‹ Dogme et critique (volume 2)Chapitre 28 sur 113 · III. - DOGME ET DÉMONSTRATION · texte numérisé non relu

III. - DOGME ET DÉMONSTRATION

De cette question fondamentale, à laquelle M. de Grandmaison consacre plusieurs pages de son article, je ne dirai ici qu'un mot très bref.

Ce qui fait difficulté pour moi, ce n'est point que le dogme requière une adhésion irréformable et absolue: c'est qu'une telle adhésion puisse aller à un dogme conçu comme collection d'énoncés théoriques. En un mot, il me semble voir une incompatibilité de principe entre le point de vue intellectualiste et le genre d'assentiment qu'un catholique doit au dogme. Si l'on préfère, je trouve que les « objections modernes » que j'ai rapn portées deviennent irréfutables quand on se fait une conception intellectualiste du dogme. Je n'ai pas entendu démontrer autre chose ; et je n'ai pas besoin de dire qu'à' mes yeux les objections en cause ruinent l'idée qu'on

se fait parfois du dogme et non pas le dogme lui-même.

Sur le principe d'immanence dont M. de Grandmaison parle ensuite, je présenterai une seule observation. Ce principe n'est pas une opinion particulière propre à telle ou telle école de philosophes contemporains. Sa force et son importance viennent surtout (pour qui le juge du dehors) de ce qu'il constitue la vérité centrale en laquelle communient toutes les écoles, le point de ralliement que reconnaissent tous les philosophes d'aujourd'hui. De là, dans mon article, ces assertions que M. de Grandmaison trouve « bien hautaines » et par lesquelles je voulais seulement rappeler un fait de notoriété publique. Est-il vrai que l'histoire de la philosophie nous invite « à considérer avec quelque détachement ces déclarations intégristes ? » J'observe que, si les doctrines philosophiques, si les systèmes se sont renversés les uns sur les autres (non sans un progrès toutefois), du moins la ipéthode de la philosophie a toujours été s 'affirmant, s'épurant, se dégageant dans la même direction: perennis philosophia. Or cette direction est celle que marque le principe d'immanence, lequel, — ne l'oublions pas, — caractérise une méthode beaucoup plus qu'une doctrine. Au surplus, M. de Grandmaison se répond implicitement à lui-même. Car, après avoir interprété le principe d'immanence d'une façon à laquelle je ne puis que souscrire, il ajoute : « Alors un homme qui pense ne pourra guère que tomber d'accord » avec ceux dont il vient de résumer le sentiment. Ai-je dit autre chose ?

Tout au plus appuierai-je quelque peu davantage sur la nécessité qui veut qu'une vérité quelconque, pour devenir notre vérité, c'est-à-dire pour prendre un sens par rapport à nous et pour pouvoir être assimilée par nous, réponde d'une certaine manière à un appel de notre esprit. Mais ce n'est là peut-être qu'une simple nuance. En tout cas, 'je m'explique longuement làdessus, en ce qui regarde la vérité surnaturelle, dans un article de la Revue biblique auquel j'ai déjà fait allusion;

qu'est-ce qu'un dogme? 101

pour ne pas répéter ici les mêmes choses, je demande la permission d'y renvoyer le lecteur (^).

Eiifin, dans tout ce que dit après cela M. de Grandmaison sur Tapologétique, je ne vois pas, pour ma part, après lecture attentive, ce que je refuserais d'accepter, ni ce qui contredit en quoi que ce soit ma thèse. Peutêtre, sur quelques points, y aurait-il lieu d'insister ou de préciser davantage? Mais ce ne serait pas à propos ici. L'article Qu'est-ce qyCun dogme? ne parlait pas de ces problèmes. Il se bornait à rappeler brièvement l'insuffisance radicale des procédés apologétiques purement extrinsèques à l'emploi desquels condamne l'adoption du point de vue intellectualiste en matière de dogme. Or, là-dessus, M. de Grandmaison est en somme, si je ne me trompe, du même avis que moi et que les partisans d'une apologétique d'immanence. Une telle apologétique est nécessaire pour vivifier l'apologétique objective: cela me paraît ressortir de toutes les pages que j'examine en ce moment. D'autre part, il y est dit très bien, en manière de conclusion, que les procédés d'accès à la foi ne sont pas proprement assimilables à des procédés scientifiques, parce que « la nature des objets à atteindre s'y oppose » et que « la certitude à laquelle on vise est d'un autre ordre ». N'est-ce point là, en d'autres termes, exactement ce que je disais?

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