Concile du Vatican, Const. Dei Filius, chap. III, can
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prétend qu'à des conclusions toujours réformables. Je verrais plutôt l'analogie en faveur de ma thèse; car, ce que le savant admet sur la foi d'autrui, ce ne sont que des faits, c'est-à-dire des données traduites en langage d'action; mais, pour les propositions théoriques, il les vérifie toujours avant de s'en servir effective
J'ajoute que M. Portalié semble se faire un étrange de l'autonomie. On dirait qu'à ses nomie implique individualisme. Conception d vraiment étonnante chez un catholique 1 Pour i pour tous les philosophes modernes sans exc« tonomie véritable est un caractère de Vespt non de chaque individu. Or, oui ou non, s'il ar savant individuel accepte des résultats par i rite, dira-t-on la même chose de l'esprit hun il élabore la science ? Vraiment, s'il y a quelqi « illusion grossière, » c'est bien dans l'anal a voulu m 'opposer.
Liberté n'est pas licence anarchique. Aul signifie pas indépendance absolue, encore m raineté du caprice individuel. La liberté c'est ce caractère même de son action d'êi principe dans l'ordre de la matière aussi bie celui de la législation rationnelle (') : en sort action, présupposée par toute chose, ne saurail sans cercle vicieux être expliquée ou gouvern de physique ou d'oSsfraii. Pareillement, dire est autonome, c'est dire qu'il n'existe poir d'autre nécessité que la nécessité morale, gation; c'est dire qu'il est au-dessus de toute matérielle comme de tout assujettissement code extérieur; c'est dire enfin que pour lui i ne peut être que soumission consentie et q\i jours pour lui possibilité de révolte malgré l soumission. Quant à ce qui concerne l'ind
1. Voir Revue àe Mélaphi/sigue et de Morale, l'esquisse d'une théorie de la matière, — Voir ai de la Société francise de Philosophie, séance du 26 pp. 109 et 114.
autant qu'il est limitation de Tesprit, il faut parler de libération à faire plutôt que de liberté faite ; et son autonomie se présente comme une conquête à réaliser plutôt que comme un droit à exercer sans effort (^).Et ce double travail n*est pas à lui-même sa fin: mais son terme est de substituer l'hétéronomie de l'amour à celle de Tesclavage (^).
On voit combien nous sommes loin de ce que M. Portalié semble comprendre et par suite combien ses objections portent peu.
Que dirai-je après cela? Je ne repousse nullement «tout dogme invérifiable en soi.» Mais je nie qu'un dogme indémontrable par des preuves directes et spécifiques puisse être, en tant que dogme, légitimement assimilé aux propositions théoriques et spéculatives de la science ou de la philosophie. C'est ici, encore une fois, l'attitude intellectualiste qui place indûment le dogme dans un plan de pensée où régnent des exigences qu'on ne peut satisfaire en l'espèce. Une telle conséquence est ruineuse pour l'attitude en cause, non point pour le dogme lui-même. Voilà tout le sens de la prernière objection.
M. Portalié «sourit» de. ma «candeur.» Je pourrais plus justement, si je trouvais cela convenable, sourire de son assurance. Il me juge bien arriéré. En effet je ne cherche pas tant à dire des choses neuves que des choses vraies. J'accorde que ce que j'ai appelé objections de la pensée moderne serait mieux dénommé tout simple^ ment objections de la pensée. En me renvoyant sans autre forme de procès aux « réfutations anciennes », M. Portalié prouve surtout qu'il n'a point saisi la force de l'objection ni sa portée exacte. Hélas! je les ai lues, voilà longtemps, ces réfutations anciennes; je les ai lues avec attention, avec sympathie, avec un préjugé
1. Cette conquête exige durée, c'est-à-dire tradition; sacrifice, c'est-à-dire oubli de son individualité particulière; solidarité, c'est-à-dire insertion dans une société spirituelle, etc. Mais je ne puis développ)er ici ces rapides aperçus.
2. Si tant est que le mot hétéronomie convienne pour désigner le règne de Tamour en nous.-
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très net en leur faveur; je m'en suis nourri, je me suis complu dans l'idée qu'elles étaient péremptoires ; mais un jour est venu où, passant du rêve à l'action, je me suis trouvé à même de les vivre, de les soumettre à l'épreuve de l'expérience, d'en essayer l'effet sur des incrédules qui, je peux en répondre, n'étaient pas tous des ignorants, des imbéciles ou des âmes sans bonne foi... et que voulez-vous que je vous dise? c'est en pensant à tout cela d'une manière très explicite que j'ai reproduit l'objection. Non pas que tout soit mauvais dans ces vieilles et illustres défenses; en un sens, au contraire, tout y est bon; mais elles ne sont pas complètes pour l'éternité, à jamais suffisantes, et assurément il y manque aujourd'hui quelque chose de fondamental. C'est pour arriver à découvrir ce quelque chose que j'ai voulu interroger les théologiens: on ne me persuadera pas, n'en déplaise à M. Portalié^ que cette consultation soit « naïve » ou « oiseuse ».
Deuxième objection. — Il faudrait un volume pour discuter toutes les questions que soulève ici M. Portalié. Je me bornerai forcément à noter les points principaux, sans aucun développement.
Il s'agit d'abord de rectifier quelques appréciations inexactes. Peu de mots y suffiront.
Je ne me suis nullement placé au point de vue de l'agnosticisme pour conclure contre l'apologétique extrinséciste commune aujourd'hui, mais au contraire au point de vue de la science et de la philosophie, puisque c'est à des démonstrations comparables à celles de la science ou de la philosophie que cette apologétique prétend aboutir. Et il m'a semblé (comme à bien d'autres) que cette apologétique ne tenait pas ses promesses, ne répondait pas aux exigences de la position adoptée par elle.
Je n'ai pas dit du tout qu'il n'y a aucune manière légitime d'établir indirectement la vérité du dogme, mais bien que la manière ordinairement suivie de nos jours est défectueuse, une apologétique d'immanence
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devant accompagner l'apologétique objective pour que celle-ci prenne un sens et devienne valable. Autre chose, en vérité, est de dire aux gens : « il n'y a pas de démonstration possible »; autre chose de leur dire: « votre démonstration n'est pas bonne ». Et je ne veux même pas signifier par là que je repousse tout argument tiré des miracles, prophéties, etc.: ce que je critique, c'est uniquement un certain usage qu'on a fait de ces arguments et l'esprit dans lequel on les a conçus parfois (1).
Je ne crois pas non plus le moins du monde que l'esprit humain soit impuissant à connaître avec certitude par ses seules forces l'existence de Dieu, le fait de la révélation, etc. Mais je nie que ces problèmes puissent être assimilés aux problèmes proprement scientifiques et résolus par des méthodes analogues aux méthodes proprement scientifiques. Ce sont là des questions d'ordre vital, non d'ordre purement intelle(ituel et théorique; et c'est ainsi que les vérités correspondantes ressemblent aux vérités dogmatiques.
Ce n'est pas en mon nom que j'ai parlé de raisonnements comparables à ceux du mathématicien. Assurément je sais que chaque science a une spécificité distincte et possède ses propres moyens de vérification: je l'ai répété sur tous les tons dans la Bevtie de Métaphysique. Et c'est justement ce que je redisais encore dans le passage que M. Portalié incrimine, en affirmant (je ne faisais qu'un rappel de résultats) que les dogmes comme tels ne peuvent être établis, ainsi qu'y inviterait fatalement l'hypothèse de leur signification intellectualiste, par aucune des méthodes usitées dans les sciences posv tives (2) parce que, en tant que dogmes^ ils ne ressemblent pas à des énoncés d'ordre théorique et spéculatif. Quels sont, je vous prie, ceux qui méconnaissent la spécificité
1. Un théologien traditionnel, dans la Quinzaine du l^r juillet 1905, m'objecte le Concile du Vatican. Mais ce Concile n'a rien défini sur la manière dont il convient d'utiliser les miracles, prophéties, etc.^ comme arguments apologétiques.
2. jBien que chaque méthode ait son mot a dire dans la question.
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des dogmes, sinon ceux-là mêmes qui — Tes concevant comme des sortes de théorèmes, de thèses essentiellement relatives à la connaissance pure, — entreprennent de les vérifier par une apologie prétendue scientifique? Je souscris sans réserves aux assertions de M. l'abbé Sertillanges : « Les préambules de la foi doivent pouvoir se prouver en fonction de tout système, sous peine pour ce système d'être déclaré par la foi non recevable » ('). Je n*ai dit qu'une chose, à savoir que ces préambules étaient communén>ent prouvés aujourd'hui en fonction d'un système no.i reçu et non recevable par la pensée moderne. Je conclus de là, non qu'il faille renoncer à toute preuve, mais simplement qu'il est nécessaire d'établir cette preuve d'une autre façon. Assurément les preuves classiques sont rigoureuses: quand on admet les postulats sur lesquels elles reposent. Mais ce sont précisément ces postulats que rejette ou conteste la pensée moderne. Notamment elle n'admet pas que l'histoire ait compétence pour établir des vérités d'ordre théorique: cela ne veut pas dire que les dogmes n'aient aucun rapport avec l'histoire, mais que — en tant qu'accessibles par l'histoire — ils ne sont point des vérités d'ordre théorique. Plus précisément, nous sommes en présence de l'alternative suivante : 1° si l'histoire atteint les dogmes au titre de propositions théoriques, c'est sans pouvoir établir par ses seules forces qu'ils sont des vérités; 2° si l'histoire établit (^) que les dogmes sont des vérités, ce n'est pas au titre de propositions théoriques. En tout cas, l'Apologétique