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ment et simplement tel qu'il est, fort loin de Tadmirer et de l'approuver sans réserves. Les nombreux articles que j'ai publiés dans la Revue de Métaphysique et de Morale sont là pour en témoigner. J'y dénonce avec insistance, comme un mal aujourd'hui répandu partout, l'abus de la dialectique abstraite, de l'analyse conceptuelle, de la dissociation discursive, bref cet intellecturalisme qui fait de la pensée une fonction à part séparée de la vie et de l'action, sans autre rôle que celui de contempler passivement du dehors des choses immobiles, et qui dégénère trop souvent en une sorte de 'tnathématisme p). J'y propose ime notion moins abstraite, moins statique, plus souple, plus réelle, plus vivante, plus morale, de la connaissance, de la vérité, de la certitude. En un mot, j'y demande aux philosophes cela même que je demande aussi aux théologiens. J'avais bien dit, ce me semble, qu'ils étaient d'accord au fond sur un certain postulat; c'est ce postulat que j'attaque; ma critique porte donc autant sur les uns que sur les autres. En vérité, ce sont au contraire ceux qui adoptent l'attitude intellectualiste dont il faut dire qu'en fait, et quelles que puissent être leurs intentions ou leurs illusions, ils accordent à la mentalité philosophique moderne le bien fondé de ses tendances. Et alors les quatre objections que j'ai résumées deviennent en effet irréfutables.
Quoi qu'il en soit, reprenons une à une ces quatre fameuses objections, pour en rétablir le sens exact qu'on a souvent méconnu et pour écarter certaines mauvaises réponses qu'on leur a faites.
Première objection. — Je maintiens que le recours à l'autorité comme premier principe de certitude est totalement irrecevable dans l'ordre de la pensée pure. C'est là- im simple truisme, à propos duquel je ne comprends pas qu'on puisse me chercher noise. Il y a bien
1. Il n'y a pas d'erreur que j'aie combattue avec plus d'insistance que le mathématisme. Par quel étrange contre-sens en est-on venu à croire que je m'en inspirais?
qu'est-ce qu'un dogme? 319
longtemps qu'on Ta dit : l'esprit humain ne cède jamais qu'à l'autorité de l'évidence ou à l'évidence de l'autorité. Dans tous les cas, son adhésion s'appuie en dernier ressort sur une évidence (*).
Mgr Turinaz part de là pour m'accuser de détruire toute la notion catholique de la foi (^). Par quelle incroyable méprise en est-il venu à me comprendre ainsi (')? Je ne conteste en aucune manière que le motif, ou objet formel, de la foi soit l'autorité de Dieu. Mais enfin, avant de produire l'acte de foi, il a fallu que je me convainque de cette autorité elle-même. C'est là ime condition prérequise. L'appel à l'autorité puie, c'est-à-dire à l'autorité invoquée comme premier princii>e sans justification préalable, est chose également irrecevable dans l'ordre de la philosophie et dans l'ordre de la foi (*). Sans doute nous n'adhérons pas au dogme propter intrinsecam rerum veritatem naturali rationis lumine perapectam, mais bien propter auctoritatem ipsius Dei revdantis qui nec falli nec fallere potest (*). Néanmoins le motif de foi ne peut nous mouvoir à l'assentiment qu'après intervention des motifs de crédibilité. Voilà l'enseignement catholique traditionnel. Et je n'ai pas dit autre chose.
Mais de ce qu'aucune foi n'est possible sans une évidence préalable, n'allons pas conclure au caractère scientifiqite de cette évidence. M. Portalié me demande si je refuse à Dieu le pouvoir de parler aux hommes ? ou si je doute qu'il ne puisse ni errer ni tromper? ou enfin si je conteste le fait de la révélation ? Rien de tout cela. Seulement je soutiens que ni le fait du témoignage divin ni les droits et prérogatives de la parole divine
1. Inutile de dire que cette évidence n*est pas forcément d'ordre mathématique, ni même d'ordre exclusivement intellectuel. , ,