratique que de la philosophie du christianisme, et de la forme biblique authentique des vérités chrétiennes que de leur développement liistorique, tout en trahissant cependant par les ré-

sultats de leur exégèse l'accord réel de leur foi avec celle de l'Eglise évangélique. Nitzsch appartient à

cette nuance par la juxtaposition du dc^me biblique au développement dogmatique proprement dit. Nous^ y rapportons également les ouvrages de De Meyer, Beck et Bohmer [5].

[i] F. E. D. Schleiermacher, professeur et prédicateur à Berlin (f 1834). Ueher Religion; Reden an die Ge^ hildeten unter ihren P^eràcktern» Berl. 1799; 4* édît., 1 8 3 1 . Der christliche Glauhe nach den Grundsâtzen der e^angelischen Kircke. Berl. 1821 — 1822, 2 vol. ; 1 8 3o — i83i. La troisième édition, i835, est conforme à la seconde, qui difiere elle-même en plusieurs points de la première.

[2] D.CA.Twesteiij professeur à Kiel et depuis i835 à Berlin (né 1789). Forlesungen ùber die Dogmatik der epongelisck-lutheriscken Kircke^ vol. 1 , Hamb. 1 8 2 6 ; 4.^ édit, i838; vol. 2, ibid. 1837.

C. Im. Nitzsch, professeur à Bonn (né ijQj). System der christlichen Lehre. Bonn, 18295 4.* édit., 1839.

L. F. O. Baumgarten-Crusius , professeur à Jena (-j- 1843). Grundriss der et^angelisch-kirchlichen Dogmatik. Jena, i83o (vol. de 91 pag.).

F.W.Rettberg, professeur à Marburg (né i8o5). Die christliche Heilslehre nach den Grundsâtzen der ei'an^ gelisch-lutherischen Kirchcy apologetisch dargestellt und entwickelt. Leipz. i838.

[3] W. M. Lebrecht De Wette, professeur à Heidel-r berg, LBerlin, et depuis 1821 à Baie (né 1780). Lekr-buch der christlichen Dogmatik in ihrer historischen Entwickelung. Berl., 1 ." part. (Dogmatique biblique), 1 8 1 3 ; 18195 i83i; 2.' part. (Dogmatique luthérienne), 1816; 1821. Ueher Religion u. Théologie. Berl. 18165 1821.

F^orlesungen ùb. Religion y ihr JVestn^ ihre ErscheinungS" formeriy etc. Berl. 1827*

C* Hase, professeur à Jena (aé i8oo)« Lehrbuch der epongelischen Dogmatik^ Stuttg. 18 a6; 2/ édiu, Leipz* i838. Cette édition a éprouvé beaucoup de changements» 3/ édit. 1842. Ç/I un article de Hase lai-mème^ dans le Neue Jenaiscke aïlg. Uteraiurzeitung ^ 1 ^4^ 9 ^^ 1 09 — 111. Gnosisy oder et^angeliscie GUmbenslehre fur die Gebildeten in der Gemeinde vnssenschaftiich dargestellu Leipz. 1827— 1829, 3 voL C'est un développement populaire du premier ouvrage. Huiterus redii^iuusy oder Dogmatik der ei^angélisch''luiheriscken Kirçhe* Leipz. 1829; 3/ édit., i836. Compendium historicpie de la dogmatique luthérienne au point de vue d une critique moderne, mais orthodoxe.

[4] J. Ch. W. Augusti, professeur à Jena, Breslau et Bonn (f 1 84 1 )• Sjrstem der christlicken Dogmatik nach dem Lehrbegriff der euangelischen Kirche* Leipz. 1809 ;

[5] J. Fr. V. Meyer^ sénateur à Francfort (né 1772). Inbegriffder christlichen Glaubensle/tre* Kempten, 1 83 2.

J. T. Beck, professeur à Bâle, depuis 1843a Tubingue. Einleitung in das Sjrstem der christlichen Lehre. Stuttg. 18 38. Christliche Lehrwissenschaft nach den biblischen Urkunden; 1." partie. Stuttg. 1841.

J.R. W.Bôhmer, professeur à Greîfswald, depuis 1 832 à Breslau (né i8oo). Die christliche Dogmatik oder Glaubenswissenschajty vol. i. Bresl. 1840.

Méthode de la dogmatique dans la dernière période. Ç^Nitzschj System^ S' *7* Twesten, Forlesungen^

Le mouvement dogmatique dut nécessairement affecter la constitution méthodique de la science aussi bien que son esprit, et depuis le commencement de notre dernière période se manifestent , en effet, de nombreux efforts vers une forme systématique plus parfaite. La méthode n'est plus, comme auparavant , une donnée établie et commune à toute une époque, mais chaque auteur cherche à exprimer ses conceptions par un organisme approprié et original, non cependant sans qu'il soit possible de retrouver quelquefois une même idée principale sous la variété des modifications individuelles.

- Baumgarten et Carpov avaient déjà tenté des innovations plus bizarres qu'heureuses [i]. Teller, en s'attachant au parallèle du premier et du second Adam, éleva arbitrairement une notion biblique à une valeur systématique. Plusieurs, à la vérité, Morus, Storr, Reinhard, Hahn, Wegscheider, etc., continuaient de suivre un ordre plus ou moins empirique [2], tandis que d'autres , tels que Henke et Brétschneider , sans s'élever à une originalité beaucoup plus marquée, trahissaient le défaut matçriel de leur théologie par la généralité de l'idée fonda-

mentale de leur division [5]. La préoccupation spéculative nest pas moins sensible dans la division trînitaire de Marheineke [4]. Celle d'Augusti est, au contraire, anthropologique, et si elle pèche par un agencement maladroit dans les détails, a cependant le mérite de se rattacher à la nature propre du christianisme[5]. Peu à peu se fait jour la distinction entre les éléments généraux et spéci6ques du christianisme, distinction qui, avec le même mérite qui vient d être signalé, a l'avantage de faciliter la disposition de toutes les parties ; elle se trouve plus ou moins explicite, et prise du point de vue, soit historique, soit philosophique dans De Wette, Schott, Hase, Nitzsch et'Steudel [6]. La méthode subjective de Schleiermacher repose sur le même fondement ^ mais, partant du sentiment religieux et distinguant les croyances supposées par la conscience de la rédemption et celles qui constituent cette conscience, elle analyse chaque dogme sous le triple aspect de sa forme immédiate dans la conscience, puis de son rapport avec les attributs divins et le monde [7].

La dogmatique a été enrichie, soit dans ses prolégomènes, soit dans le traitement des doctrines eHes-mémes d'emprunts faits à l'histoire; mais la notion de la science qui nécessite ou justifie ces emprunts, n est pas assez générale pour que cet élément historique soit universellement adopté. Quant aux développements qu'ont pris les prolégomènes, nous les avons indiqués ailleurs (§. 1). Il ne faut pas,

enfin, passer ici sous silence les essais de fusion entre la dogmatique et l'éthique tentes par Schwarz et Nitzscb.

[i] Baumgarten divise la Dogmatique en deux parties, de Dieu et de la création, et de Thomme, et renferme les articles sur Christ et le Saint-Esprit sous la rubrique de la création , et la sotériologie dans lanthropologie. Garpov a cinq parties : de DeOy de Creatione^ de Redempiîone^ de Proi^identia dit^ina^ de Ecclesia. Cette coordination de la Providence avec les autres dogmes n'est point expliquée d une manière satisfaisante. L'anthropologie est comprise dans la seconde partie, l'eschatologie dans la dernière.

[a] Morus : i) de Deo et ejusdem operibus; 2) de jingelis } 3) de génère humano ; 4) de gratia Dei salutari; S) de his quœ a nobis ohservanda sunt ut gratia potianuirs 6) de Ecclesia^ 7) ^^ sorte futura.

Storr : 1) de sacrarum litterarum auctoritate; 2) de Deo s 3) de mentibus creatis^ 4) de Christo ser^atore ; S) de animi vitœque immutatione per doctrinam diuinam ejusque ad salutis adeptionem ratione.

Reinhard suit l'ancienne division locale. Hahn a quatre parties : théologie, anthropologie, sotériologie et ecclésiologie (cette dernière embrasse Veschatologie). Wegscheîder en a trois : théologie (comprenant l'anthropologie, status mtegritatis)j sotériologie et eschatologie.

[3] Henke : 1) Théologie; 2) Anthropologie. La sotériologie n'est qu'une subdivision de cette dernière partie. Bretschneider part du rapport général de Dieu et du monde :

1) de Dieu et de ses rapports généraux avec l'homme;

2) modification de ces rapports par des esprits intermédiaires (angéologie); 3) rapport primitif de l'homme avec

Dieu; 4) altération de ce rapport par le péché; 5) décret de Dieu relativement au rétablissement de ce rapport; 6) réalisation de ce décret; 7) ordo salutis; 8) média sahitis,

[4] Marheineke divise en trois parties, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, auxquelles il fait correspondre les évolutions de ridée. La création est placée dans la seconde, la sotériologie dans la troisième partie.

[5] Augusti : 1) état de péché; 2) état de grâce; 3) les faits du christianisme et l'institution de l'Église. — On voit au premier aspect ce qu'il y a d'arbitraire dans la coordination de cette dernière partie comme distincte de la seconde. On ne peut justifier davantage la répartition des doctrines de la théopneustie , de la Trinité, de la christologie et de l'eschatologie, placées dans la seconde partie, tandis que la troisième traite de la personne de Christ et des média salutis.

[6] De Welte a une partie générale (théologie et anthropologie) et une partie spéciale (la rédemption); la Trinité et l'état de péché sont traités dans la première. Schott : 1) placita reUgionis christianœ (juibus doctrina de regno dit^ino adnectitur et superstruitur ; 3) doctrina de regno divino. C'est sous ce dernier chef que se trouve le dogme de la Trinité et du péché. Dans la seconde édition la place de ce dernier a été changée. Nitzsch : 1) du bien (Dieu et la créature); a) du mal (le péché et la mort); 3) du salut (accomplissement de la rédemption par Christ, appropriation subjective par Thomme, communauté du salut ou Église, consommation du salut ou eschatologie). Hase : 1) Ontologie; !•** anthropologie, 2.° théologie; a) christologie (1.** Christ dans l'histoire; 2.° ' Christ dans le cœur; 3.*" Christ dans l'Église). Bohmer a également commencé la dogmatique par l'anthropologie.

De même que Schleiermacher^ Hase ne traite de la Tri* nité qu'à la fin, comme appendice, ou, si Ion veut, comme couronnement du système. Steudel a trois parties : Rapport entre Dieu et l'homme; Rédemption; Eschatologie. La place donnée à la Trinité dans la 3.* partie, ne convient qua la Trinité économique, et prête au dogme un caractère purement subjectif.

[7] Schleiermacher : Entwicklung des frommen Ab" hàngîgkeitsgefùhls y 1) ohne Rûcksickt ^fif seine Stôrung durch die Sûnde; 2) mit Rùcksicht ouf seine Storung durch die S'ànde. Cette seconde partie se divise en deux autres : i.** Entwicklung des Sewusstseins der Sùnde; 2,^ Entwicklung des Sewusstseins der Gnade. De là trois parties (théologie, anthropologie et sotériologie) , qui sont chacune traitées successivement 1) als uniaittellare Darstellung des frommen Gejuhls; 2) als Darstellung desselben in gôttlichen Eigensckaften ; 3) als Darstellung desselben in Beschaffenheiten der PFelt.

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