‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 101 sur 113 · Quinzaine du l^r juin 1905, p · texte numérisé non relu

Quinzaine du l^r juin 1905, p

2. Ou plutôt: concourt à établir. — Une étude historique des dogmes est nécessaire: 1° pour discerner en eux l'immuable du relatif, l'essentiel du contingent; 2» pour déterminer leur sens authentique; 3o pour saisir dans leur développement la continuité vivante de la tradition. Mais, on l'a très bien dit (F. P., Quinzaine du 16 juin 1905, p. 554): « Nous exposer ce qu'ont cru et comment ont progressé les hommes d'autrefois ou même d'hier, c'est nous inviter à croire et à progresser, et non pas nous dire ce que nous devons croire et comment nous devons progresser. » Voilà pourquoi l'histoire ne peut j.iraais suffire, ni en Apologétique, ni en Théologie.

historique, telle que la conçoit une certaine École qui se croit à tort traditionnelle, c'est-à-dire je ne sais quel mélange de constatation et de dialectique où documents et syllogismes seraient simplement juxtaposés, cette Apologétique apparaît aujourd'hui tout à fait impuissante à donner ce qu'on lui demande. Elle n'est à vrai dire ni une Apologie probante ni une Histoire authentique. Qu'on veuille bien y réfléchir un peu. Une constatation de fait ne résoudra jamais ime difficulté d'ordre philosophique, parce qu'un fait ne sig^nifie rien en soi. En histoire pas plus qu'ailleurs, il n'y a de fait brut. N'est-ce point du reste une contradiction dans les termes que de parler de faits bruts significatifs^ Jamais l'histoire ne réformera la philosophie, bien qu'elle soit appelée à lui fournir des matériaux: il serait plus juste de dire que la philosophie est nécessaire pour informer l'histoire et lui donner une valeur dans l'ordre religieux. En somme, deux remarques manifestent nettement l'insuffisance apologétique de l'histoire: 1° l'histoire, livrée à ses seules forces, est incapable de faire surgir en nous le sentiment d'une obligation, la claire vue d'un devoir à remplir: en mettant les choses au mieux, elle ne nous révélerait qu'un surnaturel facultatif, sans réussir jamais à déceler les exigences internes qui nous commandent moralement de nous mouvoir vers lui(0; 2° l'histoire, livrée à ses seules forces, est incapable d'atteindre et de saisir le surnaturel, fût-il même facultatif : car elle peut bien constater des faits qui échappent à toute explication purement humaine, mais aussitôt que pour en rendre compte elle essaie d'invoquer des causes transcendantes elle se heurte à l'objection d'expliquer des mystères par d'autres mystères plus impénétrables encore (^). Voilà en deux mots ce qui condamne irré-

1. Je veux parler ici, suivant l'expression de M. Blondel, du surnaturel « exigeant en nous », non pas d'un surnaturel « exigé par nous », ce qui serait contradictoire.

2. Tout ce que peut faire légitimement Thistoire en tant que pure histoire, c*est d'avouer son impuissance actuelle à expliquer certains faits, puis d'attendre ou de nouvelles hypothèses plus satisfaisantes ou des lumières venues d'ailleurs.

qu'est-ce qu'un dogme? 327

médiablement Vhistoricisme, Le mathématisme est, lui, d'une incapacité radicale, absolue; et je me demande comment on a pu me suspecter de pencher vers lui(*) alors que je présente les dogmes comme appartenant à Tordre des vérités de fait. Enfin, pour ce qui est de Y expérience, j*en ai précisé ailleurs la vraie notion p). Qu*il me soit pernHS de renvoyer simplement à ces pages. Si on adopte la manière de voir qui y est exiwsée, — à savoir que l'expérience n'est pas réception pure d'un donné purement extérieur, — je ne contesterai plus rien : on se sera placé en effet au point de vue de l'action, au point de vue de l'immanence. Qu'on veuille bien y réfléchir: l'expérience véritable est épreuve plutôt que preuvèy surtout en des matières où manque la possibilité de constatation par les sens. Elle ne consiste pas en un simple enregistrement passif: elle ne saurait donc se prêter à aucun extrinsécisme (^).

Ici doit naturellement se placer l'examen d'une très grave question, celle qui concerne la liberté de Vacte de foi. J'en ai dit un mot dans mon premier article. Mais il y faut insister davantage.

Commençons par exposer les deux termes entre lesquels il s'agit d'opérer une conciliation:

1^ — L'adhésion de foi doit être fondée sur des preuves certaines. — La tradition l'enseigne ; déjà Origène l'aff ir-

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