LA PIERRE DES PHILOSOPHES. — ELAGABALE
c’est le vrai sel des philosophes, qui entre pour un tiers dans la composition de Tazoth. Or Azoth est, comme on sait, le nom du grand agent hermétique et du véritable agent philosophal; aussi représentent-ils leur sel sous la forme d’une pierre cube, comme on peut le voir dans les douze clefs de Basile Valentin ou dans les allégories du Trévisan.
Qu’est-ce donc, en vérité, que cette pierre? C’est le fondement de la philosophie absolue, c’est la suprême et inébranlable raison. Avant de songer à l’œuvre métallique, il faut être' à jamais fixé sur les principes absolus de la sagesse, il faut posséder cette raison qui est la pierre de touche de la vérité. .Tamais un homme à préjugés ne sera le roi de la nature et le maître des transmutations. La pierre philosophale est donc avant tout nécessaire ; mais comment la trouver? Hermès nous l’apprend dans sa table d’émeraude. Il faut séparer le subtil du fixe, avec un grand soin et une attention extrême. Ainsi nous devons dégager nos certitudes de nos croyances et rendre bien distincts les domaines respectifs de la science et de la foi ; bien comprendre que nous ne savons pas les choses que nous
croyons, et que nous ne croyons plus aucune des
choses que nous parvenons à savoir, et qu’ai nsi l’essence des choses de la foi, c’est rinconnu et l’indéfini, tandis qu’il en est tout au contraire des choses de la science. On en conclura que la science repose sur la raison et l’expérience, tandis que la foi a pour base le sentiment et la raison. En d’autres termes, la pierre philosophale, c’est la vrai certitude que la prudence humaine assure aux recherches consciencieuses et au doute modeste, tandis que l’enthousiasme religieux la donne exclusivement à la foi. Or, elle n’appartient ni à la raison sans aspirations ni aux aspirations déraisonnables ; la vraie certitude, c’est l’acquiescement réciproque de la raison qui sait au sentiment qui croit, et du sentiment qui croit à la raison qui sait. L’alliance définitive de la raison et de la foi résultera non de leur distinction et de leur séparation absolues, mais de leur contrôle mutuel et de leur fraternel concours. Tel est le sens des deux colonnes du portique de Salomon, dont l’une s’appelle Jakin et l’autre Bohas, dont l’une est blanche et l’autre noire. Elles sont distinctes et séparées, elles sont môme contraires en apparence; mais, si la force aveugle veut les réunir en les rapprochant, la voûte du temple s’écroulera: car,