Cf. la Philosophie nouvelle issue des travaux de M
QUEST-CE qu'un DOGME ? ^
près. Elle n'aime pas non plus les raisonnements exté^ rieurs, extrinsèques, qui aboutissent à des démonstra* tions d'un caractère négatif, à des démonstrations par* Tabsurde, fondées sur des jugements de contradiction ou d'impossibilité, parce qu'elle a fait trop de fois aussi l'expérience (^) de ce qu'il y a d'imprudent et de risquéà déclarer impossible ou contradictoire telle chose quine nous parait peut-être telle que par un effet d'habitude. Elle ne peut donc, semble-t-il, — pour rester fidèle aux tendances qui ont assuré dans tous les domaines son^ succès, — que condamner d'une manière absolue l'idée même de proposition proprement dogmatique. Dans quel système recevable par la raison une proposition semblable pourrait-elle en effet sans violence trouver place? Le premier principe de la méthode n'est-il pas^ sans conteste, depuis Descartes, qu'il ne faut tenir pour vrai que ce que l'on voit clairement être tel ? D'où viendrait le droit de faire exception quand il s'agit justement de propositions qui se donnent pour les plus importantes, les plus profondes et les plus sing^ulières detoutes? Ce n'est certes pas au moment où les affirmations sont de la plus grave conséquence et se rapportent aux objets les plus ardus et les plus cachés qu'il convient de se montrer moins attentif à la rigueur des règles qui constituent notre protection contre l'erreur. C'est alors^ qu'il serait légitime, au contraire, d'être encore plus^ exigeant, plus scrupuleux, plus difficile que d'habitude. 29 On dira sans doute que les propositions dogmatiques ne sont nullement affirmées sans preuve. En effet,. une démonstration indirecte en a été maintes fois essayée. Une certaine Apologétique, qui se croit purement traditionnelle (•), prétend établir que ces propositions. sont vraies, bien qu'elle se reconnaisse incapable de «manifester en pldne lumière le comment et le pourquoi fle leur vérité. Il y a quelque analogie, semble-t-il, entre:
L I^ans les sciences notamment.
2. Cette méthode de démonstration extrinsèque se donne rcomme tra£tkniiielle. C'est là un point d'histoire sur lequel il >f aurait beaucoup à dise. Mais une telle discus^^on est étranifère à mon sujet.
s D-GME ET CRITIQUE
une telle démarche et celle du mathématicien qui se borne parfois à des théorèmes de simple existence, ou celle du physicien qui accepte souvent deg faits dont il ne sait donner aucune explication théorique, ou bien encore celle de l'historien qui reçoit toujours la connaissance par la seule voie du témoignage. Et ainsi tomberait la première objection. — Oui, ce serait là une solution très simple. Mais il y a un malheur : c'est que l'analogie signalée se révèle, à la réflexion, tout à fait inexacte. La difficulté qu'on voulait éviter reparaît intégralement quand il s'agit de justifier les postulats sut lesquels repose la prétendue démonstration indirecte. Larsw'un mathématicien se contente d'établir un théoirème de simple existence, je veux dire un théorème ii^ianaat l'existence d'une solution inaccessible en elle-même, il ne raisonne pas moins rigoureusement que dans les autres parties de sa science. Or, ici, rien de pareil. Il faudrait avoir prouvé directement que Dieu existe, qu'il a parlé, qu'il a dit ceci et cela, que nous possédons aujourd'hui son enseignement authentique. Cela revient à dire qu'il faudrait avoir résolu par une analyse directe le problème de Dieu, celui de la Révélation, celui de l'Inspiration biblique, celui de l'Autorité de l'Ëglise. Or, ce sont là des questions de même genre que les questions proprement dogmatiques, des questions à propos desquelles il est bien impossible de produire des raisonnements comparables à ceux du mathématicien. De même, lorsqu'un physicien accepte un fait dont il ne sait dcmner aucune explication théorique, ce fait correspond au moins pour lui à des expériences précises, à des manipulations pratiquement exécutables, bref à un groupe <ie gestes dont il a une connaissance directe. Quoi de semblable ici? Et, enfin, l'historien même ne consent à recevoir la vérité par la voie du témoignage que parce qu'il s'agit de phénomènes de même espèce que ceux dont il a par ailleurs le spectacle direct. Encore juge-t-il sa science toujours conjecturale et incertaine dès qu'il s'agit de causes un peu profondes ou d'événements un peu lointains. Combien plus devra-t-on conclure ainsi
qu'est-ce qu'un dogme?
Sans le cas des do^ïoies où Ton n'envisage que des faits É&ystérieux, singuliers,- ^déconcertants^ auxquels ne corcespond rien d'analogue dans notre expérience humaine I On a beau faire : la prétendue démonstration indirecte a pour base inévitable un appel à la transcendance de l'Autorité pure. C'est radicalement de Textérieur qu'elle prétend 0) introduire en nous la vérité, à la façon d'\me K chose » toute faite qui entrerait en nous par violence. Un dogme quelconque apparaît ainsi comme un asservissement, comme une limite aux droits de la pensée, comme une menace de tyrannie intellectuelle, comme une entrave et ime restriction imposées du dehors à la liberté de la recherche : toutes choses radicalement contraires à la vie même de l'esprit, à ison besoin d'autonomie et de sincérité, à son principe générateur et fondamental qui est le principe d'inunanence. — Insistons un peu sur ce dernier point, car le principe d'immanence n'a pas toujours été bien compris. On s'en est fait souvent un monstre, tandis que rien n'est plus simple ni en somme plus évident. On peut dire qu'en avoir pris conscience claire est le résultat essentiel de la philosophie moderne ; qui refuse de l'admettre ne compte plus désormais au nombre des philosophes; qui ne parvient pas à l'entendre marque ainsi qu'il n'a point le sens philosophique. Et voici en quoi consiste ce principe. La réalité n'est pas faite de pièces distinctes juxtaposées; tout est intérieur à tout; dans le moindre détail de la nature ou de 1^ science, l'analyse retrouve toute la science et toute la nature ; chacun de nos états et de nos actes enveloppe notre âme entière et la totalité de ses puissances ; la pensée, en im mot, s'implique elle-même tout entière à chacun de ses moments ou degrés. Bref, il n'y a jamais pour nous de donnée purement externe semblable à je ne sais quelle matière brute; une telle donnée, en effet, demeurerait absolument inassimilable, impensable ; ce serait un néant pour nous, car par où la saisirions-nous? L'expérience elle-même n'est point du
1. Ou du moins paraît prétendre, étant donnée la forme sous laquelle trop souvent on la présente.
10 DOGME BT CRITIQUB
léixt une acquisition de <( choses » qui nous seraient bord totalement étrangères; non, mais plutôt un pass de rimplicite à l'explicite, un mouvement en profon nous révélant des exigences latentes et des richesses vir-' tuelles dans le système du savoir déjà édairci, un effort de développement organique mettant des réserves en valeur ou éveillant des besoins qui accroissent notre acfc tion. Ainsi, aucune vérité n'entre jamais en nous que
^: postulée par ce qui la précède à titre de complément
plus ou moins nécessaire, comme un aliment qui, pour devenir nourriture effective, suppose chez celui qui le ] W: reçoit des dispositions et préparations préalables, à sa-
I voir l'appel de la faim et l'aptitude à digérer. Même la
g; constatation d'un fait scientifique présente ce caractère,
aucun fait n'ayant de sens et, par suite, n'existant pour nous que par une théorie au sein de laquelle il naît et dans laquelle il s'insère. — Sur ces différents points, un examen critique des sciences est venu récemment confirmer la réflexion des philosophes. Il est clair que je ne saurais entrer ici dans le détail (*). Mais le peu que j'ai dit suffira sans doute à faire au moins entrevoir comment ce qu'on a nommé Yextrinséciame est en opposition d'esprit, d'attitude et de méthode avec la pensée moderne.
3° Admettons cependant, malgré ce qui précède, l'enseignement des dogmes par simple affirmation d'une Autorité doctrinale que Ton se résigne à ne guère critiquer. A tout le moins, pour que ces dogmes fussent acceptables, les faudrait-il parfaitement intelligibles dans leurs énoncés, ne donnant lieu à aucune ambiguïté d'in* terprétation, à aucune possibilité d'erreur sur leur sens réel. Or, il n'en va pas ainsi. D'abord, leurs formules appartiennent souvent au langage d'un système philosophique particulier qui ne se laisse pas toujours facilement entendre, qui n'échappe pas toujours au danger d'équivoque ou même de contradiction. 11 n'est pas douteux, par exemple, que la doctrine du Verbe ait, dans
1. Voir l3 Bulletin de la Sjciéié fra.içaisz di philosopfiie, «éancc du 23 février 1904.
QU'EST-CE QU'UIf DOGME? It
;1k>n origine et dans sa contexture, des attache» étroites ''avec le néo-platx)nisme alexandrin; que la théorie ée la ■matière et de la forme dans les sacrements ou celle des [ rapports entre substance et accidents dans le dogme de I la présence réelle soient liées étroitement aux concep- ! tiens aristotéliciennes et scolastiques. Or, ces diverses [ philosophies sont parfois douteuses quant à leur fond, obscures quant à leur expression ; elles sont, en tout cas, I dépassées depuis longtemps, tombées en désuétude pâr- [ mi les philosophes et les savants. Faudrait-il donc, pour être chrétien, commencer par se convertir à ces philosophies-là? Ce serait une rude entreprise, devant laquelle bien des croyants eux-mêmes se sentiraient singulièrement embarrassés. Et, d'ailleurs, cela même ne suffirait pas, car le mélange de plusieurs langages issus de philosophies hétérogènes constitue encore une autre difficulté non moins gênante que la première. — Mais ce n'est pas tout. A côté de cela, les formules dogmatiques contiennent aussi bien des métaphores empruntées au sens commun, par exemple quand elles parlent de paternité ou de filiation divines. De ces métaphores, il est impossible de donner une interprétation intellectuelle précise, par conséquent de fixer la valeur théorique exacte; oe sont des images inconvertibles en concepts; il y await anthropomorphisme à les prendre au pied de la lettre, et, en même temps, on ne saurait assigner leur signification profonde ; on ne peut même pas les manie, sans réserve ni les suivre jusqu'au bout, sons peine d'en arriver bien vite à des conséquences ridicules et saugrewes. D'où une grande incertitude, que vient encore accroître le mélange des symboles Imaginatifs avec les formules abstraites dont il était question tout à l'heure. ^^En somme, la première difficulté que nombre de gens aujourd'hui éprouvent en face des dogmes consiste en ce qu'ils ne parviennent pas à leur découvrir im sens pensable. Ces âioncés ne leur disent rien, oti plutôt leur paraissent indissolublement liés à un état d'esprit qu'ils n'ont plus et auquel ils estiment ne plus pouvoir revenir sans déchoir. Beaucoup de croyants sont d'ailleurs inï-^
licitement du même avis et préfèrent s'abstenir Am oute réflexion, pressentant quels obstacles ils reacoif reraient à penser ce qu'ils croient sous les fbnnes qu'on eur propose. Un philosophe contemporain l'a dit : « jui embarrasserait le plus la plupart des croyants, ce ;erait que, avant même de leur demander une prntve de :e qu'ils croient, on les mit simplement en demeure de léfinir avec précision ce qu'ils affirment et ce qu'ils lient ('). »
4" Enfin, pour mettre les choses au mieux, passons sur es difficultés précédentes. Il reste encore, même après ;ela, une dernière objection qui semble très grave. C'est lue les dogrmes, en tout cas, forment un groupe inciHnnensurable avec l'ensemble du savoir positif. Ni par eur contenu, ni par leur nature logique, ils n'appartienlent au même plan de connaissance que les autres pro- >ositions. Ils ne sauraient donc se composer avec cellesi de manière à constituer un système cohérent. D'où, i on les accepte, une inévitable rupture d'unité dans 'esprit, une nécessité désastreuse de vivre en partie dou- >le. Immuables, ils apparaissent étrangers au progrès lui est l'essence même de la pensée. Transcendants, ils lemeurent sans rapports avec la vie intellectuelle effecive. A aucun des problèmes qu'agitent la science et la )hilosophie ils n'apportent un surcroît de lumière. Le noindre reproche qu'on leur puisse faire est ainsi de lembler sans usage, d'être inutiles et inféconds: repro- Jie bien grave à une époque où l'on aperçoit de plus en )lus nettement que la valeur d'une vérité se mesure ivant tout aiùc service» qu'elle rend, aux résultats nou- 'eaux qu'elle suggère, aux conséquences dont elle est frosse, bref à l'influence vivifiante qu'elle exerce sur e corps entier du savoir.
Tels sont, brièvement résumés, les principaux motifs >our lesquels l'idée d'un dognïe quelconque répugne à a pensée moderne. Je me suis efforcé de les produire lans toute leur force, me plaçant, pour les exposer, au
e PhUoto-
qu'est-ce qu'un doôme? Î3
point de vue même de ceux qui les estimeât décisifs et parlant, pour ainsi dire, non en mon nom, ittais au leur. Reste à chercher maintenant qu^fes ceûclusions et quels enseignements nous devons, nous, en tirer.
Ces motifs, fl faut le reconnaître, sont parfaitement vsdai^. Je ne vois aucune manière légitime de réfuter [ rargmnentation précédente p). Les principes qu'elle in- 1 voque ne me paraissent pas pouvoir être contestés, non I jhxs que les déductions qu'elle en tire. En fait, je ne vois pas qu'on hii ait jamais répondu autrement que par des subtilités sans valeur ou par des artifices de rhétori- I que (2). Mais l'éloquence n'est pas une preuve, ni la dî- 1 plomatie. Notre seule vraie ressource est donc d'établir I que la notion ù& dogme condamnée et réprouvée par la I pensée moderne n'est pas la notion catholique du dogme. On trouvera peut-être qu'en parlant ainsi je sors du : rôle dans lequel j'avais promis de me confiner, que cette fois décidément je pose des thèses et non plus des questions. Ce serait une erreur. Sans doute, j'affirme ici quelque chose. Mais quoi? Rien que des faits. C*est un I fait que les incroyants d'aujourd'hui sont arrêtés en face des dogmes par les objections qui précèdent. C'est un \ fait encore que quiconque (même parmi les croyants) a vraiment compris l'esprit et les mé:hodes de la science et de la philosophie contemporaines ne peut que donner I son assentiment à ces objections. Qu'on veuille bien le remarquer : ceux-là même qui se soumettent le plus en- I tièrement et le plus cordialement à l'Autorité établie i sur eux ne sauraient être touchés par elle en l'espèce. ; Nulle autorité, en effet, ne peut faire ou empêcher que ; je trouve un raisonnement solide Ou fragile, ni surtout qiie telle ou telle notion ait ou ' ' u pas de sens pour moi.
"L Je dis réfuter: mais on peut y couper court, en détruisant » postulat qui est sa racine.
2. La disoisâon détaillée de ces réponses serait fort intéressante à faire; mais elle ne saurait trouver place ici.
plicitement du même avis et préfèrent s*abstemr toute réflexion, pressentant quels obstacles ils renccn»'] treraient à penser ce qu'ils croient sous les formes qu% leur propose. Un philosophe contemporain l'a dit : « Ce^ qui embarrasserait le plus la plupart des croyants, ce; serait que, avant même de leur demander une preuve de ce qu'ils croient, on les mit simplement en demeure de; définir avec précision ce qu'ils affirment et ce qu'ils nient (% »
40 Enfin, pour mettre les choses au mieux, passons sur les difficultés précédentes. Il reste encore, même après cela, une dernière objection qui semble très grave. C'est que les dogmes, en tout cas, forment im groi^>e incommensurable avec l'ensemble du savoir positif. Ni par leur contenu, ni par leur nature logique, ils n'appartiennent au même plan de connaissance que les autres pro* positions. Ils ne sauraient donc se composer avec cellesci de manière à constituer un système cohérent. D'où^ si on les accepte, une inévitable rupture d'unité dans l'esprit, une nécessité désastreuse de vivre en partie double. Immuables, ils apparaissent étrangers au progrès qui est l'essence même de la pensée. Transcendants, ils demeurent sans rapports avec la vie intellectuelle effective. A aucun des problèmes qu'agitent la science et la philosophie ils n'apportent un surcroît de lumière. Le moindre reproche qu'on leur puisse faire est ainsi de sembler sans usage, d'être inutiles et inféconds: reproche bien grave à une époque où l'on aperçoit de plus en plus nettement que la valeur d'une vérité se mesure avant tout aux services qu'elle rend, aux résultats nouveaux qu'elle suggère, aux conséquences dont elle est grosse, bref à l'influence vivifiante qu'elle exerce sut le corps entier du savoir.
Tels sont, brièvement résumés, les principaux motifs pour lesquels l'idée d'un dogm!e quelconque répugne à la pensée moderne. Je me suis eÉforcé de les produire 9ans toute leur force, me plaçant, pour les exposer, au
::. 3ELOT, Bibliothèque du Congrès international ae PhUosopKic de 1900, Paris, Armand Colin.
qu'est-ce qu'un doc^mb? 13
point de vue même de ceux qui les estimeât décisifs et parlant, pour ainsi dire^ non en mon nom, mais au leur. Reste à chercher maintenant quefles cenclusions et quels enseignements nous devons, nous, en tirer.
Ces motifs, fl faut le reconnaître, sont parfaitement valab^. Je ne vois aucune manière légitime de réfuter rargnmentation précédente p). Les principes qu'elle invoque ne me paraissent pas pouvoir être contestés, non plus que les déductions qu'elle en tire. En fait, je ne vois pas qu'on lui ait jamais répondu autrement que par des subtilités sans valeur ou par des artifices de rhétorique (2). Mais l'éloquence n'est pas une preuve, ni la diplomatie. Notre seule vraie ressource est donc d'établir qtie la notion de dogme condamnée et réprouvée par la pensée moderne n*€8t pas la notion catholique du dogme.
On trouvera peut-être qu'en parlant ainsi je sors du rôle dans lequel j'avais promis de me confiner, que cette fois décidément je pose des thèses et non plus des questions. Ce serait une erreur. Sans doute, j'affirme ici quelque chose. Mais quoi? Rien que des faits. C*est un fait que les incroyants d'aujourd'hui sont arrêtés en face des dogmes par les objections qui précèdent. C'est un fait encore que quiconque (même parmi les croyants) a vraiment compris l'esprit et les mé:hodes de la science et de la philosophie contemporaines ne peut que donner son assentiment à ces objections. Qu'on veuille bien le remarquer: ceux-là même qui se soumettent le plus entièrement et le plus cordialement à l'Autorité établie sur eux ne sauraient être touchés par elle en l'espèce. Nulle autorité, en effet, ne peut faire ou empêcher que je trouve un raisonnement solide ou fragile, ni surtout que telle ou telle notion ait ou - ' U pas de sens pour moi.
1^ Je dis réfuUr : mais on peut y couper court, en détruisant le pcatvHat qui est sa racine.
2. La discussion détaillée de ces réponses serait fort intéressante à faire; mais elle ne saurait trouver place ici.
plicitement du même avis et préfèrent s*abstentr toute réflexion, pressentant quels obstacles ils rencoDi' treraient à penser ce qu'ils croient sous les formes qu'on leur propose. Un philosophe contemporain l'a. dit : « Ce qui embarrasserait le plus la plupart des croyants, ce serait que, avant même de leur demander une prtuve de ce qu'ils croient, on les mît simplement en demeure de définir avec précision ce qu'ils affirment et ce qu'ils nient O. »
40 Enfin, pour mettre les choses au mieux, passons sur les difficultés précédentes. Il reste encore, mênae après cela, une dernière objection qui semble très grave. C'est que les dogmes, en tout cas, forment im groupe incmn* mensurable avec l'ensemble du savoir positif. Ni par leur contenu, ni par leur nature logique, ils n'appartiennent au même plan de connaissance que les autres propositions. Ils ne sauraient donc se composer avec ceUesr ci de manière à constituer un système cohérent. D'où^ si on les accepte, une inévitable rupture d'unité dans l'esprit, une nécessité désastreuse de vivre en partie double. Immuables, ils apparaissent étrangers au progrès qui est l'essence même de la pensée. Transcendants, ils demeurent sans rapports avec la vie intellectuelle effective. A aucun des problèmes qu'agitent la science et la philosophie ils n'apportent un surcroît de lumière. Le moindre reproche qu'on leur puisse faire est ainsi de sembler sans usage, d'être inutiles et inféconds: reproche bien grave à une époque où l'on aperçoit de plus en plus nettement que la valeur d'une vérité se mesure avant tout aux services qu'elle rend, aux résultats nouveaux qu'elle suggère, aux conséquences dont elle est grosse, bref à l'influence vivifiante qu'elle exerce sinr le corps entier du savoir.
Tels sont, brièvement résumés, les principaux motifs pour lesquels l'idée d'un dogm!e quelconque répugne à la pensée moderne. Je me suis e£forcé de les produire iians toute leur force, me plaçant, pour les exposer, au
::. 3ELOT, Bibliothègue du Congrès international ae PhUosopKii de 2900, Paris, Armand Colm.
qu'est-ce qu'un bOÔMB? 13
point de vue même de ceux qui les estimant décisifs et parlant, pour ainsi dire» non en mon nom, ittais au leur. Reste à chercher maintenant quefies conclusions et quels enseignements nous devons, nous, en tirer.
Ces motifs, fl faut le reconnaître, sont parfaitement i valai^s. Je ne vois aucune manière légitime de réfuter ^ rargumentation précédente (}). Les principes qu'elle invoque ne me paraissent pas pouvoir être contestés, non plus que les déductions qu'elle en tire. En fait, je ne vois 1 pas qu'on lui aft jamais répondu autrement que par des subtilités sans valeur ou par des artifices de rhétori- ; que (2). Mais l'éloquence n'est pas une preuve, ni la diplomatie. Notre seule vraie ressource est donc d^établir que la notion é& dogme condamnée et réprouvée par la I pensée moderne n*€8t pas la notion catholique du dogme. On trouvera peut-être qu'en parlant ainsi je sors du rôle dans lequel j'avais promis de me confiner, que cette fois décidément je pose des thèses et non plus des questions. Ce serait une erreur. Sans doute^ j'affirme ici quelque chose. Mais quoi? Rien que des faits. C'est un fait que les incroyants d'aujourd'hui sont arrêtés en face des dogmes par les objections qui précèdent. C'est un fait encore que quiconque (même parmi les croyants) a vraiment compris l'esprit et les mé:hodes de la science et de la philosophie contemporaines ne peut que donner son assentiment à ces objections. Qu'on veuille bien le remarquer : ceux-là même qui se soumettent le plus entièrement et le plus cordialement à l'Autorité établie [ sur eux ne sauraient être touchés par elle en l'espèce. Nulle autorité, en effet, ne peut faire ou empêcher que je trouve un raisonnement solide ou fragile, ni surtout que telle ou teUe notion ait ou '^ ' u pas de sens pour moi.
1, Je dis rifuUr : mais on peut y couper court, en détruisant le p<»tu]at qui est sa racine.
2. JLa discos^on détaillée de ces réponses serait fort intéressante à faire; mais elle ne saurait trouver place ici.
plicitement du même avis et préfèrent s*2U>steiiir toute réflexion, pressentant quels obstacles ils rencc»fei'J treraient à penser ce qu'ils croient sous les formes qu% leur propose. Un philosophe contemporain l'a dit : «c Ce^ qui embarrasserait le plus la plupart des croyants, c«j serait que, avant même de leur demander une prtuve de ce qu'ils croient, on les mît simplement en demeure de; définir avec précision ce qu'ils affirment et ce qu'ils nient {% »
40 Enfin, pour mettre les choses au mieux, pasisons sur les difficultés précédentes. Il reste encore, même après cela, une dernière objection qui semble très grave. C'est que les dogmes, en tout cas, forment un groupe incommensurable avec l'ensemble du savoir positif. Ni par leur contenu, ni par leur nature logique, ils n'appartiennent au même plan de connaissance que les autres propositions. Ils ne sauraient donc se composer avec cellesci de manière à constituer un système cohérent. D'où» si on les accepte, une inévitable rupture d'imité dans l'esprit, une nécessité désastreuse de vivre en partie double. Immuables, ils apparaissent étrangers au procès qui est l'essence même de la pensée. Transcendants, ils demeurent sans rapports avec la vie intellectuelle effective. A aucun des problèmes qu'agitent la science «t la philosophie ils n'apportent un surcroît de lumière. Le moindre reproche qu'on leur puisse faire est ainsi de sembler sans usage, d'être inutiles et inféconds: reproche bien grave à une époque où l'on aperçoit de plus en plus nettement que la valeur d'une vérité se mesure avant tout aux services qu'elle rend, aux résultats nouveaux qu'elle suggère, aux conséquences dont elle est grosse, bref à l'influence vivifiante qu'elle exerce sur le corps entier du savoir.
Tels sont, brièvement résumés, les principaux motife pour lesquels l'idée d'un dogm!e quelconque répugne à la pensée moderne. Je me suis efforcé de les produire Sans toute leur force, me plaçant, pour les exposer, au
i.. 3ELOT, Bibliothèqiie du Congrès international ae FhUonopKic de 1900, Paris, Armand Colin.
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point de vue même de ceux qui les estim^ât décisifs et parlant, pour ainsi dire^ non en mon nom» niais au leur. Reste à chercher maintenant quéBes conclusions et quels enseignements nous devons, nous, en tirer.
Ces motifs, H faut le reconnaître, sont parfaitement viables. Je ne vois aucune manière légitime de réfuter rargumentation précédente p). Les principes qu'elle invoque ne me paraissent pas pouvoir être contestés, non plus que les déductions qu'elle en tire. En fait, je ne vois pas qu'on lui ait jamais répondu autrement que par des subtilités sans valeur ou par des artifices de rhétorique (2). Mais l'éloquence n'est pas une preuve, ni la dîplomatie. Notre seule vraie ressource est donc d*établir que la notion de dogme condamnée et réprouvée par la pensée moderne n*e8t pas la notion catholique du dogme. On trouvera peut-être qu'en parlant ainsi je sors du rôle dans lequel j'avais promis de me confiner, que cette fois décidément je pose des thèses et non plus des questions. Ce serait une erreur. Sans doute, j'affirme ici quelque chose. Mais quoi? Rien que deè faits. C*est un fait que les incroyants d'aujourd'hui sont arrêtés en face des dogmes par les objections qui précèdent. C'est un fait encore que quiconque (même parmi les croyants) a vraiment compris l'esprit et les mé:hodes de la science I et de la philosophie contemporaines ne peut que donner [ son assentiment à ces objections. Qu'on veuille bien le I remarquer : ceux-là même qui se soumettent le plus en- I tièrement et le plus cordialement à l'Autorité établie [ sur eux ne sauraient être touchés par elle en l'espèce. Nulle autcHTité, en effet, ne peut faire ou empêcher que je trouve un raisonnement solide ou fragile, ni surtout que telle ou telle notion ait ou - ' ît pas de sens pour moi.
1. Je dis réfuter : mais on peut y couper court, tn détruisant le postulat qtd est sa racine.
^ La discussion détaillée de ces réponses serait fort intéressante à faire; mais elle ne saurait trouver place ici.
Je ne dis pas seulement qu^elle n'en a point le droit, mais que c'est chose radicalement impossible: car, en ^définitive, c'est moi qui pense et non l'autorité qui pense pour moi. Contre ce fait, rien ne saurait prévaloir. Moimême, je ne puis me contraindre ou m'interdire de ren- -contrer la satisfaction de l'évidence ici ou là. Sans doute, j'admets que l'Autorité m'impose telle ou telle croyance aboutissant à me faire tenir telle ou telle conduite : mais comment m'imposerait-elle de croire en vertu de telle -démonstration que je juge non convaincante? Et com- |x ment ferais- je pour lui obéir si elle m'imposait d'enten-
-dre tel énoncé que je n'entends point ? Autant vaudrait 4ne requérir de ne plus peaser. Aucune raison ne peut ^tre de foi : c'est là une pure et simple identité. Il n'y a 4;)as de logique révélée.
Je reviens donc à ce que j'affirmais tout à l'heure. £t, parlant en philosophe^ je me déclare incapable de penser autrement que nos adversaires sur les points rap- ,pelés ci-dessus.
Par cette déclaration, j'estime, du reste, ne faire quel poser un problème. L'état d'esprit que je viens de dé-j crire existe; il est triomphant aujourd'hui; ceux mêmes •qui croient le plus fermement y participent. Voilà des faits dont il est impossible de ne pas tenir compte et qui constituent, je le répète, V énoncé d'une question à résoudre. Voyons quelle est précisément cette question. Je regarderai comme acquis désormais qu'on ne peut trouver d'échappatoire aux objections résumées plus haut, tant que l'on conserve la notion de dogme qu'elles •enveloppent. Est-ce à dire qu'il faille conclure définitivement à une incompatibilité absolue entre l'idée de dogme et les conditions essentielles de la pensée raisonnable ? qu'il soit nécessaire, pour penser chrétiennement, de ne plus penser du tout? Je ne le crois certes point. Mais, pour éviter les objections en cause et obtenir la conciliation souhaitée, je me demande et je demande si -ce n'est pas la manière même dont l'idée de dogme est ^présentée qui est la cause vraie du conflit et si, par con-!.
qu'est-ce qu'un dogme ? iS*
séquent, il n*y a point lieu de changer cette manière p). ' Or, quand on examine la conception du dogme que supposent et impliquent les quatre objections énùmérées ^lus haut, on trouvé avec surprise qu'elle est commune à la plupart des catholiques et de leurs adversaires. C^est une conception nettement inteUectualiste, Elle tient pour second et dérivé le sens pratique et moral du dogme et place au premier plan son sens intellectuel, estimant que celui-ci constitue le dogme tandis que l'autre en est une simple conséquence. En " un mot, elle fait d'un dogme quelque chose comme l'énoncé d'un théorème: énoncé intangible d'un théorème indémontrable, mais énoncé ayant néanmoins un caractère spéculatif et théorique et se rapportant avant tout à la connaissance pure. Tel est le postulat commun qu'on découvre à l'analyse au fond des deux doctrines, opposées, je veux dire de celle qui accueille et de celle qui repousse l'idée de dogme. Là est, je crois, le nœud de la difficulté. De ce postulat sous-entendu et de la conception qui en découle viennent, à mon avis, et les abus auxquels peut donner lieu ridée de dogme et les objections de principe qu'elle soulève. Il est inévitable, en effet, qu'on finisse par conclure à l'illégitimité de tout dogme dès lors qu'on veut à la fois le définir comme jouant le rôle d'un énoncé théorique et lui attribuer cependant des caractères inverses de ceux qui font les énoncés corrects. C'est chose bien curieuse que les apologistes ne se soient pas plus souvent avisés d'un fait si grave, à savoir que leur conception du dogme ruinait par avance les thèses qu'ils voiilaient établir. D'autre part, cette même notion intellectualiste du dogme pousse à deux exagérations très regrettables et malheureusement très fréquentes, l'une consistant à confondre les dogmes proprement dits avec certaines opinions ou certains systèmes théologiques,
1. Je prie qu'on prenne bien garde aux limites daiis lesquelles cette question s'enferme elle-même. Il ne s'afi^it en aucune manière de modifier le contenu du dogme ni mômç son interprétation religieuse traditionnelle, mais seulement de déterriiifier la motdalité du jugement dogmatique et la çmlifica* tion qui lui convient. , î .
c'est-à-dire avec des représentations intellectuelles acM cessoires, l'autre consistant à ne point voir qu'un dogmti ne saurait posséder jamais aucune signification scienti* fique et qu'il n'y a pas plus de dogmes concernant paf exemple l'évolution biologique qu'il n'y en a concernant le mouvement des planètes ou la compressibilité des gaz.
En approfondissant ces divers points, nous achèverons de nous convaincre que le problème du dogme est d'ordinaire mal posé (^); et nous verrons peut-être du même coup comment il faut le poser pour qu'une solution satisfaisante en devienne possible.
A partir d'ici, j'entre tout à fait dans le domaine où je dois m'en tenir à interroger. Telle est explicitement mon intention, bien que, pour la clarté, je garde un ton didactique. Il faut prendre ce qui suit comme un simple exposé de ce que je j-éponds d'habitude à ceux qui me demandent comment je pense l'idée de dogme. Ai-je tort de parler ainsi? Je suis tout prêt à le reconnaître si on me montre qu'aux yeux de l'Église là n'est point la vraie voie.
Te dis d'abord qu'un dogme ne saurait être assimilé à un théorème dont on ne connaîtrait que l'énoncé sans démonstration et dont la vérité ne serait garantie que par l'affirmation d'un maître.
Telle est pourtant, je le sais, la conception la plus ordinaire. On se représente volontiers Dieu, dans l'acte révélateur, comme un professeur très savant qu'il faut croire sur parole quand il communique à son auditoire des résultats dont cet auditoire n'est pas capable d'entendre la preuve. Mais cela ne me paraît guère satisfaisant (2).
1. Au moins dans les livres d'usage courant et dans l'enseignement élémentaire.
2. Dieu a parlé, dit-on. Que signifie le mot « parler » dans ce cas? A coup sûr, c'est une métaphore. Quelle réalité cacher t-elle? Toute la difficulté est la.
■Vi
qu'est-ce qu'un dogme ? 17
En effet, sans revenir sur des considérations générales que j'ai déjà développées, prenons quelques exemples qui achèveront de préciser ce que nous n'avons encore vu qu'en gros.
« Dieu est personnel. » Voilà un dogme. Essayons d'y voir un énoncé ayant avant tout un sens intellectuel et un intérêt spéculatif, une proposition -appartenant avant tout à l'ordre de la connaissance théorique. Je passe sur les difficultés que soulève le mot « Dieu ». Mais considérons le mot « personnel ». Comment le faut-il entendre ?
Si Ton admet que l'emploi de ce mot nous avertit de concevoir la personnalité divine à l'image de ce que nous montre l'expérience psychologique, sur le modèle de ce que le sens commun désigne du même nom, comme une personnalité humaine idéalisée et poussée à la perfection, nous voilà en plein anthropomorphisme; et les catholiques seront certainement d'accord avec leurs adversaires pour rejeter une pareille conception. Sans compter qu'un tel passage à la limite est chose bien scabreuse, bien propice à l'erreur ou du moins au pur verbiage, incapable en tout cas de rien donner de plus que des métaphores très vagues et peut-être même finalement des résultats contradictoires.
Se bornera-t-on à dire que la personnalité divine est essentiellement incomparable et transcendante? Fort bien; mais elle est alors très mal nommée, d'une manière qui. semble faite exprès pour induire en illusion. Car si l'on déclare que la personnalité divine ne ressemble à rien de ce que nous connaissons, de quel droit l'appeler « personnalité »? II faut en bonne logique la désigner par un mot qui ne convienne qu'à Dieu seul, ^ui ne puisse être employé dans aucun autre cas. Ce mot sera donc radicalement indéfinissable. Imaginez un assemblage quelconque de syllabes dénué de toute signification positive; soit A cet assemblage; « Dieu est personnel » n*a pas, dans notre hypothèse, d'autre sens que « Dieu est A »; est-ce là une idée?
Le dilemme est irréductible pour qui cherche une in-
vis DOGME ET CRITIQUE
•terprétation intellectualiste du dogrme « Dieu est '^r- ^nnel ». ^OU: bien on définira le mot.« personnalité », eft alors on tombera fatalement dans ranthropomorphisme,ou bien on ne le définira pas, et alors on versera non tnoins fatalement dans ràgnosticisme. Nous voilà au rouet 0).' / : *
' Prenons un autre exemple encore: la résurrection de Jésus. Si ce dogme -*- quelles que puissent être ultérieurement ses conséquences pratiques — a pour but ^premier d'accroître notre savoir en nous garantissant l'exactitude d'un certain fait, s'il constitue avant tout un lénoncé d'ordre intellectuel, la question qu'il soulève d'abord est cellfe-ci: quel sens précis suppose^t-il qu'on attache au mot « résurrection ».'* Jésus, après avoir traversé la mort, est redevenu vivant. Qu'est-ce que cela veut dire, au point de vue théorique? Non pas sans doute qu'après les trois jours Jésus a reparu dans ua état identique à celui où II était avant la misé en croix. L'Évangile même nous dit expressément le contraire: Jésus ressuscité n'était plus soumis aux lois physiques ou physiologiques ordinaires, son corps « glorifié » n'était plbs 'perceptible dans les mêmes conditions qu'auparavant, etc. Qu'est-ce à dire? La notion de « vie » n'a donc pas le même contenu suivant qu'on l'applique à la période qui a précédé le. crucifiement ou à celle qui l'a suivi. Alors, que représente-t-elle en ce qui concerne cette secor^de période ? Rien d'exprimable par concepts. C'est une simple métaphore inconvertible en idées précises: Ici encore, il faudrait, en toute rigueur, créer un autre mot, un mot réservé pour ce seul cas, un mot par conséquent dont ne serait possible aucune définition régulière.
* Empruntons un dernier exemple au dogme de la présence réelle. > Là, c'est le terme de « présence » qu'il s'agit d'interpréter. Que signif ie-t-il d'habitude ? Un être iest dit présent quand il est perceptible, ou bien quand, Testant en lui-même insaisissable à la perception, il ëe
1 Mêmes remarques au sujet des propositions: « Dieu a 'jôonsciènce de soi, Dieu aimé, veut, pense, etc. » ' '.
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qu'est-ce qu'un dogme ? 19
ihahifestè par des effets perceptibles. Or, d'après^ le dogme ' lui-même, aucune de ces deux circonstances n'est réalisée .dans le cas actuel. La présence en question est une présence mystérieuse, ineffable, singulière, sans anâ-ï logie avec rien de ce que Ton entend d'habitude sous c^ nom. Alors je demande quelle idée c'est là pour nous? Quelque chose qu'on ne peut ni analyser ni même définir ne saurait être dit « idée » que par un abus de mùV On veut que le dogrnefsoit un énoncé d'ordre intellêc-tuel. Qu'énonce-t-il ? Impossible de l'indiquer aVed pré-* cision. Est-ce que cela ne condamne pas. l'hypothèse ? * ' En définitivç, la prétention de concevoir lès dogmes' comme des énoncés dont la fonction première serait de^ communiquer certaines connaissances théoriques se heurte partout, semble-t-il, à des impossibilités. Elle pa-' raît aboutir fatalement à faire des dogmes de piirs non-^ sens. Peut-être faut-il donc rabandonner résolument.' Voyons alors quelle signification d'un autre genre demeurerait seule possible et légitime.
Un dogme a d'abord, si je ne me troiîipfe, un sens négatif. Il exclut et condamne certaines erreurs plutôt qu'il. ne détermine positivement la vérité (i).
Reprenons en effet nos exemples. Soit le dojgme: « Dieu est personnel ». Je n'y vois nullement une définition de la personnalité divine. Il ne m'apprend rien sur cette personnalité, il ne me révèle pas sa nature, il ne m'en fournit aucune idée explicite. Mais je vois très ' bien qu'il me dit: « Dieu n'est pas impersonnel », c'està-dire Dieu n'est pas uae simple loi, une catégorie formelle, un principe idéal, une entité abstraite, non plus qu'une substance universelle ou je ne sais quelle force cosmique diffuse en tout. Bref, le dogme « Dieu est personnel » ne m'apporte aucune conception positive
1. Nous verrons tout à l'heure comment les dogmes sont , plus et mieux que cela. Mais 'je me place, pour commencer, à un point de vue strictement intellectuel.
20 DJoME ET CRITIQUE
nouvelle et il ne me garantit pas davantage lu vérité d'un système particulier parmi ceux que Thistoire de la philosophie montre avoir été successivement proposés, mais il m'avertit que telles et telles formes de panthéisme sont fausses et doivent être rejetées.
J'en dirai autant de la présence réelle. Le dogme ne m'énonce aucunement une théorie de cette présence, il ne m'enseigne pas même en quoi elle consiste. Mais il me dit très nettement qu'elle ne doit point être entendue de telle façon ni de telle autre encore qui ont été jadis proposées, que par exemple l'hostie consacrée ne doit point être tenue seulement pour un symbole ou ime figure de Jésus.
La résurrection du Christ donne lieu aux mêmes remarques. A aucun degré, le dogme ne m'apprend quel fut le mécanisme de ce fait singulier ni de quelle sorte est la seconde vie de Jésus. En un mot, il ne me communique pas une conception. Mais, au contraire, il exclut certaines conceptions que je pourrais être tenté de me faire. La mort n'a pas mis un terme à l'action de Jésus sur les choses de ce monde; il intervient encore et vit parmi nous, et non point seulement comme un penseur disparu dont l'influence reste féconde et yivaoe et dont l'œuvre produit longtemps des conséquences ; il est à la lettre notre contemporain ; bref, la mort n'a pas été pour lui, comme pour le commun des hommes, la cessation définitive de l'activité pratique. Voilà ce que nous enseigne le dogme de la résurrection' (^).
Faut-il insister davantage ? Cela ne me paraît pas utile pour le moment. Les exemples qui précèdent suffisent pour faire entendre le principe d'interprétation que j'ai en vue. Sans doute, de longs développements seraient nécessaires, si Ton voulait détailler toutes les conséquences de ce principe, toutes ses applications possibles; et une étude énumérative des différents dogmes deviendrait alors indispensable. Mais tel n'est point mon but actuel.
1. « Reprise du corps » ne peut signifier que « reprise de l'activité pratique », puisqu'il est entendu que cela ne signifie pas « recommencement des phénomènes corporels ordinaires »,
qu'est CE qu'un dogme? 21
Je veux m'en tenir à la simple indication d'une idée. C*est pourquoi je ne m'attache ni à multiplier les exemples ni même à développer complètement aucun d'eux.
Au reste, l'idée en cause n'est pas nouvelle. Elle appartient à la tradition la plus authentique. N'est-ce pas en effet l'enseignement classique des théologiens et des docteurs que, dans l'ordre surnaturel, la méthode d'investigation la plus sûre est la via negationis? Qu'il me soit permis de rappeler à cet égard un texte bien connu de saint Thonrias: EsUautem via remotionis utendum, praecipue in considerationc divinae substantiae. Nam divina svbatantia omnem formamy quant intellectus noster attingity sua immensitate excedit ; et sic ipsam apprehendere non possumus cognosçendo quid est, sed aliqualem ejus hahemus notitiam cognosçendo quod non est (^).
Je dois pourtant signaler une objection qui pourrait venir à l'esprit. On accordera sans peine que la codification dogmatique promulguée par l'Église au cours de l'histoire a surtout un caractère négatif, du moins quand on l'envisage à un point dé vue intellectuel, comme nous le faisons en ce moment. L'Église elle-même déclare en effet n'avoir point pour mission de produire des révélations nouvelles, mais seulement dd garder un dépôt. Et à cette mission convient parfaitement la méthode négative adoptée. Toutefois le dépôt lui-même, en quoi consiste-t-il, sinon en im certain ensemble d'affirmations primordiales? Prenez l'expression première de la foi chrétienne, le Credo, Quoi de plus positif ? Or, ià est le fond de la doctrine, ce qui la caractérise et la constitue. D'ailleurs, qui dit révélation dit certainement affirmation et non pas négation.
Certes, je ne conteste rien de cela. Mais il faut distin* ^er. Le Symbole de Nicée» et de Constantinople contient déjà bien des traces d'élaboration dogmatique négative: sur la divinité de Jésus-Christ contre l'hérésie d'Arius, sur la procession du Saint-Esprit contre le^
X» Conira Geniiles, lib. I, cap. xiv.
Macédoniens, etc. (*). De ce chef, par cx>nséquent, rîek» de contraire à nos conclusions : c'est la forme grammk^ ticale seule qui est affirmative ici, au fond il s'agit d'erreurs à exclure plus que de théories à formuler. Mais prenons le Symbole des Apôtres. Là, en effet, rien de négatif, mais aussi rien de proprement intellectuel et théorique, rien qui se rapporte proprement à Tordre de la connaissance spéculative, rien en un mot qui ressemble à des énoncés de théorèmes. C'est une profession de foi, une déclaration d'attitude. Nous examinerons tout à l'heure les dogmes à ce point de vue pratique, qui — je me hâte de le dire — est à mes yeux le point de vue principal. Toutefois, restons encore un instant au point de vue intellectuel. Le Credo apostolique, sous sa forme première, affirme Texistence de réalités dont il ne . donne aucune théorie représentative même rudimentaire. Donc son seul rôle par rapport à la connaissance abstraite et réfléchie est le suivant: Poser des objets et, par suite, des problèmes. Finalement, on le voit» l'objection proposée ne porte point et nous pouvons maintenir nos thèses jusqu'à nouvel ordre.
Ainsi, en tant qu'énoncés d'ordre théorique, les dogmes ont surtout un sens négatif. L'histoire le prouve bien, qui nous fait assister à leur éclosion successive au fur et à mesure des hérésies (^) La genèse d^un dogme quelconque a toujours suivi la même marche, a toujours présenté les mêmes phases. Au début, des spéculations purement humaines, des systèmes explicatifs tout à fait semblables aux autres systèmes philosophiques, bref des essais de théories relatives aux faits religieux, aux réalités mystérieuses vécues par le peuple chrétien dans sa: croyance pratique. Ensuite seulement les dogmes, pour condamner certaines de ces tentatives, pour taxer d'erreur certaines de ces conceptions, pour exclure certaines de ces représentations intellectuelleSc De là vient
^ 1. Il serait facile d'insister snr l'exempte du eonsubstantialem ou celui du Filioque.
2. Cf. la formule habituelle des décrets conciliaires: c Bt quis dixerit,,., anathèma ait, »
QU-ESTrCE QU'UN DOGME? 23?
que les formules dogmatiques empruntent souvent des expressions à diverses philosophies sans se mettre en: peine de fondre ensemble et d'uoifier ces langages hété-* rogènes; cela n'offre pas dlnconvenients, non plus que n'en offre l'emploi de concepts issus de provenances dif^ férentes, du nioment.que les dogmes ne tendent pas à. constituer par eux-mêmes une théorie rationnelle, un; système intelligible d'affirmations positives, mais qu'ils, se bornent à opposer des fins de non-recevoir à certai» nés hypothèses et conjectures de l'esprit humain ; il est naturel, au contraire, que chaque dogme se place au point de vue propre à la doctrine qu'il, frappe d'interdit, afin de l'atteindre expressément sans péril d'ambiguïtés De là vient aussi que les formules dogmatiques peuvent légiférer sur l'incomparable et le transcendant et ne pas tomber néanmoins dans les contradictions de l'anthropomorphisme ni dans celles de l'agnosticisme; c'est l'homme <iui, avec ses opinions, ses théories, ses systèmes,. fournit aux dogmes leur matière intelligible {^) ; ceux-cÏL se bornent à prononcer parfois un veto, à déclarer parfois : « Telle opinion, telle théorie, tel système ne conviennent pas », sans d'ailleurs indiquer jamais pourquoi ils ne sauraient être acceptés^ ni par quoi il faut les remplacer. Ainsi les définitions dogmatiques négatives ne limitent pas la connaissance^ n'en arrêtent pas le progrès ; elles ne font en somme que fermer de faussés voies.
Au point de vue strictement intellectuel, les dogmes n'ont, me semble-t-il, que le sens négatif et prohibitif dont je viens de parler. S'ils formulaient la vérité ab* solue en termes adéquats (à supfK)ser que pareille fiction ait un sens), ils seraient inintelligibles pour nous. S'ils ne donnaient qu'une vérité imparfaite, relative et changeante, ils ne pourraient pas légitimement s'impo« ser. La sevde manière radicale de couper court à toutes les objections de principe contre les dogmes est de
1. Au point de vue théoricme, s'entend. — Les dogmes sont pensés en fonction des systèmes humains auxquels ils s'opposent.
concevoir ceux-ci, ainsi que nous Tavons fait, comme n'étant définissables en tant que propositions spéculatives que par rapport à des doctrines antérieures, sur lesquelles ils promulguent un jugement non motivé. N'est-ce point du reste renseignement des théologiens, même les plus intellectualistes, que, dans un énoncé dogmatique, les raisons qui peuvent être incorporées au texte ne sont pas en elles-mêmes objets de foi imposés .à la croyance?
Une conséquence importante résulte déjà de ce qui précède. C'est que la vraie méthode pour étudier les -dogmes (au point de vue intellectuel, s'entend) est la méthode historique. La science, appelée Théologie positive ou mieux Histoire des dogmes, cherche à remplir -cette tâche. Beaucoup plus que tant de dissertations purement dialectiques, elle a une valeur apologétique effi- 'Cace. Impassible en tout cas de comprendre les énoncés dogmatiques, à plus forte raison de les justifier, si Ton ne commence pas par les replonger au sein de leur milieu historique naturel en dehors duquel leur sens authentique se dissout peu à peu dans le vague et même finit quelquefois par s'évanouir tout à fait.
Toutefois les dogmes n'ont pas seulement un sens négatif. Et même le sens négatif qu'ils présentent quand on les envisage d'un certain biais ne constitue pas leur signification essentielle et primordiale. Cela tient à ce que ce ne sont pas seulement des propositions d'un caractère théorique, à ce qu'ils ne doivent pas être examinés seulement au point de vue intellectuel, au point -de vue de la connaissance. Voilà ce qu'il nous faut maintenant bien mettre en lumière.
Ici plus que jamais, j'insiste pour qu'on ne se méprenne point sur l'intention et la tendance des pages qui vont suivre. Le ton affirmatif n'y est, je le répète, -qu'un moyen de clarté. Au fond, il ne s'agit toujours- •que de ce que j'ai précisé au début. Voici, pourrais- je
qu'est-ce qu^un dogmb? 25
dire, sous quelle forme Texpérience m*a montré que la notion de dogme est le plus facilement assimilable aux intelligences d'aujourd'hui:
Un dogme a surtout un sens pratique. Il énonce avant tout une prescription d'ordre pratique» Il est plus <iue tout la formule d'une règle de conduite pratique. Là •est sa principale valeur, là sa signification positive. Cela ne veut point dire d'ailleurs qu'il soit sans rapport avec la pensée, car: !<> il y a aussi des devoirs concernant l'action de penser; 2° il est affirmé implicitement par le dogme lui-même que la réalité contient (sous une iorme ou sous une autre) de quoi justifier comme rai- -sonnable et salutaire la conduite prescrite.
Volontiers, je cite à ce propos le passage suivant du R. P. Laberthonnière : « Les dogmes ne sont pas simplement des formules énigmatiques et ténébreuses que Dieu promulguerait au nom de sa toute-puissance pour mater l'orgueil de notre esprit. Ils ont un sens moral et pratique; ils ont un sens vital plus ou moins accessible pour nous, selon le degré de spiritualité où nous en sommes Q). »
N'est-ce pas en définitive ce que, dans l'application journalière, on répond à ceux qui se convertissent et ■qui font part des embarras théoriques où ils se débattent malgré leur bonne volonté ? « Laissez cela, qui n'a point d'importance; ne croyez pas que Dieu exige tant ■de formalités; allez à lui bonnement, rondement, simplement, selon les sages paroles de Bossuet; la religion ^st moins une adhésion intellectuelle à un système de propositions spéculatives qu'une participation vécue à •de mystérieuses réalités. » Pourquoi donc ne pas mettre la théorie d'accord avec la pratique?
Tenons-nous-en toujours aux mêmes exemples. Aussi bien représentent-ils les différents types de dogmes. < Dieu est personnel » veut dire « comportez- vous dans vos relations avec Dieu comme dans vos relations avec une personne hunjaine ». Pareillement, « Jésus est res-
1. Eesaia ae philosophie religieuse, p. 272, Paris, Lethielleux^
suscité » veut dire « soyez par rapport à Lqi commet vous auriez été avant. sa mort, comme vous êtes vis-à-vis d*un contemporain ». De même encore le dogme de laprésence réelle veut dire qu'il faut avoir en f?ice de l'hostie consacrée une attitude identique à celle qu'onj, aurait en face de Jésus devenu visible. Et ainsi de suitei Il serait facile de multiplier ces exemples, comme dei développer davantage chacun d'eux (^).
Que les dogmes puissent et doivent être interprétés de cette manière, cela n'est pas douteux et ne sera sanSf doute contesté par personne. Le Christianisme, en effet, on ne saurait trop le redire, n'est point un système de philosophie spéculative, mais une source et une règle[ de vie, une discipline d'action morale et religieuse, bref un ensemble de moyens pratiques pour obtenir le salut. Quoi d'étonnant dès lors à ce que ses dogmes concernent premièrement la conduite plutôt que la pure connaissance réfléchie O?
Je ne crois pas nécessaire d'insis|;er longuement làdessus. Mais je vais indiquer en quelques mots rapides les plus importantes conséquences du principe qui vient, d'être posé.
Tout d'abord, il est clair que les objections générales, rappelées au début de cet article, n'atteignent pas la précédente conception du dogme au même titre et dans la même mesure que la conception intellectualiste ordinaire. Celle-ci exaspérait le conflit et rendait la difficulté insoluble, A présent, au contraire, une possibilitéde solution se laisse entrevoir. Comme il ne s'agit plus d'obtenir un énoncé théorique "dans des conditions radicalement opposées à celles que prescrit la méthode, on ne se trouve plus en face d'un scandale logique, mais seulement d'un problème relatif aux rapports entre la pensée et l'action. Problème difficile sans doute, mais
1. je 11T3 prétends pas dii tout que le commentaire précéden. épuise le sens des dogmes cités ; je me contente d'indiquer unedirection de recherche.
2. C*est pourquoi l'assentiment aux dogmes est toujours utt acte de liberté, non le résultat fatal d'une argumentation contraignante.
QU^ -CE OtJ'UN DOGME? 27
abordable, et qui, en tout cas, n'apparaît plus comme absurde dès son énoncé même.
Certes, il y a toujours de graves questions à résoU- <ir€. 11 faut de quelque manière fournir une preuve et une justification du dogme. Et cela n'est point chose parfaitenâent aisée. Toutefois, un des plus gros obstacles "•s'est aplani. Les vérités pratiques s'établissent autre- ^ment que les vérités spéculatives. Le recours à l'autorité, totalement irrecevable dans Tordre de la pensée pure, semble a priori moins choquant dans celui de l'action, parce que, si l'autorité a quelque part des droits légitimes, x'est à coup sûr dans le domaine de là pratique.
Le Concile du Vatican nous dit: « Si quia dixerit in revélatione divina nulla vera et proprie dicta mysteria 'Contineri, sed universa fidei dogmata posse per rationem rite excultam a naturalibus principiis intelligi et démonstrariy. anathema sit. » Or, si la foi aux dogmes était avant tout une connaissance, une adhésion à des énoncés d'ordre intellectuel, on ne comprendrait pas ni que l'assentiment à d'irréductibles mystères puisse être jamais légitime ou même simplement possible, ni en quoi il pourrait bien consister, ni quelle sorte d'utilité ou de Taleur il pourrait présenter pour nous, ni comment il pourrait constituer une vertu. Tout cela, au contraire, se laisse entendre, si la foi aux dogmes est une soumission pratique à des commandements qui regardent l'action. Rien de^plus normal que l'activité posant des mystères devant l'intelligence (i).
Le Concile du Vatican nous dit encore : « Si quis dixerit assensum fidei iihriatiancé non esse liherum,,.^ anathema ait, » On explique généralement ce texte en reconnaissant que les raisons de croire, les motifs de crédibilité ne sont pas d'une force invincible, d'une évidence mathématiquer, et que, par suite, un coup d'état de la volonté ou du eoéur est toujours nécessaire pour conclure • définitivement la recherche. N'est-ce nas a-
X' Lai 'SQiimission aux, dogmes est a' ors, à un certain point de vue, ppur le croyant, ce qu'est ppUr le savant la soumission ^aui feits. .. - ■ ■ ■' ■'■'■- ^ ''■•^'' :.•.-... ', ..■ . ....
vouer implicitement, qu'on ne saurait voir dans la fol aux dogmes un acte qui soit d'abord intellectuel sans le faire par là inférieur aux actes ordinaires de la pensée t Comment un tel acte — acte accompli dans des conditions contraires à la nature de la pensée — serait-il même légitime ou seulement possible? Mais, au contraire, on conçoit très bien que l'acceptation pratique de commandements relatifs à l'action dépende de notre volonté libre et gagne en perfection à ne pouvoir se produire par voie de conséquence nécessaire.
Insistons un peu sur ce point. Car il est capital dans le problème des rapports enire raison et foi.
L'Apologétique se heurte, dès le principe, à une grave difficulté dont peut-être on ne se préoccupe pas toujourssuffisamment. D'une part, il est bien entendu que l'acte de foi est un acte libre et que son objet, comme son motif suprême, est surnaturel. Mais, d'autre part, ua acte de raison doit précéder et préparer l'acte de foi, '^ar c'est par la raison seule que peut tout d'abord être reconnue l'obligation et la nécessité de dépasser la rai- -'^n; et un acte de raison doit aussi accompagner sans.
sse^ l'acte de foi, car il faut que l'esprit humain ait prise de quelque manière sur le dogme si l'on veut que ce dogme existe pour lui. Saint Thomas disait bien: « Ea quœ subsunt fidei.,. nemo crederet nisi videret eaesse credenda. »
Or, comment concilier ces deux exigences contraires dans un système d'interprétation intellectualiste? Ou bien on soutiendra (comme quelques-uns le font en effet) que les preuves apologétiques sont absolument certaines et rigoureuses: et alors, que deviendra la liberté de l'acte de foi? Ou bien, pour sauvegarder cette liberté, on les avouera insuffisantes et seulement plus ou moins probables: et alors la foi manquera de base, car, en somme, une preuve insuffisante n'est pas une preuve acceptable, surtout en si grave et si difficile matière. Une attitude intellectualiste laisse désarmé en face de, ce dilemme, la liberté n'appartenant pas à l'ordre de l'intelligence pure et n'ayant aucune place ni aucun' rôle dans
qu'est-ce qu'un ddgme? ^
les démarches de la raison discursive. Mais avec l'autre attitude, le dilemme peut se résoudre, parce que, cettefois, la ^alectique en cause est action et vie, non simple raisonnement, et que la liberté relève de la vie et de Taction.
De même tombe ici l'objection relative à Tintelligibi^ Eté "des formules dogmatiques. Celles-ci, irrémédiablement obscures, voire inconcevables,» quand on veut qu'elles fournissent des déterminations positives de la véritéà un point de vue spéculatif et théorique, se montrent au contraire capables de clarté si l'on consent à ne leur demander que des enseignements concernant la conduite pratique. Quelles difficultés trouvons-nous, parexemple, à entendre les dogmes de la personnalité divine, de la présence réelle ou de la résurrection dans lesystème d'interprétation pratique esquissé tout à l'heure? Mystères pour l'intelligence désireuse de théoriesexplicatives, ces dogmes sont néanmoins susceptibles, d'énoncés parfaitement nets quant à ce qu'ils prescrivent à notre activité. Le langage du sens commun est alors à sa place, ainsi que l'emploi des symboles anthropomorphiques et l'usage des analogies ou métaphores,, et ni l'un ni l'autre n'engendrent d'insolubles complications, puisqu'il s'agit uniquement cette fois de propositions relatives à l'homme et à ses attitudes.
Nous voyons aussi maintenant quels rapports soutiennent les dogmes avec la vie effective. Nous devinons à. leur sujet une possibilité d'étude expérimentale et d'approfondissement graduel qui nous échappait auparavant- Nous comprenons enfin comment ils peuvent être" communs à tous, accessibles à tous, malgré l'inégalité desintelligences, alors qu'à les concevoir suivant le mode intellectualiste on était conduit fatalement à en faire le partage exclusif d'une élite. Je n'ai pas ici. le loisir de développer ces diverses considérations autant qu'il serait désirable; mais j'imagine qu'une simple indication, peut, en somme, suffire pour le moment et que le lécteurr achèvera sans peine de lui-même.
30 DOGME liT CRlïI^Ui£'
Toutefois, il me semble nécessaire de prévenir une? objection possible, afin cVéviior loui raîilénteitdu. .
J'ai parlé de pratique. Il faut bien entendre ce; mot; Je le prends dans raccei)iion la plus large, Action et me en sont alors synonymes. 11 ne veut donc nullement dire détnarche aveugle, hclêrogcnc à là pensée, sans rapport 'avec la connaissance. Et, eu effet, il y a une action de penser qui accompagne toutes nos actions, une vie, de la pensée qui se mêle à toute notre vie. En d'autres termes, connaître est une fonction de la vie, un acte pratique à sa manière. Cette , fonction, cet acte s'appellent aussi expérience. Nom qui indique à la fois qu'il ae s'agit point de gestes accomplis hors de toute lumière, mais que la lumière en question n'est point celle de la simple raison discursive.
J'ai parlé aussi de l'activité posant des mystères devant l'intelligence. Et, comme éclaircissencient, j'ai cité l'exemple des faits dans la science. Pour bien comprendre ce que j'ai voulu dire par là, il importe de ne pas oublier qu'un fait scientifique n'est point quelque chose de passivement subi. S'il y a une apparence de pure donnée extérieure, de mystère totalement opaque, de commandement brutal venu du dehors, c'est par rapport à l'entendement discursif. Mais la pensée-action, dont je parlais à l'instant, échappé à cette apparence. Elle dépasse infiniment la pensée purement intellectuelle : je n'ai rien entendu affirmer d'autre (}),
Il y a donc une relation nécessaire entre les dogmes et la pensée. Ne pas se contenter de croire aveuglément les dogmes, mais travailler aussi dans la mesure de ses forces à lés penser, c'est à la fois un droit et un devoir. Le régime de la séparation, de la cloison étanche, de la Comptabilité de conscience en partie double, n*est pas chose désirable ni même, à vrai dire, possible. Il est contraire aux exigences de la foi qui veut saisir tout
: I. Le lecteur désireux d'approfondir davantage ce point
fourra se reporter à divers articles que j'ai- publiés depuis 899 dans la Bevite de Métaphysiqtie et de Morale et dans le Bulletin iie la Société française fU Philosophie,
qu'est-ce qu'un dogme? 3^
l'homme. Il est contraire aux exigences de la philosophie qui veut l'unité spirituelle. Et il est contraire enfin aux exigences de la moralité qui ne peut at>prouYer une action systématiquement irréfléchie.
- Mais la pensée, dans-^on application aux dogmes^ no doit point piéconnaître le sens premièrement pratique de ceux-ci. Epreuve d'expérience vécue et non pas dialectique intellectualiste : voilà ici la démarche qui convient. Le principe qui Tinspire s'exprime parfaitement par la parole sacrée : Qui facit veritatem venit ad lucem.
Traduites ainsi en termes. d'action, les méthodes traditionnelles d'analogie et d*éminence prennent une signification très précise. Elles affirment sous le voile des métapl^res et des images que la réalité surnaturelle contient de quoi rendre légitimement obligatoire que notre» attitude et notre conduite à son égard aient tels et tels caractères. Les images et le*s métaphores — incurablement vagues et fallacieuses quand on y veut voir je ne sais quelles approximations d'impossibles concepts — deviennent au contraire merveilleusement éclairantes et suggestives dès qu'on y cherche seulement un langage de l'action traduisant la vérité par son écho pratique en nous.
Reste à préciser enfin les relations des dogmes, entendus comme il vient d'être dit, avec la pensée théorie que et spéculative, avec la connaissance pure. En quoi régissent-ils notre vie intellectuelle? Comment leur ca* ractère intangible et transcendant laisse-t-il intacte la pleine liberté de la recherche ainsi que le droit indéniable de l'esprit à repousser toute conception qui prétendrait s'imposer du dehors ? Il sera facile de le voir.
Le catholique est obligé d'assentir sans réserve aux dogmes. Mais ce n'est point une théorie, une représen*^ tation intellectuelle qui s'impose à lui par là. Une telle contrainte aurait fatalement, en effet, d'inacceptables conséquences: 1° Les dogmes se réduiraient alors à des formules purement verbales, à de simples. mots d'otîdre dont la répétition constituerait une sorte de consigne inintelligible ; 2<^ Ces dogmes ne pourraient en putrj^
être communs ni à tous les temps ni à toutes les intelligences (^).
Non, les dogmes ne sont point cela. Leur sens, nous l'avons vu, est avant tout pratique et moral. Le catholique, obligé de les admettre, n'est astreint par eux qu'à des règles de conduite, non pas à des conceptions particulières. Aussi n'est-il pas condamné à les recevoir comme de simples formules littérales. Ils lui offrent au contraire un contenu très positif, nettement intelligible et saisissable. J'ajoute que ce contenu, se rapportant à la seule pratique, n'est pas relatif au degré variable de rintelligence et du savoir; il demeure exactement le même pour le savant et pour l'ignorant, pour l'habile et pour l'humble, pour les âges de haute culture (et pour les races encore barbares; bref, il est indépendant des états successifs que traverse la pensée humaine dans son effort vers la connaissance, et il y a ainsi i^ne seule foi pour tous.
Cela posé, le catholique, après avoir accepté les dogmes, garde toute liberté pour se faire des objets correspondants — de la personnalité divine, de la présence réelle ou de la résurrection, par exemple — telle théorie, telle représentation intellectuelle qu'il voudra. Il reste maître d'accorder sa préférence à la théorie qui lui agréera le plus, à la représentation intellectuelle qu'il jugera la meilleure. Sa situation à cet égard est la même que vis-à-vis de n'importe quelle spéculation scientifique ou philosophique, et il lui est loisible d'adopter la même attitude ici et là. Une seule chose lui est imposée, une seule obligation lui incombe: sa théorie devra justifier les règles pratiques énoncées par le dog^me, sa représentation intellectuelle devra rendre compte des prescriptions pratiques édictées par le dogme. Celui-ci se présente à peu près, en un mot, comme l'énoncé d'un fait dont il est possible de construire bien des théories di^ verses, mais dont toute théorie doit tenir compte, comme Texpression d'une donnée dont bien des représentations
. 1. En deux mots, ésotêrisme et pharisaïsme: tel serait le 'dcMible écueil inévitable.
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qu'est-ce qu'un dogme? 33
intellectuelles sont légitimes, mais dont ne saurait à bon <lroit s'affranchir aucun système explicatif (^).
De là découle tout naturellement la marche que nous avons reconnue habituelle à la pensée religieuse dans son effort d'élaboration. Voici un dogme quelconque: personnalité divine, présence réelle, résurrection de Jésus. Par lui-même et en lui-même il n'a qu'un sens pratique. Mais une réalité mystérieuse lui correspond et il pose donc devant Vintelligence un problème théoriqu^e. De •ce problème, l'esprit humain s'empare aussitôt; et il imagine des explications, des réponses, des systèmes, sans obéir en cela à rien d'autre qu'aux lois de sa nature, codifiées dans les préceptes^ de la méthode et dans les principes de la raison (^^J. Tant que la théorie édifiée •de la sorte respecte la signification pratique du dogme, celui-ci lui laisse carte blanche : juger les théories reste alors affaire de pure spéculation humaine, et aucune autorité extérieure à la pensée elle-même n'a droit ni l>ouvoir d'intervenir (3). Mais qu'une théorie surgisse un jour qui porte atteinte au dogme dans son domaine propre en altérant sa signification pratique: le dogme, aussitôt, se dresse contre elle et la condamne, devenant ainsi énoncé intellectuel négatif, superposé à la règle de conduite qu'il était purement et simplement tout •d'abord.
On voit donc en définitive comment se rejoignent les •deux sens d'un dogme, le sens pratique et le sens négatif, celui-ci subordonné à celui-là. On voit en outre comment les dogmes sont immuables et comment néanmoins il y a une évolution des dogmes. Ce qui est invariant dans un dogme, c'est l'orientation qu'il donne à
1. C'est là qu'il faut bien distinguer dans le dogme entr« la formule intellectuelle et la réalité soiis-jacente.
2. A cet égard, le moyen âge avait une indépendance et ime audace que nous avons bien désapprises.
3. L'autorité religieuse, qui a charge des âmes, peut signaler certaines théories comme dangereuses, lorsqu'elles risquent d'être mal coniprises et ainsi de réagir fâcheusement sur la pratique. De là les censures avec note inférieure à celle d'hérésie. Mais ces condamnations-là ne sont point proprement dogmatiques.
notre activité pratique, c'est la direction suivant laquelle il infléchit notre conduite. Mais les théories explicatif ves, les représentations intellectuelles changent incessamment au coiMrs: des âges selon les individus et les époques, livrées à toutes les fluctuations et à toutes lesrelativités que manifeste l'histoire de l'esprit . humain. Les chrétiens des premiers siècles ne professaient point sur la nature et la: personne de Jésus les mêmes, opinions que nous et ils ne se posaient point les mêmes problèmes : l'ignorant d!aujpurd*hui n*a point sur ces hauts et difficiles sujets les mêmes idées que le philosophe ni les mêmes préoccupations intellectuelles ; mais, ignorants ou philosophes, hommes du l^^ ou du XX® siècle^ toi^s les catholiques ont toujours eu et toujours auront la même attitude pratique en face de Jésus.
Il est temps de conclure. Je le ferai en termes aussi t)refs et aussi nets que possible.
Deux résultats principaux me paraissent avoir été obtenus par la discussion précédente :
lo Là conception intellectualiste courante aujourd'hui rend insolubles la plupart des objections que soulève Vidées de dogme.
2^ Une doctrine du primat de V action permet au cour traire dé résoudre le problème sans rien àbandonnût ni des droits de la pensée, ni des exigences du dogme.
Si ces conclusions étaient admises, il s'ensuivrait, pour l'Apologétique de nos jours, une nécessité inéluctable* de modifier plusieurs de ses arguments et de ses méthodes.
Maintenant, ces conclusions peuvent-elles être admir: ses sans dommage pour la foi ? Aux théologiens de nous le dire et, au cas où leur réponse serait négative, dé noxis apprendre comment ils estiment être en mesura de franchir !%utrei]gtçnt les Qbstacles qui nqus wlû^r j:assent#