‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 106 sur 113 · XIV. - CONCLUSION · texte numérisé non relu

XIV. - CONCLUSION

Il faut finir. Je ne discuterai pas l'accusation de kantisme. Mieux vaut attendre pour cela qu'on ait lu et compris Kant : ce qui me laisse du loisir. Au surplus il y a des plaisanteries — ou des naïvetés — qu'il serait ridicule de prendre au sérieux. Celle-là est du nombre (*).

Je ne discuterai pas davantage l'accusation d'ignorance portée contre ceux qu'im souci de charité intellectuelle et d'apostolat efficace a engagés dans des voies où ils ne savaient que trop bien, hélas I ce qui les attendait. Ceux-là pourtant ont peut-être fait plus d'études préparatoires qu'on ne suppose. Qui sait? Tout le monde ne se ressemble pas, ils ont peut-être le scrupule de ne parler que de ce qu'ils savent. Ils ont beau être parfois « de simples laïques »: cela n'empêche pas qu'ils puissent connaître et comprendre les matières de théologie (^). Je ne relèverai pas toutes les amabilités dont on les gratifie. Ce sont là de ces choses qui portent

1. Voir l'Appendice III dans les Essais de philosophie religieuse de M. Tabbé Laberthonnière.

2. On dirait par moments que M. Portalié réclame pour ceiix qui pensent comme lui une sorte de monopole, je ne sais quel privilège de grâce illuminante : « Ne lit pas, ne comprend pas qui veut les docteurs d'Hippone ou d'Aquin »• {Etudes du 5 août 1905, p. 338.)

leur sanction avec elles. Et que dire des exhortations et avertissements dont on les comble? Plût à Dieu qu'on suive toujours tant de conseils si excellents! Il y a dans l'Évangile une certaine parabole de la paille €t de la poutre que nul ne peut considérer comme ne s'appliquant pas à lui.

Mais laissons. « Reste à signaler une dernière illusion des partisans du dogmatisme moral, srr laquelle ses partisans appuient leur grande objection, l'objection invincible. » Et voici comment M. Portalié formule cette objection: «Si vous gardez votre intellectualisme et vos dogmes anciens, vous serez sans action sur les esprits de notre temps (^).> — Je me perds à chercher où quelqu'un d'entre nous a pu dire quoi que ce soit d'analogue à cela, dans le sens où on nous le prête. Si nous ne sommes pas des « naïfs », nous prétendons du moins à une entière sincérité. Jamais donc il ne nous est venu à l'esprit de plaider sans conviction, d'utiliser des modes ou de nous rallier par tactique à des opinions ambiantes. Nous ne croyons pas qu'en pareille matière la diplomatie soit une méthode avouable. Nous réprouvons sans réserve, au nom de la morale autant et plus que de la logique, lorsqu'il s'agit de défendre ou de propager la foi, les habiles et leurs habiletés. Sacrifier la vérité à l'influence ou au succès, nous jugerions cela malhonnête et criminel. Là-dessus aucun désaccord entre nous et M. Portalié. Sur qui donc portent ses coups ?

Autre chose. M. l'abbé Bousquet (*)nous traite d* « apologistes maladroits » qui déchaînent la tempête au lieu de procurer aux esprits la lumière et la paix, d*« apologistes en chambre » qui professent une science « égoïst 2 et dédaigneuse» et qui ne s'inquiètent pas du «scandale» dont leur imprudence peut être cause. Apologistes en chambre I Vraiment qu'en sait-on? J'admire avec quelle désinvolture on tranche ce qu!on. ignore. Qu'on l'apprenne donc : nos efforts ne sont pas le fait de spéculatifs ombrageux et hautains enfermés loin de la

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